Définition et physiopathologie
Le syndrome mĂ©tabolique correspond Ă un regroupement dâanomalies cardiomĂ©taboliques centrĂ© sur lâadipositĂ© abdominale, lâinsulinorĂ©sistance, la dyslipidĂ©mie, lâĂ©lĂ©vation de la pression artĂ©rielle et les troubles de la rĂ©gulation glycĂ©mique. Le diagnostic repose sur la coexistence de composantes cliniques et biologiques dĂ©finies ; les critĂšres diagnostiques eux-mĂȘmes ne sont pas reproduits dans les sources disponibles. Le tour de taille revĂȘt une importance particuliĂšre, car le tissu adipeux intra-abdominal, ou viscĂ©ral, est plus Ă©troitement associĂ© Ă lâinsulinorĂ©sistance ainsi quâau risque de diabĂšte et de maladie cardiovasculaire que lâadipositĂ© totale seule. Le tour de taille associĂ© au risque varie selon les populations, ce qui reflĂšte les diffĂ©rences de rĂ©partition adipeuse et dâorigine ethnique.
LâobĂ©sitĂ© abdominale constitue un facteur moteur majeur. Le tissu adipeux viscĂ©ral est mĂ©taboliquement actif et produit des mĂ©diateurs pro-inflammatoires. Lâaugmentation du flux dâacides gras libres et lâaltĂ©ration de lâaction de lâinsuline favorisent la synthĂšse hĂ©patique des lipoprotĂ©ines riches en triglycĂ©rides et rĂ©duisent la clairance des lipoprotĂ©ines riches en triglycĂ©rides et des remnants. La dyslipidĂ©mie athĂ©rogĂšne qui en rĂ©sulte se caractĂ©rise par une Ă©lĂ©vation des triglycĂ©rides, une diminution du cholestĂ©rol HDL et une augmentation des particules de LDL petites et denses. Chez les patients diabĂ©tiques, lâaugmentation des particules contenant lâapoB et des remnants peut fournir une Ă©valuation plus prĂ©cise de la charge athĂ©rogĂšne que le seul cholestĂ©rol LDL.
LâinsulinorĂ©sistance sâaccompagne dâune hyperinsulinĂ©mie compensatrice puis, avec la progression de la maladie, dâune hyperglycĂ©mie et dâun dysfonctionnement des cellules ÎČ pancrĂ©atiques. Ces anomalies initient des voies mĂ©taboliques et inflammatoires auto-entretenues qui lĂšsent les vaisseaux, le cĆur et les reins. Les produits de glycation avancĂ©e activent des voies de signalisation inflammatoires et profibrotiques par lâintermĂ©diaire de leur rĂ©cepteur. La dysfonction endothĂ©liale, lâaugmentation de la rigiditĂ© vasculaire, lâaltĂ©ration de la circulation coronaire, la calcification vasculaire et la fibrose myocardique accĂ©lĂšrent encore les lĂ©sions cardiovasculaires et rĂ©nales.
Le dĂ©sĂ©quilibre des adipokines contribue Ă lâinsulinorĂ©sistance, Ă la dĂ©faillance des cellules ÎČ, Ă la dysfonction endothĂ©liale et Ă lâathĂ©rosclĂ©rose. La graisse ectopique dĂ©posĂ©e autour du cĆur ou au sein de celui-ci et des reins peut exercer des effets compressifs directs et libĂ©rer des mĂ©diateurs inflammatoires et profibrotiques supplĂ©mentaires. La graisse pĂ©rirĂ©nale est associĂ©e Ă lâhypertension et Ă la variabilitĂ© de la pression artĂ©rielle, tandis que lâobĂ©sitĂ© et lâhypertension favorisent conjointement lâhypertrophie ventriculaire gauche et les lĂ©sions rĂ©nales.
Le syndrome constitue donc Ă la fois un regroupement clinique de facteurs de risque et un marqueur dâune dysfonction mĂ©tabolique plus large. Les anomalies associĂ©es peuvent comprendre une augmentation de lâapoB et de lâapoC-III, de lâacide urique, du fibrinogĂšne, de lâinhibiteur de lâactivateur du plasminogĂšne de type 1, de la viscositĂ© sĂ©rique, de la dimĂ©thylarginine asymĂ©trique, de lâhomocystĂ©ine, du nombre de leucocytes, des cytokines pro-inflammatoires et de la protĂ©ine C-rĂ©active. Lâaugmentation du rapport albuminurie/crĂ©atininurie reflĂšte des altĂ©rations de la physiopathologie endothĂ©liale et rĂ©nale liĂ©es Ă lâinsulinorĂ©sistance.
