đŸš« PrĂ©vention de l’AVC dans la fibrillation atriale : choix de l’anticoagulation

Sommaire (23)

Définition et physiopathologie

La fibrillation atriale (FA) est un facteur de risque indĂ©pendant majeur de thromboembolie, notamment d’AVC ischĂ©mique. Ce risque concerne toutes les formes cliniques de FA — paroxystique, persistante, persistante au long cours et permanente — et n’est pas dĂ©terminĂ© uniquement par la frĂ©quence apparente ou la durĂ©e des Ă©pisodes documentĂ©s.

L’objectif thĂ©rapeutique principal est de prĂ©venir les complications thromboemboliques, en particulier l’AVC. En l’absence de traitement, le risque d’AVC est multipliĂ© approximativement par cinq, et la FA est associĂ©e Ă  environ un AVC sur cinq. La formation du thrombus est le plus souvent liĂ©e Ă  l’auricule gauche, bien que d’autres mĂ©canismes, tels que l’athĂ©rosclĂ©rose des grosses artĂšres et les maladies des petites artĂšres, puissent Ă©galement contribuer Ă  l’AVC chez les patients atteints de FA.

Le risque d’AVC est hĂ©tĂ©rogĂšne et dĂ©pend principalement des facteurs de risque cliniques sous-jacents du patient plutĂŽt que de la forme de FA. Les principaux facteurs prĂ©dictifs comprennent un antĂ©cĂ©dent d’AVC ou d’accident ischĂ©mique transitoire (AIT), une stĂ©nose mitrale, une cardiomyopathie hypertrophique, un diabĂšte, une hypertension artĂ©rielle, une insuffisance cardiaque, un Ăąge avancĂ©, une maladie vasculaire et une insuffisance rĂ©nale.

Le score CHA2DS2-VASc, couramment utilisé, intÚgre les variables suivantes :

Facteur de risque Points
Insuffisance cardiaque congestive 1
Hypertension artérielle 1
Âge ≄75 ans 2
DiabĂšte 1
AntĂ©cĂ©dent d’AVC ou d’AIT 2
Maladie vasculaire 1
Âge 65–74 ans 1
Sexe féminin 1

Le risque hĂ©morragique doit ĂȘtre Ă©valuĂ© parallĂšlement au risque thromboembolique. Le score HAS-BLED inclut l’hypertension artĂ©rielle, une fonction rĂ©nale ou hĂ©patique anormale, un antĂ©cĂ©dent d’AVC, une tendance hĂ©morragique ou un antĂ©cĂ©dent de saignement, un rapport international normalisĂ© (INR) labile, un Ăąge avancĂ©, les mĂ©dicaments prĂ©disposant aux saignements et la consommation d’alcool. Un score de risque hĂ©morragique Ă©levĂ© doit conduire Ă  corriger les facteurs de risque modifiables et Ă  renforcer la surveillance ; il ne constitue pas, Ă  lui seul, une raison de ne pas instaurer une anticoagulation lorsque le risque thromboembolique est important.

Présentation clinique et symptÎmes

Les manifestations cliniques de la FA sont variables. La FA peut ĂȘtre cliniquement manifeste, dĂ©couverte pour la premiĂšre fois lors de la prise en charge d’une autre affection, ou identifiĂ©e uniquement par des dispositifs implantĂ©s ou portables sous forme de FA infraclinique. Certains patients prĂ©sentent des Ă©pisodes symptomatiques frĂ©quents, tandis que d’autres ont des Ă©pisodes brefs ou asymptomatiques qui ne sont pas dĂ©tectĂ©s lors de l’évaluation clinique habituelle.

La charge clinique de la FA ne permet pas de prĂ©dire de maniĂšre fiable le risque d’AVC. Des Ă©pisodes peu frĂ©quents observĂ©s lors d’évaluations rĂ©alisĂ©es en consultation peuvent coexister avec des Ă©pisodes asymptomatiques. Par consĂ©quent, l’absence de FA lors d’une surveillance intermittente ne suffit pas Ă  dĂ©montrer que le risque thromboembolique est faible.

