Définition et physiopathologie
Les dispositifs Ă©lectroniques cardiaques implantables (DECI) comprennent les stimulateurs cardiaques permanents, les dĂ©fibrillateurs automatiques implantables (DAI) et les dispositifs de resynchronisation cardiaque (CRT). Les enregistreurs en boucle implantables sont des dispositifs diagnostiques plutĂŽt que des systĂšmes de stimulation ou de dĂ©fibrillation, mais les donnĂ©es quâils stockent peuvent Ă©galement ĂȘtre affectĂ©es par les interfĂ©rences Ă©lectromagnĂ©tiques (IEM) pĂ©riopĂ©ratoires.
La principale prĂ©occupation pĂ©riopĂ©ratoire concerne lâinteraction entre le DECI et le matĂ©riel utilisĂ© pendant lâintervention, en particulier lâĂ©lectrochirurgie. Les IEM peuvent entraĂźner une dĂ©tection inappropriĂ©e, lâactivation des fonctions dâasservissement de frĂ©quence, une rĂ©initialisation du dispositif, une inhibition de la stimulation, la dĂ©livrance inappropriĂ©e dâun traitement par le DAI ou, plus rarement, une dĂ©tĂ©rioration du dispositif. La surdĂ©tection est plus probable avec les sondes unipolaires. LâĂ©lectrocautĂ©risation est la source la plus frĂ©quente dâIEM, bien que les procĂ©dures par radiofrĂ©quence, les stimulateurs nerveux et dâautres Ă©quipements Ă©lectroniques puissent Ă©galement perturber le fonctionnement du dispositif.
Les consĂ©quences cliniques dĂ©pendent du dispositif, de la dĂ©pendance du patient Ă la stimulation, de la prĂ©sence dâune CRT, du type et du siĂšge de lâintervention et du trajet prĂ©visible du courant. Chez un patient dĂ©pendant de la stimulation, lâinhibition de la sortie du stimulateur peut provoquer des pauses cliniquement importantes. Chez un patient porteur dâun DAI, les IEM peuvent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es comme une tachyarythmie ventriculaire et dĂ©clencher un traitement antitachycardique inappropriĂ© si la dĂ©tection et les traitements ne sont pas dĂ©sactivĂ©s. Ă lâinverse, la stimulation asynchrone peut, dans de rares cas, entraĂźner une stimulation pendant la repolarisation ventriculaire et provoquer une tachycardie ventriculaire ou une fibrillation ventriculaire.
La probabilitĂ© dâIEM cliniquement significatives est gĂ©nĂ©ralement faible, notamment avec une Ă©lectrocautĂ©risation bipolaire rĂ©alisĂ©e Ă distance du dispositif et avec une Ă©lectrocautĂ©risation monopolaire sous lâombilic. NĂ©anmoins, la planification pĂ©riopĂ©ratoire doit ĂȘtre individualisĂ©e en fonction du patient, du dispositif, de lâintervention et de lâenvironnement Ă©lectrique prĂ©visible.
Ăvaluation prĂ©opĂ©ratoire
Déterminer la nature et le fonctionnement du dispositif
Les Ă©lĂ©ments suivants doivent ĂȘtre Ă©tablis avant lâintervention :
Type de dispositif : stimulateur cardiaque, DAI, stimulateur de CRT ou CRT-D.
Fabricant et modĂšle.
Configuration des sondes et, le cas échéant, caractÚre unipolaire ou bipolaire des sondes.
Historique de lâimplantation et indication actuelle.
Fonctionnement du dispositif et état de la batterie.
Dépendance du patient à la stimulation.
Date du dernier contrĂŽle du dispositif et existence Ă©ventuelle dâun dysfonctionnement.
Les informations doivent ĂȘtre obtenues Ă partir de la carte dâidentification du dispositif, du dossier mĂ©dical, des contrĂŽles antĂ©rieurs du dispositif et, si nĂ©cessaire, dâune radiographie thoracique. Une radiographie thoracique peut aider Ă identifier le dispositif et la configuration des sondes lorsque les dossiers sont incomplets.
