đŸš« Prise en charge pĂ©riopĂ©ratoire des patients porteurs de dispositifs Ă©lectroniques cardiaques implantables

Sommaire (25)

Définition et physiopathologie

Les dispositifs Ă©lectroniques cardiaques implantables (DECI) comprennent les stimulateurs cardiaques permanents, les dĂ©fibrillateurs automatiques implantables (DAI) et les dispositifs de resynchronisation cardiaque (CRT). Les enregistreurs en boucle implantables sont des dispositifs diagnostiques plutĂŽt que des systĂšmes de stimulation ou de dĂ©fibrillation, mais les donnĂ©es qu’ils stockent peuvent Ă©galement ĂȘtre affectĂ©es par les interfĂ©rences Ă©lectromagnĂ©tiques (IEM) pĂ©riopĂ©ratoires.

La principale prĂ©occupation pĂ©riopĂ©ratoire concerne l’interaction entre le DECI et le matĂ©riel utilisĂ© pendant l’intervention, en particulier l’électrochirurgie. Les IEM peuvent entraĂźner une dĂ©tection inappropriĂ©e, l’activation des fonctions d’asservissement de frĂ©quence, une rĂ©initialisation du dispositif, une inhibition de la stimulation, la dĂ©livrance inappropriĂ©e d’un traitement par le DAI ou, plus rarement, une dĂ©tĂ©rioration du dispositif. La surdĂ©tection est plus probable avec les sondes unipolaires. L’électrocautĂ©risation est la source la plus frĂ©quente d’IEM, bien que les procĂ©dures par radiofrĂ©quence, les stimulateurs nerveux et d’autres Ă©quipements Ă©lectroniques puissent Ă©galement perturber le fonctionnement du dispositif.

Les consĂ©quences cliniques dĂ©pendent du dispositif, de la dĂ©pendance du patient Ă  la stimulation, de la prĂ©sence d’une CRT, du type et du siĂšge de l’intervention et du trajet prĂ©visible du courant. Chez un patient dĂ©pendant de la stimulation, l’inhibition de la sortie du stimulateur peut provoquer des pauses cliniquement importantes. Chez un patient porteur d’un DAI, les IEM peuvent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es comme une tachyarythmie ventriculaire et dĂ©clencher un traitement antitachycardique inappropriĂ© si la dĂ©tection et les traitements ne sont pas dĂ©sactivĂ©s. À l’inverse, la stimulation asynchrone peut, dans de rares cas, entraĂźner une stimulation pendant la repolarisation ventriculaire et provoquer une tachycardie ventriculaire ou une fibrillation ventriculaire.

La probabilitĂ© d’IEM cliniquement significatives est gĂ©nĂ©ralement faible, notamment avec une Ă©lectrocautĂ©risation bipolaire rĂ©alisĂ©e Ă  distance du dispositif et avec une Ă©lectrocautĂ©risation monopolaire sous l’ombilic. NĂ©anmoins, la planification pĂ©riopĂ©ratoire doit ĂȘtre individualisĂ©e en fonction du patient, du dispositif, de l’intervention et de l’environnement Ă©lectrique prĂ©visible.

Évaluation prĂ©opĂ©ratoire

Déterminer la nature et le fonctionnement du dispositif

Les Ă©lĂ©ments suivants doivent ĂȘtre Ă©tablis avant l’intervention :

  • Type de dispositif : stimulateur cardiaque, DAI, stimulateur de CRT ou CRT-D.

  • Fabricant et modĂšle.

  • Configuration des sondes et, le cas Ă©chĂ©ant, caractĂšre unipolaire ou bipolaire des sondes.

  • Historique de l’implantation et indication actuelle.

  • Fonctionnement du dispositif et Ă©tat de la batterie.

  • DĂ©pendance du patient Ă  la stimulation.

  • Date du dernier contrĂŽle du dispositif et existence Ă©ventuelle d’un dysfonctionnement.

Les informations doivent ĂȘtre obtenues Ă  partir de la carte d’identification du dispositif, du dossier mĂ©dical, des contrĂŽles antĂ©rieurs du dispositif et, si nĂ©cessaire, d’une radiographie thoracique. Une radiographie thoracique peut aider Ă  identifier le dispositif et la configuration des sondes lorsque les dossiers sont incomplets.

