đŸš« Traitement antiangineux : bĂȘtabloquants, inhibiteurs calciques, dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s et ranolazine

Sommaire (28)

Définition et objectifs thérapeutiques

Le traitement antiangineux du syndrome coronarien chronique (SCC) vise principalement Ă  rĂ©duire l’ischĂ©mie myocardique et Ă  soulager les symptĂŽmes angineux, tout en maintenant une bonne tolĂ©rance et une bonne observance. Le choix du traitement doit ĂȘtre individualisĂ© en fonction de la pression artĂ©rielle, de la frĂ©quence cardiaque, de la fonction ventriculaire gauche, des comorbiditĂ©s, des traitements concomitants, des interactions mĂ©dicamenteuses potentielles, du mĂ©canisme prĂ©sumĂ© de l’ischĂ©mie, des prĂ©fĂ©rences du patient, de la disponibilitĂ© locale et du coĂ»t.

Le substrat physiopathologique de l’angor peut diffĂ©rer d’un patient Ă  l’autre. L’ischĂ©mie myocardique peut rĂ©sulter principalement d’une maladie coronaire Ă©picardique obstructive, d’un spasme coronaire, d’une dysfonction microvasculaire ou d’une combinaison de ces mĂ©canismes. Le choix du mĂ©dicament peut donc ĂȘtre adaptĂ© au mĂ©canisme suspectĂ©. Aucune classe antiangineuse n’a dĂ©montrĂ© une supĂ©rioritĂ© constante sur le soulagement des symptĂŽmes dans les Ă©tudes comparatives directes, et des associations sont frĂ©quemment nĂ©cessaires.

L’objectif thĂ©rapeutique central est le contrĂŽle des symptĂŽmes plutĂŽt que la modification du pronostic cardiovasculaire Ă  long terme. À l’importante exception des bĂȘtabloquants chez certains patients aprĂšs un infarctus aigu du myocarde (IDM), il n’a pas Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que les mĂ©dicaments antiangineux amĂ©liorent le pronostic cardiovasculaire Ă  long terme dans le SCC.

Stratégie générale

Chez la plupart des patients, le traitement initial comprend un bĂȘtabloquant et/ou un inhibiteur calcique (IC). Si les symptĂŽmes restent insuffisamment contrĂŽlĂ©s, le traitement doit ĂȘtre réévaluĂ© et adaptĂ©. Le passage d’une monothĂ©rapie Ă  une association thĂ©rapeutique est raisonnable, bien que la stratĂ©gie initiale optimale d’association reste incertaine.

L’association d’un bĂȘtabloquant et d’un IC dihydropyridinique convient Ă  de nombreux patients. Des dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă  longue durĂ©e d’action ou la ranolazine peuvent ĂȘtre ajoutĂ©s lorsque les symptĂŽmes persistent ou lorsque la frĂ©quence cardiaque, la pression artĂ©rielle, la dysfonction ventriculaire gauche, les contre-indications ou l’intolĂ©rance limitent l’intensification du traitement par bĂȘtabloquant ou IC. Le nicorandil et la trimĂ©tazidine constituent des options supplĂ©mentaires chez certains patients.

Les choix thĂ©rapeutiques doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©s Ă  la prise en charge des facteurs dĂ©clenchants tels que l’anĂ©mie, l’hypertension non contrĂŽlĂ©e, la thyrotoxicose, les tachyarythmies, l’insuffisance cardiaque non contrĂŽlĂ©e et une valvulopathie concomitante. La correction des facteurs de risque, l’activitĂ© physique, les mesures diĂ©tĂ©tiques et hygiĂ©niques, un traitement par statine Ă  forte intensitĂ© et un traitement antithrombotique appropriĂ© constituent le cadre plus large de la prise en charge.

La rĂ©ponse au traitement doit ĂȘtre réévaluĂ©e aprĂšs l’instauration et aprĂšs chaque modification. La persistance des symptĂŽmes malgrĂ© un traitement mĂ©dical correctement titrĂ© doit faire envisager une coronarographie et une Ă©ventuelle revascularisation. La revascularisation peut ĂȘtre retenue pour soulager les symptĂŽmes aprĂšs une dĂ©cision mĂ©dicale partagĂ©e, notamment lorsque la charge angineuse est importante ou que l’angor survient pour des efforts minimes ; son rĂŽle dans l’amĂ©lioration de la mortalitĂ© ou du pronostic aprĂšs IDM est plus limitĂ© et dĂ©pend de l’anatomie coronaire et du contexte clinique.