Un contrĂŽle complet du dispositif doit avoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans lâintervalle recommandĂ© avant une intervention programmĂ©e. En lâabsence de dysfonctionnement, un stimulateur cardiaque doit avoir Ă©tĂ© contrĂŽlĂ© au cours des 12 mois prĂ©cĂ©dents et un DAI au cours des 6 mois prĂ©cĂ©dents. La tĂ©lĂ©surveillance peut ĂȘtre utilisĂ©e pour ces Ă©valuations. Un contrĂŽle et une reprogrammation plus rapprochĂ©s sont justifiĂ©s dans les situations Ă haut risque, notamment chez les patients dĂ©pendants de la stimulation, les patients porteurs dâune CRT et les patients porteurs dâun DAI devant subir une intervention susceptible de gĂ©nĂ©rer des IEM.
Ăvaluer la dĂ©pendance Ă la stimulation
La dĂ©termination de la dĂ©pendance Ă la stimulation est essentielle Ă la planification. Si les IEM provoquent une surdĂ©tection et une inhibition de la stimulation, un patient qui ne dispose que dâun rythme intrinsĂšque faible ou non fiable peut prĂ©senter des pauses prolongĂ©es. Les patients dĂ©pendants de la stimulation doivent donc ĂȘtre protĂ©gĂ©s contre lâinhibition pendant la pĂ©riode dâIEM prĂ©visible.
La stratĂ©gie pĂ©riopĂ©ratoire doit Ă©galement tenir compte du fait que les patients porteurs dâune CRT peuvent dĂ©pendre dâune stimulation biventriculaire continue pour maintenir leur stabilitĂ© hĂ©modynamique. Chez les patients porteurs dâun dispositif de resynchronisation, il est recommandĂ© de maintenir la CRT pendant lâintervention afin dâassurer une meilleure stabilitĂ© hĂ©modynamique.
DĂ©finir lâenvironnement Ă©lectrique opĂ©ratoire
LâĂ©quipe chirurgicale doit dĂ©terminer :
Si une électrochirurgie ou une diathermie sera utilisée.
Si une électrocautérisation monopolaire ou bipolaire est prévue.
Le siĂšge opĂ©ratoire par rapport au gĂ©nĂ©rateur dâimpulsions et Ă lâombilic.
Si lâintervention est situĂ©e au-dessus ou au-dessous de lâombilic.
Si lâintervention est susceptible dâexposer le dispositif ou les sondes Ă des IEM importantes.
Si le dispositif ou ses sondes pourraient ĂȘtre endommagĂ©s mĂ©caniquement par lâintervention.
Les interventions situĂ©es au-dessus de lâombilic, en particulier lorsquâelles font appel Ă une Ă©lectrochirurgie monopolaire, suscitent davantage de prĂ©occupations concernant les IEM. La chirurgie thoracique nĂ©cessite une attention supplĂ©mentaire chez les patients porteurs dâun DAI sous-cutanĂ©, car le chirurgien doit Ă©viter dâendommager lâĂ©lectrode sous-cutanĂ©e, de lui appliquer directement lâĂ©lectrocautĂ©risation ou de placer des fils sternaux Ă proximitĂ© des Ă©lectrodes de dĂ©tection.
Préparation périopératoire du dispositif
Stimulateurs cardiaques
Chez les patients dĂ©pendants de la stimulation devant subir une intervention comportant un risque significatif dâIEM, le stimulateur doit ĂȘtre programmĂ© en mode sans dĂ©tection ou en mode asynchrone. Selon le dispositif, cela peut ĂȘtre obtenu par programmation ou par application dâun aimant au-dessus du gĂ©nĂ©rateur.
Lâutilisation dâun aimant nâest pas universellement fiable. Dans les stimulateurs modernes, la rĂ©ponse Ă lâaimant est programmable et son application peut ne pas entraĂźner de stimulation asynchrone. La rĂ©ponse doit donc ĂȘtre vĂ©rifiĂ©e pour chaque dispositif. Les stimulateurs sans sonde nĂ©cessitent une attention particuliĂšre : comme ils ne possĂšdent ni capteur Ă effet Hall ni interrupteur Ă lames souples, un aimant placĂ© sur le thorax ne peut pas les convertir temporairement en mode de stimulation asynchrone. Un patient dĂ©pendant de la stimulation et porteur dâun stimulateur sans sonde nĂ©cessite donc une reprogrammation lorsquâune stimulation asynchrone est requise.
