Définition et physiopathologie
La rĂ©serve fractionnelle de dĂ©bit (FFR) est un indice physiologique invasif, spĂ©cifique de la lĂ©sion, utilisĂ© pour estimer la signification fonctionnelle dâune stĂ©nose coronaire Ă©picardique. Elle est dĂ©finie au cours dâune vasodilatation coronaire pharmacologique maximale comme le rapport entre la pression moyenne en aval de la stĂ©nose et la pression aortique moyenne :
FFR = Pd/Pa pendant lâhyperhĂ©mie maximale
Plus prĂ©cisĂ©ment, la FFR compare la pression motrice du dĂ©bit en aval dâune stĂ©nose Ă la pression qui serait disponible en lâabsence de cette stĂ©nose. La formulation physiologique complĂšte tient compte de la pression veineuse coronaire :
Pression motrice coronaire distale : pression coronaire distale moins pression veineuse coronaire
Pression motrice coronaire normale : pression aortique moyenne moins pression veineuse coronaire
En pratique clinique courante, la pression veineuse coronaire est généralement considérée comme nulle, ce qui conduit au rapport simplifié entre la pression coronaire distale moyenne et la pression aortique moyenne. La FFR varie de 0 à 1 ; une valeur normale est approximativement comprise entre 0,94 et 1,0.
Le fondement physiologique de la FFR est que, pendant la vasodilatation maximale, la pression coronaire distale est proportionnelle Ă la perfusion myocardique maximale obtenable. Une diminution de pression Ă travers une stĂ©nose Ă©picardique identifie donc une limitation du dĂ©bit hyperhĂ©mique potentiel. La FFR mesure par consĂ©quent lâeffet physiologique dâune lĂ©sion Ă©picardique individuelle plutĂŽt que sa seule apparence anatomique.
La coronarographie ne fournit quâune estimation imparfaite de la sĂ©vĂ©ritĂ© fonctionnelle. LâinterprĂ©tation angiographique est affectĂ©e par la variabilitĂ© interobservateur, et la relation entre le degrĂ© de stĂ©nose et sa signification hĂ©modynamique est faible, en particulier pour les lĂ©sions intermĂ©diaires. MĂȘme des lĂ©sions prĂ©sentant une rĂ©duction visuelle du diamĂštre de 50â70 % peuvent provoquer ou non une ischĂ©mie. Ă lâinverse, certaines lĂ©sions apparemment moins serrĂ©es sont physiologiquement importantes. La localisation de la lĂ©sion est Ă©galement dĂ©terminante : les stĂ©noses du tronc commun gauche ou de lâartĂšre interventriculaire antĂ©rieure proximale sont plus susceptibles dâaltĂ©rer le dĂ©bit, car elles irriguent un territoire myocardique plus Ă©tendu.
La rĂ©ponse de la circulation coronaire reflĂšte Ă la fois la stĂ©nose Ă©picardique et la microcirculation coronaire. Une dysfonction microvasculaire peut altĂ©rer la vasodilatation maximale mĂȘme lorsque les artĂšres Ă©picardiques sont normales, et elle peut amplifier les consĂ©quences physiologiques dâune lĂ©sion Ă©picardique. Ainsi, la FFR est principalement un indice de la physiologie de la stĂ©nose Ă©picardique et ne quantifie pas directement la capacitĂ© des vaisseaux de rĂ©sistance myocardiques Ă augmenter le dĂ©bit.
Réserve coronaire et relation avec la FFR
La rĂ©serve coronaire (CFR) est le rapport entre le dĂ©bit coronaire hyperhĂ©mique maximal et le dĂ©bit coronaire au repos. Elle peut ĂȘtre Ă©valuĂ©e de maniĂšre invasive ou par imagerie de perfusion myocardique utilisant la TEP, la TEMP ou lâIRM cardiaque. La rĂ©serve de dĂ©bit relative compare la perfusion dâun territoire stĂ©nosĂ© Ă celle dâune rĂ©gion de rĂ©fĂ©rence normale dans des conditions hĂ©modynamiques similaires.