BĂȘtabloquants

Mécanisme et rÎle clinique

Les bĂȘtabloquants rĂ©duisent la demande myocardique en oxygĂšne et soulagent les symptĂŽmes en diminuant la frĂ©quence cardiaque et en limitant la stimulation adrĂ©nergique. Lorsqu’ils sont prescrits Ă  visĂ©e antiangineuse dans le SCC, la frĂ©quence cardiaque de repos cible est gĂ©nĂ©ralement de 55–60 battements par minute.

Les bĂȘtabloquants ont Ă©galement une valeur pronostique dans certaines populations. Leur bĂ©nĂ©fice est bien Ă©tabli chez les patients prĂ©sentant une insuffisance cardiaque Ă  fraction d’éjection rĂ©duite (HFrEF) et une maladie coronaire (MC), ainsi qu’aprĂšs un syndrome coronarien aigu chez les patients ayant une fraction d’éjection ventriculaire gauche (FEVG) rĂ©duite. Ils sont Ă©galement recommandĂ©s chez les patients dans l’annĂ©e suivant un IDM et chez ceux ayant une FEVG ≀50% dans la discussion des recommandations nord-amĂ©ricaines citĂ©es.

En revanche, le bĂ©nĂ©fice des bĂȘtabloquants chez les patients prĂ©sentant une MC sans antĂ©cĂ©dent d’IDM et avec une FEVG normale est incertain. De mĂȘme, les donnĂ©es en faveur d’un traitement systĂ©matique au long cours par bĂȘtabloquant aprĂšs un syndrome coronarien aigu non compliquĂ© lorsque la FEVG est >40% ne sont pas dĂ©finitives. Les Ă©tudes observationnelles ont fourni des rĂ©sultats contradictoires, et la durĂ©e appropriĂ©e du traitement chez les patients ayant un antĂ©cĂ©dent d’IDM et une FEVG prĂ©servĂ©e reste indĂ©terminĂ©e.

Choix pratique

Les bĂȘtabloquants peuvent ĂȘtre particuliĂšrement adaptĂ©s lorsque l’angor est associĂ© Ă  :

  • Tachycardie

  • Hypertension

  • Signes d’hyperactivitĂ© adrĂ©nergique

  • AntĂ©cĂ©dent d’IDM

  • HFrEF

  • Certaines tachyarythmies

Ils peuvent ĂȘtre moins adaptĂ©s chez les patients prĂ©sentant :

  • Une frĂ©quence cardiaque basse

  • Une pression artĂ©rielle basse

  • Un syndrome du sinus malade

  • Une maladie de la conduction auriculoventriculaire

  • Une artĂ©riopathie pĂ©riphĂ©rique, qui impose la prudence

  • Une bronchopneumopathie chronique obstructive, en particulier avec les agents non cardiosĂ©lectifs

  • Un bronchospasme ou une maladie sĂ©vĂšre des voies aĂ©riennes rĂ©actives

  • Un diabĂšte, qui impose la prudence

Chez les patients diabĂ©tiques, les bĂȘtabloquants ayant des propriĂ©tĂ©s vasodilatatrices, tels que le carvĂ©dilol, le nĂ©bivolol ou le labĂ©talol, peuvent ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©s en raison de leurs effets mĂ©taboliques neutres ou favorables.

Les bĂȘtabloquants ne doivent pas ĂȘtre utilisĂ©s en prĂ©sence d’un syndrome du sinus malade ou de troubles de la conduction auriculoventriculaire. L’association au vĂ©rapamil ou au diltiazem impose une prudence particuliĂšre en raison du risque de bradycardie excessive, de troubles de la conduction et d’un effet inotrope nĂ©gatif.

