đŸš« Tamponnade cardiaque : reconnaissance et pĂ©ricardiocentĂšse

Sommaire (37)

Définition et physiopathologie

La tamponnade cardiaque est un syndrome clinique mettant en jeu le pronostic vital, dans lequel l’augmentation de la pression intrapĂ©ricardique comprime le cƓur et altĂšre le remplissage ventriculaire. Elle rĂ©sulte gĂ©nĂ©ralement de l’accumulation de liquide pĂ©ricardique, de sang ou, plus rarement, d’une masse. La tamponnade survient lorsque la pression intrapĂ©ricardique est Ă©gale ou supĂ©rieure Ă  la pression de l’oreillette droite.

Les consĂ©quences hĂ©modynamiques sont une altĂ©ration progressive du remplissage droit et gauche, une rĂ©duction du volume d’éjection systolique, une diminution du dĂ©bit cardiaque, une baisse de la pression artĂ©rielle et, en l’absence de traitement, le dĂ©cĂšs. Le volume nĂ©cessaire pour provoquer une tamponnade dĂ©pend principalement de la vitesse d’accumulation et de la compliance du pĂ©ricarde. Une accumulation rapide peut entraĂźner une tamponnade avec un volume relativement faible, tandis qu’un Ă©panchement augmentant lentement peut atteindre un volume beaucoup plus important avant de provoquer une dĂ©compensation hĂ©modynamique.

À mesure que la pression intrapĂ©ricardique augmente, l’oreillette et le ventricule droits sont comprimĂ©s, avec Ă©lĂ©vation de leurs pressions tĂ©lĂ©diastoliques. Le remplissage droit devient de plus en plus dĂ©pendant de la baisse de la pression intrathoracique au cours de l’inspiration. L’augmentation inspiratoire du volume ventriculaire droit dĂ©place le septum interventriculaire vers la gauche, limitant davantage le remplissage ventriculaire gauche. La rĂ©duction qui en rĂ©sulte du volume d’éjection systolique ventriculaire gauche provoque une baisse inspiratoire exagĂ©rĂ©e de la pression artĂ©rielle systolique systĂ©mique, appelĂ©e pouls paradoxal.

La tamponnade se caractĂ©rise donc, sur le plan hĂ©modynamique, par une Ă©lĂ©vation et une quasi-Ă©galisation des pressions tĂ©lĂ©diastoliques dans les cavitĂ©s cardiaques, les pressions intracavitaires se rapprochant de la pression intrapĂ©ricardique. L’onde veineuse jugulaire comporte typiquement une descente x proĂ©minente et une descente y absente ou trĂšs diminuĂ©e.

L’impact clinique dĂ©pend non seulement du volume de l’épanchement, mais aussi de la vitesse d’accumulation du liquide, de la distensibilitĂ© pĂ©ricardique et des pressions de remplissage ventriculaire. Les Ă©panchements peuvent ĂȘtre circonfĂ©rentiels ou, notamment aprĂšs un traumatisme ou une chirurgie cardiaque, cloisonnĂ©s. Une collection cloisonnĂ©e peut provoquer une compression cardiaque rĂ©gionale et une tamponnade mĂȘme en l’absence d’un Ă©panchement circonfĂ©rentiel important.

Causes

La tamponnade partage les causes de l’épanchement pĂ©ricardique. Les principales associations cliniques comprennent :

  • PĂ©ricardite idiopathique ou virale

  • Affection pĂ©ricardique maligne

  • Tuberculose

  • PĂ©ricardite purulente ou bactĂ©rienne

  • Traumatisme

  • Chirurgie cardiaque et autres procĂ©dures cardiovasculaires iatrogĂšnes

  • Affection aiguĂ« de l’aorte, en particulier dissection aortique ascendante ou de type A

  • Rupture de la paroi libre du myocarde aprĂšs infarctus

  • HĂ©morragie associĂ©e aux anticoagulants

  • Insuffisance rĂ©nale

  • Maladie inflammatoire systĂ©mique

  • ProcĂ©dures Ă©lectrophysiologiques et interventions structurelles cardiaques par cathĂ©ter

Chez les patients prĂ©sentant une pĂ©ricardite aiguĂ«, la tamponnade est inhabituelle lorsque la cause est virale ou idiopathique, mais elle est plus frĂ©quente lorsque la cause sous-jacente n’est pas idiopathique.