La CFR et la FFR explorent des composantes apparentées mais distinctes de la physiologie coronaire :
La FFR est principalement un indice dĂ©rivĂ© de la pression, reflĂ©tant lâeffet fonctionnel dâune stĂ©nose Ă©picardique.
La CFR reflĂšte lâinfluence combinĂ©e de la stĂ©nose Ă©picardique, du dĂ©bit au repos et de la capacitĂ© vasodilatatrice microvasculaire.
Les deux mesures peuvent donc ĂȘtre discordantes. Une FFR rĂ©duite avec une CFR prĂ©servĂ©e suggĂšre une lĂ©sion Ă©picardique focale prĂ©dominante, qui peut ne pas ĂȘtre fortement limitante pour le dĂ©bit. Ă lâinverse, une FFR prĂ©servĂ©e avec une CFR rĂ©duite peut indiquer une dysfonction microvasculaire coronaire ou une atteinte Ă©picardique diffuse. Une FFR et une CFR toutes deux normales sont associĂ©es Ă un excellent pronostic, tandis que les mesures discordantes doivent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es dans le contexte de la prĂ©sentation clinique et des autres rĂ©sultats.
Une CFR rĂ©duite peut ĂȘtre observĂ©e en prĂ©sence dâune atteinte Ă©picardique angiographiquement non significative en raison dâanomalies des vaisseaux de rĂ©sistance coronaires. Lâhypertrophie ventriculaire gauche rĂ©duit Ă©galement la rĂ©serve coronaire : la masse myocardique augmente sans augmentation proportionnelle du rĂ©seau de rĂ©sistance microcirculatoire, ce qui rĂ©duit le dĂ©bit maximal par gramme de tissu. Par consĂ©quent, une stĂ©nose modĂ©rĂ©e dans un cĆur hypertrophiĂ© peut avoir un effet physiologique comparable Ă celui dâune lĂ©sion plus sĂ©vĂšre dans un myocarde de structure normale.
Applications cliniques
La principale application de la FFR et des rapports de pression non hyperĂ©miques est lâĂ©valuation des stĂ©noses coronaires angiographiquement intermĂ©diaires lorsque la nĂ©cessitĂ© dâune revascularisation est incertaine. Cela est particuliĂšrement pertinent dans les situations suivantes :
Cardiopathie ischémique stable ou syndromes coronariens chroniques
Angor ou Ă©quivalent angineux sans Ă©valuation antĂ©rieure dĂ©finitive de lâischĂ©mie
Maladie coronaire pluritronculaire avec lĂ©sions dâimportance incertaine
Lésions sériées, diffuses ou longues
Sténoses des branches collatérales
Atteinte intermédiaire du tronc commun gauche
Ăvaluation dâune lĂ©sion rĂ©siduelle aprĂšs ICP
La FFR peut modifier la stratĂ©gie thĂ©rapeutique chez environ 30â50 % des patients soumis Ă une coronarographie invasive lorsquâelle est appliquĂ©e Ă des lĂ©sions intermĂ©diaires. Elle peut Ă©viter la pose inutile dâun stent dans une atteinte anatomiquement apparente mais physiologiquement non significative et identifier des lĂ©sions dont lâimportance hĂ©modynamique est sous-estimĂ©e par la coronarographie.
Chez les patients prĂ©sentant un syndrome coronarien aigu, la physiologie invasive est de plus en plus utilisĂ©e pour les lĂ©sions intermĂ©diaires de lâartĂšre non responsable de lâinfarctus. LâICP de lâartĂšre responsable de lâinfarctus ne doit pas ĂȘtre diffĂ©rĂ©e sur la seule base dâune Ă©valuation fonctionnelle Ă©picardique invasive aiguĂ«. La microcirculation coronaire commence Ă rĂ©cupĂ©rer dans les 24 heures environ suivant lâICP primaire, et une Ă©valuation prĂ©coce peut sous-estimer la sĂ©vĂ©ritĂ© hĂ©modynamique ultĂ©rieure de la lĂ©sion. Au-delĂ dâune semaine aprĂšs lâĂ©vĂ©nement aigu, il a Ă©tĂ© rapportĂ© que la FFR prĂ©disait de maniĂšre fiable une imagerie de perfusion nuclĂ©aire anormale.
