Définition et objectifs thérapeutiques
Le traitement antiangineux du syndrome coronarien chronique (SCC) vise principalement Ă rĂ©duire lâischĂ©mie myocardique et Ă soulager les symptĂŽmes angineux, tout en maintenant une bonne tolĂ©rance et une bonne observance. Le choix du traitement doit ĂȘtre individualisĂ© en fonction de la pression artĂ©rielle, de la frĂ©quence cardiaque, de la fonction ventriculaire gauche, des comorbiditĂ©s, des traitements concomitants, des interactions mĂ©dicamenteuses potentielles, du mĂ©canisme prĂ©sumĂ© de lâischĂ©mie, des prĂ©fĂ©rences du patient, de la disponibilitĂ© locale et du coĂ»t.
Le substrat physiopathologique de lâangor peut diffĂ©rer dâun patient Ă lâautre. LâischĂ©mie myocardique peut rĂ©sulter principalement dâune maladie coronaire Ă©picardique obstructive, dâun spasme coronaire, dâune dysfonction microvasculaire ou dâune combinaison de ces mĂ©canismes. Le choix du mĂ©dicament peut donc ĂȘtre adaptĂ© au mĂ©canisme suspectĂ©. Aucune classe antiangineuse nâa dĂ©montrĂ© une supĂ©rioritĂ© constante sur le soulagement des symptĂŽmes dans les Ă©tudes comparatives directes, et des associations sont frĂ©quemment nĂ©cessaires.
Lâobjectif thĂ©rapeutique central est le contrĂŽle des symptĂŽmes plutĂŽt que la modification du pronostic cardiovasculaire Ă long terme. Ă lâimportante exception des bĂȘtabloquants chez certains patients aprĂšs un infarctus aigu du myocarde (IDM), il nâa pas Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que les mĂ©dicaments antiangineux amĂ©liorent le pronostic cardiovasculaire Ă long terme dans le SCC.
Stratégie générale
Chez la plupart des patients, le traitement initial comprend un bĂȘtabloquant et/ou un inhibiteur calcique (IC). Si les symptĂŽmes restent insuffisamment contrĂŽlĂ©s, le traitement doit ĂȘtre réévaluĂ© et adaptĂ©. Le passage dâune monothĂ©rapie Ă une association thĂ©rapeutique est raisonnable, bien que la stratĂ©gie initiale optimale dâassociation reste incertaine.
Lâassociation dâun bĂȘtabloquant et dâun IC dihydropyridinique convient Ă de nombreux patients. Des dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă longue durĂ©e dâaction ou la ranolazine peuvent ĂȘtre ajoutĂ©s lorsque les symptĂŽmes persistent ou lorsque la frĂ©quence cardiaque, la pression artĂ©rielle, la dysfonction ventriculaire gauche, les contre-indications ou lâintolĂ©rance limitent lâintensification du traitement par bĂȘtabloquant ou IC. Le nicorandil et la trimĂ©tazidine constituent des options supplĂ©mentaires chez certains patients.
Les choix thĂ©rapeutiques doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©s Ă la prise en charge des facteurs dĂ©clenchants tels que lâanĂ©mie, lâhypertension non contrĂŽlĂ©e, la thyrotoxicose, les tachyarythmies, lâinsuffisance cardiaque non contrĂŽlĂ©e et une valvulopathie concomitante. La correction des facteurs de risque, lâactivitĂ© physique, les mesures diĂ©tĂ©tiques et hygiĂ©niques, un traitement par statine Ă forte intensitĂ© et un traitement antithrombotique appropriĂ© constituent le cadre plus large de la prise en charge.
La rĂ©ponse au traitement doit ĂȘtre réévaluĂ©e aprĂšs lâinstauration et aprĂšs chaque modification. La persistance des symptĂŽmes malgrĂ© un traitement mĂ©dical correctement titrĂ© doit faire envisager une coronarographie et une Ă©ventuelle revascularisation. La revascularisation peut ĂȘtre retenue pour soulager les symptĂŽmes aprĂšs une dĂ©cision mĂ©dicale partagĂ©e, notamment lorsque la charge angineuse est importante ou que lâangor survient pour des efforts minimes ; son rĂŽle dans lâamĂ©lioration de la mortalitĂ© ou du pronostic aprĂšs IDM est plus limitĂ© et dĂ©pend de lâanatomie coronaire et du contexte clinique.