Un contrĂŽle complet du dispositif doit avoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans l’intervalle recommandĂ© avant une intervention programmĂ©e. En l’absence de dysfonctionnement, un stimulateur cardiaque doit avoir Ă©tĂ© contrĂŽlĂ© au cours des 12 mois prĂ©cĂ©dents et un DAI au cours des 6 mois prĂ©cĂ©dents. La tĂ©lĂ©surveillance peut ĂȘtre utilisĂ©e pour ces Ă©valuations. Un contrĂŽle et une reprogrammation plus rapprochĂ©s sont justifiĂ©s dans les situations Ă  haut risque, notamment chez les patients dĂ©pendants de la stimulation, les patients porteurs d’une CRT et les patients porteurs d’un DAI devant subir une intervention susceptible de gĂ©nĂ©rer des IEM.

Évaluer la dĂ©pendance Ă  la stimulation

La dĂ©termination de la dĂ©pendance Ă  la stimulation est essentielle Ă  la planification. Si les IEM provoquent une surdĂ©tection et une inhibition de la stimulation, un patient qui ne dispose que d’un rythme intrinsĂšque faible ou non fiable peut prĂ©senter des pauses prolongĂ©es. Les patients dĂ©pendants de la stimulation doivent donc ĂȘtre protĂ©gĂ©s contre l’inhibition pendant la pĂ©riode d’IEM prĂ©visible.

La stratĂ©gie pĂ©riopĂ©ratoire doit Ă©galement tenir compte du fait que les patients porteurs d’une CRT peuvent dĂ©pendre d’une stimulation biventriculaire continue pour maintenir leur stabilitĂ© hĂ©modynamique. Chez les patients porteurs d’un dispositif de resynchronisation, il est recommandĂ© de maintenir la CRT pendant l’intervention afin d’assurer une meilleure stabilitĂ© hĂ©modynamique.

DĂ©finir l’environnement Ă©lectrique opĂ©ratoire

L’équipe chirurgicale doit dĂ©terminer :

  • Si une Ă©lectrochirurgie ou une diathermie sera utilisĂ©e.

  • Si une Ă©lectrocautĂ©risation monopolaire ou bipolaire est prĂ©vue.

  • Le siĂšge opĂ©ratoire par rapport au gĂ©nĂ©rateur d’impulsions et Ă  l’ombilic.

  • Si l’intervention est situĂ©e au-dessus ou au-dessous de l’ombilic.

  • Si l’intervention est susceptible d’exposer le dispositif ou les sondes Ă  des IEM importantes.

  • Si le dispositif ou ses sondes pourraient ĂȘtre endommagĂ©s mĂ©caniquement par l’intervention.

Les interventions situĂ©es au-dessus de l’ombilic, en particulier lorsqu’elles font appel Ă  une Ă©lectrochirurgie monopolaire, suscitent davantage de prĂ©occupations concernant les IEM. La chirurgie thoracique nĂ©cessite une attention supplĂ©mentaire chez les patients porteurs d’un DAI sous-cutanĂ©, car le chirurgien doit Ă©viter d’endommager l’électrode sous-cutanĂ©e, de lui appliquer directement l’électrocautĂ©risation ou de placer des fils sternaux Ă  proximitĂ© des Ă©lectrodes de dĂ©tection.

Préparation périopératoire du dispositif

Stimulateurs cardiaques

Chez les patients dĂ©pendants de la stimulation devant subir une intervention comportant un risque significatif d’IEM, le stimulateur doit ĂȘtre programmĂ© en mode sans dĂ©tection ou en mode asynchrone. Selon le dispositif, cela peut ĂȘtre obtenu par programmation ou par application d’un aimant au-dessus du gĂ©nĂ©rateur.

