Définition et justification physiopathologique
Lâinfarctus du myocarde avec sus-dĂ©calage du segment ST (STEMI) est un diagnostic de travail fondĂ© sur un sus-dĂ©calage persistant du segment ST ou sur un Ă©quivalent Ă©lectrocardiographique chez un patient prĂ©sentant des symptĂŽmes dâischĂ©mie myocardique. Lâobjectif thĂ©rapeutique immĂ©diat est de rĂ©tablir le dĂ©bit coronaire dans la zone infarcie, afin de limiter la taille de lâinfarctus et de prĂ©server la fonction myocardique.
Le bĂ©nĂ©fice de la reperfusion dĂ©pend Ă©troitement du dĂ©lai. Lâintervalle entre le dĂ©but des symptĂŽmes et la reperfusion est dĂ©terminĂ© par la reconnaissance des symptĂŽmes par le patient et sa demande dâaide, lâĂ©valuation et le transport prĂ©hospitaliers, les dĂ©lais diagnostiques et thĂ©rapeutiques, ainsi que le temps nĂ©cessaire au traitement choisi pour rĂ©tablir le dĂ©bit. Une reperfusion prĂ©coce constitue donc la prioritĂ© centrale des systĂšmes de prise en charge du STEMI.
La fibrinolyse favorise la dissolution du thrombus en convertissant le plasminogĂšne en plasmine. Les agents spĂ©cifiques de la fibrine agissent prĂ©fĂ©rentiellement en prĂ©sence de fibrine, tandis que la streptokinase nâest pas spĂ©cifique de la fibrine et entraĂźne une dĂ©plĂ©tion plus importante du fibrinogĂšne. Une fibrinolyse efficace sâaccompagne gĂ©nĂ©ralement dâun soulagement des symptĂŽmes ischĂ©miques, dâune rĂ©solution dâau moins 50 % du sus-dĂ©calage du segment ST et dâune stabilitĂ© hĂ©modynamique.
Sélection de la stratégie de reperfusion
LâICP primaire comme stratĂ©gie privilĂ©giĂ©e
Lâintervention coronaire percutanĂ©e primaire (ICPp) est prĂ©fĂ©rĂ©e Ă la fibrinolyse lorsque lâintervalle prĂ©vu entre le diagnostic de STEMI et la reperfusion obtenue par ICP est infĂ©rieur Ă 120 minutes. Lorsque le dĂ©lai thĂ©rapeutique est comparable, lâICPp rĂ©duit la mortalitĂ©, les rĂ©infarctus non mortels et les accidents vasculaires cĂ©rĂ©braux par rapport Ă la fibrinolyse. Elle est Ă©galement plus efficace pour dĂ©sobstruer lâartĂšre coronaire et prĂ©sente un avantage lorsque la fibrinolyse est contre-indiquĂ©e, que le risque hĂ©morragique est Ă©levĂ©, que le diagnostic est incertain, quâun choc cardiogĂ©nique est prĂ©sent ou que les symptĂŽmes Ă©voluent depuis plus de 2â3 heures.
Les patients prĂ©sentant un diagnostic de travail de STEMI doivent, chaque fois que possible, ĂȘtre transportĂ©s directement vers un hĂŽpital disposant dâune capacitĂ© dâICP 24 h/24 et 7 j/7, en Ă©vitant les hĂŽpitaux ne pratiquant pas lâICP. Un rĂ©seau rĂ©gional doit relier les services mĂ©dicaux dâurgence, les hĂŽpitaux ne pratiquant pas lâICP, les centres dâICP, les unitĂ©s de soins intensifs et, lorsquâils sont disponibles, les services de chirurgie cardiothoracique et dâassistance hĂ©modynamique avancĂ©e.
Indications de la fibrinolyse
La fibrinolyse est indiquée lorsque :
un STEMI est diagnostiqué ou fortement suspecté ;
les symptĂŽmes dâischĂ©mie ont dĂ©butĂ© dans les 12 heures ;
une ICPp dans les dĂ©lais requis ne peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e dans les 120 minutes suivant le diagnostic ; et
il nâexiste aucune contre-indication au traitement fibrinolytique.