BĂȘtabloquants
Mécanisme et rÎle clinique
Les bĂȘtabloquants rĂ©duisent la demande myocardique en oxygĂšne et soulagent les symptĂŽmes en diminuant la frĂ©quence cardiaque et en limitant la stimulation adrĂ©nergique. Lorsquâils sont prescrits Ă visĂ©e antiangineuse dans le SCC, la frĂ©quence cardiaque de repos cible est gĂ©nĂ©ralement de 55â60 battements par minute.
Les bĂȘtabloquants ont Ă©galement une valeur pronostique dans certaines populations. Leur bĂ©nĂ©fice est bien Ă©tabli chez les patients prĂ©sentant une insuffisance cardiaque Ă fraction dâĂ©jection rĂ©duite (HFrEF) et une maladie coronaire (MC), ainsi quâaprĂšs un syndrome coronarien aigu chez les patients ayant une fraction dâĂ©jection ventriculaire gauche (FEVG) rĂ©duite. Ils sont Ă©galement recommandĂ©s chez les patients dans lâannĂ©e suivant un IDM et chez ceux ayant une FEVG â€50% dans la discussion des recommandations nord-amĂ©ricaines citĂ©es.
En revanche, le bĂ©nĂ©fice des bĂȘtabloquants chez les patients prĂ©sentant une MC sans antĂ©cĂ©dent dâIDM et avec une FEVG normale est incertain. De mĂȘme, les donnĂ©es en faveur dâun traitement systĂ©matique au long cours par bĂȘtabloquant aprĂšs un syndrome coronarien aigu non compliquĂ© lorsque la FEVG est >40% ne sont pas dĂ©finitives. Les Ă©tudes observationnelles ont fourni des rĂ©sultats contradictoires, et la durĂ©e appropriĂ©e du traitement chez les patients ayant un antĂ©cĂ©dent dâIDM et une FEVG prĂ©servĂ©e reste indĂ©terminĂ©e.
Choix pratique
Les bĂȘtabloquants peuvent ĂȘtre particuliĂšrement adaptĂ©s lorsque lâangor est associĂ© Ă :
Tachycardie
Hypertension
Signes dâhyperactivitĂ© adrĂ©nergique
AntĂ©cĂ©dent dâIDM
HFrEF
Certaines tachyarythmies
Ils peuvent ĂȘtre moins adaptĂ©s chez les patients prĂ©sentant :
Une fréquence cardiaque basse
Une pression artérielle basse
Un syndrome du sinus malade
Une maladie de la conduction auriculoventriculaire
Une artériopathie périphérique, qui impose la prudence
Une bronchopneumopathie chronique obstructive, en particulier avec les agents non cardiosélectifs
Un bronchospasme ou une maladie sévÚre des voies aériennes réactives
Un diabĂšte, qui impose la prudence
Chez les patients diabĂ©tiques, les bĂȘtabloquants ayant des propriĂ©tĂ©s vasodilatatrices, tels que le carvĂ©dilol, le nĂ©bivolol ou le labĂ©talol, peuvent ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©s en raison de leurs effets mĂ©taboliques neutres ou favorables.
Les bĂȘtabloquants ne doivent pas ĂȘtre utilisĂ©s en prĂ©sence dâun syndrome du sinus malade ou de troubles de la conduction auriculoventriculaire. Lâassociation au vĂ©rapamil ou au diltiazem impose une prudence particuliĂšre en raison du risque de bradycardie excessive, de troubles de la conduction et dâun effet inotrope nĂ©gatif.
Insuffisance cardiaque Ă fraction dâĂ©jection rĂ©duite
Les bĂȘtabloquants constituent un traitement essentiel chez les patients prĂ©sentant une HFrEF et une MC en raison de leur bĂ©nĂ©fice pronostique. Dans la HFrEF, les bĂȘtabloquants font partie du traitement de fond modifiant lâĂ©volution de la maladie, aux cĂŽtĂ©s dâun inhibiteur de lâenzyme de conversion (IEC) ou dâun inhibiteur des rĂ©cepteurs de lâangiotensine et de la nĂ©prilysine, ainsi que dâun antagoniste des rĂ©cepteurs des minĂ©ralocorticoĂŻdes. Ces traitements doivent ĂȘtre titrĂ©s vers les doses utilisĂ©es dans les essais cliniques ou vers les doses maximales tolĂ©rĂ©es lorsque les doses cibles ne peuvent pas ĂȘtre atteintes.
