đŸš« Urgence et poussĂ©e hypertensives : diffĂ©renciation et traitement

Sommaire (32)

Définition et physiopathologie

Une urgence hypertensive correspond Ă  une Ă©lĂ©vation sĂ©vĂšre de la pression artĂ©rielle accompagnĂ©e d’une atteinte aiguĂ« des organes cibles mĂ©diĂ©e par l’hypertension (HMOD). La dĂ©finition europĂ©enne retient une PA ≄180/110 mmHg avec HMOD aiguĂ«, bien que d’autres recommandations soulignent qu’aucun seuil tensionnel isolĂ© ne suffise au diagnostic : c’est la prĂ©sence d’une lĂ©sion aiguĂ« Ă©volutive d’un organe qui est dĂ©terminante.

La physiopathologie traduit une dĂ©faillance de l’autorĂ©gulation vasculaire lors d’une Ă©lĂ©vation rapide ou sĂ©vĂšre de la PA. Celle-ci peut entraĂźner des lĂ©sions aiguĂ«s cĂ©rĂ©brales, rĂ©tiniennes, cardiaques, aortiques, rĂ©nales ou toucher d’autres territoires vasculaires. L’hypertension maligne reprĂ©sente une forme extrĂȘme caractĂ©risĂ©e par une lĂ©sion microvasculaire aiguĂ«, classiquement marquĂ©e par une nĂ©crose fibrinoĂŻde des petites artĂšres des reins, de la rĂ©tine et du cerveau. Les signes rĂ©tiniens caractĂ©ristiques comprennent des hĂ©morragies en flammĂšches, des nodules cotonneux et un ƓdĂšme papillaire. Les complications associĂ©es peuvent inclure une encĂ©phalopathie, une insuffisance cardiaque aiguĂ«, une coagulation intravasculaire dissĂ©minĂ©e et une dĂ©gradation brutale de la fonction rĂ©nale.

À l’inverse, la poussĂ©e hypertensive dĂ©signe une hypertension sĂ©vĂšre sans signe clinique de lĂ©sion aiguĂ« Ă©volutive d’un organe cible. Bien qu’une rĂ©duction de la PA soit nĂ©cessaire, ces patients ne nĂ©cessitent gĂ©nĂ©ralement ni hospitalisation ni traitement intraveineux. Chez certains patients prĂ©sentant une douleur aiguĂ«, une anxiĂ©tĂ© ou une dĂ©tresse, l’élĂ©vation tensionnelle est transitoire et s’amĂ©liore lorsque le facteur dĂ©clenchant disparaĂźt.

La distinction ne repose donc pas uniquement sur la valeur de la PA :

Caractéristique Urgence hypertensive Poussée hypertensive
PA Souvent ≄180/110 mmHg ; aucune valeur tensionnelle isolĂ©e ne suffit ÉlĂ©vation sĂ©vĂšre
HMOD aiguë Présente Cliniquement absente
SymptĂŽmes Souvent prĂ©sents et liĂ©s Ă  l’organe atteint Parfois absents ou non spĂ©cifiques
Lieu de traitement Habituellement hospitalier, souvent en réanimation Habituellement ambulatoire
Traitement initial Traitement intraveineux soigneusement titrĂ© lorsqu’il est indiquĂ© Traitement oral et suivi rapide
Principal risque liĂ© Ă  la prise en charge Un traitement excessif peut altĂ©rer l’autorĂ©gulation et provoquer une ischĂ©mie Une rĂ©duction aiguĂ« et rapide peut ĂȘtre dĂ©lĂ©tĂšre sans bĂ©nĂ©fice pronostique

Présentation clinique et symptÎmes

Les symptÎmes dépendent du systÚme organique atteint. Les manifestations possibles comprennent des céphalées, des troubles visuels, une douleur thoracique, une dyspnée, des vertiges et des déficits neurologiques.