Dans le contexte d’un syndrome coronarien aigu, la FA est l’arythmie supraventriculaire la plus frĂ©quente. Elle peut prĂ©cĂ©der l’évĂ©nement coronaire, ĂȘtre dĂ©tectĂ©e pour la premiĂšre fois ou survenir au cours de la prise en charge aiguĂ«. La FA est souvent bien tolĂ©rĂ©e sur le plan hĂ©modynamique et peut ne nĂ©cessiter aucun traitement aigu spĂ©cifique en dehors d’une anticoagulation appropriĂ©e et du contrĂŽle de la frĂ©quence ventriculaire. Toutefois, une FA responsable d’une instabilitĂ© hĂ©modynamique aiguĂ« nĂ©cessite un traitement rapide, la cardioversion Ă©lectrique Ă©tant privilĂ©giĂ©e.

Évaluation et stratification du risque

L’évaluation d’un patient atteint de FA susceptible de nĂ©cessiter une anticoagulation doit dĂ©terminer :

  • S’il s’agit d’une FA clinique ou d’une FA infraclinique dĂ©tectĂ©e par un dispositif.

  • La forme de FA, en reconnaissant que celle-ci ne dĂ©termine pas l’indication de l’anticoagulation.

  • L’existence d’un antĂ©cĂ©dent d’AVC ou d’AIT.

  • La prĂ©sence d’une stĂ©nose mitrale, d’une valve cardiaque mĂ©canique ou d’une cardiomyopathie hypertrophique.

  • La prĂ©sence d’une insuffisance cardiaque, d’une hypertension artĂ©rielle, d’un diabĂšte ou d’une maladie vasculaire.

  • La catĂ©gorie d’ñge et de sexe.

  • La fonction rĂ©nale et hĂ©patique.

  • Les antĂ©cĂ©dents hĂ©morragiques, la prĂ©disposition aux saignements, la consommation d’alcool et les mĂ©dicaments concomitants augmentant le risque hĂ©morragique.

  • L’observance et l’adĂ©quation de la dose d’anticoagulant envisagĂ©e.

  • L’existence d’une indication vĂ©ritable Ă  un traitement antiplaquettaire concomitant.

Les facteurs prĂ©dictifs les plus fortement Ă©tablis de l’AVC ischĂ©mique et de l’embolie systĂ©mique sont un antĂ©cĂ©dent d’AVC ou d’AIT et la stĂ©nose mitrale. Chez les patients atteints de FA et ayant des antĂ©cĂ©dents d’AVC ischĂ©mique traitĂ©s par aspirine, le risque d’AVC rĂ©cidivant a Ă©tĂ© rapportĂ© entre 10–12% par an. À l’inverse, les patients jeunes sans comorbiditĂ©s prĂ©sentent un risque Ă  long terme beaucoup plus faible.

L’insuffisance rĂ©nale constitue un facteur de risque thromboembolique indĂ©pendant. Le risque est accru en cas de maladie rĂ©nale chronique et l’est davantage encore chez les patients nĂ©cessitant une hĂ©modialyse ou une transplantation rĂ©nale. La fonction rĂ©nale est Ă©galement importante pour le choix du mĂ©dicament et la posologie, car le dabigatran, le rivaroxaban et l’apixaban sont Ă©liminĂ©s par voie rĂ©nale.

Diagnostic

Électrocardiographie et documentation du rythme

Le document source ne fournit pas de critĂšres Ă©lectrocardiographiques dĂ©taillĂ©s de la FA. Il distingue la FA clinique de la FA infraclinique dĂ©tectĂ©e par un dispositif. La FA infraclinique est gĂ©nĂ©ralement asymptomatique et peut n’ĂȘtre dĂ©tectĂ©e que par une surveillance prolongĂ©e au moyen d’enregistreurs implantables en boucle, de stimulateurs cardiaques ou de dĂ©fibrillateurs.

L’absence de FA lors d’une surveillance pĂ©riodique ne permet pas d’établir l’absence d’un risque thromboembolique cliniquement pertinent. Le rĂŽle de la surveillance continue par dispositifs implantĂ©s pour guider l’anticoagulation chez les patients Ă  risque limite reste incertain.