Le traitement doit ĂȘtre dĂ©butĂ© le plus rapidement possible, avec un objectif de moins de 10 minutes entre le diagnostic de STEMI et le bolus fibrinolytique. Dans les systĂšmes appropriĂ©s, une fibrinolyse prĂ©hospitaliĂšre est raisonnable lorsquâelle permet un gain de temps substantiel, notamment lorsque le temps de transport est prolongĂ©, de 60â90 minutes ou plus, et quâune Ă©quipe mĂ©dicale ou paramĂ©dicale formĂ©e est capable de rĂ©aliser et de transmettre un ECG Ă 12 dĂ©rivations et dâobtenir une autorisation mĂ©dicale.
La fibrinolyse rĂ©duit la mortalitĂ© chez les patients prĂ©sentant un STEMI, avec un bĂ©nĂ©fice maximal lorsquâelle est administrĂ©e prĂ©cocement. Le bĂ©nĂ©fice absolu le plus important est observĂ© chez les patients prĂ©sentant le risque initial le plus Ă©levĂ©, notamment les sujets ĂągĂ©s, bien que ces derniers aient Ă©galement davantage de contre-indications et un risque accru dâhĂ©morragie et de rupture myocardique.
Présentation tardive
Chez les patients se prĂ©sentant plus de 12 heures aprĂšs le dĂ©but des symptĂŽmes, lâICPp est recommandĂ©e en prĂ©sence de :
symptĂŽmes persistants Ă©vocateurs dâischĂ©mie ;
instabilité hémodynamique ; ou
arythmies menaçant le pronostic vital.
Une stratĂ©gie dâICPp systĂ©matique doit ĂȘtre envisagĂ©e lorsque la prĂ©sentation survient entre 12 et 48 heures aprĂšs le dĂ©but des symptĂŽmes. Une ICP systĂ©matique de lâartĂšre coronaire occluse responsable de lâinfarctus nâest pas recommandĂ©e lorsque la prĂ©sentation survient plus de 48 heures aprĂšs le dĂ©but des symptĂŽmes, en lâabsence de symptĂŽmes persistants.
Un choc cardiogĂ©nique ou une instabilitĂ© hĂ©modynamique justifie une revascularisation indĂ©pendamment du dĂ©lai depuis le dĂ©but des symptĂŽmes. LâICP de lâartĂšre responsable de lâinfarctus est privilĂ©giĂ©e ; un pontage aortocoronarien (PAC) est envisagĂ© lorsque lâICP nâest pas rĂ©alisable ou a Ă©chouĂ©. Si ni lâICP ni le PAC ne sont appropriĂ©s ou accessibles, une fibrinolyse peut ĂȘtre utilisĂ©e en lâabsence de contre-indications.
Ăvaluation clinique avant la fibrinolyse
SymptÎmes et état clinique
Le diagnostic repose sur lâassociation dâune prĂ©sentation clinique ischĂ©mique et dâun sus-dĂ©calage persistant du segment ST ou dâune anomalie ECG Ă©quivalente. Les Ă©lĂ©ments importants influençant le choix du traitement comprennent :
la durée des symptÎmes ;
la persistance ou la récidive de la douleur thoracique ;
les signes dâinsuffisance cardiaque ;
le choc cardiogĂ©nique ou lâinstabilitĂ© hĂ©modynamique ;
lâinstabilitĂ© Ă©lectrique ou les arythmies menaçant le pronostic vital ;
le risque hémorragique et les éventuelles contre-indications à la fibrinolyse ; et
le dĂ©lai prĂ©vu jusquâĂ la reperfusion obtenue par ICP.
Chez les patients en Ă©tat de choc, prĂ©sentant une insuffisance cardiaque aiguĂ« sĂ©vĂšre, une ischĂ©mie persistante ou une incertitude diagnostique importante, une stratĂ©gie fondĂ©e sur lâICP est gĂ©nĂ©ralement privilĂ©giĂ©e lorsquâelle est rĂ©alisable.
Ăvaluation ECG
LâECG initial Ă©tablit le diagnostic de travail et dĂ©clenche le dĂ©compte du dĂ©lai de reperfusion. AprĂšs la fibrinolyse, une réévaluation ECG est indispensable. Une rĂ©solution du sus-dĂ©calage du segment ST infĂ©rieure Ă 50 % dans les 60â90 minutes suggĂšre lâĂ©chec de la reperfusion. Une rĂ©ascension des segments ST peut indiquer une rĂ©occlusion ou un rĂ©infarctus.