Atteinte neurologique

L’encĂ©phalopathie hypertensive peut se manifester par une somnolence, une lĂ©thargie, des crises tonico-cloniques, une cĂ©citĂ© corticale et, dans les cas avancĂ©s, une perte de connaissance. Les signes neurologiques focaux sont inhabituels dans l’encĂ©phalopathie hypertensive et doivent faire envisager un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral.

Une ischĂ©mie cĂ©rĂ©brale aiguĂ« ou une hĂ©morragie intracĂ©rĂ©brale peuvent coexister avec une hypertension sĂ©vĂšre. La dĂ©cision de rĂ©duire la PA lors d’un AVC aigu doit tenir compte du type d’AVC et de la possibilitĂ© d’un traitement thrombolytique.

Complications cardiaques et pulmonaires

Une hypertension aiguĂ« peut prĂ©cipiter une ischĂ©mie ou un infarctus du myocarde, une insuffisance cardiaque aiguĂ« ou un ƓdĂšme pulmonaire. Les patients peuvent prĂ©senter une douleur thoracique, une dyspnĂ©e intense, une hypoxĂ©mie, des rĂąles crĂ©pitants ou une dĂ©tresse respiratoire. Chez les patients prĂ©sentant une IC Ă  fraction d’éjection prĂ©servĂ©e (HFpEF), l’hypertension aiguĂ« est un facteur dĂ©clenchant frĂ©quent de dĂ©compensation et peut provoquer un ƓdĂšme pulmonaire brutal, nĂ©cessitant parfois une ventilation non invasive ou une intubation.

Affections aortiques

Une dissection aortique aiguĂ« est une urgence hypertensive nĂ©cessitant la rĂ©ponse tensionnelle la plus rapide. L’objectif est de rĂ©duire la contrainte de cisaillement exercĂ©e sur la paroi aortique et d’abaisser rapidement la pression systolique.

Complications rénales et microvasculaires

L’atteinte rĂ©nale peut se manifester par une dĂ©gradation de la fonction rĂ©nale et des anomalies urinaires. L’hypertension maligne peut provoquer une microangiopathie aiguĂ« avec atteinte rĂ©nale, rĂ©tinienne et cĂ©rĂ©brale.

ExcÚs de catécholamines et présentations liées aux médicaments

Une hypertension sĂ©vĂšre peut ĂȘtre due Ă  un phĂ©ochromocytome, une crise liĂ©e aux inhibiteurs de la monoamine oxydase, une intoxication Ă  la cocaĂŻne ou une exposition Ă  d’autres sympathomimĂ©tiques, notamment la mĂ©thamphĂ©tamine. L’arrĂȘt brutal d’un traitement antihypertenseur, en particulier de la clonidine, peut Ă©galement prĂ©cipiter une crise hypertensive.

Grossesse

Les urgences hypertensives pendant la grossesse nĂ©cessitent une approche plus prudente et rigoureuse, car le traitement doit tenir compte de la sĂ©curitĂ© fƓtale. L’éclampsie fait partie des affections aiguĂ«s associĂ©es Ă  une rĂ©duction urgente de la PA.

Évaluation et examen clinique

L’évaluation initiale doit dĂ©terminer rapidement s’il existe une HMOD aiguĂ« et identifier le systĂšme organique atteint.

Évaluation clinique immĂ©diate

L’évaluation doit comprendre :

  • Mesure rĂ©pĂ©tĂ©e et prĂ©cise de la PA.

  • Évaluation de l’état mental.

  • Examen cardiaque, pulmonaire et neurologique dĂ©taillĂ©.

  • Recherche de symptĂŽmes d’insuffisance cardiaque aiguĂ«, d’ischĂ©mie myocardique, de dissection aortique, d’AVC et d’encĂ©phalopathie.

  • VĂ©rification de l’observance rĂ©cente du traitement, des doses omises et d’un Ă©ventuel sevrage.

  • Recherche d’une douleur, d’une anxiĂ©tĂ© ou d’une dĂ©tresse pouvant provoquer une Ă©lĂ©vation rĂ©actionnelle de la PA.

