Introduction
La maladie cardiovasculaire devient de plus en plus frĂ©quente avec lâavancĂ©e en Ăąge, tandis que son expression clinique et sa prise en charge deviennent progressivement plus complexes. Les sujets ĂągĂ©s, souvent dĂ©finis en pratique cardiovasculaire comme les personnes de plus de 75 ans, ne constituent pas une population homogĂšne : lâĂąge biologique, la fragilitĂ©, la multimorbiditĂ©, la sarcopĂ©nie, les fonctions cognitives, les capacitĂ©s fonctionnelles et la qualitĂ© de vie liĂ©e Ă la santĂ© influencent notablement Ă la fois le risque cardiovasculaire et le rapport entre bĂ©nĂ©fices et risques du traitement.
La prĂ©vention chez les sujets trĂšs ĂągĂ©s ne se limite donc pas Ă rĂ©duire le risque dâinfarctus du myocarde, dâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral, dâinsuffisance cardiaque ou de dĂ©cĂšs cardiovasculaire. La prĂ©servation de la mobilitĂ©, des fonctions cognitives, de lâautonomie, des capacitĂ©s fonctionnelles et de la qualitĂ© de vie peut constituer des objectifs thĂ©rapeutiques tout aussi importants. Les donnĂ©es issues des essais randomisĂ©s sont souvent moins applicables aux patients trĂšs fragiles ou atteints de multimorbiditĂ©, car ces groupes ont historiquement Ă©tĂ© sous-reprĂ©sentĂ©s. La prĂ©vention nĂ©cessite par consĂ©quent une Ă©valuation individualisĂ©e, une surveillance attentive et une dĂ©cision mĂ©dicale partagĂ©e.
Définition et physiopathologie
Vulnérabilité cardiovasculaire liée au vieillissement
Le vieillissement normal entraĂźne des modifications cardiovasculaires structurelles et fonctionnelles qui accroissent la susceptibilitĂ© aux maladies. Une atrophie cellulaire, une fibrose myocardique, des calcifications, un remodelage vasculaire, une altĂ©ration du remplissage diastolique, une incompĂ©tence chronotrope et une diminution de la stabilitĂ© hĂ©modynamique coexistent frĂ©quemment. Ces modifications favorisent lâhypertension, lâischĂ©mie, les anomalies valvulaires, les arythmies et lâinsuffisance cardiaque.
Le vieillissement sâaccompagne Ă©galement dâune accumulation de facteurs de risque cardiovasculaire conventionnels, notamment lâhypertension, le diabĂšte, lâhypercholestĂ©rolĂ©mie, le tabagisme et la sĂ©dentaritĂ©. Lâinteraction entre ces risques acquis et le remodelage cardiovasculaire liĂ© Ă lâĂąge contribue Ă la forte incidence et Ă la forte prĂ©valence des maladies coronaires et vasculaires chez les sujets ĂągĂ©s.
Les syndromes gĂ©riatriques modifient davantage le risque cardiovasculaire et la rĂ©ponse au traitement. La multimorbiditĂ©, la fragilitĂ©, la sarcopĂ©nie, les troubles cognitifs et la rĂ©duction de la rĂ©serve physiologique peuvent dĂ©terminer les rĂ©sultats cliniques et limiter la tolĂ©rance dâinterventions pourtant fondĂ©es sur les preuves.
Hypertension et maladie vasculaire
Lâhypertension est le facteur de risque cardiovasculaire modifiable le plus frĂ©quent chez les sujets ĂągĂ©s. Elle contribue aux lĂ©sions vasculaires, accĂ©lĂšre lâathĂ©rosclĂ©rose, augmente la demande en oxygĂšne du myocarde et peut aggraver lâischĂ©mie chez les patients atteints de maladie coronaire obstructive. Elle constitue Ă©galement lâantĂ©cĂ©dent le plus frĂ©quent dâinsuffisance cardiaque â en particulier dâinsuffisance cardiaque Ă fraction dâĂ©jection prĂ©servĂ©e â et de maladie rĂ©nale chronique.