Stéatopathie hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique
LâinsulinorĂ©sistance augmente lâapport dâacides gras libres au foie et rĂ©duit leur oxydation intrahĂ©patique. La synthĂšse des triglycĂ©rides et lâaccumulation de lipides dans les hĂ©patocytes augmentent en consĂ©quence, avec une inflammation et un stress oxydatif dâintensitĂ© variable. La stĂ©atopathie hĂ©patique associĂ©e Ă un dysfonctionnement mĂ©tabolique touche environ 10 % des personnes non obĂšses et jusquâĂ 65 % des patients prĂ©sentant un syndrome mĂ©tabolique. Une proportion importante dĂ©veloppe une stĂ©atohĂ©patite associĂ©e Ă un dysfonctionnement mĂ©tabolique, caractĂ©risĂ©e par une composante inflammatoire plus marquĂ©e et susceptible dâĂ©voluer vers la cirrhose et lâinsuffisance hĂ©patique terminale. La stĂ©atopathie hĂ©patique associĂ©e Ă un dysfonctionnement mĂ©tabolique est Ă©galement liĂ©e de maniĂšre indĂ©pendante Ă la maladie cardiovasculaire, en particulier Ă la maladie coronaire.
Hyperuricémie et dysfonction endothéliale
LâinsulinorĂ©sistance altĂšre la gestion tubulaire rĂ©nale de lâacide urique et peut contribuer Ă lâhyperuricĂ©mie. Lâacide urique pourrait favoriser lâhypertension par ses effets sur lâendothĂ©lium. Lâaugmentation de la dimĂ©thylarginine asymĂ©trique, inhibiteur endogĂšne de la NO synthase, constitue un autre mĂ©canisme potentiel de dysfonction endothĂ©liale. Lâalbuminurie peut Ă©galement reflĂ©ter des anomalies vasculaires et endothĂ©liales liĂ©es Ă lâĂ©tat dâinsulinorĂ©sistance.
Affections associées
Le syndrome des ovaires polykystiques est fortement associĂ© Ă lâinsulinorĂ©sistance et au syndrome mĂ©tabolique. Le syndrome dâapnĂ©es obstructives du sommeil coexiste frĂ©quemment avec lâobĂ©sitĂ©, lâhypertension, lâintolĂ©rance au glucose, lâaugmentation des cytokines pro-inflammatoires et lâinsulinorĂ©sistance. Il peut prĂ©dire un syndrome mĂ©tabolique mĂȘme en lâabsence dâadipositĂ© excessive, et lâinsulinorĂ©sistance est plus sĂ©vĂšre chez les patients prĂ©sentant des apnĂ©es du sommeil que chez des tĂ©moins de mĂȘme poids. La pression positive continue amĂ©liore la sensibilitĂ© Ă lâinsuline chez les patients atteints dâun syndrome dâapnĂ©es obstructives du sommeil.
Présentation clinique et symptÎmes
Le syndrome mĂ©tabolique est habituellement cliniquement silencieux. Les signes les plus frĂ©quents Ă lâexamen sont une augmentation du tour de taille et une Ă©lĂ©vation de la pression artĂ©rielle. La prĂ©sence de lâun ou lâautre de ces signes doit conduire Ă rechercher des anomalies biochimiques associĂ©es.
Plus rarement, les patients peuvent prĂ©senter une lipoatrophie ou un acanthosis nigricans. Ces signes tĂ©moignent dâune insulinorĂ©sistance sĂ©vĂšre, dans laquelle les autres composantes du syndrome mĂ©tabolique sont gĂ©nĂ©ralement particuliĂšrement frĂ©quentes.