Les autres marqueurs dâune reperfusion probable comprennent :
lâamĂ©lioration ou la disparition de la douleur thoracique ;
une rĂ©solution dâau moins 50 % du sus-dĂ©calage du segment ST ;
une arythmie typique de reperfusion ; et
une stabilisation hémodynamique.
Aucun Ă©lĂ©ment clinique ou ECG isolĂ© ne doit retarder le transfert vers un centre capable de pratiquer lâICP.
Ăvaluation du risque liĂ© Ă la fibrinolyse
Le document source identifie lâhĂ©morragie intracrĂąnienne comme la complication la plus grave de la fibrinolyse et prĂ©cise que le risque varie selon les caractĂ©ristiques du patient et lâagent fibrinolytique. Les principaux facteurs de risque comprennent lâĂąge avancĂ©, un faible poids corporel et une hypertension Ă lâadmission. Le risque hĂ©morragique revĂȘt une importance particuliĂšre chez les sujets ĂągĂ©s, bien que les standards thĂ©rapeutiques ne diffĂšrent pas par ailleurs du seul fait de lâĂąge.
Les contre-indications spĂ©cifiques ne sont pas Ă©numĂ©rĂ©es dans le document source. La fibrinolyse ne doit donc ĂȘtre rĂ©alisĂ©e quâaprĂšs une Ă©valuation formelle des contre-indications et du risque hĂ©morragique.
Agents fibrinolytiques
Un agent spĂ©cifique de la fibrine â tĂ©nectĂ©plase, altĂ©plase ou rĂ©tĂ©plase â est recommandĂ© lorsque la fibrinolyse est choisie. Les schĂ©mas dâadministration en bolus rĂ©duisent la complexitĂ© de lâadministration et les erreurs mĂ©dicamenteuses, et facilitent le traitement prĂ©hospitalier.
| Agent | SchĂ©ma posologique indiquĂ© dans le document source | SpĂ©cificitĂ© pour la fibrine | DĂ©plĂ©tion du fibrinogĂšne | ĂlĂ©ments importants |
|---|---|---|---|---|
| TĂ©nectĂ©plase | Bolus intraveineux unique adaptĂ© au poids : 30 mg si <60 kg ; 35 mg pour 60â69 kg ; 40 mg pour 70â79 kg ; 45 mg pour 80â89 kg ; 50 mg si â„90 kg | ++++ | Minime | Un schĂ©ma Ă demi-dose est recommandĂ© chez les patients ĂągĂ©s de plus de 75 ans dans les recommandations citĂ©es |
| RĂ©tĂ©plase | Bolus intraveineux de 10 U suivi dâun second bolus de 10 U 30 minutes plus tard | ++ | ModĂ©rĂ©e | Administration pratique en deux bolus |
| Altéplase | Bolus intraveineux de 15 mg, suivi de 0,75 mg/kg en 30 minutes, maximum 50 mg, puis de 0,5 mg/kg au cours des 60 minutes suivantes, maximum 35 mg ; dose totale maximale 100 mg | ++ | Faible | Perfusion accélérée de 90 minutes |
| Streptokinase | 1,5 million dâunitĂ©s par voie intraveineuse en 30â60 minutes | Aucune | MarquĂ©e | AntigĂ©nique ; ne doit pas ĂȘtre utilisĂ©e dans les 6 mois suivant une exposition antĂ©rieure Ă un produit Ă base de streptokinase |
La tĂ©nectĂ©plase, la rĂ©tĂ©plase et lâaltĂ©plase procurent des bĂ©nĂ©fices en termes de mortalitĂ© similaires entre eux dans le document citĂ©, tandis que la tĂ©nectĂ©plase et la rĂ©tĂ©plase permettent une administration plus pratique que la perfusion accĂ©lĂ©rĂ©e dâaltĂ©plase. La streptokinase reste disponible dans certaines rĂ©gions car elle est peu coĂ»teuse et efficace, mais une exposition antĂ©rieure peut entraĂźner une rĂ©sistance mĂ©diĂ©e par les anticorps et des rĂ©actions allergiques graves.