Imagerie cardiaque

L’imagerie cardiaque peut contribuer Ă  l’évaluation du risque thromboembolique et Ă  la planification des procĂ©dures de contrĂŽle du rythme. Avant une ablation de la FA par cathĂ©ter, une imagerie doit ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients Ă  haut risque d’AVC ischĂ©mique ou de thromboembolie malgrĂ© l’anticoagulation, afin d’exclure un thrombus intracardiaque.

Chez les patients prĂ©sentant un AVC ischĂ©mique aigu et une FA, l’échocardiographie contribue aux dĂ©cisions concernant le moment d’instauration de l’anticoagulation. La prĂ©sence d’un thrombus intracardiaque peut favoriser une anticoagulation plus prĂ©coce lorsque le risque de saignement cĂ©rĂ©bral est acceptable. À l’inverse, l’absence de thrombus intracardiaque peut permettre d’attendre plusieurs jours lorsque la situation clinique le permet.

Le document source ne fournit pas de critÚres échocardiographiques détaillés pour le diagnostic de la FA ni pour la quantification de la structure et de la fonction atriales.

Biomarqueurs et résultats biologiques

L’évaluation biologique concerne principalement l’utilisation sĂ»re et efficace des anticoagulants plutĂŽt que le diagnostic de la FA elle-mĂȘme.

Évaluation rĂ©nale et hĂ©patique

La fonction rĂ©nale doit ĂȘtre Ă©valuĂ©e avant et pendant le traitement, car l’insuffisance rĂ©nale influence Ă  la fois le risque thromboembolique et le risque hĂ©morragique et peut nĂ©cessiter une adaptation posologique des anticoagulants oraux directs (AOD) Ă©liminĂ©s par voie rĂ©nale. Le document source identifie Ă©galement la dysfonction hĂ©patique comme un facteur de risque hĂ©morragique, sans prĂ©ciser toutefois les calendriers de surveillance ni les seuils d’adaptation posologique.

Surveillance de l’INR

La warfarine nĂ©cessite une surveillance du temps de prothrombine et de l’INR afin d’adapter la dose et de maintenir une anticoagulation thĂ©rapeutique. Plusieurs jours sont nĂ©cessaires pour obtenir un effet thĂ©rapeutique, dĂ©crit dans le document source par un INR supĂ©rieur Ă  2. Un INR labile constitue Ă  la fois une limitation pratique et un Ă©lĂ©ment de l’évaluation du risque hĂ©morragique.

Lorsqu’un AVC ischĂ©mique survient malgrĂ© l’anticoagulation, la mesure de l’INR ou l’évaluation des concentrations d’AOD peut aider Ă  identifier une mauvaise observance, un sous-dosage ou une autre cause corrigeable. Le document source ne prĂ©cise pas les plages thĂ©rapeutiques validĂ©es des concentrations d’AOD ni les protocoles de surveillance systĂ©matique.

Traitement anticoagulant

Principes généraux

La stratĂ©gie par dĂ©faut consiste Ă  instaurer une anticoagulation orale chez les patients atteints de FA qui en relĂšvent, Ă  l’exception de ceux dont le risque d’AVC ou de thromboembolie incidente est faible. Chez les patients dont le risque annuel estimĂ© d’AVC ou de thromboembolie est supĂ©rieur Ă  2%, le choix du traitement doit ĂȘtre dĂ©terminĂ© par le risque thromboembolique plutĂŽt que par le caractĂšre paroxystique, persistant ou permanent de la FA.

L’indication de l’anticoagulation doit ĂȘtre réévaluĂ©e pĂ©riodiquement. La réévaluation doit porter sur :

  • Le risque d’AVC et de thromboembolie.

  • Le risque hĂ©morragique.

  • Le bĂ©nĂ©fice clinique net.

  • L’observance.

  • Les interactions mĂ©dicamenteuses.

  • La fonction rĂ©nale.

  • L’adĂ©quation de la dose prescrite.

Anticoagulants oraux directs

Les anticoagulants directs mentionnés dans le document source sont :

  • Dabigatran.

  • Rivaroxaban.

  • Apixaban.

  • Edoxaban.