L’utilisation d’un aimant n’est pas universellement fiable. Dans les stimulateurs modernes, la rĂ©ponse Ă  l’aimant est programmable et son application peut ne pas entraĂźner de stimulation asynchrone. La rĂ©ponse doit donc ĂȘtre vĂ©rifiĂ©e pour chaque dispositif. Les stimulateurs sans sonde nĂ©cessitent une attention particuliĂšre : comme ils ne possĂšdent ni capteur Ă  effet Hall ni interrupteur Ă  lames souples, un aimant placĂ© sur le thorax ne peut pas les convertir temporairement en mode de stimulation asynchrone. Un patient dĂ©pendant de la stimulation et porteur d’un stimulateur sans sonde nĂ©cessite donc une reprogrammation lorsqu’une stimulation asynchrone est requise.

L’asservissement de frĂ©quence doit ĂȘtre dĂ©sactivĂ© lorsque cela est appropriĂ©, en particulier si un capteur actif risque de rĂ©pondre de maniĂšre inappropriĂ©e aux mouvements pĂ©riopĂ©ratoires ou aux signaux Ă©lectriques. Lors d’interventions Ă  haut risque ou en cas de variations mĂ©taboliques importantes prĂ©visibles, une augmentation de l’énergie de stimulation peut ĂȘtre envisagĂ©e.

DAI et dispositifs CRT-D

Chez les patients porteurs d’un DAI devant subir une intervention avec IEM prĂ©visibles, la dĂ©tection des arythmies ventriculaires et les traitements antitachycardiques doivent ĂȘtre dĂ©sactivĂ©s avant l’intervention. Cela peut ĂȘtre rĂ©alisĂ© par reprogrammation ou, pour les DAI modernes, par application d’un aimant au-dessus du dispositif.

L’application d’un aimant sur un DAI inhibe le traitement antitachycardique tout en maintenant la stimulation contre la bradycardie. Elle ne convertit pas la stimulation du DAI en stimulation asynchrone. Par consĂ©quent, chez un patient porteur d’un DAI et dĂ©pendant de la stimulation, une programmation distincte en mode de stimulation asynchrone peut ĂȘtre nĂ©cessaire, en plus de la dĂ©sactivation des traitements des tachyarythmies ventriculaires.

Lorsque les traitements sont dĂ©sactivĂ©s par programmation, une surveillance ECG continue et un accĂšs immĂ©diat Ă  la cardioversion, Ă  la dĂ©fibrillation et Ă  la rĂ©animation cardiopulmonaire sont nĂ©cessaires jusqu’à la rĂ©activation du DAI. La programmation peut ĂȘtre difficile dans certains contextes et comporte Ă©galement le risque que le patient quitte la zone interventionnelle avant la restauration des traitements. Un aimant peut donc ĂȘtre prĂ©fĂ©rable lorsqu’il peut ĂȘtre positionnĂ© de maniĂšre sĂ»re et que le dispositif reste accessible. Si le dispositif ne peut pas ĂȘtre atteint par un aimant, la reprogrammation est obligatoire.

Les traitements du DAI doivent ĂȘtre restaurĂ©s et le dispositif contrĂŽlĂ© dĂšs que possible aprĂšs l’intervention. Un contrĂŽle postopĂ©ratoire est particuliĂšrement important en cas de suspicion de dysfonctionnement ou d’exposition Ă  de fortes IEM.

Dispositifs CRT

La CRT doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre maintenue pendant l’intervention, car elle peut amĂ©liorer la stabilitĂ© hĂ©modynamique. Si le dispositif est Ă©galement un dĂ©fibrillateur, la dĂ©tection et le traitement des tachyarythmies doivent nĂ©anmoins ĂȘtre gĂ©rĂ©s sĂ©parĂ©ment lorsque des IEM sont prĂ©visibles.

Électrochirurgie et rĂ©duction des interfĂ©rences Ă©lectromagnĂ©tiques

Le risque d’IEM peut ĂȘtre rĂ©duit en modifiant la technique chirurgicale et le trajet du courant.

Technique d’électrocautĂ©risation

L’électrocautĂ©risation bipolaire est prĂ©fĂ©rable lorsqu’elle est possible. Elle doit ĂȘtre utilisĂ©e :

  • Par salves courtes, gĂ©nĂ©ralement infĂ©rieures Ă  5 secondes.

  • À l’énergie efficace la plus faible.

