Définition et physiopathologie
La fibrillation atriale (FA) est un facteur de risque indĂ©pendant majeur de thromboembolie, notamment dâAVC ischĂ©mique. Ce risque concerne toutes les formes cliniques de FA â paroxystique, persistante, persistante au long cours et permanente â et nâest pas dĂ©terminĂ© uniquement par la frĂ©quence apparente ou la durĂ©e des Ă©pisodes documentĂ©s.
Lâobjectif thĂ©rapeutique principal est de prĂ©venir les complications thromboemboliques, en particulier lâAVC. En lâabsence de traitement, le risque dâAVC est multipliĂ© approximativement par cinq, et la FA est associĂ©e Ă environ un AVC sur cinq. La formation du thrombus est le plus souvent liĂ©e Ă lâauricule gauche, bien que dâautres mĂ©canismes, tels que lâathĂ©rosclĂ©rose des grosses artĂšres et les maladies des petites artĂšres, puissent Ă©galement contribuer Ă lâAVC chez les patients atteints de FA.
Le risque dâAVC est hĂ©tĂ©rogĂšne et dĂ©pend principalement des facteurs de risque cliniques sous-jacents du patient plutĂŽt que de la forme de FA. Les principaux facteurs prĂ©dictifs comprennent un antĂ©cĂ©dent dâAVC ou dâaccident ischĂ©mique transitoire (AIT), une stĂ©nose mitrale, une cardiomyopathie hypertrophique, un diabĂšte, une hypertension artĂ©rielle, une insuffisance cardiaque, un Ăąge avancĂ©, une maladie vasculaire et une insuffisance rĂ©nale.
Le score CHA2DS2-VASc, couramment utilisé, intÚgre les variables suivantes :
| Facteur de risque | Points |
|---|---|
| Insuffisance cardiaque congestive | 1 |
| Hypertension artérielle | 1 |
| Ăge â„75 ans | 2 |
| DiabĂšte | 1 |
| AntĂ©cĂ©dent dâAVC ou dâAIT | 2 |
| Maladie vasculaire | 1 |
| Ăge 65â74 ans | 1 |
| Sexe féminin | 1 |
Le risque hĂ©morragique doit ĂȘtre Ă©valuĂ© parallĂšlement au risque thromboembolique. Le score HAS-BLED inclut lâhypertension artĂ©rielle, une fonction rĂ©nale ou hĂ©patique anormale, un antĂ©cĂ©dent dâAVC, une tendance hĂ©morragique ou un antĂ©cĂ©dent de saignement, un rapport international normalisĂ© (INR) labile, un Ăąge avancĂ©, les mĂ©dicaments prĂ©disposant aux saignements et la consommation dâalcool. Un score de risque hĂ©morragique Ă©levĂ© doit conduire Ă corriger les facteurs de risque modifiables et Ă renforcer la surveillance ; il ne constitue pas, Ă lui seul, une raison de ne pas instaurer une anticoagulation lorsque le risque thromboembolique est important.
Présentation clinique et symptÎmes
Les manifestations cliniques de la FA sont variables. La FA peut ĂȘtre cliniquement manifeste, dĂ©couverte pour la premiĂšre fois lors de la prise en charge dâune autre affection, ou identifiĂ©e uniquement par des dispositifs implantĂ©s ou portables sous forme de FA infraclinique. Certains patients prĂ©sentent des Ă©pisodes symptomatiques frĂ©quents, tandis que dâautres ont des Ă©pisodes brefs ou asymptomatiques qui ne sont pas dĂ©tectĂ©s lors de lâĂ©valuation clinique habituelle.
La charge clinique de la FA ne permet pas de prĂ©dire de maniĂšre fiable le risque dâAVC. Des Ă©pisodes peu frĂ©quents observĂ©s lors dâĂ©valuations rĂ©alisĂ©es en consultation peuvent coexister avec des Ă©pisodes asymptomatiques. Par consĂ©quent, lâabsence de FA lors dâune surveillance intermittente ne suffit pas Ă dĂ©montrer que le risque thromboembolique est faible.