Insuffisance cardiaque Ă  fraction d’éjection rĂ©duite

Les bĂȘtabloquants constituent un traitement essentiel chez les patients prĂ©sentant une HFrEF et une MC en raison de leur bĂ©nĂ©fice pronostique. Dans la HFrEF, les bĂȘtabloquants font partie du traitement de fond modifiant l’évolution de la maladie, aux cĂŽtĂ©s d’un inhibiteur de l’enzyme de conversion (IEC) ou d’un inhibiteur des rĂ©cepteurs de l’angiotensine et de la nĂ©prilysine, ainsi que d’un antagoniste des rĂ©cepteurs des minĂ©ralocorticoĂŻdes. Ces traitements doivent ĂȘtre titrĂ©s vers les doses utilisĂ©es dans les essais cliniques ou vers les doses maximales tolĂ©rĂ©es lorsque les doses cibles ne peuvent pas ĂȘtre atteintes.

Lorsque les bĂȘtabloquants sont contre-indiquĂ©s chez un patient prĂ©sentant une HFrEF en rythme sinusal, l’ivabradine peut ĂȘtre envisagĂ©e, en particulier lorsque la frĂ©quence cardiaque est >70 battements par minute. D’autres mĂ©dicaments antiangineux peuvent ĂȘtre utilisĂ©s en cas de symptĂŽmes persistants, mais leurs effets sur le pronostic de l’insuffisance cardiaque et les Ă©vĂ©nements coronaires sont neutres ou insuffisamment Ă©tablis.

Inhibiteurs calciques

RĂŽle clinique

Les IC sont des mĂ©dicaments antiangineux efficaces et constituent des alternatives appropriĂ©es aux bĂȘtabloquants en traitement initial. Ils peuvent Ă©galement ĂȘtre utilisĂ©s en association avec les bĂȘtabloquants, en particulier lorsqu’un IC dihydropyridinique est choisi.

Les IC sont particuliĂšrement utiles lorsque l’angor est associĂ© Ă  une hypertension, Ă  un spasme coronaire ou Ă  des situations dans lesquelles les bĂȘtabloquants sont mal tolĂ©rĂ©s ou contre-indiquĂ©s. En cas de spasme coronaire, les IC sont spĂ©cifiquement considĂ©rĂ©s comme des options thĂ©rapeutiques. Chez les patients prĂ©sentant une bronchopneumopathie chronique obstructive avec bronchospasme ou un asthme, la nifĂ©dipine, l’amlodipine, le vĂ©rapamil ou le diltiazem figurent parmi les choix possibles. En cas de syndrome de Raynaud, la nifĂ©dipine ou l’amlodipine peuvent ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©es.

Inhibiteurs calciques dihydropyridiniques

L’association d’un bĂȘtabloquant et d’un IC dihydropyridinique est considĂ©rĂ©e comme appropriĂ©e chez de nombreux patients. Cette association peut ĂȘtre particuliĂšrement utile lorsque l’hypertension accompagne l’angor. L’association d’amlodipine et de carvĂ©dilol est identifiĂ©e comme potentiellement efficace chez les patients prĂ©sentant une hypertension sĂ©vĂšre et un angor.

Les IC dihydropyridiniques doivent ĂȘtre utilisĂ©s avec prudence chez les patients ayant une pression artĂ©rielle basse. Ils peuvent ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©s aux agents non dihydropyridiniques lorsqu’un traitement par bĂȘtabloquant est nĂ©cessaire, notamment parce que le vĂ©rapamil et le diltiazem entraĂźnent un ralentissement plus important de la frĂ©quence cardiaque et un effet inotrope nĂ©gatif.

Inhibiteurs calciques non dihydropyridiniques

Le vĂ©rapamil et le diltiazem ralentissent la frĂ©quence cardiaque et peuvent ĂȘtre utiles lorsque les bĂȘtabloquants sont contre-indiquĂ©s ou lorsque les symptĂŽmes persistent malgrĂ© un traitement par dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s et bĂȘtabloquant. Ils sont Ă©galement envisagĂ©s dans l’angor vasospastique.

Cependant, le vĂ©rapamil et le diltiazem sont contre-indiquĂ©s dans la HFrEF car ils augmentent les Ă©vĂ©nements liĂ©s Ă  l’insuffisance cardiaque. Les IC en gĂ©nĂ©ral doivent ĂȘtre utilisĂ©s avec prudence dans la HFrEF, et les IC non dihydropyridiniques doivent ĂȘtre Ă©vitĂ©s chez les patients prĂ©sentant une dysfonction ventriculaire gauche modĂ©rĂ©e ou sĂ©vĂšre, une bradycardie sinusale ou des troubles de la conduction auriculoventriculaire, sauf indication impĂ©rieuse et Ă©troitement surveillĂ©e.