Présentation clinique et symptÎmes

La dyspnĂ©e est le symptĂŽme le plus frĂ©quent et peut survenir mĂȘme en l’absence de congestion pulmonaire. Les patients peuvent ĂȘtre soulagĂ©s en position assise, penchĂ©s en avant. Les autres symptĂŽmes dĂ©pendent de l’importance de la rĂ©duction du dĂ©bit cardiaque et de la pression artĂ©rielle et peuvent comprendre :

  • GĂȘne thoracique

  • Fatigue

  • Faiblesse

  • Lipothymie ou syncope

  • IntolĂ©rance Ă  l’effort

  • Signes de choc dans les formes avancĂ©es

La prĂ©sentation peut ĂȘtre brutale ou subaiguĂ«. Un hĂ©mopĂ©ricarde aigu peut provoquer une hypotension soudaine, une syncope ou un collapsus circulatoire. Les Ă©panchements s’accumulant lentement peuvent entraĂźner une importante collection pĂ©ricardique avec des symptĂŽmes initialement limitĂ©s, car le pĂ©ricarde a eu le temps de s’adapter.

L’hypotension et l’assourdissement des bruits du cƓur sont des signes importants lorsqu’ils sont prĂ©sents, mais leur sensibilitĂ© est relativement faible. Certains patients prĂ©sentant une tamponnade subaiguĂ« peuvent rester initialement normotendus, voire hypertendus, en raison de mĂ©canismes compensatoires.

Triade de Beck

La triade clinique classique comprend :

  • Hypotension

  • Distension veineuse jugulaire

  • Bruits du cƓur assourdis ou absents

Cette triade Ă©voque une tamponnade sĂ©vĂšre, mais son absence n’exclut pas le diagnostic.

Pouls paradoxal

Le pouls paradoxal correspond Ă  une diminution inspiratoire de la pression artĂ©rielle systolique supĂ©rieure Ă  la variation respiratoire normale. Il est classiquement dĂ©fini par une baisse supĂ©rieure Ă  10 mmHg ; une valeur supĂ©rieure Ă  12 mmHg chez un patient prĂ©sentant un Ă©panchement pĂ©ricardique important est fortement en faveur d’une tamponnade.

Le signe est quantifié par sphygmomanométrie au brassard comme la différence entre :

  • La pression Ă  laquelle les bruits de Korotkoff sont entendus pour la premiĂšre fois, habituellement pendant l’expiration

  • La pression Ă  laquelle les bruits de Korotkoff sont audibles pendant tout le cycle respiratoire

Dans les formes sĂ©vĂšres, le pouls inspiratoire peut devenir faible ou disparaĂźtre Ă  la palpation. Le pouls paradoxal peut ĂȘtre absent malgrĂ© une tamponnade, notamment dans certaines situations hĂ©modynamiques ou en prĂ©sence d’une cardiopathie associĂ©e. Il peut Ă©galement s’observer, Ă  un degrĂ© moindre, dans la pĂ©ricardite constrictive, la physiologie restrictive, l’infarctus du ventricule droit, le choc hypovolĂ©mique, l’embolie pulmonaire et les maladies obstructives des voies aĂ©riennes.

Évaluation et examen clinique

Tout patient prĂ©sentant une hypotension inexpliquĂ©e, une pression veineuse jugulaire Ă©levĂ©e, une augmentation soudaine de la silhouette cardiaque ou un nouvel Ă©panchement pĂ©ricardique doit faire l’objet d’une Ă©valuation Ă  la recherche d’une tamponnade.

Examen général

Les patients présentant une tamponnade cliniquement significative peuvent paraßtre en détresse et présenter des signes de diminution du débit cardiaque ou de choc :

  • TachypnĂ©e

  • DiaphorĂšse

  • ExtrĂ©mitĂ©s froides

  • Cyanose pĂ©riphĂ©rique

  • AltĂ©ration ou dĂ©pression de l’état de conscience

  • Tachycardie

La tachycardie est habituelle, mais peut ĂȘtre absente en cas de traitement ralentisseur de la frĂ©quence cardiaque, de maladie de la conduction ou de rĂ©ponse bradycardique prĂ©terminale.

Examen cardiovasculaire

Les principaux signes comprennent :

  • ÉlĂ©vation de la pression veineuse jugulaire

  • Descente x proĂ©minente

  • Descente y absente ou attĂ©nuĂ©e

  • Maintien de la baisse inspiratoire normale de la pression veineuse

  • Pouls paradoxal

  • Hypotension, qui peut toutefois ĂȘtre absente au dĂ©but

  • Bruits du cƓur assourdis

  • Choc de pointe difficile Ă  palper lorsque l’épanchement est important

Un frottement pĂ©ricardique peut ĂȘtre prĂ©sent lorsque la pĂ©ricardite est le processus sous-jacent. Des bruits respiratoires tubaires peuvent ĂȘtre entendus dans l’aisselle gauche ou Ă  la base si l’épanchement entraĂźne une compression bronchique.