Lâasservissement de frĂ©quence doit ĂȘtre dĂ©sactivĂ© lorsque cela est appropriĂ©, en particulier si un capteur actif risque de rĂ©pondre de maniĂšre inappropriĂ©e aux mouvements pĂ©riopĂ©ratoires ou aux signaux Ă©lectriques. Lors dâinterventions Ă haut risque ou en cas de variations mĂ©taboliques importantes prĂ©visibles, une augmentation de lâĂ©nergie de stimulation peut ĂȘtre envisagĂ©e.
DAI et dispositifs CRT-D
Chez les patients porteurs dâun DAI devant subir une intervention avec IEM prĂ©visibles, la dĂ©tection des arythmies ventriculaires et les traitements antitachycardiques doivent ĂȘtre dĂ©sactivĂ©s avant lâintervention. Cela peut ĂȘtre rĂ©alisĂ© par reprogrammation ou, pour les DAI modernes, par application dâun aimant au-dessus du dispositif.
Lâapplication dâun aimant sur un DAI inhibe le traitement antitachycardique tout en maintenant la stimulation contre la bradycardie. Elle ne convertit pas la stimulation du DAI en stimulation asynchrone. Par consĂ©quent, chez un patient porteur dâun DAI et dĂ©pendant de la stimulation, une programmation distincte en mode de stimulation asynchrone peut ĂȘtre nĂ©cessaire, en plus de la dĂ©sactivation des traitements des tachyarythmies ventriculaires.
Lorsque les traitements sont dĂ©sactivĂ©s par programmation, une surveillance ECG continue et un accĂšs immĂ©diat Ă la cardioversion, Ă la dĂ©fibrillation et Ă la rĂ©animation cardiopulmonaire sont nĂ©cessaires jusquâĂ la rĂ©activation du DAI. La programmation peut ĂȘtre difficile dans certains contextes et comporte Ă©galement le risque que le patient quitte la zone interventionnelle avant la restauration des traitements. Un aimant peut donc ĂȘtre prĂ©fĂ©rable lorsquâil peut ĂȘtre positionnĂ© de maniĂšre sĂ»re et que le dispositif reste accessible. Si le dispositif ne peut pas ĂȘtre atteint par un aimant, la reprogrammation est obligatoire.
Les traitements du DAI doivent ĂȘtre restaurĂ©s et le dispositif contrĂŽlĂ© dĂšs que possible aprĂšs lâintervention. Un contrĂŽle postopĂ©ratoire est particuliĂšrement important en cas de suspicion de dysfonctionnement ou dâexposition Ă de fortes IEM.
Dispositifs CRT
La CRT doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre maintenue pendant lâintervention, car elle peut amĂ©liorer la stabilitĂ© hĂ©modynamique. Si le dispositif est Ă©galement un dĂ©fibrillateur, la dĂ©tection et le traitement des tachyarythmies doivent nĂ©anmoins ĂȘtre gĂ©rĂ©s sĂ©parĂ©ment lorsque des IEM sont prĂ©visibles.
Ălectrochirurgie et rĂ©duction des interfĂ©rences Ă©lectromagnĂ©tiques
Le risque dâIEM peut ĂȘtre rĂ©duit en modifiant la technique chirurgicale et le trajet du courant.
Technique dâĂ©lectrocautĂ©risation
LâĂ©lectrocautĂ©risation bipolaire est prĂ©fĂ©rable lorsquâelle est possible. Elle doit ĂȘtre utilisĂ©e :
Par salves courtes, généralement inférieures à 5 secondes.
Ă lâĂ©nergie efficace la plus faible.
En maintenant lâinstrument ou le stylet Ă plus de 15 cm du dispositif.
