Définition et physiopathologie
Le syndrome coronarien aigu (SCA) regroupe un spectre de prĂ©sentations cliniques causĂ©es par une ischĂ©mie myocardique aiguĂ« prĂ©sumĂ©e. Il inclut les patients prĂ©sentant une modification rĂ©cente des symptĂŽmes ou des signes cliniques, avec ou sans anomalies Ă©lectrocardiographiques diagnostiques et avec ou sans Ă©lĂ©vation aiguĂ« de la troponine cardiaque. Le spectre sâĂ©tend dâune prĂ©sentation asymptomatique Ă une gĂȘne thoracique persistante, un arrĂȘt cardiaque, une instabilitĂ© Ă©lectrique ou hĂ©modynamique et un choc cardiogĂ©nique.
Le SCA se distingue de lâinfarctus du myocarde (IM). LâIM dĂ©signe une nĂ©crose des cardiomyocytes survenant dans un contexte clinique dâischĂ©mie myocardique aiguĂ« et est diagnostiquĂ© selon la quatriĂšme dĂ©finition universelle de lâIM. LâIM de type 1 est gĂ©nĂ©ralement liĂ© Ă un Ă©vĂ©nement athĂ©rothrombotique, tandis que les IM de types 2â5 relĂšvent dâautres mĂ©canismes dâischĂ©mie et de nĂ©crose myocardiques.
Lâangor instable (AI) correspond Ă une ischĂ©mie myocardique sans lĂ©sion aiguĂ« ou nĂ©crose des cardiomyocytes dĂ©montrable. Il se caractĂ©rise par un angor prolongĂ© au repos, durant habituellement plus de 20 minutes ; un angor sĂ©vĂšre de novo ; une Ă©volution crescendo avec augmentation de la frĂ©quence, de la durĂ©e ou de lâintensitĂ© des Ă©pisodes ; un seuil plus bas de dĂ©clenchement des symptĂŽmes ; ou la survenue dâun angor aprĂšs un IM rĂ©cent.
La lĂ©sion myocardique est distincte de lâIM. Elle correspond Ă une libĂ©ration de troponine cardiaque ne remplissant pas les critĂšres de lâinfarctus myocardique ischĂ©mique. Elle peut ĂȘtre aiguĂ«, lorsque les valeurs sĂ©riĂ©es de troponine montrent une variation dynamique, ou chronique, lorsque lâĂ©lĂ©vation de la troponine persiste sans variation de ce type. La myocardite, le sepsis, la cardiomyopathie de takotsubo, les valvulopathies, les troubles du rythme et lâinsuffisance cardiaque figurent parmi les affections associĂ©es Ă une lĂ©sion myocardique.
Relation avec les syndromes coronariens chroniques
Les syndromes coronariens chroniques (SCC) dĂ©signent des prĂ©sentations cliniques survenant en pĂ©riode stable, liĂ©es Ă des anomalies structurelles ou fonctionnelles des artĂšres coronaires ou de la microcirculation coronaire. Ces anomalies peuvent entraĂźner une inadĂ©quation transitoire et rĂ©versible entre les besoins myocardiques en oxygĂšne et lâapport sanguin, gĂ©nĂ©ralement Ă lâeffort, lors dâun stress Ă©motionnel ou dâun autre facteur de stress. Les manifestations comprennent un angor, une autre gĂȘne thoracique, une dyspnĂ©e ou lâabsence de symptĂŽmes.
Bien que la maladie coronaire chronique puisse rester stable pendant de longues périodes, elle peut progresser ou se déstabiliser brutalement et conduire à un SCA. Ainsi, le terme « maladie » désigne la pathologie coronaire sous-jacente, tandis que le terme « syndrome » décrit son expression clinique.
Présentation clinique et symptÎmes
La présentation clinique est hétérogÚne. Les patients peuvent présenter :
Une douleur thoracique, une pression, une oppression, une pesanteur ou une gĂȘne.
Une douleur irradiant vers le cou, la mùchoire, les épaules, le dos ou un ou deux bras.
Une dyspepsie ou des brĂ»lures dâestomac, en particulier lorsquâelles sâaccompagnent de nausĂ©es ou de vomissements.
Une dyspnée persistante.
Une faiblesse, des vertiges, une sensation de tĂȘte lĂ©gĂšre ou une perte de connaissance.
Aucun symptĂŽme au moment de lâĂ©valuation.
