Définition et justification cardiovasculaire
Le sevrage tabagique correspond Ă lâarrĂȘt complet de la consommation de tabac, avec Ă©viction de lâexposition Ă la fumĂ©e secondaire et, lorsque cela est possible, des autres produits nicotiniques inhalĂ©s. En mĂ©decine cardiovasculaire, lâobjectif nâest pas simplement de rĂ©duire la consommation de cigarettes, mais dâobtenir une abstinence complĂšte vis-Ă -vis du tabac et, Ă terme, de la nicotine.
Le tabagisme est un facteur majeur, modifiable, de lâathĂ©rosclĂ©rose et des maladies cardiovasculaires. Sa relation avec le risque cardiovasculaire est non linĂ©aire : mĂȘme un tabagisme faible comporte une proportion substantielle de lâexcĂšs de risque de cardiopathie ischĂ©mique associĂ© Ă un tabagisme important. Par consĂ©quent, rĂ©duire le nombre de cigarettes fumĂ©es nâentraĂźne pas une diminution proportionnelle du risque cardiovasculaire. LâarrĂȘt complet constitue donc lâobjectif thĂ©rapeutique privilĂ©giĂ©.
Les bĂ©nĂ©fices cardiovasculaires du sevrage sâĂ©tendent Ă la prĂ©vention primaire comme Ă la prĂ©vention secondaire. Les donnĂ©es observationnelles indiquent que lâarrĂȘt rĂ©duit le risque dâartĂ©riopathie oblitĂ©rante des membres infĂ©rieurs, dâinfarctus du myocarde, de dĂ©cĂšs prĂ©maturĂ©, de rĂ©cidive dâinfarctus et de complications menaçant le membre. Chez les patients prĂ©sentant une artĂ©riopathie oblitĂ©rante des membres infĂ©rieurs avĂ©rĂ©e, la survie Ă cinq ans de ceux qui arrĂȘtent de fumer est environ deux fois supĂ©rieure Ă celle des patients qui poursuivent leur tabagisme. AprĂšs un syndrome coronarien aigu, lâabstinence tabagique a Ă©tĂ© associĂ©e Ă une rĂ©duction des rĂ©infarctus dâenviron 30â40 % et de la mortalitĂ© dâenviron 35â45 %. Dans le syndrome coronarien chronique, lâarrĂȘt du tabac a Ă©tĂ© associĂ© Ă une rĂ©duction de 36 % de la mortalitĂ© prĂ©maturĂ©e par rapport Ă la poursuite du tabagisme.
LâarrĂȘt amĂ©liore Ă©galement la santĂ© vasculaire et peut rĂ©duire le risque cardiovasculaire en quelques annĂ©es, bien que celui-ci puisse rester supĂ©rieur Ă celui des personnes nâayant jamais fumĂ© pendant une pĂ©riode prolongĂ©e. Chez les grands fumeurs, le risque cardiovasculaire diminue dans les cinq ans suivant lâarrĂȘt, mais peut rester Ă©levĂ© par la suite. Le bĂ©nĂ©fice global pour la santĂ© est encore plus important si lâon tient compte de la rĂ©duction de la morbiditĂ© et de la mortalitĂ© non cardiovasculaires.
Présentation clinique et évaluation
Identification de lâexposition tabagique
Toute évaluation cardiovasculaire doit préciser :
Le statut tabagique actuel.
Le nombre de cigarettes fumées par jour.
La durĂ©e du tabagisme et lâexposition cumulĂ©e.
Les tentatives antĂ©rieures dâarrĂȘt et leur durĂ©e.
Les facteurs déclenchants du tabagisme et les obstacles anticipés au sevrage.
Lâexposition Ă la fumĂ©e secondaire.
La consommation de cannabis, de cigarettes Ă©lectroniques ou dâautres produits inhalĂ©s.
La disposition Ă entreprendre une tentative dâarrĂȘt.
La dĂ©pression, la schizophrĂ©nie, le trouble schizo-affectif, lâinfection par le VIH ou toute autre circonstance susceptible dâinfluencer le sevrage ou la surveillance du traitement.
