đŸš« NSTEMI : stratification du risque et calendrier de la stratĂ©gie invasive

Sommaire (34)

Définition et contexte physiopathologique

L’infarctus du myocarde sans sus-dĂ©calage persistant du segment ST (NSTEMI) s’inscrit dans le spectre des syndromes coronariens aigus sans sus-dĂ©calage du segment ST (SCA sans sus-dĂ©calage du ST). Ce spectre clinique comprend les patients prĂ©sentant un NSTEMI confirmĂ©, les patients ayant un diagnostic de travail de SCA sans sus-dĂ©calage du ST avec une forte probabilitĂ© d’angor instable (AI), ainsi que les patients dont les constatations initiales sont moins concluantes.

Le signe Ă©lectrocardiographique caractĂ©ristique est l’absence de sus-dĂ©calage persistant du segment ST. Cela n’implique pas un risque faible : les patients prĂ©sentant un SCA sans sus-dĂ©calage du ST peuvent avoir une ischĂ©mie myocardique importante, des anomalies ECG dynamiques, une nĂ©crose myocardique, une dĂ©tĂ©rioration hĂ©modynamique, une insuffisance cardiaque, des troubles du rythme malins ou des complications mĂ©caniques.

L’évaluation du risque vise Ă  identifier les patients les plus susceptibles de tirer bĂ©nĂ©fice d’une coronarographie prĂ©coce et d’une revascularisation, tout en Ă©vitant les complications procĂ©durales et les hĂ©morragies inutiles chez les patients Ă  moindre risque ou chez ceux pour lesquels les risques de la revascularisation dĂ©passent ses bĂ©nĂ©fices potentiels. Une stratĂ©gie invasive systĂ©matique ne rĂ©duit pas la mortalitĂ© toutes causes confondues dans l’ensemble de la population atteinte de SCA sans sus-dĂ©calage du ST, mais elle rĂ©duit les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques composites, particuliĂšrement chez les patients Ă  haut risque. Cette stratĂ©gie peut toutefois augmenter les complications pĂ©riprocĂ©durales et les hĂ©morragies.

Présentation clinique

Les sources disponibles ne fournissent pas de description dĂ©taillĂ©e des symptĂŽmes initiaux du NSTEMI. Elles identifient toutefois plusieurs manifestations cliniques indiquant un risque particuliĂšrement Ă©levĂ© et devant influencer l’urgence de la prise en charge :

  • Douleur thoracique rĂ©cidivante ou persistante malgrĂ© le traitement mĂ©dical

  • Insuffisance cardiaque aiguĂ« prĂ©sumĂ©e secondaire Ă  une ischĂ©mie myocardique persistante

  • InstabilitĂ© hĂ©modynamique ou choc cardiogĂ©nique

  • Troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou arrĂȘt cardiaque aprĂšs la prĂ©sentation

  • Complications mĂ©caniques de l’infarctus du myocarde

  • Modifications ECG dynamiques rĂ©cidivantes Ă©vocatrices d’ischĂ©mie, notamment un sus-dĂ©calage intermittent du segment ST

Les patients peuvent initialement se stabiliser, puis dĂ©velopper un angor rĂ©cidivant, de nouvelles modifications ECG ischĂ©miques, des biomarqueurs tĂ©moignant d’une nĂ©crose myocardique ou une ischĂ©mie sĂ©vĂšre Ă  l’épreuve d’effort. Ces Ă©volutions peuvent transformer une approche initialement sĂ©lective ou diffĂ©rĂ©e en indication de coronarographie et de revascularisation Ă©ventuelle.

Évaluation initiale et stratification du risque

Évaluation clinique

L’évaluation dĂ©bute par l’analyse du contexte clinique, de l’ECG, de la stabilitĂ© hĂ©modynamique et des rĂ©sultats des biomarqueurs cardiaques. Les patients chez lesquels un SCA est suspectĂ© sont orientĂ©s vers une filiĂšre STEMI ou une filiĂšre SCA sans sus-dĂ©calage du ST selon l’ECG initial et la prĂ©sentation clinique.

En cas de suspicion de SCA sans sus-décalage du ST, les questions cliniques immédiates sont les suivantes :

  • Existe-t-il un signe de trĂšs haut risque nĂ©cessitant une coronarographie en urgence ?

  • Existe-t-il un signe de haut risque justifiant une coronarographie dans les 24 heures ?

  • Le patient est-il stable, sans caractĂ©ristique de haut risque, et donc potentiellement Ă©ligible Ă  une approche invasive sĂ©lective ?