  • En maintenant l’instrument ou le stylet Ă  plus de 15 cm du dispositif.

Les IEM sont rares avec une Ă©lectrocautĂ©risation bipolaire rĂ©alisĂ©e Ă  plus de 5 cm du DECI. Si une Ă©lectrocautĂ©risation monopolaire est nĂ©cessaire, il convient d’utiliser des impulsions courtes de moins de 5 secondes, Ă  l’énergie efficace la plus faible, avec un positionnement appropriĂ© de l’électrode dispersive.

Positionnement de l’électrode dispersive

L’électrode de retour ou dispersive doit ĂȘtre positionnĂ©e de façon que le circuit Ă©lectrique ne passe pas Ă  proximitĂ© du gĂ©nĂ©rateur ou des sondes. Elle doit ĂȘtre placĂ©e aussi loin que possible du DECI, tout en maintenant le site opĂ©ratoire entre le dispositif et l’électrode de retour. Les recommandations du fabricant doivent ĂȘtre suivies ; elles prĂ©conisent gĂ©nĂ©ralement un placement du cĂŽtĂ© opposĂ© au DECI, prĂšs du site opĂ©ratoire, sur une zone musculaire bien vascularisĂ©e.

Pour une chirurgie de la tĂȘte et du cou, un exemple pratique consiste Ă  placer l’électrode dispersive sur l’épaule controlatĂ©rale au gĂ©nĂ©rateur. La position exacte doit ĂȘtre choisie afin de rĂ©duire au minimum le passage du courant Ă  travers le dispositif et ses sondes.

Surveillance pendant l’exposition aux IEM

Chez les patients dĂ©pendants de la stimulation, la surveillance ECG seule peut ne pas montrer de maniĂšre fiable une activitĂ© cardiaque mĂ©canique efficace. La plĂ©thysmographie ou une ligne artĂ©rielle peuvent ĂȘtre utilisĂ©es pour surveiller le pouls et les consĂ©quences hĂ©modynamiques d’une inhibition de la stimulation. Si des pauses surviennent Ă  la surveillance ECG, l’électrocautĂ©risation doit ĂȘtre limitĂ©e et la stratĂ©gie concernant le dispositif réévaluĂ©e.

Prise en charge peropératoire

L’équipe opĂ©ratoire doit s’assurer de la disponibilitĂ© des Ă©lĂ©ments suivants lorsque les traitements du dispositif ont Ă©tĂ© dĂ©sactivĂ©s ou lorsqu’une exposition Ă  des IEM cliniquement importantes est prĂ©visible :

  • Surveillance ECG continue.

  • Surveillance fiable de l’activitĂ© mĂ©canique du pouls.

  • Personnel capable de reconnaĂźtre rapidement les arythmies.

  • MatĂ©riel de dĂ©fibrillation et de cardioversion.

  • Personnel formĂ© Ă  la rĂ©animation cardiopulmonaire et aux techniques avancĂ©es de rĂ©animation cardiovasculaire.

Le patient doit rester soumis Ă  ces prĂ©cautions depuis la dĂ©sactivation des traitements du DAI jusqu’à leur rĂ©activation. Une vigilance particuliĂšre est nĂ©cessaire lorsque le patient est dĂ©pendant de la stimulation, est porteur d’une CRT ou subit une intervention au-dessus de l’ombilic avec Ă©lectrocautĂ©risation monopolaire.

La plupart des interventions ne nĂ©cessitent aucune intervention sur le dispositif. La dĂ©cision d’utiliser un aimant ou de procĂ©der Ă  une reprogrammation doit donc reposer sur le risque prĂ©visible d’IEM et non sur la seule prĂ©sence d’un DECI.

Prise en charge postopératoire

Le DAI doit ĂȘtre contrĂŽlĂ© et les traitements antitachycardiques restaurĂ©s dĂšs que possible aprĂšs l’intervention. Si une reprogrammation plutĂŽt qu’un aimant a Ă©tĂ© utilisĂ©e, la surveillance continue et la capacitĂ© de rĂ©animation doivent ĂȘtre maintenues jusqu’à confirmation de la rĂ©activation.