AprĂšs environ 70 ans, lâhypertension systolique isolĂ©e reprĂ©sente plus de 90% des cas dâhypertension prĂ©valente. Lâhypertension contribue largement, au niveau populationnel, Ă la maladie coronaire chronique, aux maladies cĂ©rĂ©brovasculaires et Ă lâartĂ©riopathie oblitĂ©rante des membres infĂ©rieurs. Plus de 70% des sujets ĂągĂ©s prĂ©sentant un infarctus du myocarde, un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral, un syndrome aortique aigu ou une insuffisance cardiaque ont une hypertension prĂ©existante.
La relation entre la pression artĂ©rielle et le pronostic chez les sujets ĂągĂ©s nâest pas linĂ©aire lorsque les valeurs sont trĂšs basses. Une rĂ©duction excessive de la pression artĂ©rielle diastolique peut compromettre la perfusion coronaire, en particulier chez les patients atteints de maladie coronaire. Une rĂ©duction systolique excessive peut ĂȘtre associĂ©e Ă des chutes, des syncopes, une dĂ©gradation de la fonction rĂ©nale, un dĂ©clin fonctionnel et des troubles cognitifs.
Insuffisance cardiaque
Lâinsuffisance cardiaque constitue un point de rencontre majeur entre la maladie cardiovasculaire et la mĂ©decine gĂ©riatrique. Son incidence et sa prĂ©valence augmentent fortement avec lâĂąge, en raison de lâaccumulation des facteurs de risque, de la rĂ©duction de la rĂ©serve cardiovasculaire liĂ©e Ă lâĂąge et de la charge croissante des comorbiditĂ©s.
Lâinsuffisance cardiaque Ă fraction dâĂ©jection prĂ©servĂ©e devient particuliĂšrement frĂ©quente chez les sujets trĂšs ĂągĂ©s. Lâhypertension, le diabĂšte, la fibrillation atriale et les modifications liĂ©es Ă lâĂąge du remplissage ventriculaire gauche contribuent Ă cette susceptibilitĂ©. Lâinsuffisance cardiaque Ă fraction dâĂ©jection prĂ©servĂ©e est considĂ©rĂ©e comme une affection systĂ©mique multifactorielle impliquant des processus liĂ©s au vieillissement, plutĂŽt que comme une simple anomalie isolĂ©e de la fonction diastolique.
Présentation clinique et symptÎmes
Les sujets ùgés peuvent présenter des symptÎmes cardiovasculaires classiques, mais les manifestations atypiques sont fréquentes et peuvent retarder le diagnostic.
Dans la maladie coronaire chronique, les patients ĂągĂ©s peuvent prĂ©senter des symptĂŽmes autres quâune angine typique. La rĂ©duction de lâactivitĂ© physique, la limitation de la mobilitĂ©, les troubles cognitifs ou les comorbiditĂ©s multiples peuvent masquer la relation entre lâeffort et les symptĂŽmes.
Lâinsuffisance cardiaque entraĂźne frĂ©quemment une dyspnĂ©e et une fatigue, mais les patients ĂągĂ©s sont plus susceptibles de prĂ©senter une altĂ©ration de lâĂ©tat mental, une dĂ©pression ou une altĂ©ration des fonctions exĂ©cutives. Ces manifestations peuvent ĂȘtre attribuĂ©es Ă tort Ă des troubles neurologiques, psychiatriques ou fonctionnels primitifs.
Les consĂ©quences cliniques de la maladie cardiovasculaire peuvent Ă©galement se manifester par une perte dâautonomie, une diminution de la tolĂ©rance Ă lâeffort, des chutes rĂ©pĂ©tĂ©es, une aggravation de la mobilitĂ© ou un dĂ©clin cognitif. Ces Ă©lĂ©ments doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©s Ă lâĂ©valuation prĂ©ventive, car ils peuvent reprĂ©senter les prioritĂ©s de santĂ© les plus importantes pour le patient.