Le dĂ©pistage par une question unique peut identifier une consommation de substances psychoactives nĂ©cessitant des conseils concernant les effets cardiovasculaires et les interactions mĂ©dicamenteuses potentielles. La consommation de cannabis doit Ă©galement ĂȘtre abordĂ©e, en particulier chez les patients prĂ©sentant une maladie athĂ©rosclĂ©reuse avĂ©rĂ©e.
Disposition Ă lâarrĂȘt et contexte comportemental
Une intervention brĂšve et structurĂ©e doit ĂȘtre proposĂ©e chaque fois quâun tabagisme est identifiĂ©. Lors des consultations de fumeurs, un « conseil trĂšs bref » peut amorcer la discussion et favoriser lâorientation vers une aide formelle au sevrage. Un accompagnement plus intensif et individualisĂ© est plus efficace que les seuls conseils, bien que les taux de rĂ©ussite Ă long terme restent modestes et que des interventions rĂ©pĂ©tĂ©es soient souvent nĂ©cessaires.
Une aide au sevrage doit ĂȘtre proposĂ©e aux patients prĂ©sentant un syndrome coronarien aigu pendant leur hospitalisation. La dĂ©pression et les expositions environnementales dĂ©favorables sont associĂ©es Ă la poursuite ou Ă la reprise du tabagisme aprĂšs lâĂ©vĂ©nement aigu et justifient une attention particuliĂšre.
Bénéfices cardiovasculaires du sevrage
Les principaux bénéfices pertinents en cardiologie clinique comprennent :
| Situation clinique ou critĂšre de jugement | BĂ©nĂ©fice rapportĂ© de lâarrĂȘt |
|---|---|
| Maladies cardiovasculaires dans leur ensemble | Réduction substantielle des événements cardiovasculaires et de la mortalité |
| Maladie coronaire avĂ©rĂ©e | RĂ©duction dâenviron 36 % du risque de dĂ©cĂšs prĂ©maturĂ© par rapport Ă la poursuite du tabagisme |
| AprĂšs un syndrome coronarien aigu | RĂ©duction des rĂ©infarctus dâenviron 30â40 % ; rĂ©duction de la mortalitĂ© dâenviron 35â45 % |
| ArtĂ©riopathie oblitĂ©rante des membres infĂ©rieurs | RĂ©duction du risque dâĂ©volution vers une ischĂ©mie chronique menaçant le membre et vers lâamputation |
| Artériopathie oblitérante des membres inférieurs aprÚs sevrage | Survie à cinq ans environ deux fois supérieure à celle observée en cas de poursuite du tabagisme |
| ArtĂ©riopathie oblitĂ©rante des membres infĂ©rieurs aprĂšs revascularisation chirurgicale | Un tabagisme supĂ©rieur Ă un paquet par jour Ă©tait associĂ© Ă un risque dâamputation et de dĂ©cĂšs supĂ©rieur de 48 % |
| Risque cardiovasculaire chez les grands fumeurs | La rĂ©duction du risque dĂ©bute dans les cinq ans, bien que lâexcĂšs de risque puisse persister |
| Santé générale | Bénéfices supplémentaires par prévention de la morbidité et de la mortalité non cardiovasculaires |
Une prise de poids moyenne dâenviron 5 kg peut survenir aprĂšs lâarrĂȘt. Elle doit ĂȘtre prise en charge, mais le danger cardiovasculaire de la poursuite du tabagisme est supĂ©rieur au risque cardiovasculaire associĂ© Ă cette prise de poids.
Pharmacothérapie
Une pharmacothĂ©rapie doit ĂȘtre envisagĂ©e chez les fumeurs prĂȘts Ă arrĂȘter, en particulier lorsque les conseils, les encouragements et la motivation seuls sont insuffisants. Les mĂ©dicaments sont plus efficaces lorsquâils sont associĂ©s Ă un accompagnement comportemental.
Traitement nicotinique de substitution
Le traitement nicotinique de substitution apporte de la nicotine sans les produits de combustion du tabac et est disponible sous plusieurs formes :
Gommes Ă mĂącher.