Un contrĂŽle postopĂ©ratoire du DECI est recommandĂ© en cas de suspicion de dysfonctionnement ou d’exposition du dispositif Ă  de fortes IEM. Un contrĂŽle est Ă©galement indiquĂ© en cas de pauses inexpliquĂ©es, d’arythmies, d’instabilitĂ© hĂ©modynamique, de traitements inappropriĂ©s ou de suspicion de rĂ©initialisation du dispositif ou de lĂ©sion des sondes.

Pour les enregistreurs en boucle implantables, le tĂ©lĂ©chargement de la mĂ©moire doit ĂȘtre envisagĂ© avant les interventions comportant un risque d’IEM ou les chirurgies proches du dispositif. Cela rĂ©duit le risque que le bruit Ă©lectrique soit enregistrĂ© comme une arythmie ou que des informations enregistrĂ©es cliniquement importantes soient Ă©crasĂ©es.

Situations particuliĂšres

Stimulateurs cardiaques sans sonde

Les stimulateurs cardiaques sans sonde doivent ĂȘtre pris en charge avec des prĂ©cautions similaires Ă  celles utilisĂ©es pour les stimulateurs conventionnels, notamment en Ă©vitant les IEM et en les convertissant en mode sans dĂ©tection chez les patients dĂ©pendants de la stimulation. L’application d’un aimant ne permet pas d’assurer une stimulation asynchrone temporaire, car ces dispositifs ne possĂšdent pas le mĂ©canisme de dĂ©tection nĂ©cessaire Ă  une rĂ©ponse Ă  l’aimant.

DAI sous-cutanés

Une intervention peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e chez un patient porteur d’un DAI sous-cutanĂ© aprĂšs dĂ©sactivation du traitement antitachycardique ou application d’un aimant. Les interventions thoraciques, en particulier la sternotomie mĂ©diane, nĂ©cessitent que l’équipe chirurgicale identifie le trajet de l’électrode sous-cutanĂ©e et Ă©vite :

  • Une lĂ©sion mĂ©canique de l’électrode.

  • L’application directe de l’électrocautĂ©risation sur l’électrode.

  • Le placement de fils sternaux Ă  proximitĂ© des Ă©lectrodes de dĂ©tection.

Chirurgie non cardiaque chez les patients porteurs d’un DECI

Les patients porteurs d’un DECI peuvent subir une chirurgie non cardiaque lorsqu’une Ă©valuation pĂ©riopĂ©ratoire et une gestion appropriĂ©e du dispositif sont rĂ©alisĂ©es. Chez les patients Ă  haut risque — en particulier ceux porteurs d’un DAI ou dĂ©pendants de la stimulation — devant subir des interventions comportant une forte probabilitĂ© d’IEM, telles qu’une Ă©lectrochirurgie monopolaire au-dessus de l’ombilic, le contrĂŽle du dispositif et toute reprogrammation nĂ©cessaire doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s immĂ©diatement avant l’intervention.

Implantation du dispositif et prévention des infections pertinentes pour la planification chirurgicale

Bien que la principale question pĂ©riopĂ©ratoire soit la gestion d’un dispositif dĂ©jĂ  implantĂ©, l’implantation ou la rĂ©vision peuvent elles-mĂȘmes s’inscrire dans le contexte chirurgical. Une antibioprophylaxie doit ĂȘtre administrĂ©e dans l’heure prĂ©cĂ©dant l’incision cutanĂ©e afin de rĂ©duire le risque d’infection du DECI. La chlorhexidine-alcool est prĂ©fĂ©rĂ©e Ă  la povidone iodĂ©e-alcool pour l’antisepsie cutanĂ©e lorsque cela est appropriĂ©.

La veine cĂ©phalique ou axillaire doit ĂȘtre envisagĂ©e pour l’abord veineux. Plusieurs incidences fluoroscopiques peuvent aider Ă  confirmer la position de la sonde ventriculaire cible, et les sondes quadripolaires doivent ĂȘtre envisagĂ©es en premier choix pour l’implantation dans le sinus coronaire. Un rinçage de la loge du dispositif au sĂ©rum physiologique avant la fermeture de la plaie peut ĂȘtre envisagĂ©.

