Définition et physiopathologie
Une urgence hypertensive correspond Ă une Ă©lĂ©vation sĂ©vĂšre de la pression artĂ©rielle accompagnĂ©e dâune atteinte aiguĂ« des organes cibles mĂ©diĂ©e par lâhypertension (HMOD). La dĂ©finition europĂ©enne retient une PA â„180/110 mmHg avec HMOD aiguĂ«, bien que dâautres recommandations soulignent quâaucun seuil tensionnel isolĂ© ne suffise au diagnostic : câest la prĂ©sence dâune lĂ©sion aiguĂ« Ă©volutive dâun organe qui est dĂ©terminante.
La physiopathologie traduit une dĂ©faillance de lâautorĂ©gulation vasculaire lors dâune Ă©lĂ©vation rapide ou sĂ©vĂšre de la PA. Celle-ci peut entraĂźner des lĂ©sions aiguĂ«s cĂ©rĂ©brales, rĂ©tiniennes, cardiaques, aortiques, rĂ©nales ou toucher dâautres territoires vasculaires. Lâhypertension maligne reprĂ©sente une forme extrĂȘme caractĂ©risĂ©e par une lĂ©sion microvasculaire aiguĂ«, classiquement marquĂ©e par une nĂ©crose fibrinoĂŻde des petites artĂšres des reins, de la rĂ©tine et du cerveau. Les signes rĂ©tiniens caractĂ©ristiques comprennent des hĂ©morragies en flammĂšches, des nodules cotonneux et un ĆdĂšme papillaire. Les complications associĂ©es peuvent inclure une encĂ©phalopathie, une insuffisance cardiaque aiguĂ«, une coagulation intravasculaire dissĂ©minĂ©e et une dĂ©gradation brutale de la fonction rĂ©nale.
Ă lâinverse, la poussĂ©e hypertensive dĂ©signe une hypertension sĂ©vĂšre sans signe clinique de lĂ©sion aiguĂ« Ă©volutive dâun organe cible. Bien quâune rĂ©duction de la PA soit nĂ©cessaire, ces patients ne nĂ©cessitent gĂ©nĂ©ralement ni hospitalisation ni traitement intraveineux. Chez certains patients prĂ©sentant une douleur aiguĂ«, une anxiĂ©tĂ© ou une dĂ©tresse, lâĂ©lĂ©vation tensionnelle est transitoire et sâamĂ©liore lorsque le facteur dĂ©clenchant disparaĂźt.
La distinction ne repose donc pas uniquement sur la valeur de la PA :
| Caractéristique | Urgence hypertensive | Poussée hypertensive |
|---|---|---|
| PA | Souvent â„180/110 mmHg ; aucune valeur tensionnelle isolĂ©e ne suffit | ĂlĂ©vation sĂ©vĂšre |
| HMOD aiguë | Présente | Cliniquement absente |
| SymptĂŽmes | Souvent prĂ©sents et liĂ©s Ă lâorgane atteint | Parfois absents ou non spĂ©cifiques |
| Lieu de traitement | Habituellement hospitalier, souvent en réanimation | Habituellement ambulatoire |
| Traitement initial | Traitement intraveineux soigneusement titrĂ© lorsquâil est indiquĂ© | Traitement oral et suivi rapide |
| Principal risque liĂ© Ă la prise en charge | Un traitement excessif peut altĂ©rer lâautorĂ©gulation et provoquer une ischĂ©mie | Une rĂ©duction aiguĂ« et rapide peut ĂȘtre dĂ©lĂ©tĂšre sans bĂ©nĂ©fice pronostique |
Présentation clinique et symptÎmes
Les symptÎmes dépendent du systÚme organique atteint. Les manifestations possibles comprennent des céphalées, des troubles visuels, une douleur thoracique, une dyspnée, des vertiges et des déficits neurologiques.
