đŸš« Traitement antiplaquettaire en prĂ©vention secondaire aprĂšs un infarctus du myocarde

Sommaire (28)

Définition et bases physiopathologiques

La prĂ©vention secondaire aprĂšs un infarctus du myocarde (IDM) comprend les interventions Ă  long terme destinĂ©es Ă  rĂ©duire le risque de rĂ©cidive d’infarctus, d’accident vasculaire cĂ©rĂ©bral (AVC) ischĂ©mique, de dĂ©cĂšs cardiovasculaire et de progression de la maladie athĂ©rosclĂ©reuse chez les patients prĂ©sentant une maladie coronaire ou une autre maladie vasculaire athĂ©rosclĂ©reuse Ă©tablie. Le traitement antiplaquettaire en constitue un Ă©lĂ©ment central, car l’activation et l’agrĂ©gation plaquettaires contribuent de maniĂšre importante Ă  la formation des thrombus artĂ©riels, Ă  la rĂ©occlusion coronaire et Ă  la thrombose de stent.

L’aspirine inhibe la voie de la cyclooxygĂ©nase-1, tandis que les antagonistes du rĂ©cepteur P2Y12 inhibent une autre voie d’activation plaquettaire. Les principaux inhibiteurs oraux de P2Y12 abordĂ©s dans le document source sont le clopidogrel, le prasugrel et le ticagrĂ©lor. L’association de l’aspirine Ă  un inhibiteur de P2Y12 constitue une bithĂ©rapie antiplaquettaire (DAPT), tandis que le traitement par un seul antiplaquettaire constitue une monothĂ©rapie antiplaquettaire (SAPT).

Le bĂ©nĂ©fice du traitement antiplaquettaire doit toujours ĂȘtre mis en balance avec le risque hĂ©morragique. Cet Ă©quilibre varie selon le contexte clinique, le dĂ©lai depuis l’IDM ou l’intervention coronaire percutanĂ©e (ICP), le risque ischĂ©mique, le risque hĂ©morragique, la nĂ©cessitĂ© d’une anticoagulation et la prĂ©sence Ă©ventuelle de stents coronaires.

Objectifs cliniques du traitement

Les principaux objectifs du traitement antiplaquettaire aprĂšs un IDM sont les suivants :

  • prĂ©venir la rĂ©cidive d’un IDM ;

  • rĂ©duire le risque d’AVC ischĂ©mique et de mortalitĂ© cardiovasculaire ;

  • prĂ©venir la thrombose de stent aprĂšs une ICP ;

  • rĂ©duire les Ă©vĂ©nements athĂ©rothrombotiques rĂ©cidivants dans la maladie coronaire chronique ;

  • prĂ©server le bĂ©nĂ©fice de l’intervention coronaire tout en limitant les hĂ©morragies majeures et cliniquement pertinentes.

Le traitement antiplaquettaire Ă  long terme aprĂšs un STEMI est associĂ© Ă  une rĂ©duction d’environ 25 % des rĂ©cidives d’infarctus, d’AVC ou de dĂ©cĂšs cardiovasculaire. Dans les donnĂ©es citĂ©es, cela correspondait Ă  36 Ă©vĂ©nements de moins pour 1000 patients traitĂ©s.

Aspirine en prévention secondaire à long terme

RĂŽle standard

L’aspirine demeure l’antiplaquettaire traditionnel de la prĂ©vention secondaire Ă  long terme chez les patients prĂ©sentant une maladie coronaire Ă©tablie, qu’ils aient ou non des antĂ©cĂ©dents d’IDM. Elle est gĂ©nĂ©ralement poursuivie indĂ©finiment, sauf si une contre-indication, une intolĂ©rance, une hĂ©morragie cliniquement importante ou une stratĂ©gie d’anticoagulation concurrente modifie le plan thĂ©rapeutique.

La dose d’entretien habituelle est la suivante :

  • Aspirine 75–100 mg une fois par jour aprĂšs un SCA ou un STEMI.

  • Aspirine 75–162 mg une fois par jour : intervalle dĂ©crit comme acceptable en prĂ©vention secondaire dans la maladie coronaire chronique.

Pour un traitement prolongĂ©, des doses de 75–100 mg par jour semblent avoir une efficacitĂ© comparable Ă  celle de doses plus Ă©levĂ©es, tout en rĂ©duisant le risque hĂ©morragique. L’aspirine Ă  faible dose est Ă©galement privilĂ©giĂ©e chez les patients porteurs de stents intracoronaires.