Lors des procĂ©dures de rĂ©intervention, notamment la rĂ©vision de la loge ou des sondes, le remplacement du gĂ©nĂ©rateur ou la mise Ă  niveau du systĂšme, l’utilisation d’une enveloppe imprĂ©gnĂ©e d’antibiotique peut ĂȘtre envisagĂ©e. Le relais par hĂ©parine n’est pas recommandĂ©, car les stratĂ©gies qui augmentent la formation d’un hĂ©matome de la loge accroissent le risque infectieux.

L’implantation d’un stimulateur cardiaque permanent ne doit pas ĂȘtre rĂ©alisĂ©e chez un patient fĂ©brile. L’implantation doit ĂȘtre diffĂ©rĂ©e jusqu’à ce que le patient soit apyrĂ©tique depuis au moins 24 heures.

Infection et patient porteur d’un DECI en pĂ©riode pĂ©riopĂ©ratoire

L’infection d’un DECI peut rĂ©sulter d’une contamination lors de l’implantation ou d’une colonisation hĂ©matogĂšne des sondes au cours d’une bactĂ©riĂ©mie. Les facteurs de risque liĂ©s au patient comprennent la corticothĂ©rapie, le diabĂšte, la maladie rĂ©nale chronique, un antĂ©cĂ©dent d’infection du dispositif et l’immunodĂ©pression. Les risques procĂ©duraux comprennent l’hĂ©matome postopĂ©ratoire, la rĂ©intervention sur les sondes et les procĂ©dures prolongĂ©es ; les procĂ©dures de rĂ©vision sont associĂ©es Ă  un risque infectieux deux Ă  cinq fois plus Ă©levĂ© que la premiĂšre implantation. La prĂ©sence de plusieurs sondes et de matĂ©riaux favorisant l’adhĂ©sion bactĂ©rienne ou la formation d’un biofilm peut Ă©galement contribuer au risque.

L’infection de la loge peut se manifester par une cellulite, un Ă©rythĂšme, une douleur, un Ă©coulement de la plaie ou une Ă©rosion de la peau sus-jacente. L’infection des sondes ou l’infection endocardique entraĂźne plus souvent des manifestations systĂ©miques telles que fiĂšvre et frissons et peut coexister avec une infection de la loge.

Une antibioprophylaxie avant des soins dentaires ou d’autres procĂ©dures non cardiaques n’est pas justifiĂ©e dans le seul but de prĂ©venir une endocardite infectieuse liĂ©e au DECI. Une seule hĂ©moculture positive, en l’absence d’autres arguments cliniques en faveur d’une infection, ne doit pas Ă  elle seule conduire Ă  l’extraction du dispositif. En revanche, une infection confirmĂ©e impliquant une sonde impose l’extraction complĂšte du systĂšme de DECI.

Prise en charge en cas de suspicion ou de confirmation d’infection

Le diagnostic repose sur l’examen clinique, les hĂ©mocultures et l’échocardiographie. L’échocardiographie transƓsophagienne est plus sensible et plus spĂ©cifique que l’échocardiographie transthoracique pour dĂ©tecter les vĂ©gĂ©tations sur les sondes. Les masses Ă©chocardiographiques ne sont pas toujours infectieuses, car des thrombi stĂ©riles peuvent Ă©galement adhĂ©rer aux sondes des dispositifs. Lorsque l’échocardiographie n’est pas concluante, une scintigraphie des leucocytes marquĂ©s ou une TEP/TDM au 18FDG peut apporter des informations complĂ©mentaires.

Une infection certaine du DECI nĂ©cessite gĂ©nĂ©ralement Ă  la fois un traitement antimicrobien et l’extraction complĂšte du systĂšme infectĂ©, incluant le gĂ©nĂ©rateur et toutes les sondes. Une antibiothĂ©rapie sans extraction est associĂ©e Ă  une mortalitĂ© Ă  30 jours sept fois plus Ă©levĂ©e qu’un traitement comprenant l’extraction. L’extraction doit donc ĂȘtre rĂ©alisĂ©e sans dĂ©lai et idĂ©alement dans les 3 jours.

