Définition et physiopathologie
LâobĂ©sitĂ© est une maladie chronique, rĂ©cidivante et biologiquement complexe, caractĂ©risĂ©e par une accumulation excessive de tissu adipeux. Elle constitue une cause importante de maladies cardiovasculaires (MCV), dâagrĂ©gation des facteurs de risque cardiovasculaire, dâincapacitĂ© et de mortalitĂ© prĂ©maturĂ©e. Les affections cardiovasculaires associĂ©es Ă lâobĂ©sitĂ© comprennent lâhypertension artĂ©rielle, la dyslipidĂ©mie, la maladie coronarienne (MC), lâathĂ©rosclĂ©rose, lâinsuffisance cardiaque (IC), la fibrillation atriale et les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires.
En pratique clinique, lâobĂ©sitĂ© est classiquement dĂ©finie par un indice de masse corporelle (IMC) â„30 kg/m2. LâobĂ©sitĂ© sĂ©vĂšre est gĂ©nĂ©ralement dĂ©finie par un IMC â„35 kg/m2, tandis quâun IMC â„50 kg/m2 a Ă©tĂ© qualifiĂ© dâobĂ©sitĂ© super-morbide. Les catĂ©gories dâIMC sont rĂ©sumĂ©es ci-dessous.
| Statut pondĂ©ral | IMC (kg/m2) | Classe dâobĂ©sitĂ© | Risque de maladie |
|---|---|---|---|
| Insuffisance pondĂ©rale | <18.5 | â | â |
| Poids normal | 18.5â24.9 | â | â |
| Surpoids | 25.0â29.9 | â | Accru |
| ObĂ©sitĂ© | 30.0â34.9 | I | ĂlevĂ© |
| ObĂ©sitĂ© | 35.0â39.9 | II | TrĂšs Ă©levĂ© |
| ObĂ©sitĂ© extrĂȘme | â„40 | III | ExtrĂȘmement Ă©levĂ© |
LâIMC est utile pour le dĂ©pistage et lâestimation du risque Ă lâĂ©chelle populationnelle, mais il ne caractĂ©rise ni la composition corporelle, ni la rĂ©partition de la masse grasse, ni la masse musculaire squelettique, ni la condition physique, ni lâĂ©tat de santĂ© individuel. En particulier, il ne permet pas de distinguer le tissu adipeux de la masse maigre. Le tour de taille et le rapport taille-hanches fournissent des informations supplĂ©mentaires sur lâadipositĂ© viscĂ©rale et peuvent ĂȘtre davantage corrĂ©lĂ©s au pronostic que lâIMC, notamment chez les femmes.
Pour les populations europĂ©ennes, un tour de taille supĂ©rieur Ă 94 cm chez lâhomme ou Ă 80 cm chez la femme est considĂ©rĂ© comme Ă©vocateur dâobĂ©sitĂ© ou dâun excĂšs dâadipositĂ© abdominale. Des seuils spĂ©cifiques selon lâorigine ethnique sont plus bas ou modifiĂ©s dans certaines populations.
Mécanismes cardiométaboliques
La graisse viscĂ©rale et la graisse ectopique sont particuliĂšrement importantes pour le risque cardiovasculaire. LâexcĂšs de tissu adipeux favorise :
Une inflammation systémique chronique de faible intensité
Une insulinorésistance
Une signalisation anormale des adipokines
Un dysfonctionnement endothélial
Une dyslipidémie
Un état prothrombotique
Une albuminurie et une diminution du débit de filtration glomérulaire estimé
Le dĂ©veloppement dâun diabĂšte de type 2
Des événements cardiovasculaires athéroscléreux
LâIC et la fibrillation atriale
LâobĂ©sitĂ© agit donc Ă la fois comme un facteur de risque cardiovasculaire indĂ©pendant et comme un facteur favorisant lâhypertension artĂ©rielle, le diabĂšte, la dyslipidĂ©mie et lâinflammation systĂ©mique. Elle est Ă©galement associĂ©e Ă des troubles respiratoires, notamment le syndrome dâapnĂ©es obstructives du sommeil (SAOS) et le syndrome dâhypoventilation-obĂ©sitĂ©, qui augmentent encore la charge cardiovasculaire.
