đŸš« PrĂ©vention cardiovasculaire chez les sujets trĂšs ĂągĂ©s

Sommaire (27)

Introduction

La maladie cardiovasculaire devient de plus en plus frĂ©quente avec l’avancĂ©e en Ăąge, tandis que son expression clinique et sa prise en charge deviennent progressivement plus complexes. Les sujets ĂągĂ©s, souvent dĂ©finis en pratique cardiovasculaire comme les personnes de plus de 75 ans, ne constituent pas une population homogĂšne : l’ñge biologique, la fragilitĂ©, la multimorbiditĂ©, la sarcopĂ©nie, les fonctions cognitives, les capacitĂ©s fonctionnelles et la qualitĂ© de vie liĂ©e Ă  la santĂ© influencent notablement Ă  la fois le risque cardiovasculaire et le rapport entre bĂ©nĂ©fices et risques du traitement.

La prĂ©vention chez les sujets trĂšs ĂągĂ©s ne se limite donc pas Ă  rĂ©duire le risque d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cĂ©rĂ©bral, d’insuffisance cardiaque ou de dĂ©cĂšs cardiovasculaire. La prĂ©servation de la mobilitĂ©, des fonctions cognitives, de l’autonomie, des capacitĂ©s fonctionnelles et de la qualitĂ© de vie peut constituer des objectifs thĂ©rapeutiques tout aussi importants. Les donnĂ©es issues des essais randomisĂ©s sont souvent moins applicables aux patients trĂšs fragiles ou atteints de multimorbiditĂ©, car ces groupes ont historiquement Ă©tĂ© sous-reprĂ©sentĂ©s. La prĂ©vention nĂ©cessite par consĂ©quent une Ă©valuation individualisĂ©e, une surveillance attentive et une dĂ©cision mĂ©dicale partagĂ©e.

Définition et physiopathologie

Vulnérabilité cardiovasculaire liée au vieillissement

Le vieillissement normal entraĂźne des modifications cardiovasculaires structurelles et fonctionnelles qui accroissent la susceptibilitĂ© aux maladies. Une atrophie cellulaire, une fibrose myocardique, des calcifications, un remodelage vasculaire, une altĂ©ration du remplissage diastolique, une incompĂ©tence chronotrope et une diminution de la stabilitĂ© hĂ©modynamique coexistent frĂ©quemment. Ces modifications favorisent l’hypertension, l’ischĂ©mie, les anomalies valvulaires, les arythmies et l’insuffisance cardiaque.

Le vieillissement s’accompagne Ă©galement d’une accumulation de facteurs de risque cardiovasculaire conventionnels, notamment l’hypertension, le diabĂšte, l’hypercholestĂ©rolĂ©mie, le tabagisme et la sĂ©dentaritĂ©. L’interaction entre ces risques acquis et le remodelage cardiovasculaire liĂ© Ă  l’ñge contribue Ă  la forte incidence et Ă  la forte prĂ©valence des maladies coronaires et vasculaires chez les sujets ĂągĂ©s.

Les syndromes gĂ©riatriques modifient davantage le risque cardiovasculaire et la rĂ©ponse au traitement. La multimorbiditĂ©, la fragilitĂ©, la sarcopĂ©nie, les troubles cognitifs et la rĂ©duction de la rĂ©serve physiologique peuvent dĂ©terminer les rĂ©sultats cliniques et limiter la tolĂ©rance d’interventions pourtant fondĂ©es sur les preuves.

Hypertension et maladie vasculaire

L’hypertension est le facteur de risque cardiovasculaire modifiable le plus frĂ©quent chez les sujets ĂągĂ©s. Elle contribue aux lĂ©sions vasculaires, accĂ©lĂšre l’athĂ©rosclĂ©rose, augmente la demande en oxygĂšne du myocarde et peut aggraver l’ischĂ©mie chez les patients atteints de maladie coronaire obstructive. Elle constitue Ă©galement l’antĂ©cĂ©dent le plus frĂ©quent d’insuffisance cardiaque — en particulier d’insuffisance cardiaque Ă  fraction d’éjection prĂ©servĂ©e — et de maladie rĂ©nale chronique.