Chez les patients ĂągĂ©s dâau moins 75 ans, un schĂ©ma de tĂ©nectĂ©plase Ă demi-dose est recommandĂ© dans les recommandations citĂ©es. Les sujets ĂągĂ©s prĂ©sentent un risque accru dâhĂ©morragie intracrĂąnienne et de rupture myocardique ; une sĂ©lection rigoureuse est donc essentielle, bien que le bĂ©nĂ©fice absolu de la reperfusion sur la mortalitĂ© puisse ĂȘtre au moins aussi important que chez les patients plus jeunes.
Traitement antithrombotique associé à la fibrinolyse
Traitement antiplaquettaire
Lâaspirine et le clopidogrel sont recommandĂ©s avec la fibrinolyse.
Pour le syndrome coronarien aigu au sens large, le schĂ©ma posologique indiquĂ© pour lâaspirine est le suivant :
dose de charge : 150â300 mg par voie orale ou 75â250 mg par voie intraveineuse ;
entretien : 75â100 mg une fois par jour au long cours.
Lorsquâun double traitement antiplaquettaire est utilisĂ©, il est gĂ©nĂ©ralement poursuivi pendant 12 mois, sauf si le risque hĂ©morragique est Ă©levĂ©. Un inhibiteur de la pompe Ă protons doit ĂȘtre ajoutĂ© lorsque le risque dâhĂ©morragie digestive est Ă©levĂ©.
Anticoagulation
Une anticoagulation est recommandĂ©e aprĂšs la fibrinolyse jusquâĂ la revascularisation, si elle est rĂ©alisĂ©e, ou pendant la durĂ©e de lâhospitalisation, jusquâĂ 8 jours.
LâĂ©noxaparine, administrĂ©e par voie intraveineuse puis sous-cutanĂ©e, est lâanticoagulant privilĂ©giĂ© dans les recommandations citĂ©es. Lorsque lâĂ©noxaparine nâest pas disponible, lâhĂ©parine non fractionnĂ©e est recommandĂ©e sous la forme dâun bolus intraveineux adaptĂ© au poids, suivi dâune perfusion.
Une anticoagulation parentĂ©rale est recommandĂ©e chez les patients prĂ©sentant un SCA dĂšs le diagnostic. Lâanticoagulation ne doit pas ĂȘtre poursuivie aprĂšs lâintervention, sauf en prĂ©sence dâune autre indication, telle quâune fibrillation atriale ou un thrombus ventriculaire gauche.
Prise en charge pharmaco-invasive
La fibrinolyse ne constitue pas une alternative autonome aux soins invasifs. Elle doit sâintĂ©grer Ă une stratĂ©gie pharmaco-invasive :
Diagnostiquer le STEMI et déterminer si une ICPp peut assurer la reperfusion dans les 120 minutes.
Dans le cas contraire, administrer immédiatement la fibrinolyse, idéalement dans les 10 minutes suivant le diagnostic.
TransfĂ©rer immĂ©diatement le patient vers un centre capable de pratiquer lâICP, sans attendre lâapparition de signes de reperfusion.
Réévaluer les symptĂŽmes, lâĂ©tat hĂ©modynamique, la stabilitĂ© Ă©lectrique et la rĂ©solution du sus-dĂ©calage du segment ST Ă 60â90 minutes.
RĂ©aliser une ICP de sauvetage en cas dâĂ©chec de la fibrinolyse ou de dĂ©tĂ©rioration clinique.
MĂȘme aprĂšs une fibrinolyse apparemment efficace, rĂ©aliser une coronarographie, avec ICP si elle est indiquĂ©e, entre 2 et 24 heures.
Une coronarographie prĂ©coce systĂ©matique aprĂšs une fibrinolyse efficace rĂ©duit les rĂ©infarctus et les rĂ©cidives ischĂ©miques par rapport Ă une stratĂ©gie de surveillance. La rĂ©administration dâune fibrinolyse est dĂ©conseillĂ©e en cas dâĂ©chec de la fibrinolyse ou de rĂ©occlusion ; une coronarographie immĂ©diate suivie dâune ICP de sauvetage est prĂ©fĂ©rable.