LâobĂ©sitĂ© peut constituer une cause particuliĂšrement importante dâIC Ă fraction dâĂ©jection prĂ©servĂ©e (ICFEp). Les patients obĂšses atteints dâICFEp peuvent prĂ©senter des caractĂ©ristiques physiopathologiques diffĂ©rentes de celles des patients non obĂšses, et lâobĂ©sitĂ© complique lâĂ©valuation de la volĂ©mie intravasculaire en consultation comme en hospitalisation.
Présentation clinique et symptÎmes
LâobĂ©sitĂ© elle-mĂȘme peut ĂȘtre asymptomatique, mais son expression clinique est souvent dĂ©terminĂ©e par les complications cardiovasculaires, respiratoires, mĂ©taboliques, musculosquelettiques et psychologiques associĂ©es. Les symptĂŽmes et affections devant conduire Ă une Ă©valuation comprennent :
Hypertension artérielle
Dyspnée
IntolĂ©rance Ă lâeffort
IC congestive
MC
Palpitations ou suspicion de fibrillation atriale
SAOS ou symptÎmes diurnes évocateurs de troubles respiratoires du sommeil
Hypoventilation
ĆdĂšmes pĂ©riphĂ©riques ou maladie veineuse
Mobilité réduite
Arthrose et lombalgies
SymptÎmes de diabÚte de type 2 ou de syndrome métabolique
DĂ©pression, faible estime de soi ou perturbation de lâimage corporelle
Le nombre et la gravitĂ© des complications liĂ©es Ă lâobĂ©sitĂ© augmentent gĂ©nĂ©ralement avec le degrĂ© dâobĂ©sitĂ©. NĂ©anmoins, lâIMC seul ne dĂ©finit pas le risque cardiovasculaire individuel. La capacitĂ© cardiorespiratoire, la masse musculaire squelettique et la rĂ©partition du tissu adipeux influencent de maniĂšre importante le pronostic.
Obésité et insuffisance cardiaque
LâobĂ©sitĂ© augmente le risque dâIC et est frĂ©quente chez les patients prĂ©sentant une IC avĂ©rĂ©e, en particulier une ICFEp. LâĂ©valuation de la congestion peut ĂȘtre difficile, car les signes physiques et les concentrations de peptides natriurĂ©tiques peuvent ĂȘtre modifiĂ©s par lâadipositĂ©.
Un « paradoxe de lâobĂ©sitĂ© » a Ă©tĂ© dĂ©crit dans lâIC : les patients en surpoids ou prĂ©sentant une obĂ©sitĂ© lĂ©gĂšre Ă modĂ©rĂ©e peuvent avoir un pronostic plus favorable que les patients plus minces ou en insuffisance pondĂ©rale. Cette observation est complexe et ne doit pas ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme indiquant que lâobĂ©sitĂ© est protectrice. Cette relation est influencĂ©e par le diabĂšte, la composition corporelle, la masse musculaire squelettique et la capacitĂ© cardiorespiratoire. Le paradoxe apparent nâest pas observĂ© de maniĂšre constante chez les patients diabĂ©tiques, et les patients obĂšses ayant une masse musculaire prĂ©servĂ©e peuvent avoir un meilleur pronostic que les patients obĂšses prĂ©sentant une sarcopĂ©nie.
Ăvaluation et examen clinique
Tous les adultes doivent faire lâobjet dâun dĂ©pistage de lâobĂ©sitĂ© et se voir proposer des conseils hygiĂ©no-diĂ©tĂ©tiques intensifs, notamment des interventions comportementales destinĂ©es Ă favoriser une perte pondĂ©rale durable. LâĂ©valuation doit ĂȘtre structurĂ©e autour de quatre domaines :
Une anamnÚse ciblée
Un examen anthropométrique et clinique
Lâidentification des complications et des comorbiditĂ©s
La disposition et la capacitĂ© Ă sâengager dans une prise en charge pondĂ©rale
AnamnĂšse ciblĂ©e sur lâobĂ©sitĂ©
Lâentretien doit ĂȘtre menĂ© avec tact, car la terminologie relative au poids corporel peut ĂȘtre vĂ©cue comme stigmatisante. Des termes neutres tels que « poids », « excĂšs pondĂ©ral », « IMC » ou « poids dĂ©favorable pour la santĂ© » peuvent ĂȘtre prĂ©fĂ©rables Ă un langage pĂ©joratif.