AprĂšs environ 70 ans, l’hypertension systolique isolĂ©e reprĂ©sente plus de 90% des cas d’hypertension prĂ©valente. L’hypertension contribue largement, au niveau populationnel, Ă  la maladie coronaire chronique, aux maladies cĂ©rĂ©brovasculaires et Ă  l’artĂ©riopathie oblitĂ©rante des membres infĂ©rieurs. Plus de 70% des sujets ĂągĂ©s prĂ©sentant un infarctus du myocarde, un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral, un syndrome aortique aigu ou une insuffisance cardiaque ont une hypertension prĂ©existante.

La relation entre la pression artĂ©rielle et le pronostic chez les sujets ĂągĂ©s n’est pas linĂ©aire lorsque les valeurs sont trĂšs basses. Une rĂ©duction excessive de la pression artĂ©rielle diastolique peut compromettre la perfusion coronaire, en particulier chez les patients atteints de maladie coronaire. Une rĂ©duction systolique excessive peut ĂȘtre associĂ©e Ă  des chutes, des syncopes, une dĂ©gradation de la fonction rĂ©nale, un dĂ©clin fonctionnel et des troubles cognitifs.

Insuffisance cardiaque

L’insuffisance cardiaque constitue un point de rencontre majeur entre la maladie cardiovasculaire et la mĂ©decine gĂ©riatrique. Son incidence et sa prĂ©valence augmentent fortement avec l’ñge, en raison de l’accumulation des facteurs de risque, de la rĂ©duction de la rĂ©serve cardiovasculaire liĂ©e Ă  l’ñge et de la charge croissante des comorbiditĂ©s.

L’insuffisance cardiaque Ă  fraction d’éjection prĂ©servĂ©e devient particuliĂšrement frĂ©quente chez les sujets trĂšs ĂągĂ©s. L’hypertension, le diabĂšte, la fibrillation atriale et les modifications liĂ©es Ă  l’ñge du remplissage ventriculaire gauche contribuent Ă  cette susceptibilitĂ©. L’insuffisance cardiaque Ă  fraction d’éjection prĂ©servĂ©e est considĂ©rĂ©e comme une affection systĂ©mique multifactorielle impliquant des processus liĂ©s au vieillissement, plutĂŽt que comme une simple anomalie isolĂ©e de la fonction diastolique.

Présentation clinique et symptÎmes

Les sujets ùgés peuvent présenter des symptÎmes cardiovasculaires classiques, mais les manifestations atypiques sont fréquentes et peuvent retarder le diagnostic.

Dans la maladie coronaire chronique, les patients ĂągĂ©s peuvent prĂ©senter des symptĂŽmes autres qu’une angine typique. La rĂ©duction de l’activitĂ© physique, la limitation de la mobilitĂ©, les troubles cognitifs ou les comorbiditĂ©s multiples peuvent masquer la relation entre l’effort et les symptĂŽmes.

L’insuffisance cardiaque entraĂźne frĂ©quemment une dyspnĂ©e et une fatigue, mais les patients ĂągĂ©s sont plus susceptibles de prĂ©senter une altĂ©ration de l’état mental, une dĂ©pression ou une altĂ©ration des fonctions exĂ©cutives. Ces manifestations peuvent ĂȘtre attribuĂ©es Ă  tort Ă  des troubles neurologiques, psychiatriques ou fonctionnels primitifs.

Les consĂ©quences cliniques de la maladie cardiovasculaire peuvent Ă©galement se manifester par une perte d’autonomie, une diminution de la tolĂ©rance Ă  l’effort, des chutes rĂ©pĂ©tĂ©es, une aggravation de la mobilitĂ© ou un dĂ©clin cognitif. Ces Ă©lĂ©ments doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©s Ă  l’évaluation prĂ©ventive, car ils peuvent reprĂ©senter les prioritĂ©s de santĂ© les plus importantes pour le patient.