Dans le SCA aigu, l’aspirine doit ĂȘtre administrĂ©e dĂšs que possible en l’absence de contre-indication, avec une dose de charge suivie d’un traitement d’entretien. Le document source ne prĂ©cise pas la dose de charge.

Efficacité et effets indésirables

Dans les essais de prĂ©vention secondaire incluant des patients ayant des antĂ©cĂ©dents de maladie vasculaire, l’aspirine a rĂ©duit l’incidence combinĂ©e de l’IDM non fatal, de l’AVC ischĂ©mique non fatal et du dĂ©cĂšs vasculaire, de 8,2 % Ă  6,7 % par an. Les rĂ©ductions relatives Ă©taient d’environ 31 % pour l’IDM non fatal, 22 % pour l’AVC ischĂ©mique non fatal et 9 % pour le dĂ©cĂšs vasculaire.

L’aspirine a augmentĂ© les hĂ©morragies gastro-intestinales majeures et les hĂ©morragies extracrĂąniennes, bien que la rĂ©duction globale des Ă©vĂ©nements ischĂ©miques ait dĂ©passĂ© l’augmentation des hĂ©morragies graves dans les populations Ă©tudiĂ©es. Aucun Ă©lĂ©ment ne dĂ©montrait une diffĂ©rence d’effet de l’aspirine selon le sexe.

Monothérapie par inhibiteur de P2Y12

Un inhibiteur de P2Y12 peut ĂȘtre utilisĂ© Ă  la place de l’aspirine en prĂ©vention secondaire Ă  long terme, notamment lorsque l’aspirine est contre-indiquĂ©e ou mal tolĂ©rĂ©e, ou lorsqu’une stratĂ©gie individualisĂ©e aprĂšs ICP privilĂ©gie la monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12.

Clopidogrel

Le clopidogrel Ă  la dose de 75 mg une fois par jour est une alternative Ă©tablie Ă  l’aspirine. Chez les patients ayant des antĂ©cĂ©dents d’IDM, d’AVC ou de maladie artĂ©rielle pĂ©riphĂ©rique, le clopidogrel a entraĂźnĂ© une rĂ©duction modeste des Ă©vĂ©nements ischĂ©miques par rapport Ă  l’aspirine Ă  la dose de 325 mg par jour. Dans l’ensemble, les donnĂ©es soutiennent la monothĂ©rapie par clopidogrel comme alternative efficace et sĂ»re pour la prĂ©vention secondaire Ă  long terme dans la maladie coronaire chronique.

Le clopidogrel est particuliĂšrement pertinent dans les situations suivantes :

  • hypersensibilitĂ© ou intolĂ©rance Ă  l’aspirine ;

  • stratĂ©gies sĂ©lectionnĂ©es de dĂ©sescalade aprĂšs ICP ;

  • patients nĂ©cessitant une anticoagulation, chez lesquels le clopidogrel est privilĂ©giĂ© lorsqu’un antiplaquettaire doit ĂȘtre associĂ© Ă  une anticoagulation orale ;

  • situations dans lesquelles le prasugrel ou le ticagrĂ©lor sont contre-indiquĂ©s, indisponibles ou jugĂ©s inadaptĂ©s en raison du risque hĂ©morragique ou de l’ñge avancĂ©.

Le clopidogrel entraĂźne une inhibition plaquettaire moins puissante et plus variable que le prasugrel ou le ticagrĂ©lor. Les porteurs d’un allĂšle de perte de fonction de CYP2C19 prĂ©sentent une inhibition plaquettaire moindre et un risque accru d’évĂ©nements ischĂ©miques aprĂšs ICP par rapport aux non-porteurs. NĂ©anmoins, le gĂ©notypage ou les tests de fonction plaquettaire systĂ©matiques ne sont pas prĂ©conisĂ©s chez les patients atteints de maladie coronaire chronique. Chez un patient soumis Ă  une ICP Ă  haut risque et dont on sait qu’il est porteur d’un allĂšle de perte de fonction de CYP2C19, il est raisonnable de remplacer l’association aspirine plus clopidogrel par l’association aspirine plus ticagrĂ©lor ou prasugrel.

Ticagrélor

Le ticagrĂ©lor procure une inhibition plaquettaire plus puissante et moins variable que le clopidogrel, mais son potentiel hĂ©morragique est supĂ©rieur. Son rĂŽle en monothĂ©rapie est moins solidement Ă©tabli que celui de l’aspirine ou du clopidogrel.