LâanamnĂšse doit rechercher :
Les facteurs contribuant Ă la prise de poids
Lâeffet du poids sur la santĂ© cardiovasculaire et gĂ©nĂ©rale
Le risque actuel et futur associĂ© Ă lâadipositĂ©
Les difficultés rencontrées dans la prise en charge pondérale
Les objectifs et attentes définis par le patient
La motivation Ă commencer un traitement
Le type de soutien nécessaire
LâenquĂȘte alimentaire doit rechercher les habitudes comportant des cĂ©rĂ©ales raffinĂ©es, des fĂ©culents, des sucres et des viandes transformĂ©es, ainsi que les possibilitĂ©s dâaugmenter la consommation de fruits, de lĂ©gumes, de fruits Ă coque, de poisson, dâhuiles vĂ©gĂ©tales et de cĂ©rĂ©ales complĂštes. LâactivitĂ© physique, la sĂ©dentaritĂ© et la condition physique doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©es indĂ©pendamment de lâIMC, car la condition physique est un prĂ©dicteur important de la mortalitĂ© toutes causes.
LâĂ©valuation du sommeil doit porter sur sa rĂ©gularitĂ©, sa durĂ©e, son efficacitĂ© et la satisfaction ressentie. La privation de sommeil est associĂ©e Ă des perturbations de la rĂ©gulation de lâappĂ©tit, de lâactivitĂ© du systĂšme nerveux sympathique, de la sensibilitĂ© Ă lâinsuline et du rythme circadien. Le stress et lâactivation de lâaxe corticosurrĂ©nalien peuvent Ă©galement contribuer Ă la prise de poids et Ă des comportements alimentaires dĂ©favorables.
Causes secondaires et causes médicamenteuses
La plupart des cas dâobĂ©sitĂ© sont favorisĂ©s par lâinteraction de facteurs biopsychosociaux et comportementaux, mais lâanamnĂšse peut orienter vers des causes secondaires nĂ©cessitant une Ă©valuation complĂ©mentaire. Il sâagit notamment de :
Syndrome des ovaires polykystiques
HypothyroĂŻdie
Syndrome de Cushing
Affection hypothalamique
Une prise de poids liĂ©e aux mĂ©dicaments doit Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©e. Les classes mĂ©dicamenteuses rapportĂ©es comprennent :
Insuline, sulfamides hypoglycémiants et thiazolidinediones
Hormones stéroïdiennes
Clozapine, olanzapine et rispéridone
Lithium
Antidépresseurs tricycliques, inhibiteurs de la monoamine oxydase, paroxétine et mirtazapine
Valproate, gabapentine et carbamazépine
Les anti-inflammatoires non stĂ©roĂŻdiens et les inhibiteurs calciques peuvent provoquer des ĆdĂšmes pĂ©riphĂ©riques, mais le document source les distingue dâune augmentation de la masse grasse.
Anthropométrie
Le poids, la taille et lâIMC doivent ĂȘtre relevĂ©s lors des consultations de prĂ©vention cardiovasculaire. LâIMC est calculĂ© en divisant le poids en kilogrammes par la taille en mĂštres au carrĂ©. Le tour de taille doit ĂȘtre mesurĂ© comme marqueur indirect du tissu adipeux viscĂ©ral, dans le plan horizontal au-dessus de la crĂȘte iliaque, en particulier chez les personnes ayant un IMC â€35 kg/m2.