Dans le contexte dâun syndrome coronarien aigu, la FA est lâarythmie supraventriculaire la plus frĂ©quente. Elle peut prĂ©cĂ©der lâĂ©vĂ©nement coronaire, ĂȘtre dĂ©tectĂ©e pour la premiĂšre fois ou survenir au cours de la prise en charge aiguĂ«. La FA est souvent bien tolĂ©rĂ©e sur le plan hĂ©modynamique et peut ne nĂ©cessiter aucun traitement aigu spĂ©cifique en dehors dâune anticoagulation appropriĂ©e et du contrĂŽle de la frĂ©quence ventriculaire. Toutefois, une FA responsable dâune instabilitĂ© hĂ©modynamique aiguĂ« nĂ©cessite un traitement rapide, la cardioversion Ă©lectrique Ă©tant privilĂ©giĂ©e.
Ăvaluation et stratification du risque
LâĂ©valuation dâun patient atteint de FA susceptible de nĂ©cessiter une anticoagulation doit dĂ©terminer :
Sâil sâagit dâune FA clinique ou dâune FA infraclinique dĂ©tectĂ©e par un dispositif.
La forme de FA, en reconnaissant que celle-ci ne dĂ©termine pas lâindication de lâanticoagulation.
Lâexistence dâun antĂ©cĂ©dent dâAVC ou dâAIT.
La prĂ©sence dâune stĂ©nose mitrale, dâune valve cardiaque mĂ©canique ou dâune cardiomyopathie hypertrophique.
La prĂ©sence dâune insuffisance cardiaque, dâune hypertension artĂ©rielle, dâun diabĂšte ou dâune maladie vasculaire.
La catĂ©gorie dâĂąge et de sexe.
La fonction rénale et hépatique.
Les antĂ©cĂ©dents hĂ©morragiques, la prĂ©disposition aux saignements, la consommation dâalcool et les mĂ©dicaments concomitants augmentant le risque hĂ©morragique.
Lâobservance et lâadĂ©quation de la dose dâanticoagulant envisagĂ©e.
Lâexistence dâune indication vĂ©ritable Ă un traitement antiplaquettaire concomitant.
Les facteurs prĂ©dictifs les plus fortement Ă©tablis de lâAVC ischĂ©mique et de lâembolie systĂ©mique sont un antĂ©cĂ©dent dâAVC ou dâAIT et la stĂ©nose mitrale. Chez les patients atteints de FA et ayant des antĂ©cĂ©dents dâAVC ischĂ©mique traitĂ©s par aspirine, le risque dâAVC rĂ©cidivant a Ă©tĂ© rapportĂ© entre 10â12% par an. Ă lâinverse, les patients jeunes sans comorbiditĂ©s prĂ©sentent un risque Ă long terme beaucoup plus faible.
Lâinsuffisance rĂ©nale constitue un facteur de risque thromboembolique indĂ©pendant. Le risque est accru en cas de maladie rĂ©nale chronique et lâest davantage encore chez les patients nĂ©cessitant une hĂ©modialyse ou une transplantation rĂ©nale. La fonction rĂ©nale est Ă©galement importante pour le choix du mĂ©dicament et la posologie, car le dabigatran, le rivaroxaban et lâapixaban sont Ă©liminĂ©s par voie rĂ©nale.
Diagnostic
Ălectrocardiographie et documentation du rythme
Le document source ne fournit pas de critĂšres Ă©lectrocardiographiques dĂ©taillĂ©s de la FA. Il distingue la FA clinique de la FA infraclinique dĂ©tectĂ©e par un dispositif. La FA infraclinique est gĂ©nĂ©ralement asymptomatique et peut nâĂȘtre dĂ©tectĂ©e que par une surveillance prolongĂ©e au moyen dâenregistreurs implantables en boucle, de stimulateurs cardiaques ou de dĂ©fibrillateurs.
Lâabsence de FA lors dâune surveillance pĂ©riodique ne permet pas dâĂ©tablir lâabsence dâun risque thromboembolique cliniquement pertinent. Le rĂŽle de la surveillance continue par dispositifs implantĂ©s pour guider lâanticoagulation chez les patients Ă risque limite reste incertain.