ICP de sauvetage
Indications
LâICP de sauvetage est indiquĂ©e lorsque la fibrinolyse a Ă©chouĂ© ou lorsque la dĂ©tĂ©rioration clinique suggĂšre une occlusion coronaire persistante ou rĂ©cidivante. Les principales indications sont :
une rĂ©solution infĂ©rieure Ă 50 % du sus-dĂ©calage du segment ST dans les 60â90 minutes suivant lâadministration du fibrinolytique ;
une douleur thoracique persistante ;
une aggravation de lâischĂ©mie ;
une instabilité hémodynamique ;
une instabilité électrique ;
une insuffisance cardiaque ou un Ă©tat de choc dâapparition rĂ©cente ou persistant ;
une récidive du sus-décalage du segment ST évoquant une réocclusion ou un réinfarctus.
Chez les patients prĂ©sentant une insuffisance cardiaque ou un Ă©tat de choc dâapparition rĂ©cente ou persistant aprĂšs fibrinolyse, une coronarographie en urgence et une ICP de lâartĂšre responsable de lâinfarctus sont recommandĂ©es lorsquâelles sont indiquĂ©es.
Ăvaluation de lâĂ©chec de la fibrinolyse
LâĂ©chec doit ĂȘtre reconnu rapidement plutĂŽt que pris en charge par la seule observation. Une Ă©valuation pratique associe :
des ECG sĂ©riĂ©s, en particulier lâimportance de la rĂ©solution du sus-dĂ©calage du segment ST ;
la persistance ou la récidive de la douleur thoracique ;
une évaluation hémodynamique ;
la dĂ©tection dâarythmies ventriculaires ou dâautres arythmies menaçant le pronostic vital ; et
la recherche de signes dâinsuffisance cardiaque ou de choc.
Une rĂ©solution du sus-dĂ©calage du segment ST infĂ©rieure Ă 50 % Ă 60â90 minutes constitue le seuil ECG spĂ©cifiĂ© pour dĂ©finir lâĂ©chec de la fibrinolyse.
Intervention et transfert
Tous les patients recevant une fibrinolyse doivent ĂȘtre transfĂ©rĂ©s immĂ©diatement vers un centre capable de pratiquer lâICP. Ce transfert est nĂ©cessaire mĂȘme lorsque la reperfusion semble efficace, car une coronarographie prĂ©coce est recommandĂ©e dans les 2â24 heures. Les patients prĂ©sentant un Ă©chec de la fibrinolyse ou une dĂ©tĂ©rioration clinique nĂ©cessitent une coronarographie immĂ©diate et, le cas Ă©chĂ©ant, une ICP de sauvetage.
ICP primaire aprĂšs fibrinolyse
AprĂšs une fibrinolyse efficace, une coronarographie doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e dans les 2â24 heures, avec ICP de lâartĂšre responsable de lâinfarctus si elle est indiquĂ©e. Cette approche est prĂ©fĂ©rable Ă une coronarographie diffĂ©rĂ©e, rĂ©alisĂ©e uniquement en cas de rĂ©cidive des symptĂŽmes, dâischĂ©mie sĂ©vĂšre inductible, de dysfonction ventriculaire gauche ou dâanomalies dĂ©tectĂ©es lors dâexamens ambulatoires.
Lâintervalle exact optimal au sein de cette fenĂȘtre nâest pas clairement dĂ©fini, mais la pĂ©riode recommandĂ©e est de 2â24 heures. Le transfert doit ĂȘtre effectuĂ© immĂ©diatement aprĂšs la fibrinolyse afin que cette stratĂ©gie invasive puisse ĂȘtre mise en Ćuvre sans dĂ©lai Ă©vitable.
Aspects interventionnels lors de lâICP
Les recommandations citées soutiennent plusieurs principes techniques :
la voie radiale doit ĂȘtre lâabord de rĂ©fĂ©rence, sauf si des considĂ©rations interventionnelles imposent une autre approche ;
lâimplantation dâun stent dans lâartĂšre responsable de lâinfarctus au cours de lâICPp initiale est recommandĂ©e ;
les stents actifs sont préférés aux stents nus ;
lâaspiration systĂ©matique du thrombus nâest pas recommandĂ©e ;
une stratĂ©gie systĂ©matique de prĂ©traitement par inhibiteur de la glycoprotĂ©ine IIb/IIIa nâest pas recommandĂ©e.