Atteinte neurologique
LâencĂ©phalopathie hypertensive peut se manifester par une somnolence, une lĂ©thargie, des crises tonico-cloniques, une cĂ©citĂ© corticale et, dans les cas avancĂ©s, une perte de connaissance. Les signes neurologiques focaux sont inhabituels dans lâencĂ©phalopathie hypertensive et doivent faire envisager un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral.
Une ischĂ©mie cĂ©rĂ©brale aiguĂ« ou une hĂ©morragie intracĂ©rĂ©brale peuvent coexister avec une hypertension sĂ©vĂšre. La dĂ©cision de rĂ©duire la PA lors dâun AVC aigu doit tenir compte du type dâAVC et de la possibilitĂ© dâun traitement thrombolytique.
Complications cardiaques et pulmonaires
Une hypertension aiguĂ« peut prĂ©cipiter une ischĂ©mie ou un infarctus du myocarde, une insuffisance cardiaque aiguĂ« ou un ĆdĂšme pulmonaire. Les patients peuvent prĂ©senter une douleur thoracique, une dyspnĂ©e intense, une hypoxĂ©mie, des rĂąles crĂ©pitants ou une dĂ©tresse respiratoire. Chez les patients prĂ©sentant une IC Ă fraction dâĂ©jection prĂ©servĂ©e (HFpEF), lâhypertension aiguĂ« est un facteur dĂ©clenchant frĂ©quent de dĂ©compensation et peut provoquer un ĆdĂšme pulmonaire brutal, nĂ©cessitant parfois une ventilation non invasive ou une intubation.
Affections aortiques
Une dissection aortique aiguĂ« est une urgence hypertensive nĂ©cessitant la rĂ©ponse tensionnelle la plus rapide. Lâobjectif est de rĂ©duire la contrainte de cisaillement exercĂ©e sur la paroi aortique et dâabaisser rapidement la pression systolique.
Complications rénales et microvasculaires
Lâatteinte rĂ©nale peut se manifester par une dĂ©gradation de la fonction rĂ©nale et des anomalies urinaires. Lâhypertension maligne peut provoquer une microangiopathie aiguĂ« avec atteinte rĂ©nale, rĂ©tinienne et cĂ©rĂ©brale.
ExcÚs de catécholamines et présentations liées aux médicaments
Une hypertension sĂ©vĂšre peut ĂȘtre due Ă un phĂ©ochromocytome, une crise liĂ©e aux inhibiteurs de la monoamine oxydase, une intoxication Ă la cocaĂŻne ou une exposition Ă dâautres sympathomimĂ©tiques, notamment la mĂ©thamphĂ©tamine. LâarrĂȘt brutal dâun traitement antihypertenseur, en particulier de la clonidine, peut Ă©galement prĂ©cipiter une crise hypertensive.
Grossesse
Les urgences hypertensives pendant la grossesse nĂ©cessitent une approche plus prudente et rigoureuse, car le traitement doit tenir compte de la sĂ©curitĂ© fĆtale. LâĂ©clampsie fait partie des affections aiguĂ«s associĂ©es Ă une rĂ©duction urgente de la PA.
Ăvaluation et examen clinique
LâĂ©valuation initiale doit dĂ©terminer rapidement sâil existe une HMOD aiguĂ« et identifier le systĂšme organique atteint.
Ăvaluation clinique immĂ©diate
LâĂ©valuation doit comprendre :
Mesure répétée et précise de la PA.
Ăvaluation de lâĂ©tat mental.
Examen cardiaque, pulmonaire et neurologique détaillé.
Recherche de symptĂŽmes dâinsuffisance cardiaque aiguĂ«, dâischĂ©mie myocardique, de dissection aortique, dâAVC et dâencĂ©phalopathie.
VĂ©rification de lâobservance rĂ©cente du traitement, des doses omises et dâun Ă©ventuel sevrage.
Recherche dâune douleur, dâune anxiĂ©tĂ© ou dâune dĂ©tresse pouvant provoquer une Ă©lĂ©vation rĂ©actionnelle de la PA.