Évaluation et examen clinique

Évaluation gĂ©riatrique et cardiovasculaire globale

L’évaluation doit dĂ©passer l’estimation conventionnelle du risque cardiovasculaire. Les domaines pertinents comprennent :

  • FragilitĂ© et sarcopĂ©nie

  • CapacitĂ©s fonctionnelles et mobilitĂ©

  • Fonctions cognitives

  • MultimorbiditĂ©

  • SymptĂŽmes orthostatiques et rĂ©gulation de la pression artĂ©rielle

  • Charge mĂ©dicamenteuse et effets indĂ©sirables liĂ©s au traitement

  • Fonction rĂ©nale

  • Objectifs, prioritĂ©s et espĂ©rance de vie estimĂ©e par le patient

  • QualitĂ© de vie liĂ©e Ă  la santĂ© et autonomie

Un dĂ©pistage de la fragilitĂ© Ă  l’aide de tests cliniques validĂ©s doit ĂȘtre envisagĂ©, en particulier lorsque l’intensitĂ© du traitement ou les objectifs tensionnels sont incertains. Le degrĂ© de fragilitĂ© est important, car la sĂ©curitĂ© et l’efficacitĂ© du traitement prĂ©ventif sont moins certaines chez les patients prĂ©sentant une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e ou sĂ©vĂšre.

Évaluation de la pression artĂ©rielle

La pression artĂ©rielle doit ĂȘtre Ă©valuĂ©e en tenant compte des symptĂŽmes orthostatiques et de la tolĂ©rance du traitement. L’attĂ©nuation liĂ©e Ă  l’ñge de la fonction des barorĂ©cepteurs et la dysrĂ©gulation orthostatique peuvent accroĂźtre la vulnĂ©rabilitĂ© Ă  l’hypotension orthostatique.

Chez les patients atteints de maladie coronaire et prĂ©sentant des signes d’ischĂ©mie myocardique, la pression artĂ©rielle doit ĂȘtre rĂ©duite progressivement. Une pression artĂ©rielle diastolique infĂ©rieure Ă  60 mm Hg doit ĂȘtre Ă©vitĂ©e autant que possible chez les patients ĂągĂ©s atteints de maladie coronaire. Une rĂ©duction systolique trop importante, en particulier en dessous de 110 mm Hg, doit Ă©galement ĂȘtre Ă©vitĂ©e chez les sujets ĂągĂ©s exposĂ©s au risque de chute, de syncope, d’insuffisance rĂ©nale, de dĂ©clin fonctionnel ou de troubles cognitifs.

Évaluation des mĂ©dicaments et de la charge thĂ©rapeutique

La polymĂ©dication est frĂ©quente chez les sujets ĂągĂ©s et peut devenir excessive en prĂ©sence de multimorbiditĂ© et de fragilitĂ©. L’évaluation doit prendre en compte les effets hypotenseurs cumulatifs, la bradycardie, le risque hĂ©morragique, les effets indĂ©sirables rĂ©naux, les anomalies Ă©lectrolytiques, la constipation, les ƓdĂšmes, l’incontinence, la fatigue et la rĂ©duction de l’activitĂ© physique.

Si la pression artĂ©rielle diminue avec la progression de la fragilitĂ©, une dĂ©prescription du traitement antihypertenseur peut ĂȘtre appropriĂ©e. Les autres mĂ©dicaments abaissant la pression artĂ©rielle, notamment les sĂ©datifs et les alpha-bloquants spĂ©cifiques de la prostate, doivent Ă©galement ĂȘtre réévaluĂ©s.

Examens diagnostiques

Le document source met l’accent sur l’évaluation clinique, l’évaluation de la pression artĂ©rielle, l’évaluation de la fragilitĂ© et l’utilisation d’examens non invasifs pour rechercher une ischĂ©mie chez les patients atteints de maladie coronaire chronique. Il ne fournit pas de recommandations spĂ©cifiques concernant l’électrocardiographie, l’évaluation biologique du risque cardiovasculaire, les protocoles Ă©chocardiographiques, la mesure ambulatoire de la pression artĂ©rielle ou d’autres modalitĂ©s diagnostiques utilisĂ©es en prĂ©vention primaire chez les sujets trĂšs ĂągĂ©s.

Dans la maladie coronaire chronique, une coronarographie et une revascularisation sont recommandées chez les sujets ùgés présentant des symptÎmes réfractaires, en particulier lorsque les examens diagnostiques non invasifs mettent en évidence une ischémie significative. Les décisions concernant une évaluation invasive doivent tenir compte de la fragilité, des comorbidités, des capacités fonctionnelles, du risque procédural et des préférences du patient.