Lorsque les bĂȘtabloquants sont contre-indiquĂ©s chez un patient prĂ©sentant une HFrEF en rythme sinusal, lâivabradine peut ĂȘtre envisagĂ©e, en particulier lorsque la frĂ©quence cardiaque est >70 battements par minute. Dâautres mĂ©dicaments antiangineux peuvent ĂȘtre utilisĂ©s en cas de symptĂŽmes persistants, mais leurs effets sur le pronostic de lâinsuffisance cardiaque et les Ă©vĂ©nements coronaires sont neutres ou insuffisamment Ă©tablis.
Inhibiteurs calciques
RĂŽle clinique
Les IC sont des mĂ©dicaments antiangineux efficaces et constituent des alternatives appropriĂ©es aux bĂȘtabloquants en traitement initial. Ils peuvent Ă©galement ĂȘtre utilisĂ©s en association avec les bĂȘtabloquants, en particulier lorsquâun IC dihydropyridinique est choisi.
Les IC sont particuliĂšrement utiles lorsque lâangor est associĂ© Ă une hypertension, Ă un spasme coronaire ou Ă des situations dans lesquelles les bĂȘtabloquants sont mal tolĂ©rĂ©s ou contre-indiquĂ©s. En cas de spasme coronaire, les IC sont spĂ©cifiquement considĂ©rĂ©s comme des options thĂ©rapeutiques. Chez les patients prĂ©sentant une bronchopneumopathie chronique obstructive avec bronchospasme ou un asthme, la nifĂ©dipine, lâamlodipine, le vĂ©rapamil ou le diltiazem figurent parmi les choix possibles. En cas de syndrome de Raynaud, la nifĂ©dipine ou lâamlodipine peuvent ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©es.
Inhibiteurs calciques dihydropyridiniques
Lâassociation dâun bĂȘtabloquant et dâun IC dihydropyridinique est considĂ©rĂ©e comme appropriĂ©e chez de nombreux patients. Cette association peut ĂȘtre particuliĂšrement utile lorsque lâhypertension accompagne lâangor. Lâassociation dâamlodipine et de carvĂ©dilol est identifiĂ©e comme potentiellement efficace chez les patients prĂ©sentant une hypertension sĂ©vĂšre et un angor.
Les IC dihydropyridiniques doivent ĂȘtre utilisĂ©s avec prudence chez les patients ayant une pression artĂ©rielle basse. Ils peuvent ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©s aux agents non dihydropyridiniques lorsquâun traitement par bĂȘtabloquant est nĂ©cessaire, notamment parce que le vĂ©rapamil et le diltiazem entraĂźnent un ralentissement plus important de la frĂ©quence cardiaque et un effet inotrope nĂ©gatif.
Inhibiteurs calciques non dihydropyridiniques
Le vĂ©rapamil et le diltiazem ralentissent la frĂ©quence cardiaque et peuvent ĂȘtre utiles lorsque les bĂȘtabloquants sont contre-indiquĂ©s ou lorsque les symptĂŽmes persistent malgrĂ© un traitement par dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s et bĂȘtabloquant. Ils sont Ă©galement envisagĂ©s dans lâangor vasospastique.
Cependant, le vĂ©rapamil et le diltiazem sont contre-indiquĂ©s dans la HFrEF car ils augmentent les Ă©vĂ©nements liĂ©s Ă lâinsuffisance cardiaque. Les IC en gĂ©nĂ©ral doivent ĂȘtre utilisĂ©s avec prudence dans la HFrEF, et les IC non dihydropyridiniques doivent ĂȘtre Ă©vitĂ©s chez les patients prĂ©sentant une dysfonction ventriculaire gauche modĂ©rĂ©e ou sĂ©vĂšre, une bradycardie sinusale ou des troubles de la conduction auriculoventriculaire, sauf indication impĂ©rieuse et Ă©troitement surveillĂ©e.