Recherche dâune exposition Ă la cocaĂŻne, Ă la mĂ©thamphĂ©tamine, Ă des sympathomimĂ©tiques ou Ă des inhibiteurs de la monoamine oxydase.
Recherche dâune grossesse lorsque cela est pertinent.
Examen du fond dâĆil
Lâexamen du fond dâĆil est essentiel. Les signes en faveur dâune HMOD aiguĂ« comprennent :
Hémorragies rétiniennes aiguës.
Exsudats.
Nodules cotonneux.
ĆdĂšme papillaire.
Les anomalies rĂ©tiniennes sont particuliĂšrement importantes en cas de suspicion dâhypertension maligne.
Recherche dâune hypertension secondaire
Lâexamen doit rechercher des signes en faveur dâune hypertension secondaire, notamment :
Souffle abdominal.
Vergetures.
Retard radio-fémoral.
Le contexte ne fournit pas dâalgorithme diagnostique complet de lâhypertension secondaire, mais la recherche de causes secondaires peut ĂȘtre entreprise aprĂšs stabilisation et transfert hors de la rĂ©animation une fois lâurgence prise en charge.
Examens diagnostiques
Un bilan diagnostique est nĂ©cessaire lorsquâune urgence hypertensive est suspectĂ©e. Les examens doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s parallĂšlement au traitement lorsquâune lĂ©sion aiguĂ« dâun organe est probable.
Ălectrocardiographie
Le document source identifie lâECG comme faisant partie de la dĂ©marche dâĂ©valuation dâune hypertension pulmonaire suspectĂ©e et comme un Ă©lĂ©ment pertinent de lâĂ©valuation cardiovasculaire, mais il ne prĂ©cise pas de critĂšres ECG pour lâurgence hypertensive. LâECG doit donc ĂȘtre interprĂ©tĂ© dans son contexte clinique, notamment lorsquâune ischĂ©mie myocardique, un infarctus, une arythmie ou une insuffisance cardiaque aiguĂ« est suspectĂ©.
Ăvaluation cardiaque et pulmonaire
Les patients prĂ©sentant une atteinte cardiaque suspectĂ©e nĂ©cessitent une Ă©valuation Ă la recherche dâune ischĂ©mie myocardique, dâun infarctus, dâune dysfonction aiguĂ« du VG, dâun ĆdĂšme pulmonaire et dâune arythmie. Le document fourni ne prĂ©cise pas de protocole dâimagerie complet pour lâurgence hypertensive.
En cas dâinsuffisance cardiaque aiguĂ«, le bilan diagnostique et le traitement doivent dĂ©buter rapidement et simultanĂ©ment. Les facteurs dĂ©clenchants importants Ă rechercher comprennent :
Syndrome coronarien aigu.
Urgence hypertensive.
Tachyarythmie ou bradycardie sévÚre/trouble sévÚre de la conduction.
Causes mécaniques aiguës, notamment une régurgitation valvulaire aiguë.
Embolie pulmonaire aiguë.
Infection, notamment myocardite.
Tamponnade cardiaque.
Ăvaluation neurologique
LâĂ©tat mental et lâexamen neurologique sont au centre de lâĂ©valuation. LâencĂ©phalopathie hypertensive est un diagnostic dâexclusion ; une surveillance Ă©troite pendant la rĂ©duction contrĂŽlĂ©e de la PA est utile, car lâĂ©tat mental sâamĂ©liore souvent relativement rapidement lorsque la PA est abaissĂ©e de maniĂšre appropriĂ©e.
Les patients prĂ©sentant des dĂ©ficits neurologiques focaux doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s Ă la recherche dâun AVC plutĂŽt que dâemblĂ©e considĂ©rĂ©s comme atteints dâune simple encĂ©phalopathie hypertensive.
Dissection aortique
La dissection aortique aiguĂ« nĂ©cessite une Ă©valuation diagnostique urgente et un traitement immĂ©diat. Le document fourni ne prĂ©cise ni la modalitĂ© dâimagerie ni les critĂšres diagnostiques.