Dispositifs transdermiques.
Pastilles ou comprimés sublinguaux.
Spray nasal.
Inhalateur.
Toutes les formes de traitement nicotinique de substitution sont efficaces pour favoriser le sevrage. Lâassociation de diffĂ©rents produits nicotiniques de substitution peut amĂ©liorer lâefficacitĂ© par rapport Ă une seule forme galĂ©nique. Le choix pratique doit tenir compte du profil des envies impĂ©rieuses de fumer, de la prĂ©fĂ©rence du patient, de sa capacitĂ© Ă utiliser correctement le dispositif et de son observance.
Le traitement nicotinique de substitution, le bupropion et la varĂ©nicline nâont pas Ă©tĂ© associĂ©s Ă une augmentation des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs chez les patients prĂ©sentant des syndromes coronariens chroniques. En cas de syndrome coronarien aigu, le traitement nicotinique de substitution peut ĂȘtre envisagĂ© dans le cadre dâun programme hospitalier de sevrage, en association avec des conseils et des interventions comportementales.
Le document source ne fournit pas de doses spécifiques de nicotine, de dosages de patchs ni de schémas de durée du traitement.
Bupropion
Le bupropion est un antidĂ©presseur utilisĂ© pour rĂ©duire les symptĂŽmes de sevrage et favoriser lâabstinence Ă long terme. Dans les recommandations citĂ©es, son efficacitĂ© est comparable Ă celle du traitement nicotinique de substitution. Il peut ĂȘtre utilisĂ© avec un accompagnement comportemental et ĂȘtre envisagĂ© chez les patients prĂ©sentant une maladie athĂ©rosclĂ©reuse avĂ©rĂ©e ou aprĂšs un syndrome coronarien aigu.
Chez les personnes atteintes de schizophrĂ©nie ou de trouble schizo-affectif, les donnĂ©es disponibles soutiennent la sĂ©curitĂ© et lâefficacitĂ© du bupropion et nâindiquent pas de signal de sĂ©curitĂ© grave ; nĂ©anmoins, lâĂ©tat de santĂ© mentale doit ĂȘtre surveillĂ©, car lâabstinence nicotinique elle-mĂȘme peut ĂȘtre associĂ©e Ă une dĂ©tĂ©rioration de la santĂ© mentale.
Le document source ne fournit ni dose de bupropion, ni durée de traitement, ni liste de contre-indications.
Varénicline
La varĂ©nicline agit sur les rĂ©cepteurs nicotiniques et rĂ©duit les envies impĂ©rieuses de fumer. Elle est dĂ©crite comme le traitement mĂ©dical le plus efficace du sevrage tabagique dans le contexte du syndrome coronarien aigu et est considĂ©rĂ©e comme sĂ»re chez ces patients. Dans les donnĂ©es comparatives, la varĂ©nicline a obtenu des taux dâarrĂȘt supĂ©rieurs Ă ceux du bupropion ou des patchs nicotiniques, et chacun des traitements actifs Ă©tait plus efficace que le placebo.
La varĂ©nicline peut ĂȘtre utilisĂ©e chez les patients atteints de maladie cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reuse, notamment ceux prĂ©sentant une maladie coronaire chronique ou un syndrome coronarien aigu. Les donnĂ©es disponibles chez les personnes atteintes de schizophrĂ©nie ou de trouble schizo-affectif soutiennent son efficacitĂ© et ne mettent pas en Ă©vidence de signal de sĂ©curitĂ© grave, mais un suivi attentif est indiquĂ© chez les patients ayant des antĂ©cĂ©dents de troubles mentaux.
Le document source ne fournit ni dose de varénicline ni durée de traitement.
Traitement combiné
Les chances de succĂšs du sevrage peuvent ĂȘtre amĂ©liorĂ©es par :
Lâassociation de la pharmacothĂ©rapie Ă une intervention comportementale.
Lâassociation de diffĂ©rentes formes de traitement nicotinique de substitution.