Imagerie cardiaque
Lâimagerie cardiaque peut contribuer Ă lâĂ©valuation du risque thromboembolique et Ă la planification des procĂ©dures de contrĂŽle du rythme. Avant une ablation de la FA par cathĂ©ter, une imagerie doit ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients Ă haut risque dâAVC ischĂ©mique ou de thromboembolie malgrĂ© lâanticoagulation, afin dâexclure un thrombus intracardiaque.
Chez les patients prĂ©sentant un AVC ischĂ©mique aigu et une FA, lâĂ©chocardiographie contribue aux dĂ©cisions concernant le moment dâinstauration de lâanticoagulation. La prĂ©sence dâun thrombus intracardiaque peut favoriser une anticoagulation plus prĂ©coce lorsque le risque de saignement cĂ©rĂ©bral est acceptable. Ă lâinverse, lâabsence de thrombus intracardiaque peut permettre dâattendre plusieurs jours lorsque la situation clinique le permet.
Le document source ne fournit pas de critÚres échocardiographiques détaillés pour le diagnostic de la FA ni pour la quantification de la structure et de la fonction atriales.
Biomarqueurs et résultats biologiques
LâĂ©valuation biologique concerne principalement lâutilisation sĂ»re et efficace des anticoagulants plutĂŽt que le diagnostic de la FA elle-mĂȘme.
Ăvaluation rĂ©nale et hĂ©patique
La fonction rĂ©nale doit ĂȘtre Ă©valuĂ©e avant et pendant le traitement, car lâinsuffisance rĂ©nale influence Ă la fois le risque thromboembolique et le risque hĂ©morragique et peut nĂ©cessiter une adaptation posologique des anticoagulants oraux directs (AOD) Ă©liminĂ©s par voie rĂ©nale. Le document source identifie Ă©galement la dysfonction hĂ©patique comme un facteur de risque hĂ©morragique, sans prĂ©ciser toutefois les calendriers de surveillance ni les seuils dâadaptation posologique.
Surveillance de lâINR
La warfarine nĂ©cessite une surveillance du temps de prothrombine et de lâINR afin dâadapter la dose et de maintenir une anticoagulation thĂ©rapeutique. Plusieurs jours sont nĂ©cessaires pour obtenir un effet thĂ©rapeutique, dĂ©crit dans le document source par un INR supĂ©rieur Ă 2. Un INR labile constitue Ă la fois une limitation pratique et un Ă©lĂ©ment de lâĂ©valuation du risque hĂ©morragique.
Lorsquâun AVC ischĂ©mique survient malgrĂ© lâanticoagulation, la mesure de lâINR ou lâĂ©valuation des concentrations dâAOD peut aider Ă identifier une mauvaise observance, un sous-dosage ou une autre cause corrigeable. Le document source ne prĂ©cise pas les plages thĂ©rapeutiques validĂ©es des concentrations dâAOD ni les protocoles de surveillance systĂ©matique.
Traitement anticoagulant
Principes généraux
La stratĂ©gie par dĂ©faut consiste Ă instaurer une anticoagulation orale chez les patients atteints de FA qui en relĂšvent, Ă lâexception de ceux dont le risque dâAVC ou de thromboembolie incidente est faible. Chez les patients dont le risque annuel estimĂ© dâAVC ou de thromboembolie est supĂ©rieur Ă 2%, le choix du traitement doit ĂȘtre dĂ©terminĂ© par le risque thromboembolique plutĂŽt que par le caractĂšre paroxystique, persistant ou permanent de la FA.
Lâindication de lâanticoagulation doit ĂȘtre réévaluĂ©e pĂ©riodiquement. La réévaluation doit porter sur :
Le risque dâAVC et de thromboembolie.
Le risque hémorragique.
Le bénéfice clinique net.
Lâobservance.
Les interactions médicamenteuses.
La fonction rénale.
LâadĂ©quation de la dose prescrite.
Anticoagulants oraux directs
Les anticoagulants directs mentionnés dans le document source sont :
Dabigatran.
Rivaroxaban.
Apixaban.
Edoxaban.