Dans la FA non valvulaire, ces mĂ©dicaments se sont rĂ©vĂ©lĂ©s non infĂ©rieurs Ă  la warfarine dans les essais individuels dĂ©crits. Les analyses regroupĂ©es suggĂ©raient de faibles avantages absolus par rapport Ă  la warfarine pour diffĂ©rents critĂšres, notamment la mortalitĂ©, l’AVC, les hĂ©morragies majeures et les hĂ©morragies intracrĂąniennes. Les anticoagulants directs sont plus simples Ă  administrer, permettent d’obtenir rapidement une anticoagulation et ne nĂ©cessitent gĂ©nĂ©ralement pas d’adaptation posologique fondĂ©e sur des examens de coagulation sanguine sĂ©riĂ©s.

L’élimination rĂ©nale est cliniquement importante pour le dabigatran, le rivaroxaban et l’apixaban. Une adaptation posologique peut ĂȘtre nĂ©cessaire en cas d’insuffisance rĂ©nale modĂ©rĂ©e, en particulier chez les patients ĂągĂ©s, qui prĂ©sentent Ă©galement un risque hĂ©morragique accru. Les inducteurs et inhibiteurs de la glycoprotĂ©ine P peuvent modifier l’exposition au mĂ©dicament.

Le document source ne fournit pas de schĂ©mas posologiques standard pour la FA. La posologie doit donc ĂȘtre individualisĂ©e en fonction du mĂ©dicament concernĂ©, de la fonction rĂ©nale, de l’ñge, des traitements concomitants et des recommandations de prescription applicables.

Traitement par antagoniste de la vitamine K

La warfarine reste nĂ©cessaire chez les patients prĂ©sentant une stĂ©nose mitrale rhumatismale ou porteurs de valves cardiaques mĂ©caniques. Chez les patients atteints de FA associĂ©e Ă  une cardiopathie rhumatismale, la warfarine s’est montrĂ©e plus efficace que le rivaroxaban sur le critĂšre composite d’évĂ©nements cardiovasculaires ou de dĂ©cĂšs, sans augmentation du taux d’hĂ©morragies. L’apixaban et le dabigatran n’ont pas dĂ©montrĂ© leur non-infĂ©rioritĂ© par rapport Ă  la warfarine chez les patients porteurs de valves cardiaques mĂ©caniques et sont moins efficaces pour prĂ©venir la thrombose valvulaire ou la thromboembolie dans ce contexte.

Les limitations pratiques de la warfarine comprennent :

  • Le dĂ©lai d’apparition de l’anticoagulation thĂ©rapeutique.

  • La nĂ©cessitĂ© d’une surveillance de l’INR.

  • Les nombreuses interactions mĂ©dicamenteuses et alimentaires.

  • La difficultĂ© Ă  maintenir un effet thĂ©rapeutique stable.

La warfarine peut ĂȘtre antagonisĂ©e par du plasma frais congelĂ©, un concentrĂ© de complexe prothrombinique et de la vitamine K.

RĂ©version de l’effet des AOD

L’idarucizumab est disponible pour antagoniser le dabigatran, tandis que l’andexanet alfa est disponible pour les inhibiteurs du facteur Xa. Ces deux agents sont administrĂ©s par voie intraveineuse. Comme les agents de rĂ©version peuvent ĂȘtre prothrombotiques, leur utilisation nĂ©cessite un jugement clinique prudent.

Traitement antiplaquettaire et traitement antithrombotique combiné

L’aspirine ou le clopidogrel seuls ne doivent pas ĂȘtre substituĂ©s Ă  l’anticoagulation orale lorsque celle-ci est indiquĂ©e pour la prĂ©vention des AVC liĂ©s Ă  la FA. Le traitement antiplaquettaire est moins efficace que la warfarine et n’apporte pas de rĂ©duction compensatrice du risque hĂ©morragique. La bithĂ©rapie antiplaquettaire par aspirine et clopidogrel est Ă©galement infĂ©rieure Ă  la warfarine et entraĂźne davantage de saignements que l’aspirine seule.