Ăvaluation et examen clinique
Ăvaluation gĂ©riatrique et cardiovasculaire globale
LâĂ©valuation doit dĂ©passer lâestimation conventionnelle du risque cardiovasculaire. Les domaines pertinents comprennent :
Fragilité et sarcopénie
Capacités fonctionnelles et mobilité
Fonctions cognitives
Multimorbidité
SymptÎmes orthostatiques et régulation de la pression artérielle
Charge médicamenteuse et effets indésirables liés au traitement
Fonction rénale
Objectifs, priorités et espérance de vie estimée par le patient
Qualité de vie liée à la santé et autonomie
Un dĂ©pistage de la fragilitĂ© Ă lâaide de tests cliniques validĂ©s doit ĂȘtre envisagĂ©, en particulier lorsque lâintensitĂ© du traitement ou les objectifs tensionnels sont incertains. Le degrĂ© de fragilitĂ© est important, car la sĂ©curitĂ© et lâefficacitĂ© du traitement prĂ©ventif sont moins certaines chez les patients prĂ©sentant une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e ou sĂ©vĂšre.
Ăvaluation de la pression artĂ©rielle
La pression artĂ©rielle doit ĂȘtre Ă©valuĂ©e en tenant compte des symptĂŽmes orthostatiques et de la tolĂ©rance du traitement. LâattĂ©nuation liĂ©e Ă lâĂąge de la fonction des barorĂ©cepteurs et la dysrĂ©gulation orthostatique peuvent accroĂźtre la vulnĂ©rabilitĂ© Ă lâhypotension orthostatique.
Chez les patients atteints de maladie coronaire et prĂ©sentant des signes dâischĂ©mie myocardique, la pression artĂ©rielle doit ĂȘtre rĂ©duite progressivement. Une pression artĂ©rielle diastolique infĂ©rieure Ă 60 mm Hg doit ĂȘtre Ă©vitĂ©e autant que possible chez les patients ĂągĂ©s atteints de maladie coronaire. Une rĂ©duction systolique trop importante, en particulier en dessous de 110 mm Hg, doit Ă©galement ĂȘtre Ă©vitĂ©e chez les sujets ĂągĂ©s exposĂ©s au risque de chute, de syncope, dâinsuffisance rĂ©nale, de dĂ©clin fonctionnel ou de troubles cognitifs.
Ăvaluation des mĂ©dicaments et de la charge thĂ©rapeutique
La polymĂ©dication est frĂ©quente chez les sujets ĂągĂ©s et peut devenir excessive en prĂ©sence de multimorbiditĂ© et de fragilitĂ©. LâĂ©valuation doit prendre en compte les effets hypotenseurs cumulatifs, la bradycardie, le risque hĂ©morragique, les effets indĂ©sirables rĂ©naux, les anomalies Ă©lectrolytiques, la constipation, les ĆdĂšmes, lâincontinence, la fatigue et la rĂ©duction de lâactivitĂ© physique.
Si la pression artĂ©rielle diminue avec la progression de la fragilitĂ©, une dĂ©prescription du traitement antihypertenseur peut ĂȘtre appropriĂ©e. Les autres mĂ©dicaments abaissant la pression artĂ©rielle, notamment les sĂ©datifs et les alpha-bloquants spĂ©cifiques de la prostate, doivent Ă©galement ĂȘtre réévaluĂ©s.
Examens diagnostiques
Le document source met lâaccent sur lâĂ©valuation clinique, lâĂ©valuation de la pression artĂ©rielle, lâĂ©valuation de la fragilitĂ© et lâutilisation dâexamens non invasifs pour rechercher une ischĂ©mie chez les patients atteints de maladie coronaire chronique. Il ne fournit pas de recommandations spĂ©cifiques concernant lâĂ©lectrocardiographie, lâĂ©valuation biologique du risque cardiovasculaire, les protocoles Ă©chocardiographiques, la mesure ambulatoire de la pression artĂ©rielle ou dâautres modalitĂ©s diagnostiques utilisĂ©es en prĂ©vention primaire chez les sujets trĂšs ĂągĂ©s.
Dans la maladie coronaire chronique, une coronarographie et une revascularisation sont recommandées chez les sujets ùgés présentant des symptÎmes réfractaires, en particulier lorsque les examens diagnostiques non invasifs mettent en évidence une ischémie significative. Les décisions concernant une évaluation invasive doivent tenir compte de la fragilité, des comorbidités, des capacités fonctionnelles, du risque procédural et des préférences du patient.