Dans la FA non valvulaire, ces mĂ©dicaments se sont rĂ©vĂ©lĂ©s non infĂ©rieurs Ă la warfarine dans les essais individuels dĂ©crits. Les analyses regroupĂ©es suggĂ©raient de faibles avantages absolus par rapport Ă la warfarine pour diffĂ©rents critĂšres, notamment la mortalitĂ©, lâAVC, les hĂ©morragies majeures et les hĂ©morragies intracrĂąniennes. Les anticoagulants directs sont plus simples Ă administrer, permettent dâobtenir rapidement une anticoagulation et ne nĂ©cessitent gĂ©nĂ©ralement pas dâadaptation posologique fondĂ©e sur des examens de coagulation sanguine sĂ©riĂ©s.
LâĂ©limination rĂ©nale est cliniquement importante pour le dabigatran, le rivaroxaban et lâapixaban. Une adaptation posologique peut ĂȘtre nĂ©cessaire en cas dâinsuffisance rĂ©nale modĂ©rĂ©e, en particulier chez les patients ĂągĂ©s, qui prĂ©sentent Ă©galement un risque hĂ©morragique accru. Les inducteurs et inhibiteurs de la glycoprotĂ©ine P peuvent modifier lâexposition au mĂ©dicament.
Le document source ne fournit pas de schĂ©mas posologiques standard pour la FA. La posologie doit donc ĂȘtre individualisĂ©e en fonction du mĂ©dicament concernĂ©, de la fonction rĂ©nale, de lâĂąge, des traitements concomitants et des recommandations de prescription applicables.
Traitement par antagoniste de la vitamine K
La warfarine reste nĂ©cessaire chez les patients prĂ©sentant une stĂ©nose mitrale rhumatismale ou porteurs de valves cardiaques mĂ©caniques. Chez les patients atteints de FA associĂ©e Ă une cardiopathie rhumatismale, la warfarine sâest montrĂ©e plus efficace que le rivaroxaban sur le critĂšre composite dâĂ©vĂ©nements cardiovasculaires ou de dĂ©cĂšs, sans augmentation du taux dâhĂ©morragies. Lâapixaban et le dabigatran nâont pas dĂ©montrĂ© leur non-infĂ©rioritĂ© par rapport Ă la warfarine chez les patients porteurs de valves cardiaques mĂ©caniques et sont moins efficaces pour prĂ©venir la thrombose valvulaire ou la thromboembolie dans ce contexte.
Les limitations pratiques de la warfarine comprennent :
Le dĂ©lai dâapparition de lâanticoagulation thĂ©rapeutique.
La nĂ©cessitĂ© dâune surveillance de lâINR.
Les nombreuses interactions médicamenteuses et alimentaires.
La difficulté à maintenir un effet thérapeutique stable.
La warfarine peut ĂȘtre antagonisĂ©e par du plasma frais congelĂ©, un concentrĂ© de complexe prothrombinique et de la vitamine K.
RĂ©version de lâeffet des AOD
Lâidarucizumab est disponible pour antagoniser le dabigatran, tandis que lâandexanet alfa est disponible pour les inhibiteurs du facteur Xa. Ces deux agents sont administrĂ©s par voie intraveineuse. Comme les agents de rĂ©version peuvent ĂȘtre prothrombotiques, leur utilisation nĂ©cessite un jugement clinique prudent.
Traitement antiplaquettaire et traitement antithrombotique combiné
Lâaspirine ou le clopidogrel seuls ne doivent pas ĂȘtre substituĂ©s Ă lâanticoagulation orale lorsque celle-ci est indiquĂ©e pour la prĂ©vention des AVC liĂ©s Ă la FA. Le traitement antiplaquettaire est moins efficace que la warfarine et nâapporte pas de rĂ©duction compensatrice du risque hĂ©morragique. La bithĂ©rapie antiplaquettaire par aspirine et clopidogrel est Ă©galement infĂ©rieure Ă la warfarine et entraĂźne davantage de saignements que lâaspirine seule.