Biomarqueurs et résultats biologiques

Le document source ne précise pas de seuils de biomarqueurs, de critÚres diagnostiques biologiques ni de protocoles de surveillance biologique pour la prévention cardiovasculaire chez les sujets trÚs ùgés.

La fonction rĂ©nale et la kaliĂ©mie sont cliniquement importantes lors du traitement par inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine et antagonistes des rĂ©cepteurs de l’angiotensine, car les sujets ĂągĂ©s sont exposĂ©s Ă  une altĂ©ration de la fonction rĂ©nale et Ă  l’hyperkaliĂ©mie. La surveillance de la tolĂ©rance du traitement est particuliĂšrement importante chez les patients trĂšs ĂągĂ©s et fragiles.

Stratégies de prévention

Mesures hygiéno-diététiques et interventions non pharmacologiques

Le traitement non pharmacologique est recommandĂ© en premiĂšre intention dans l’hypertension lĂ©gĂšre et peut rĂ©duire les risques associĂ©s Ă  la polymĂ©dication. Les mesures comprennent :

  • Exercice aĂ©robie et activitĂ© physique rĂ©guliĂšre

  • RĂ©duction de l’excĂšs pondĂ©ral

  • RĂ©duction du stress psychologique

  • Limitation de la consommation de sodium et d’alcool

  • Sevrage tabagique

  • Traitement d’une apnĂ©e du sommeil lorsqu’elle est prĂ©sente

  • Adoption du rĂ©gime alimentaire DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension)

  • Sommeil de qualitĂ©

  • Prise en charge de la glycĂ©mie et du cholestĂ©rol

L’exercice rĂ©gulier amĂ©liore la capacitĂ© aĂ©robie et exerce des effets favorables sur la pression artĂ©rielle, les lipides, la tolĂ©rance au glucose, la densitĂ© osseuse et la dĂ©pression. Il contribue Ă©galement au maintien de l’autonomie Ă  domicile et constitue la seule intervention identifiĂ©e dans le document source comme capable de prĂ©venir ou d’inverser la sarcopĂ©nie. MĂȘme des niveaux d’activitĂ© modĂ©rĂ©s ou faibles, comme marcher 30 minutes par jour, exercent des effets protecteurs chez les personnes obĂšses.

Chez les sujets ĂągĂ©s fragiles, une kinĂ©sithĂ©rapie supervisĂ©e de renforcement musculaire et un exercice supervisĂ© associĂ© Ă  un entraĂźnement de la coordination et de l’équilibre peuvent contribuer Ă  corriger certains facteurs rĂ©versibles de la fragilitĂ©.

Objectifs tensionnels

Les objectifs tensionnels doivent ĂȘtre individualisĂ©s en fonction de l’ñge, de la fragilitĂ©, des symptĂŽmes, des comorbiditĂ©s, de la tolĂ©rance du traitement et des prioritĂ©s du patient.

Chez les patients trĂšs ĂągĂ©s et fragiles, les donnĂ©es disponibles issues des essais cliniques n’ont pas montrĂ© de perte de bĂ©nĂ©fice de la rĂ©duction de la pression artĂ©rielle dans les populations incluses dans les essais, qui prĂ©sentaient une fragilitĂ© relativement lĂ©gĂšre. Toutefois, l’extrapolation aux patients prĂ©sentant une fragilitĂ© importante ou une multimorbiditĂ© reste incertaine. Les recommandations actuelles prĂ©conisent de viser une pression artĂ©rielle de 120–129/70–79 mm Hg chez les patients trĂšs ĂągĂ©s et fragiles lorsque le traitement est tolĂ©rĂ©, tout en soulignant la nĂ©cessitĂ© d’une dĂ©cision individualisĂ©e.

Chez les sujets ĂągĂ©s atteints de maladie coronaire chronique, le document source recommande une cible infĂ©rieure Ă  130/80 mm Hg, mais la pression artĂ©rielle doit ĂȘtre abaissĂ©e lentement et une rĂ©duction diastolique excessive doit ĂȘtre Ă©vitĂ©e.