Biomarqueurs et résultats biologiques
Le document source ne précise pas de seuils de biomarqueurs, de critÚres diagnostiques biologiques ni de protocoles de surveillance biologique pour la prévention cardiovasculaire chez les sujets trÚs ùgés.
La fonction rĂ©nale et la kaliĂ©mie sont cliniquement importantes lors du traitement par inhibiteurs de lâenzyme de conversion de lâangiotensine et antagonistes des rĂ©cepteurs de lâangiotensine, car les sujets ĂągĂ©s sont exposĂ©s Ă une altĂ©ration de la fonction rĂ©nale et Ă lâhyperkaliĂ©mie. La surveillance de la tolĂ©rance du traitement est particuliĂšrement importante chez les patients trĂšs ĂągĂ©s et fragiles.
Stratégies de prévention
Mesures hygiéno-diététiques et interventions non pharmacologiques
Le traitement non pharmacologique est recommandĂ© en premiĂšre intention dans lâhypertension lĂ©gĂšre et peut rĂ©duire les risques associĂ©s Ă la polymĂ©dication. Les mesures comprennent :
Exercice aérobie et activité physique réguliÚre
RĂ©duction de lâexcĂšs pondĂ©ral
Réduction du stress psychologique
Limitation de la consommation de sodium et dâalcool
Sevrage tabagique
Traitement dâune apnĂ©e du sommeil lorsquâelle est prĂ©sente
Adoption du régime alimentaire DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension)
Sommeil de qualité
Prise en charge de la glycémie et du cholestérol
Lâexercice rĂ©gulier amĂ©liore la capacitĂ© aĂ©robie et exerce des effets favorables sur la pression artĂ©rielle, les lipides, la tolĂ©rance au glucose, la densitĂ© osseuse et la dĂ©pression. Il contribue Ă©galement au maintien de lâautonomie Ă domicile et constitue la seule intervention identifiĂ©e dans le document source comme capable de prĂ©venir ou dâinverser la sarcopĂ©nie. MĂȘme des niveaux dâactivitĂ© modĂ©rĂ©s ou faibles, comme marcher 30 minutes par jour, exercent des effets protecteurs chez les personnes obĂšses.
Chez les sujets ĂągĂ©s fragiles, une kinĂ©sithĂ©rapie supervisĂ©e de renforcement musculaire et un exercice supervisĂ© associĂ© Ă un entraĂźnement de la coordination et de lâĂ©quilibre peuvent contribuer Ă corriger certains facteurs rĂ©versibles de la fragilitĂ©.
Objectifs tensionnels
Les objectifs tensionnels doivent ĂȘtre individualisĂ©s en fonction de lâĂąge, de la fragilitĂ©, des symptĂŽmes, des comorbiditĂ©s, de la tolĂ©rance du traitement et des prioritĂ©s du patient.
Chez les patients trĂšs ĂągĂ©s et fragiles, les donnĂ©es disponibles issues des essais cliniques nâont pas montrĂ© de perte de bĂ©nĂ©fice de la rĂ©duction de la pression artĂ©rielle dans les populations incluses dans les essais, qui prĂ©sentaient une fragilitĂ© relativement lĂ©gĂšre. Toutefois, lâextrapolation aux patients prĂ©sentant une fragilitĂ© importante ou une multimorbiditĂ© reste incertaine. Les recommandations actuelles prĂ©conisent de viser une pression artĂ©rielle de 120â129/70â79 mm Hg chez les patients trĂšs ĂągĂ©s et fragiles lorsque le traitement est tolĂ©rĂ©, tout en soulignant la nĂ©cessitĂ© dâune dĂ©cision individualisĂ©e.
Chez les sujets ĂągĂ©s atteints de maladie coronaire chronique, le document source recommande une cible infĂ©rieure Ă 130/80 mm Hg, mais la pression artĂ©rielle doit ĂȘtre abaissĂ©e lentement et une rĂ©duction diastolique excessive doit ĂȘtre Ă©vitĂ©e.