Lâassociation dâun anticoagulant Ă un antiplaquettaire augmente le risque hĂ©morragique et nâa pas dĂ©montrĂ© de bĂ©nĂ©fice gĂ©nĂ©ral clair pour la prĂ©vention des AVC ou de la mortalitĂ© dans la FA. Ces associations doivent gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre rĂ©servĂ©es Ă certains patients ayant une indication distincte, telle quâun syndrome coronarien aigu ou la pose rĂ©cente dâun stent coronaire ou artĂ©riel pĂ©riphĂ©rique.
Chez les patients atteints de FA soumis Ă une intervention coronaire percutanĂ©e, une inhibition plaquettaire orale par un inhibiteur de P2Y â de prĂ©fĂ©rence le clopidogrel â est recommandĂ©e dans le document source. Une trithĂ©rapie antithrombotique, comprenant de prĂ©fĂ©rence un AOD, peut ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients Ă haut risque ischĂ©mique, notamment en cas de syndrome coronarien aigu, pendant une durĂ©e maximale de 30 jours.
Le schĂ©ma Ă faible dose de rivaroxaban, Ă 2.5 mg associĂ© Ă lâaspirine, bien quâassociĂ© Ă une rĂ©duction du risque dâAVC dans les maladies vasculaires chroniques, ne peut ĂȘtre gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă la FA, car les patients nĂ©cessitant une anticoagulation Ă pleine dose en Ă©taient exclus.
Anticoagulation aprÚs un AVC ischémique aigu
Le moment dâinstauration de lâanticoagulation aprĂšs un infarctus cĂ©rĂ©bral aigu nĂ©cessite de mettre en balance le risque dâembolie rĂ©cidivante et celui de transformation hĂ©morragique. La stratĂ©gie dĂ©pend de la taille de lâinfarctus, des rĂ©sultats de lâIRM et de la mise en Ă©vidence Ă©chocardiographique dâun thrombus intracardiaque.
| Constat clinique | Approche suggérée dans le document source |
|---|---|
| Petit infarctus avec faible risque hémorragique | Envisager une anticoagulation précoce |
| Infarctus de taille moyenne | Envisager dâattendre 2â4 jours |
| Grand infarctus avec risque hémorragique élevé | Attendre au moins 7 jours |
| Absence de signal hĂ©morragique en IRM en Ă©cho de gradient | Lâanticoagulation prĂ©coce est plus probablement sĂ»re |
| Quelques signaux hĂ©morragiques dissĂ©minĂ©s en Ă©cho de gradient | Envisager dâattendre plusieurs jours |
| Nombreux signaux hĂ©morragiques en Ă©cho de gradient | Risque Ă©levĂ© de nouveaux saignements ; envisager dâattendre au moins 10 jours ou davantage |
| Absence de thrombus intracardiaque | Attendre plusieurs jours peut ĂȘtre appropriĂ© |
| Thrombus intracardiaque | Envisager une anticoagulation précoce si le risque de saignement cérébral le permet |
Les infarctus Ă©tendus, notamment ceux dus Ă une cardioembolie ou Ă une infection, ainsi quâune hypertension non contrĂŽlĂ©e, comportent un risque Ă©levĂ© de transformation hĂ©morragique spontanĂ©e. Lâanticoagulation systĂ©mique est donc gĂ©nĂ©ralement Ă©vitĂ©e pendant les 5â7 premiers jours dans ces situations.
Une anticoagulation aiguĂ« peut Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©e dans certaines situations, telles quâun thrombus intraluminal dans un vaisseau majeur, une dissection aiguĂ« dâun gros vaisseau cĂ©rĂ©bral compliquĂ©e dâun thrombus, une thrombose veineuse cĂ©rĂ©brale ou un thrombus intracardiaque. Des AVC rĂ©cidivants de cause incertaine malgrĂ© un traitement antiplaquettaire intensif peuvent constituer une autre situation dans laquelle une anticoagulation systĂ©mique aiguĂ« est envisagĂ©e, bien que les donnĂ©es cliniques robustes soient limitĂ©es.
FA infraclinique détectée par un dispositif
Le bĂ©nĂ©fice de lâanticoagulation est solidement Ă©tabli dans la FA clinique, tandis que le seuil de traitement de la FA infraclinique dĂ©tectĂ©e par un dispositif reste moins certain.