Les IEM sont rares avec une Ă©lectrocautĂ©risation bipolaire rĂ©alisĂ©e Ă plus de 5 cm du DECI. Si une Ă©lectrocautĂ©risation monopolaire est nĂ©cessaire, il convient dâutiliser des impulsions courtes de moins de 5 secondes, Ă lâĂ©nergie efficace la plus faible, avec un positionnement appropriĂ© de lâĂ©lectrode dispersive.
Positionnement de lâĂ©lectrode dispersive
LâĂ©lectrode de retour ou dispersive doit ĂȘtre positionnĂ©e de façon que le circuit Ă©lectrique ne passe pas Ă proximitĂ© du gĂ©nĂ©rateur ou des sondes. Elle doit ĂȘtre placĂ©e aussi loin que possible du DECI, tout en maintenant le site opĂ©ratoire entre le dispositif et lâĂ©lectrode de retour. Les recommandations du fabricant doivent ĂȘtre suivies ; elles prĂ©conisent gĂ©nĂ©ralement un placement du cĂŽtĂ© opposĂ© au DECI, prĂšs du site opĂ©ratoire, sur une zone musculaire bien vascularisĂ©e.
Pour une chirurgie de la tĂȘte et du cou, un exemple pratique consiste Ă placer lâĂ©lectrode dispersive sur lâĂ©paule controlatĂ©rale au gĂ©nĂ©rateur. La position exacte doit ĂȘtre choisie afin de rĂ©duire au minimum le passage du courant Ă travers le dispositif et ses sondes.
Surveillance pendant lâexposition aux IEM
Chez les patients dĂ©pendants de la stimulation, la surveillance ECG seule peut ne pas montrer de maniĂšre fiable une activitĂ© cardiaque mĂ©canique efficace. La plĂ©thysmographie ou une ligne artĂ©rielle peuvent ĂȘtre utilisĂ©es pour surveiller le pouls et les consĂ©quences hĂ©modynamiques dâune inhibition de la stimulation. Si des pauses surviennent Ă la surveillance ECG, lâĂ©lectrocautĂ©risation doit ĂȘtre limitĂ©e et la stratĂ©gie concernant le dispositif réévaluĂ©e.
Prise en charge peropératoire
LâĂ©quipe opĂ©ratoire doit sâassurer de la disponibilitĂ© des Ă©lĂ©ments suivants lorsque les traitements du dispositif ont Ă©tĂ© dĂ©sactivĂ©s ou lorsquâune exposition Ă des IEM cliniquement importantes est prĂ©visible :
Surveillance ECG continue.
Surveillance fiable de lâactivitĂ© mĂ©canique du pouls.
Personnel capable de reconnaĂźtre rapidement les arythmies.
Matériel de défibrillation et de cardioversion.
Personnel formé à la réanimation cardiopulmonaire et aux techniques avancées de réanimation cardiovasculaire.
Le patient doit rester soumis Ă ces prĂ©cautions depuis la dĂ©sactivation des traitements du DAI jusquâĂ leur rĂ©activation. Une vigilance particuliĂšre est nĂ©cessaire lorsque le patient est dĂ©pendant de la stimulation, est porteur dâune CRT ou subit une intervention au-dessus de lâombilic avec Ă©lectrocautĂ©risation monopolaire.
La plupart des interventions ne nĂ©cessitent aucune intervention sur le dispositif. La dĂ©cision dâutiliser un aimant ou de procĂ©der Ă une reprogrammation doit donc reposer sur le risque prĂ©visible dâIEM et non sur la seule prĂ©sence dâun DECI.
Prise en charge postopératoire
Le DAI doit ĂȘtre contrĂŽlĂ© et les traitements antitachycardiques restaurĂ©s dĂšs que possible aprĂšs lâintervention. Si une reprogrammation plutĂŽt quâun aimant a Ă©tĂ© utilisĂ©e, la surveillance continue et la capacitĂ© de rĂ©animation doivent ĂȘtre maintenues jusquâĂ confirmation de la rĂ©activation.
Un contrĂŽle postopĂ©ratoire du DECI est recommandĂ© en cas de suspicion de dysfonctionnement ou dâexposition du dispositif Ă de fortes IEM. Un contrĂŽle est Ă©galement indiquĂ© en cas de pauses inexpliquĂ©es, dâarythmies, dâinstabilitĂ© hĂ©modynamique, de traitements inappropriĂ©s ou de suspicion de rĂ©initialisation du dispositif ou de lĂ©sion des sondes.