Prise en charge des lipides et du cholestérol

Les statines d’intensitĂ© modĂ©rĂ©e ou Ă©levĂ©e sont recommandĂ©es chez les adultes de plus de 75 ans. Les doses Ă©levĂ©es peuvent accroĂźtre le risque de myalgies, de fatigue et de rĂ©duction de l’activitĂ© physique. La dĂ©cision d’instaurer ou de poursuivre un traitement par statine doit donc tenir compte de la tolĂ©rance du traitement, de la fragilitĂ©, du statut fonctionnel, des maladies concomitantes et des prioritĂ©s du patient.

Le document source identifie le contrÎle du cholestérol comme un élément essentiel de la prévention cardiovasculaire, mais ne fournit pas de cibles spécifiques de cholestérol lié aux lipoprotéines de basse densité ni de schémas posologiques.

Tabagisme, poids, diabĂšte et sommeil

Le sevrage tabagique, la gestion du poids, une alimentation saine, l’activitĂ© physique et la prise en charge de la glycĂ©mie sont identifiĂ©s comme des mesures essentielles de prĂ©vention. L’apnĂ©e du sommeil doit ĂȘtre traitĂ©e lorsqu’elle est prĂ©sente, et un sommeil suffisant fait partie des mesures gĂ©nĂ©rales favorisant la santĂ© cardiovasculaire chez les sujets ĂągĂ©s.

Traitement pharmacologique

Traitement antihypertenseur

Les classes d’antihypertenseurs recommandĂ©es en premiĂšre intention sont :

  • DiurĂ©tiques

  • Inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine

  • Antagonistes des rĂ©cepteurs de l’angiotensine

  • Inhibiteurs calciques

Les bĂȘtabloquants ne sont pas considĂ©rĂ©s comme un traitement antihypertenseur de premiĂšre intention en l’absence d’une autre indication formelle, malgrĂ© leur utilisation frĂ©quente.

Environ deux tiers des sujets ĂągĂ©s hypertendus nĂ©cessitent deux mĂ©dicaments ou plus pour atteindre la pression artĂ©rielle cible. Une association thĂ©rapeutique peut permettre d’utiliser des doses plus faibles de chaque mĂ©dicament, de rĂ©duire les effets indĂ©sirables dose-dĂ©pendants, de prolonger la durĂ©e d’action et d’assurer une protection additive des organes cibles.

Le traitement doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre instaurĂ© Ă  faible dose, avec une augmentation progressive, car les modifications pharmacocinĂ©tiques et pharmacodynamiques liĂ©es Ă  l’ñge accroissent la susceptibilitĂ© aux effets indĂ©sirables et Ă  l’hypotension orthostatique.

Traitement chez les patients ĂągĂ©s de ≄85 ans ou prĂ©sentant une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă  sĂ©vĂšre

Chez les patients ĂągĂ©s d’au moins 85 ans ou prĂ©sentant une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă  sĂ©vĂšre, quel que soit l’ñge, un inhibiteur calcique dihydropyridinique Ă  longue durĂ©e d’action ou un inhibiteur du systĂšme rĂ©nine–angiotensine doit ĂȘtre envisagĂ© en premiĂšre intention. Si nĂ©cessaire et bien tolĂ©rĂ©, un diurĂ©tique Ă  faible dose peut ĂȘtre ajoutĂ©. Les bĂȘtabloquants doivent gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre Ă©vitĂ©s pour le traitement de la pression artĂ©rielle sauf en prĂ©sence d’une indication formelle, et les alpha-bloquants ne sont pas privilĂ©giĂ©s.

Un traitement antihypertenseur doit ĂȘtre envisagĂ© Ă  partir de ≄140/90 mm Hg chez les patients prĂ©sentant avant traitement une hypotension orthostatique symptomatique, un Ăąge ≄85 ans, une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă  sĂ©vĂšre cliniquement significative ou une espĂ©rance de vie estimĂ©e Ă  moins de trois ans, avec une surveillance Ă©troite de la tolĂ©rance.

Si la pression artĂ©rielle diminue avec la progression de la fragilitĂ©, une dĂ©prescription peut ĂȘtre envisagĂ©e.