Chez certains patients atteints de maladie coronaire chronique ou stabilisĂ©s aprĂšs un SCA et ayant Ă©tĂ© traitĂ©s par ICP, une monothĂ©rapie par ticagrĂ©lor peut ĂȘtre envisagĂ©e, notamment lorsque le risque ischĂ©mique est Ă©levĂ© et que le risque hĂ©morragique ne l’est pas. Les donnĂ©es restent moins robustes que pour l’aspirine ou le clopidogrel, et le moment optimal d’instauration ainsi que la durĂ©e du traitement demeurent incertains. La seule posologie de ticagrĂ©lor en monothĂ©rapie spĂ©cifiquement Ă©valuĂ©e dans les donnĂ©es citĂ©es Ă©tait de 90 mg deux fois par jour.

Chez certains patients ayant des antĂ©cĂ©dents d’IDM, le ticagrĂ©lor peut Ă©galement ĂȘtre ajoutĂ© Ă  l’aspirine en traitement intensifiĂ© prolongĂ©. Chez les patients se situant entre un et trois ans aprĂšs un IDM et prĂ©sentant au moins un facteur de haut risque — Ăąge supĂ©rieur Ă  65 ans, diabĂšte, deuxiĂšme IDM, maladie coronaire pluritronculaire ou maladie rĂ©nale chronique — le ticagrĂ©lor a rĂ©duit les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques, mais augmentĂ© les hĂ©morragies majeures non fatales. La dose de 60 mg deux fois par jour Ă©tait plus sĂ»re et mieux tolĂ©rĂ©e que celle de 90 mg deux fois par jour et constitue la dose approuvĂ©e pour cette stratĂ©gie prolongĂ©e dans le document source.

L’association ticagrĂ©lor plus aspirine chez des patients diabĂ©tiques prĂ©sentant une maladie coronaire chronique Ă©tablie, mais sans antĂ©cĂ©dent d’IDM ni d’AVC, a entraĂźnĂ© une rĂ©duction modeste des Ă©vĂ©nements ischĂ©miques, mais une augmentation substantielle des hĂ©morragies majeures, notamment des hĂ©morragies intracrĂąniennes. Cette stratĂ©gie nĂ©cessite donc une sĂ©lection rigoureuse des patients.

Prasugrel

Le prasugrel est un puissant inhibiteur oral de P2Y12, utilisĂ© principalement dans le cadre d’une DAPT chez les patients prĂ©sentant un SCA et soumis Ă  une ICP. Lorsqu’il est appropriĂ©, il est prĂ©fĂ©rĂ© au clopidogrel et, dans la stratĂ©gie recommandĂ©e par les recommandations citĂ©es chez les patients prĂ©sentant un SCA et devant bĂ©nĂ©ficier d’une ICP, peut ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ© au ticagrĂ©lor.

Le prasugrel ne doit pas ĂȘtre utilisĂ© systĂ©matiquement en monothĂ©rapie Ă  long terme dans la maladie coronaire chronique, car les donnĂ©es disponibles se limitent Ă  une seule Ă©tude Ă  un bras, avec seulement trois mois de suivi.

Bithérapie antiplaquettaire aprÚs un IDM

STEMI

Les patients qui survivent Ă  la phase initiale d’un STEMI restent exposĂ©s Ă  un risque important de rĂ©cidive. En l’absence de risque hĂ©morragique Ă©levĂ© ou de complications hĂ©morragiques, une DAPT associant l’aspirine Ă  un inhibiteur de P2Y12 est recommandĂ©e pendant 12 mois aprĂšs un STEMI.

Chez les patients soumis Ă  une ICP, le prasugrel ou le ticagrĂ©lor sont les inhibiteurs de P2Y12 privilĂ©giĂ©s. Le clopidogrel constitue une alternative lorsque l’un ou l’autre de ces agents puissants est indisponible, contre-indiquĂ© ou mal tolĂ©rĂ©.

Les données citées chez les patients présentant un STEMI et soumis à une ICP indiquent que :

  • le prasugrel a rĂ©duit le critĂšre composite associant dĂ©cĂšs cardiovasculaire, IDM ou AVC par rapport au clopidogrel, Ă  30 jours comme Ă  15 mois ;

  • le prasugrel a Ă©galement rĂ©duit les thromboses de stent certaines ou probables ;

  • le ticagrĂ©lor a montrĂ© une tendance similaire, avec une rĂ©duction du critĂšre composite associant dĂ©cĂšs cardiovasculaire, IDM rĂ©cidivant ou AVC, des thromboses de stent certaines ou probables et de la mortalitĂ© toutes causes confondues par rapport au clopidogrel.

