Définition et justification clinique
Lâangor stable, ou douleur thoracique chronique attribuable Ă un syndrome coronarien chronique prĂ©sumĂ©, est Ă©valuĂ© en estimant la probabilitĂ© de maladie coronarienne obstructive (MC) avant tout examen diagnostique. Cette probabilitĂ© prĂ©test correspond Ă lâestimation, par le clinicien, de la probabilitĂ© que le patient prĂ©sente une MC anatomiquement obstructive avant de connaĂźtre le rĂ©sultat dâun nouvel examen.
La probabilitĂ© prĂ©test est essentielle, car la valeur clinique de tout examen diagnostique dĂ©pend non seulement de sa sensibilitĂ© et de sa spĂ©cificitĂ©, mais aussi de la prĂ©valence de la maladie dans la population examinĂ©e. Un rĂ©sultat nĂ©gatif est particuliĂšrement utile lorsque la probabilitĂ© initiale est suffisamment faible pour permettre dâexclure sans risque une MC obstructive. Ă lâinverse, un rĂ©sultat positif est dâautant plus convaincant que la probabilitĂ© initiale est suffisamment Ă©levĂ©e pour que ce rĂ©sultat augmente significativement la probabilitĂ© de maladie et puisse justifier des explorations ou un traitement supplĂ©mentaires.
La rĂ©alisation dâexamens ne constitue donc pas une rĂ©ponse automatique Ă une douleur thoracique. Elle est appropriĂ©e lorsque les informations attendues sont susceptibles de modifier la prise en charge. Chez les patients prĂ©sentant une trĂšs faible probabilitĂ© de MC obstructive, les examens peuvent gĂ©nĂ©rer des rĂ©sultats faussement positifs et conduire Ă des procĂ©dures secondaires inutiles. Chez les patients Ă probabilitĂ© Ă©levĂ©e, les examens peuvent apporter peu dâinformations diagnostiques supplĂ©mentaires, et une coronarographie invasive peut ĂȘtre plus appropriĂ©e lorsque les symptĂŽmes, le risque ou les considĂ©rations anatomiques le justifient.
La stratĂ©gie diagnostique contemporaine reconnaĂźt Ă©galement que les symptĂŽmes dâischĂ©mie myocardique peuvent rĂ©sulter dâune MC athĂ©rosclĂ©reuse obstructive, dâun dysfonctionnement microvasculaire coronaire ou dâun vasospasme. Une anatomie coronaire normale ou non obstructive nâexclut donc pas nĂ©cessairement un mĂ©canisme ischĂ©mique.
Ăvaluation clinique et estimation de la probabilitĂ© prĂ©test
SymptĂŽmes et contexte clinique
LâĂ©valuation commence par la prĂ©sentation clinique, notamment la nature et la stabilitĂ© de la gĂȘne thoracique, la dyspnĂ©e associĂ©e et la prĂ©sence de facteurs de risque ou dâune calcification coronaire antĂ©rieurement identifiĂ©e. LâĂąge et le sexe restent des dĂ©terminants importants de la prĂ©valence attendue de la MC obstructive, mais les caractĂ©ristiques des symptĂŽmes et le jugement clinique doivent Ă©galement ĂȘtre intĂ©grĂ©s.
Chez les patients symptomatiques sans MC connue, les algorithmes prĂ©dictifs cliniques plus rĂ©cents sont prĂ©fĂ©rables aux anciennes approches fondĂ©es uniquement sur lâĂąge, le sexe et le caractĂšre typique des symptĂŽmes. Ces modĂšles plus rĂ©cents amĂ©liorent lâidentification des patients prĂ©sentant une trĂšs faible probabilitĂ© de MC obstructive et peuvent rĂ©duire le recours Ă des examens diagnostiques inutiles.
Le score calcique coronaire (CAC) apporte des informations supplĂ©mentaires. Un score CAC quantitatif obtenu lors dâun examen dĂ©diĂ©, ou une Ă©valuation qualitative du CAC sur une TDM thoracique non synchronisĂ©e, peut modifier la probabilitĂ© estimĂ©e de MC athĂ©rosclĂ©reuse obstructive. Le CAC nâest donc pas simplement une dĂ©couverte fortuite en imagerie ; il peut affiner la dĂ©cision de rĂ©aliser un examen et identifier des patients nĂ©cessitant un traitement prĂ©ventif, mĂȘme lorsque les examens fonctionnels sont normaux.