La nifĂ©dipine Ă  courte durĂ©e d’action doit ĂȘtre Ă©vitĂ©e dans le contexte du syndrome coronarien aigu.

Dérivés nitrés

DĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă  courte durĂ©e d’action

Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă  courte durĂ©e d’action sont recommandĂ©s pour le soulagement immĂ©diat de l’angor et peuvent Ă©galement ĂȘtre utilisĂ©s en prophylaxie lorsque les symptĂŽmes sont prĂ©visibles. La nitroglycĂ©rine sublinguale ou en spray buccal constitue le traitement initial de la douleur ischĂ©mique aiguĂ«.

Dans les syndromes coronariens aigus, le schéma posologique cité est le suivant :

  • NitroglycĂ©rine 0.3–0.6 mg par voie sublinguale ou en spray buccal

  • En cas de persistance des symptĂŽmes, rĂ©pĂ©ter Ă  intervalles de 5 minutes jusqu’à trois doses

  • Si les symptĂŽmes persistent aprĂšs trois doses, une perfusion intraveineuse de nitroglycĂ©rine peut ĂȘtre dĂ©butĂ©e Ă  5–10 ”g/min

  • La perfusion peut ĂȘtre augmentĂ©e de 10 ”g/min toutes les 3–5 minutes

  • La titration doit ĂȘtre interrompue si les symptĂŽmes disparaissent, si la pression artĂ©rielle systolique descend au-dessous de 90 mmHg ou si la perfusion atteint 200 ”g/min

Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s intraveineux sont particuliĂšrement envisagĂ©s en cas d’angor rĂ©cidivant, d’hypertension non contrĂŽlĂ©e ou de signes d’insuffisance cardiaque. Ils peuvent Ă©galement ĂȘtre utilisĂ©s dans l’angor vasospastique.

Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă  courte durĂ©e d’action doivent ĂȘtre utilisĂ©s avec prudence dans l’insuffisance cardiaque en raison du risque d’hypotension.

DĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă  longue durĂ©e d’action

Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă  longue durĂ©e d’action sont utiles en cas de symptĂŽmes persistants malgrĂ© un traitement par bĂȘtabloquant et/ou IC et peuvent ĂȘtre utilisĂ©s dans le traitement initial chez des patients correctement sĂ©lectionnĂ©s. Ils peuvent ĂȘtre associĂ©s Ă  un bĂȘtabloquant ou Ă  un IC, ou utilisĂ©s lorsque ces agents sont contre-indiquĂ©s ou mal tolĂ©rĂ©s.

Un intervalle sans nitrate ou Ă  faible exposition aux nitrates doit ĂȘtre intĂ©grĂ© au schĂ©ma posologique afin de rĂ©duire la tolĂ©rance aux nitrates. Des dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s oraux ou transdermiques Ă  longue durĂ©e d’action peuvent ĂȘtre introduits aprĂšs contrĂŽle des symptĂŽmes par la nitroglycĂ©rine intraveineuse, notamment lorsque le patient est restĂ© asymptomatique pendant 12–24 heures.

Contre-indications et précautions

Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s ne doivent pas ĂȘtre administrĂ©s en cas de :

  • Hypotension

  • Prise rĂ©cente d’un inhibiteur de la phosphodiestĂ©rase-5

  • Infarctus du ventricule droit

  • StĂ©nose aortique sĂ©vĂšre

Les intervalles spécifiés concernant les inhibiteurs de la phosphodiestérase-5 sont les suivants :

  • SildĂ©nafil ou vardĂ©nafil dans les 24 heures prĂ©cĂ©dentes

  • Tadalafil dans les 48 heures prĂ©cĂ©dentes

Les dérivés nitrés ne sont également pas recommandés dans la cardiomyopathie hypertrophique ni en association avec des inhibiteurs de la phosphodiestérase.