La nifĂ©dipine Ă courte durĂ©e dâaction doit ĂȘtre Ă©vitĂ©e dans le contexte du syndrome coronarien aigu.
Dérivés nitrés
DĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă courte durĂ©e dâaction
Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă courte durĂ©e dâaction sont recommandĂ©s pour le soulagement immĂ©diat de lâangor et peuvent Ă©galement ĂȘtre utilisĂ©s en prophylaxie lorsque les symptĂŽmes sont prĂ©visibles. La nitroglycĂ©rine sublinguale ou en spray buccal constitue le traitement initial de la douleur ischĂ©mique aiguĂ«.
Dans les syndromes coronariens aigus, le schéma posologique cité est le suivant :
NitroglycĂ©rine 0.3â0.6 mg par voie sublinguale ou en spray buccal
En cas de persistance des symptĂŽmes, rĂ©pĂ©ter Ă intervalles de 5 minutes jusquâĂ trois doses
Si les symptĂŽmes persistent aprĂšs trois doses, une perfusion intraveineuse de nitroglycĂ©rine peut ĂȘtre dĂ©butĂ©e Ă 5â10 ”g/min
La perfusion peut ĂȘtre augmentĂ©e de 10 ”g/min toutes les 3â5 minutes
La titration doit ĂȘtre interrompue si les symptĂŽmes disparaissent, si la pression artĂ©rielle systolique descend au-dessous de 90 mmHg ou si la perfusion atteint 200 ”g/min
Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s intraveineux sont particuliĂšrement envisagĂ©s en cas dâangor rĂ©cidivant, dâhypertension non contrĂŽlĂ©e ou de signes dâinsuffisance cardiaque. Ils peuvent Ă©galement ĂȘtre utilisĂ©s dans lâangor vasospastique.
Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă courte durĂ©e dâaction doivent ĂȘtre utilisĂ©s avec prudence dans lâinsuffisance cardiaque en raison du risque dâhypotension.
DĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă longue durĂ©e dâaction
Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă longue durĂ©e dâaction sont utiles en cas de symptĂŽmes persistants malgrĂ© un traitement par bĂȘtabloquant et/ou IC et peuvent ĂȘtre utilisĂ©s dans le traitement initial chez des patients correctement sĂ©lectionnĂ©s. Ils peuvent ĂȘtre associĂ©s Ă un bĂȘtabloquant ou Ă un IC, ou utilisĂ©s lorsque ces agents sont contre-indiquĂ©s ou mal tolĂ©rĂ©s.
Un intervalle sans nitrate ou Ă faible exposition aux nitrates doit ĂȘtre intĂ©grĂ© au schĂ©ma posologique afin de rĂ©duire la tolĂ©rance aux nitrates. Des dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s oraux ou transdermiques Ă longue durĂ©e dâaction peuvent ĂȘtre introduits aprĂšs contrĂŽle des symptĂŽmes par la nitroglycĂ©rine intraveineuse, notamment lorsque le patient est restĂ© asymptomatique pendant 12â24 heures.
Contre-indications et précautions
Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s ne doivent pas ĂȘtre administrĂ©s en cas de :
Hypotension
Prise rĂ©cente dâun inhibiteur de la phosphodiestĂ©rase-5
Infarctus du ventricule droit
Sténose aortique sévÚre
Les intervalles spécifiés concernant les inhibiteurs de la phosphodiestérase-5 sont les suivants :
Sildénafil ou vardénafil dans les 24 heures précédentes
Tadalafil dans les 48 heures précédentes
Les dérivés nitrés ne sont également pas recommandés dans la cardiomyopathie hypertrophique ni en association avec des inhibiteurs de la phosphodiestérase.
Ranolazine
RĂŽle clinique
La ranolazine est une option antiangineuse qui peut ĂȘtre utilisĂ©e en traitement additionnel lorsque les symptĂŽmes restent insuffisamment contrĂŽlĂ©s par les bĂȘtabloquants et/ou les IC. Elle peut Ă©galement ĂȘtre choisie prĂ©cocement chez des patients correctement sĂ©lectionnĂ©s.