Biomarqueurs et anomalies biologiques
Le bilan biologique doit comprendre une évaluation de la fonction rénale :
Créatininémie.
Bandelette urinaire.
Analyse microscopique des urines.
La fonction rĂ©nale peut continuer Ă se dĂ©tĂ©riorer malgrĂ© une rĂ©duction appropriĂ©e de la PA. La nĂ©cessitĂ© dâune dialyse aiguĂ« est davantage prĂ©dite par le degrĂ© dâatteinte rĂ©nale â en particulier le DFG estimĂ© et lâalbuminurie â que par le niveau absolu de la PA.
Le document ne fournit pas de panel complet de biomarqueurs de lâurgence hypertensive. Chez les patients prĂ©sentant une insuffisance cardiaque aiguĂ« suspectĂ©e, le BNP ou le NT-proBNP fait partie du bilan diagnostique dâune dyspnĂ©e inexpliquĂ©e ou dâune hypertension pulmonaire suspectĂ©e, mais aucun seuil dâinterprĂ©tation spĂ©cifique nâest fourni.
Traitement et prise en charge
Principes généraux
Une urgence hypertensive nĂ©cessite une reconnaissance rapide et lâinstauration prompte dâun traitement parentĂ©ral efficace, gĂ©nĂ©ralement en rĂ©animation ou dans un environnement bĂ©nĂ©ficiant dâune surveillance Ă©quivalente. La prise en charge poursuit simultanĂ©ment quatre objectifs :
Confirmer la prĂ©sence dâune HMOD aiguĂ« et identifier lâorgane atteint.
Traiter la complication mettant en jeu le pronostic vital.
Réduire la PA avec prudence sans compromettre la perfusion.
Passer Ă un traitement antihypertenseur oral durable et organiser la poursuite des soins.
Une surveillance clinique frĂ©quente est essentielle, car les diffĂ©rents territoires vasculaires peuvent rĂ©cupĂ©rer leur fonction autorĂ©gulatrice Ă des rythmes diffĂ©rents. Une rĂ©duction excessivement rapide peut abaisser la perfusion au-dessous du seuil dâautorĂ©gulation du patient et prĂ©cipiter une ischĂ©mie, mĂȘme si la PA mesurĂ©e ne rĂ©pond pas aux dĂ©finitions conventionnelles de lâhypotension.
Dans la plupart des urgences hypertensives, la PA est rĂ©duite dâenviron 10%â15% au cours de la premiĂšre heure, puis de 10%â20% supplĂ©mentaires pendant lâheure suivante, soit une rĂ©duction globale dâenviron 25%. Une autre formulation pratique consiste Ă rĂ©duire progressivement la PA dâenviron 25% en 2â3 heures. Le traitement antihypertenseur oral est gĂ©nĂ©ralement introduit aprĂšs environ 8â24 heures de traitement intraveineux.
Traitement intraveineux
Plusieurs mĂ©dicaments intraveineux Ă courte durĂ©e dâaction sont disponibles. Le choix dĂ©pend du contexte clinique, de lâatteinte dâorgane, des comorbiditĂ©s et de la nĂ©cessitĂ© dâune titration.