  • Recherche d’une exposition Ă  la cocaĂŻne, Ă  la mĂ©thamphĂ©tamine, Ă  des sympathomimĂ©tiques ou Ă  des inhibiteurs de la monoamine oxydase.

  • Recherche d’une grossesse lorsque cela est pertinent.

Examen du fond d’Ɠil

L’examen du fond d’Ɠil est essentiel. Les signes en faveur d’une HMOD aiguĂ« comprennent :

  • HĂ©morragies rĂ©tiniennes aiguĂ«s.

  • Exsudats.

  • Nodules cotonneux.

  • ƒdĂšme papillaire.

Les anomalies rĂ©tiniennes sont particuliĂšrement importantes en cas de suspicion d’hypertension maligne.

Recherche d’une hypertension secondaire

L’examen doit rechercher des signes en faveur d’une hypertension secondaire, notamment :

  • Souffle abdominal.

  • Vergetures.

  • Retard radio-fĂ©moral.

Le contexte ne fournit pas d’algorithme diagnostique complet de l’hypertension secondaire, mais la recherche de causes secondaires peut ĂȘtre entreprise aprĂšs stabilisation et transfert hors de la rĂ©animation une fois l’urgence prise en charge.

Examens diagnostiques

Un bilan diagnostique est nĂ©cessaire lorsqu’une urgence hypertensive est suspectĂ©e. Les examens doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s parallĂšlement au traitement lorsqu’une lĂ©sion aiguĂ« d’un organe est probable.

Électrocardiographie

Le document source identifie l’ECG comme faisant partie de la dĂ©marche d’évaluation d’une hypertension pulmonaire suspectĂ©e et comme un Ă©lĂ©ment pertinent de l’évaluation cardiovasculaire, mais il ne prĂ©cise pas de critĂšres ECG pour l’urgence hypertensive. L’ECG doit donc ĂȘtre interprĂ©tĂ© dans son contexte clinique, notamment lorsqu’une ischĂ©mie myocardique, un infarctus, une arythmie ou une insuffisance cardiaque aiguĂ« est suspectĂ©.

Évaluation cardiaque et pulmonaire

Les patients prĂ©sentant une atteinte cardiaque suspectĂ©e nĂ©cessitent une Ă©valuation Ă  la recherche d’une ischĂ©mie myocardique, d’un infarctus, d’une dysfonction aiguĂ« du VG, d’un ƓdĂšme pulmonaire et d’une arythmie. Le document fourni ne prĂ©cise pas de protocole d’imagerie complet pour l’urgence hypertensive.

En cas d’insuffisance cardiaque aiguĂ«, le bilan diagnostique et le traitement doivent dĂ©buter rapidement et simultanĂ©ment. Les facteurs dĂ©clenchants importants Ă  rechercher comprennent :

  • Syndrome coronarien aigu.

  • Urgence hypertensive.

  • Tachyarythmie ou bradycardie sĂ©vĂšre/trouble sĂ©vĂšre de la conduction.

  • Causes mĂ©caniques aiguĂ«s, notamment une rĂ©gurgitation valvulaire aiguĂ«.

  • Embolie pulmonaire aiguĂ«.

  • Infection, notamment myocardite.

  • Tamponnade cardiaque.

Évaluation neurologique

L’état mental et l’examen neurologique sont au centre de l’évaluation. L’encĂ©phalopathie hypertensive est un diagnostic d’exclusion ; une surveillance Ă©troite pendant la rĂ©duction contrĂŽlĂ©e de la PA est utile, car l’état mental s’amĂ©liore souvent relativement rapidement lorsque la PA est abaissĂ©e de maniĂšre appropriĂ©e.

Les patients prĂ©sentant des dĂ©ficits neurologiques focaux doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s Ă  la recherche d’un AVC plutĂŽt que d’emblĂ©e considĂ©rĂ©s comme atteints d’une simple encĂ©phalopathie hypertensive.