Pour les enregistreurs en boucle implantables, le tĂ©lĂ©chargement de la mĂ©moire doit ĂȘtre envisagĂ© avant les interventions comportant un risque dâIEM ou les chirurgies proches du dispositif. Cela rĂ©duit le risque que le bruit Ă©lectrique soit enregistrĂ© comme une arythmie ou que des informations enregistrĂ©es cliniquement importantes soient Ă©crasĂ©es.
Situations particuliĂšres
Stimulateurs cardiaques sans sonde
Les stimulateurs cardiaques sans sonde doivent ĂȘtre pris en charge avec des prĂ©cautions similaires Ă celles utilisĂ©es pour les stimulateurs conventionnels, notamment en Ă©vitant les IEM et en les convertissant en mode sans dĂ©tection chez les patients dĂ©pendants de la stimulation. Lâapplication dâun aimant ne permet pas dâassurer une stimulation asynchrone temporaire, car ces dispositifs ne possĂšdent pas le mĂ©canisme de dĂ©tection nĂ©cessaire Ă une rĂ©ponse Ă lâaimant.
DAI sous-cutanés
Une intervention peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e chez un patient porteur dâun DAI sous-cutanĂ© aprĂšs dĂ©sactivation du traitement antitachycardique ou application dâun aimant. Les interventions thoraciques, en particulier la sternotomie mĂ©diane, nĂ©cessitent que lâĂ©quipe chirurgicale identifie le trajet de lâĂ©lectrode sous-cutanĂ©e et Ă©vite :
Une lĂ©sion mĂ©canique de lâĂ©lectrode.
Lâapplication directe de lâĂ©lectrocautĂ©risation sur lâĂ©lectrode.
Le placement de fils sternaux à proximité des électrodes de détection.
Chirurgie non cardiaque chez les patients porteurs dâun DECI
Les patients porteurs dâun DECI peuvent subir une chirurgie non cardiaque lorsquâune Ă©valuation pĂ©riopĂ©ratoire et une gestion appropriĂ©e du dispositif sont rĂ©alisĂ©es. Chez les patients Ă haut risque â en particulier ceux porteurs dâun DAI ou dĂ©pendants de la stimulation â devant subir des interventions comportant une forte probabilitĂ© dâIEM, telles quâune Ă©lectrochirurgie monopolaire au-dessus de lâombilic, le contrĂŽle du dispositif et toute reprogrammation nĂ©cessaire doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s immĂ©diatement avant lâintervention.
Implantation du dispositif et prévention des infections pertinentes pour la planification chirurgicale
Bien que la principale question pĂ©riopĂ©ratoire soit la gestion dâun dispositif dĂ©jĂ implantĂ©, lâimplantation ou la rĂ©vision peuvent elles-mĂȘmes sâinscrire dans le contexte chirurgical. Une antibioprophylaxie doit ĂȘtre administrĂ©e dans lâheure prĂ©cĂ©dant lâincision cutanĂ©e afin de rĂ©duire le risque dâinfection du DECI. La chlorhexidine-alcool est prĂ©fĂ©rĂ©e Ă la povidone iodĂ©e-alcool pour lâantisepsie cutanĂ©e lorsque cela est appropriĂ©.
La veine cĂ©phalique ou axillaire doit ĂȘtre envisagĂ©e pour lâabord veineux. Plusieurs incidences fluoroscopiques peuvent aider Ă confirmer la position de la sonde ventriculaire cible, et les sondes quadripolaires doivent ĂȘtre envisagĂ©es en premier choix pour lâimplantation dans le sinus coronaire. Un rinçage de la loge du dispositif au sĂ©rum physiologique avant la fermeture de la plaie peut ĂȘtre envisagĂ©.