Ranolazine

RĂŽle clinique

La ranolazine est une option antiangineuse qui peut ĂȘtre utilisĂ©e en traitement additionnel lorsque les symptĂŽmes restent insuffisamment contrĂŽlĂ©s par les bĂȘtabloquants et/ou les IC. Elle peut Ă©galement ĂȘtre choisie prĂ©cocement chez des patients correctement sĂ©lectionnĂ©s.

Son principal avantage pratique est son utilitĂ© lorsque l’intensification d’un traitement diminuant la frĂ©quence cardiaque ou la pression artĂ©rielle est limitĂ©e par :

  • Une bradycardie

  • Une pression artĂ©rielle basse

  • Une dysfonction ventriculaire gauche

  • Une intolĂ©rance aux bĂȘtabloquants ou aux IC

La ranolazine constitue donc un Ă©lĂ©ment raisonnable d’un traitement d’association chez les patients ayant une frĂ©quence cardiaque basse et/ou une pression artĂ©rielle basse. Elle peut Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©e dans l’angor microvasculaire.

Les donnĂ©es citĂ©es dĂ©crivent la ranolazine comme rĂ©duisant l’ischĂ©mie myocardique au niveau cellulaire. Elle a Ă©galement Ă©tĂ© associĂ©e Ă  une diminution modeste de l’hĂ©moglobine glyquĂ©e, des donnĂ©es prĂ©liminaires suggĂ©rant que son effet antiangineux pourrait ĂȘtre lĂ©gĂšrement plus important chez les personnes ayant une HbA1c plus Ă©levĂ©e. Ces observations mĂ©taboliques ne constituent pas une indication pronostique.

Données dans les maladies non obstructives

Chez les patients prĂ©sentant des symptĂŽmes et des signes d’ischĂ©mie sans MC obstructive, la rĂ©ponse au traitement antiangineux est variable. Une petite Ă©tude pilote menĂ©e chez des femmes prĂ©sentant un angor microvasculaire documentĂ© a rapportĂ© une amĂ©lioration de l’état fonctionnel et de la qualitĂ© de vie avec la ranolazine, mais une Ă©tude ultĂ©rieure contrĂŽlĂ©e contre placebo chez des patients ayant un angor et une rĂ©serve coronaire altĂ©rĂ©e Ă  l’IRM n’a pas dĂ©montrĂ© de bĂ©nĂ©fice.

En consĂ©quence, la ranolazine peut ĂȘtre essayĂ©e chez certains patients, mais la rĂ©ponse doit ĂȘtre Ă©valuĂ©e individuellement.

Traitement d’association

La ranolazine peut ĂȘtre associĂ©e Ă  un bĂȘtabloquant, Ă  un IC ou Ă  un dĂ©rivĂ© nitrĂ© Ă  longue durĂ©e d’action. Elle est particuliĂšrement utile lorsque l’augmentation supplĂ©mentaire de la dose de ces agents est limitĂ©e par une hypotension, une bradycardie, une dysfonction ventriculaire gauche ou des effets indĂ©sirables.

Autres médicaments antiangineux

Bien que ce chapitre soit consacrĂ© aux bĂȘtabloquants, aux IC, aux dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s et Ă  la ranolazine, d’autres agents peuvent avoir une place :

  • Ivabradine : Peut ĂȘtre envisagĂ©e en traitement additionnel chez les patients ayant une FEVG <40% et un contrĂŽle insuffisant des symptĂŽmes. Elle peut Ă©galement ĂȘtre utilisĂ©e comme alternative aux bĂȘtabloquants dans la HFrEF lorsque ceux-ci sont contre-indiquĂ©s, chez les patients en rythme sinusal dont la frĂ©quence cardiaque est >70 battements par minute. Elle n’est pas recommandĂ©e en traitement additionnel chez les patients ayant une FEVG >40% et aucune insuffisance cardiaque clinique. Elle ne doit pas ĂȘtre associĂ©e au vĂ©rapamil, au diltiazem ou Ă  d’autres inhibiteurs puissants du CYP3A4.

  • Nicorandil : Peut ĂȘtre envisagĂ© en traitement additionnel ou, chez certains patients, comme traitement initial. Il peut ĂȘtre particuliĂšrement pertinent en cas de spasme coronaire.