| Groupe ethnique | Hommes | Femmes |
|---|---|---|
| Européens | >94 cm | >80 cm |
| Asiatiques du Sud et Chinois | >90 cm | >80 cm |
| Japonais | >85 cm | >90 cm |
| populations dâAmĂ©rique du Sud et dâAmĂ©rique centrale | Utiliser les seuils applicables aux Asiatiques du Sud | Utiliser les seuils applicables aux Asiatiques du Sud |
| Africains subsahariens | Utiliser les seuils européens | Utiliser les seuils européens |
| Populations de Méditerranée orientale et du Moyen-Orient | Utiliser les seuils européens | Utiliser les seuils européens |
La capacitĂ© cardiorespiratoire doit ĂȘtre prise en compte parallĂšlement Ă lâIMC et Ă la composition corporelle. La consommation maximale dâoxygĂšne ajustĂ©e uniquement sur le poids corporel total peut sous-estimer la capacitĂ© dâeffort en cas dâobĂ©sitĂ© ; un ajustement sur la masse maigre est prĂ©fĂ©rable pour la stratification du risque.
Ăvaluation des complications
LâĂ©valuation doit ĂȘtre guidĂ©e par les symptĂŽmes, les facteurs de risque et la suspicion clinique. Les complications cardiovasculaires et respiratoires pertinentes comprennent :
Hypertension artérielle
MC
IC
Fibrillation atriale
CĆur pulmonaire
Embolie pulmonaire
Dyspnée
SAOS
Syndrome dâhypoventilation-obĂ©sitĂ©
Asthme
Les autres affections associĂ©es comprennent le diabĂšte de type 2, le syndrome mĂ©tabolique, la dyslipidĂ©mie, la stĂ©atopathie hĂ©patique associĂ©e Ă un dysfonctionnement mĂ©tabolique, lâarthrose, les maladies veineuses, la dĂ©pression et la limitation de la mobilitĂ©.
Disposition au changement
Le traitement a davantage de chances dâĂȘtre efficace lorsquâil est adaptĂ© Ă la motivation, Ă la situation et aux attentes du patient. LâĂ©valuation de la disposition au changement doit prendre en compte :
Le souhait et la confiance dans la capacité à changer
Les systĂšmes de soutien
Les événements de vie stressants
LâĂ©tat psychiatrique
Le temps disponible et les contraintes pratiques
Le caractÚre approprié des objectifs thérapeutiques
Lâentretien motivationnel peut quantifier Ă la fois lâimportance perçue de la prise en charge pondĂ©rale et la confiance dans la capacitĂ© Ă lâentreprendre, au moyen dâune Ă©chelle de 0 Ă 10. La motivation et la rĂ©sistance doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des forces opposĂ©es qui dĂ©terminent la disposition au changement.
Examens diagnostiques et évaluation du risque
Une Ă©valuation cardiovasculaire complĂšte du risque doit ĂȘtre envisagĂ©e chez les personnes prĂ©sentant une composition corporelle dĂ©favorable. Les principales consĂ©quences de lâadipositĂ© en termes de risque comprennent lâhypertension artĂ©rielle, la dyslipidĂ©mie, lâinsulinorĂ©sistance, lâinflammation, un Ă©tat prothrombotique, lâalbuminurie, une diminution du dĂ©bit de filtration glomĂ©rulaire estimĂ©, le diabĂšte de type 2, les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires, lâIC et la fibrillation atriale.
Le document source ne fournit pas de protocoles Ă©lectrocardiographiques, Ă©chocardiographiques, dâimagerie coronaire ou dâexploration Ă©lectrophysiologique spĂ©cifiques Ă lâobĂ©sitĂ©. Les examens diagnostiques doivent donc ĂȘtre orientĂ©s par la prĂ©sentation clinique et les complications suspectĂ©es.
Stades fonctionnels et de la maladie
La classification fondĂ©e sur lâIMC peut ĂȘtre complĂ©tĂ©e par une stadification de la maladie obĂ©sitĂ©. Une approche distingue :
Stade 0 : surpoids ou obésité sans complication identifiée
Stade 1 : surpoids ou obésité avec au moins une complication légÚre à modérée
Stade 2 : surpoids ou obésité avec au moins une complication sévÚre
Les exemples de complications comprennent le prĂ©diabĂšte, la stĂ©atose hĂ©patique, le syndrome mĂ©tabolique, lâhypertension artĂ©rielle, le diabĂšte de type 2, un SAOS cliniquement significatif et lâarthrose. Le systĂšme de stadification de lâobĂ©sitĂ© dâEdmonton propose un cadre distinct fondĂ© sur la morbiditĂ© mĂ©dicale, fonctionnelle et psychologique, indĂ©pendamment de lâIMC.