Le signe de Kussmaul est généralement absent dans la tamponnade. Sa présence doit faire envisager une physiologie constrictive ou restrictive, bien que des tableaux mixtes de péricardite effusive-constrictive puissent survenir.

ÉlĂ©ments du diagnostic diffĂ©rentiel

L’association d’une hypotension, d’une pression veineuse Ă©levĂ©e et d’une altĂ©ration du dĂ©bit cardiaque peut Ă©voquer :

  • Une insuffisance cardiaque dĂ©compensĂ©e

  • Une embolie pulmonaire ou d’autres Ă©tats d’hypertension pulmonaire

  • Un infarctus du ventricule droit

  • Une pĂ©ricardite constrictive

  • Un choc hypovolĂ©mique

L’évaluation clinique doit donc ĂȘtre intĂ©grĂ©e Ă  l’échocardiographie et, si nĂ©cessaire, Ă  l’imagerie en coupe ou Ă  l’étude hĂ©modynamique invasive.

Examens diagnostiques

Échocardiographie

L’échocardiographie est indiquĂ©e chez tous les patients prĂ©sentant une suspicion de tamponnade cardiaque et constitue habituellement l’examen diagnostique principal. Elle confirme la prĂ©sence, la distribution et la taille de l’épanchement et Ă©value son retentissement hĂ©modynamique.

Les principaux signes échocardiographiques comprennent :

  • Collapsus tĂ©lĂ©diastolique de la paroi de l’oreillette droite

  • Collapsus tĂ©lĂ©diastolique vers l’intĂ©rieur de la paroi libre du ventricule droit

  • Variations respiratoires du remplissage ventriculaire

  • Augmentation inspiratoire des vĂ©locitĂ©s des flux tricuspide et pulmonaire

  • Diminution inspiratoire des vĂ©locitĂ©s des flux mitral, aortique et veineux pulmonaire

  • DĂ©placement inspiratoire du septum interventriculaire vers la gauche

  • Compression des cavitĂ©s droites

  • Évaluation de la veine cave infĂ©rieure et des signes veineux systĂ©miques

  • Identification des Ă©panchements cloisonnĂ©s

L’échocardiographie doit Ă©galement dĂ©terminer si l’épanchement est suffisamment important et anatomiquement accessible pour une approche percutanĂ©e. Les collections cloisonnĂ©es, les caillots et le matĂ©riel fibrineux augmentent la difficultĂ© et le risque d’une pĂ©ricardiocentĂšse fermĂ©e.

Une nouvelle Ă©chocardiographie est nĂ©cessaire lorsque la pĂ©ricardiocentĂšse est diffĂ©rĂ©e, lors de la surveillance rapprochĂ©e d’une tamponnade menaçante et aprĂšs le drainage, afin d’évaluer l’épanchement rĂ©siduel ou rĂ©cidivant et d’identifier des signes de constriction sous-jacente.

Électrocardiographie

L’ECG peut montrer :

  • Un faible voltage des QRS

  • Une alternance Ă©lectrique portant sur les ondes P, les complexes QRS ou les ondes T

Ces signes doivent renforcer la suspicion, mais ne suffisent ni Ă  Ă©tablir ni Ă  exclure une tamponnade. L’alternance Ă©lectrique traduit les mouvements du cƓur dans le sac pĂ©ricardique rempli de liquide.

Radiographie thoracique

Une silhouette cardiaque volumineuse ou augmentant de taille peut Ă©voquer un Ă©panchement important. Dans un contexte clinique appropriĂ©, une augmentation rĂ©cente de la silhouette cardiaque accompagnĂ©e d’une hypotension ou d’une Ă©lĂ©vation de la pression veineuse jugulaire doit conduire Ă  une Ă©valuation Ă©chocardiographique urgente.