Les symptĂŽmes peuvent ĂȘtre liĂ©s aux affections associĂ©es plutĂŽt quâau syndrome lui-mĂȘme. Lâinterrogatoire doit rechercher spĂ©cifiquement des symptĂŽmes Ă©vocateurs dâun syndrome dâapnĂ©es obstructives du sommeil chez tous les patients et dâun syndrome des ovaires polykystiques chez les femmes prĂ©mĂ©nopausĂ©es. Une maladie cardiovasculaire, une maladie cĂ©rĂ©brovasculaire, une maladie vasculaire pĂ©riphĂ©rique et une insuffisance cardiaque peuvent apparaĂźtre comme consĂ©quences cliniques de ce regroupement de facteurs de risque.
Certaines personnes obĂšses prĂ©sentant un syndrome mĂ©tabolique signalent une diminution de lâĂ©nergie et de la motivation, des difficultĂ©s de concentration, une rĂ©duction de la capacitĂ© dâexercice, une altĂ©ration de la qualitĂ© de vie, une faible estime de soi et un isolement social. Une augmentation de la masse grasse, une accumulation centrale de graisse, une diminution de la masse maigre et une baisse de la consommation maximale dâoxygĂšne peuvent sâassocier Ă une altĂ©ration de la structure et de la fonction cardiaques.
Ăvaluation et examen clinique
LâĂ©valuation commence par une anamnĂšse ciblĂ©e et une apprĂ©ciation directe des composantes cliniques du syndrome.
AnamnĂšse
Lâinterrogatoire doit rechercher :
Les symptĂŽmes dâun syndrome dâapnĂ©es obstructives du sommeil chez tous les patients.
Les Ă©lĂ©ments Ă©vocateurs dâun syndrome des ovaires polykystiques et dâune anovulation chez les femmes prĂ©mĂ©nopausĂ©es.
Les antĂ©cĂ©dents personnels de maladie cardiovasculaire, dâhypertension, de dysglycĂ©mie, de dyslipidĂ©mie, de maladie rĂ©nale et de stĂ©atopathie hĂ©patique.
Les antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire et de diabÚte.
Les habitudes alimentaires, lâactivitĂ© physique, lâĂ©volution pondĂ©rale et les interventions antĂ©rieures de perte de poids.
Les facteurs influençant la faisabilité et la pérennité des changements comportementaux.
Examen clinique
Lâexamen doit comprendre :
La mesure du tour de taille.
La mesure de la pression artérielle.
LâĂ©valuation de lâadipositĂ© centrale.
La recherche dâun acanthosis nigricans et dâune lipoatrophie.
La recherche dâĂ©lĂ©ments cliniques en faveur de complications cardiovasculaires ou respiratoires liĂ©es Ă lâobĂ©sitĂ©.
Le tour de taille doit ĂȘtre interprĂ©tĂ© avec prudence, car la relation entre sa valeur, la graisse viscĂ©rale et le risque cardiomĂ©tabolique diffĂšre selon les populations. LâobĂ©sitĂ© centrale conserve son importance clinique mĂȘme lorsque le poids corporel global nâest pas fortement augmentĂ©.
Diagnostic
Ăvaluation biologique
Des dosages Ă jeun des lipides et du glucose sont nĂ©cessaires pour dĂ©terminer la prĂ©sence dâun syndrome mĂ©tabolique. Des examens supplĂ©mentaires doivent ĂȘtre individualisĂ©s selon le contexte clinique et peuvent comprendre :
LâapoB.
La protéine C-réactive ultrasensible.
Le fibrinogĂšne.
Lâacide urique.
Le rapport albuminurie/créatininurie.
Les tests de fonction hépatique.
LâĂ©valuation de la dyslipidĂ©mie doit tenir compte du fait que lâinsulinorĂ©sistance entraĂźne frĂ©quemment une Ă©lĂ©vation des lipoprotĂ©ines riches en triglycĂ©rides, une diminution du cholestĂ©rol HDL et une augmentation des particules de LDL petites et denses. En cas de diabĂšte, le dosage de lâapoB ou le calcul du cholestĂ©rol non-HDL peut estimer le risque athĂ©rogĂšne plus prĂ©cisĂ©ment que la seule concentration de cholestĂ©rol LDL.
Recherche dâaffections associĂ©es
Une Ă©tude du sommeil est indiquĂ©e en prĂ©sence de symptĂŽmes de syndrome dâapnĂ©es obstructives du sommeil.