La FA infraclinique est associĂ©e Ă une augmentation approximative de 2.5 fois du risque dâAVC. Chez les patients prĂ©sentant des Ă©pisodes dĂ©tectĂ©s par un dispositif durant de 6 minutes Ă 24 heures, lâapixaban a rĂ©duit le risque dâAVC ou dâembolie systĂ©mique par rapport Ă lâaspirine, mais a augmentĂ© le risque dâhĂ©morragie majeure. Dans un autre essai portant sur des patients prĂ©sentant des Ă©pisodes atriaux de haute frĂ©quence dĂ©tectĂ©s par un dispositif, lâedoxaban nâa pas rĂ©duit significativement le critĂšre composite de dĂ©cĂšs cardiovasculaire, dâAVC ou dâembolie par rapport au placebo et a augmentĂ© le critĂšre composite de dĂ©cĂšs ou dâhĂ©morragie majeure. Cet essai a Ă©tĂ© interrompu prĂ©maturĂ©ment en raison de problĂšmes de sĂ©curitĂ© et de lâabsence de bĂ©nĂ©fice en termes dâefficacitĂ©.
Ces rĂ©sultats indiquent que les dĂ©cisions dâanticoagulation dans la FA infraclinique doivent tenir compte Ă la fois de la charge de FA et des profils individuels de risque thromboembolique et hĂ©morragique. Le document source ne fixe pas de seuil universel de durĂ©e Ă partir duquel lâanticoagulation devrait ĂȘtre instaurĂ©e.
FA associée à un syndrome coronarien aigu
La FA au cours dâun syndrome coronarien aigu est associĂ©e Ă davantage de comorbiditĂ©s et Ă un risque accru de complications. Dans la plupart des cas, elle est bien tolĂ©rĂ©e sur le plan hĂ©modynamique et ne nĂ©cessite aucune intervention aiguĂ« spĂ©cifique en dehors dâune anticoagulation appropriĂ©e et du contrĂŽle de la frĂ©quence ventriculaire.
Pour le contrÎle aigu de la fréquence :
Les bĂȘtabloquants peuvent ĂȘtre utilisĂ©s en fonction de la prĂ©sence dâune insuffisance cardiaque et dâune fraction dâĂ©jection ventriculaire gauche rĂ©duite.
Chez les patients prĂ©sentant une fraction dâĂ©jection ventriculaire gauche diminuĂ©e, lâamiodarone ou la digoxine peuvent ĂȘtre utilisĂ©es, lâamiodarone Ă©tant privilĂ©giĂ©e.
En cas dâhypotension, la digoxine est privilĂ©giĂ©e par rapport Ă lâamiodarone ou aux bĂȘtabloquants.
La cardioversion électrique est privilégiée lorsque la FA entraßne une instabilité hémodynamique aiguë.
Les patients atteints de FA et prĂ©sentant des facteurs de risque thromboembolique doivent recevoir une anticoagulation orale au long cours. MĂȘme une FA transitoire, spontanĂ©ment rĂ©solutive, au cours dâun infarctus du myocarde avec sus-dĂ©calage du segment ST peut prĂ©dire une augmentation du risque dâAVC Ă long terme.
Anticoagulation autour de lâablation de la FA
Une anticoagulation pĂ©ri-procĂ©durale est nĂ©cessaire, car lâablation par cathĂ©ter comporte un risque dâAVC ischĂ©mique et de thromboembolie.
| Recommandation | Classe | Niveau |
|---|---|---|
| Commencer une anticoagulation orale au moins 3 semaines avant lâablation par cathĂ©ter chez les patients atteints de FA prĂ©sentant un risque thromboembolique Ă©levĂ© | I | C |
| Poursuivre lâanticoagulation orale sans interruption pendant lâablation de la FA par cathĂ©ter | I | A |
| Poursuivre lâanticoagulation orale pendant au moins 2 mois aprĂšs lâablation chez tous les patients, indĂ©pendamment du rĂ©sultat rythmique ou du score CHA2DS2-VA | I | C |
| AprĂšs les 2 premiers mois, dĂ©terminer lâanticoagulation selon le score CHA2DS2-VA plutĂŽt que selon le succĂšs procĂ©dural perçu | I | C |
| Envisager une imagerie cardiaque avant lâablation chez les patients Ă haut risque malgrĂ© lâanticoagulation, afin dâexclure un thrombus | IIa | B |
Le document source utilise le score CHA2DS2-VA dans la recommandation post-ablation ; celui-ci exclut la composante liée au sexe utilisée dans le CHA2DS2-VASc.