Prise en charge des lipides et du cholestérol
Les statines dâintensitĂ© modĂ©rĂ©e ou Ă©levĂ©e sont recommandĂ©es chez les adultes de plus de 75 ans. Les doses Ă©levĂ©es peuvent accroĂźtre le risque de myalgies, de fatigue et de rĂ©duction de lâactivitĂ© physique. La dĂ©cision dâinstaurer ou de poursuivre un traitement par statine doit donc tenir compte de la tolĂ©rance du traitement, de la fragilitĂ©, du statut fonctionnel, des maladies concomitantes et des prioritĂ©s du patient.
Le document source identifie le contrÎle du cholestérol comme un élément essentiel de la prévention cardiovasculaire, mais ne fournit pas de cibles spécifiques de cholestérol lié aux lipoprotéines de basse densité ni de schémas posologiques.
Tabagisme, poids, diabĂšte et sommeil
Le sevrage tabagique, la gestion du poids, une alimentation saine, lâactivitĂ© physique et la prise en charge de la glycĂ©mie sont identifiĂ©s comme des mesures essentielles de prĂ©vention. LâapnĂ©e du sommeil doit ĂȘtre traitĂ©e lorsquâelle est prĂ©sente, et un sommeil suffisant fait partie des mesures gĂ©nĂ©rales favorisant la santĂ© cardiovasculaire chez les sujets ĂągĂ©s.
Traitement pharmacologique
Traitement antihypertenseur
Les classes dâantihypertenseurs recommandĂ©es en premiĂšre intention sont :
Diurétiques
Inhibiteurs de lâenzyme de conversion de lâangiotensine
Antagonistes des rĂ©cepteurs de lâangiotensine
Inhibiteurs calciques
Les bĂȘtabloquants ne sont pas considĂ©rĂ©s comme un traitement antihypertenseur de premiĂšre intention en lâabsence dâune autre indication formelle, malgrĂ© leur utilisation frĂ©quente.
Environ deux tiers des sujets ĂągĂ©s hypertendus nĂ©cessitent deux mĂ©dicaments ou plus pour atteindre la pression artĂ©rielle cible. Une association thĂ©rapeutique peut permettre dâutiliser des doses plus faibles de chaque mĂ©dicament, de rĂ©duire les effets indĂ©sirables dose-dĂ©pendants, de prolonger la durĂ©e dâaction et dâassurer une protection additive des organes cibles.
Le traitement doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre instaurĂ© Ă faible dose, avec une augmentation progressive, car les modifications pharmacocinĂ©tiques et pharmacodynamiques liĂ©es Ă lâĂąge accroissent la susceptibilitĂ© aux effets indĂ©sirables et Ă lâhypotension orthostatique.
Traitement chez les patients ĂągĂ©s de â„85 ans ou prĂ©sentant une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre
Chez les patients ĂągĂ©s dâau moins 85 ans ou prĂ©sentant une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre, quel que soit lâĂąge, un inhibiteur calcique dihydropyridinique Ă longue durĂ©e dâaction ou un inhibiteur du systĂšme rĂ©nineâangiotensine doit ĂȘtre envisagĂ© en premiĂšre intention. Si nĂ©cessaire et bien tolĂ©rĂ©, un diurĂ©tique Ă faible dose peut ĂȘtre ajoutĂ©. Les bĂȘtabloquants doivent gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre Ă©vitĂ©s pour le traitement de la pression artĂ©rielle sauf en prĂ©sence dâune indication formelle, et les alpha-bloquants ne sont pas privilĂ©giĂ©s.
Un traitement antihypertenseur doit ĂȘtre envisagĂ© Ă partir de â„140/90 mm Hg chez les patients prĂ©sentant avant traitement une hypotension orthostatique symptomatique, un Ăąge â„85 ans, une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre cliniquement significative ou une espĂ©rance de vie estimĂ©e Ă moins de trois ans, avec une surveillance Ă©troite de la tolĂ©rance.
Si la pression artĂ©rielle diminue avec la progression de la fragilitĂ©, une dĂ©prescription peut ĂȘtre envisagĂ©e.