Ăvaluation Ă lâeffort
Une Ă©valuation cardiovasculaire est justifiĂ©e avant la pratique dâun exercice dâintensitĂ© Ă©levĂ©e chez les personnes obĂšses, car le diabĂšte, lâhypertension artĂ©rielle, la dyslipidĂ©mie, les maladies cardiovasculaires et les maladies respiratoires associĂ©es peuvent accroĂźtre le risque. Les personnes dont lâĂ©valuation cardiovasculaire est normale ne doivent pas ĂȘtre systĂ©matiquement limitĂ©es dans leur pratique de lâexercice.
Les activitĂ©s sans mise en charge, comme le vĂ©lo et la natation, peuvent ĂȘtre avantageuses lorsque la contrainte musculosquelettique est prĂ©occupante. Il peut ĂȘtre raisonnable de limiter les exercices en charge de volume Ă©levĂ© sur des surfaces dures jusquâĂ lâobtention dâune perte pondĂ©rale importante. En cas de pratique de volumes dâexercice trĂšs Ă©levĂ©s, un temps de rĂ©cupĂ©ration suffisant est important.
Biomarqueurs et résultats biologiques
Tous les patients faisant lâobjet dâune Ă©valuation de lâobĂ©sitĂ© doivent bĂ©nĂ©ficier des examens suivants :
Bilan lipidique à jeun, comprenant le cholestérol total, le cholestérol des lipoprotéines de basse densité, le cholestérol des lipoprotéines de haute densité et les triglycérides
Bilan biologique
Hémoglobine glyquée
Mesure de la pression artérielle
LâĂ©valuation mĂ©tabolique et cardiovasculaire plus large peut mettre en Ă©vidence :
Une insulinorésistance
Un diabĂšte de type 2
Une dyslipidémie
Une inflammation systémique
Une albuminurie
Une diminution du débit de filtration glomérulaire estimé
Les concentrations de peptides natriurĂ©tiques peuvent ĂȘtre plus faibles chez les patients obĂšses atteints dâIC. Cette observation est attribuĂ©e Ă une expression accrue des rĂ©cepteurs dâĂ©limination et Ă une dĂ©gradation renforcĂ©e des peptides par le tissu adipeux. Par consĂ©quent, les valeurs des peptides natriurĂ©tiques doivent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es en fonction de la morphologie du patient et de lâĂ©valuation clinique globale.
Traitement et prise en charge
La prise en charge de lâobĂ©sitĂ© doit ĂȘtre globale et viser Ă la fois la rĂ©duction pondĂ©rale et la prĂ©vention ou le traitement des complications liĂ©es Ă lâadipositĂ©. Les options thĂ©rapeutiques comprennent les interventions hygiĂ©no-diĂ©tĂ©tiques, la pharmacothĂ©rapie et la chirurgie mĂ©tabolique/bariatrique. LâintensitĂ© du traitement doit tenir compte du stade de lâobĂ©sitĂ©, des maladies cardiovasculaires, des comorbiditĂ©s, de lâatteinte fonctionnelle, des objectifs du patient et de sa disposition au changement.
Traitement hygiéno-diététique et comportemental
Les interventions hygiĂ©no-diĂ©tĂ©tiques doivent comprendre une modification de lâalimentation, une activitĂ© physique rĂ©guliĂšre et un soutien comportemental. Les prioritĂ©s alimentaires consistent Ă rĂ©duire les cĂ©rĂ©ales raffinĂ©es, les fĂ©culents, les sucres et les viandes transformĂ©es tout en augmentant la consommation de fruits, de lĂ©gumes, de fruits Ă coque, de poisson, dâhuiles vĂ©gĂ©tales et de cĂ©rĂ©ales complĂštes, dans le contexte dâune activitĂ© physique rĂ©guliĂšre.