Son principal avantage pratique est son utilitĂ© lorsque lâintensification dâun traitement diminuant la frĂ©quence cardiaque ou la pression artĂ©rielle est limitĂ©e par :
Une bradycardie
Une pression artérielle basse
Une dysfonction ventriculaire gauche
Une intolĂ©rance aux bĂȘtabloquants ou aux IC
La ranolazine constitue donc un Ă©lĂ©ment raisonnable dâun traitement dâassociation chez les patients ayant une frĂ©quence cardiaque basse et/ou une pression artĂ©rielle basse. Elle peut Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©e dans lâangor microvasculaire.
Les donnĂ©es citĂ©es dĂ©crivent la ranolazine comme rĂ©duisant lâischĂ©mie myocardique au niveau cellulaire. Elle a Ă©galement Ă©tĂ© associĂ©e Ă une diminution modeste de lâhĂ©moglobine glyquĂ©e, des donnĂ©es prĂ©liminaires suggĂ©rant que son effet antiangineux pourrait ĂȘtre lĂ©gĂšrement plus important chez les personnes ayant une HbA1c plus Ă©levĂ©e. Ces observations mĂ©taboliques ne constituent pas une indication pronostique.
Données dans les maladies non obstructives
Chez les patients prĂ©sentant des symptĂŽmes et des signes dâischĂ©mie sans MC obstructive, la rĂ©ponse au traitement antiangineux est variable. Une petite Ă©tude pilote menĂ©e chez des femmes prĂ©sentant un angor microvasculaire documentĂ© a rapportĂ© une amĂ©lioration de lâĂ©tat fonctionnel et de la qualitĂ© de vie avec la ranolazine, mais une Ă©tude ultĂ©rieure contrĂŽlĂ©e contre placebo chez des patients ayant un angor et une rĂ©serve coronaire altĂ©rĂ©e Ă lâIRM nâa pas dĂ©montrĂ© de bĂ©nĂ©fice.
En consĂ©quence, la ranolazine peut ĂȘtre essayĂ©e chez certains patients, mais la rĂ©ponse doit ĂȘtre Ă©valuĂ©e individuellement.
Traitement dâassociation
La ranolazine peut ĂȘtre associĂ©e Ă un bĂȘtabloquant, Ă un IC ou Ă un dĂ©rivĂ© nitrĂ© Ă longue durĂ©e dâaction. Elle est particuliĂšrement utile lorsque lâaugmentation supplĂ©mentaire de la dose de ces agents est limitĂ©e par une hypotension, une bradycardie, une dysfonction ventriculaire gauche ou des effets indĂ©sirables.
Autres médicaments antiangineux
Bien que ce chapitre soit consacrĂ© aux bĂȘtabloquants, aux IC, aux dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s et Ă la ranolazine, dâautres agents peuvent avoir une place :
Ivabradine : Peut ĂȘtre envisagĂ©e en traitement additionnel chez les patients ayant une FEVG <40% et un contrĂŽle insuffisant des symptĂŽmes. Elle peut Ă©galement ĂȘtre utilisĂ©e comme alternative aux bĂȘtabloquants dans la HFrEF lorsque ceux-ci sont contre-indiquĂ©s, chez les patients en rythme sinusal dont la frĂ©quence cardiaque est >70 battements par minute. Elle nâest pas recommandĂ©e en traitement additionnel chez les patients ayant une FEVG >40% et aucune insuffisance cardiaque clinique. Elle ne doit pas ĂȘtre associĂ©e au vĂ©rapamil, au diltiazem ou Ă dâautres inhibiteurs puissants du CYP3A4.
Nicorandil : Peut ĂȘtre envisagĂ© en traitement additionnel ou, chez certains patients, comme traitement initial. Il peut ĂȘtre particuliĂšrement pertinent en cas de spasme coronaire.
TrimĂ©tazidine : Peut ĂȘtre envisagĂ©e en traitement additionnel ou, chez certains patients, dans le cadre du traitement initial. Il sâagit dâune option raisonnable lorsque la frĂ©quence cardiaque ou la pression artĂ©rielle limite les autres traitements ; elle peut avoir des effets additifs chez les patients prĂ©sentant une HFrEF et un SCC dĂ©jĂ traitĂ©s par bĂȘtabloquants.