Ăvaluation et interprĂ©tation clinique
La FFR ou un rapport de pression non hyperĂ©mique ne doit pas ĂȘtre interprĂ©tĂ© isolĂ©ment. Les symptĂŽmes cliniques, les tests dâeffort non invasifs, la localisation de la lĂ©sion, la quantitĂ© de myocarde vascularisĂ©e et le profil de la perte de pression le long du vaisseau contribuent tous Ă la dĂ©cision de revascularisation.
Sévérité angiographique et signification physiologique
Les catĂ©gories angiographiques visuelles sont des prĂ©dicteurs peu fiables de lâimportance fonctionnelle. Dans les populations de registres et dâessais :
Environ 31 % des lĂ©sions estimĂ©es visuellement Ă 40â49 % de stĂ©nose Ă©taient hĂ©modynamiquement significatives.
Seulement environ 35 % des lĂ©sions Ă 50â70 % Ă©taient hĂ©modynamiquement significatives.
Environ 20 % des lĂ©sions Ă 71â90 % nâĂ©taient pas hĂ©modynamiquement significatives.
Une sténose visuelle supérieure à 90 % était la seule catégorie prédisant avec une grande précision la pertinence hémodynamique, environ 96 %.
Ces observations plaident en faveur dâune Ă©valuation physiologique des lĂ©sions intermĂ©diaires plutĂŽt que dâune dĂ©pendance systĂ©matique Ă leur aspect angiographique.
Retrait de la guide de pression
Le retrait de la guide de pression peut montrer si la perte de pression est focale ou progressive :
Une chute focale de pression suggĂšre une lĂ©sion discrĂšte susceptible de bĂ©nĂ©ficier dâune ICP.
Une diminution progressive de la pression Ă©voque une atteinte diffuse, pour laquelle un stenting focal peut nâapporter quâun bĂ©nĂ©fice physiologique limitĂ©.
Lâexploration longitudinale est particuliĂšrement utile en cas de lĂ©sions sĂ©riĂ©es et de maladie coronaire diffuse.
Méthodes diagnostiques
FFR invasive
La FFR nĂ©cessite le positionnement dâune guide de pression Ă travers la stĂ©nose coronaire. La pression proximale est gĂ©nĂ©ralement mesurĂ©e dans lâaorte par lâintermĂ©diaire du cathĂ©ter guide, tandis que la pression distale est enregistrĂ©e au-delĂ de la lĂ©sion. LâhyperhĂ©mie maximale est induite pharmacologiquement, le plus souvent par de lâadĂ©nosine administrĂ©e par voie intraveineuse ou intracoronaire.
Les pressions moyennes sont calculĂ©es sur lâensemble du cycle cardiaque. La mesure principale est le rapport entre la pression coronaire distale et la pression aortique pendant lâhyperhĂ©mie maximale.
La FFR est :
Spécifique de la lésion
Rapide Ă obtenir au moment de la coronarographie
Reproductible
Utile pour évaluer à la fois les lésions non traitées et la maladie résiduelle aprÚs ICP
Une vasodilatation maximale adĂ©quate est essentielle. Une hyperhĂ©mie sous-maximale laisse la pression coronaire distale plus Ă©levĂ©e quâelle ne le serait pendant une vasodilatation complĂšte et sous-estime donc la signification physiologique de la stĂ©nose.