Effets indésirables importants chez les sujets ùgés

Les sujets ùgés sont particuliÚrement exposés aux effets indésirables médicamenteux. Les principaux effets indésirables comprennent :

Classe médicamenteuse Principaux effets indésirables chez les sujets ùgés
Aspirine et autres agents antithrombotiques Hémorragies
BĂȘtabloquants Bradycardie et hypotension
Inhibiteurs calciques Bradycardie, hypotension, ƓdĂšme des pieds, constipation et incontinence, selon le mĂ©dicament
IEC et ARA Altération de la fonction rénale et hyperkaliémie
Dérivés nitrés Hypotension orthostatique
Statines Ă  dose Ă©levĂ©e Myalgies, fatigue et rĂ©duction de l’activitĂ© physique

Traitement de l’insuffisance cardiaque

En principe, l’approche thĂ©rapeutique de l’insuffisance cardiaque Ă  fraction d’éjection rĂ©duite doit suivre la mĂȘme stratĂ©gie pharmacologique que chez l’adulte plus jeune. Toutefois, la rĂ©duction de la fonction rĂ©nale, la modification du mĂ©tabolisme des mĂ©dicaments, l’altĂ©ration des rĂ©ponses barorĂ©flexes et la dysrĂ©gulation orthostatique peuvent nĂ©cessiter une mise en Ɠuvre plus prudente et une rĂ©duction des doses lorsque cela est appropriĂ©. Ces facteurs peuvent limiter l’atteinte des doses cibles des antagonistes neurohormonaux.

Les programmes multidisciplinaires de prise en charge de l’insuffisance cardiaque ont rĂ©duit les rĂ©hospitalisations et la morbiditĂ© associĂ©e chez les patients ĂągĂ©s.

Revascularisation et maladie coronaire chronique

La prise en charge de la maladie coronaire chronique chez les sujets ĂągĂ©s comprend le contrĂŽle des facteurs de risque, le soulagement des symptĂŽmes et la prĂ©vention de l’infarctus du myocarde et du dĂ©cĂšs.

Une coronarographie et une revascularisation doivent ĂȘtre envisagĂ©es chez les patients prĂ©sentant des symptĂŽmes rĂ©fractaires, en particulier lorsque les examens non invasifs mettent en Ă©vidence une ischĂ©mie significative. Chez les sujets ĂągĂ©s prĂ©sentant une angine persistante malgrĂ© au moins deux antiangineux, la revascularisation a Ă©tĂ© associĂ©e Ă  un meilleur soulagement des symptĂŽmes et Ă  une meilleure capacitĂ© d’effort que le traitement mĂ©dical optimisĂ© seul. La revascularisation amĂ©liore Ă©galement la qualitĂ© de vie chez les patients prĂ©sentant une charge symptomatique Ă©levĂ©e.

L’intervention coronaire percutanĂ©e comporte des risques procĂ©duraux lĂ©gĂšrement plus Ă©levĂ©s chez les sujets ĂągĂ©s, notamment des hĂ©morragies, un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral et une lĂ©sion rĂ©nale associĂ©e aux produits de contraste. Le risque hĂ©morragique peut ĂȘtre rĂ©duit par :

  • L’utilisation de la voie radiale plutĂŽt que fĂ©morale lorsque cela est appropriĂ©

  • L’adaptation des doses d’anticoagulants et d’antiagrĂ©gants plaquettaires au poids corporel et Ă  la fonction rĂ©nale

  • Le recours Ă  des durĂ©es plus courtes de bithĂ©rapie antiplaquettaire aprĂšs une intervention coronaire percutanĂ©e lorsque cela est cliniquement appropriĂ©

Selon les donnĂ©es rĂ©sumĂ©es, une bithĂ©rapie antiplaquettaire de courte durĂ©e aprĂšs une intervention coronaire percutanĂ©e rĂ©duit les hĂ©morragies majeures sans augmenter les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires par rapport Ă  des durĂ©es de traitement plus longues. Chez les patients nĂ©cessitant Ă©galement une anticoagulation chronique, l’arrĂȘt de l’aspirine avec poursuite d’un inhibiteur de P2Y12 est associĂ© Ă  une diminution des hĂ©morragies.