Une gĂȘne thoracique persistante avec instabilitĂ© Ă©lectrique ou hĂ©modynamique.
Un arrĂȘt cardiaque ou un choc cardiogĂ©nique.
Les Ă©lĂ©ments en faveur dâun SCA plutĂŽt que dâun angor stable chronique comprennent une apparition soudaine des symptĂŽmes au repos ou pour un effort minime, des symptĂŽmes durant au moins 10 minutes sauf traitement immĂ©diat, une douleur ou une pression thoracique intense et une Ă©volution crescendo. Une Ă©volution crescendo comprend des Ă©pisodes de plus en plus frĂ©quents ou intenses, des Ă©pisodes plus longs, un seuil de dĂ©clenchement plus bas ou des symptĂŽmes rĂ©veillant le patient pendant son sommeil.
Les symptĂŽmes initiaux du NSTEMI et de lâAI peuvent ĂȘtre similaires. Le NSTEMI est diagnostiquĂ© lorsque des symptĂŽmes ischĂ©miques typiques surviennent sans sus-dĂ©calage persistant du segment ST, avec une Ă©lĂ©vation puis une diminution de la troponine cardiospĂ©cifique attribuable Ă une ischĂ©mie myocardique. LâAI se manifeste par des symptĂŽmes ischĂ©miques compatibles, mais sans Ă©lĂ©vation de la troponine cardiospĂ©cifique au-dessus du 99e percentile.
La prĂ©sentation clinique ne doit pas ĂȘtre interprĂ©tĂ©e isolĂ©ment. Le diagnostic initial et le triage reposent sur lâintĂ©gration des symptĂŽmes, des signes vitaux, de lâECG et des dosages sĂ©riĂ©s de troponine cardiaque.
Ăvaluation et examen clinique
Priorités immédiates
La premiÚre évaluation doit déterminer :
Si le patient est cliniquement stable ou nécessite un traitement immédiat pour collapsus circulatoire ou insuffisance respiratoire.
Si un diagnostic mettant en jeu le pronostic vital est probable, notamment un SCA, une embolie pulmonaire, une dissection aortique ou une rupture Ćsophagienne.
Si une sortie immĂ©diate est sĂ»re lorsque la probabilitĂ© dâune affection mettant en jeu le pronostic vital est faible, ou si une surveillance et des examens complĂ©mentaires sont nĂ©cessaires.
Les patients ayant un SCA prĂ©sumĂ© doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s rapidement dans un service dâurgence. LâĂ©valuation initiale doit comprendre une anamnĂšse ciblĂ©e, un examen clinique, un ECG Ă 12 dĂ©rivations et un prĂ©lĂšvement sanguin pour dosage de la troponine cardiaque ultrasensible dans les 10 minutes suivant lâarrivĂ©e. Des examens complĂ©mentaires, notamment des dosages sĂ©riĂ©s de troponine et des examens dâimagerie, doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s selon les indications cliniques.
Les patients doivent ĂȘtre placĂ©s sous monitorage cardiaque continu pendant lâĂ©valuation initiale. Lâexamen clinique doit Ă©valuer les signes vitaux et rechercher des signes de :
Instabilité hémodynamique ou de choc.
Insuffisance cardiaque aiguë.
Hypoperfusion.
Insuffisance respiratoire.
Trouble du rythme mettant en jeu le pronostic vital.
Bloc auriculoventriculaire de haut degré.
Complication mécanique.
Insuffisance rénale aiguë avec oligurie.
Le document source ne fournit pas de description systĂ©matique dĂ©taillĂ©e des signes spĂ©cifiques de lâexamen clinique au-delĂ de cette Ă©valuation de la stabilitĂ© clinique, des complications aiguĂ«s et des autres diagnostics mettant en jeu le pronostic vital.
Diagnostic différentiel
Le SCA doit ĂȘtre distinguĂ© des autres affections susceptibles dâentraĂźner des symptĂŽmes thoraciques, une Ă©lĂ©vation de la troponine ou une atteinte hĂ©modynamique. Le diagnostic diffĂ©rentiel initial comprend :
Embolie pulmonaire.
Syndrome aortique aigu ou dissection aortique.
Tamponnade péricardique.
Pneumothorax.
Pneumonie.
Myocardite.
Syndrome de takotsubo.
Insuffisance cardiaque congestive.
Troubles du rythme cardiaque.