Rapports de pression non hyperémiques
Les indices non hyperémiques utilisent des mesures de pression au repos et évitent la vasodilatation pharmacologique. Plusieurs indices ont été développés, notamment :
Rapport instantané sans onde (iFR)
Rapport entre la pression coronaire distale au repos et la pression aortique
Rapport de pression diastolique
Rapport relatif sur lâensemble du cycle
Autres rapports de pression spĂ©cifiques dâune phase ou calculĂ©s sur lâensemble du cycle
Lâindice non hyperĂ©mique le mieux Ă©tabli est lâiFR. Il est mesurĂ© pendant la pĂ©riode diastolique sans onde, dĂ©butant approximativement 25 % aprĂšs le dĂ©but de la diastole et se terminant 5 ms avant la fin de la diastole. Durant cet intervalle, la rĂ©sistance microvasculaire est relativement stable et faible, et le gradient de pression transĂ©sionnel peut ĂȘtre Ă©valuĂ© sans induire dâhyperhĂ©mie.
FFR non invasive dérivée de la TDM coronaire
Lâangio-TDM coronaire peut ĂȘtre associĂ©e Ă la dynamique des fluides computationnelle ou Ă une analyse par apprentissage automatique afin dâestimer la FFR dans lâensemble de lâarbre coronaire. La FFR-TDM utilise un modĂšle coronaire tridimensionnel spĂ©cifique du patient, dĂ©rivĂ© des images de TDM, et estime la pression coronaire lors dâune vasodilatation simulĂ©e.
La FFR-TDM peut complĂ©ter lâangio-TDM anatomique, amĂ©liorer la caractĂ©risation fonctionnelle des lĂ©sions coronaires et rĂ©duire le recours Ă une coronarographie invasive inutile. Elle ne nĂ©cessite ni stress pharmacologique supplĂ©mentaire, ni administration de produit de contraste, ni irradiation au-delĂ de lâexamen TDM. Son utilitĂ© clinique dĂ©pend dâune qualitĂ© dâimage suffisante et de sa disponibilitĂ©.
La FFR-TDM présente plusieurs limites :
Elle est moins utile lorsque lâangio-TDM montre dĂ©jĂ une maladie coronaire sĂ©vĂšre.
Elle ne permet pas dâidentifier une dysfonction microvasculaire coronaire.
Les modĂšles computationnels supposent gĂ©nĂ©ralement une microcirculation et une rĂ©ponse vasodilatatrice normales, ce qui peut surestimer la contribution de lâatteinte Ă©picardique obstructive chez les patients prĂ©sentant une dysfonction microvasculaire.
La sĂ©curitĂ© pronostique du report dâune intervention sur la base de la FFR-TDM nâest pas Ă©tablie au mĂȘme degrĂ© que pour les mesures invasives.
Autres méthodes physiologiques et structurales
Les autres approches comprennent :
La CFR, mesurée de maniÚre invasive ou par imagerie non invasive
Lâindice de rĂ©sistance de la microcirculation
La résistance hyperhémique de la sténose
La réserve de résistance microvasculaire
La capacité de débit coronaire, intégrant le débit hyperhémique et la CFR
LâĂ©chographie intravasculaire et la tomographie par cohĂ©rence optique
LâĂ©chographie intravasculaire et la tomographie par cohĂ©rence optique peuvent contribuer Ă Ă©valuer la sĂ©vĂ©ritĂ© et le pronostic dâune stĂ©nose du tronc commun gauche. Toutefois, ces techniques structurales ne remplacent pas lâĂ©valuation physiologique pour toutes les lĂ©sions intermĂ©diaires.