Tomodensitométrie et imagerie cardiaque par résonance magnétique

Une TDM ou une IRM cardiaque peut ĂȘtre nĂ©cessaire lorsque l’échocardiographie est insuffisante, notamment en cas de :

  • Épanchements cloisonnĂ©s

  • Tamponnade rĂ©gionale

  • AccĂšs percutanĂ© difficile ou dangereux

  • Masses associĂ©es ou maladie pĂ©ricardique

  • CaractĂ©risation d’une pathologie pĂ©ricardique maligne ou complexe

Le guidage tomodensitométrique constitue une alternative utile au guidage échocardiographique pour certains épanchements cloisonnés et présente, dans les données de référence, un taux de succÚs et une sécurité comparables.

Hémodynamique invasive

Le cathétérisme cardiaque peut mettre en évidence :

  • Des pressions tĂ©lĂ©diastoliques Ă©levĂ©es et quasi Ă©galisĂ©es

  • Une Ă©lĂ©vation de la pression de l’oreillette droite et des autres pressions de remplissage

  • Une diminution du dĂ©bit cardiaque

  • Des variations respiratoires du remplissage droit et gauche

Lorsqu’un cathĂ©ter artĂ©riel pulmonaire est dĂ©jĂ  en place, la pression de l’oreillette droite, la pression d’occlusion de l’artĂšre pulmonaire et le dĂ©bit cardiaque peuvent ĂȘtre suivis avant, pendant et aprĂšs le drainage. La mesure de la pression intrapĂ©ricardique peut documenter la sĂ©vĂ©ritĂ© de la tamponnade.

L’évaluation hĂ©modynamique aprĂšs le drainage est utile pour Ă©tablir une valeur de rĂ©fĂ©rence, dĂ©tecter une rĂ©accumulation et identifier une physiologie effusive-constrictive. La persistance d’une Ă©lĂ©vation de la pression de l’oreillette droite ou la normalisation incomplĂšte du remplissage ventriculaire droit aprĂšs pĂ©ricardiocentĂšse peuvent tĂ©moigner d’une constriction associĂ©e.

Caractéristique Tamponnade cardiaque Physiologie constrictive
Pouls paradoxal Habituellement présent Présent dans environ un tiers des cas
Pressions tĂ©lĂ©diastoliques intracavitaires ÉlevĂ©es et quasi Ă©galisĂ©es ÉlevĂ©es et quasi Ă©galisĂ©es
Courbe de pression veineuse jugulaire Descente y absente ou diminuée ; descente x proéminente Descente y proéminente, souvent avec un contour en M ou en W
Pression veineuse inspiratoire Diminue normalement Augmente ou ne diminue pas ; signe de Kussmaul
Courbe de pression ventriculaire Absence de signe de la racine carrée Présence du signe de la racine carrée
Épanchement pĂ©ricardique PrĂ©sent Habituellement absent, sauf en cas de maladie effusive-constrictive
Épaississement pĂ©ricardique Non typique FrĂ©quent

Biomarqueurs et résultats biologiques

Les donnĂ©es de rĂ©fĂ©rence ne fournissent pas de profil biologique courant spĂ©cifique de la tamponnade cardiaque. Chez les patients sans cause Ă©vidente d’épanchement, les explorations doivent ĂȘtre orientĂ©es vers la maladie sous-jacente suspectĂ©e, notamment les causes nĂ©oplasiques, auto-immunes, infectieuses et thyroĂŻdiennes.

Analyse du liquide péricardique

Lorsqu’une pĂ©ricardiocentĂšse est rĂ©alisĂ©e, le liquide peut avoir un aspect exsudatif. Les analyses recommandĂ©es comprennent :

  • NumĂ©ration des globules rouges

  • NumĂ©ration des globules blancs

  • Examen cytologique Ă  la recherche de cellules malignes

  • Cultures microbiologiques

La dĂ©tection de l’ADN de Mycobacterium tuberculosis par rĂ©action de polymĂ©risation en chaĂźne et une concentration Ă©levĂ©e d’adĂ©nosine dĂ©saminase sont en faveur d’une pĂ©ricardite tuberculeuse, bien qu’un prĂ©lĂšvement tissulaire puisse encore ĂȘtre nĂ©cessaire pour Ă©tablir le diagnostic.

En cas de suspicion de maladie maligne, l’examen cytologique est important pour confirmer l’atteinte pĂ©ricardique maligne. Une biopsie pĂ©ricardique ou Ă©picardique peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque l’imagerie multimodale et la cytologie ne permettent pas le diagnostic. Les marqueurs tumoraux dans le liquide pĂ©ricardique peuvent apporter des informations complĂ©mentaires, mais leur prĂ©cision est insuffisante pour distinguer de maniĂšre fiable les Ă©panchements malins des Ă©panchements bĂ©nins.