Le moment optimal d’administration de l’inhibiteur de P2Y12 avant l’ICP reste incertain. Le prĂ©traitement par clopidogrel a rĂ©duit le dĂ©cĂšs cardiovasculaire ou l’IDM Ă  30 jours dans les analyses intĂ©grant des populations prĂ©sentant un STEMI et un SCA sans sus-dĂ©calage du segment ST. Dans l’étude citĂ©e consacrĂ©e au STEMI, l’administration prĂ©hospitaliĂšre de ticagrĂ©lor n’a pas amĂ©liorĂ© la reperfusion coronaire, mais a rĂ©duit la thrombose de stent sans entraĂźner d’hĂ©morragies supplĂ©mentaires par rapport Ă  l’administration hospitaliĂšre.

Le cangrĂ©lor est un inhibiteur de P2Y12 intraveineux, puissant, d’action rapide et rĂ©versible, qui peut ĂȘtre utilisĂ© pendant l’ICP lorsqu’un patient n’a pas reçu d’inhibiteur de P2Y12 avant la procĂ©dure. Dans les donnĂ©es citĂ©es, il a rĂ©duit le dĂ©cĂšs, l’IDM, la revascularisation ou la thrombose de stent par rapport au clopidogrel chez les patients soumis Ă  une ICP, y compris une ICP primaire pour STEMI.

Maladie coronaire chronique aprĂšs un IDM

Dans la maladie coronaire chronique aprĂšs un IDM, une SAPT indĂ©finie par aspirine est gĂ©nĂ©ralement recommandĂ©e en l’absence d’indication d’anticoagulation orale. Le clopidogrel constitue l’alternative principale.

La DAPT au-delĂ  de la pĂ©riode initiale suivant l’IDM ne doit pas ĂȘtre systĂ©matique chez tous les patients. Elle peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque le risque ischĂ©mique est Ă©levĂ© et que le risque hĂ©morragique est acceptable. Les options comprennent :

  • la poursuite de l’association aspirine plus clopidogrel ou prasugrel aprĂšs une ICP ;

  • l’association aspirine plus ticagrĂ©lor 60 mg deux fois par jour chez certains patients se situant entre un et trois ans aprĂšs un IDM ;

  • l’association aspirine plus rivaroxaban 2,5 mg deux fois par jour chez certains patients prĂ©sentant une maladie athĂ©rosclĂ©reuse stable.

Toutes les stratĂ©gies intensifiĂ©es augmentent le risque hĂ©morragique, et le traitement doit ĂȘtre réévaluĂ© rĂ©guliĂšrement.

DAPT aprĂšs une ICP

ICP élective pour maladie coronaire chronique

AprĂšs une ICP pour maladie coronaire chronique, l’association aspirine plus clopidogrel est recommandĂ©e afin de rĂ©duire la thrombose de stent et l’IDM par rapport Ă  l’aspirine seule. Le ticagrĂ©lor ne doit pas remplacer systĂ©matiquement le clopidogrel lors d’une ICP Ă©lective, car il n’a pas rĂ©duit significativement l’IDM liĂ© Ă  l’ICP ni les lĂ©sions myocardiques majeures et a augmentĂ© les hĂ©morragies mineures dans l’essai citĂ©.

La durée par défaut de la DAPT aprÚs une ICP pour maladie coronaire chronique est de six mois.

Un traitement plus court peut ĂȘtre appropriĂ© chez certains patients :

  • une DAPT d’une Ă  trois mois peut ĂȘtre bĂ©nĂ©fique lorsque le risque hĂ©morragique est Ă©levĂ© ;

  • chez les patients ne prĂ©sentant pas de risque hĂ©morragique Ă©levĂ©, la rĂ©duction de la durĂ©e de la DAPT doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre rĂ©servĂ©e Ă  ceux qui ne prĂ©sentent pas de risque ischĂ©mique Ă©levĂ© ;

  • aprĂšs un mois de DAPT sans Ă©vĂ©nement, l’arrĂȘt du traitement chez les patients Ă  haut risque hĂ©morragique s’est rĂ©vĂ©lĂ© non infĂ©rieur Ă  la poursuite du traitement standard pour les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques et a rĂ©duit les hĂ©morragies majeures ou les hĂ©morragies non majeures cliniquement pertinentes.