Seuils et interprétation pratique
Seuils de FFR
Les seuils couramment utilisés sont les suivants :
| Valeur de FFR | Interprétation |
|---|---|
| <0,75 | TrÚs probablement associée à une ischémie ; généralement considérée comme limitante pour le débit |
| 0,75â0,80 | Zone grise nĂ©cessitant une intĂ©gration clinique |
| â€0,80 | Seuil contemporain couramment utilisĂ© pour Ă©tayer une revascularisation |
| >0,80 | LâischĂ©mie est rare ; lâICP peut souvent ĂȘtre diffĂ©rĂ©e lorsque le contexte clinique est concordant |
| >0,75 | Les rĂ©sultats Ă long terme en cas de report de lâintervention ont Ă©tĂ© excellents dans la cardiopathie ischĂ©mique stable |
Une FFR infĂ©rieure Ă 0,75 est fortement associĂ©e Ă une ischĂ©mie Ă lâimagerie de perfusion nuclĂ©aire. Une FFR supĂ©rieure Ă 0,80 est rarement corrĂ©lĂ©e Ă une ischĂ©mie. Les Ă©tudes contemporaines de pronostic ont gĂ©nĂ©ralement utilisĂ© 0,80 comme seuil dâICP, bien que le seuil historique de 0,75 reste important pour lâinterprĂ©tation des donnĂ©es antĂ©rieures.
Une valeur supĂ©rieure Ă 0,80 nâimplique pas lâabsence de toute pathologie coronaire. Elle indique que la lĂ©sion Ă©picardique concernĂ©e est peu susceptible de constituer lâanomalie principalement limitante pour le dĂ©bit dans les conditions testĂ©es. Les symptĂŽmes peuvent persister en raison dâune maladie diffuse, dâune dysfonction microvasculaire ou dâune autre cause cardiaque ou extracardiaque.
Seuils de lâiFR
| Valeur dâiFR | InterprĂ©tation pratique |
|---|---|
| â€0,89 | GĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ©e comme physiologiquement significative |
| >0,89 | LâICP peut souvent ĂȘtre diffĂ©rĂ©e lorsque le contexte clinique est concordant |
| 0,86â0,94 | Certains protocoles considĂšrent cette plage comme indĂ©terminĂ©e et proposent de mesurer la FFR |
Un seuil dâiFR de 0,89 est couramment utilisĂ© comme Ă©quivalent dâun seuil de FFR de 0,80. Les approches antĂ©rieures utilisaient des valeurs infĂ©rieures Ă 0,86 comme positives et supĂ©rieures Ă 0,94 comme nĂ©gatives, la FFR Ă©tant rĂ©servĂ©e aux rĂ©sultats intermĂ©diaires.
Avantages et limites
Avantages de la FFR
La FFR fournit une estimation directe et spĂ©cifique de la lĂ©sion de lâeffet hĂ©modynamique dâune stĂ©nose Ă©picardique. Elle est particuliĂšrement utile lorsque la coronarographie est Ă©quivoque et peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e au cours de la mĂȘme procĂ©dure que la coronarographie diagnostique ou lâICP. LâICP guidĂ©e par la FFR rĂ©duit le nombre de stents utilisĂ©s par rapport Ă une intervention guidĂ©e par la coronarographie et amĂ©liore les rĂ©sultats cliniques chez certains patients prĂ©sentant une maladie coronaire stable.
La FFR est Ă©galement relativement peu influencĂ©e par les variations du dĂ©bit au repos, car elle compare les conditions stĂ©nosĂ©es et non stĂ©nosĂ©es pendant la vasodilatation pharmacologique. Elle peut ĂȘtre utilisĂ©e immĂ©diatement aprĂšs lâICP pour Ă©valuer lâeffet physiologique dâune maladie rĂ©siduelle.
Limites de la FFR
La FFR est invasive et nĂ©cessite une hyperhĂ©mie pharmacologique. Sa prĂ©cision dĂ©pend de maniĂšre critique de lâobtention dâune vasodilatation maximale. Une hyperhĂ©mie incomplĂšte entraĂźne une pression distale faussement Ă©levĂ©e et peut sous-estimer la sĂ©vĂ©ritĂ© de la stĂ©nose.