Catégories de probabilité
Le document de référence décrit plusieurs seuils de probabilité utiles en pratique clinique :
ProbabilitĂ© trĂšs faible : infĂ©rieure Ă 5 % dans le cadre des recommandations europĂ©ennes. Les examens diagnostiques doivent gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre diffĂ©rĂ©s.
ProbabilitĂ© faible : jusquâĂ 15 % dans le parcours dâĂ©valuation de la douleur thoracique. Les examens sont facultatifs et peuvent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s selon le jugement clinique.
ProbabilitĂ© faible Ă modĂ©rĂ©e : supĂ©rieure Ă 5 % jusquâĂ 50 % dans le parcours des syndromes coronariens chroniques. Lâangioscanner coronaire (CCTA) est gĂ©nĂ©ralement privilĂ©giĂ© pour exclure une MC obstructive.
ProbabilitĂ© intermĂ©diaire ou Ă©levĂ©e : supĂ©rieure Ă 15 % dans le parcours dâĂ©valuation de la douleur thoracique. Le CCTA ou lâimagerie fonctionnelle sont appropriĂ©s.
ProbabilitĂ© trĂšs Ă©levĂ©e ou prĂ©sentation clinique Ă haut risque : une coronarographie invasive peut ĂȘtre appropriĂ©e, notamment lorsque les symptĂŽmes sont sĂ©vĂšres, rĂ©fractaires au traitement mĂ©dical recommandĂ© par les recommandations, surviennent pour un faible niveau dâeffort ou sont associĂ©s Ă un risque Ă©levĂ© dâĂ©vĂ©nements.
Les diffĂ©rences apparentes entre ces seuils reflĂštent des cadres de recommandations et des parcours cliniques diffĂ©rents, plutĂŽt quâun systĂšme universel unique de classification. En pratique, lâestimation de la probabilitĂ© doit ĂȘtre intĂ©grĂ©e aux symptĂŽmes du patient, Ă son Ăąge, au CAC, Ă ses comorbiditĂ©s, Ă la faisabilitĂ© des examens, Ă lâexpertise locale et Ă la probabilitĂ© que le rĂ©sultat modifie la prise en charge.
Probabilités prétest illustratives
Les valeurs suivantes correspondent aux limites supĂ©rieures de la probabilitĂ© estimĂ©e de MC obstructive selon lâĂąge, le sexe et la prĂ©sentation chez des patients symptomatiques. Elles ne remplacent pas lâĂ©valuation clinique individuelle.
| Ăge (annĂ©es) | Douleur thoracique : hommes | Douleur thoracique : femmes | DyspnĂ©e : hommes | DyspnĂ©e : femmes |
|---|---|---|---|---|
| 30â39 | â€4% | â€5% | 0% | 3% |
| 40â49 | â€22% | â€10% | 12% | 3% |
| 50â59 | â€32% | â€13% | 20% | 9% |
| 60â69 | â€44% | â€16% | 27% | 14% |
| â„70 | â€52% | â€27% | 32% | 12% |
Ces estimations sont modifiées par la qualité des symptÎmes et le CAC. Les patients présentant des symptÎmes moins à risque que ceux représentés dans le tableau devraient avoir des probabilités plus faibles.
Choix de réaliser ou non un examen
Probabilité trÚs faible et faible
Lorsque la probabilitĂ© de MC obstructive est trĂšs faible, il est gĂ©nĂ©ralement possible dâĂ©viter des examens diagnostiques supplĂ©mentaires. Cette approche rĂ©duit le risque de rĂ©sultats faussement positifs et de procĂ©dures invasives inutiles.
Chez les patients à faible probabilité, les examens sont facultatifs. Les options possibles comprennent :
Lâabsence dâexamen, avec une attention portĂ©e au contrĂŽle des symptĂŽmes et au traitement prĂ©ventif.
LâĂ©valuation du CAC afin de quantifier la charge en plaques calcifiĂ©es.
Un ECG dâeffort sans imagerie chez certains patients, fournissant des informations sur la capacitĂ© dâeffort et lâischĂ©mie inductible.
Les examens ne doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s que lorsque leur rĂ©sultat est susceptible de modifier la prise en charge clinique. Chez les patients asymptomatiques, aucun examen nâest indiquĂ© dans le parcours dĂ©crit.