Atteinte pluritronculaire
La stratĂ©gie de revascularisation doit ĂȘtre individualisĂ©e selon lâĂ©tat clinique, les comorbiditĂ©s et la complexitĂ© de la maladie coronaire.
Chez les patients hĂ©modynamiquement stables et non choquĂ©s, un traitement Ă©tagĂ© des lĂ©sions significatives non responsables peut amĂ©liorer le pronostic. Une ICP de lĂ©sion non responsable au moment de lâICP primaire peut ĂȘtre envisagĂ©e chez des patients stables sĂ©lectionnĂ©s, lorsque le traitement de la lĂ©sion responsable est simple, que les lĂ©sions non responsables sont peu complexes et que la fonction rĂ©nale est normale.
Une ICP systĂ©matique des lĂ©sions non responsables au cours de la procĂ©dure initiale nâest pas recommandĂ©e en cas de choc cardiogĂ©nique et peut aggraver le pronostic. En situation de choc, le traitement doit prioritairement revasculariser lâartĂšre responsable de lâinfarctus ; une revascularisation complĂšte Ă©tagĂ©e peut ensuite ĂȘtre envisagĂ©e.
Choc cardiogénique et complications mécaniques
Le choc cardiogĂ©nique compliquant un STEMI est associĂ© Ă une mortalitĂ© Ă©levĂ©e et nĂ©cessite une Ă©valuation urgente et individualisĂ©e. Les patients Ă©ligibles doivent bĂ©nĂ©ficier dâune revascularisation de lâartĂšre responsable de lâinfarctus par ICP primaire. Une revascularisation simultanĂ©e systĂ©matique des artĂšres non responsables nâest pas recommandĂ©e en cas de choc.
Un PAC en urgence est recommandĂ© lorsque lâICP de lâartĂšre responsable de lâinfarctus nâest pas rĂ©alisable ou a Ă©chouĂ©. Une rĂ©paration chirurgicale ou interventionnelle en urgence est recommandĂ©e en cas de complication mĂ©canique instable sur le plan hĂ©modynamique, aprĂšs discussion multidisciplinaire au sein de la Heart Team.
Une assistance circulatoire mĂ©canique temporaire peut ĂȘtre utilisĂ©e en cas de choc rĂ©fractaire ne se stabilisant pas sous les autres traitements, comme relais vers la prise de dĂ©cisions ultĂ©rieures ou vers un traitement avancĂ© de lâinsuffisance cardiaque. Lâutilisation systĂ©matique dâun ballon de contre-pulsion intra-aortique nâest pas recommandĂ©e dans le choc liĂ© Ă un SCA en lâabsence de complication mĂ©canique.
Un PAC en urgence peut Ă©galement ĂȘtre envisagĂ© lorsque lâartĂšre responsable de lâinfarctus est permĂ©able mais ne se prĂȘte pas Ă lâICP, et quâun territoire myocardique important est menacĂ© ou quâun Ă©tat de choc est prĂ©sent. Le PAC est Ă©galement pertinent lorsque lâanatomie coronaire rĂ©siduelle ne se prĂȘte pas Ă lâICP, lorsquâune ischĂ©mie persistante ou rĂ©cidivante persiste aprĂšs fibrinolyse ou ICP, ou lorsquâune rĂ©paration chirurgicale dâune complication mĂ©canique est nĂ©cessaire.
Organisation des soins
LâefficacitĂ© du traitement dĂ©pend dâun rĂ©seau STEMI coordonnĂ©, dotĂ© de protocoles Ă©crits communs et dâune Ă©valuation continue des dĂ©lais de prise en charge et des rĂ©sultats. Les services mĂ©dicaux dâurgence doivent :
identifier rapidement le diagnostic de travail ;
réaliser et transmettre un ECG à 12 dérivations lorsque cela est approprié ;
alerter prĂ©cocement le centre dâICP ;
transporter directement le patient vers un hĂŽpital capable de pratiquer lâICP 24 h/24 et 7 j/7 chaque fois que possible ;
éviter le service des urgences lorsque cela est réalisable ; et
instaurer une fibrinolyse prĂ©hospitaliĂšre lorsquâune ICPp ne peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e dans le dĂ©lai requis et quâun systĂšme appropriĂ© est en place.