Lâassociation dâun traitement mĂ©dicamenteux Ă des conseils dĂ©livrĂ©s en prĂ©sentiel, par tĂ©lĂ©phone, par messagerie textuelle ou dans le cadre de programmes sur Internet.
La poursuite du traitement comportemental et pharmacologique afin de réduire le risque de rechute.
Chez les patients prĂ©sentant une maladie mentale grave, la poursuite du traitement a Ă©tĂ© rapportĂ©e comme rĂ©duisant le risque de rechute. LâarrĂȘt du tabac peut Ă©galement modifier le mĂ©tabolisme des mĂ©dicaments psychotropes : la fumĂ©e de tabac induit le CYP1A2, et lâarrĂȘt du tabagisme peut donc augmenter les concentrations plasmatiques de mĂ©dicaments tels que la clozapine. Toute adaptation posologique doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e en concertation avec le psychiatre traitant.
Les interactions potentielles entre le traitement antirĂ©troviral et les mĂ©dicaments du sevrage nâont pas Ă©tĂ© suffisamment Ă©tudiĂ©es. De petites Ă©tudes portant sur la varĂ©nicline, le bupropion et le traitement nicotinique de substitution chez les personnes vivant avec le VIH ont gĂ©nĂ©ralement montrĂ© une bonne sĂ©curitĂ© dâemploi et des taux de rĂ©ussite comparables Ă ceux observĂ©s chez les personnes non infectĂ©es par le VIH, mais le traitement doit nĂ©anmoins ĂȘtre individualisĂ©.
Prise en charge comportementale et non pharmacologique
La pharmacothĂ©rapie doit sâintĂ©grer dans un programme structurĂ© de sevrage. Les approches efficaces comprennent :
Les entretiens individuels.
La thérapie de groupe et les groupes de soutien.
Le renforcement motivationnel.
Le retour dâinformation personnalisĂ©.
Les consultations téléphoniques.
Les programmes par messagerie textuelle et sur Internet.
Les applications mobiles proposant un suivi, une aide motivationnelle et des plans personnalisés.
Les techniques de gestion du stress telles que la pleine conscience, la méditation et les exercices respiratoires.
Une activité physique réguliÚre.
Une alimentation équilibrée et un sommeil suffisant.
Une thĂ©rapie de groupe intensive peut augmenter considĂ©rablement les taux dâarrĂȘt chez les personnes vivant avec le VIH, bien que les taux absolus restent faibles et que la durabilitĂ© varie selon les Ă©tudes. Chez les personnes atteintes de schizophrĂ©nie, les interventions comportementales brĂšves fondĂ©es sur le renforcement motivationnel et le retour dâinformation personnalisĂ© amĂ©liorent lâengagement dans un traitement de la dĂ©pendance Ă la nicotine par rapport Ă la psychoĂ©ducation seule.
Les conseils doivent ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ©s au fil du temps, car les programmes de sevrage ont gĂ©nĂ©ralement une faible efficacitĂ© Ă 12 mois et les rechutes sont frĂ©quentes, mĂȘme aprĂšs une tentative dâarrĂȘt initialement rĂ©ussie.
Cigarettes électroniques
Les cigarettes Ă©lectroniques ne sont pas inoffensives et ne doivent pas ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme Ă©quivalentes Ă un sevrage. Leurs effets sur la santĂ© cardiovasculaire restent prĂ©occupants. Les effets indĂ©sirables rapportĂ©s comprennent une augmentation de la rigiditĂ© artĂ©rielle, de la frĂ©quence cardiaque et de la pression artĂ©rielle, une dysfonction endothĂ©liale et dâautres modifications vasculaires dĂ©favorables. Les donnĂ©es sur les rĂ©sultats Ă long terme restent insuffisantes.