  • TrimĂ©tazidine : Peut ĂȘtre envisagĂ©e en traitement additionnel ou, chez certains patients, dans le cadre du traitement initial. Il s’agit d’une option raisonnable lorsque la frĂ©quence cardiaque ou la pression artĂ©rielle limite les autres traitements ; elle peut avoir des effets additifs chez les patients prĂ©sentant une HFrEF et un SCC dĂ©jĂ  traitĂ©s par bĂȘtabloquants.

Considérations thérapeutiques spécifiques au patient

Situation clinique Stratégie préférentielle ou potentiellement utile
La plupart des patients prĂ©sentant un SCC BĂȘtabloquant et/ou IC
FrĂ©quence cardiaque basse ou pression artĂ©rielle basse Ranolazine ou trimĂ©tazidine ; Ă©viter l’intensification inutile des mĂ©dicaments rĂ©duisant la frĂ©quence cardiaque ou la pression artĂ©rielle
Tachycardie ou hypertension BĂȘtabloquant ; un IC peut ĂȘtre ajoutĂ©
Spasme coronaire IC ; le nicorandil ou les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s peuvent ĂȘtre envisagĂ©s
Suspicion d’angor microvasculaire La ranolazine ou la trimĂ©tazidine peuvent ĂȘtre envisagĂ©es
HFrEF et MC BĂȘtabloquant Ă  visĂ©e pronostique ; envisager l’ivabradine lorsque cela est appropriĂ©
HFrEF avec angor persistant Envisager un traitement antiangineux supplémentaire ; éviter le vérapamil et le diltiazem
Bradycardie ou maladie de la conduction auriculoventriculaire Éviter les bĂȘtabloquants et les IC non dihydropyridiniques, ou les utiliser avec une grande prudence ; envisager la ranolazine
Bronchopneumopathie chronique obstructive avec bronchospasme Éviter les bĂȘtabloquants non cardiosĂ©lectifs ; les IC peuvent convenir
DiabĂšte Les bĂȘtabloquants imposent la prudence ; les bĂȘtabloquants vasodilatateurs peuvent ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©s ; la ranolazine peut rĂ©duire modestement l’HbA1c
Hypertension sĂ©vĂšre avec angor L’association amlodipine plus carvĂ©dilol peut ĂȘtre efficace
Épisode angineux prĂ©visible ou aigu NitroglycĂ©rine sublinguale ou en spray buccal
Prise rĂ©cente d’un inhibiteur de la phosphodiestĂ©rase-5 Éviter les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s

Traitement anti-ischémique aigu dans le syndrome coronarien aigu sans sus-décalage du segment ST

Le traitement initial de la douleur ischĂ©mique comprend le repos au lit et un traitement anti-ischĂ©mique. L’oxygĂšne est utilisĂ© chez les patients prĂ©sentant une hypoxĂ©mie, dĂ©finie dans les donnĂ©es citĂ©es par une saturation artĂ©rielle en oxygĂšne <90%, et/ou chez ceux prĂ©sentant une insuffisance cardiaque avec rĂąles pulmonaires.

Dérivés nitrés

Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s sublinguaux ou intraveineux peuvent ĂȘtre utilisĂ©s en cas d’angor. Le traitement intraveineux est particuliĂšrement appropriĂ© en cas de symptĂŽmes rĂ©cidivants, d’hypertension non contrĂŽlĂ©e ou de signes d’insuffisance cardiaque. Le traitement doit ĂȘtre Ă©vitĂ© en cas d’hypotension, d’infarctus du ventricule droit, de stĂ©nose aortique sĂ©vĂšre ou de prise rĂ©cente d’un inhibiteur de la phosphodiestĂ©rase-5.

BĂȘtabloquants

Les bĂȘtabloquants doivent gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre instaurĂ©s prĂ©cocement en cas de symptĂŽmes ischĂ©miques et poursuivis comme traitement chronique lorsque cela est appropriĂ©. Dans le contexte du syndrome coronarien aigu, le traitement oral vise habituellement une frĂ©quence cardiaque de 50–60 battements par minute.