Lorsque le syndrome des ovaires polykystiques est suspectĂ© sur la base de signes cliniques et dâune anovulation, il convient de doser la testostĂ©rone, la lutĂ©inostimuline et la folliculostimuline.
La stĂ©atopathie hĂ©patique associĂ©e Ă un dysfonctionnement mĂ©tabolique peut ĂȘtre Ă©valuĂ©e plus avant Ă lâaide du score de fibrose MAFLD, notamment le FIB4, ou par Ă©lastographie.
Les sources disponibles ne dĂ©crivent pas de rĂŽle spĂ©cifique de lâĂ©lectrocardiographie, de lâĂ©chocardiographie, des Ă©preuves dâeffort, de la tomodensitomĂ©trie coronaire ou de lâĂ©lectrophysiologie invasive dans le diagnostic du syndrome mĂ©tabolique. Les explorations cardiovasculaires doivent donc ĂȘtre orientĂ©es par des signes cliniques de maladie cardiovasculaire Ă©tablie ou infraclinique, plutĂŽt que par le seul diagnostic de syndrome mĂ©tabolique.
Biomarqueurs et résultats biologiques
Le profil biochimique caractéristique est variable, mais comprend fréquemment :
| Domaine | Anomalies associĂ©es Ă lâinsulinorĂ©sistance et au syndrome mĂ©tabolique |
|---|---|
| Métabolisme glucidique | Anomalie de la glycémie à jeun, intolérance au glucose ou hyperglycémie |
| Lipides | Augmentation des triglycérides, diminution du cholestérol HDL, augmentation des particules de LDL petites et denses |
| ApolipoprotĂ©ines | Augmentation de lâapoB et de lâapoC-III ; augmentation des particules contenant lâapoB |
| Inflammation | Augmentation de la hsCRP, des cytokines pro-inflammatoires et du nombre de leucocytes |
| Thrombose et hĂ©mostase | Augmentation du fibrinogĂšne et de lâinhibiteur de lâactivateur du plasminogĂšne de type 1 ; diminution de lâactivitĂ© fibrinolytique |
| Marqueurs vasculaires et rĂ©naux | Augmentation de la dimĂ©thylarginine asymĂ©trique, de lâhomocystĂ©ine et du rapport albuminurie/crĂ©atininurie |
| MĂ©tabolisme des purines | Augmentation de lâacide urique |
| Atteinte hĂ©patique | Anomalies des tests de fonction hĂ©patique dans le contexte dâune stĂ©atopathie hĂ©patique associĂ©e Ă un dysfonctionnement mĂ©tabolique |
Ces biomarqueurs correspondent Ă des anomalies associĂ©es et ne constituent pas des exigences diagnostiques universelles. Les examens supplĂ©mentaires doivent ĂȘtre choisis selon le phĂ©notype du patient et les complications suspectĂ©es.
Importance clinique
Maladie cardiovasculaire
Chez les personnes non diabĂ©tiques, le syndrome mĂ©tabolique est associĂ© Ă une augmentation approximative de 1,5 Ă 3 fois du risque relatif de survenue dâune maladie cardiovasculaire. Dans les analyses comparatives, le diabĂšte et lâhypertension confĂšrent un risque dâinfarctus aigu du myocarde plus Ă©levĂ© que plusieurs autres composantes prises isolĂ©ment. Le risque cardiovasculaire additionnel attribuable au syndrome au-delĂ des effets combinĂ©s de ses diffĂ©rentes composantes demeure incertain.
Le syndrome mĂ©tabolique est Ă©galement associĂ© Ă une augmentation du risque dâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral et de maladie vasculaire pĂ©riphĂ©rique. Lâinsuffisance cardiaque peut coexister, mais elle est souvent liĂ©e Ă une maladie cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reuse ou Ă une hypertension associĂ©e au syndrome mĂ©tabolique. Lâassociation avec la maladie cardiovasculaire pourrait ĂȘtre plus forte chez les femmes que chez les hommes.
La protĂ©ine C-rĂ©active ultrasensible apporte des informations pronostiques supplĂ©mentaires dans certaines populations. Un syndrome mĂ©tabolique associĂ© Ă une augmentation de la hsCRP a Ă©tĂ© associĂ© Ă une augmentation de la mortalitĂ© toutes causes confondues, bien que moins de la moitiĂ© des dĂ©cĂšs de la cohorte citĂ©e soient dâorigine cardiovasculaire.