La durĂ©e du traitement antimicrobien dĂ©pend de l’infection :

Situation clinique Durée décrite
Infection du DECI par un germe autre que *Staphylococcus aureus*, sans végétations 2 semaines
Végétations, infection à *Staphylococcus aureus*, ou les deux 4 semaines
Embolies septiques ou valve prothĂ©tique Jusqu’à 6 semaines

La rĂ©implantation doit ĂȘtre réévaluĂ©e plutĂŽt que considĂ©rĂ©e comme automatique. Aucun composant du systĂšme retirĂ© ne doit ĂȘtre rĂ©utilisĂ©, et le dispositif de remplacement doit ĂȘtre placĂ© sur un site Ă©loignĂ© de la loge initiale. En l’absence de vĂ©gĂ©tations, la rĂ©implantation doit attendre la rĂ©solution des signes locaux et systĂ©miques et la nĂ©gativation persistante des hĂ©mocultures pendant au moins 72 heures aprĂšs l’extraction. En prĂ©sence de vĂ©gĂ©tations, il est recommandĂ© d’attendre au moins 2 semaines d’hĂ©mocultures nĂ©gatives avant la rĂ©implantation.

Chez les patients Ă  haut risque de mort subite cardiaque, un dĂ©fibrillateur portable peut servir de relais avant la rĂ©implantation. Un patient dĂ©pendant de la stimulation peut ĂȘtre temporairement pris en charge au moyen d’une sonde Ă  fixation active introduite par la veine jugulaire interne et reliĂ©e Ă  un stimulateur externe pendant une durĂ©e allant jusqu’à 4–6 semaines. Chez certains patients, un stimulateur sans sonde ou un DAI sous-cutanĂ© peut ĂȘtre envisagĂ© lorsque le risque de rĂ©cidive infectieuse est Ă©levĂ©.

Recommandations pratiques fondées sur les recommandations

Les principales recommandations pour la prise en charge périopératoire sont résumées ci-dessous.

Recommandation Classe Niveau
RĂ©aliser une antibioprophylaxie prĂ©opĂ©ratoire dans l’heure prĂ©cĂ©dant l’incision cutanĂ©e lors de l’implantation d’un DECI I A
Envisager la chlorhexidine-alcool plutĂŽt que la povidone iodĂ©e-alcool pour l’antisepsie cutanĂ©e IIa B
Envisager la veine céphalique ou axillaire comme abord veineux de premier choix IIa B
Envisager plusieurs incidences fluoroscopiques pour confirmer la position de la sonde ventriculaire IIa C
Envisager des sondes quadripolaires pour l’implantation dans le sinus coronaire IIa C
Envisager l’irrigation de la loge du dispositif avec du sĂ©rum physiologique avant la fermeture IIa C
Envisager une enveloppe imprĂ©gnĂ©e d’antibiotique lors d’une rĂ©intervention sur un DECI IIb B
Ne pas utiliser de relais par héparine chez les patients anticoagulés devant subir une implantation III A
Ne pas implanter de stimulateur cardiaque permanent chez un patient fĂ©brile ; diffĂ©rer l’implantation jusqu’à au moins 24 heures d’apyrexie III B
RĂ©aliser un contrĂŽle et une reprogrammation immĂ©diatement avant l’intervention chez les patients et lors des procĂ©dures Ă  haut risque comportant un risque important d’IEM Recommandation Ă©tayĂ©e par les recommandations
DĂ©sactiver la dĂ©tection des arythmies et les traitements du DAI avant les interventions avec IEM prĂ©visibles, par programmation ou application d’un aimant lorsque cela est appropriĂ© Recommandation Ă©tayĂ©e par les recommandations
Restaurer les traitements du DAI et contrĂŽler le dispositif dĂšs que possible aprĂšs l’intervention Recommandation Ă©tayĂ©e par les recommandations
Maintenir la CRT pendant l’intervention lorsque la stabilitĂ© hĂ©modynamique peut dĂ©pendre de la resynchronisation Recommandation Ă©tayĂ©e par les recommandations

Pronostic et suivi

Le pronostic pĂ©riopĂ©ratoire est principalement dĂ©terminĂ© par l’interaction entre la cardiopathie sous-jacente du patient, sa dĂ©pendance Ă  la stimulation, le fonctionnement du dispositif et la probabilitĂ© d’IEM. Les IEM cliniquement significatives sont rares lorsque des prĂ©cautions appropriĂ©es sont prises, mais leurs consĂ©quences peuvent ĂȘtre graves chez les patients dĂ©pendants de la stimulation et chez les patients porteurs d’un DAI dont les traitements des tachyarythmies ont Ă©tĂ© dĂ©sactivĂ©s.