Considérations thérapeutiques spécifiques au patient
| Situation clinique | Stratégie préférentielle ou potentiellement utile |
|---|---|
| La plupart des patients prĂ©sentant un SCC | BĂȘtabloquant et/ou IC |
| FrĂ©quence cardiaque basse ou pression artĂ©rielle basse | Ranolazine ou trimĂ©tazidine ; Ă©viter lâintensification inutile des mĂ©dicaments rĂ©duisant la frĂ©quence cardiaque ou la pression artĂ©rielle |
| Tachycardie ou hypertension | BĂȘtabloquant ; un IC peut ĂȘtre ajoutĂ© |
| Spasme coronaire | IC ; le nicorandil ou les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s peuvent ĂȘtre envisagĂ©s |
| Suspicion dâangor microvasculaire | La ranolazine ou la trimĂ©tazidine peuvent ĂȘtre envisagĂ©es |
| HFrEF et MC | BĂȘtabloquant Ă visĂ©e pronostique ; envisager lâivabradine lorsque cela est appropriĂ© |
| HFrEF avec angor persistant | Envisager un traitement antiangineux supplémentaire ; éviter le vérapamil et le diltiazem |
| Bradycardie ou maladie de la conduction auriculoventriculaire | Ăviter les bĂȘtabloquants et les IC non dihydropyridiniques, ou les utiliser avec une grande prudence ; envisager la ranolazine |
| Bronchopneumopathie chronique obstructive avec bronchospasme | Ăviter les bĂȘtabloquants non cardiosĂ©lectifs ; les IC peuvent convenir |
| DiabĂšte | Les bĂȘtabloquants imposent la prudence ; les bĂȘtabloquants vasodilatateurs peuvent ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©s ; la ranolazine peut rĂ©duire modestement lâHbA1c |
| Hypertension sĂ©vĂšre avec angor | Lâassociation amlodipine plus carvĂ©dilol peut ĂȘtre efficace |
| Ăpisode angineux prĂ©visible ou aigu | NitroglycĂ©rine sublinguale ou en spray buccal |
| Prise rĂ©cente dâun inhibiteur de la phosphodiestĂ©rase-5 | Ăviter les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s |
Traitement anti-ischémique aigu dans le syndrome coronarien aigu sans sus-décalage du segment ST
Le traitement initial de la douleur ischĂ©mique comprend le repos au lit et un traitement anti-ischĂ©mique. LâoxygĂšne est utilisĂ© chez les patients prĂ©sentant une hypoxĂ©mie, dĂ©finie dans les donnĂ©es citĂ©es par une saturation artĂ©rielle en oxygĂšne <90%, et/ou chez ceux prĂ©sentant une insuffisance cardiaque avec rĂąles pulmonaires.
Dérivés nitrés
Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s sublinguaux ou intraveineux peuvent ĂȘtre utilisĂ©s en cas dâangor. Le traitement intraveineux est particuliĂšrement appropriĂ© en cas de symptĂŽmes rĂ©cidivants, dâhypertension non contrĂŽlĂ©e ou de signes dâinsuffisance cardiaque. Le traitement doit ĂȘtre Ă©vitĂ© en cas dâhypotension, dâinfarctus du ventricule droit, de stĂ©nose aortique sĂ©vĂšre ou de prise rĂ©cente dâun inhibiteur de la phosphodiestĂ©rase-5.
BĂȘtabloquants
Les bĂȘtabloquants doivent gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre instaurĂ©s prĂ©cocement en cas de symptĂŽmes ischĂ©miques et poursuivis comme traitement chronique lorsque cela est appropriĂ©. Dans le contexte du syndrome coronarien aigu, le traitement oral vise habituellement une frĂ©quence cardiaque de 50â60 battements par minute.