Lorsque les temps de transfert rendent habituellement impossible la rĂ©alisation dâune ICPp dans les dĂ©lais, les protocoles doivent permettre une fibrinolyse rapide sur le lieu du diagnostic, suivie dâun transfert immĂ©diat pour coronarographie et ICP.
Surveillance hospitaliĂšre
Les patients Ă haut risque, notamment tous les patients prĂ©sentant un STEMI et les patients prĂ©sentant un SCA sans sus-dĂ©calage du segment ST (NSTE-ACS) Ă trĂšs haut risque, doivent bĂ©nĂ©ficier dâune surveillance ECG pendant au moins 24 heures. Les patients ayant une reperfusion efficace et une Ă©volution non compliquĂ©e doivent rester dans une unitĂ© de soins coronaires ou de soins intensifs cardiologiques pendant au moins 24 heures lorsque cela est possible, puis pendant 24â48 heures supplĂ©mentaires dans une unitĂ© de soins intermĂ©diaires monitorĂ©e.
Les soins doivent ĂȘtre dispensĂ©s dans une unitĂ© capable de prendre en charge une ischĂ©mie rĂ©cidivante, une insuffisance cardiaque sĂ©vĂšre, des arythmies et les comorbiditĂ©s frĂ©quentes.
Complications de la fibrinolyse
Hémorragie intracrùnienne
LâhĂ©morragie intracrĂąnienne est la complication la plus grave de la fibrinolyse. Sa frĂ©quence rapportĂ©e est gĂ©nĂ©ralement infĂ©rieure Ă 1 %, bien quâelle varie selon les caractĂ©ristiques cliniques et lâagent fibrinolytique. La lĂ©talitĂ© est Ă©levĂ©e.
Le risque est accru par des facteurs tels que lâĂąge avancĂ©, un faible poids corporel et une hypertension Ă lâadmission. LâĂ©valuation du rapport bĂ©nĂ©ficeârisque est particuliĂšrement importante chez les sujets ĂągĂ©s.
Autres hémorragies
Les hĂ©morragies non intracrĂąniennes sont Ă©galement frĂ©quentes et peuvent accroĂźtre la morbiditĂ©. Le risque hĂ©morragique est augmentĂ© chez les patients ĂągĂ©s recevant un traitement antiplaquettaire et anticoagulant. Le choix du fibrinolytique et lâutilisation du traitement antithrombotique concomitant doivent donc ĂȘtre intĂ©grĂ©s Ă lâĂ©valuation des risques hĂ©morragique et ischĂ©mique du patient.
Risque précoce
La fibrinolyse peut ĂȘtre associĂ©e Ă un excĂšs de dĂ©cĂšs au cours des 24 premiĂšres heures, en particulier chez les patients ĂągĂ©s traitĂ©s tardivement. Les facteurs contributifs proposĂ©s dans le document source comprennent la rupture myocardique, lâhĂ©morragie intracrĂąnienne mortelle et la lĂ©sion de reperfusion. Ce risque prĂ©coce est contrebalancĂ© par la rĂ©duction de la mortalitĂ© au cours des semaines suivantes lorsque des patients sĂ©lectionnĂ©s de maniĂšre appropriĂ©e reçoivent rapidement le traitement.
Recommandations des sociétés savantes
Les principales recommandations sont résumées ci-dessous.