Risque hémorragique élevé

Un risque hĂ©morragique Ă©levĂ© est dĂ©fini par la prĂ©sence d’un critĂšre majeur ou de deux critĂšres mineurs de l’Academic Research Consortium for High Bleeding Risk. La prĂ©sence de plusieurs critĂšres majeurs est associĂ©e Ă  une augmentation progressive du risque hĂ©morragique.

Chez les patients prĂ©sentant une maladie coronaire chronique et un risque hĂ©morragique Ă©levĂ©, l’arrĂȘt de la DAPT un Ă  trois mois aprĂšs l’ICP est recommandĂ© dans les recommandations citĂ©es. Les dĂ©cisions doivent toutefois rester individualisĂ©es, car les risques ischĂ©miques procĂ©dural et clinique influencent tous deux la sĂ©curitĂ© d’un traitement raccourci.

Risque ischémique élevé sans risque hémorragique élevé

Les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ© sans risque hĂ©morragique Ă©levĂ© peuvent ĂȘtre candidats Ă  un traitement antithrombotique intensifiĂ© ou prolongĂ©. Les stratĂ©gies possibles comprennent :

  • une DAPT prolongĂ©e associant l’aspirine au clopidogrel ou au prasugrel ;

  • l’association aspirine plus ticagrĂ©lor 60 mg deux fois par jour aprĂšs un IDM antĂ©rieur ;

  • l’association aspirine plus rivaroxaban 2,5 mg deux fois par jour dans la maladie athĂ©rosclĂ©reuse stable.

Le choix doit tenir compte des caractĂ©ristiques cliniques du patient et des critĂšres d’éligibilitĂ© des donnĂ©es disponibles. Les traitements poursuivis au-delĂ  des durĂ©es Ă©tudiĂ©es dans les essais randomisĂ©s ne reposent pas sur des donnĂ©es randomisĂ©es ; les risques hĂ©morragique et ischĂ©mique doivent ĂȘtre réévaluĂ©s pĂ©riodiquement.

Traitement antithrombotique intensifié prolongé

Aspirine plus ticagrélor

Chez les patients ayant eu un IDM un Ă  trois ans auparavant et prĂ©sentant Ă©galement au moins une caractĂ©ristique de haut risque, l’ajout de ticagrĂ©lor 60 mg deux fois par jour Ă  l’aspirine a rĂ©duit les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques sur trois ans, mais augmentĂ© les hĂ©morragies majeures selon les critĂšres TIMI. Le schĂ©ma Ă  60 mg deux fois par jour Ă©tait mieux tolĂ©rĂ© et associĂ© Ă  moins d’hĂ©morragies que celui Ă  90 mg deux fois par jour.

Cette approche est surtout appropriĂ©e lorsque la rĂ©duction attendue du risque de thrombose rĂ©cidivante l’emporte sur le risque hĂ©morragique. Les donnĂ©es citĂ©es suggĂšrent un bĂ©nĂ©fice relatif plus important chez les patients diabĂ©tiques, prĂ©sentant une maladie coronaire pluritronculaire ou une maladie artĂ©rielle pĂ©riphĂ©rique.

Aspirine plus rivaroxaban

Dans la maladie athĂ©rosclĂ©reuse stable, l’association aspirine plus rivaroxaban 2,5 mg deux fois par jour a rĂ©duit les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques par rapport Ă  l’aspirine seule, mais augmentĂ© les hĂ©morragies majeures selon les critĂšres ISTH modifiĂ©s. Aucune diffĂ©rence significative n’a Ă©tĂ© observĂ©e concernant les hĂ©morragies intracrĂąniennes ou fatales, et la mortalitĂ© Ă©tait plus faible avec l’association.

Le rivaroxaban Ă  la dose de 5 mg deux fois par jour en monothĂ©rapie n’a pas rĂ©duit les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques par rapport Ă  l’aspirine dans les donnĂ©es citĂ©es. L’association Ă  faible dose ne doit donc pas ĂȘtre confondue avec une anticoagulation Ă  pleine dose ni avec une monothĂ©rapie par rivaroxaban.

Les patients diabĂ©tiques, prĂ©sentant une maladie artĂ©rielle pĂ©riphĂ©rique, une maladie rĂ©nale chronique lĂ©gĂšre ou un tabagisme actif semblaient tirer un bĂ©nĂ©fice plus important de l’association aspirine plus rivaroxaban que ceux ne prĂ©sentant pas ces caractĂ©ristiques.