Dissection aortique

La dissection aortique aiguĂ« nĂ©cessite une Ă©valuation diagnostique urgente et un traitement immĂ©diat. Le document fourni ne prĂ©cise ni la modalitĂ© d’imagerie ni les critĂšres diagnostiques.

Biomarqueurs et anomalies biologiques

Le bilan biologique doit comprendre une évaluation de la fonction rénale :

  • CrĂ©atininĂ©mie.

  • Bandelette urinaire.

  • Analyse microscopique des urines.

La fonction rĂ©nale peut continuer Ă  se dĂ©tĂ©riorer malgrĂ© une rĂ©duction appropriĂ©e de la PA. La nĂ©cessitĂ© d’une dialyse aiguĂ« est davantage prĂ©dite par le degrĂ© d’atteinte rĂ©nale — en particulier le DFG estimĂ© et l’albuminurie — que par le niveau absolu de la PA.

Le document ne fournit pas de panel complet de biomarqueurs de l’urgence hypertensive. Chez les patients prĂ©sentant une insuffisance cardiaque aiguĂ« suspectĂ©e, le BNP ou le NT-proBNP fait partie du bilan diagnostique d’une dyspnĂ©e inexpliquĂ©e ou d’une hypertension pulmonaire suspectĂ©e, mais aucun seuil d’interprĂ©tation spĂ©cifique n’est fourni.

Traitement et prise en charge

Principes généraux

Une urgence hypertensive nĂ©cessite une reconnaissance rapide et l’instauration prompte d’un traitement parentĂ©ral efficace, gĂ©nĂ©ralement en rĂ©animation ou dans un environnement bĂ©nĂ©ficiant d’une surveillance Ă©quivalente. La prise en charge poursuit simultanĂ©ment quatre objectifs :

  • Confirmer la prĂ©sence d’une HMOD aiguĂ« et identifier l’organe atteint.

  • Traiter la complication mettant en jeu le pronostic vital.

  • RĂ©duire la PA avec prudence sans compromettre la perfusion.

  • Passer Ă  un traitement antihypertenseur oral durable et organiser la poursuite des soins.

Une surveillance clinique frĂ©quente est essentielle, car les diffĂ©rents territoires vasculaires peuvent rĂ©cupĂ©rer leur fonction autorĂ©gulatrice Ă  des rythmes diffĂ©rents. Une rĂ©duction excessivement rapide peut abaisser la perfusion au-dessous du seuil d’autorĂ©gulation du patient et prĂ©cipiter une ischĂ©mie, mĂȘme si la PA mesurĂ©e ne rĂ©pond pas aux dĂ©finitions conventionnelles de l’hypotension.

Dans la plupart des urgences hypertensives, la PA est rĂ©duite d’environ 10%–15% au cours de la premiĂšre heure, puis de 10%–20% supplĂ©mentaires pendant l’heure suivante, soit une rĂ©duction globale d’environ 25%. Une autre formulation pratique consiste Ă  rĂ©duire progressivement la PA d’environ 25% en 2–3 heures. Le traitement antihypertenseur oral est gĂ©nĂ©ralement introduit aprĂšs environ 8–24 heures de traitement intraveineux.

Traitement intraveineux

Plusieurs mĂ©dicaments intraveineux Ă  courte durĂ©e d’action sont disponibles. Le choix dĂ©pend du contexte clinique, de l’atteinte d’organe, des comorbiditĂ©s et de la nĂ©cessitĂ© d’une titration.