Probabilité intermédiaire
Les patients présentant une probabilité intermédiaire sont ceux chez lesquels les examens non invasifs apportent souvent la plus grande valeur diagnostique supplémentaire. Le choix porte principalement entre :
Un examen anatomique par CCTA.
Une imagerie fonctionnelle Ă la recherche dâune ischĂ©mie myocardique inductible.
Chez les patients symptomatiques dont la probabilitĂ© prĂ©test est supĂ©rieure Ă 5 %, un CCTA ou une imagerie fonctionnelle non invasive est recommandĂ© comme examen initial. En cas de probabilitĂ© faible ou modĂ©rĂ©e, notamment dans lâintervalle supĂ©rieur Ă 5 % jusquâĂ 50 %, le CCTA est privilĂ©giĂ© pour exclure une MC obstructive et identifier une plaque non obstructive.
Lâimagerie fonctionnelle est privilĂ©giĂ©e lorsque la question principale est de dĂ©terminer si une lĂ©sion anatomique entraĂźne une ischĂ©mie myocardique, lorsquâil est nĂ©cessaire dâĂ©valuer la viabilitĂ© myocardique ou lorsque les rĂ©sultats doivent guider une dĂ©cision de revascularisation.
Probabilité élevée et caractéristiques à haut risque
Chez les patients prĂ©sentant une forte probabilitĂ© de MC obstructive, un examen non invasif peut nĂ©anmoins ĂȘtre appropriĂ© sâil permet de prĂ©ciser lâanatomie ou la signification fonctionnelle. Toutefois, une coronarographie invasive doit ĂȘtre envisagĂ©e en prĂ©sence de :
Une probabilité prétest ou post-test trÚs élevée de maladie.
Des symptÎmes sévÚres malgré un traitement médical recommandé par les recommandations.
Un angor survenant pour un faible niveau dâeffort.
Un risque estimĂ© Ă©levĂ© dâĂ©vĂ©nements.
Des rĂ©sultats Ă haut risque Ă lâimagerie non invasive.
Une coronarographie invasive est Ă©galement recommandĂ©e lorsque les examens non invasifs ne permettent pas de trancher et quâune confirmation ou une exclusion de la MC obstructive est nĂ©cessaire. Lorsquâune coronarographie identifie une stĂ©nose intermĂ©diaire, une Ă©valuation fonctionnelle invasive par rĂ©serve fractionnelle de flux (FFR) ou rapport instantanĂ© sans onde (iFR) est recommandĂ©e avant toute revascularisation.
Choix de la modalité non invasive initiale
Lâexamen initial doit ĂȘtre choisi en fonction des Ă©lĂ©ments suivants :
Probabilité prétest estimée.
Ăge.
SymptĂŽmes et question clinique.
Importance du CAC.
Contre-indications ou limites des examens disponibles.
Expertise et disponibilité locales.
Traitement préventif de fond.
Question principale de la prise en charge : charge athéromateuse anatomique ou ischémie inductible.
Angioscanner coronaire
Le CCTA est particuliĂšrement utile pour :
Exclure une MC obstructive chez les patients à probabilité faible à modérée.
Détecter une plaque athéroscléreuse non obstructive.
Modifier la probabilité estimée de maladie.
Identifier les patients susceptibles de bĂ©nĂ©ficier dâune intensification du traitement prĂ©ventif.
Le CCTA peut ĂȘtre particuliĂšrement intĂ©ressant chez les patients plus jeunes, notamment ceux ĂągĂ©s de moins de 65 ans, et chez les patients ne recevant pas un traitement prĂ©ventif optimal, car la mise en Ă©vidence de la charge totale en plaques peut inciter Ă intensifier les mesures prĂ©ventives.
Le CCTA est moins prĂ©cis pour Ă©valuer la sĂ©vĂ©ritĂ© des lĂ©sions chez les sujets ĂągĂ©s, car les calcifications coronaires sont plus frĂ©quentes et peuvent gĂȘner lâinterprĂ©tation. Chez les patients prĂ©sentant une stĂ©nose intermĂ©diaire connue dâun segment coronaire proximal ou moyen au CCTA, une FFR dĂ©rivĂ©e de la TDM peut ĂȘtre envisagĂ©e. Dans le parcours dâĂ©valuation de la douleur thoracique, une FFR dĂ©rivĂ©e de la TDM est Ă©galement envisagĂ©e en cas de stĂ©nose de 40%â90 % lorsque la signification fonctionnelle demeure incertaine.