Occlusion et chirurgie de lâauricule gauche
Comme la plupart des thrombus atriaux seraient issus de lâauricule gauche, lâexclusion de lâauricule peut constituer une stratĂ©gie alternative ou complĂ©mentaire chez certains patients.
La fermeture chirurgicale de lâauricule gauche est recommandĂ©e en complĂ©ment de lâanticoagulation orale chez les patients atteints de FA qui subissent une chirurgie cardiaque. Elle doit ĂȘtre envisagĂ©e comme traitement complĂ©mentaire au cours dâune ablation endoscopique ou hybride de la FA. Une fermeture endoscopique isolĂ©e peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque lâanticoagulation au long cours est contre-indiquĂ©e.
Les dispositifs dâocclusion percutanĂ©e de lâauricule gauche peuvent ĂȘtre envisagĂ©s chez les patients prĂ©sentant un risque thromboembolique Ă©levĂ© et un risque hĂ©morragique important liĂ© Ă lâanticoagulation orale au long cours. Le document source dĂ©crit ces dispositifs comme comparables Ă la warfarine pour la prĂ©vention des AVC, avec une rĂ©duction supplĂ©mentaire des hĂ©morragies majeures â notamment des AVC hĂ©morragiques â et de la mortalitĂ© toutes causes. Ils semblent Ă©galement non infĂ©rieurs aux AOD pour les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires, neurologiques et hĂ©morragiques majeurs liĂ©s Ă la FA.
Chez les patients opĂ©rĂ©s dâune valve mitrale et pouvant bĂ©nĂ©ficier dâune stratĂ©gie de contrĂŽle du rythme, une ablation chirurgicale concomitante est recommandĂ©e. Une ablation chirurgicale concomitante doit Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©e lors dâune chirurgie cardiaque portant sur une valve autre que la valve mitrale chez les patients appropriĂ©s. Une imagerie peropĂ©ratoire Ă la recherche dâun thrombus de lâoreillette gauche est recommandĂ©e lors de lâablation chirurgicale, indĂ©pendamment de lâutilisation dâun anticoagulant oral.
Risque rĂ©siduel dâAVC malgrĂ© lâanticoagulation
Lâanticoagulation orale rĂ©duit considĂ©rablement le risque dâAVC ischĂ©mique, sans toutefois lâĂ©liminer. Un AVC survenant pendant un traitement anticoagulant peut reflĂ©ter :
Un mĂ©canisme sans lien avec la FA, tel quâune maladie des grosses artĂšres ou des petites artĂšres.
Une mauvaise observance.
Une dose inappropriément faible.
Des interactions médicamenteuses.
Une anticoagulation par warfarine sous-thérapeutique.
Une thromboembolie malgré une anticoagulation adéquate.
La mesure de lâINR ou lâĂ©valuation des concentrations dâAOD peut aider Ă identifier une cause susceptible dâĂȘtre corrigĂ©e. La prise en charge doit comporter une Ă©valuation systĂ©matique de lâobservance, de la posologie, des interactions et des facteurs de risque vasculaire.
Le remplacement systĂ©matique dâun AOD par un autre, ou le passage dâun AOD Ă un antagoniste de la vitamine K, nâest pas recommandĂ©, car leur efficacitĂ© nâest pas dĂ©montrĂ©e. Un changement peut ĂȘtre justifiĂ© pour une raison individuelle, notamment une interaction mĂ©dicamenteuse cliniquement importante, mais les donnĂ©es observationnelles suggĂšrent une rĂ©duction seulement limitĂ©e du risque dâAVC ischĂ©mique rĂ©cidivant. Lâajout dâun antiplaquettaire Ă lâanticoagulation peut augmenter le risque hĂ©morragique et ne doit pas ĂȘtre rĂ©alisĂ© systĂ©matiquement.