Lors des procĂ©dures de rĂ©intervention, notamment la rĂ©vision de la loge ou des sondes, le remplacement du gĂ©nĂ©rateur ou la mise Ă niveau du systĂšme, lâutilisation dâune enveloppe imprĂ©gnĂ©e dâantibiotique peut ĂȘtre envisagĂ©e. Le relais par hĂ©parine nâest pas recommandĂ©, car les stratĂ©gies qui augmentent la formation dâun hĂ©matome de la loge accroissent le risque infectieux.
Lâimplantation dâun stimulateur cardiaque permanent ne doit pas ĂȘtre rĂ©alisĂ©e chez un patient fĂ©brile. Lâimplantation doit ĂȘtre diffĂ©rĂ©e jusquâĂ ce que le patient soit apyrĂ©tique depuis au moins 24 heures.
Infection et patient porteur dâun DECI en pĂ©riode pĂ©riopĂ©ratoire
Lâinfection dâun DECI peut rĂ©sulter dâune contamination lors de lâimplantation ou dâune colonisation hĂ©matogĂšne des sondes au cours dâune bactĂ©riĂ©mie. Les facteurs de risque liĂ©s au patient comprennent la corticothĂ©rapie, le diabĂšte, la maladie rĂ©nale chronique, un antĂ©cĂ©dent dâinfection du dispositif et lâimmunodĂ©pression. Les risques procĂ©duraux comprennent lâhĂ©matome postopĂ©ratoire, la rĂ©intervention sur les sondes et les procĂ©dures prolongĂ©es ; les procĂ©dures de rĂ©vision sont associĂ©es Ă un risque infectieux deux Ă cinq fois plus Ă©levĂ© que la premiĂšre implantation. La prĂ©sence de plusieurs sondes et de matĂ©riaux favorisant lâadhĂ©sion bactĂ©rienne ou la formation dâun biofilm peut Ă©galement contribuer au risque.
Lâinfection de la loge peut se manifester par une cellulite, un Ă©rythĂšme, une douleur, un Ă©coulement de la plaie ou une Ă©rosion de la peau sus-jacente. Lâinfection des sondes ou lâinfection endocardique entraĂźne plus souvent des manifestations systĂ©miques telles que fiĂšvre et frissons et peut coexister avec une infection de la loge.
Une antibioprophylaxie avant des soins dentaires ou dâautres procĂ©dures non cardiaques nâest pas justifiĂ©e dans le seul but de prĂ©venir une endocardite infectieuse liĂ©e au DECI. Une seule hĂ©moculture positive, en lâabsence dâautres arguments cliniques en faveur dâune infection, ne doit pas Ă elle seule conduire Ă lâextraction du dispositif. En revanche, une infection confirmĂ©e impliquant une sonde impose lâextraction complĂšte du systĂšme de DECI.
Prise en charge en cas de suspicion ou de confirmation dâinfection
Le diagnostic repose sur lâexamen clinique, les hĂ©mocultures et lâĂ©chocardiographie. LâĂ©chocardiographie transĆsophagienne est plus sensible et plus spĂ©cifique que lâĂ©chocardiographie transthoracique pour dĂ©tecter les vĂ©gĂ©tations sur les sondes. Les masses Ă©chocardiographiques ne sont pas toujours infectieuses, car des thrombi stĂ©riles peuvent Ă©galement adhĂ©rer aux sondes des dispositifs. Lorsque lâĂ©chocardiographie nâest pas concluante, une scintigraphie des leucocytes marquĂ©s ou une TEP/TDM au 18FDG peut apporter des informations complĂ©mentaires.
Une infection certaine du DECI nĂ©cessite gĂ©nĂ©ralement Ă la fois un traitement antimicrobien et lâextraction complĂšte du systĂšme infectĂ©, incluant le gĂ©nĂ©rateur et toutes les sondes. Une antibiothĂ©rapie sans extraction est associĂ©e Ă une mortalitĂ© Ă 30 jours sept fois plus Ă©levĂ©e quâun traitement comprenant lâextraction. Lâextraction doit donc ĂȘtre rĂ©alisĂ©e sans dĂ©lai et idĂ©alement dans les 3 jours.