Le rapport simplifiĂ© suppose une pression veineuse coronaire nĂ©gligeable et une relation pressionâdĂ©bit linĂ©aire pendant la vasodilatation. Ces hypothĂšses sont moins fiables lorsque les pressions coronaires sont faibles et en prĂ©sence dâun flux collatĂ©ral important. La non-prise en compte de la pression veineuse de retour peut sous-estimer la signification physiologique dâune stĂ©nose, en particulier lors de lâĂ©valuation dâun myocarde dĂ©pendant de collatĂ©rales.
La FFR ne permet pas de quantifier de maniÚre indépendante la limitation microvasculaire du débit. Une dysfonction microvasculaire peut atténuer la réponse vasodilatatrice, entraßnant une pression distale plus élevée et une FFR apparemment moins sévÚre que celle obtenue avec une microcirculation normale. Dans ce contexte, elle peut donc sous-estimer la sévérité de la sténose épicardique.
Le franchissement dâune lĂ©sion sĂ©vĂšre par une guide de pression peut Ă lui seul modifier le dĂ©bit et surestimer la sĂ©vĂ©ritĂ© de la stĂ©nose, en particulier en cas de maladie diffuse et dans les petits vaisseaux collatĂ©raux. Les stĂ©noses sĂ©riĂ©es et lâathĂ©rosclĂ©rose diffuse peuvent Ă©galement rendre difficile lâattribution de la perte de pression Ă une seule lĂ©sion anatomique.
Avantages de lâiFR
LâiFR Ă©vite lâadĂ©nosine et Ă©limine donc les symptĂŽmes liĂ©s Ă lâadĂ©nosine tout en simplifiant le dĂ©roulement de la procĂ©dure en salle de cathĂ©tĂ©risme. Les procĂ©dures sont gĂ©nĂ©ralement plus courtes, et la mesure ne dĂ©pend pas de lâobtention dâune vasodilatation pharmacologique maximale. Comme elle est rĂ©alisĂ©e au repos, lâiFR peut ĂȘtre moins influencĂ©e par une rĂ©ponse attĂ©nuĂ©e Ă lâadĂ©nosine due Ă une dysfonction microvasculaire coronaire.
Limites de lâiFR
Au repos, le gradient de pression Ă travers une stĂ©nose est plus faible et la pression distale est plus Ă©levĂ©e que pendant lâhyperhĂ©mie. LâiFR peut donc surestimer la signification fonctionnelle dâune stĂ©nose lorsque le dĂ©bit au repos est anormalement Ă©levĂ©, par exemple en cas dâanĂ©mie.
Bien que la prise en charge guidĂ©e par lâiFR ait Ă©tĂ© non infĂ©rieure Ă celle guidĂ©e par la FFR Ă un an dans deux grands essais randomisĂ©s, les analyses groupĂ©es Ă plus long terme ont rapportĂ© une frĂ©quence plus Ă©levĂ©e de la mortalitĂ© toutes causes confondues et des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs avec la prise en charge guidĂ©e par lâiFR. Cela ne sâaccompagnait pas dâune frĂ©quence plus Ă©levĂ©e dâinfarctus du myocarde ou de revascularisation non programmĂ©e. Par consĂ©quent, les indices non hyperĂ©miques doivent ĂȘtre utilisĂ©s avec discernement, et la FFR reste la stratĂ©gie invasive de rĂ©fĂ©rence lorsque lâincertitude persiste.
Traitement et prise en charge
Report de lâICP
Le report de lâICP est appropriĂ© lorsquâune lĂ©sion intermĂ©diaire nâest pas physiologiquement significative et que les donnĂ©es cliniques sont concordantes. Dans la cardiopathie ischĂ©mique stable, les lĂ©sions dont la FFR est supĂ©rieure Ă 0,75 ont prĂ©sentĂ© dâexcellents rĂ©sultats Ă long terme lorsque lâintervention Ă©tait diffĂ©rĂ©e. Les lĂ©sions dont la FFR est supĂ©rieure Ă 0,80 sont rarement associĂ©es Ă une ischĂ©mie et peuvent gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre traitĂ©es mĂ©dicalement lorsque les symptĂŽmes, les tests dâeffort et les autres donnĂ©es ne suggĂšrent pas la nĂ©cessitĂ© dâune revascularisation.