Valvulopathie.
Sepsis.
Autres causes de lĂ©sion myocardique ou dâIM de type 2.
Une Ă©lĂ©vation de la troponine sans antĂ©cĂ©dents compatibles avec un SCA doit faire envisager une autre cause de lĂ©sion cardiaque. Ă lâinverse, des symptĂŽmes compatibles avec un SCA peuvent survenir avec une troponine initiale normale, ce qui impose des dosages sĂ©riĂ©s.
Examens diagnostiques
Cadre diagnostique initial
Les patients ayant un SCA prĂ©sumĂ© sont initialement classĂ©s selon lâECG rĂ©alisĂ© Ă lâarrivĂ©e. Une fois les rĂ©sultats de troponine disponibles, ils sont classĂ©s plus prĂ©cisĂ©ment selon la prĂ©sence ou lâabsence dâune Ă©lĂ©vation aiguĂ« de la troponine. Les anomalies de lâECG et la dynamique de la troponine contribuent au diagnostic, au triage, Ă la stratification du risque et au choix de la prise en charge initiale.
La dĂ©marche diagnostique peut ĂȘtre rĂ©sumĂ©e comme suit :
| Profil clinique et diagnostique | Interprétation possible |
|---|---|
| SymptĂŽmes compatibles avec un SCA, ECG normal et absence dâĂ©lĂ©vation ou de variation significative de la troponine | LâIM peut ĂȘtre Ă©cartĂ© ; un AI ou un diagnostic non cardiaque reste possible |
| SymptĂŽmes compatibles avec Ă©lĂ©vation et variation dynamique de la troponine | IM, en particulier NSTEMI en lâabsence de sus-dĂ©calage persistant du segment ST |
| SymptĂŽmes compatibles avec sus-dĂ©calage persistant du segment ST | STEMI ou syndrome dâocclusion coronaire aiguĂ« nĂ©cessitant une Ă©valuation immĂ©diate en vue dâune reperfusion |
| ĂlĂ©vation de la troponine sans antĂ©cĂ©dents ischĂ©miques compatibles | NSTEMI versus autre cause de lĂ©sion myocardique |
| SymptĂŽmes ischĂ©miques sans Ă©lĂ©vation de la troponine au-dessus du 99e percentile | AI, Ă condition que lâensemble du tableau clinique soit compatible avec une ischĂ©mie myocardique |
| SymptÎmes avec des éléments suggérant une autre maladie | Examens orientés vers une embolie pulmonaire, une dissection aortique, un pneumothorax, une pneumonie ou un autre diagnostic différentiel |
Ălectrocardiographie
LâECG Ă 12 dĂ©rivations est un Ă©lĂ©ment essentiel de lâĂ©valuation initiale et doit ĂȘtre rĂ©alisĂ© dans les 10 minutes suivant lâarrivĂ©e au service des urgences.
Les patients ayant un SCA présumé sont globalement répartis en deux catégories :
SCA avec sus-décalage persistant du segment ST ou tracé équivalent.
SCA sans sus-décalage persistant du segment ST, constituant les SCA sans sus-décalage du segment ST (NSTE-ACS).
Dans les NSTE-ACS, lâECG peut montrer un sous-dĂ©calage du segment ST ou des anomalies de lâonde T. Les anomalies dynamiques du segment ST ou de lâonde T, le sus-dĂ©calage transitoire du segment ST et la rĂ©cidive de modifications ischĂ©miques de lâECG identifient les patients Ă risque plus Ă©levĂ© et influencent le dĂ©lai de prise en charge invasive.
LâECG peut Ă©galement orienter vers dâautres diagnostics. Un sus-dĂ©calage diffus du segment ST, avec ou sans sous-dĂ©calage du segment PR, peut Ă©voquer une pĂ©ricardite. Un Ă©largissement du mĂ©diastin Ă la radiographie thoracique, dans un contexte clinique compatible, fait suspecter une dissection aortique, tandis que les autres Ă©lĂ©ments ECG ou cliniques doivent ĂȘtre interprĂ©tĂ©s en fonction de lâensemble de la prĂ©sentation.
Radiographie thoracique
La radiographie thoracique fait partie de lâĂ©valuation initiale dâune douleur thoracique aiguĂ«. Elle peut mettre en Ă©vidence :
Un pneumothorax, notamment une zone hyperclaire entre le parenchyme pulmonaire et la paroi thoracique.