Une réduction pondérale de 5 % à 10 % peut améliorer :
La pression artérielle
Les lipoprotéines riches en triglycérides
Le cholestérol des lipoprotéines de basse densité
Le cholestérol des lipoprotéines de haute densité
La tolérance au glucose
LâinsulinorĂ©sistance
Les recommandations europĂ©ennes dĂ©crivent un minimum de 150 minutes par semaine dâexercice dâendurance dâintensitĂ© modĂ©rĂ©e, associĂ© Ă trois sĂ©ances hebdomadaires de renforcement musculaire. Lâexercice peut rĂ©duire la graisse intra-abdominale, amĂ©liorer la masse musculaire et osseuse, attĂ©nuer la diminution de la dĂ©pense Ă©nergĂ©tique de repos associĂ©e Ă la perte pondĂ©rale et amĂ©liorer la pression artĂ©rielle, lâinflammation, la tolĂ©rance au glucose, la sensibilitĂ© Ă lâinsuline, le profil lipidique, la condition physique, le bien-ĂȘtre et la santĂ© psychologique.
Lâeffet de lâexercice seul sur la masse grasse est modeste. Plus de 225 minutes par semaine dâexercice dâendurance peuvent ĂȘtre nĂ©cessaires pour maximiser la perte de masse grasse chez les personnes obĂšses. Chez les personnes hypertendues, le document source recommande au moins 30 minutes dâactivitĂ© aĂ©robie dynamique dâintensitĂ© modĂ©rĂ©e Ă Ă©levĂ©e 5â7 jours par semaine, avec un entraĂźnement de rĂ©sistance 2â3 jours par semaine comme stratĂ©gie supplĂ©mentaire de rĂ©duction de la pression artĂ©rielle.
Aucune modalitĂ© alimentaire spĂ©cifique nâa constamment dĂ©montrĂ© sa supĂ©rioritĂ© pour obtenir une rĂ©duction pondĂ©rale durable chez les personnes motivĂ©es. Le jeĂ»ne intermittent peut apporter des bĂ©nĂ©fices cliniques mĂȘme en lâabsence de perte pondĂ©rale importante, bien que le document source ne prĂ©cise pas de schĂ©ma de jeĂ»ne privilĂ©giĂ©.
Les interventions comportementales ont entraĂźnĂ© une perte pondĂ©rale moyenne modeste et une diminution de la reprise de poids par rapport aux tĂ©moins, mais les essais nâont pas Ă©tabli de maniĂšre dĂ©finitive une rĂ©duction des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires ou de la mortalitĂ©. Une limite majeure a Ă©tĂ© la difficultĂ© Ă maintenir la perte pondĂ©rale Ă long terme.
Pharmacothérapie anti-obésité
Une pharmacothérapie anti-obésité précoce est indiquée en cas de :
IMC â„30 kg/m2, ou
IMC â„27 kg/m2 associĂ© Ă une affection liĂ©e au poids, telle quâun diabĂšte de type 2, une maladie hĂ©patique mĂ©tabolique, une hypertension artĂ©rielle ou une MCV
Les nouveaux agents fondés sur les incrétines ont considérablement élargi les options thérapeutiques. Les traitements injectables hebdomadaires cités dans le document source comprennent :
SĂ©maglutide 2.4 mg, associĂ© Ă une perte pondĂ©rale dâenviron 15 %
TirzĂ©patide 15 mg, associĂ© Ă une perte pondĂ©rale dâenviron 23 %
Le traitement par agoniste du rĂ©cepteur du GLP-1 diminue lâappĂ©tit et favorise la satiĂ©tĂ©. Lâactivation du rĂ©cepteur du GLP-1 stimule la libĂ©ration dâinsuline dĂ©pendante du glucose, inhibe la sĂ©crĂ©tion de glucagon et retarde la vidange gastrique. Ces agents peuvent Ă©galement agir sur lâinflammation vasculaire, la coagulation, la pression artĂ©rielle et la fonction rĂ©nale.