L’association d’un anticoagulant Ă  un antiplaquettaire augmente le risque hĂ©morragique et n’a pas dĂ©montrĂ© de bĂ©nĂ©fice gĂ©nĂ©ral clair pour la prĂ©vention des AVC ou de la mortalitĂ© dans la FA. Ces associations doivent gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre rĂ©servĂ©es Ă  certains patients ayant une indication distincte, telle qu’un syndrome coronarien aigu ou la pose rĂ©cente d’un stent coronaire ou artĂ©riel pĂ©riphĂ©rique.

Chez les patients atteints de FA soumis Ă  une intervention coronaire percutanĂ©e, une inhibition plaquettaire orale par un inhibiteur de P2Y — de prĂ©fĂ©rence le clopidogrel — est recommandĂ©e dans le document source. Une trithĂ©rapie antithrombotique, comprenant de prĂ©fĂ©rence un AOD, peut ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients Ă  haut risque ischĂ©mique, notamment en cas de syndrome coronarien aigu, pendant une durĂ©e maximale de 30 jours.

Le schĂ©ma Ă  faible dose de rivaroxaban, Ă  2.5 mg associĂ© Ă  l’aspirine, bien qu’associĂ© Ă  une rĂ©duction du risque d’AVC dans les maladies vasculaires chroniques, ne peut ĂȘtre gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă  la FA, car les patients nĂ©cessitant une anticoagulation Ă  pleine dose en Ă©taient exclus.

Anticoagulation aprÚs un AVC ischémique aigu

Le moment d’instauration de l’anticoagulation aprĂšs un infarctus cĂ©rĂ©bral aigu nĂ©cessite de mettre en balance le risque d’embolie rĂ©cidivante et celui de transformation hĂ©morragique. La stratĂ©gie dĂ©pend de la taille de l’infarctus, des rĂ©sultats de l’IRM et de la mise en Ă©vidence Ă©chocardiographique d’un thrombus intracardiaque.

Constat clinique Approche suggérée dans le document source
Petit infarctus avec faible risque hémorragique Envisager une anticoagulation précoce
Infarctus de taille moyenne Envisager d’attendre 2–4 jours
Grand infarctus avec risque hémorragique élevé Attendre au moins 7 jours
Absence de signal hĂ©morragique en IRM en Ă©cho de gradient L’anticoagulation prĂ©coce est plus probablement sĂ»re
Quelques signaux hĂ©morragiques dissĂ©minĂ©s en Ă©cho de gradient Envisager d’attendre plusieurs jours
Nombreux signaux hĂ©morragiques en Ă©cho de gradient Risque Ă©levĂ© de nouveaux saignements ; envisager d’attendre au moins 10 jours ou davantage
Absence de thrombus intracardiaque Attendre plusieurs jours peut ĂȘtre appropriĂ©
Thrombus intracardiaque Envisager une anticoagulation précoce si le risque de saignement cérébral le permet

Les infarctus Ă©tendus, notamment ceux dus Ă  une cardioembolie ou Ă  une infection, ainsi qu’une hypertension non contrĂŽlĂ©e, comportent un risque Ă©levĂ© de transformation hĂ©morragique spontanĂ©e. L’anticoagulation systĂ©mique est donc gĂ©nĂ©ralement Ă©vitĂ©e pendant les 5–7 premiers jours dans ces situations.

Une anticoagulation aiguĂ« peut Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©e dans certaines situations, telles qu’un thrombus intraluminal dans un vaisseau majeur, une dissection aiguĂ« d’un gros vaisseau cĂ©rĂ©bral compliquĂ©e d’un thrombus, une thrombose veineuse cĂ©rĂ©brale ou un thrombus intracardiaque. Des AVC rĂ©cidivants de cause incertaine malgrĂ© un traitement antiplaquettaire intensif peuvent constituer une autre situation dans laquelle une anticoagulation systĂ©mique aiguĂ« est envisagĂ©e, bien que les donnĂ©es cliniques robustes soient limitĂ©es.

FA infraclinique détectée par un dispositif

Le bĂ©nĂ©fice de l’anticoagulation est solidement Ă©tabli dans la FA clinique, tandis que le seuil de traitement de la FA infraclinique dĂ©tectĂ©e par un dispositif reste moins certain.