Une pneumonie, lorsquâun infiltrat est prĂ©sent dans un contexte clinique et biologique compatible.
Une dissection aortique, en prĂ©sence dâun Ă©largissement du mĂ©diastin dans un contexte clinique appropriĂ©.
Une radiographie thoracique normale nâexclut pas un SCA. Lorsque la radiographie nâest pas contributive, lâĂ©valuation doit se poursuivre par une stratification clinique du risque, le dosage des biomarqueurs cardiaques et une imagerie ciblĂ©e lorsque celle-ci est indiquĂ©e.
Ăchocardiographie
LâĂ©chocardiographie figure parmi les outils dâimagerie non invasive utilisĂ©s en cas de SCA prĂ©sumĂ© et est utile dans certaines prĂ©sentations instables. Elle contribue Ă©galement Ă lâĂ©valuation aprĂšs un arrĂȘt cardiaque rĂ©animĂ©, en particulier lorsque la cause de lâarrĂȘt est incertaine ou lorsque des causes non coronaires doivent ĂȘtre envisagĂ©es.
Le document fourni ne prĂ©cise pas de protocole Ă©chocardiographique dĂ©taillĂ© ni de critĂšres particuliers concernant les troubles de la cinĂ©tique segmentaire, les valvulopathies ou les ventricules pour le triage initial dâun SCA.
Tomodensitométrie et imagerie par résonance magnétique
Lâimagerie doit ĂȘtre choisie en fonction du diagnostic suspectĂ© :
Une tomodensitomĂ©trie ou une scintigraphie ventilationâperfusion peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e en cas de suspicion dâembolie pulmonaire.
Une tomodensitomĂ©trie, une imagerie par rĂ©sonance magnĂ©tique ou une Ă©chocardiographie peuvent ĂȘtre utilisĂ©es dans lâĂ©valuation dâune dissection aortique prĂ©sumĂ©e.
En cas de suspicion de syndrome aortique aigu, la tomodensitomĂ©trie est recommandĂ©e comme modalitĂ© dâimagerie diagnostique initiale en raison de sa disponibilitĂ©, de sa rapiditĂ©, de sa prĂ©cision et des dĂ©tails anatomiques quâelle fournit. LâĂ©chocardiographie transĆsophagienne et lâimagerie par rĂ©sonance magnĂ©tique sont des alternatives raisonnables.
Lâimagerie cardiaque par rĂ©sonance magnĂ©tique, avec ou sans Ă©preuve dâeffort, figure parmi les outils diagnostiques non invasifs du SCA, bien que le document fourni ne dĂ©taille pas ses indications spĂ©cifiques dans le triage initial.
Coronarographie et évaluation invasive
La prise en charge invasive est urgente.
Stratégie invasive immédiate
Une coronarographie immédiate, avec angioplastie coronaire percutanée (ICP) si elle est indiquée, est recommandée chez les patients ayant un diagnostic de travail de NSTE-ACS et présentant un critÚre de trÚs haut risque :
Instabilité hémodynamique ou choc cardiogénique.
Douleur thoracique récidivante ou persistante, réfractaire au traitement médical.
Insuffisance cardiaque aiguë présumée due à une ischémie myocardique persistante.
Troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou arrĂȘt cardiaque aprĂšs la prĂ©sentation.
Complication mécanique.
Modifications dynamiques rĂ©cidivantes de lâECG Ă©vocatrices dâune ischĂ©mie, notamment un sus-dĂ©calage intermittent du segment ST.
Les patients chez lesquels une occlusion coronaire aiguĂ« persistante est fortement suspectĂ©e, notamment en prĂ©sence dâun sus-dĂ©calage persistant du segment ST ou dâun tracĂ© Ă©quivalent, doivent bĂ©nĂ©ficier dâune coronarographie en urgence dĂšs que possible.
Stratégie invasive précoce
Une coronarographie dans les 24 heures doit ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients prĂ©sentant un NSTE-ACS Ă haut risque. Il sâagit notamment :
Des patients chez lesquels un NSTEMI est confirmé par les algorithmes de troponine ultrasensible à 0 heure/1 heure ou à 0 heure/2 heures.
De modifications dynamiques du segment ST ou de lâonde T.
Dâun sus-dĂ©calage transitoire du segment ST.
Dâun score de risque GRACE supĂ©rieur Ă 140.