Les positions des recommandations citĂ©es dans le document source diffĂšrent quant Ă leur accent. Certaines recommandations dĂ©conseillent lâutilisation systĂ©matique des cigarettes Ă©lectroniques, car elles ne sont pas dĂ©pourvues de risques et les preuves dâune abstinence tabagique durable sont insuffisantes. Dâautres recommandations permettent de les envisager briĂšvement comme aide Ă lâarrĂȘt des cigarettes conventionnelles, de prĂ©fĂ©rence dans le cadre dâun programme formel de sevrage et en lâabsence de tabagisme concomitant. Elles ne doivent pas devenir un substitut Ă long terme de lâabstinence tabagique ni favoriser un usage dual.
La prioritĂ© clinique reste lâarrĂȘt complet du tabac fumĂ© et, Ă terme, lâĂ©viction de tous les produits nicotiniques lorsque cela est possible.
Stratégie thérapeutique fondée sur les recommandations
Maladies cardiovasculaires en général
Le sevrage tabagique est recommandé comme intervention centrale de réduction du risque cardiovasculaire. Les patients doivent bénéficier :
Dâun conseil clair dâarrĂȘt du tabac.
Dâune Ă©valuation de leur disposition Ă lâarrĂȘt et des obstacles.
Dâun accompagnement comportemental ou dâune orientation vers un programme de sevrage.
Dâune pharmacothĂ©rapie lorsque cela est appropriĂ©.
Dâun suivi rĂ©pĂ©tĂ© pour favoriser lâabstinence et prĂ©venir les rechutes.
De conseils visant à éviter le tabagisme passif.
Syndrome coronarien chronique et maladie athéroscléreuse
Tous les fumeurs prĂȘts Ă arrĂȘter doivent se voir proposer un soutien pharmacologique. Le traitement nicotinique de substitution, le bupropion et la varĂ©nicline sont des options efficaces et ne sont pas associĂ©s Ă une augmentation des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs dans les recommandations citĂ©es.
Syndrome coronarien aigu
Lâintervention doit commencer pendant lâhospitalisation et associer :
Une intervention comportementale.
Des conseils.
Une pharmacothérapie.
Un suivi aprĂšs la sortie.
La varénicline est identifiée comme le traitement médical le plus efficace dans ce contexte et est considérée comme sûre chez les patients présentant un syndrome coronarien aigu. Le traitement nicotinique de substitution et le bupropion sont également des options.
Artériopathie oblitérante des membres inférieurs et maladie polyartérielle
LâarrĂȘt complet du tabac et lâĂ©viction de la fumĂ©e secondaire sont particuliĂšrement importants, car la poursuite du tabagisme est associĂ©e Ă la progression de la maladie, Ă lâischĂ©mie chronique menaçant le membre, Ă lâamputation et au dĂ©cĂšs. Un soutien structurĂ© au suivi doit inclure le traitement nicotinique de substitution, la varĂ©nicline et le bupropion, utilisĂ©s seuls ou en association lorsque cela est appropriĂ©.
DiabĂšte et maladies cardiovasculaires
Le sevrage tabagique constitue une intervention majeure sur le mode de vie chez les personnes atteintes de diabĂšte de type 2, avec ou sans maladie cardiovasculaire. En cas de maladie cardiovasculaire, les donnĂ©es citĂ©es suggĂšrent une rĂ©duction de 36 % de la mortalitĂ©. Une pharmacothĂ©rapie doit ĂȘtre instaurĂ©e prĂ©cocement lorsque les conseils et la motivation sont insuffisants.
Maladie mentale grave
Les mĂȘmes pharmacothĂ©rapies de premiĂšre intention du sevrage utilisĂ©es dans la population gĂ©nĂ©rale peuvent ĂȘtre employĂ©es chez les personnes atteintes de schizophrĂ©nie ou de trouble schizo-affectif, en association avec une thĂ©rapie comportementale. Les patients ayant des antĂ©cĂ©dents de troubles mentaux nĂ©cessitent un suivi attentif, car le sevrage nicotinique et le processus dâarrĂȘt peuvent avoir des effets dĂ©favorables sur la santĂ© mentale. Les concentrations mĂ©dicamenteuses peuvent changer aprĂšs lâarrĂȘt en raison de la levĂ©e de lâinduction du CYP1A2 par la fumĂ©e de tabac ; les doses de psychotropes peuvent donc nĂ©cessiter une adaptation.