La durĂ©e du traitement antimicrobien dĂ©pend de lâinfection :
| Situation clinique | Durée décrite |
|---|---|
| Infection du DECI par un germe autre que *Staphylococcus aureus*, sans végétations | 2 semaines |
| Végétations, infection à *Staphylococcus aureus*, ou les deux | 4 semaines |
| Embolies septiques ou valve prothĂ©tique | JusquâĂ 6 semaines |
La rĂ©implantation doit ĂȘtre réévaluĂ©e plutĂŽt que considĂ©rĂ©e comme automatique. Aucun composant du systĂšme retirĂ© ne doit ĂȘtre rĂ©utilisĂ©, et le dispositif de remplacement doit ĂȘtre placĂ© sur un site Ă©loignĂ© de la loge initiale. En lâabsence de vĂ©gĂ©tations, la rĂ©implantation doit attendre la rĂ©solution des signes locaux et systĂ©miques et la nĂ©gativation persistante des hĂ©mocultures pendant au moins 72 heures aprĂšs lâextraction. En prĂ©sence de vĂ©gĂ©tations, il est recommandĂ© dâattendre au moins 2 semaines dâhĂ©mocultures nĂ©gatives avant la rĂ©implantation.
Chez les patients Ă haut risque de mort subite cardiaque, un dĂ©fibrillateur portable peut servir de relais avant la rĂ©implantation. Un patient dĂ©pendant de la stimulation peut ĂȘtre temporairement pris en charge au moyen dâune sonde Ă fixation active introduite par la veine jugulaire interne et reliĂ©e Ă un stimulateur externe pendant une durĂ©e allant jusquâĂ 4â6 semaines. Chez certains patients, un stimulateur sans sonde ou un DAI sous-cutanĂ© peut ĂȘtre envisagĂ© lorsque le risque de rĂ©cidive infectieuse est Ă©levĂ©.
Recommandations pratiques fondées sur les recommandations
Les principales recommandations pour la prise en charge périopératoire sont résumées ci-dessous.
| Recommandation | Classe | Niveau |
|---|---|---|
| RĂ©aliser une antibioprophylaxie prĂ©opĂ©ratoire dans lâheure prĂ©cĂ©dant lâincision cutanĂ©e lors de lâimplantation dâun DECI | I | A |
| Envisager la chlorhexidine-alcool plutĂŽt que la povidone iodĂ©e-alcool pour lâantisepsie cutanĂ©e | IIa | B |
| Envisager la veine céphalique ou axillaire comme abord veineux de premier choix | IIa | B |
| Envisager plusieurs incidences fluoroscopiques pour confirmer la position de la sonde ventriculaire | IIa | C |
| Envisager des sondes quadripolaires pour lâimplantation dans le sinus coronaire | IIa | C |
| Envisager lâirrigation de la loge du dispositif avec du sĂ©rum physiologique avant la fermeture | IIa | C |
| Envisager une enveloppe imprĂ©gnĂ©e dâantibiotique lors dâune rĂ©intervention sur un DECI | IIb | B |
| Ne pas utiliser de relais par héparine chez les patients anticoagulés devant subir une implantation | III | A |
| Ne pas implanter de stimulateur cardiaque permanent chez un patient fĂ©brile ; diffĂ©rer lâimplantation jusquâĂ au moins 24 heures dâapyrexie | III | B |
| RĂ©aliser un contrĂŽle et une reprogrammation immĂ©diatement avant lâintervention chez les patients et lors des procĂ©dures Ă haut risque comportant un risque important dâIEM | Recommandation Ă©tayĂ©e par les recommandations | |
| DĂ©sactiver la dĂ©tection des arythmies et les traitements du DAI avant les interventions avec IEM prĂ©visibles, par programmation ou application dâun aimant lorsque cela est appropriĂ© | Recommandation Ă©tayĂ©e par les recommandations | |
| Restaurer les traitements du DAI et contrĂŽler le dispositif dĂšs que possible aprĂšs lâintervention | Recommandation Ă©tayĂ©e par les recommandations | |
| Maintenir la CRT pendant lâintervention lorsque la stabilitĂ© hĂ©modynamique peut dĂ©pendre de la resynchronisation | Recommandation Ă©tayĂ©e par les recommandations |
Pronostic et suivi
Le pronostic pĂ©riopĂ©ratoire est principalement dĂ©terminĂ© par lâinteraction entre la cardiopathie sous-jacente du patient, sa dĂ©pendance Ă la stimulation, le fonctionnement du dispositif et la probabilitĂ© dâIEM. Les IEM cliniquement significatives sont rares lorsque des prĂ©cautions appropriĂ©es sont prises, mais leurs consĂ©quences peuvent ĂȘtre graves chez les patients dĂ©pendants de la stimulation et chez les patients porteurs dâun DAI dont les traitements des tachyarythmies ont Ă©tĂ© dĂ©sactivĂ©s.