Cadre thérapeutique fondé sur les recommandations
Les principales recommandations peuvent ĂȘtre rĂ©sumĂ©es comme suit :
Les patients atteints de FA dont le risque annuel estimĂ© dâAVC ou de thromboembolie est supĂ©rieur Ă 2% doivent recevoir un traitement de prĂ©vention de lâAVC choisi en fonction du risque thromboembolique, indĂ©pendamment de la forme de FA.
Lâanticoagulation orale constitue le traitement prĂ©ventif de rĂ©fĂ©rence chez les patients qui en relĂšvent.
Les antiplaquettaires seuls ne constituent pas une alternative Ă lâanticoagulation pour la prĂ©vention des AVC liĂ©s Ă la FA.
Les risques thromboembolique et hĂ©morragique, la fonction rĂ©nale, lâobservance et la posologie doivent ĂȘtre réévaluĂ©s pĂ©riodiquement.
La warfarine est nécessaire en cas de sténose mitrale rhumatismale et de valves cardiaques mécaniques.
Les AOD sont gĂ©nĂ©ralement plus simples Ă administrer dans la FA non valvulaire et prĂ©sentent, dans le document source, un risque plus faible dâhĂ©morragie intracrĂąnienne que la warfarine.
Les associations anticoagulantâantiplaquettaire doivent ĂȘtre limitĂ©es Ă certains patients ayant une indication vasculaire indĂ©pendante.
Lâanticoagulation autour de lâablation de la FA doit ĂȘtre poursuivie sans interruption pendant la procĂ©dure, maintenue pendant au moins 2 mois aprĂšs celle-ci, puis guidĂ©e par le risque dâAVC plutĂŽt que par le succĂšs rythmique apparent.
La fermeture de lâauricule gauche peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque lâanticoagulation au long cours nâest pas adaptĂ©e en raison dâun risque hĂ©morragique important.
AprĂšs un AVC survenu malgrĂ© lâanticoagulation, rechercher lâobservance, la posologie, les interactions, lâeffet anticoagulant et les mĂ©canismes concurrents de lâAVC avant de modifier le traitement.
Pronostic et suivi
La FA confĂšre un risque durable dâAVC et dâembolie systĂ©mique, y compris chez les patients prĂ©sentant une FA paroxystique ou des Ă©pisodes apparemment peu frĂ©quents. Les patients prĂ©sentant une FA au cours dâun syndrome coronarien aigu ont un pronostic Ă court et Ă long terme moins favorable que ceux qui restent en rythme sinusal. MĂȘme une FA transitoire, spontanĂ©ment rĂ©solutive, au cours dâun infarctus du myocarde avec sus-dĂ©calage du segment ST peut ĂȘtre associĂ©e Ă une augmentation du risque dâAVC Ă long terme.
Le suivi doit ĂȘtre pĂ©riodique et comporter une réévaluation des Ă©lĂ©ments suivants :
Le risque thromboembolique.
Le risque hémorragique et les facteurs hémorragiques modifiables.
La fonction rénale et hépatique lorsque cela est pertinent.
Lâobservance et les interactions mĂ©dicamenteuses.
LâadĂ©quation de la posologie anticoagulante.
La nĂ©cessitĂ© persistante dâun traitement antiplaquettaire concomitant.
Lâapparition de nouvelles comorbiditĂ©s vasculaires ou la survenue dâun AVC ou dâun AIT.
Les dĂ©cisions dâanticoagulation ne doivent pas ĂȘtre fondĂ©es sur le succĂšs perçu du contrĂŽle du rythme ou de lâablation. AprĂšs la pĂ©riode initiale suivant lâablation, le traitement doit ĂȘtre poursuivi ou interrompu en fonction du profil de risque dâAVC du patient. La surveillance continue peut dĂ©tecter une FA jusque-lĂ mĂ©connue, mais son rĂŽle pour guider lâanticoagulation chez les patients Ă risque limite reste non rĂ©solu.