| Médicament | Considérations pratiques décrites dans le document source |
|---|---|
| Nitroprussiate | Largement disponible et peu coĂ»teux ; souvent utilisĂ© Ă la dose de 0.5 ”g/kg/min. Doit ĂȘtre protĂ©gĂ© de la lumiĂšre. La transformation en cyanure et/ou en thiocyanate est particuliĂšrement importante lors des perfusions prolongĂ©es. |
| Fénoldopam | Agoniste dopaminergique D1 entraßnant une amélioration aiguë de plusieurs paramÚtres de la fonction rénale. Certains cliniciens le préfÚrent dans les urgences hypertensives rénales, car il ne possÚde pas de métabolites toxiques et provoque une vasodilatation rénale. |
| ClĂ©vidipine | Inhibiteur calcique dihydropyridinique hydrolysĂ© en quelques minutes par des estĂ©rases sĂ©riques ubiquistes. Son Ă©limination nâest pas significativement influencĂ©e par une insuffisance hĂ©patique ou rĂ©nale. LâĂ©mulsion contient des protĂ©ines de soja et dâĆuf, susceptibles de provoquer des rĂ©actions immunologiques chez les patients allergiques. |
| Nicardipine | Inhibiteur calcique dihydropyridinique Ă durĂ©e dâaction plus longue, frĂ©quemment utilisĂ© chez les patients atteints de coronaropathie ; la tachycardie rĂ©flexe est habituellement compensĂ©e par la vasodilatation coronaire. |
| Trinitrine | Utile dans les crises hypertensives accompagnĂ©es dâischĂ©mie cardiaque, dâinfarctus ou dâĆdĂšme pulmonaire. |
| LabĂ©talol | Peut ĂȘtre administrĂ© par voie intraveineuse puis relayĂ© facilement par un traitement oral au long cours. |
| Phentolamine | Alpha-bloquant intraveineux indiquĂ© dans les Ă©tats dâexcĂšs de catĂ©cholamines ; un bĂȘtabloquant peut ĂȘtre ajoutĂ© ultĂ©rieurement si nĂ©cessaire. |
Dissection aortique aiguë
La dissection aortique nĂ©cessite la rĂ©duction tensionnelle la plus rapide. Lâapproche recommandĂ©e consiste Ă abaisser la PA dans les 20 minutes jusquâĂ une PAS <120 mmHg, bien que les donnĂ©es Ă©tayant cette recommandation soient dĂ©crites comme faibles. Un bĂȘtabloquant est gĂ©nĂ©ralement utilisĂ© en premiĂšre intention pour rĂ©duire la contrainte de cisaillement, puis un vasodilatateur est ajoutĂ©.
AVC ischémique aigu
La prise en charge de la PA lors dâun AVC ischĂ©mique aigu est individualisĂ©e. Si le patient est candidat Ă un traitement thrombolytique aigu et que la PA dĂ©passe 180/110 mmHg, une rĂ©duction aiguĂ« est recommandĂ©e. Chez les autres patients, les autoritĂ©s citĂ©es dans le document recommandent gĂ©nĂ©ralement une rĂ©duction lente et progressive uniquement lorsque la PA est trĂšs Ă©levĂ©e, au moyen dâun mĂ©dicament Ă courte durĂ©e dâaction rapidement titrable. Les essais dĂ©crits dans le document ont montrĂ© que lâabaissement de la PA dans les AVC ischĂ©miques et hĂ©morragiques Ă©tait sĂ»r, mais nâapportait pas de bĂ©nĂ©fice significatif sur le pronostic dans les situations Ă©tudiĂ©es.
IschĂ©mie cardiaque, infarctus et ĆdĂšme pulmonaire
Les crises hypertensives associĂ©es Ă une ischĂ©mie myocardique, Ă un infarctus ou Ă un ĆdĂšme pulmonaire peuvent ĂȘtre traitĂ©es par trinitrine, clĂ©vidipine, nicardipine ou nitroprussiate. Une association thĂ©rapeutique est souvent utilisĂ©e, notamment avec un inhibiteur de lâECA en cas dâinsuffisance cardiaque ou de dysfonction du VG lorsque cela est cliniquement appropriĂ©.
La prise en charge doit Ă©galement viser la sauvegarde du myocarde et la restauration du dĂ©bit coronaire lorsquâune artĂšre coronaire est obstruĂ©e. Les options comprennent la thrombolyse, lâangioplastie ou la chirurgie.