StratĂ©gies diffĂ©rĂ©e, sĂ©lective et guidĂ©e par lâischĂ©mie
Les patients ne présentant pas de critÚres de trÚs haut risque ou de haut risque peuvent bénéficier :
Dâune stratĂ©gie invasive en hospitalisation, notamment lorsque la suspicion clinique dâAI est Ă©levĂ©e.
Dâune approche invasive diffĂ©rĂ©e, avec coronarographie plus de 24 heures aprĂšs la prĂ©sentation.
Dâune approche sĂ©lective ou guidĂ©e par lâischĂ©mie lorsque la suspicion clinique est faible, avec prise en charge mĂ©dicale initiale et coronarographie rĂ©servĂ©e aux situations dâinstabilitĂ© hĂ©modynamique, de rĂ©cidive de symptĂŽmes au repos ou dâischĂ©mie mise en Ă©vidence lors dâune Ă©preuve dâeffort.
Les patients prĂ©sentant une Ă©lĂ©vation de la troponine sans satisfaire aux critĂšres dâun IM nĂ©cessitent une Ă©valuation individualisĂ©e, car cette Ă©lĂ©vation peut reflĂ©ter une lĂ©sion myocardique plutĂŽt quâun SCA.
Biomarqueurs et résultats biologiques
Troponine cardiaque ultrasensible
La troponine cardiaque ultrasensible joue un rĂŽle central dans le diagnostic et le triage des SCA prĂ©sumĂ©s. Un prĂ©lĂšvement sanguin doit ĂȘtre effectuĂ© dans les 10 minutes suivant lâarrivĂ©e, suivi de dosages sĂ©riĂ©s.
La concentration de troponine doit ĂȘtre interprĂ©tĂ©e quantitativement :
Plus la valeur initiale est Ă©levĂ©e, plus la probabilitĂ© dâun IM est importante.
Plus la variation absolue au cours des prĂ©lĂšvements sĂ©riĂ©s est importante, plus la probabilitĂ© dâun IM est Ă©levĂ©e.
Une Ă©lĂ©vation dynamique suivie dâune diminution est en faveur dâune lĂ©sion myocardique aiguĂ«.
Une Ă©lĂ©vation de la troponine, Ă elle seule, nâĂ©tablit pas le diagnostic dâIM ; le contexte clinique doit dĂ©montrer une ischĂ©mie myocardique aiguĂ«.
Le 99e percentile de la distribution de rĂ©fĂ©rence propre au dosage est utilisĂ© pour la classification. Des symptĂŽmes ischĂ©miques typiques sans sus-dĂ©calage persistant du segment ST, associĂ©s Ă une Ă©lĂ©vation de la troponine au-dessus du 99e percentile suivie dâune diminution, sont compatibles avec un NSTEMI. Des symptĂŽmes compatibles sans Ă©lĂ©vation de la troponine au-dessus du 99e percentile sont en faveur dâun AI, aprĂšs exclusion des autres causes.
Algorithmes rapides dâexclusion et de confirmation
Les algorithmes de la SociĂ©tĂ© europĂ©enne de cardiologie Ă 0 heure/1 heure et Ă 0 heure/2 heures utilisent la concentration initiale de troponine ultrasensible et sa variation pendant lâintervalle considĂ©rĂ© pour classer les patients en trois catĂ©gories :
Exclusion.
Confirmation.
Observation.
Les patients classés dans la catégorie « observation » nécessitent une évaluation clinique et des examens diagnostiques complémentaires. Le document source ne fournit pas les seuils propres aux différents dosages ni les valeurs numériques de coupure de la troponine.
Autres résultats biologiques
Le document fourni ne prĂ©sente pas de bilan biologique dĂ©taillĂ© pour le triage initial dâun SCA. Les rĂ©sultats biologiques peuvent contribuer Ă lâĂ©valuation des diagnostics diffĂ©rentiels, comme une infection en cas de suspicion de pneumonie, mais les valeurs spĂ©cifiques et les bilans recommandĂ©s ne sont pas prĂ©cisĂ©s.
Traitement et prise en charge initiale
Mesures immédiates
Ă la prĂ©sentation dâun SCA prĂ©sumĂ©, les mesures suivantes sont recommandĂ©es selon les indications cliniques :
Monitorage cardiaque continu.
OxygÚne supplémentaire lorsque le patient est hypoxémique ou présente une insuffisance cardiaque.