Le suivi doit comprendre la confirmation des éléments suivants :
Le fonctionnement normal du dispositif.
La réversion de toute modification temporaire de la programmation.
Lâactivation de la dĂ©tection du DAI et des traitements antitachycardiques.
Lâabsence de dĂ©placement ou de fracture dâune sonde, de rĂ©initialisation ou dâun autre dysfonctionnement lorsquâil existe une suspicion clinique.
La conservation ou le tĂ©lĂ©chargement appropriĂ© des donnĂ©es de lâenregistreur en boucle implantable lorsque cela est pertinent.
La tĂ©lĂ©surveillance peut rĂ©duire la nĂ©cessitĂ© de consultations sur place chez les patients ayant des difficultĂ©s Ă se dĂ©placer et elle est recommandĂ©e lorsquâun composant du dispositif fait lâobjet dâun rappel ou dâune mise en garde, afin de dĂ©tecter prĂ©cocement les Ă©vĂ©nements nĂ©cessitant une intervention, en particulier chez les patients dĂ©pendants de la stimulation.
La prise en charge Ă long terme doit Ă©galement inclure une réévaluation de la persistance de lâindication du dispositif. Ă lâapproche de la fin de vie du gĂ©nĂ©rateur dâun DAI, le remplacement ne doit pas ĂȘtre automatique. LâespĂ©rance de vie, la qualitĂ© de vie, les comorbiditĂ©s, le risque actuel dâarythmie fatale, le risque concurrent de dĂ©cĂšs non arythmique et toute amĂ©lioration de la fonction ventriculaire gauche doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s avec un cardiologue expĂ©rimentĂ©. La dĂ©cision mĂ©dicale partagĂ©e doit aborder le remplacement du gĂ©nĂ©rateur, la possibilitĂ© de dĂ©sactiver le dispositif en cas de maladie terminale et les implications des interventions futures.
Considérations centrées sur le patient et aspects psychosociaux
Les patients doivent ĂȘtre informĂ©s de la fonction du dispositif, des prĂ©cautions pĂ©riopĂ©ratoires, des complications liĂ©es Ă lâimplantation, de la possibilitĂ© de chocs inappropriĂ©s, des implications pour la conduite automobile et des circonstances dans lesquelles le traitement par dĂ©fibrillation pourrait ultĂ©rieurement ĂȘtre dĂ©sactivĂ© ou le systĂšme retirĂ©.
LâanxiĂ©tĂ© et la dĂ©pression touchent une proportion importante des patients porteurs dâun DAI et sont associĂ©es Ă une mortalitĂ© accrue. La dĂ©tresse psychologique est souvent liĂ©e Ă la crainte de recevoir un choc, mĂȘme avant quâun choc ne soit survenu. LâĂ©valuation des prĂ©occupations liĂ©es au DAI doit donc commencer avant la survenue de chocs et peut sâappuyer sur des questionnaires structurĂ©s.
La communication doit corriger les idĂ©es fausses concernant le fonctionnement du dispositif et rĂ©pondre aux prĂ©occupations relatives Ă lâactivitĂ© sexuelle, aux restrictions de conduite automobile et Ă la conduite Ă tenir aprĂšs un traitement par choc. Les patients prĂ©sentant une dĂ©tresse importante peuvent nĂ©cessiter une orientation vers des professionnels de la santĂ© mentale. Une thĂ©rapie cognitivo-comportementale dispensĂ©e par des infirmiers en cardiologie correctement formĂ©s ainsi que des interventions en ligne peuvent Ă©galement aider certains patients.