DiabĂšte de type 2
Le risque de diabĂšte de type 2 est environ trois Ă cinq fois plus Ă©levĂ© chez les patients prĂ©sentant un syndrome mĂ©tabolique. Dans la Framingham Offspring Study, le syndrome mĂ©tabolique reprĂ©sentait une fraction attribuable populationnelle importante des cas incidents de diabĂšte, bien que la glycĂ©mie plasmatique Ă jeun explique la majeure partie, voire la totalitĂ©, de lâexcĂšs de risque observĂ©.
Maladie rénale et maladie cardio-rénale-métabolique
LâobĂ©sitĂ©, lâhyperglycĂ©mie, la dyslipidĂ©mie et lâhypertension contribuent au dĂ©veloppement et Ă la progression du diabĂšte, de la maladie rĂ©nale chronique et de la maladie cardiovasculaire. LâobĂ©sitĂ© et lâhypertension favorisent lâhypertrophie ventriculaire gauche et les lĂ©sions rĂ©nales. En cas dâinsuffisance rĂ©nale avancĂ©e, lâhypertrophie ventriculaire gauche concentrique est trĂšs frĂ©quente et lâanĂ©mie augmente la demande myocardique en oxygĂšne, contribuant Ă la progression de lâinsuffisance cardiaque.
Autres associations
Le syndrome métabolique est associé à :
La stéatopathie hépatique et la stéatohépatite associées à un dysfonctionnement métabolique.
Le syndrome des ovaires polykystiques.
Le syndrome dâapnĂ©es obstructives du sommeil.
LâhyperuricĂ©mie.
Lâalbuminurie.
Des états prothrombotiques et inflammatoires.
La maladie dâAlzheimer.
La mesure dans laquelle ces associations correspondent aux effets du syndrome lui-mĂȘme plutĂŽt quâĂ lâimpact cumulatif de ses diffĂ©rentes composantes reste variable et, dans certains contextes, non rĂ©solue.
Traitement et prise en charge
Principes thérapeutiques
La prise en charge vise lâexcĂšs dâadipositĂ© sous-jacent ainsi que chacune des composantes cardiomĂ©taboliques insuffisamment contrĂŽlĂ©es. La rĂ©duction pondĂ©rale constitue lâintervention principale, car lâobĂ©sitĂ© abdominale est un facteur moteur majeur de lâinsulinorĂ©sistance et du syndrome. Une rĂ©duction dâau moins 5 %, et de prĂ©fĂ©rence de 10 %, amĂ©liore la sensibilitĂ© Ă lâinsuline et modifie favorablement plusieurs composantes.
Le traitement repose sur des changements durables du mode de vie, une pharmacothĂ©rapie appropriĂ©e du risque rĂ©siduel et, chez certains patients, une chirurgie mĂ©tabolique ou bariatrique. La prise en charge doit Ă©galement permettre dâidentifier et de traiter les complications cardiovasculaires, rĂ©nales, hĂ©patiques et respiratoires constituĂ©es.
Intervention sur le mode de vie
Restriction calorique et habitudes alimentaires
La restriction calorique constitue lâĂ©lĂ©ment le plus important de la perte de poids. Lâobservance alimentaire est plus importante que la composition prĂ©cise du rĂ©gime, car les rĂ©gimes pauvres en glucides, bien quâassociĂ©s Ă une perte de poids initiale plus rapide, nâoffrent aprĂšs un an que peu ou pas dâavantage par rapport Ă la seule restriction calorique.
Il est prĂ©fĂ©rable dâadopter une alimentation de qualitĂ© privilĂ©giant les fruits, les lĂ©gumes, les cĂ©rĂ©ales complĂštes, la volaille maigre et le poisson. Les rĂ©gimes pauvres en glucides enrichis en graisses saturĂ©es sont prĂ©occupants, en particulier chez les personnes Ă risque de maladie cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reuse.