Lorsque lâĆdĂšme pulmonaire aigu sâaccompagne dâune hypoxĂ©mie, lâoxygĂšne est recommandĂ© si la SaO2 est <90%. LâoxygĂšne nâest pas recommandĂ© systĂ©matiquement chez les patients sans hypoxĂ©mie, car des concentrations Ă©levĂ©es dâoxygĂšne inspirĂ© peuvent provoquer des effets hĂ©modynamiques indĂ©sirables, notamment une vasoconstriction liĂ©e Ă lâhyperoxie, en particulier en cas de dysfonction systolique.
La pression positive continue des voies aĂ©riennes ou la ventilation non invasive intermittente en pression positive peuvent amĂ©liorer les symptĂŽmes et les paramĂštres physiologiques lors dâun ĆdĂšme pulmonaire cardiogĂ©nique et rĂ©duire le recours Ă la ventilation invasive. La ventilation non invasive ne convient pas lorsquâune intubation immĂ©diate est nĂ©cessaire, que les voies aĂ©riennes ne peuvent pas ĂȘtre protĂ©gĂ©es, que lâhypoxie met en jeu le pronostic vital ou que le patient ne peut pas coopĂ©rer. La prudence est requise en cas de choc cardiogĂ©nique, dâinsuffisance ventriculaire droite et de maladie obstructive sĂ©vĂšre des voies aĂ©riennes.
Urgence hypertensive rénale
La fonction rĂ©nale peut sâaggraver mĂȘme aprĂšs un contrĂŽle appropriĂ© de la PA. Le risque de dialyse aiguĂ« dĂ©pend principalement de la sĂ©vĂ©ritĂ© de lâatteinte rĂ©nale, notamment du DFG estimĂ© et de lâalbuminurie. Chez les patients prĂ©sentant une maladie rĂ©nale chronique prĂ©existante de stade 3â5, la rĂ©duction de la PA peut prĂ©cipiter le recours Ă la dialyse, bien quâun contrĂŽle Ă long terme soigneusement conduit puisse permettre Ă certains patients de lâĂ©viter et Ă un petit nombre de lâinterrompre ultĂ©rieurement.
ExcÚs de catécholamines
Lâhypertension provoquĂ©e par un phĂ©ochromocytome, une crise liĂ©e aux inhibiteurs de la monoamine oxydase, la cocaĂŻne ou un excĂšs de catĂ©cholamines apparentĂ© doit ĂȘtre traitĂ©e par un alpha-bloquant intraveineux tel que la phentolamine. Un bĂȘtabloquant peut ĂȘtre introduit ultĂ©rieurement si nĂ©cessaire. La prudence est de mise avec les bĂȘtabloquants dans lâhypertension aiguĂ« associĂ©e aux sympathomimĂ©tiques, notamment aprĂšs exposition Ă la mĂ©thamphĂ©tamine ou Ă la cocaĂŻne.
Sevrage du traitement antihypertenseur
Lorsquâune crise survient aprĂšs lâarrĂȘt brutal dâun mĂ©dicament antihypertenseur, tel que la clonidine, lâadministration dâune dose aiguĂ« du mĂ©dicament omis peut suffire dans de nombreux cas.
Grossesse
Les mĂ©dicaments identifiĂ©s comme privilĂ©giĂ©s en cas dâurgence hypertensive pendant la grossesse sont :
Sulfate de magnésium.
Méthyldopa.
Hydralazine.
Le labĂ©talol et la nifĂ©dipine par voie orale sont dĂ©crits comme des mĂ©dicaments de deuxiĂšme choix aux Ătats-Unis. Le nitroprussiate, les inhibiteurs de lâECA et les antagonistes des rĂ©cepteurs de lâangiotensine sont contre-indiquĂ©s. La prise en charge obstĂ©tricale peut comprendre un accouchement accĂ©lĂ©rĂ© afin de contribuer au contrĂŽle de la PA.