Médicament Considérations pratiques décrites dans le document source
Nitroprussiate Largement disponible et peu coĂ»teux ; souvent utilisĂ© Ă  la dose de 0.5 ”g/kg/min. Doit ĂȘtre protĂ©gĂ© de la lumiĂšre. La transformation en cyanure et/ou en thiocyanate est particuliĂšrement importante lors des perfusions prolongĂ©es.
Fénoldopam Agoniste dopaminergique D1 entraßnant une amélioration aiguë de plusieurs paramÚtres de la fonction rénale. Certains cliniciens le préfÚrent dans les urgences hypertensives rénales, car il ne possÚde pas de métabolites toxiques et provoque une vasodilatation rénale.
ClĂ©vidipine Inhibiteur calcique dihydropyridinique hydrolysĂ© en quelques minutes par des estĂ©rases sĂ©riques ubiquistes. Son Ă©limination n’est pas significativement influencĂ©e par une insuffisance hĂ©patique ou rĂ©nale. L’émulsion contient des protĂ©ines de soja et d’Ɠuf, susceptibles de provoquer des rĂ©actions immunologiques chez les patients allergiques.
Nicardipine Inhibiteur calcique dihydropyridinique Ă  durĂ©e d’action plus longue, frĂ©quemment utilisĂ© chez les patients atteints de coronaropathie ; la tachycardie rĂ©flexe est habituellement compensĂ©e par la vasodilatation coronaire.
Trinitrine Utile dans les crises hypertensives accompagnĂ©es d’ischĂ©mie cardiaque, d’infarctus ou d’ƓdĂšme pulmonaire.
LabĂ©talol Peut ĂȘtre administrĂ© par voie intraveineuse puis relayĂ© facilement par un traitement oral au long cours.
Phentolamine Alpha-bloquant intraveineux indiquĂ© dans les Ă©tats d’excĂšs de catĂ©cholamines ; un bĂȘtabloquant peut ĂȘtre ajoutĂ© ultĂ©rieurement si nĂ©cessaire.

Dissection aortique aiguë

La dissection aortique nĂ©cessite la rĂ©duction tensionnelle la plus rapide. L’approche recommandĂ©e consiste Ă  abaisser la PA dans les 20 minutes jusqu’à une PAS <120 mmHg, bien que les donnĂ©es Ă©tayant cette recommandation soient dĂ©crites comme faibles. Un bĂȘtabloquant est gĂ©nĂ©ralement utilisĂ© en premiĂšre intention pour rĂ©duire la contrainte de cisaillement, puis un vasodilatateur est ajoutĂ©.

AVC ischémique aigu

La prise en charge de la PA lors d’un AVC ischĂ©mique aigu est individualisĂ©e. Si le patient est candidat Ă  un traitement thrombolytique aigu et que la PA dĂ©passe 180/110 mmHg, une rĂ©duction aiguĂ« est recommandĂ©e. Chez les autres patients, les autoritĂ©s citĂ©es dans le document recommandent gĂ©nĂ©ralement une rĂ©duction lente et progressive uniquement lorsque la PA est trĂšs Ă©levĂ©e, au moyen d’un mĂ©dicament Ă  courte durĂ©e d’action rapidement titrable. Les essais dĂ©crits dans le document ont montrĂ© que l’abaissement de la PA dans les AVC ischĂ©miques et hĂ©morragiques Ă©tait sĂ»r, mais n’apportait pas de bĂ©nĂ©fice significatif sur le pronostic dans les situations Ă©tudiĂ©es.

IschĂ©mie cardiaque, infarctus et ƓdĂšme pulmonaire

Les crises hypertensives associĂ©es Ă  une ischĂ©mie myocardique, Ă  un infarctus ou Ă  un ƓdĂšme pulmonaire peuvent ĂȘtre traitĂ©es par trinitrine, clĂ©vidipine, nicardipine ou nitroprussiate. Une association thĂ©rapeutique est souvent utilisĂ©e, notamment avec un inhibiteur de l’ECA en cas d’insuffisance cardiaque ou de dysfonction du VG lorsque cela est cliniquement appropriĂ©.

La prise en charge doit Ă©galement viser la sauvegarde du myocarde et la restauration du dĂ©bit coronaire lorsqu’une artĂšre coronaire est obstruĂ©e. Les options comprennent la thrombolyse, l’angioplastie ou la chirurgie.