Prise en charge initiale

La prise en charge dĂ©pend de la prĂ©sence d’une tamponnade constituĂ©e, imminente ou absente.

Épanchement pĂ©ricardique sans tamponnade

En l’absence de signe de tamponnade ou de menace imminente :

  • Établir ou fortement suspecter l’étiologie Ă  partir de l’anamnĂšse et des examens initiaux.

  • Si la cause demeure incertaine, rĂ©aliser les examens diagnostiques appropriĂ©s en cas de pĂ©ricardite aiguĂ« et selon le contexte clinique.

  • Les Ă©panchements importants peuvent ĂȘtre traitĂ©s par une courte cure d’AINS associĂ©e Ă  la colchicine, ou par une corticothĂ©rapie.

  • En l’absence de rĂ©ponse Ă  ce traitement, une pĂ©ricardiocentĂšse fermĂ©e peut ĂȘtre envisagĂ©e.

Un traitement anti-inflammatoire est peu susceptible de rĂ©duire un Ă©panchement apparemment non inflammatoire en l’absence de signes d’inflammation, tels qu’une augmentation de la protĂ©ine C-rĂ©active ou une prise de contraste au gadolinium en IRM cardiaque.

Les Ă©panchements de faible Ă  moyenne abondance peuvent ĂȘtre réévaluĂ©s aprĂšs 7–14 jours, puis Ă  intervalles de 4–6 semaines, conformĂ©ment aux recommandations citĂ©es.

Tamponnade menaçante

Les situations considérées comme exposant à un risque à court terme comprennent :

  • Suspicion de pĂ©ricardite bactĂ©rienne

  • HĂ©mopĂ©ricarde

  • Épanchement modĂ©rĂ© ou important, rĂ©cent, en augmentation ou dont le caractĂšre chronique n’est pas Ă©tabli

  • Petit Ă©panchement associĂ© Ă  une cause Ă  haut risque telle qu’une infection bactĂ©rienne ou un hĂ©mopĂ©ricarde

Les patients prĂ©sentant une tamponnade constituĂ©e ou menaçante doivent ĂȘtre hospitalisĂ©s. Une surveillance clinique, hĂ©modynamique et Ă©chocardiographique rigoureuse est nĂ©cessaire. Chez certains patients prĂ©sentant une maladie inflammatoire apparemment idiopathique ou une maladie auto-immune connue, un bref essai d’AINS et/ou de corticothĂ©rapie associĂ© Ă  la colchicine peut ĂȘtre envisagĂ© sous surveillance Ă©troite, mais ce traitement ne doit pas retarder le drainage en cas d’aggravation clinique.

Tamponnade constituée

La tamponnade constituĂ©e est une urgence mĂ©dicale. Le traitement dĂ©finitif consiste Ă  drainer rapidement ou en urgence l’espace pĂ©ricardique, gĂ©nĂ©ralement par pĂ©ricardiocentĂšse guidĂ©e par Ă©chocardiographie.

Le sĂ©rum physiologique intraveineux, les vasopresseurs et les inotropes peuvent assurer un soutien hĂ©modynamique temporaire. Il s’agit de mesures transitoires qui ne doivent pas retarder le drainage dĂ©finitif.

PéricardiocentÚse

Indications

La péricardiocentÚse est recommandée en cas de :

  • Tamponnade cardiaque

  • Suspicion de pĂ©ricardite bactĂ©rienne

  • Suspicion de pĂ©ricardite nĂ©oplasique

  • Épanchement modĂ©rĂ© ou important symptomatique malgrĂ© le traitement mĂ©dical

  • Évaluation diagnostique d’un Ă©panchement modĂ©rĂ© ou important lorsque la malignitĂ© reste suspectĂ©e et que l’imagerie n’est pas concluante

Elle peut Ă©galement ĂȘtre rĂ©alisĂ©e chez certains patients prĂ©sentant un Ă©panchement important, chronique, apparemment idiopathique, aprĂšs recherche de causes spĂ©cifiques, notamment lorsque le risque de tamponnade imprĂ©visible est prĂ©occupant.

Technique

La procĂ©dure peut emprunter une voie apicale, parasternale ou sous-xiphoĂŻdienne. La voie sous-xiphoĂŻdienne est couramment utilisĂ©e, tandis qu’une approche para-apicale peut ĂȘtre choisie en fonction de la fenĂȘtre Ă©chocardiographique la plus sĂ»re.