Le CCTA est recommandĂ© lorsque lâimagerie fonctionnelle nâest pas diagnostique. Ă lâinverse, lâimagerie fonctionnelle est recommandĂ©e lorsque le CCTA met en Ă©vidence une MC dont la signification fonctionnelle est incertaine ou lorsque le CCTA lui-mĂȘme nâest pas diagnostique.
Imagerie fonctionnelle
Les examens fonctionnels évaluent les conséquences physiologiques de la maladie coronaire plutÎt que la seule anatomie. Les modalités disponibles comprennent :
LâĂ©chocardiographie de stress.
La tomographie dâĂ©mission monophotonique (SPECT) de stress.
La tomographie par émission de positons (TEP) de stress.
Lâimagerie cardiaque par rĂ©sonance magnĂ©tique (CMR) de stress.
Lâimagerie fonctionnelle est particuliĂšrement utile lorsque lâobjectif est de :
Relier les symptÎmes à une ischémie myocardique.
Estimer la viabilité myocardique.
Déterminer si une sténose coronaire est fonctionnellement significative.
Guider les décisions de revascularisation.
Les Ă©preuves dâeffort peuvent ĂȘtre plus avantageuses chez les patients ĂągĂ©s, notamment ceux ĂągĂ©s de 65 ans ou plus, car la probabilitĂ© de maladie obstructive et dâischĂ©mie est plus Ă©levĂ©e. Si elle est rĂ©alisable, lâĂ©preuve dâeffort est prĂ©fĂ©rable Ă lâĂ©preuve pharmacologique, car elle fournit des informations sur la capacitĂ© fonctionnelle, la rĂ©ponse hĂ©modynamique et les arythmies induites par lâeffort. Chez les sujets ĂągĂ©s ayant une capacitĂ© dâeffort limitĂ©e, le protocole peut devoir dĂ©buter Ă une intensitĂ© plus faible, avec des paliers de charge plus rĂ©duits.
Les options de stress pharmacologique comprennent lâĂ©chocardiographie de stress Ă la dobutamine et lâimagerie de perfusion myocardique sous vasodilatateurs utilisant le dipyridamole, lâadĂ©nosine ou le rĂ©gadĂ©noson avec du thallium-201 et/ou du technĂ©tium-99m.
Performances des examens
Les sensibilitĂ©s et spĂ©cificitĂ©s rapportĂ©es pour certains examens non invasifs sont prĂ©sentĂ©es ci-dessous. Ces valeurs doivent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es en tenant compte de la probabilitĂ© prĂ©test et de la population clinique dans laquelle lâexamen est utilisĂ©.
| Examen | Sensibilité (IC à 95 %) | Spécificité (IC à 95 %) |
|---|---|---|
| ECG dâeffort | 0.58 (0.45â0.69) | 0.62 (0.54â0.69) |
| Ăchocardiographie de stress | 0.85 (0.80â0.89) | 0.82 (0.72â0.89) |
| Imagerie de perfusion myocardique de stress | 0.87 (0.83â0.90) | 0.70 (0.53â0.76) |
| TEP | 0.83 (0.70â0.93) | 0.89 (0.86â0.91) |
| CMR | 0.88 (0.80â0.93) | 0.89 (0.85â0.93) |
| CCTA | 0.97 (0.93â0.99) | 0.78 (0.67â0.86) |
Le CCTA prĂ©sente une sensibilitĂ© Ă©levĂ©e dans les donnĂ©es prĂ©sentĂ©es, ce qui confirme son rĂŽle dans lâexclusion dâune maladie obstructive. Sa spĂ©cificitĂ© plus faible que celle de certaines modalitĂ©s fonctionnelles signifie que les anomalies anatomiques positives ou Ă©quivoques peuvent nĂ©cessiter une clarification fonctionnelle.
LâECG dâeffort prĂ©sente une sensibilitĂ© et une spĂ©cificitĂ© diagnostiques infĂ©rieures Ă celles des techniques dâimagerie mentionnĂ©es. Il peut nĂ©anmoins rester utile chez certains patients Ă faible risque, notamment lorsque la capacitĂ© dâeffort et la rĂ©ponse hĂ©modynamique apportent des informations cliniquement pertinentes.