Activité physique
LâactivitĂ© physique est importante pour maintenir la perte de poids et procure des bĂ©nĂ©fices pour la santĂ© mĂȘme lorsque la rĂ©duction pondĂ©rale est modeste. Les personnes inactives doivent augmenter progressivement leur activitĂ© afin dâamĂ©liorer lâobservance et de rĂ©duire le risque de lĂ©sion. Au moins 30 minutes dâactivitĂ© dâintensitĂ© modĂ©rĂ©e par jour procurent un bĂ©nĂ©fice pour la santĂ© ; environ 60 Ă 90 minutes dâactivitĂ© dâintensitĂ© modĂ©rĂ©e Ă Ă©levĂ©e par jour peuvent ĂȘtre nĂ©cessaires pour obtenir une rĂ©duction pondĂ©rale significative.
LâactivitĂ© peut comprendre la marche, le jardinage, le mĂ©nage et dâautres activitĂ©s courantes, et ne doit pas se limiter Ă lâexercice structurĂ©. Certains patients Ă haut risque nĂ©cessitent une Ă©valuation cardiovasculaire formelle avant de commencer un programme dâexercice.
Modification comportementale
Les programmes comportementaux associent restriction alimentaire et augmentation de lâactivitĂ© physique et nĂ©cessitent un suivi prolongĂ©, car la reprise pondĂ©rale est frĂ©quente. Un soutien Ă long terme peut ĂȘtre assurĂ© par des consultations individuelles ou de groupe, des programmes en ligne, les rĂ©seaux sociaux et des contacts tĂ©lĂ©phoniques.
Prise en charge pharmacologique du poids
Une pharmacothĂ©rapie de la perte de poids peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque lâintervention sur le mode de vie est insuffisante. Les sources disponibles identifient deux grandes classes : les anorexigĂšnes et les inhibiteurs de lâabsorption.
| Médicament | Dose ou durée indiquée dans les sources disponibles | Considérations pratiques |
|---|---|---|
| Phentermine | Utilisation à court terme uniquement, limitée à 3 mois | AnorexigÚne |
| Phentermine/topiramate à libération prolongée | Aucune dose indiquée | Les effets indésirables comprennent des palpitations, des céphalées, des paresthésies, une constipation et une insomnie |
| Naltrexone/bupropion Ă libĂ©ration prolongĂ©e | Aucune dose indiquĂ©e | Contre-indiquĂ© en cas de troubles convulsifs ou dâaffections prĂ©disposant aux convulsions ; augmente le pouls et la pression artĂ©rielle ; Ă Ă©viter en cas dâhypertension non contrĂŽlĂ©e |
| Liraglutide | 3,0 mg pour la prise en charge du poids ; 1,8 mg est la dose maximale indiquée pour le traitement du diabÚte de type 2 | Effets indésirables gastro-intestinaux, en particulier nausées et, plus rarement, vomissements |
| SĂ©maglutide | 2,4 mg une fois par semaine | EntraĂźne une perte de poids importante ; la durĂ©e du traitement nâest pas limitĂ©e dans les sources disponibles |
| TirzĂ©patide | 5â15 mg une fois par semaine | RĂ©duction pondĂ©rale dose-dĂ©pendante ; agoniste des rĂ©cepteurs du GIP et du GLP-1 |
| Orlistat | Aucune dose indiquĂ©e | Inhibe lâabsorption des graisses dâenviron 30 % ; les fuites rectales huileuses peuvent rendre le traitement difficile |
Une perte de poids plus importante entraĂźne gĂ©nĂ©ralement une amĂ©lioration plus marquĂ©e des composantes du syndrome mĂ©tabolique et peut rĂ©duire la progression du prĂ©diabĂšte vers le diabĂšte de type 2. Les agonistes du rĂ©cepteur du GLP-1 pourraient ĂȘtre bĂ©nĂ©fiques en cas de stĂ©atopathie hĂ©patique associĂ©e Ă un dysfonctionnement mĂ©tabolique, bien que cette indication ne soit pas dĂ©crite comme approuvĂ©e par la FDA dans les sources disponibles.
Chirurgie métabolique et bariatrique
La chirurgie mĂ©tabolique ou bariatrique constitue une option importante chez les patients dont lâIMC est supĂ©rieur Ă 40 kg/m2 ou supĂ©rieur Ă 35 kg/m2 en prĂ©sence de comorbiditĂ©s. Son utilisation Ă©volue chez les patients ayant un IMC aussi bas que 30 kg/m2 et un diabĂšte de type 2.