DAPT prolongée

La prolongation de la DAPT de 18 mois supplĂ©mentaires aprĂšs la premiĂšre annĂ©e suivant l’ICP a rĂ©duit les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques par rapport Ă  l’aspirine seule, mais augmentĂ© les hĂ©morragies modĂ©rĂ©es et sĂ©vĂšres ; la mortalitĂ© toutes causes confondues avait Ă©galement tendance Ă  ĂȘtre plus Ă©levĂ©e. Le rapport bĂ©nĂ©fice-risque Ă©tait plus favorable chez les patients dont l’ICP avait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e dans le contexte d’un SCA que chez ceux soumis Ă  une ICP Ă©lective pour maladie coronaire chronique.

Traitement antiplaquettaire et anticoagulation orale

L’association d’un traitement antiplaquettaire et d’une anticoagulation orale nĂ©cessite une prudence particuliĂšre, car le risque hĂ©morragique augmente fortement avec les traitements combinĂ©s. L’ajout d’un seul antiplaquettaire Ă  un anticoagulant oral augmente de plus de 50 % le risque d’hĂ©morragie majeure, tandis que la trithĂ©rapie associant un anticoagulant oral, l’aspirine et le clopidogrel fait plus que doubler le risque hĂ©morragique.

Maladie coronaire stable avec indication d’anticoagulation

Chez les patients prĂ©sentant une fibrillation atriale et une maladie coronaire stable plus d’un an aprĂšs une revascularisation, la monothĂ©rapie par anticoagulant oral a entraĂźnĂ© des taux plus faibles d’hĂ©morragies, d’évĂ©nements ischĂ©miques et de mortalitĂ© que l’association d’un anticoagulant oral Ă  un seul antiplaquettaire dans les donnĂ©es citĂ©es.

Par consĂ©quent, chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique coronaire relativement faible, notamment en l’absence d’IDM rĂ©cent ou de pose rĂ©cente de stent, le traitement antiplaquettaire peut ĂȘtre omis lorsqu’une anticoagulation orale Ă  pleine dose est indiquĂ©e.

SCA récent ou pose récente de stent coronaire

Lorsque la fibrillation atriale coexiste avec un SCA rĂ©cent ou la pose rĂ©cente d’un stent coronaire, les risques et bĂ©nĂ©fices de l’anticoagulation orale doivent ĂȘtre réévaluĂ©s, car le traitement combinĂ© augmente le risque hĂ©morragique. Si une trithĂ©rapie est inĂ©vitable, les recommandations citĂ©es sont les suivantes :

  • limiter la durĂ©e de la trithĂ©rapie au minimum possible ;

  • utiliser la limite infĂ©rieure de l’intervalle thĂ©rapeutique de l’INR en cas de traitement par warfarine ;

  • Ă©viter le prasugrel et le ticagrĂ©lor en association avec une anticoagulation orale ;

  • privilĂ©gier le clopidogrel comme inhibiteur de P2Y12 ;

  • utiliser systĂ©matiquement un inhibiteur de la pompe Ă  protons afin de rĂ©duire le risque d’hĂ©morragie gastro-intestinale ;

  • envisager l’arrĂȘt de l’aspirine au sein de la trithĂ©rapie lorsque cela est cliniquement appropriĂ©.

AprĂšs une ICP, les stratĂ©gies fondĂ©es sur un anticoagulant oral direct sont gĂ©nĂ©ralement Ă©tayĂ©es par les donnĂ©es citĂ©es, avec des taux d’évĂ©nements ischĂ©miques plus faibles malgrĂ© le raccourcissement de la pĂ©riode d’exposition Ă  l’aspirine.

Interruption périopératoire

L’interruption prĂ©maturĂ©e de la DAPT aprĂšs l’implantation rĂ©cente d’un stent coronaire est le facteur prĂ©dictif le plus important de thrombose de stent. La stratĂ©gie privilĂ©giĂ©e consiste Ă  diffĂ©rer la chirurgie non cardiaque Ă©lective jusqu’à l’achĂšvement de la durĂ©e prĂ©vue de DAPT :

  • six mois aprĂšs une ICP Ă©lective ;

  • 12 mois aprĂšs un SCA.