Réduction du risque cardiovasculaire en période préopératoire
LâarrĂȘt du tabac avant une chirurgie non cardiaque rĂ©duit les complications postopĂ©ratoires. Le bĂ©nĂ©fice le plus net est observĂ© lorsque lâarrĂȘt intervient plus de quatre semaines avant lâintervention, et une amĂ©lioration supplĂ©mentaire est associĂ©e Ă chaque semaine additionnelle dâabstinence. Le sevrage doit donc ĂȘtre abordĂ© le plus tĂŽt possible lors de lâĂ©valuation prĂ©opĂ©ratoire.
Parcours clinique pratique
Un parcours clinique concis est le suivant :
Ă chaque consultation
Documenter la consommation de tabac et lâexposition Ă la fumĂ©e secondaire.
Conseiller un arrĂȘt complet.
Ăvaluer la disposition Ă lâarrĂȘt et lâexpĂ©rience antĂ©rieure.
Proposer une orientation et une pharmacothérapie.
Lors de la tentative dâarrĂȘt
Choisir un traitement nicotinique de substitution, le bupropion ou la varénicline selon le contexte clinique et la préférence du patient.
Ajouter un accompagnement comportemental individualisé.
Expliquer quâune prise de poids peut survenir, mais quâelle est moins nocive que la poursuite du tabagisme.
Organiser un suivi précoce.
Pendant le suivi
Confirmer lâabstinence et identifier le risque de rechute.
Renforcer lâĂ©viction de la fumĂ©e passive et de lâusage dual.
Réévaluer lâhumeur et la santĂ© mentale lorsque cela est pertinent.
VĂ©rifier lâobservance et les effets indĂ©sirables.
Chez les patients prenant des psychotropes substrats du CYP1A2, dĂ©terminer si lâarrĂȘt du tabac a augmentĂ© lâexposition au mĂ©dicament et coordonner la réévaluation posologique avec la psychiatrie.
RĂ©pĂ©ter lâintervention en cas de rechute plutĂŽt que de considĂ©rer celle-ci comme un Ă©chec thĂ©rapeutique.
Pronostic et suivi
Le sevrage tabagique amĂ©liore le pronostic en prĂ©vention cardiovasculaire primaire comme secondaire. Ses bĂ©nĂ©fices comprennent une rĂ©duction de la mortalitĂ© cardiovasculaire, une diminution des rĂ©cidives coronaires, un ralentissement de la progression de lâartĂ©riopathie oblitĂ©rante des membres infĂ©rieurs et une rĂ©duction des complications menaçant le membre. Lâeffet est cliniquement significatif mĂȘme chez les grands fumeurs et les personnes ĂągĂ©es.
Le risque ne devient pas immĂ©diatement Ă©quivalent Ă celui dâune personne nâayant jamais fumĂ©. En particulier, lâexcĂšs de risque dâartĂ©riopathie oblitĂ©rante des membres infĂ©rieurs et de maladie cardiovasculaire peut persister de nombreuses annĂ©es aprĂšs lâarrĂȘt. Cette information doit ĂȘtre communiquĂ©e sans attĂ©nuer le message selon lequel lâarrĂȘt reste hautement bĂ©nĂ©fique.
Le suivi doit ĂȘtre structurĂ© et rĂ©pĂ©tĂ©, car un succĂšs initial ne garantit pas une abstinence durable. La poursuite du soutien comportemental et pharmacologique rĂ©duit le risque de rechute, en particulier chez les patients prĂ©sentant une maladie mentale grave. La prise en charge cardiovasculaire doit continuer Ă cibler les autres facteurs de risque modifiables, notamment la sĂ©dentaritĂ©, lâobĂ©sitĂ©, la dyslipidĂ©mie, le diabĂšte, lâhypertension artĂ©rielle et la consommation excessive dâalcool, car le sevrage tabagique est le plus efficace lorsquâil sâintĂšgre Ă une prĂ©vention cardiovasculaire globale.