Lorsque l’ƓdĂšme pulmonaire aigu s’accompagne d’une hypoxĂ©mie, l’oxygĂšne est recommandĂ© si la SaO2 est <90%. L’oxygĂšne n’est pas recommandĂ© systĂ©matiquement chez les patients sans hypoxĂ©mie, car des concentrations Ă©levĂ©es d’oxygĂšne inspirĂ© peuvent provoquer des effets hĂ©modynamiques indĂ©sirables, notamment une vasoconstriction liĂ©e Ă  l’hyperoxie, en particulier en cas de dysfonction systolique.

La pression positive continue des voies aĂ©riennes ou la ventilation non invasive intermittente en pression positive peuvent amĂ©liorer les symptĂŽmes et les paramĂštres physiologiques lors d’un ƓdĂšme pulmonaire cardiogĂ©nique et rĂ©duire le recours Ă  la ventilation invasive. La ventilation non invasive ne convient pas lorsqu’une intubation immĂ©diate est nĂ©cessaire, que les voies aĂ©riennes ne peuvent pas ĂȘtre protĂ©gĂ©es, que l’hypoxie met en jeu le pronostic vital ou que le patient ne peut pas coopĂ©rer. La prudence est requise en cas de choc cardiogĂ©nique, d’insuffisance ventriculaire droite et de maladie obstructive sĂ©vĂšre des voies aĂ©riennes.

Urgence hypertensive rénale

La fonction rĂ©nale peut s’aggraver mĂȘme aprĂšs un contrĂŽle appropriĂ© de la PA. Le risque de dialyse aiguĂ« dĂ©pend principalement de la sĂ©vĂ©ritĂ© de l’atteinte rĂ©nale, notamment du DFG estimĂ© et de l’albuminurie. Chez les patients prĂ©sentant une maladie rĂ©nale chronique prĂ©existante de stade 3–5, la rĂ©duction de la PA peut prĂ©cipiter le recours Ă  la dialyse, bien qu’un contrĂŽle Ă  long terme soigneusement conduit puisse permettre Ă  certains patients de l’éviter et Ă  un petit nombre de l’interrompre ultĂ©rieurement.

ExcÚs de catécholamines

L’hypertension provoquĂ©e par un phĂ©ochromocytome, une crise liĂ©e aux inhibiteurs de la monoamine oxydase, la cocaĂŻne ou un excĂšs de catĂ©cholamines apparentĂ© doit ĂȘtre traitĂ©e par un alpha-bloquant intraveineux tel que la phentolamine. Un bĂȘtabloquant peut ĂȘtre introduit ultĂ©rieurement si nĂ©cessaire. La prudence est de mise avec les bĂȘtabloquants dans l’hypertension aiguĂ« associĂ©e aux sympathomimĂ©tiques, notamment aprĂšs exposition Ă  la mĂ©thamphĂ©tamine ou Ă  la cocaĂŻne.

Sevrage du traitement antihypertenseur

Lorsqu’une crise survient aprĂšs l’arrĂȘt brutal d’un mĂ©dicament antihypertenseur, tel que la clonidine, l’administration d’une dose aiguĂ« du mĂ©dicament omis peut suffire dans de nombreux cas.

Grossesse

Les mĂ©dicaments identifiĂ©s comme privilĂ©giĂ©s en cas d’urgence hypertensive pendant la grossesse sont :

  • Sulfate de magnĂ©sium.

  • MĂ©thyldopa.

  • Hydralazine.

Le labĂ©talol et la nifĂ©dipine par voie orale sont dĂ©crits comme des mĂ©dicaments de deuxiĂšme choix aux États-Unis. Le nitroprussiate, les inhibiteurs de l’ECA et les antagonistes des rĂ©cepteurs de l’angiotensine sont contre-indiquĂ©s. La prise en charge obstĂ©tricale peut comprendre un accouchement accĂ©lĂ©rĂ© afin de contribuer au contrĂŽle de la PA.