Le report ne doit pas reposer uniquement sur les seuils de pression. Les symptĂŽmes, les tests dâischĂ©mie non invasifs, la localisation de la lĂ©sion, le territoire myocardique, la maladie diffuse et une Ă©ventuelle dysfonction microvasculaire doivent ĂȘtre pris en compte.
ICP guidée par la FFR
Lorsque la FFR est â€0,80, lâICP associĂ©e au traitement mĂ©dical optimal peut rĂ©duire les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs par rapport au traitement mĂ©dical seul dans les lĂ©sions coronaires stables. Le principal bĂ©nĂ©fice prĂ©coce est une rĂ©duction des revascularisations urgentes, tandis quâune rĂ©duction ultĂ©rieure des infarctus du myocarde a Ă©galement Ă©tĂ© rapportĂ©e. Lâintervention guidĂ©e par la FFR rĂ©duit le nombre de stents nĂ©cessaires par rapport Ă lâICP guidĂ©e par la coronarographie et sâaccompagne dâune diminution des Ă©vĂ©nements cardiaques composites Ă un an.
En cas de maladie pluritronculaire, lâexploration physiologique systĂ©matique de chaque vaisseau Ă©picardique nâa pas constamment amĂ©liorĂ© les rĂ©sultats par rapport Ă la coronarographie seule. LâĂ©valuation physiologique doit donc gĂ©nĂ©ralement se concentrer sur les lĂ©sions intermĂ©diaires plutĂŽt que de mesurer systĂ©matiquement les vaisseaux clairement sĂ©vĂšres ou clairement peu atteints selon lâĂ©valuation clinique et angiographique.
Traitement médical
Le document source prĂ©sente le traitement mĂ©dical optimal comme comparateur et comme composante essentielle de la prise en charge, mais ne prĂ©cise pas les classes mĂ©dicamenteuses, les doses ni les schĂ©mas dĂ©taillĂ©s de prĂ©vention secondaire. Aucune recommandation posologique mĂ©dicamenteuse nâest fournie.
Ăvaluation aprĂšs lâICP
La FFR peut ĂȘtre mesurĂ©e aprĂšs lâICP afin de dĂ©terminer lâeffet physiologique dâune lĂ©sion rĂ©siduelle. Une valeur post-ICP restant anormale peut reflĂ©ter une stĂ©nose focale rĂ©siduelle, une maladie diffuse ou dâautres anomalies physiologiques. Le retrait de la guide de pression peut aider Ă distinguer une chute focale rĂ©siduelle de pression, potentiellement accessible Ă une nouvelle intervention, dâune perte de pression diffuse, pour laquelle un stenting focal supplĂ©mentaire peut ne pas ĂȘtre bĂ©nĂ©fique.
Recommandations des sociétés savantes
Les recommandations europĂ©ennes actuelles prĂ©conisent une Ă©valuation physiologique fondĂ©e sur une guide lorsque la coronarographie invasive identifie une stĂ©nose Ă©picardique intermĂ©diaire et que les tests dâeffort non invasifs sont non concluants ou nâont pas Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s. La FFR pendant lâhyperhĂ©mie maximale ou lâiFR au repos est recommandĂ©e afin dâamĂ©liorer lâĂ©valuation du risque et de guider les dĂ©cisions de revascularisation.
Les seuils pratiques pertinents sont les suivants :
FFR â€0,80 : stĂ©nose hĂ©modynamiquement significative ; justifie dâenvisager une ICP dans le contexte clinique appropriĂ©.
iFR â€0,89 : stĂ©nose hĂ©modynamiquement significative ; justifie dâenvisager une ICP dans le contexte clinique appropriĂ©.
FFR ou iFR au-dessus du seuil pertinent : la revascularisation peut souvent ĂȘtre diffĂ©rĂ©e, Ă condition que les symptĂŽmes du patient, les rĂ©sultats des tests dâeffort et le contexte clinique global soient concordants.