| Situation clinique | Approche recommandée | Classe et niveau de preuve indiqués dans le document source |
|---|---|---|
| STEMI avec symptĂŽmes â€12 heures | Traitement de reperfusion | Classe I, niveau A |
| DĂ©lai prĂ©vu entre le diagnostic et lâICP <120 minutes | ICPp prĂ©fĂ©rĂ©e Ă la fibrinolyse | Classe I, niveau A |
| ICPp impossible dans les 120 minutes et symptĂŽmes Ă©voluant depuis moins de 12 heures | Fibrinolyse immĂ©diate en lâabsence de contre-indication | Classe I, niveau A |
| Ăchec de la fibrinolyse, dĂ©fini par une rĂ©solution du segment ST <50 % Ă 60â90 minutes, ou instabilitĂ©, aggravation de lâischĂ©mie ou douleur persistante | ICP de sauvetage | Classe I, niveau A |
| STEMI se présentant >12 heures avec ischémie persistante, instabilité ou arythmie menaçant le pronostic vital | ICPp | Classe I, niveau C |
| STEMI se prĂ©sentant 12â48 heures aprĂšs le dĂ©but des symptĂŽmes | Une ICPp systĂ©matique doit ĂȘtre envisagĂ©e | Classe IIa, niveau B |
| ArtĂšre responsable de lâinfarctus occluse, prĂ©sentation >48 heures, sans symptĂŽmes persistants | ICP systĂ©matique non recommandĂ©e | Classe III, niveau A |
| Tout patient traitĂ© par fibrinolyse | Transfert immĂ©diat vers un centre capable de pratiquer lâICP | Classe I, niveau A |
| Insuffisance cardiaque ou choc aprĂšs fibrinolyse | Coronarographie en urgence et ICP de lâartĂšre responsable de lâinfarctus si indiquĂ©e | Classe I, niveau A |
| Fibrinolyse efficace | Coronarographie et ICP si indiquĂ©e dans les 2â24 heures | Classe I, niveau A |
| STEMI avec choc cardiogĂ©nique | Coronarographie immĂ©diate de lâartĂšre responsable de lâinfarctus et ICP si indiquĂ©e | Classe I, niveau B |
| Choc avec ICP non réalisable ou infructueuse | PAC en urgence | Classe I, niveau B |
| Choc sans complication mĂ©canique | Utilisation systĂ©matique dâun ballon de contre-pulsion intra-aortique non recommandĂ©e | Classe III, niveau B |
| Anticoagulation dans le SCA | Anticoagulation parentérale dÚs le diagnostic | Classe I, niveau A |
| ICP au cours dâun STEMI | Bolus intraveineux dâHNF adaptĂ© au poids, 70â100 UI/kg | Classe I, niveau C |
| STEMI traité par ICPp | Fondaparinux non recommandé | Classe III, niveau B |
| Fibrinolyse | Aspirine plus clopidogrel et anticoagulation | Recommandations de classe I |
Pronostic et suivi
Une reperfusion prĂ©coce efficace rĂ©duit la taille de lâinfarctus et amĂ©liore la fonction myocardique et la survie. Le traitement fibrinolytique prĂ©vient les dĂ©cĂšs prĂ©coces lorsquâil est administrĂ© rapidement Ă des patients sĂ©lectionnĂ©s de maniĂšre appropriĂ©e, mais son bĂ©nĂ©fice diminue Ă mesure que le traitement est retardĂ©. LâICPp offre gĂ©nĂ©ralement de meilleurs rĂ©sultats lorsquâelle peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e dans lâintervalle recommandĂ©.
Le pronostic est dĂ©favorablement influencĂ© par le choc cardiogĂ©nique, lâinsuffisance cardiaque, les arythmies menaçant le pronostic vital, les complications mĂ©caniques, lâischĂ©mie persistante ou rĂ©cidivante et les hĂ©morragies majeures. Les patients ĂągĂ©s peuvent tirer un bĂ©nĂ©fice absolu important de la reperfusion, mais prĂ©sentent des risques accrus dâhĂ©morragie, de rupture myocardique et dâeffets indĂ©sirables mĂ©dicamenteux.
Le suivi dĂ©bute au cours de lâhospitalisation initiale, avec une surveillance de lâischĂ©mie rĂ©cidivante, de la rĂ©occlusion, des arythmies, de lâinsuffisance cardiaque, du choc, des hĂ©morragies et des complications mĂ©caniques. Les patients traitĂ©s par fibrinolyse nĂ©cessitent une Ă©valuation invasive mĂȘme aprĂšs une reperfusion apparemment efficace, car une coronarographie dans les 2â24 heures, avec ICP si elle est indiquĂ©e, constitue la stratĂ©gie de rĂ©fĂ©rence recommandĂ©e. La prise en charge Ă long terme et la prĂ©vention secondaire ne sont pas dĂ©taillĂ©es dans le document source.