Dans la mesure du possible :

  • RĂ©aliser la procĂ©dure sous guidage Ă©chocardiographique.

  • VĂ©rifier que l’épanchement est suffisamment important et accessible.

  • Mesurer la pression intrapĂ©ricardique avant le drainage lorsque cela est possible.

  • Aspirer un volume initial modĂ©rĂ© afin d’obtenir une amĂ©lioration clinique.

  • Avancer un guide puis remplacer l’aiguille par un cathĂ©ter multiperforĂ© en queue de cochon.

  • Positionner le cathĂ©ter de maniĂšre Ă  optimiser le drainage.

  • Laisser un cathĂ©ter intrapĂ©ricardique en place lorsqu’un drainage prolongĂ© est nĂ©cessaire.

La pĂ©ricardiocentĂšse guidĂ©e par Ă©chocardiographie prĂ©sente, dans les donnĂ©es de rĂ©fĂ©rence, un taux de succĂšs supĂ©rieur Ă  95 % et un taux de complications graves infĂ©rieur Ă  2 %. La procĂ©dure doit de prĂ©fĂ©rence ĂȘtre rĂ©alisĂ©e dans une salle de soins intensifs dĂ©diĂ©e aux procĂ©dures ou dans un laboratoire de cathĂ©tĂ©risme cardiaque, par des opĂ©rateurs expĂ©rimentĂ©s.

Un drainage continu par cathĂ©ter pendant 2–3 jours peut rĂ©duire les rĂ©cidives. En cas d’épanchement nĂ©oplasique suspectĂ© ou avĂ©rĂ©, un drainage prolongĂ© pendant 3–6 jours est recommandĂ© dans les recommandations citĂ©es afin de rĂ©duire le risque de rĂ©cidive.

Surveillance pendant et aprĂšs le drainage

Lorsqu’elle est disponible, la surveillance invasive peut ĂȘtre utilisĂ©e pour suivre la pression de l’oreillette droite, la pression d’occlusion de l’artĂšre pulmonaire et le dĂ©bit cardiaque avant, pendant et aprĂšs le drainage. Une nouvelle Ă©chocardiographie doit Ă©valuer :

  • Le liquide rĂ©siduel

  • La rĂ©accumulation

  • Le remplissage droit et gauche

  • La persistance d’une compression des cavitĂ©s

  • Les signes de physiologie constrictive

Une complication rare, mais potentiellement fatale, est le syndrome de dĂ©compression pĂ©ricardique, caractĂ©risĂ© par l’association variable d’un ƓdĂšme pulmonaire et d’un choc aprĂšs le drainage.

Procédures de drainage chirurgicales et alternatives

Drainage chirurgical

Un drainage chirurgical est recommandé lorsque :

  • Le drainage percutanĂ© n’est pas rĂ©alisable

  • L’épanchement est purulent

  • Un drainage complet est nĂ©cessaire

  • Un prĂ©lĂšvement tissulaire est nĂ©cessaire au diagnostic

  • L’épanchement est cloisonnĂ© ou contient un caillot

  • La tamponnade rĂ©cidive malgrĂ© une prise en charge percutanĂ©e

Les options chirurgicales comprennent un drainage sous-xiphoĂŻdien limitĂ©, la crĂ©ation d’une fenĂȘtre pĂ©ricardique et, dans certaines situations, une chirurgie pĂ©ricardique plus Ă©tendue.

Épanchement rĂ©cidivant

Une fenĂȘtre pleuro-pĂ©ricardique chirurgicale est recommandĂ©e en cas d’épanchements rĂ©cidivants malgrĂ© le traitement mĂ©dical. Les tamponnades rĂ©cidivantes, en particulier en prĂ©sence de collections cloisonnĂ©es, justifient gĂ©nĂ©ralement un drainage Ă  ciel ouvert avec biopsie Ă©ventuelle et crĂ©ation d’une fenĂȘtre.

La pĂ©ricardiotomie percutanĂ©e par ballon peut constituer une mĂ©thode moins invasive pour crĂ©er une communication en cas d’épanchements rĂ©cidivants, notamment dans les maladies malignes. Son utilisation est principalement concentrĂ©e dans les centres expĂ©rimentĂ©s.

La pĂ©ricardiocentĂšse guidĂ©e par TDM constitue une alternative utile lorsque l’épanchement est rĂ©gional ou cloisonnĂ©, ou lorsque les sites d’introduction classiques de l’aiguille sont dangereux.