Effets indésirables importants chez les sujets ùgés
Les sujets ùgés sont particuliÚrement exposés aux effets indésirables médicamenteux. Les principaux effets indésirables comprennent :
| Classe médicamenteuse | Principaux effets indésirables chez les sujets ùgés |
|---|---|
| Aspirine et autres agents antithrombotiques | Hémorragies |
| BĂȘtabloquants | Bradycardie et hypotension |
| Inhibiteurs calciques | Bradycardie, hypotension, ĆdĂšme des pieds, constipation et incontinence, selon le mĂ©dicament |
| IEC et ARA | Altération de la fonction rénale et hyperkaliémie |
| Dérivés nitrés | Hypotension orthostatique |
| Statines Ă dose Ă©levĂ©e | Myalgies, fatigue et rĂ©duction de lâactivitĂ© physique |
Traitement de lâinsuffisance cardiaque
En principe, lâapproche thĂ©rapeutique de lâinsuffisance cardiaque Ă fraction dâĂ©jection rĂ©duite doit suivre la mĂȘme stratĂ©gie pharmacologique que chez lâadulte plus jeune. Toutefois, la rĂ©duction de la fonction rĂ©nale, la modification du mĂ©tabolisme des mĂ©dicaments, lâaltĂ©ration des rĂ©ponses barorĂ©flexes et la dysrĂ©gulation orthostatique peuvent nĂ©cessiter une mise en Ćuvre plus prudente et une rĂ©duction des doses lorsque cela est appropriĂ©. Ces facteurs peuvent limiter lâatteinte des doses cibles des antagonistes neurohormonaux.
Les programmes multidisciplinaires de prise en charge de lâinsuffisance cardiaque ont rĂ©duit les rĂ©hospitalisations et la morbiditĂ© associĂ©e chez les patients ĂągĂ©s.
Revascularisation et maladie coronaire chronique
La prise en charge de la maladie coronaire chronique chez les sujets ĂągĂ©s comprend le contrĂŽle des facteurs de risque, le soulagement des symptĂŽmes et la prĂ©vention de lâinfarctus du myocarde et du dĂ©cĂšs.
Une coronarographie et une revascularisation doivent ĂȘtre envisagĂ©es chez les patients prĂ©sentant des symptĂŽmes rĂ©fractaires, en particulier lorsque les examens non invasifs mettent en Ă©vidence une ischĂ©mie significative. Chez les sujets ĂągĂ©s prĂ©sentant une angine persistante malgrĂ© au moins deux antiangineux, la revascularisation a Ă©tĂ© associĂ©e Ă un meilleur soulagement des symptĂŽmes et Ă une meilleure capacitĂ© dâeffort que le traitement mĂ©dical optimisĂ© seul. La revascularisation amĂ©liore Ă©galement la qualitĂ© de vie chez les patients prĂ©sentant une charge symptomatique Ă©levĂ©e.
Lâintervention coronaire percutanĂ©e comporte des risques procĂ©duraux lĂ©gĂšrement plus Ă©levĂ©s chez les sujets ĂągĂ©s, notamment des hĂ©morragies, un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral et une lĂ©sion rĂ©nale associĂ©e aux produits de contraste. Le risque hĂ©morragique peut ĂȘtre rĂ©duit par :
Lâutilisation de la voie radiale plutĂŽt que fĂ©morale lorsque cela est appropriĂ©
Lâadaptation des doses dâanticoagulants et dâantiagrĂ©gants plaquettaires au poids corporel et Ă la fonction rĂ©nale
Le recours à des durées plus courtes de bithérapie antiplaquettaire aprÚs une intervention coronaire percutanée lorsque cela est cliniquement approprié
Selon les donnĂ©es rĂ©sumĂ©es, une bithĂ©rapie antiplaquettaire de courte durĂ©e aprĂšs une intervention coronaire percutanĂ©e rĂ©duit les hĂ©morragies majeures sans augmenter les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires par rapport Ă des durĂ©es de traitement plus longues. Chez les patients nĂ©cessitant Ă©galement une anticoagulation chronique, lâarrĂȘt de lâaspirine avec poursuite dâun inhibiteur de P2Y12 est associĂ© Ă une diminution des hĂ©morragies.