Ils doivent ĂȘtre Ă©vitĂ©s en cas de :

  • Intervalle PR >0.24 secondes

  • Bloc auriculoventriculaire du deuxiĂšme ou du troisiĂšme degrĂ©

  • FrĂ©quence cardiaque <50 battements par minute

  • Pression artĂ©rielle systolique <90 mmHg

  • État de choc

  • Insuffisance cardiaque de classe III ou IV de Killip

  • Maladie sĂ©vĂšre des voies aĂ©riennes rĂ©actives

  • Insuffisance cardiaque aiguĂ« ou sĂ©vĂšre

  • DĂ©bit cardiaque bas

Une initiation intraveineuse peut ĂȘtre envisagĂ©e en cas d’ischĂ©mie sĂ©vĂšre, mais uniquement en l’absence de ces contre-indications.

Inhibiteurs calciques

Le vĂ©rapamil ou le diltiazem peuvent ĂȘtre envisagĂ©s lorsque les symptĂŽmes ou les signes Ă©lectrocardiographiques d’ischĂ©mie persistent aprĂšs administration de doses maximales de dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s et de bĂȘtabloquants, ou lorsque l’une de ces classes est contre-indiquĂ©e. Ils peuvent Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©s dans l’angor vasospastique.

Ils doivent ĂȘtre Ă©vitĂ©s en cas d’hypotension, d’ƓdĂšme pulmonaire ou de dysfonction ventriculaire gauche. La nifĂ©dipine Ă  courte durĂ©e d’action ne doit pas ĂȘtre utilisĂ©e.

Analgésie en cas de douleur réfractaire

Lorsque la douleur thoracique sĂ©vĂšre persiste malgrĂ© trois doses de nitroglycĂ©rine sublinguale ou lorsque l’ischĂ©mie rĂ©cidivante persiste malgrĂ© un traitement anti-ischĂ©mique adĂ©quat, la morphine intraveineuse peut ĂȘtre utilisĂ©e en l’absence de contre-indications. La dose citĂ©e est de 1–5 mg toutes les 5–30 minutes. Elle doit ĂȘtre Ă©vitĂ©e en cas d’hypotension, de dĂ©pression respiratoire, de confusion ou d’obnubilation. L’administration concomitante peut retarder l’absorption et attĂ©nuer l’effet antiplaquettaire des inhibiteurs oraux de P2Y12.

Recommandations des sociétés savantes

Les principales recommandations relatives au traitement antiangineux du SCC sont résumées ci-dessous.

Recommandation Classe Niveau
Adapter le traitement antiangineux aux caractéristiques cliniques, aux comorbidités, aux traitements concomitants, à la tolérance, à la physiopathologie sous-jacente, à la disponibilité et au coût I C
Utiliser des dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă  courte durĂ©e d’action pour le soulagement immĂ©diat de l’angor I B
Chez la plupart des patients, dĂ©buter par un bĂȘtabloquant et/ou un IC afin de contrĂŽler la frĂ©quence cardiaque et les symptĂŽmes I B
Envisager l’association d’un bĂȘtabloquant et d’un IC dihydropyridinique lorsque la monothĂ©rapie est insuffisante, sauf contre-indication IIa B
Envisager les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă  longue durĂ©e d’action ou la ranolazine en traitement additionnel lorsque les symptĂŽmes persistent sous bĂȘtabloquant et/ou IC, ou comme traitement initial chez certains patients IIa B
PrĂ©voir un intervalle sans nitrate ou Ă  faible exposition aux nitrates avec les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă  longue durĂ©e d’action afin de rĂ©duire la tolĂ©rance IIa B
Envisager l’ivabradine en cas de FEVG <40% avec contrîle insuffisant des symptîmes, ou initialement chez certains patients IIa B
Envisager le nicorandil ou la trimétazidine en traitement additionnel, ou initialement chez certains patients IIb B
Ne pas utiliser l’ivabradine en traitement additionnel dans le SCC avec une FEVG >40% et sans insuffisance cardiaque clinique III B
Ne pas associer l’ivabradine aux IC non dihydropyridiniques ni à d’autres inhibiteurs puissants du CYP3A4 III —
Ne pas utiliser de dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s avec des inhibiteurs de la phosphodiestĂ©rase ni dans la cardiomyopathie hypertrophique III —

Chez les patients prĂ©sentant une HFrEF et une MC, les bĂȘtabloquants sont essentiels en raison de leur bĂ©nĂ©fice pronostique. Le diltiazem et le vĂ©rapamil sont contre-indiquĂ©s dans la HFrEF. Dans la HFpEF, les bĂȘtabloquants, les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă  longue durĂ©e d’action, les IC, l’ivabradine, la ranolazine, la trimĂ©tazidine et le nicorandil peuvent ĂȘtre envisagĂ©s pour soulager l’angor, mais aucun bĂ©nĂ©fice sur les critĂšres d’évaluation de l’insuffisance cardiaque ou coronaires n’est attendu avec ces mĂ©dicaments antiangineux.