Trinitrine sublinguale en cas dâangor persistant.
Dose de charge dâaspirine.
Anticoagulant administré par voie parentérale.
BĂȘtabloquant en lâabsence de contre-indication.
Morphine en cas de douleur réfractaire.
En cas de STEMI, lâoxygĂšne est recommandĂ© lorsque la saturation artĂ©rielle en oxygĂšne est infĂ©rieure Ă 90 %. Des opioĂŻdes intraveineux peuvent ĂȘtre envisagĂ©s pour soulager la douleur.
Les bĂȘtabloquants intraveineux peuvent ĂȘtre envisagĂ©s chez les patients bĂ©nĂ©ficiant dâune ICP primaire en lâabsence de signes dâinsuffisance cardiaque aiguĂ«, lorsque la pression artĂ©rielle systolique est supĂ©rieure Ă 120 mm Hg et quâil nâexiste pas dâautre contre-indication.
Le traitement et le bilan diagnostique doivent ĂȘtre menĂ©s en parallĂšle plutĂŽt que sĂ©quentiellement. Les patients prĂ©sentant une forme sĂ©vĂšre ou instable doivent ĂȘtre pris en charge dans une unitĂ© adaptĂ©e aux soins de haute intensitĂ©.
Reperfusion et prise en charge invasive
Les patients prĂ©sentant un sus-dĂ©calage persistant du segment ST ou un tracĂ© Ă©quivalent, ou chez lesquels une occlusion coronaire aiguĂ« est fortement suspectĂ©e, nĂ©cessitent une coronarographie en urgence et une ICP lorsquâelle est indiquĂ©e.
Dans les NSTE-ACS, le délai de la coronarographie est déterminé par le risque :
| Catégorie de risque | Prise en charge recommandée |
|---|---|
| TrÚs haut risque | Coronarographie immédiate en urgence, avec ICP si elle est indiquée |
| Haut risque | Prise en charge invasive en hospitalisation ; une coronarographie doit ĂȘtre envisagĂ©e dans les 24 heures |
| Forte suspicion dâAI sans critĂšres de trĂšs haut risque ou de haut risque | StratĂ©gie invasive en hospitalisation |
| Faible suspicion et absence de critĂšres de haut risque | StratĂ©gie sĂ©lective ou guidĂ©e par lâischĂ©mie, avec coronarographie en cas dâinstabilitĂ©, de rĂ©cidive de symptĂŽmes au repos ou dâischĂ©mie inductible |
Le document indique quâun pontage aortocoronarien peut ĂȘtre rĂ©alisĂ© Ă la place dâune ICP dans certaines circonstances, mais ne prĂ©cise pas les critĂšres opĂ©ratoires dans le contexte fourni.
Traitement antiplaquettaire et anticoagulant
Un inhibiteur de P2Y12 doit ĂȘtre administrĂ© lorsquâun pontage aortocoronarien nâest pas prĂ©vu avant la sortie. Les agents privilĂ©giĂ©s identifiĂ©s dans le document source sont le prasugrel ou la ticlopidine. Dans les NSTE-ACS, lâadministration est recommandĂ©e aprĂšs la coronarographie lorsque celle-ci doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e dans les 24 heures, ou le jour 1 lorsquâelle ne sera pas rĂ©alisĂ©e dans ce dĂ©lai.
La stratĂ©gie par dĂ©faut Ă la sortie, chez les patients nâayant pas dâindication dâune anticoagulation orale, consiste en une bithĂ©rapie antiplaquettaire pendant 12 mois. Une durĂ©e plus courte de 3â6 mois ou un schĂ©ma moins intensif peut ĂȘtre utilisĂ© lorsque le risque hĂ©morragique est Ă©levĂ©. Une prolongation au-delĂ de 12 mois doit ĂȘtre envisagĂ©e lorsque le risque ischĂ©mique est Ă©levĂ©, le risque hĂ©morragique faible et le traitement initial bien tolĂ©rĂ©.
Lorsquâune anticoagulation orale au long cours est indiquĂ©e, notamment en cas de fibrillation atriale, une courte pĂ©riode de trithĂ©rapie peut ĂȘtre utilisĂ©e, comprenant :
Un anticoagulant oral non antagoniste de la vitamine K, de préférence.
Le clopidogrel.
Lâaspirine pendant une durĂ©e maximale de 1 semaine.