LâĂ©valuation physiologique est particuliĂšrement importante pour les lĂ©sions intermĂ©diaires, gĂ©nĂ©ralement estimĂ©es visuellement Ă environ 40â90 % de stĂ©nose dans les vaisseaux autres que le tronc commun gauche et Ă 40â70 % dans le tronc commun gauche. En cas de maladie pluritronculaire, la mesure de la pression doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre rĂ©servĂ©e aux lĂ©sions intermĂ©diaires.
Lâutilisation de la FFR est soutenue par une recommandation de classe I chez les patients prĂ©sentant un angor ou un Ă©quivalent angineux, sans Ă©valuation antĂ©rieure de lâischĂ©mie et avec des stĂ©noses angiographiquement intermĂ©diaires, dans les recommandations amĂ©ricaines citĂ©es sur la revascularisation coronaire et la maladie coronaire chronique.
Pronostic et suivi
La classification physiologique fournit des informations pronostiques au-delĂ de la coronarographie. Les patients prĂ©sentant des lĂ©sions fonctionnellement non significatives chez lesquels lâICP est diffĂ©rĂ©e ont dâexcellents rĂ©sultats Ă long terme, notamment des taux dâinfarctus du myocarde nettement infĂ©rieurs Ă ceux des patients bĂ©nĂ©ficiant dâune intervention prophylactique malgrĂ© une FFR non ischĂ©mique.
Dans la maladie coronaire stable, lâICP guidĂ©e par la FFR comparativement Ă lâICP guidĂ©e par la coronarographie a Ă©tĂ© associĂ©e aux Ă©lĂ©ments suivants :
Moins de lésions traitées par stent
Taux plus faible dâĂ©vĂ©nements cardiaques indĂ©sirables majeurs Ă un an
Moins dâinfarctus du myocarde
Moins de revascularisations itératives
Aucune différence démontrée de mortalité dans la comparaison principale à un an
Chez les patients dont la FFR est <0,80, lâICP associĂ©e au traitement mĂ©dical optimal rĂ©duit les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs par rapport au traitement mĂ©dical seul, principalement grĂące Ă une diminution des revascularisations urgentes et, ultĂ©rieurement, Ă une rĂ©duction des infarctus du myocarde. Une mĂ©ta-analyse de donnĂ©es individuelles de patients a Ă©galement suggĂ©rĂ© une rĂ©duction du critĂšre combinĂ© de dĂ©cĂšs cardiaque ou dâinfarctus du myocarde.
La prise en charge guidĂ©e par lâiFR prĂ©sente, Ă un an, des rĂ©sultats comparables Ă ceux de la prise en charge guidĂ©e par la FFR et offre des avantages pratiques procĂ©duraux. Toutefois, les analyses groupĂ©es Ă cinq ans ont soulevĂ© la possibilitĂ© dâun excĂšs de mortalitĂ© toutes causes confondues et dâĂ©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs avec la prise en charge guidĂ©e par lâiFR, malgrĂ© lâabsence dâaugmentation des infarctus du myocarde ou des revascularisations non programmĂ©es. Ces donnĂ©es justifient la prudence clinique et lâintĂ©gration rigoureuse de lâiFR aux symptĂŽmes, aux tests non invasifs et, lorsque cela est appropriĂ©, Ă une FFR de confirmation.
Le suivi doit donc ĂȘtre guidĂ© par les symptĂŽmes du patient, son Ă©tat fonctionnel, la fonction ventriculaire, lâĂ©tendue de la maladie coronaire et les donnĂ©es physiologiques obtenues lors de la procĂ©dure initiale. La persistance de symptĂŽmes aprĂšs le report du traitement dâune lĂ©sion Ă©picardique non significative doit conduire Ă envisager une dysfonction microvasculaire, une maladie diffuse ou un autre diagnostic plutĂŽt quâĂ rĂ©aliser automatiquement une nouvelle ICP.