Chez les personnes atteintes de diabĂšte de type 2, les agonistes du rĂ©cepteur du GLP-1 ont Ă©tĂ© associĂ©s Ă des rĂ©ductions relatives de plusieurs Ă©vĂ©nements cardiovasculaires et rĂ©naux, notamment lâinfarctus du myocarde, lâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral, lâhospitalisation pour IC, lâaggravation de la fonction rĂ©nale, la mortalitĂ© cardiovasculaire et la mortalitĂ© toutes causes. Chez les personnes en surpoids non diabĂ©tiques, le sĂ©maglutide a Ă©galement Ă©tĂ© associĂ© Ă une rĂ©duction des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires et Ă une rĂ©duction pondĂ©rale dâenviron 9 % dans les donnĂ©es de pronostic citĂ©es.
Les considérations pratiques comprennent :
Les effets indésirables gastro-intestinaux sont fréquents avec le sémaglutide et les autres agonistes du récepteur du GLP-1.
Une maladie de la vésicule biliaire peut survenir.
Les effets Ă long terme de lâagonisme du GLP-1 restent incomplĂštement dĂ©finis.
La perte possible de masse musculaire en plus du tissu adipeux demeure préoccupante.
Le coĂ»t et lâaccĂšs Ă©quitable constituent des limites majeures.
Le tirzĂ©patide, agoniste double du polypeptide insulinotrope dĂ©pendant du glucose et du GLP-1, ainsi que les agonistes oraux du rĂ©cepteur du GLP-1 sont dâautres approches en cours de dĂ©veloppement, dont lâĂ©valuation des critĂšres cardiovasculaires se poursuit.
Le document source ne fournit pas de schĂ©mas dâaugmentation progressive des doses, de contre-indications, de durĂ©e du traitement ni de prise en charge dĂ©taillĂ©e des effets indĂ©sirables.
Chirurgie métabolique et bariatrique
La chirurgie métabolique/bariatrique est considérée comme sûre et efficace chez les patients répondant aux critÚres cliniques suivants :
IMC >35 kg/m2, indĂ©pendamment de la prĂ©sence dâune comorbiditĂ© liĂ©e Ă lâobĂ©sitĂ©, conformĂ©ment aux recommandations chirurgicales contemporaines
IMC >30 kg/m2 associé à une affection liée au poids, en particulier un diabÚte dans les recommandations citées
La chirurgie peut ĂȘtre particuliĂšrement pertinente chez les patients prĂ©sentant une obĂ©sitĂ© sĂ©vĂšre et une MCV. Les bĂ©nĂ©fices cardiovasculaires peuvent rĂ©sulter :
De la réduction pondérale
De lâamĂ©lioration du contrĂŽle du diabĂšte
De lâamĂ©lioration du profil lipidique
De lâamĂ©lioration de lâhypertension artĂ©rielle
De la rĂ©duction de lâhypertrophie ventriculaire gauche et de la contrainte ventriculaire
De lâamĂ©lioration des apnĂ©es du sommeil
De la réduction des complications hépatiques chez les patients atteints de stéatohépatite
Le document source rapporte des donnĂ©es observationnelles indiquant une mortalitĂ© Ă long terme plus faible et moins dâĂ©vĂ©nements cardiovasculaires incidents aprĂšs chirurgie mĂ©tabolique, mais souligne Ă©galement que la chirurgie comporte des risques et demeure une ressource limitĂ©e et sous-utilisĂ©e. La reprise de poids est reconnue comme un problĂšme important, bien que les stratĂ©gies prĂ©ventives ou correctives dĂ©taillĂ©es ne soient pas fournies.
Principes de prise en charge fondés sur les recommandations
Les principes fondés sur les recommandations et étayés par le document source sont les suivants :
DĂ©pister lâobĂ©sitĂ© chez tous les adultes.
Relever le poids, la taille, lâIMC et, lorsque cela est appropriĂ©, le tour de taille.
Ăvaluer systĂ©matiquement le risque cardiovasculaire et les complications liĂ©es Ă lâobĂ©sitĂ©.