RĂŽle du calcium coronaire
Le CAC peut ĂȘtre obtenu sous la forme dâun score quantitatif dĂ©diĂ© ou Ă©valuĂ© qualitativement sur une TDM thoracique non synchronisĂ©e. Il peut ĂȘtre utilisĂ© pour affiner la probabilitĂ© prĂ©test de MC obstructive et identifier lâimportance de la plaque coronaire calcifiĂ©e.
Chez les patients symptomatiques Ă faible risque, le CAC constitue une alternative Ă un examen diagnostique immĂ©diat. Chez les patients Ă risque intermĂ©diaire ou Ă©levĂ© soumis Ă une Ă©preuve dâeffort, lâajout du CAC peut fournir des informations utiles sur la charge en plaques, car un examen fonctionnel normal nâimplique pas nĂ©cessairement lâabsence dâathĂ©rosclĂ©rose coronaire.
Le parcours dâĂ©valuation de la douleur thoracique utilise les catĂ©gories de CAC suivantes pour modifier la probabilitĂ© :
CAC 1â99.
CAC 100â999.
CAC â„1,000.
Le document de rĂ©fĂ©rence ne fournit pas de conversion numĂ©rique complĂšte de chaque catĂ©gorie de CAC en une probabilitĂ© post-test individuelle. Le principe clinique important est que le CAC peut modifier la probabilitĂ© estimĂ©e dâune maladie athĂ©rosclĂ©reuse obstructive et guider le traitement prĂ©ventif, mĂȘme lorsque lâimagerie fonctionnelle ne met pas en Ă©vidence dâischĂ©mie.
Examens séquentiels et examens de deuxiÚme intention
Un deuxiĂšme examen non invasif peut ĂȘtre appropriĂ© lorsque le premier ne permet pas de rĂ©pondre Ă la question clinique.
Les principales séquences sont les suivantes :
CCTA anormal ou équivoque : imagerie fonctionnelle afin de déterminer la signification physiologique de la MC.
Ăpreuve fonctionnelle anormale ou non diagnostique : CCTA afin de prĂ©ciser lâanatomie coronaire.
CCTA montrant une stĂ©nose de 40%â90 % : une FFR dĂ©rivĂ©e de la TDM ou une Ă©preuve dâeffort peut ĂȘtre envisagĂ©e.
CCTA montrant une MC dont la signification fonctionnelle est incertaine : une imagerie fonctionnelle est recommandée.
Examens non invasifs avec diagnostic incertain : une coronarographie invasive avec Ă©valuation fonctionnelle invasive est recommandĂ©e lorsquâune confirmation ou une exclusion de la MC obstructive est nĂ©cessaire.
Une imagerie de deuxiÚme intention ciblée peut améliorer la sélection des patients adressés pour coronarographie invasive.
Coronarographie invasive
La coronarographie invasive est choisie en fonction de la prĂ©sentation clinique, de la probabilitĂ© estimĂ©e de MC, des rĂ©sultats Ă©lectrocardiographiques et Ă©chocardiographiques, des analyses biologiques, des rĂ©sultats de lâĂ©preuve dâeffort et des rĂ©sultats antĂ©rieurs de lâangio-TDM ou de lâangiographie par rĂ©sonance magnĂ©tique.
Elle est recommandée lorsque :
Les examens non invasifs ne permettent pas de trancher.
La probabilité prétest ou post-test de MC obstructive est trÚs élevée.
Les symptÎmes sont sévÚres malgré un traitement conforme aux recommandations.
Lâangor survient pour un faible niveau dâeffort.
Le patient prĂ©sente un risque Ă©levĂ© dâĂ©vĂ©nements.
Les examens non invasifs montrent une MC à haut risque ou une ischémie modérée à sévÚre.
Lorsque la coronarographie invasive est rĂ©alisĂ©e, les lĂ©sions intermĂ©diaires doivent faire lâobjet dâune Ă©valuation physiologique par FFR ou iFR avant toute revascularisation. La FFR calculĂ©e Ă partir dâune reconstruction angiographique tridimensionnelle constitue une alternative Ă©mergente Ă lâĂ©valuation de la pression par guide.