La FA infraclinique est associĂ©e Ă  une augmentation approximative de 2.5 fois du risque d’AVC. Chez les patients prĂ©sentant des Ă©pisodes dĂ©tectĂ©s par un dispositif durant de 6 minutes Ă  24 heures, l’apixaban a rĂ©duit le risque d’AVC ou d’embolie systĂ©mique par rapport Ă  l’aspirine, mais a augmentĂ© le risque d’hĂ©morragie majeure. Dans un autre essai portant sur des patients prĂ©sentant des Ă©pisodes atriaux de haute frĂ©quence dĂ©tectĂ©s par un dispositif, l’edoxaban n’a pas rĂ©duit significativement le critĂšre composite de dĂ©cĂšs cardiovasculaire, d’AVC ou d’embolie par rapport au placebo et a augmentĂ© le critĂšre composite de dĂ©cĂšs ou d’hĂ©morragie majeure. Cet essai a Ă©tĂ© interrompu prĂ©maturĂ©ment en raison de problĂšmes de sĂ©curitĂ© et de l’absence de bĂ©nĂ©fice en termes d’efficacitĂ©.

Ces rĂ©sultats indiquent que les dĂ©cisions d’anticoagulation dans la FA infraclinique doivent tenir compte Ă  la fois de la charge de FA et des profils individuels de risque thromboembolique et hĂ©morragique. Le document source ne fixe pas de seuil universel de durĂ©e Ă  partir duquel l’anticoagulation devrait ĂȘtre instaurĂ©e.

FA associée à un syndrome coronarien aigu

La FA au cours d’un syndrome coronarien aigu est associĂ©e Ă  davantage de comorbiditĂ©s et Ă  un risque accru de complications. Dans la plupart des cas, elle est bien tolĂ©rĂ©e sur le plan hĂ©modynamique et ne nĂ©cessite aucune intervention aiguĂ« spĂ©cifique en dehors d’une anticoagulation appropriĂ©e et du contrĂŽle de la frĂ©quence ventriculaire.

Pour le contrÎle aigu de la fréquence :

  • Les bĂȘtabloquants peuvent ĂȘtre utilisĂ©s en fonction de la prĂ©sence d’une insuffisance cardiaque et d’une fraction d’éjection ventriculaire gauche rĂ©duite.

  • Chez les patients prĂ©sentant une fraction d’éjection ventriculaire gauche diminuĂ©e, l’amiodarone ou la digoxine peuvent ĂȘtre utilisĂ©es, l’amiodarone Ă©tant privilĂ©giĂ©e.

  • En cas d’hypotension, la digoxine est privilĂ©giĂ©e par rapport Ă  l’amiodarone ou aux bĂȘtabloquants.

  • La cardioversion Ă©lectrique est privilĂ©giĂ©e lorsque la FA entraĂźne une instabilitĂ© hĂ©modynamique aiguĂ«.

Les patients atteints de FA et prĂ©sentant des facteurs de risque thromboembolique doivent recevoir une anticoagulation orale au long cours. MĂȘme une FA transitoire, spontanĂ©ment rĂ©solutive, au cours d’un infarctus du myocarde avec sus-dĂ©calage du segment ST peut prĂ©dire une augmentation du risque d’AVC Ă  long terme.

Anticoagulation autour de l’ablation de la FA

Une anticoagulation pĂ©ri-procĂ©durale est nĂ©cessaire, car l’ablation par cathĂ©ter comporte un risque d’AVC ischĂ©mique et de thromboembolie.

Recommandation Classe Niveau
Commencer une anticoagulation orale au moins 3 semaines avant l’ablation par cathĂ©ter chez les patients atteints de FA prĂ©sentant un risque thromboembolique Ă©levĂ© I C
Poursuivre l’anticoagulation orale sans interruption pendant l’ablation de la FA par cathĂ©ter I A
Poursuivre l’anticoagulation orale pendant au moins 2 mois aprĂšs l’ablation chez tous les patients, indĂ©pendamment du rĂ©sultat rythmique ou du score CHA2DS2-VA I C
AprĂšs les 2 premiers mois, dĂ©terminer l’anticoagulation selon le score CHA2DS2-VA plutĂŽt que selon le succĂšs procĂ©dural perçu I C
Envisager une imagerie cardiaque avant l’ablation chez les patients Ă  haut risque malgrĂ© l’anticoagulation, afin d’exclure un thrombus IIa B

Le document source utilise le score CHA2DS2-VA dans la recommandation post-ablation ; celui-ci exclut la composante liée au sexe utilisée dans le CHA2DS2-VASc.