En cas de chirurgie urgente ou dont le dĂ©lai ne peut ĂȘtre diffĂ©rĂ©, il faut gĂ©nĂ©ralement avoir achevĂ© au moins un mois de DAPT aprĂšs l’implantation d’un stent actif de nouvelle gĂ©nĂ©ration. Chez les patients cardiovasculaires Ă  haut risque, notamment ceux prĂ©sentant un SCA, il faut envisager d’attendre au moins trois mois avant une chirurgie dont le dĂ©lai ne peut ĂȘtre diffĂ©rĂ©.

Une fois l’inhibiteur de P2Y12 arrĂȘtĂ©, la chirurgie doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre rĂ©alisĂ©e en poursuivant l’aspirine. Chez les patients recevant une DAPT Ă  long terme pour des indications supplĂ©mentaires, les inhibiteurs de P2Y12 peuvent devoir ĂȘtre interrompus pendant trois Ă  sept jours selon le mĂ©dicament utilisĂ©. La prise en charge d’une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 nĂ©cessite une Ă©valuation interdisciplinaire des risques hĂ©morragique opĂ©ratoire et ischĂ©mique ; les approches possibles comprennent la poursuite de la monothĂ©rapie, le relais par l’aspirine, une interruption brĂšve du traitement ou un traitement relais, bien que les donnĂ©es Ă  l’appui soient limitĂ©es.

Choix pratique du traitement

Contexte clinique Approche privilégiée ou étayée
SCA aigu ou STEMI Aspirine en phase aiguĂ« puis indĂ©finiment, avec ajout d’un inhibiteur de P2Y12
STEMI traité par ICP Association aspirine plus prasugrel ou ticagrélor privilégiée ; clopidogrel si les agents puissants sont indisponibles, contre-indiqués ou mal tolérés
STEMI sans risque hémorragique élevé DAPT généralement pendant 12 mois
Maladie coronaire chronique sans anticoagulation orale Aspirine 75–100 mg par jour ; clopidogrel 75 mg par jour comme alternative
ICP élective pour maladie coronaire chronique Aspirine plus clopidogrel ; durée par défaut de la DAPT : six mois
Risque hĂ©morragique Ă©levĂ© aprĂšs une ICP Envisager l’arrĂȘt de la DAPT aprĂšs un Ă  trois mois
Risque ischĂ©mique Ă©levĂ© sans risque hĂ©morragique Ă©levĂ© Envisager une DAPT prolongĂ©e, l’association aspirine plus ticagrĂ©lor 60 mg deux fois par jour ou l’association aspirine plus rivaroxaban 2,5 mg deux fois par jour
Maladie coronaire stable avec fibrillation atriale plus d’un an aprĂšs une revascularisation La monothĂ©rapie par anticoagulant oral peut ĂȘtre privilĂ©giĂ©e
Anticoagulation orale associĂ©e Ă  un traitement antiplaquettaire RĂ©duire la durĂ©e au minimum ; utiliser le clopidogrel plutĂŽt que le prasugrel ou le ticagrĂ©lor lorsqu’un inhibiteur de P2Y12 est nĂ©cessaire ; utiliser un inhibiteur de la pompe Ă  protons pendant la trithĂ©rapie

Principes fondés sur les recommandations

Les recommandations citĂ©es peuvent ĂȘtre rĂ©sumĂ©es comme suit :

  • L’aspirine doit ĂȘtre administrĂ©e rapidement dans le SCA et poursuivie indĂ©finiment par la suite, sauf contre-indication.

  • Une DAPT associant l’aspirine Ă  un inhibiteur de P2Y12 est recommandĂ©e pendant 12 mois aprĂšs un STEMI lorsque le risque hĂ©morragique n’est pas Ă©levĂ© et qu’aucune complication hĂ©morragique n’est survenue.

  • Le prasugrel ou le ticagrĂ©lor est prĂ©fĂ©rĂ© au clopidogrel chez les patients prĂ©sentant un SCA et soumis Ă  une ICP ; le clopidogrel reste appropriĂ© lorsque ces agents ne peuvent pas ĂȘtre utilisĂ©s.

  • L’association aspirine plus clopidogrel constitue le schĂ©ma standard de DAPT aprĂšs une ICP Ă©lective pour maladie coronaire chronique.

  • Six mois constituent la durĂ©e par dĂ©faut de la DAPT aprĂšs une ICP pour maladie coronaire chronique.