ECG dâeffort et rĂ©sultats dâimagerie
ECG dâeffort
LâECG dâeffort peut ĂȘtre utilisĂ© de maniĂšre sĂ©lective chez les patients Ă faible risque ou lorsquâil est souhaitĂ© dâobtenir des informations sur la capacitĂ© dâeffort et lâischĂ©mie induite par lâeffort. Ses performances diagnostiques sont infĂ©rieures Ă celles des examens dâimagerie mentionnĂ©s ci-dessus.
Chez un patient ĂągĂ© prĂ©sentant une suspicion de maladie Ă haut risque, une Ă©preuve dâeffort peut mettre en Ă©vidence plusieurs Ă©lĂ©ments prĂ©occupants, notamment une douleur thoracique limitant lâeffort, une baisse de la pression artĂ©rielle et un sous-dĂ©calage marquĂ© du segment ST Ă pente descendante. Le document de rĂ©fĂ©rence dĂ©crit ces anomalies en association avec des anomalies de perfusion rĂ©versibles Ă©tendues et une MC angiographique Ă haut risque.
Imagerie de perfusion myocardique
La perfusion myocardique par SPECT et TEP peut mettre en évidence des anomalies de perfusion réversibles, indiquant une ischémie inductible. Les anomalies à haut risque décrites dans le document de référence comprennent :
Des anomalies de perfusion réversibles étendues ou sévÚres.
Une dilatation transitoire du VG Ă lâeffort.
Une diminution de la fraction dâĂ©jection du VG aprĂšs lâeffort.
Des anomalies étendues intéressant plusieurs territoires du VG.
LâĂ©valuation visuelle de la perfusion peut sous-estimer lâĂ©tendue dâune maladie pluritronculaire, car elle peut identifier prĂ©fĂ©rentiellement le territoire vascularisĂ© par lâartĂšre prĂ©sentant la stĂ©nose la plus sĂ©vĂšre. Le dĂ©bit sanguin myocardique quantitatif et la rĂ©serve de flux myocardique (MFR) peuvent rĂ©vĂ©ler une atteinte plus Ă©tendue que lâimagerie visuelle seule.
Débit sanguin myocardique et réserve de flux en TEP
La TEP permet de quantifier systĂ©matiquement le dĂ©bit sanguin myocardique et la MFR. Ces mesures amĂ©liorent la sensibilitĂ© et la valeur prĂ©dictive nĂ©gative de la TEP pour exclure une MC angiographique Ă haut risque. Le document de rĂ©fĂ©rence indique quâune MFR supĂ©rieure Ă 2.0 est associĂ©e Ă une valeur prĂ©dictive nĂ©gative supĂ©rieure Ă 97 % pour exclure une maladie angiographique Ă haut risque.
Une rĂ©serve de flux diminuĂ©e peut traduire une maladie coronaire diffuse ou pluritronculaire, mĂȘme lorsque lâimagerie visuelle de perfusion semble montrer une anomalie limitĂ©e Ă un seul territoire coronaire. La TEP est privilĂ©giĂ©e pour mesurer le dĂ©bit sanguin myocardique absolu, bien que la perfusion en CMR puisse constituer une alternative.
Examens préopératoires
La rĂ©alisation systĂ©matique dâun examen cardiaque non invasif avant une chirurgie non cardiaque majeure nâest pas justifiĂ©e chez tous les patients. Un examen doit ĂȘtre envisagĂ© chez les patients ayant une capacitĂ© fonctionnelle faible ou inconnue uniquement lorsque son rĂ©sultat modifierait la prise en charge clinique ou pĂ©riopĂ©ratoire.
Lâobjectif principal de lâĂ©valuation prĂ©opĂ©ratoire est dâidentifier une instabilitĂ© clinique et de dĂ©terminer lâaptitude Ă la chirurgie. Les patients prĂ©sentant des manifestations aiguĂ«s de MC, un angor instable ou une insuffisance cardiaque dĂ©compensĂ©e nĂ©cessitent une Ă©valuation complĂ©mentaire et une stabilisation mĂ©dicale avant lâintervention.
Les consĂ©quences potentielles dâun examen comprennent :
Le report ou lâannulation de la chirurgie.
La mise en route dâun traitement mĂ©dical supplĂ©mentaire.
Une exploration ou une intervention coronaire avant la chirurgie.
Une surveillance dâintensitĂ© accrue ou une prise en charge en rĂ©animation.
Une modification de la prise en charge périopératoire.