Prise en charge de la poussée hypertensive

Le bĂ©nĂ©fice d’un traitement aigu d’une hypertension sĂ©vĂšre asymptomatique sans HMOD aiguĂ« reste incertain. Les donnĂ©es rĂ©trospectives disponibles dĂ©crites dans le document ont montrĂ© une morbiditĂ© et une mortalitĂ© trĂšs faibles, sans diffĂ©rence pronostique significative entre les patients traitĂ©s immĂ©diatement et ceux sortis avec un suivi rapide. La PA peut Ă©galement diminuer spontanĂ©ment aprĂšs environ 30 minutes de repos au calme.

La stratégie principale consiste donc à :

  • Confirmer l’absence de HMOD aiguĂ«.

  • Laisser le patient se reposer au calme et réévaluer la PA.

  • Éviter une rĂ©duction prĂ©cipitĂ©e de la PA.

  • VĂ©rifier l’observance et reprendre ou ajuster le traitement oral chronique.

  • Organiser une consultation ambulatoire rapide et un suivi fiable de l’hypertension au long cours.

Les gĂ©lules de nifĂ©dipine Ă  libĂ©ration immĂ©diate doivent ĂȘtre Ă©vitĂ©es ou utilisĂ©es avec une extrĂȘme prudence, car une hypotension brutale peut provoquer un AVC, un infarctus du myocarde ou le dĂ©cĂšs. Il est important de noter qu’une ischĂ©mie peut survenir lorsque la PA chute au-dessous du seuil d’autorĂ©gulation individuel, mĂȘme si la PAS mesurĂ©e reste >90 mmHg.

La clonidine, le captopril, le labĂ©talol, d’autres mĂ©dicaments Ă  courte durĂ©e d’action et l’amlodipine ont tous Ă©tĂ© utilisĂ©s, mais aucun ne prĂ©sente dans ce contexte un avantage clairement Ă©tabli par rapport aux autres.

Recommandations des sociétés savantes

Les recommandations fournies soutiennent les principes suivants :

  • Diagnostiquer une urgence hypertensive sur l’association d’une Ă©lĂ©vation sĂ©vĂšre de la PA et d’une HMOD aiguĂ«, plutĂŽt que sur le seul niveau tensionnel.

  • Commencer rapidement un traitement intraveineux en cas d’urgence hypertensive, gĂ©nĂ©ralement en rĂ©animation ou dans un environnement bĂ©nĂ©ficiant d’une surveillance appropriĂ©e.

  • Dans la plupart des urgences, rĂ©duire progressivement la PA d’environ 25% en 2–3 heures.

  • Traiter plus rapidement la dissection aortique aiguĂ«, en visant une PAS <120 mmHg dans les 20 minutes, gĂ©nĂ©ralement avec un bĂȘtabloquant suivi d’un vasodilatateur.

  • En cas d’AVC ischĂ©mique, abaisser la PA en urgence lorsque cela est nĂ©cessaire pour une thrombolyse ; sinon, adopter une approche prudente et progressive uniquement lorsque la PA est trĂšs Ă©levĂ©e.

  • Mettre en Ɠuvre un traitement spĂ©cifique de l’organe atteint en cas d’ischĂ©mie myocardique, d’infarctus, d’ƓdĂšme pulmonaire, d’atteinte rĂ©nale, d’excĂšs de catĂ©cholamines, de grossesse et de sevrage mĂ©dicamenteux.

  • Ne pas hospitaliser systĂ©matiquement les patients prĂ©sentant une hypertension sĂ©vĂšre en l’absence de HMOD aiguĂ« ; un traitement oral et un suivi ambulatoire urgent sont gĂ©nĂ©ralement prĂ©fĂ©rables.

  • Éviter la nifĂ©dipine Ă  libĂ©ration immĂ©diate dans les poussĂ©es hypertensives en raison du risque de rĂ©duction tensionnelle prĂ©cipitĂ©e et de complications ischĂ©miques.