Le bypass gastrique et la gastrectomie longitudinale en manchon entraßnent une réduction pondérale importante et améliorent la plupart des caractéristiques du syndrome métabolique. Un bénéfice en termes de survie a également été rapporté avec le bypass gastrique.
Prise en charge des différentes composantes cardiométaboliques
Les recommandations disponibles insistent sur une prise en charge globale des facteurs de risque :
Lâintervention sur le mode de vie doit cibler simultanĂ©ment le poids, la glycĂ©mie, la pression artĂ©rielle et les lipides.
Lâhypertension doit ĂȘtre prise en charge conformĂ©ment aux recommandations Ă©tablies, avec une cible indiquĂ©e infĂ©rieure Ă 130/80 mmHg dans le cadre cardio-rĂ©nal-mĂ©tabolique.
Le traitement par statine doit ĂȘtre optimisĂ© chez les patients prĂ©sentant un risque cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reux intermĂ©diaire ou Ă©levĂ©.
LâĂ©zĂ©timibe peut ĂȘtre utilisĂ© chez les patients Ă haut risque.
Une triglycĂ©ridĂ©mie dâau moins 500 mg/dL peut conduire Ă envisager un fibrate.
Chez les patients diabĂ©tiques ayant des triglycĂ©rides compris entre 135â499 mg/dL et des facteurs de risque supplĂ©mentaires, lâacide eicosapentaĂ©noĂŻque peut ĂȘtre envisagĂ©.
Une intolérance au glucose persistante ou progressive malgré une intervention intensive sur le mode de vie peut conduire à envisager la metformine.
Un agoniste du rĂ©cepteur du GLP-1 est particuliĂšrement mis en avant chez les patients ayant un IMC dâau moins 35 kg/m2 ou une HbA1c dâau moins 9 %, ou nĂ©cessitant de fortes doses dâinsuline.
Un inhibiteur du SGLT2 est particuliÚrement mis en avant en cas de maladie rénale chronique.
En cas de diabĂšte avec albuminurie, un inhibiteur de lâECA ou un antagoniste des rĂ©cepteurs de lâangiotensine doit ĂȘtre privilĂ©giĂ©.
En cas de maladie rĂ©nale diabĂ©tique avec albuminurie rĂ©siduelle supĂ©rieure Ă 30 mg/g malgrĂ© un traitement par inhibiteur de lâECA ou antagoniste des rĂ©cepteurs de lâangiotensine, la finĂ©rĂ©none peut ĂȘtre ajoutĂ©e ; elle peut ĂȘtre utilisĂ©e en complĂ©ment dâun traitement par inhibiteur du SGLT2.
Lâaspirine est privilĂ©giĂ©e chez certains patients dont le score calcique coronaire est supĂ©rieur Ă 100 lorsque le risque hĂ©morragique est faible.
Dâautres mĂ©dicaments, notamment les inhibiteurs de PCSK9, les agonistes du rĂ©cepteur du GLP-1 et lâicosapent Ă©thyl, peuvent ĂȘtre choisis selon le profil cardio-rĂ©nal-mĂ©tabolique individuel.
Les seuils rĂ©naux indiquĂ©s sont un dĂ©bit de filtration glomĂ©rulaire estimĂ© dâau moins 20 mL/min/1.73 m2 pour lâinstauration sĂ»re dâun inhibiteur du SGLT2, dâau moins 30 mL/min/1.73 m2 pour la metformine et supĂ©rieur Ă 25 mL/min/1.73 m2 avec une kaliĂ©mie infĂ©rieure Ă 5 mEq/L pour lâinstauration probable de la finĂ©rĂ©none.
Recommandations des guides de pratique clinique
Une approche contemporaine cardio-rénale-métabolique recommande :
Un dĂ©pistage systĂ©matique de lâadipositĂ© excessive ou dysfonctionnelle et des facteurs de risque cardiomĂ©taboliques constituĂ©s.
Une intervention intensive sur le mode de vie lorsquâun syndrome mĂ©tabolique est identifiĂ©.
Une prise en charge globale du poids, de la glycĂ©mie, de la pression artĂ©rielle et des lipides plutĂŽt que le traitement isolĂ© dâune seule anomalie.
Le recours à une pharmacothérapie en cas de composantes restant insuffisamment contrÎlées.