Lâutilisation des mĂ©dicaments et des interventions doit correspondre Ă ce qui serait mis en Ćuvre en dehors du contexte chirurgical. Le document de rĂ©fĂ©rence indique quâĂ lâexception des cas de stĂ©nose du tronc commun coronaire gauche, les donnĂ©es actuelles remettent en question le bĂ©nĂ©fice systĂ©matique dâune revascularisation coronaire prĂ©opĂ©ratoire visant uniquement Ă rĂ©duire le risque chirurgical.
Parcours diagnostique particulier : ANOCA et INOCA
Les patients peuvent prĂ©senter des symptĂŽmes angineux malgrĂ© des artĂšres coronaires normales, des lĂ©sions non obstructives Ă lâimagerie non invasive ou des stĂ©noses intermĂ©diaires avec une FFR ou un iFR normaux. Ces patients peuvent prĂ©senter un angor avec artĂšres coronaires non obstructives ou une ischĂ©mie avec artĂšres coronaires non obstructives.
Chez les patients restant symptomatiques de maniĂšre persistante malgrĂ© le traitement mĂ©dical et ayant une qualitĂ© de vie altĂ©rĂ©e, une exploration fonctionnelle coronaire invasive est recommandĂ©e afin dâidentifier les endotypes accessibles Ă un traitement. Les tests Ă lâacĂ©tylcholine et Ă lâadĂ©nosine peuvent distinguer :
Un dysfonctionnement endothélial.
Une vasodilatation altérée, reflétée par une faible réserve de flux coronaire et/ou une résistance microvasculaire élevée.
Un angor vasospastique épicardique.
Un angor vasospastique microvasculaire.
Des combinaisons de ces endotypes.
Une rĂ©ponse Ă©quivoque, avec survenue dâun angor sans remplir les critĂšres dâun endotype dĂ©fini.
En cas de suspicion dâangor vasospastique, un ECG Ă 12 dĂ©rivations doit ĂȘtre enregistrĂ© pendant un Ă©pisode angineux. Lorsque des Ă©pisodes rĂ©currents dâangor au repos sâaccompagnent de modifications transitoires du segment ST se rĂ©solvant sous nitrĂ©s et/ou antagonistes calciques, une angiographie fonctionnelle invasive est recommandĂ©e pour confirmer le diagnostic et Ă©valuer la sĂ©vĂ©ritĂ© de lâathĂ©rosclĂ©rose sous-jacente.
En cas dâangor vasospastique isolĂ©, les inhibiteurs calciques sont recommandĂ©s pour contrĂŽler les symptĂŽmes, prĂ©venir lâischĂ©mie et rĂ©duire le risque de complications potentiellement fatales.
Prise de décision chez les sujets ùgés
La dĂ©cision dâexplorer un sujet ĂągĂ© doit intĂ©grer :
La probabilité prétest de maladie.
La probabilité que le résultat modifie la prise en charge.
Les préférences du patient et ses objectifs de soins.
Les risques et limites des explorations supplémentaires.
La faisabilitĂ© dâune Ă©preuve dâeffort.
La probabilité que le CAC réduise la précision du CCTA en raison de calcifications étendues.
Une approche conservatrice est raisonnable lorsque la probabilitĂ© dâune maladie Ă haut risque est faible, que les symptĂŽmes sont lĂ©gers ou modĂ©rĂ©s et potentiellement contrĂŽlables par un traitement mĂ©dical, ou que le patient prĂ©fĂšre Ă©viter des explorations supplĂ©mentaires.
Chez les patients prĂ©sentant une maladie coronaire chronique connue, une fonction ventriculaire gauche prĂ©servĂ©e ou modĂ©rĂ©ment altĂ©rĂ©e et une ischĂ©mie modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre, les donnĂ©es permettent de retenir soit une stratĂ©gie initiale conservatrice, soit une stratĂ©gie invasive. Une stratĂ©gie invasive peut entraĂźner une amĂ©lioration plus importante de la qualitĂ© de vie liĂ©e Ă lâangor chez les patients ayant un angor initial plus frĂ©quent, tandis quâune stratĂ©gie conservatrice Ă©vite les risques procĂ©duraux prĂ©coces associĂ©s au traitement invasif. Ces choix doivent ĂȘtre effectuĂ©s dans le cadre dâune dĂ©cision partagĂ©e.