Par la suite, un anticoagulant oral non antagoniste de la vitamine K associĂ© au clopidogrel est recommandĂ© jusquâĂ 1 an, puis une anticoagulation orale au long cours sans antiagrĂ©gant plaquettaire. Chez les patients Ă haut risque hĂ©morragique, la trithĂ©rapie peut ĂȘtre limitĂ©e Ă 1 jour et lâassociation de lâanticoagulant oral au clopidogrel Ă 3â6 mois. Chez les patients Ă haut risque ischĂ©mique, la trithĂ©rapie peut ĂȘtre prolongĂ©e jusquâĂ 30 jours.
Le document source présente un tableau des schémas posologiques aigus des antiplaquettaires et des anticoagulants, mais ne fournit pas les doses individuelles dans le texte transmis.
Traitement hypolipémiant
Un traitement par statine Ă forte intensitĂ© doit ĂȘtre instaurĂ© dĂšs la prĂ©sentation :
Atorvastatine 40â80 mg, ou
Rosuvastatine 20â40 mg.
Les objectifs thérapeutiques indiqués sont :
Une rĂ©duction dâau moins 50 % du cholestĂ©rol LDL.
Une concentration de cholestérol LDL inférieure à 55 mg/dL.
LâĂ©zĂ©timibe doit ĂȘtre ajoutĂ© chez les patients prenant dĂ©jĂ une statine Ă forte intensitĂ© ou lorsque la cible de cholestĂ©rol LDL a peu de chances dâĂȘtre atteinte avec la statine seule. Un inhibiteur de PCSK9 constitue lâĂ©tape hypolipĂ©miante suivante si la cible nâest toujours pas atteinte.
Parcours de triage fondé sur les recommandations
Un parcours initial pratique est le suivant :
Stabilisation rapide
Rechercher un choc, une insuffisance cardiaque aiguĂ«, une insuffisance respiratoire, un arrĂȘt cardiaque ou un trouble du rythme malin.
Mettre en place un monitorage cardiaque continu.
Ăvaluation diagnostique immĂ©diate
Réaliser un ECG à 12 dérivations dans les 10 minutes.
Doser la troponine cardiaque ultrasensible dans les 10 minutes.
Envisager une radiographie thoracique et une imagerie ciblée selon le diagnostic différentiel.
Classer le tracé ECG
- Absence de sus-dĂ©calage persistant du segment ST : poursuivre lâĂ©valuation dâun NSTE-ACS Ă lâaide des donnĂ©es cliniques, dâECG sĂ©riĂ©s et de dosages sĂ©riĂ©s de troponine.
Interpréter les dosages sériés de troponine
Confirmer un IM lorsque lâĂ©lĂ©vation de la troponine et sa variation dynamique sont compatibles avec une lĂ©sion myocardique aiguĂ« dans un contexte ischĂ©mique.
Placer le patient en observation et poursuivre les explorations lorsque les résultats sont indéterminés.
Identifier un NSTE-ACS Ă trĂšs haut risque
Identifier un NSTE-ACS Ă haut risque
Envisager les diagnostics différentiels
Présentations instables particuliÚres
ArrĂȘt cardiaque
Le SCA est une cause frĂ©quente dâarrĂȘt cardiaque extrahospitalier. AprĂšs rĂ©cupĂ©ration dâune circulation spontanĂ©e, une coronarographie immĂ©diate est gĂ©nĂ©ralement appropriĂ©e en prĂ©sence dâun sus-dĂ©calage persistant du segment ST ou dâun tracĂ© Ă©quivalent, en particulier lorsque la probabilitĂ© dâune occlusion coronaire aiguĂ« est Ă©levĂ©e et que le rapport bĂ©nĂ©ficeârisque est favorable.
Chez les patients hĂ©modynamiquement stables sans sus-dĂ©calage du segment ST ni Ă©quivalent, une coronarographie immĂ©diate systĂ©matique nâest pas supĂ©rieure Ă une stratĂ©gie diffĂ©rĂ©e. LâĂ©valuation initiale doit plutĂŽt rechercher des causes non coronaires, notamment des Ă©vĂ©nements cĂ©rĂ©brovasculaires, une insuffisance respiratoire, un choc non cardiogĂ©nique, une embolie pulmonaire et une intoxication. LâĂ©chocardiographie peut contribuer Ă cette Ă©valuation.