Situations particuliĂšres

Hémopéricarde

La dĂ©cision de drainer un hĂ©mopĂ©ricarde dĂ©pend de sa cause et de l’état hĂ©modynamique. La rĂ©duction de la pression intrapĂ©ricardique peut favoriser la poursuite du saignement lorsque la source n’est pas contrĂŽlĂ©e.

La pĂ©ricardiocentĂšse fermĂ©e doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre Ă©vitĂ©e en cas d’hĂ©mopĂ©ricarde traumatique ou liĂ© Ă  une rupture de la paroi libre du ventricule gauche. Si le saignement est plus lent, le drainage peut apporter un soulagement temporaire en attendant l’arrĂȘt spontanĂ© de l’hĂ©morragie ou une rĂ©paration dĂ©finitive.

Dissection aortique de type A

La tamponnade due Ă  une dissection aiguĂ« de type A est associĂ©e Ă  une mortalitĂ© Ă©levĂ©e et nĂ©cessite une chirurgie aortique en urgence chez les patients prĂ©sentant une hypotension ou un choc. La pĂ©ricardiocentĂšse peut prĂ©cipiter une reprise du saignement et un collapsus hĂ©modynamique en abaissant la pression intrapĂ©ricardique et en permettant Ă  la pression artĂ©rielle d’augmenter.

Chez un patient relativement stable, les risques de la pĂ©ricardiocentĂšse sont gĂ©nĂ©ralement supĂ©rieurs Ă  ses bĂ©nĂ©fices. En cas de choc rĂ©fractaire ou d’arrĂȘt cardiaque imminent, lorsque le patient a peu de chances de survivre au transport jusqu’à une chirurgie Ă  ciel ouvert, un drainage soigneusement contrĂŽlĂ© de petits volumes peut ĂȘtre salvateur. Un drainage intermittent peut ĂȘtre guidĂ© par la pression artĂ©rielle systolique afin de stabiliser le patient avant la chirurgie en urgence.

Épanchement malin

Les épanchements malins sont souvent modérés à importants et provoquent fréquemment une tamponnade. Les carcinomes pulmonaires et mammaires sont des causes fréquentes ; les lymphomes, les leucémies, les mélanomes et les cancers des organes contigus sont également en cause.

La prise en charge nĂ©cessite une coordination entre les Ă©quipes de cardiologie, d’oncologie et de radiothĂ©rapie. Les principales mesures comprennent :

  • PĂ©ricardiocentĂšse thĂ©rapeutique en cas de tamponnade

  • Examen cytologique du liquide

  • Drainage prolongĂ© afin de rĂ©duire le risque de rĂ©cidive

  • Traitement antinĂ©oplasique systĂ©mique appropriĂ©

  • FenĂȘtre pĂ©ricardique ou pĂ©ricardiotomie par ballon en cas de rĂ©cidive

  • Traitement cytostatique ou sclĂ©rosant intrapĂ©ricardique dans certains cas rĂ©fractaires

  • RadiothĂ©rapie pour les tumeurs radiosensibles

La colchicine peut amĂ©liorer les rĂ©sultats cliniques et rĂ©duire la nĂ©cessitĂ© d’une nouvelle intervention en cas d’épanchement malin. Chez les patients prĂ©sentant un Ă©panchement malin rĂ©cidivant aprĂšs un drainage en urgence, une fenĂȘtre pleuro-pĂ©ricardique ou pleuro-pĂ©ritonĂ©ale, une pĂ©ricardiotomie par ballon ou une chirurgie peuvent ĂȘtre envisagĂ©es.

Maladie liée aux inhibiteurs des points de contrÎle immunitaire

Une pĂ©ricardite et un Ă©panchement, parfois accompagnĂ©s d’une tamponnade, peuvent survenir au cours d’un traitement par inhibiteur des points de contrĂŽle immunitaire. Le traitement repose sur l’arrĂȘt du mĂ©dicament en cause et sur une prise en charge par ailleurs similaire Ă  celle d’une pĂ©ricardite idiopathique. Une corticothĂ©rapie doit ĂȘtre envisagĂ©e ; des doses Ă©levĂ©es de corticoĂŻdes peuvent ĂȘtre nĂ©cessaires en cas de myocardite sĂ©vĂšre concomitante. Un drainage est rĂ©alisĂ© lorsqu’une dĂ©compensation hĂ©modynamique ou une atteinte maligne significative l’impose.