Parcours diagnostique fondé sur les recommandations
Un parcours pratique pour une douleur thoracique stable sans MC connue est le suivant :
Ăvaluer les symptĂŽmes et le risque clinique
Probabilité trÚs faible
- Prendre en charge le traitement préventif et les symptÎmes.
Probabilité faible
- Envisager un CAC ou un ECG dâeffort chez certains patients.
Probabilité intermédiaire ou élevée
- Tenir compte de lâĂąge, des calcifications, des contre-indications, de lâexpertise locale et de la question principale, anatomique ou fonctionnelle.
CCTA ne montrant pas de MC ou montrant une maladie non obstructive
- Envisager un parcours ANOCA/INOCA lorsque les symptĂŽmes persistent.
CCTA montrant une maladie obstructive ou potentiellement significative
- Adresser le patient Ă une coronarographie invasive en prĂ©sence dâune anatomie Ă haut risque, dâun angor frĂ©quent, dâune ischĂ©mie modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre ou dâune FFR dĂ©rivĂ©e de la TDM â€0.8.
Ăpreuve fonctionnelle anormale ou non concluante
- ProcĂ©der Ă une coronarographie invasive lorsque le diagnostic demeure incertain ou quâune maladie Ă haut risque est suspectĂ©e.
Coronarographie invasive
Lâexamen non invasif initial doit ĂȘtre choisi selon la probabilitĂ© prĂ©test, les caractĂ©ristiques du patient, lâexpertise locale et la disponibilitĂ©. Chez les patients symptomatiques dont la probabilitĂ© prĂ©test est supĂ©rieure Ă 5 %, un CCTA ou une imagerie fonctionnelle est recommandĂ©. Le CCTA est privilĂ©giĂ© pour exclure une MC obstructive chez les patients Ă probabilitĂ© faible ou modĂ©rĂ©e, tandis que lâimagerie fonctionnelle est privilĂ©giĂ©e lorsque la relation entre les symptĂŽmes et lâischĂ©mie, la viabilitĂ© myocardique ou les dĂ©cisions de revascularisation constitue la question principale.
Pronostic et suivi
Le document de rĂ©fĂ©rence ne fournit pas de calendrier de suivi spĂ©cifique aprĂšs un examen non invasif chez les patients prĂ©sentant un angor stable. Il prĂ©conise nĂ©anmoins une réévaluation en fonction de la persistance, de lâaggravation ou de lâaugmentation de la frĂ©quence des symptĂŽmes, ainsi que des rĂ©sultats de lâĂ©valuation initiale.
Les patients ne prĂ©sentant pas de MC obstructive ou prĂ©sentant une plaque non obstructive ne doivent pas nĂ©cessairement ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme dĂ©pourvus de risque cardiovasculaire. Le traitement prĂ©ventif doit ĂȘtre optimisĂ© en fonction de la charge athĂ©romateuse dĂ©tectĂ©e et de lâĂ©valuation clinique globale. La persistance de symptĂŽmes mal contrĂŽlĂ©s doit conduire Ă reconsidĂ©rer le diagnostic, Ă rĂ©examiner les rĂ©sultats de lâexamen initial et Ă envisager un parcours ANOCA/INOCA.
Chez les patients atteints dâune maladie coronaire chronique stable et prĂ©sentant une ischĂ©mie modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre, une stratĂ©gie initiale conservatrice peut ĂȘtre raisonnable lorsque la fonction ventriculaire gauche est prĂ©servĂ©e ou seulement modĂ©rĂ©ment altĂ©rĂ©e et quâil nâexiste pas de maladie du tronc commun gauche. La revascularisation peut nĂ©anmoins amĂ©liorer lâĂ©tat de santĂ© liĂ© Ă lâangor et rĂ©duire les infarctus du myocarde spontanĂ©s chez certains patients, notamment lorsque les symptĂŽmes persistent malgrĂ© le traitement mĂ©dical.
Le processus diagnostique doit donc rester dynamique. La nĂ©cessitĂ© de rĂ©pĂ©ter les examens ou dâen rĂ©aliser de nouveaux dĂ©pend de lâĂ©volution des symptĂŽmes, du rĂ©sultat de lâexamen initial, de la possibilitĂ© dâune MC Ă haut risque et de la probabilitĂ© que des informations supplĂ©mentaires modifient la prise en charge.