Chez les sujets ĂągĂ©s, les stents Ă  Ă©lution mĂ©dicamenteuse associĂ©s Ă  une bithĂ©rapie antiplaquettaire de courte durĂ©e prĂ©sentent des avantages en matiĂšre de sĂ©curitĂ© et d’efficacitĂ© par rapport aux stents mĂ©talliques nus.

Le choix entre l’intervention coronaire percutanĂ©e et le pontage aortocoronaire doit intĂ©grer :

  • L’anatomie coronaire

  • Les comorbiditĂ©s

  • Les capacitĂ©s fonctionnelles

  • La fragilitĂ©

  • La rĂ©cupĂ©ration attendue

  • Les prĂ©fĂ©rences du patient

Le pontage aortocoronaire est généralement associé à une moindre récurrence des symptÎmes et à un nombre inférieur de nouvelles revascularisations, mais il implique une récupération plus longue et des risques accrus de fibrillation atriale et de complications neurologiques.

Recommandations des sociétés savantes

Les principales recommandations concernant la prévention cardiovasculaire chez les sujets trÚs ùgés sont résumées ci-dessous.

Recommandation Grade de recommandation Niveau de preuve
Traiter la pression artĂ©rielle Ă©levĂ©e et l’hypertension chez les patients de moins de 85 ans qui ne prĂ©sentent pas de fragilitĂ© modĂ©rĂ©e ou sĂ©vĂšre selon les mĂȘmes principes que chez les adultes plus jeunes, sous rĂ©serve d’une bonne tolĂ©rance du traitement Classe I A
Poursuivre le traitement antihypertenseur Ă  vie, y compris au-delĂ  de 85 ans, tant qu’il reste bien tolĂ©rĂ© Classe I A
Envisager l’instauration d’un traitement antihypertenseur Ă  partir de ≄140/90 mm Hg chez les patients prĂ©sentant avant traitement une hypotension orthostatique symptomatique, un Ăąge ≄85 ans, une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă  sĂ©vĂšre ou une espĂ©rance de vie estimĂ©e Ă  moins de trois ans ; surveiller Ă©troitement la tolĂ©rance Classe IIa B
Rechercher une fragilité chez les sujets ùgés lorsque la sécurité du traitement et les objectifs thérapeutiques sont incertains, et intégrer les priorités de santé ainsi que la décision médicale partagée Classe IIa C
Chez les patients ĂągĂ©s de ≄85 ans ou prĂ©sentant une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă  sĂ©vĂšre, envisager initialement un inhibiteur calcique dihydropyridinique Ă  longue durĂ©e d’action ou un inhibiteur du systĂšme rĂ©nine–angiotensine, puis, si nĂ©cessaire, un diurĂ©tique Ă  faible dose ; Ă©viter gĂ©nĂ©ralement les bĂȘtabloquants sauf indication formelle et Ă©viter les alpha-bloquants Classe IIa B
Envisager la déprescription des antihypertenseurs ainsi que des autres médicaments abaissant la pression artérielle lorsque celle-ci diminue avec la progression de la fragilité Classe IIb C

Chez les patients atteints de maladie coronaire chronique, un contrÎle de la pression artérielle à moins de 130/80 mm Hg est recommandé, tout en évitant une réduction excessive de la pression artérielle diastolique, en particulier en dessous de 60 mm Hg chez les sujets ùgés atteints de maladie coronaire et présentant une ischémie.

Considérations particuliÚres en cas de fragilité et de multimorbidité

Applicabilité des essais cliniques

Les sujets ĂągĂ©s, en particulier ceux prĂ©sentant une fragilitĂ© importante ou une multimorbiditĂ©, sont frĂ©quemment sous-reprĂ©sentĂ©s dans les essais randomisĂ©s. Les effets thĂ©rapeutiques observĂ©s dans les populations des essais peuvent donc ne pas ĂȘtre directement transposables aux patients prĂ©sentant une fragilitĂ© avancĂ©e, des troubles cognitifs majeurs, une espĂ©rance de vie limitĂ©e ou de nombreuses maladies concomitantes.