Ils doivent ĂȘtre Ă©vitĂ©s en cas de :
Intervalle PR >0.24 secondes
Bloc auriculoventriculaire du deuxiÚme ou du troisiÚme degré
Fréquence cardiaque <50 battements par minute
Pression artérielle systolique <90 mmHg
Ătat de choc
Insuffisance cardiaque de classe III ou IV de Killip
Maladie sévÚre des voies aériennes réactives
Insuffisance cardiaque aiguë ou sévÚre
Débit cardiaque bas
Une initiation intraveineuse peut ĂȘtre envisagĂ©e en cas dâischĂ©mie sĂ©vĂšre, mais uniquement en lâabsence de ces contre-indications.
Inhibiteurs calciques
Le vĂ©rapamil ou le diltiazem peuvent ĂȘtre envisagĂ©s lorsque les symptĂŽmes ou les signes Ă©lectrocardiographiques dâischĂ©mie persistent aprĂšs administration de doses maximales de dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s et de bĂȘtabloquants, ou lorsque lâune de ces classes est contre-indiquĂ©e. Ils peuvent Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©s dans lâangor vasospastique.
Ils doivent ĂȘtre Ă©vitĂ©s en cas dâhypotension, dâĆdĂšme pulmonaire ou de dysfonction ventriculaire gauche. La nifĂ©dipine Ă courte durĂ©e dâaction ne doit pas ĂȘtre utilisĂ©e.
Analgésie en cas de douleur réfractaire
Lorsque la douleur thoracique sĂ©vĂšre persiste malgrĂ© trois doses de nitroglycĂ©rine sublinguale ou lorsque lâischĂ©mie rĂ©cidivante persiste malgrĂ© un traitement anti-ischĂ©mique adĂ©quat, la morphine intraveineuse peut ĂȘtre utilisĂ©e en lâabsence de contre-indications. La dose citĂ©e est de 1â5 mg toutes les 5â30 minutes. Elle doit ĂȘtre Ă©vitĂ©e en cas dâhypotension, de dĂ©pression respiratoire, de confusion ou dâobnubilation. Lâadministration concomitante peut retarder lâabsorption et attĂ©nuer lâeffet antiplaquettaire des inhibiteurs oraux de P2Y12.
Recommandations des sociétés savantes
Les principales recommandations relatives au traitement antiangineux du SCC sont résumées ci-dessous.
| Recommandation | Classe | Niveau |
|---|---|---|
| Adapter le traitement antiangineux aux caractéristiques cliniques, aux comorbidités, aux traitements concomitants, à la tolérance, à la physiopathologie sous-jacente, à la disponibilité et au coût | I | C |
| Utiliser des dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă courte durĂ©e dâaction pour le soulagement immĂ©diat de lâangor | I | B |
| Chez la plupart des patients, dĂ©buter par un bĂȘtabloquant et/ou un IC afin de contrĂŽler la frĂ©quence cardiaque et les symptĂŽmes | I | B |
| Envisager lâassociation dâun bĂȘtabloquant et dâun IC dihydropyridinique lorsque la monothĂ©rapie est insuffisante, sauf contre-indication | IIa | B |
| Envisager les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă longue durĂ©e dâaction ou la ranolazine en traitement additionnel lorsque les symptĂŽmes persistent sous bĂȘtabloquant et/ou IC, ou comme traitement initial chez certains patients | IIa | B |
| PrĂ©voir un intervalle sans nitrate ou Ă faible exposition aux nitrates avec les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă longue durĂ©e dâaction afin de rĂ©duire la tolĂ©rance | IIa | B |
| Envisager lâivabradine en cas de FEVG <40% avec contrĂŽle insuffisant des symptĂŽmes, ou initialement chez certains patients | IIa | B |
| Envisager le nicorandil ou la trimétazidine en traitement additionnel, ou initialement chez certains patients | IIb | B |
| Ne pas utiliser lâivabradine en traitement additionnel dans le SCC avec une FEVG >40% et sans insuffisance cardiaque clinique | III | B |
| Ne pas associer lâivabradine aux IC non dihydropyridiniques ni Ă dâautres inhibiteurs puissants du CYP3A4 | III | â |
| Ne pas utiliser de dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s avec des inhibiteurs de la phosphodiestĂ©rase ni dans la cardiomyopathie hypertrophique | III | â |
Chez les patients prĂ©sentant une HFrEF et une MC, les bĂȘtabloquants sont essentiels en raison de leur bĂ©nĂ©fice pronostique. Le diltiazem et le vĂ©rapamil sont contre-indiquĂ©s dans la HFrEF. Dans la HFpEF, les bĂȘtabloquants, les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă longue durĂ©e dâaction, les IC, lâivabradine, la ranolazine, la trimĂ©tazidine et le nicorandil peuvent ĂȘtre envisagĂ©s pour soulager lâangor, mais aucun bĂ©nĂ©fice sur les critĂšres dâĂ©valuation de lâinsuffisance cardiaque ou coronaires nâest attendu avec ces mĂ©dicaments antiangineux.