Péricardite purulente

Un drainage chirurgical est recommandĂ© en cas d’épanchement purulent afin de permettre une Ă©vacuation complĂšte et de rĂ©duire le risque de constriction. La suspicion de pĂ©ricardite bactĂ©rienne constitue Ă©galement une indication de pĂ©ricardiocentĂšse et de prise en charge hospitaliĂšre urgente.

Épanchement liĂ© Ă  l’hypothyroĂŻdie

Une hypothyroïdie sévÚre peut provoquer un épanchement important, habituellement sans tamponnade. Ces épanchements peuvent contenir de fortes concentrations de cholestérol et se résorbent généralement progressivement sous traitement substitutif thyroïdien.

Recommandations des sociétés savantes

Les recommandations citĂ©es peuvent ĂȘtre rĂ©sumĂ©es comme suit :

Situation clinique Recommandation Classe Niveau
Tamponnade cardiaque PĂ©ricardiocentĂšse urgente pour soulager les symptĂŽmes et Ă©tablir le diagnostic, notamment par la recherche d’un Ă©panchement malin I C
Suspicion de pĂ©ricardite bactĂ©rienne ou nĂ©oplasique PĂ©ricardiocentĂšse guidĂ©e par l’imagerie I C
Épanchement modĂ©rĂ© ou important symptomatique malgrĂ© le traitement mĂ©dical PĂ©ricardiocentĂšse guidĂ©e par l’imagerie I C
Épanchement nĂ©oplasique suspectĂ© ou avĂ©rĂ© Drainage prolongĂ© pendant 3–6 jours afin de rĂ©duire le risque de rĂ©cidive I B
Péricardite néoplasique Analyse cytologique du liquide péricardique I C
Cause néoplasique confirmée Traitement antinéoplasique systémique I C
Drainage percutané impossible ou épanchement purulent Drainage péricardique chirurgical I C
Épanchement rĂ©cidivant malgrĂ© le traitement mĂ©dical FenĂȘtre pleuro-pĂ©ricardique chirurgicale I C
Épanchement modĂ©rĂ© Ă  important avec suspicion de malignitĂ© et imagerie non concluante Envisager une pĂ©ricardiocentĂšse Ă  visĂ©e diagnostique IIa C
Suspicion de maladie maligne avec imagerie et cytologie non concluantes Envisager une biopsie péricardique ou épicardique IIb C
Épanchement malin rĂ©fractaire Envisager un traitement intrapĂ©ricardique en accord avec l’équipe d’oncologie IIb C

Pronostic et suivi

En l’absence de traitement, la tamponnade peut rapidement devenir fatale. Le pronostic dĂ©pend de la vitesse d’accumulation, de la cause sous-jacente, de la prĂ©sence d’un choc et de l’efficacitĂ© du traitement dĂ©finitif.

La tamponnade identifie un patient Ă  haut risque, qui doit ĂȘtre hospitalisĂ© pour traitement et surveillance. Les patients prĂ©sentant une tamponnade menaçante nĂ©cessitent des Ă©valuations cliniques sĂ©riĂ©es, une surveillance Ă©chocardiographique et, lorsque cela est indiquĂ©, une surveillance hĂ©modynamique artĂ©rielle ou centrale. La surveillance invasive ne doit pas retarder le traitement dĂ©finitif chez un patient en Ă©tat critique.

AprÚs une péricardiocentÚse, le suivi doit évaluer :

  • La rĂ©cupĂ©ration clinique et la restauration de la perfusion

  • La rĂ©accumulation du liquide pĂ©ricardique

  • La persistance de l’élĂ©vation des pressions de remplissage

  • L’apparition ou la rĂ©vĂ©lation d’une physiologie effusive-constrictive

  • Les complications du drainage, notamment l’ƓdĂšme pulmonaire et le choc

  • Le contrĂŽle de la cause sous-jacente

Le cathĂ©ter de drainage peut ĂȘtre maintenu pendant 2–3 jours lorsqu’une Ă©vacuation continue est nĂ©cessaire ; les Ă©panchements nĂ©oplasiques justifient gĂ©nĂ©ralement un drainage prolongĂ© pendant 3–6 jours. La rĂ©cidive est particuliĂšrement importante en cas de maladie maligne et d’épanchements chroniques importants. Une tamponnade ou un Ă©panchement rĂ©cidivant doit conduire Ă  envisager la crĂ©ation d’une fenĂȘtre chirurgicale, une pĂ©ricardiotomie par ballon, un traitement intrapĂ©ricardique ou tout autre traitement dĂ©finitif dirigĂ© contre l’étiologie sous-jacente.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 14 août 2026