  • La probabilitĂ© clinique d’un vĂ©ritable SCA sans sus-dĂ©calage du ST est-elle suffisamment faible pour qu’une Ă©valuation non invasive soit plus appropriĂ©e ?

La prĂ©sence de comorbiditĂ©s importantes peut modifier l’équilibre entre le risque procĂ©dural et le bĂ©nĂ©fice attendu. Une stratĂ©gie invasive prĂ©coce n’est pas recommandĂ©e lorsque les risques de la revascularisation dĂ©passent ses bĂ©nĂ©fices escomptĂ©s.

État hĂ©modynamique et Ă©lectrique

L’instabilitĂ© hĂ©modynamique, le choc cardiogĂ©nique, l’insuffisance cardiaque aiguĂ« liĂ©e Ă  une ischĂ©mie persistante, les troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital et l’arrĂȘt cardiaque aprĂšs la prĂ©sentation sont des marqueurs de trĂšs haut risque. Ils imposent une escalade immĂ©diate de la prise en charge, car la prioritĂ© est d’identifier et de traiter sans dĂ©lai Ă©vitable une lĂ©sion coronaire obstructive.

En revanche, les patients hĂ©modynamiquement stables, sans sus-dĂ©calage du segment ST aprĂšs une rĂ©animation rĂ©ussie Ă  la suite d’un arrĂȘt cardiaque extrahospitalier, ne doivent pas faire systĂ©matiquement l’objet d’une coronarographie immĂ©diate. Dans ce contexte, une approche sĂ©lective ou diffĂ©rĂ©e est recommandĂ©e, sauf si d’autres constatations justifient une intervention urgente.

Scores de risque

Plusieurs scores de risque intĂšgrent des variables cliniques, ECG et biologiques.

Score de risque RÎle principal décrit dans les sources
GRACE PrĂ©dit la mortalitĂ© aprĂšs un SCA sans sus-dĂ©calage du ST ; un score >140 constitue un critĂšre de haut risque en faveur d’une stratĂ©gie invasive prĂ©coce
TIMI Fournit une Ă©valuation rapide fondĂ©e sur sept facteurs de risque indĂ©pendants et identifie les patients susceptibles de bĂ©nĂ©ficier d’une prise en charge invasive prĂ©coce et d’un traitement antithrombotique plus intensif
HEART IntĂšgre l’anamnĂšse, l’ECG, l’ñge, les facteurs de risque et la troponine dans l’évaluation du risque
Score TIMI de coronaropathie ischĂ©mique stable UtilisĂ© pour le pronostic Ă  plus long terme aprĂšs un SCA et pour identifier les patients susceptibles de tirer un bĂ©nĂ©fice absolu plus important d’un traitement antithrombotique et hypolipĂ©miant intensif
Score de Pocock Utilise plusieurs variables cliniques et contextuelles pour estimer la mortalité à deux ans aprÚs une hospitalisation pour SCA et peut contribuer à adapter la prévention secondaire

Le score GRACE possĂšde les meilleures performances discriminantes parmi les scores spĂ©cifiquement Ă©tudiĂ©s pour les dĂ©cisions thĂ©rapeutiques, et une valeur >140 est intĂ©grĂ©e aux recommandations actuelles en faveur d’une coronarographie prĂ©coce.

Le SCA sans sus-dĂ©calage du ST documentĂ© s’accompagne d’un large Ă©ventail de risques prĂ©coces. Les sources dĂ©crivent une mortalitĂ© Ă  30 jours comprise entre 1–10 % et un risque de rĂ©cidive de SCA au cours de la premiĂšre annĂ©e compris entre 5–15 %. Le risque n’est pas homogĂšne : les patients prĂ©sentant une troponine Ă©levĂ©e, des modifications ECG dynamiques, un diabĂšte ou un score GRACE >140 font partie de ceux chez lesquels une stratĂ©gie invasive prĂ©coce peut apporter le plus grand bĂ©nĂ©fice.

Évaluation Ă©lectrocardiographique

L’ECG est essentiel pour le triage et la dĂ©termination du calendrier de prise en charge.

ÉlĂ©ments en faveur d’une stratĂ©gie immĂ©diate

Les modifications ECG dynamiques rĂ©cidivantes Ă©vocatrices d’ischĂ©mie, notamment un sus-dĂ©calage intermittent du segment ST, sont des signes de trĂšs haut risque. Elles justifient une coronarographie en urgence, dĂšs que possible.