Surveillance et suivi
Le suivi doit évaluer :
La frĂ©quence, la durĂ©e, lâintensitĂ© et les facteurs dĂ©clenchants de lâangor
La tolĂ©rance Ă lâeffort et la limitation fonctionnelle
Le recours à la nitroglycérine de secours
La fréquence cardiaque et la pression artérielle de repos
Les symptĂŽmes dâhypotension ou de bradycardie
Lâobservance et la tolĂ©rance
Les signes dâinsuffisance cardiaque
La survenue dâune maladie de la conduction ou dâun bronchospasme, selon le contexte
La nĂ©cessitĂ© dâintensifier le traitement par une association ou de recourir Ă une revascularisation
Le traitement doit ĂȘtre modifiĂ© lorsque les symptĂŽmes restent insuffisamment contrĂŽlĂ©s ou que des effets indĂ©sirables apparaissent. Une attention particuliĂšre est nĂ©cessaire lors de lâassociation dâagents ralentissant la frĂ©quence cardiaque ou la conduction auriculoventriculaire, tels que les bĂȘtabloquants avec le vĂ©rapamil ou le diltiazem.
Les patients prĂ©sentant des symptĂŽmes nouveaux ou aggravĂ©s doivent faire lâobjet dâune stratification du risque, de prĂ©fĂ©rence par imagerie de stress. La persistance des symptĂŽmes malgrĂ© le traitement mĂ©dical, en particulier chez les patients prĂ©sentant un angor ou une ischĂ©mie suspectĂ©e avec des artĂšres coronaires non obstructives, peut justifier une exploration fonctionnelle coronaire invasive afin dâidentifier des endotypes accessibles Ă un traitement et dâamĂ©liorer les symptĂŽmes ainsi que la qualitĂ© de vie.
Pronostic
Les implications pronostiques du traitement antiangineux dĂ©pendent de lâaffection cardiaque sous-jacente. Les bĂȘtabloquants amĂ©liorent le pronostic dans la HFrEF et chez certains patients aprĂšs un IDM, en particulier lorsque la FEVG est rĂ©duite. Leur bĂ©nĂ©fice Ă long terme aprĂšs un syndrome coronarien aigu non compliquĂ© avec une FEVG prĂ©servĂ©e reste incertain, et la durĂ©e appropriĂ©e du traitement nâest pas Ă©tablie.
Pour la plupart des autres mĂ©dicaments antiangineux, notamment les IC, les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s et la ranolazine, le bĂ©nĂ©fice Ă©tabli est principalement symptomatique. Chez les patients diabĂ©tiques prĂ©sentant une MC qui ne sont pas candidats Ă une revascularisation, les bĂȘtabloquants, les IC, les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s, la ranolazine et lâivabradine peuvent soulager les symptĂŽmes, mais ces agents nâamĂ©liorent ni la mortalitĂ© ni le taux dâĂ©vĂ©nements ischĂ©miques dans les donnĂ©es citĂ©es.
En consĂ©quence, lâamĂ©lioration des symptĂŽmes ne doit pas ĂȘtre confondue avec une modification du risque coronaire. La prise en charge au long cours doit continuer Ă cibler lâathĂ©rosclĂ©rose Ă©tablie et les facteurs de risque associĂ©s, notamment par un traitement hypolipĂ©miant Ă forte intensitĂ© et un traitement antithrombotique appropriĂ©, tandis quâun angor persistant ou rĂ©fractaire doit conduire Ă réévaluer le diagnostic, le mĂ©canisme, lâobservance thĂ©rapeutique et le rĂŽle potentiel dâune revascularisation.