  • Évaluer une hypertension rĂ©sistante suspectĂ©e Ă  la recherche d’une pseudo-rĂ©sistance, notamment d’une mauvaise observance et d’une hypertension en blouse blanche. Chez les patients dont le DFG estimĂ© est <30 mL/min/1.73 m2, un diurĂ©tique de l’anse correctement titrĂ© est nĂ©cessaire avant de pouvoir dĂ©finir une hypertension rĂ©sistante.

  • Les patients prĂ©sentant une hypertension rĂ©sistante suspectĂ©e doivent ĂȘtre adressĂ©s Ă  des centres spĂ©cialisĂ©s.

Prise en charge au long cours et suivi

AprĂšs stabilisation, un traitement antihypertenseur oral doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre instaurĂ© aprĂšs environ 8–24 heures de traitement parentĂ©ral. Le suivi doit porter sur le contrĂŽle tensionnel durable, l’observance thĂ©rapeutique, la fonction rĂ©nale et la recherche de causes secondaires lorsque le contexte clinique le justifie.

Les patients sortis aprĂšs une poussĂ©e hypertensive doivent disposer d’une structure fiable assurant la poursuite de la prise en charge de leur hypertension. L’intervention Ă  long terme la plus importante est l’observance d’un traitement antihypertenseur efficace et une réévaluation rapide afin de vĂ©rifier que la PA est contrĂŽlĂ©e.

Le suivi doit ĂȘtre plus prudent chez les sujets ĂągĂ©s, car l’hypotension liĂ©e au traitement antihypertenseur et l’hypotension orthostatique peuvent provoquer des syncopes, des chutes et des traumatismes. Les objectifs thĂ©rapeutiques doivent ĂȘtre individualisĂ©s en fonction des comorbiditĂ©s, de l’état fonctionnel, du risque de chute, de la dĂ©plĂ©tion volĂ©mique et des variations orthostatiques de la PA. Le document dĂ©crit des objectifs de PAS plus bas comme potentiellement bĂ©nĂ©fiques chez les patients ĂągĂ©s prĂ©sentant peu de comorbiditĂ©s et aucune hypotension orthostatique, tandis que des objectifs plus Ă©levĂ©s peuvent ĂȘtre plus sĂ»rs chez ceux atteints de diabĂšte, d’insuffisance cardiaque ou d’hypotension orthostatique.

En cas d’hypertension rĂ©sistante, le suivi doit comprendre la confirmation de l’observance, l’exclusion d’une hypertension en blouse blanche, la recherche d’une observance objective lorsque les ressources le permettent et l’adressage Ă  un spĂ©cialiste.

Pronostic

Le pronostic d’une urgence hypertensive dĂ©pend principalement des organes atteints, de l’étendue de la HMOD aiguĂ«, de la rapiditĂ© et de la qualitĂ© du traitement ainsi que des comorbiditĂ©s prĂ©existantes du patient. L’encĂ©phalopathie hypertensive peut s’amĂ©liorer rapidement grĂące Ă  une rĂ©duction soigneusement contrĂŽlĂ©e de la PA. À l’inverse, la fonction rĂ©nale peut continuer Ă  se dĂ©tĂ©riorer malgrĂ© un traitement techniquement appropriĂ©, en particulier chez les patients prĂ©sentant une maladie rĂ©nale chronique avancĂ©e.

Les patients prĂ©sentant une poussĂ©e hypertensive ont une morbiditĂ© et une mortalitĂ© Ă  court terme nettement infĂ©rieures Ă  celles des patients prĂ©sentant une urgence hypertensive, et il n’a pas Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© dans le document fourni qu’un traitement aigu amĂ©liorait le pronostic par rapport Ă  une sortie avec suivi rapide. NĂ©anmoins, une poussĂ©e hypertensive identifie un patient nĂ©cessitant une prise en charge efficace de son hypertension au long cours.

Le terme historique « hypertension maligne » est de plus en plus considĂ©rĂ© comme inappropriĂ© en tant que terme gĂ©nĂ©ral, car le pronostic s’est nettement amĂ©liorĂ© grĂące aux traitements antihypertenseurs modernes et Ă  l’organisation des soins aigus.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 6 août 2026