Chez les sujets ĂągĂ©s, les stents Ă Ă©lution mĂ©dicamenteuse associĂ©s Ă une bithĂ©rapie antiplaquettaire de courte durĂ©e prĂ©sentent des avantages en matiĂšre de sĂ©curitĂ© et dâefficacitĂ© par rapport aux stents mĂ©talliques nus.
Le choix entre lâintervention coronaire percutanĂ©e et le pontage aortocoronaire doit intĂ©grer :
Lâanatomie coronaire
Les comorbidités
Les capacités fonctionnelles
La fragilité
La récupération attendue
Les préférences du patient
Le pontage aortocoronaire est généralement associé à une moindre récurrence des symptÎmes et à un nombre inférieur de nouvelles revascularisations, mais il implique une récupération plus longue et des risques accrus de fibrillation atriale et de complications neurologiques.
Recommandations des sociétés savantes
Les principales recommandations concernant la prévention cardiovasculaire chez les sujets trÚs ùgés sont résumées ci-dessous.
| Recommandation | Grade de recommandation | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| Traiter la pression artĂ©rielle Ă©levĂ©e et lâhypertension chez les patients de moins de 85 ans qui ne prĂ©sentent pas de fragilitĂ© modĂ©rĂ©e ou sĂ©vĂšre selon les mĂȘmes principes que chez les adultes plus jeunes, sous rĂ©serve dâune bonne tolĂ©rance du traitement | Classe I | A |
| Poursuivre le traitement antihypertenseur Ă vie, y compris au-delĂ de 85 ans, tant quâil reste bien tolĂ©rĂ© | Classe I | A |
| Envisager lâinstauration dâun traitement antihypertenseur Ă partir de â„140/90 mm Hg chez les patients prĂ©sentant avant traitement une hypotension orthostatique symptomatique, un Ăąge â„85 ans, une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre ou une espĂ©rance de vie estimĂ©e Ă moins de trois ans ; surveiller Ă©troitement la tolĂ©rance | Classe IIa | B |
| Rechercher une fragilité chez les sujets ùgés lorsque la sécurité du traitement et les objectifs thérapeutiques sont incertains, et intégrer les priorités de santé ainsi que la décision médicale partagée | Classe IIa | C |
| Chez les patients ĂągĂ©s de â„85 ans ou prĂ©sentant une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre, envisager initialement un inhibiteur calcique dihydropyridinique Ă longue durĂ©e dâaction ou un inhibiteur du systĂšme rĂ©nineâangiotensine, puis, si nĂ©cessaire, un diurĂ©tique Ă faible dose ; Ă©viter gĂ©nĂ©ralement les bĂȘtabloquants sauf indication formelle et Ă©viter les alpha-bloquants | Classe IIa | B |
| Envisager la déprescription des antihypertenseurs ainsi que des autres médicaments abaissant la pression artérielle lorsque celle-ci diminue avec la progression de la fragilité | Classe IIb | C |
Chez les patients atteints de maladie coronaire chronique, un contrÎle de la pression artérielle à moins de 130/80 mm Hg est recommandé, tout en évitant une réduction excessive de la pression artérielle diastolique, en particulier en dessous de 60 mm Hg chez les sujets ùgés atteints de maladie coronaire et présentant une ischémie.
Considérations particuliÚres en cas de fragilité et de multimorbidité
Applicabilité des essais cliniques
Les sujets ĂągĂ©s, en particulier ceux prĂ©sentant une fragilitĂ© importante ou une multimorbiditĂ©, sont frĂ©quemment sous-reprĂ©sentĂ©s dans les essais randomisĂ©s. Les effets thĂ©rapeutiques observĂ©s dans les populations des essais peuvent donc ne pas ĂȘtre directement transposables aux patients prĂ©sentant une fragilitĂ© avancĂ©e, des troubles cognitifs majeurs, une espĂ©rance de vie limitĂ©e ou de nombreuses maladies concomitantes.