Occlusion et chirurgie de l’auricule gauche

Comme la plupart des thrombus atriaux seraient issus de l’auricule gauche, l’exclusion de l’auricule peut constituer une stratĂ©gie alternative ou complĂ©mentaire chez certains patients.

La fermeture chirurgicale de l’auricule gauche est recommandĂ©e en complĂ©ment de l’anticoagulation orale chez les patients atteints de FA qui subissent une chirurgie cardiaque. Elle doit ĂȘtre envisagĂ©e comme traitement complĂ©mentaire au cours d’une ablation endoscopique ou hybride de la FA. Une fermeture endoscopique isolĂ©e peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque l’anticoagulation au long cours est contre-indiquĂ©e.

Les dispositifs d’occlusion percutanĂ©e de l’auricule gauche peuvent ĂȘtre envisagĂ©s chez les patients prĂ©sentant un risque thromboembolique Ă©levĂ© et un risque hĂ©morragique important liĂ© Ă  l’anticoagulation orale au long cours. Le document source dĂ©crit ces dispositifs comme comparables Ă  la warfarine pour la prĂ©vention des AVC, avec une rĂ©duction supplĂ©mentaire des hĂ©morragies majeures — notamment des AVC hĂ©morragiques — et de la mortalitĂ© toutes causes. Ils semblent Ă©galement non infĂ©rieurs aux AOD pour les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires, neurologiques et hĂ©morragiques majeurs liĂ©s Ă  la FA.

Chez les patients opĂ©rĂ©s d’une valve mitrale et pouvant bĂ©nĂ©ficier d’une stratĂ©gie de contrĂŽle du rythme, une ablation chirurgicale concomitante est recommandĂ©e. Une ablation chirurgicale concomitante doit Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©e lors d’une chirurgie cardiaque portant sur une valve autre que la valve mitrale chez les patients appropriĂ©s. Une imagerie peropĂ©ratoire Ă  la recherche d’un thrombus de l’oreillette gauche est recommandĂ©e lors de l’ablation chirurgicale, indĂ©pendamment de l’utilisation d’un anticoagulant oral.

Risque rĂ©siduel d’AVC malgrĂ© l’anticoagulation

L’anticoagulation orale rĂ©duit considĂ©rablement le risque d’AVC ischĂ©mique, sans toutefois l’éliminer. Un AVC survenant pendant un traitement anticoagulant peut reflĂ©ter :

  • Un mĂ©canisme sans lien avec la FA, tel qu’une maladie des grosses artĂšres ou des petites artĂšres.

  • Une mauvaise observance.

  • Une dose inappropriĂ©ment faible.

  • Des interactions mĂ©dicamenteuses.

  • Une anticoagulation par warfarine sous-thĂ©rapeutique.

  • Une thromboembolie malgrĂ© une anticoagulation adĂ©quate.

La mesure de l’INR ou l’évaluation des concentrations d’AOD peut aider Ă  identifier une cause susceptible d’ĂȘtre corrigĂ©e. La prise en charge doit comporter une Ă©valuation systĂ©matique de l’observance, de la posologie, des interactions et des facteurs de risque vasculaire.

Le remplacement systĂ©matique d’un AOD par un autre, ou le passage d’un AOD Ă  un antagoniste de la vitamine K, n’est pas recommandĂ©, car leur efficacitĂ© n’est pas dĂ©montrĂ©e. Un changement peut ĂȘtre justifiĂ© pour une raison individuelle, notamment une interaction mĂ©dicamenteuse cliniquement importante, mais les donnĂ©es observationnelles suggĂšrent une rĂ©duction seulement limitĂ©e du risque d’AVC ischĂ©mique rĂ©cidivant. L’ajout d’un antiplaquettaire Ă  l’anticoagulation peut augmenter le risque hĂ©morragique et ne doit pas ĂȘtre rĂ©alisĂ© systĂ©matiquement.