  • La DAPT peut ĂȘtre abrĂ©gĂ©e Ă  un Ă  trois mois chez les patients Ă  haut risque hĂ©morragique et peut ĂȘtre raccourcie chez certains patients ne prĂ©sentant pas de risque ischĂ©mique Ă©levĂ©.

  • Un traitement intensifiĂ© prolongĂ© ne doit ĂȘtre envisagĂ© que lorsque le risque ischĂ©mique est Ă©levĂ© et que le risque d’hĂ©morragie majeure ou menaçant le pronostic vital n’est pas augmentĂ©.

  • Le gĂ©notypage ou les tests de fonction plaquettaire ne sont pas recommandĂ©s systĂ©matiquement dans la maladie coronaire chronique, mais peuvent guider le traitement chez certains patients soumis Ă  une ICP Ă  haut risque dont on sait qu’ils sont porteurs d’un allĂšle de perte de fonction de CYP2C19.

  • Chez les patients recevant simultanĂ©ment une anticoagulation orale et un traitement antiplaquettaire, la nĂ©cessitĂ© du traitement combinĂ© doit ĂȘtre réévaluĂ©e et sa durĂ©e rĂ©duite au minimum.

  • Dans la maladie coronaire stable avec indication chronique d’une anticoagulation Ă  pleine dose et en l’absence d’IDM ou de stent rĂ©cent, une monothĂ©rapie anticoagulante peut ĂȘtre appropriĂ©e.

Observance et mise en Ɠuvre

L’efficacitĂ© du traitement antiplaquettaire dĂ©pend d’une observance durable. La prĂ©vention secondaire Ă©choue frĂ©quemment parce que les patients ne reçoivent pas ou ne poursuivent pas les mĂ©dicaments fondĂ©s sur les donnĂ©es disponibles. Un an aprĂšs un IDM, seuls environ la moitiĂ© des patients des systĂšmes de santĂ© les plus performants prennent les mĂ©dicaments recommandĂ©s en prĂ©vention secondaire, tels que les statines ; cela illustre le problĂšme plus gĂ©nĂ©ral de mise en Ɠuvre qui affecte les soins prĂ©ventifs Ă  long terme.

Les obstacles comprennent le coût des médicaments, la complexité du traitement, le manque de temps, le niveau de littératie en santé et la capacité limitée des patients ou des aidants à organiser les soins. La prise en compte de ces obstacles fait partie intégrante de la prise en charge antiplaquettaire. Le choix du traitement doit intégrer les préférences du patient, le bénéfice absolu attendu, les préoccupations hémorragiques et la faisabilité du maintien du schéma prescrit.

Pronostic et suivi

Le traitement antiplaquettaire amĂ©liore le pronostic Ă  long terme aprĂšs un IDM en rĂ©duisant les rĂ©cidives d’infarctus, les AVC, les dĂ©cĂšs cardiovasculaires et, aprĂšs une ICP, les thromboses de stent. L’ampleur du bĂ©nĂ©fice est la plus importante lorsque le risque ischĂ©mique du patient est Ă©levĂ©, mais le bĂ©nĂ©fice absolu doit ĂȘtre mis en balance avec le risque hĂ©morragique liĂ© au traitement.

Le suivi doit comporter une réévaluation réguliÚre des éléments suivants :

  • rĂ©cidive d’évĂ©nements ischĂ©miques ;

  • hĂ©morragies, notamment gastro-intestinales et intracrĂąniennes ;

  • tolĂ©rance et observance du traitement ;

  • persistance de l’indication d’une DAPT ou d’un traitement antiplaquettaire associĂ© Ă  un anticoagulant ;

  • Ă©volution de la fonction rĂ©nale ou d’autres caractĂ©ristiques cliniques pertinentes pour les risques hĂ©morragique et ischĂ©mique ;

  • nĂ©cessitĂ© d’une intervention chirurgicale ou d’une procĂ©dure invasive ;

  • maintien de l’éligibilitĂ© du patient Ă  un traitement intensifiĂ© prolongĂ©.

La durĂ©e du traitement antithrombotique intensifiĂ© ne doit pas ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme dĂ©finitivement fixĂ©e. Une réévaluation pĂ©riodique est essentielle, car l’équilibre entre le risque de thrombose rĂ©cidivante et le risque hĂ©morragique Ă©volue avec le temps, et les donnĂ©es randomisĂ©es au-delĂ  des durĂ©es Ă©valuĂ©es dans les Ă©tudes citĂ©es font dĂ©faut.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 6 août 2026