Les Ă©tudes observationnelles suggĂ©rant qu’une pression artĂ©rielle plus basse pourrait ĂȘtre nocive chez les sujets fragiles sont difficiles Ă  interprĂ©ter, car la causalitĂ© inverse et la rigiditĂ© artĂ©rielle peuvent constituer des facteurs de confusion. Les dĂ©cisions thĂ©rapeutiques ne doivent donc pas reposer uniquement sur des associations observationnelles en forme de J.

Décision médicale partagée

La décision médicale partagée doit mettre en balance :

  • La rĂ©duction des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires

  • La prĂ©vention des accidents vasculaires cĂ©rĂ©braux et de l’insuffisance cardiaque

  • Le soulagement des symptĂŽmes

  • La prĂ©servation des fonctions cognitives et de l’autonomie

  • Le maintien de la mobilitĂ© et des capacitĂ©s fonctionnelles

  • La charge thĂ©rapeutique

  • Le risque d’hĂ©morragie, d’hypotension, d’insuffisance rĂ©nale et d’autres effets indĂ©sirables

  • L’espĂ©rance de vie

  • Les objectifs et prioritĂ©s dĂ©finis par le patient

Une stratĂ©gie centrĂ©e sur la maladie peut ĂȘtre inappropriĂ©e lorsqu’elle impose une charge thĂ©rapeutique importante sans perspective significative d’amĂ©lioration des rĂ©sultats qui comptent pour le patient.

Pronostic et suivi

Le risque cardiovasculaire et la mortalitĂ© augmentent considĂ©rablement avec l’ñge. L’insuffisance cardiaque illustre cette relation : sa prĂ©valence passe d’environ 6% chez les adultes ĂągĂ©s de 60–79 ans Ă  environ 14% chez ceux ĂągĂ©s de 80 ans ou plus. Les taux de mortalitĂ© augmentent nettement chez les octogĂ©naires, et la survie mĂ©diane est plus courte chez les patients hospitalisĂ©s ĂągĂ©s de 85 ans ou plus que chez les patients hospitalisĂ©s plus jeunes. La fibrillation atriale, une fraction d’éjection ventriculaire gauche plus faible et l’insuffisance rĂ©nale sont associĂ©es Ă  un moins bon pronostic Ă  long terme.

Plus de 60% des bĂ©nĂ©ficiaires ĂągĂ©s de Medicare atteints d’insuffisance cardiaque prĂ©sentent au moins cinq comorbiditĂ©s, et l’augmentation de la multimorbiditĂ© est associĂ©e Ă  des taux plus Ă©levĂ©s de rĂ©hospitalisation et de dĂ©penses de santĂ©.

Le suivi doit donc évaluer non seulement la pression artérielle et les événements cardiovasculaires, mais également :

  • Les symptĂŽmes orthostatiques

  • Les chutes et les syncopes

  • La fonction rĂ©nale et la kaliĂ©mie en cas d’utilisation d’inhibiteurs du systĂšme rĂ©nine–angiotensine

  • La bradycardie et la fatigue sous bĂȘtabloquants

  • Les ƓdĂšmes, la constipation et l’hypotension sous inhibiteurs calciques

  • Les hĂ©morragies sous traitement antithrombotique

  • Les myalgies, la fatigue et la rĂ©duction de l’activitĂ© sous traitement intensif par statine

  • La mobilitĂ©, la sarcopĂ©nie, les fonctions cognitives et l’autonomie fonctionnelle

  • La charge mĂ©dicamenteuse et les possibilitĂ©s de dĂ©prescription

  • L’observance thĂ©rapeutique et la continuitĂ© des soins lors des transitions de prise en charge

  • La qualitĂ© de vie et l’adĂ©quation avec les prioritĂ©s du patient

Le traitement doit ĂȘtre réévaluĂ© Ă  mesure que la fragilitĂ©, les fonctions cognitives, la fonction rĂ©nale, le statut fonctionnel et l’espĂ©rance de vie Ă©voluent. La prĂ©vention chez les sujets trĂšs ĂągĂ©s doit donc ĂȘtre comprise comme un processus continu de rĂ©duction du risque et de soins concordant avec les objectifs du patient, plutĂŽt que comme la poursuite Ă  tout prix d’une cible thĂ©rapeutique fixe.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 6 août 2026