Prise en charge de la poussée hypertensive
Le bĂ©nĂ©fice dâun traitement aigu dâune hypertension sĂ©vĂšre asymptomatique sans HMOD aiguĂ« reste incertain. Les donnĂ©es rĂ©trospectives disponibles dĂ©crites dans le document ont montrĂ© une morbiditĂ© et une mortalitĂ© trĂšs faibles, sans diffĂ©rence pronostique significative entre les patients traitĂ©s immĂ©diatement et ceux sortis avec un suivi rapide. La PA peut Ă©galement diminuer spontanĂ©ment aprĂšs environ 30 minutes de repos au calme.
La stratégie principale consiste donc à :
Confirmer lâabsence de HMOD aiguĂ«.
Laisser le patient se reposer au calme et réévaluer la PA.
Ăviter une rĂ©duction prĂ©cipitĂ©e de la PA.
VĂ©rifier lâobservance et reprendre ou ajuster le traitement oral chronique.
Organiser une consultation ambulatoire rapide et un suivi fiable de lâhypertension au long cours.
Les gĂ©lules de nifĂ©dipine Ă libĂ©ration immĂ©diate doivent ĂȘtre Ă©vitĂ©es ou utilisĂ©es avec une extrĂȘme prudence, car une hypotension brutale peut provoquer un AVC, un infarctus du myocarde ou le dĂ©cĂšs. Il est important de noter quâune ischĂ©mie peut survenir lorsque la PA chute au-dessous du seuil dâautorĂ©gulation individuel, mĂȘme si la PAS mesurĂ©e reste >90 mmHg.
La clonidine, le captopril, le labĂ©talol, dâautres mĂ©dicaments Ă courte durĂ©e dâaction et lâamlodipine ont tous Ă©tĂ© utilisĂ©s, mais aucun ne prĂ©sente dans ce contexte un avantage clairement Ă©tabli par rapport aux autres.
Recommandations des sociétés savantes
Les recommandations fournies soutiennent les principes suivants :
Diagnostiquer une urgence hypertensive sur lâassociation dâune Ă©lĂ©vation sĂ©vĂšre de la PA et dâune HMOD aiguĂ«, plutĂŽt que sur le seul niveau tensionnel.
Commencer rapidement un traitement intraveineux en cas dâurgence hypertensive, gĂ©nĂ©ralement en rĂ©animation ou dans un environnement bĂ©nĂ©ficiant dâune surveillance appropriĂ©e.
Dans la plupart des urgences, rĂ©duire progressivement la PA dâenviron 25% en 2â3 heures.
Traiter plus rapidement la dissection aortique aiguĂ«, en visant une PAS <120 mmHg dans les 20 minutes, gĂ©nĂ©ralement avec un bĂȘtabloquant suivi dâun vasodilatateur.
En cas dâAVC ischĂ©mique, abaisser la PA en urgence lorsque cela est nĂ©cessaire pour une thrombolyse ; sinon, adopter une approche prudente et progressive uniquement lorsque la PA est trĂšs Ă©levĂ©e.
Mettre en Ćuvre un traitement spĂ©cifique de lâorgane atteint en cas dâischĂ©mie myocardique, dâinfarctus, dâĆdĂšme pulmonaire, dâatteinte rĂ©nale, dâexcĂšs de catĂ©cholamines, de grossesse et de sevrage mĂ©dicamenteux.
Ne pas hospitaliser systĂ©matiquement les patients prĂ©sentant une hypertension sĂ©vĂšre en lâabsence de HMOD aiguĂ« ; un traitement oral et un suivi ambulatoire urgent sont gĂ©nĂ©ralement prĂ©fĂ©rables.
Ăviter la nifĂ©dipine Ă libĂ©ration immĂ©diate dans les poussĂ©es hypertensives en raison du risque de rĂ©duction tensionnelle prĂ©cipitĂ©e et de complications ischĂ©miques.
Ăvaluer une hypertension rĂ©sistante suspectĂ©e Ă la recherche dâune pseudo-rĂ©sistance, notamment dâune mauvaise observance et dâune hypertension en blouse blanche. Chez les patients dont le DFG estimĂ© est <30 mL/min/1.73 m2, un diurĂ©tique de lâanse correctement titrĂ© est nĂ©cessaire avant de pouvoir dĂ©finir une hypertension rĂ©sistante.