Le suivi doit comprendre la confirmation des éléments suivants :

  • Le fonctionnement normal du dispositif.

  • La rĂ©version de toute modification temporaire de la programmation.

  • L’activation de la dĂ©tection du DAI et des traitements antitachycardiques.

  • L’absence de dĂ©placement ou de fracture d’une sonde, de rĂ©initialisation ou d’un autre dysfonctionnement lorsqu’il existe une suspicion clinique.

  • La conservation ou le tĂ©lĂ©chargement appropriĂ© des donnĂ©es de l’enregistreur en boucle implantable lorsque cela est pertinent.

La tĂ©lĂ©surveillance peut rĂ©duire la nĂ©cessitĂ© de consultations sur place chez les patients ayant des difficultĂ©s Ă  se dĂ©placer et elle est recommandĂ©e lorsqu’un composant du dispositif fait l’objet d’un rappel ou d’une mise en garde, afin de dĂ©tecter prĂ©cocement les Ă©vĂ©nements nĂ©cessitant une intervention, en particulier chez les patients dĂ©pendants de la stimulation.

La prise en charge Ă  long terme doit Ă©galement inclure une réévaluation de la persistance de l’indication du dispositif. À l’approche de la fin de vie du gĂ©nĂ©rateur d’un DAI, le remplacement ne doit pas ĂȘtre automatique. L’espĂ©rance de vie, la qualitĂ© de vie, les comorbiditĂ©s, le risque actuel d’arythmie fatale, le risque concurrent de dĂ©cĂšs non arythmique et toute amĂ©lioration de la fonction ventriculaire gauche doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s avec un cardiologue expĂ©rimentĂ©. La dĂ©cision mĂ©dicale partagĂ©e doit aborder le remplacement du gĂ©nĂ©rateur, la possibilitĂ© de dĂ©sactiver le dispositif en cas de maladie terminale et les implications des interventions futures.

Considérations centrées sur le patient et aspects psychosociaux

Les patients doivent ĂȘtre informĂ©s de la fonction du dispositif, des prĂ©cautions pĂ©riopĂ©ratoires, des complications liĂ©es Ă  l’implantation, de la possibilitĂ© de chocs inappropriĂ©s, des implications pour la conduite automobile et des circonstances dans lesquelles le traitement par dĂ©fibrillation pourrait ultĂ©rieurement ĂȘtre dĂ©sactivĂ© ou le systĂšme retirĂ©.

L’anxiĂ©tĂ© et la dĂ©pression touchent une proportion importante des patients porteurs d’un DAI et sont associĂ©es Ă  une mortalitĂ© accrue. La dĂ©tresse psychologique est souvent liĂ©e Ă  la crainte de recevoir un choc, mĂȘme avant qu’un choc ne soit survenu. L’évaluation des prĂ©occupations liĂ©es au DAI doit donc commencer avant la survenue de chocs et peut s’appuyer sur des questionnaires structurĂ©s.

La communication doit corriger les idĂ©es fausses concernant le fonctionnement du dispositif et rĂ©pondre aux prĂ©occupations relatives Ă  l’activitĂ© sexuelle, aux restrictions de conduite automobile et Ă  la conduite Ă  tenir aprĂšs un traitement par choc. Les patients prĂ©sentant une dĂ©tresse importante peuvent nĂ©cessiter une orientation vers des professionnels de la santĂ© mentale. Une thĂ©rapie cognitivo-comportementale dispensĂ©e par des infirmiers en cardiologie correctement formĂ©s ainsi que des interventions en ligne peuvent Ă©galement aider certains patients.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 14 août 2026