Chez les patients qui restent inconscients aprĂšs la rĂ©animation, la fiĂšvre doit ĂȘtre activement prĂ©venue. LâĂ©valuation pronostique neurologique ne doit pas ĂȘtre rĂ©alisĂ©e avant 72 heures aprĂšs lâadmission.
Choc cardiogénique et insuffisance cardiaque aiguë
Le choc cardiogĂ©nique, lâinsuffisance cardiaque aiguĂ«, lâhypoperfusion et lâischĂ©mie persistante nĂ©cessitent une prise en charge dans une unitĂ© de soins de haute intensitĂ©. Les complications mĂ©caniques dâun IM aigu, notamment une insuffisance mitrale aiguĂ«, une communication interventriculaire par rupture cardiaque, une tamponnade et un infarctus isolĂ© du ventricule droit, peuvent contribuer au choc.
Les patients en choc cardiogĂ©nique peuvent nĂ©cessiter des inotropes intraveineux ou des vasoconstricteurs et, dans certaines situations, une assistance circulatoire mĂ©canique temporaire. Les patients prĂ©sentant un SCA avec ischĂ©mie persistante, insuffisance cardiaque aiguĂ« ou hypoperfusion, choc cardiogĂ©nique, arrĂȘt cardiaque avec coma, troubles du rythme malins, bloc auriculoventriculaire de haut degrĂ© ou insuffisance rĂ©nale aiguĂ« avec oligurie doivent ĂȘtre admis en unitĂ© de soins coronariens ou en unitĂ© de soins intensifs cardiologiques.
Pronostic et suivi
Le pronostic varie considĂ©rablement au sein du spectre des SCA. LâAI a gĂ©nĂ©ralement un meilleur pronostic que le NSTEMI, mais toute prĂ©sentation Ă©voquant un SCA nĂ©cessite une Ă©valuation structurĂ©e, car les manifestations cliniques prĂ©coces peuvent se chevaucher. Le pronostic est dĂ©favorablement influencĂ© par lâinstabilitĂ© hĂ©modynamique, le choc cardiogĂ©nique, lâinsuffisance cardiaque aiguĂ«, lâarrĂȘt cardiaque, les troubles du rythme malins, les complications mĂ©caniques, le bloc auriculoventriculaire de haut degrĂ© et lâinsuffisance rĂ©nale aiguĂ« avec oligurie.
LâĂ©valuation du risque doit intĂ©grer :
Les symptĂŽmes et les signes vitaux.
Les donnĂ©es de lâECG et leur Ă©volution dynamique.
Les concentrations initiales et sériées de troponine cardiaque ultrasensible.
La prĂ©sence dâune insuffisance cardiaque, dâun choc, dâun trouble du rythme ou dâautres complications aiguĂ«s.
Le score de risque GRACE chez les patients appropriés présentant un NSTE-ACS.
Le risque ischémique et le risque hémorragique lors du choix du traitement antithrombotique.
AprĂšs la reperfusion, les patients Ă haut risque prĂ©sentant un SCA, y compris tous les patients avec STEMI, doivent ĂȘtre admis en unitĂ© de soins coronariens ou en unitĂ© de soins intensifs cardiologiques. Ces unitĂ©s doivent assurer un monitorage continu et ĂȘtre en mesure de prendre en charge les troubles du rythme, lâinsuffisance cardiaque, lâassistance circulatoire mĂ©canique, le monitorage hĂ©modynamique invasif et non invasif, lâinsuffisance respiratoire, la ventilation mĂ©canique et le contrĂŽle de la tempĂ©rature.
La prise en charge au long cours aprĂšs la phase aiguĂ« comprend un traitement antithrombotique individualisĂ© en fonction des risques ischĂ©mique et hĂ©morragique, une rĂ©duction intensive des lipides, la rĂ©adaptation cardiaque, la prise en charge du mode de vie et une attention portĂ©e Ă lâobservance mĂ©dicamenteuse. Le document fourni identifie la rĂ©adaptation cardiaque, le tabac, la nutrition et lâalcool, lâactivitĂ© physique, les aspects psychologiques, la reprise des activitĂ©s et la planification de la sortie centrĂ©e sur le patient comme des Ă©lĂ©ments de la prise en charge continue, mais ne fournit pas de calendrier dĂ©taillĂ© de suivi ni dâintervalles prĂ©cis de surveillance.