Les patients prĂ©sentant une hypertension rĂ©sistante suspectĂ©e doivent ĂȘtre adressĂ©s Ă des centres spĂ©cialisĂ©s.
Prise en charge au long cours et suivi
AprĂšs stabilisation, un traitement antihypertenseur oral doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre instaurĂ© aprĂšs environ 8â24 heures de traitement parentĂ©ral. Le suivi doit porter sur le contrĂŽle tensionnel durable, lâobservance thĂ©rapeutique, la fonction rĂ©nale et la recherche de causes secondaires lorsque le contexte clinique le justifie.
Les patients sortis aprĂšs une poussĂ©e hypertensive doivent disposer dâune structure fiable assurant la poursuite de la prise en charge de leur hypertension. Lâintervention Ă long terme la plus importante est lâobservance dâun traitement antihypertenseur efficace et une réévaluation rapide afin de vĂ©rifier que la PA est contrĂŽlĂ©e.
Le suivi doit ĂȘtre plus prudent chez les sujets ĂągĂ©s, car lâhypotension liĂ©e au traitement antihypertenseur et lâhypotension orthostatique peuvent provoquer des syncopes, des chutes et des traumatismes. Les objectifs thĂ©rapeutiques doivent ĂȘtre individualisĂ©s en fonction des comorbiditĂ©s, de lâĂ©tat fonctionnel, du risque de chute, de la dĂ©plĂ©tion volĂ©mique et des variations orthostatiques de la PA. Le document dĂ©crit des objectifs de PAS plus bas comme potentiellement bĂ©nĂ©fiques chez les patients ĂągĂ©s prĂ©sentant peu de comorbiditĂ©s et aucune hypotension orthostatique, tandis que des objectifs plus Ă©levĂ©s peuvent ĂȘtre plus sĂ»rs chez ceux atteints de diabĂšte, dâinsuffisance cardiaque ou dâhypotension orthostatique.
En cas dâhypertension rĂ©sistante, le suivi doit comprendre la confirmation de lâobservance, lâexclusion dâune hypertension en blouse blanche, la recherche dâune observance objective lorsque les ressources le permettent et lâadressage Ă un spĂ©cialiste.
Pronostic
Le pronostic dâune urgence hypertensive dĂ©pend principalement des organes atteints, de lâĂ©tendue de la HMOD aiguĂ«, de la rapiditĂ© et de la qualitĂ© du traitement ainsi que des comorbiditĂ©s prĂ©existantes du patient. LâencĂ©phalopathie hypertensive peut sâamĂ©liorer rapidement grĂące Ă une rĂ©duction soigneusement contrĂŽlĂ©e de la PA. Ă lâinverse, la fonction rĂ©nale peut continuer Ă se dĂ©tĂ©riorer malgrĂ© un traitement techniquement appropriĂ©, en particulier chez les patients prĂ©sentant une maladie rĂ©nale chronique avancĂ©e.
Les patients prĂ©sentant une poussĂ©e hypertensive ont une morbiditĂ© et une mortalitĂ© Ă court terme nettement infĂ©rieures Ă celles des patients prĂ©sentant une urgence hypertensive, et il nâa pas Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© dans le document fourni quâun traitement aigu amĂ©liorait le pronostic par rapport Ă une sortie avec suivi rapide. NĂ©anmoins, une poussĂ©e hypertensive identifie un patient nĂ©cessitant une prise en charge efficace de son hypertension au long cours.
Le terme historique « hypertension maligne » est de plus en plus considĂ©rĂ© comme inappropriĂ© en tant que terme gĂ©nĂ©ral, car le pronostic sâest nettement amĂ©liorĂ© grĂące aux traitements antihypertenseurs modernes et Ă lâorganisation des soins aigus.