Surveillance et suivi

Le suivi doit évaluer :

  • La frĂ©quence, la durĂ©e, l’intensitĂ© et les facteurs dĂ©clenchants de l’angor

  • La tolĂ©rance Ă  l’effort et la limitation fonctionnelle

  • Le recours Ă  la nitroglycĂ©rine de secours

  • La frĂ©quence cardiaque et la pression artĂ©rielle de repos

  • Les symptĂŽmes d’hypotension ou de bradycardie

  • L’observance et la tolĂ©rance

  • Les signes d’insuffisance cardiaque

  • La survenue d’une maladie de la conduction ou d’un bronchospasme, selon le contexte

  • La nĂ©cessitĂ© d’intensifier le traitement par une association ou de recourir Ă  une revascularisation

Le traitement doit ĂȘtre modifiĂ© lorsque les symptĂŽmes restent insuffisamment contrĂŽlĂ©s ou que des effets indĂ©sirables apparaissent. Une attention particuliĂšre est nĂ©cessaire lors de l’association d’agents ralentissant la frĂ©quence cardiaque ou la conduction auriculoventriculaire, tels que les bĂȘtabloquants avec le vĂ©rapamil ou le diltiazem.

Les patients prĂ©sentant des symptĂŽmes nouveaux ou aggravĂ©s doivent faire l’objet d’une stratification du risque, de prĂ©fĂ©rence par imagerie de stress. La persistance des symptĂŽmes malgrĂ© le traitement mĂ©dical, en particulier chez les patients prĂ©sentant un angor ou une ischĂ©mie suspectĂ©e avec des artĂšres coronaires non obstructives, peut justifier une exploration fonctionnelle coronaire invasive afin d’identifier des endotypes accessibles Ă  un traitement et d’amĂ©liorer les symptĂŽmes ainsi que la qualitĂ© de vie.

Pronostic

Les implications pronostiques du traitement antiangineux dĂ©pendent de l’affection cardiaque sous-jacente. Les bĂȘtabloquants amĂ©liorent le pronostic dans la HFrEF et chez certains patients aprĂšs un IDM, en particulier lorsque la FEVG est rĂ©duite. Leur bĂ©nĂ©fice Ă  long terme aprĂšs un syndrome coronarien aigu non compliquĂ© avec une FEVG prĂ©servĂ©e reste incertain, et la durĂ©e appropriĂ©e du traitement n’est pas Ă©tablie.

Pour la plupart des autres mĂ©dicaments antiangineux, notamment les IC, les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s et la ranolazine, le bĂ©nĂ©fice Ă©tabli est principalement symptomatique. Chez les patients diabĂ©tiques prĂ©sentant une MC qui ne sont pas candidats Ă  une revascularisation, les bĂȘtabloquants, les IC, les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s, la ranolazine et l’ivabradine peuvent soulager les symptĂŽmes, mais ces agents n’amĂ©liorent ni la mortalitĂ© ni le taux d’évĂ©nements ischĂ©miques dans les donnĂ©es citĂ©es.

En consĂ©quence, l’amĂ©lioration des symptĂŽmes ne doit pas ĂȘtre confondue avec une modification du risque coronaire. La prise en charge au long cours doit continuer Ă  cibler l’athĂ©rosclĂ©rose Ă©tablie et les facteurs de risque associĂ©s, notamment par un traitement hypolipĂ©miant Ă  forte intensitĂ© et un traitement antithrombotique appropriĂ©, tandis qu’un angor persistant ou rĂ©fractaire doit conduire Ă  réévaluer le diagnostic, le mĂ©canisme, l’observance thĂ©rapeutique et le rĂŽle potentiel d’une revascularisation.

Auteurs

EBM AI
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Mis à jour 7 août 2026