Proposer des conseils hygiéno-diététiques intensifs avec intervention comportementale.
Envisager une pharmacothĂ©rapie anti-obĂ©sitĂ© pour un IMC â„30 kg/m2, ou pour un IMC â„27 kg/m2 lorsquâune affection liĂ©e au poids est prĂ©sente.
Envisager une chirurgie métabolique/bariatrique pour un IMC >35 kg/m2, et chez certains patients ayant un IMC >30 kg/m2 associé à une affection liée au poids.
Associer exercices dâendurance et de renforcement musculaire.
Ăvaluer lâĂ©tat cardiovasculaire avant la pratique dâun exercice dâintensitĂ© Ă©levĂ©e.
Traiter lâobĂ©sitĂ© et les affections associĂ©es dans le cadre dâune stratĂ©gie intĂ©grĂ©e de prĂ©vention cardiovasculaire.
Intégrer dans la planification thérapeutique la disposition du patient au changement, ses objectifs, son état psychologique, son accÚs aux soins et son adhésion à long terme.
Chez les patients prĂ©sentant une obĂ©sitĂ© et un diabĂšte de type 2, la rĂ©duction pondĂ©rale associĂ©e Ă une augmentation de lâactivitĂ© physique quotidienne et Ă un exercice structurĂ© est mise en avant pour amĂ©liorer le contrĂŽle mĂ©tabolique, la capacitĂ© dâeffort et les rĂ©sultats cliniques. Un rĂ©gime mĂ©diterranĂ©en complĂ©tĂ© par de lâhuile dâolive et/ou des fruits Ă coque est associĂ© Ă une rĂ©duction des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires majeurs chez les patients atteints de MCV.
Pronostic et suivi
LâobĂ©sitĂ© est associĂ©e Ă une morbiditĂ© et une mortalitĂ© accrues, Ă une diminution de la qualitĂ© de vie et Ă une charge importante pour le systĂšme de santĂ©. Le risque cardiovasculaire augmente gĂ©nĂ©ralement avec lâĂ©lĂ©vation de lâIMC, mais le pronostic dĂ©pend Ă©galement de lâadipositĂ© viscĂ©rale, de la capacitĂ© cardiorespiratoire, de la masse musculaire squelettique, de la sarcopĂ©nie, du diabĂšte et dâune maladie cardiovasculaire avĂ©rĂ©e.
Le paradoxe de lâobĂ©sitĂ© dans lâIC et les populations pĂ©riopĂ©ratoires illustre les limites de lâIMC comme mesure pronostique. Une meilleure condition physique peut ĂȘtre associĂ©e Ă un pronostic plus favorable indĂ©pendamment de la composition corporelle, tandis quâune faible capacitĂ© cardiorespiratoire prĂ©dit la mortalitĂ© indĂ©pendamment de lâIMC.
Le suivi doit ĂȘtre longitudinal et réévaluer :
Le poids corporel et lâIMC
Le tour de taille lorsque cela est approprié
La pression artérielle
LâĂ©tat glycĂ©mique
Le profil lipidique
La fonction rĂ©nale et lâalbuminurie lorsque cela est cliniquement indiquĂ©
La capacitĂ© dâeffort et lâactivitĂ© physique
Les symptĂŽmes dâIC, de MC, de fibrillation atriale et de troubles respiratoires du sommeil
LâadhĂ©sion, la rĂ©ponse au traitement et les effets indĂ©sirables
La santé psychologique et la disposition à poursuivre le traitement
La reprise de poids
La perte pondĂ©rale peut amĂ©liorer la qualitĂ© de vie et la capacitĂ© dâeffort et peut contribuer Ă un remodelage ventriculaire inverse chez les patients atteints dâIC, mais son effet sur la survie dans lâIC demeure incertain dâaprĂšs le document source. Une Ă©valuation continue est donc nĂ©cessaire mĂȘme lorsquâune rĂ©duction pondĂ©rale a Ă©tĂ© obtenue, car lâobĂ©sitĂ© est une maladie chronique et rĂ©cidivante et le risque cardiovasculaire dĂ©pend dâautres facteurs que le poids corporel seul.