Les Ă©tudes observationnelles suggĂ©rant quâune pression artĂ©rielle plus basse pourrait ĂȘtre nocive chez les sujets fragiles sont difficiles Ă interprĂ©ter, car la causalitĂ© inverse et la rigiditĂ© artĂ©rielle peuvent constituer des facteurs de confusion. Les dĂ©cisions thĂ©rapeutiques ne doivent donc pas reposer uniquement sur des associations observationnelles en forme de J.
Décision médicale partagée
La décision médicale partagée doit mettre en balance :
La réduction des événements cardiovasculaires
La prĂ©vention des accidents vasculaires cĂ©rĂ©braux et de lâinsuffisance cardiaque
Le soulagement des symptĂŽmes
La prĂ©servation des fonctions cognitives et de lâautonomie
Le maintien de la mobilité et des capacités fonctionnelles
La charge thérapeutique
Le risque dâhĂ©morragie, dâhypotension, dâinsuffisance rĂ©nale et dâautres effets indĂ©sirables
LâespĂ©rance de vie
Les objectifs et priorités définis par le patient
Une stratĂ©gie centrĂ©e sur la maladie peut ĂȘtre inappropriĂ©e lorsquâelle impose une charge thĂ©rapeutique importante sans perspective significative dâamĂ©lioration des rĂ©sultats qui comptent pour le patient.
Pronostic et suivi
Le risque cardiovasculaire et la mortalitĂ© augmentent considĂ©rablement avec lâĂąge. Lâinsuffisance cardiaque illustre cette relation : sa prĂ©valence passe dâenviron 6% chez les adultes ĂągĂ©s de 60â79 ans Ă environ 14% chez ceux ĂągĂ©s de 80 ans ou plus. Les taux de mortalitĂ© augmentent nettement chez les octogĂ©naires, et la survie mĂ©diane est plus courte chez les patients hospitalisĂ©s ĂągĂ©s de 85 ans ou plus que chez les patients hospitalisĂ©s plus jeunes. La fibrillation atriale, une fraction dâĂ©jection ventriculaire gauche plus faible et lâinsuffisance rĂ©nale sont associĂ©es Ă un moins bon pronostic Ă long terme.
Plus de 60% des bĂ©nĂ©ficiaires ĂągĂ©s de Medicare atteints dâinsuffisance cardiaque prĂ©sentent au moins cinq comorbiditĂ©s, et lâaugmentation de la multimorbiditĂ© est associĂ©e Ă des taux plus Ă©levĂ©s de rĂ©hospitalisation et de dĂ©penses de santĂ©.
Le suivi doit donc évaluer non seulement la pression artérielle et les événements cardiovasculaires, mais également :
Les symptĂŽmes orthostatiques
Les chutes et les syncopes
La fonction rĂ©nale et la kaliĂ©mie en cas dâutilisation dâinhibiteurs du systĂšme rĂ©nineâangiotensine
La bradycardie et la fatigue sous bĂȘtabloquants
Les ĆdĂšmes, la constipation et lâhypotension sous inhibiteurs calciques
Les hémorragies sous traitement antithrombotique
Les myalgies, la fatigue et la rĂ©duction de lâactivitĂ© sous traitement intensif par statine
La mobilitĂ©, la sarcopĂ©nie, les fonctions cognitives et lâautonomie fonctionnelle
La charge médicamenteuse et les possibilités de déprescription
Lâobservance thĂ©rapeutique et la continuitĂ© des soins lors des transitions de prise en charge
La qualitĂ© de vie et lâadĂ©quation avec les prioritĂ©s du patient
Le traitement doit ĂȘtre réévaluĂ© Ă mesure que la fragilitĂ©, les fonctions cognitives, la fonction rĂ©nale, le statut fonctionnel et lâespĂ©rance de vie Ă©voluent. La prĂ©vention chez les sujets trĂšs ĂągĂ©s doit donc ĂȘtre comprise comme un processus continu de rĂ©duction du risque et de soins concordant avec les objectifs du patient, plutĂŽt que comme la poursuite Ă tout prix dâune cible thĂ©rapeutique fixe.