Le dĂ©pistage dâun syndrome dâapnĂ©es obstructives du sommeil et dâun syndrome des ovaires polykystiques lorsque le contexte clinique lâindique.
La recherche dâune maladie rĂ©nale, dâune albuminurie, dâune stĂ©atopathie hĂ©patique et dâune maladie cardiovasculaire infraclinique chez les patients concernĂ©s.
Lâutilisation dâinhibiteurs de lâECA ou dâantagonistes des rĂ©cepteurs de lâangiotensine en cas de maladie rĂ©nale chronique avec albuminurie et de maladie rĂ©nale diabĂ©tique.
Lâutilisation dâinhibiteurs du SGLT2 en cas de maladie rĂ©nale chronique, avec ou sans diabĂšte.
La prise en considĂ©ration dâagonistes du rĂ©cepteur du GLP-1, de statines, dâĂ©zĂ©timibe, de finĂ©rĂ©none, de fibrates, dâacide eicosapentaĂ©noĂŻque et dâautres mĂ©dicaments selon le profil de risque et les anomalies rĂ©siduelles.
La prise en considĂ©ration dâune chirurgie mĂ©tabolique lorsque les seuils dâIMC et de comorbiditĂ©s sont atteints.
Une prise en charge interdisciplinaire associant, lorsque nĂ©cessaire, mĂ©decine de lâobĂ©sitĂ©, diĂ©tĂ©tique, pharmacie, services de santĂ© mentale, agents de santĂ© communautaires et coordinateurs de soins.
Le cadre cardio-rĂ©nal-mĂ©tabolique plus large insiste Ă©galement sur lâamĂ©lioration du sommeil, lâarrĂȘt du tabac, lâactivitĂ© physique, une alimentation saine, le contrĂŽle du cholestĂ©rol, le contrĂŽle de la pression artĂ©rielle et lâĂ©valuation des dĂ©terminants sociaux de la santĂ©.
Pronostic et suivi
Le syndrome mĂ©tabolique signale une augmentation substantielle du risque futur de diabĂšte de type 2 et de maladie cardiovasculaire. Son pronostic dĂ©pend non seulement du diagnostic de syndrome mĂ©tabolique, mais Ă©galement de la sĂ©vĂ©ritĂ© et de la durĂ©e de ses diffĂ©rentes composantes, en particulier lâhyperglycĂ©mie, lâhypertension, la dyslipidĂ©mie athĂ©rogĂšne, lâobĂ©sitĂ© et la maladie rĂ©nale.
Le suivi doit ĂȘtre prolongĂ©, car une reprise pondĂ©rale survient frĂ©quemment aprĂšs une rĂ©duction pondĂ©rale rĂ©ussie et les anomalies mĂ©taboliques peuvent progresser malgrĂ© des symptĂŽmes initialement limitĂ©s. LâĂ©valuation continue doit comprendre :
Le tour de taille et le poids corporel.
La pression artérielle.
La glycémie à jeun et le bilan lipidique.
LâĂ©volution glycĂ©mique en cas de trouble de la rĂ©gulation glycĂ©mique.
Le rapport albuminurie/crĂ©atininurie lorsquâun risque rĂ©nal est suspectĂ©.
LâĂ©valuation hĂ©patique lorsquâune stĂ©atopathie hĂ©patique associĂ©e Ă un dysfonctionnement mĂ©tabolique est possible.
Les symptĂŽmes dâun syndrome dâapnĂ©es obstructives du sommeil.
Les signes dâun syndrome des ovaires polykystiques lorsque cela est pertinent.
Lâobservance, les effets indĂ©sirables et la rĂ©ponse au traitement mĂ©dicamenteux de la perte de poids.
Les manifestations cardiovasculaires, rĂ©nales et dâinsuffisance cardiaque.
LâintensitĂ© du suivi doit reflĂ©ter le risque cardiomĂ©tabolique global ainsi que la prĂ©sence dâune maladie cardio-rĂ©nale-mĂ©tabolique infraclinique ou avĂ©rĂ©e. Un soutien comportemental durable et une prise en charge multidisciplinaire coordonnĂ©e sont essentiels pour maintenir la perte de poids, contrĂŽler le risque rĂ©siduel et amĂ©liorer les rĂ©sultats Ă long terme.