Cadre thérapeutique fondé sur les recommandations

Les principales recommandations peuvent ĂȘtre rĂ©sumĂ©es comme suit :

  • Les patients atteints de FA dont le risque annuel estimĂ© d’AVC ou de thromboembolie est supĂ©rieur Ă  2% doivent recevoir un traitement de prĂ©vention de l’AVC choisi en fonction du risque thromboembolique, indĂ©pendamment de la forme de FA.

  • L’anticoagulation orale constitue le traitement prĂ©ventif de rĂ©fĂ©rence chez les patients qui en relĂšvent.

  • Les antiplaquettaires seuls ne constituent pas une alternative Ă  l’anticoagulation pour la prĂ©vention des AVC liĂ©s Ă  la FA.

  • Les risques thromboembolique et hĂ©morragique, la fonction rĂ©nale, l’observance et la posologie doivent ĂȘtre réévaluĂ©s pĂ©riodiquement.

  • La warfarine est nĂ©cessaire en cas de stĂ©nose mitrale rhumatismale et de valves cardiaques mĂ©caniques.

  • Les AOD sont gĂ©nĂ©ralement plus simples Ă  administrer dans la FA non valvulaire et prĂ©sentent, dans le document source, un risque plus faible d’hĂ©morragie intracrĂąnienne que la warfarine.

  • Les associations anticoagulant–antiplaquettaire doivent ĂȘtre limitĂ©es Ă  certains patients ayant une indication vasculaire indĂ©pendante.

  • L’anticoagulation autour de l’ablation de la FA doit ĂȘtre poursuivie sans interruption pendant la procĂ©dure, maintenue pendant au moins 2 mois aprĂšs celle-ci, puis guidĂ©e par le risque d’AVC plutĂŽt que par le succĂšs rythmique apparent.

  • La fermeture de l’auricule gauche peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque l’anticoagulation au long cours n’est pas adaptĂ©e en raison d’un risque hĂ©morragique important.

  • AprĂšs un AVC survenu malgrĂ© l’anticoagulation, rechercher l’observance, la posologie, les interactions, l’effet anticoagulant et les mĂ©canismes concurrents de l’AVC avant de modifier le traitement.

Pronostic et suivi

La FA confĂšre un risque durable d’AVC et d’embolie systĂ©mique, y compris chez les patients prĂ©sentant une FA paroxystique ou des Ă©pisodes apparemment peu frĂ©quents. Les patients prĂ©sentant une FA au cours d’un syndrome coronarien aigu ont un pronostic Ă  court et Ă  long terme moins favorable que ceux qui restent en rythme sinusal. MĂȘme une FA transitoire, spontanĂ©ment rĂ©solutive, au cours d’un infarctus du myocarde avec sus-dĂ©calage du segment ST peut ĂȘtre associĂ©e Ă  une augmentation du risque d’AVC Ă  long terme.

Le suivi doit ĂȘtre pĂ©riodique et comporter une réévaluation des Ă©lĂ©ments suivants :

  • Le risque thromboembolique.

  • Le risque hĂ©morragique et les facteurs hĂ©morragiques modifiables.

  • La fonction rĂ©nale et hĂ©patique lorsque cela est pertinent.

  • L’observance et les interactions mĂ©dicamenteuses.

  • L’adĂ©quation de la posologie anticoagulante.

  • La nĂ©cessitĂ© persistante d’un traitement antiplaquettaire concomitant.

  • L’apparition de nouvelles comorbiditĂ©s vasculaires ou la survenue d’un AVC ou d’un AIT.

Les dĂ©cisions d’anticoagulation ne doivent pas ĂȘtre fondĂ©es sur le succĂšs perçu du contrĂŽle du rythme ou de l’ablation. AprĂšs la pĂ©riode initiale suivant l’ablation, le traitement doit ĂȘtre poursuivi ou interrompu en fonction du profil de risque d’AVC du patient. La surveillance continue peut dĂ©tecter une FA jusque-lĂ  mĂ©connue, mais son rĂŽle pour guider l’anticoagulation chez les patients Ă  risque limite reste non rĂ©solu.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 6 août 2026