ÉlĂ©ments en faveur d’une stratĂ©gie prĂ©coce

Les éléments ECG suivants sont des signes de haut risque :

  • Modifications dynamiques du segment ST

  • Modifications dynamiques de l’onde T

  • Sus-dĂ©calage transitoire du segment ST

Ces constatations justifient d’envisager une coronarographie dans les 24 heures chez un patient par ailleurs appropriĂ©.

Les sources soulignent Ă©galement que des signes ECG Ă©vocateurs d’une atteinte du tronc commun coronaire gauche doivent conduire Ă  une orientation particuliĂšrement rapide vers la coronarographie.

Présentations avec ECG négatif

Un ECG normal n’exclut pas un SCA sans sus-dĂ©calage du ST. Chez les patients chez lesquels un SCA est suspectĂ©, sans modification ECG, sans douleur rĂ©cidivante et prĂ©sentant une troponine cardiaque ultrasensible non Ă©levĂ©e ou incertaine, il convient d’envisager l’intĂ©gration d’une angio-TDM coronaire (CCTA) ou d’une imagerie de stress non invasive Ă  l’évaluation initiale.

Biomarqueurs et examens biologiques

Troponine cardiaque ultrasensible

La troponine cardiaque ultrasensible (hs-cTn) est utilisĂ©e dans les algorithmes diagnostiques du NSTEMI suspectĂ©. Les sources font rĂ©fĂ©rence aux algorithmes ESC 0 heure/1 heure et 0 heure/2 heures, dans lesquels la concentration initiale de hs-cTn et sa variation au cours du temps dĂ©terminent l’orientation du patient vers une stratĂ©gie d’exclusion, d’observation ou de confirmation diagnostique.

Les patients prĂ©sentant un NSTEMI confirmĂ© selon les algorithmes recommandĂ©s de hs-cTn sont classĂ©s Ă  haut risque et doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s pour une stratĂ©gie invasive prĂ©coce dans les 24 heures, Ă  condition qu’aucun signe de trĂšs haut risque n’impose une coronarographie immĂ©diate.

Les sources ne fournissent pas de seuils spĂ©cifiques de hs-cTn ni de valeurs delta. Ceux-ci doivent donc ĂȘtre appliquĂ©s conformĂ©ment Ă  l’algorithme diagnostique validĂ© correspondant Ă  la mĂ©thode de dosage utilisĂ©e, plutĂŽt que dĂ©duits d’une valeur gĂ©nĂ©rique.

Troponine et risque

Des valeurs positives ou croissantes de troponine identifient un groupe prĂ©sentant un risque accru d’évĂ©nements indĂ©sirables. Dans les Ă©tudes comparant une coronarographie prĂ©coce Ă  une coronarographie diffĂ©rĂ©e, les patients ayant une troponine positive et ceux dont le score GRACE Ă©tait >140 semblaient tirer un bĂ©nĂ©fice plus important d’une approche prĂ©coce, bien que certains tests d’interaction entre sous-groupes aient Ă©tĂ© non concluants.

Une Ă©lĂ©vation de la troponine n’est pas synonyme de NSTEMI de type 1. La situation clinique globale, l’ECG, les symptĂŽmes et l’état hĂ©modynamique restent essentiels pour dĂ©terminer si la prĂ©sentation correspond Ă  un SCA sans sus-dĂ©calage du ST et si une prise en charge invasive est appropriĂ©e.

Chez les sujets ĂągĂ©s, la hs-cTn conserve d’excellentes performances diagnostiques, mais sa spĂ©cificitĂ© est moindre que chez les patients plus jeunes, car les Ă©lĂ©vations sont plus frĂ©quemment associĂ©es Ă  des affections autres qu’un SCA.

Autres biomarqueurs

L’évaluation multimarqueur intĂ©grant la hs-cTn et les peptides natriurĂ©tiques est dĂ©crite comme une approche en cours d’évolution, susceptible de contribuer Ă  caractĂ©riser la physiopathologie et Ă  affiner la stratification du risque. Les sources ne fournissent pas de seuils spĂ©cifiques de peptides natriurĂ©tiques ni d’implications thĂ©rapeutiques.

Imagerie et explorations non invasives

Coronarographie

La coronarographie est l’examen diagnostique central chez les patients sĂ©lectionnĂ©s pour une stratĂ©gie invasive. Elle vise Ă  dĂ©finir l’anatomie coronaire et Ă  permettre une ICP lorsqu’elle est appropriĂ©e. Selon l’anatomie, un pontage aortocoronarien (PAC) ou la poursuite du traitement mĂ©dical peuvent ĂȘtre privilĂ©giĂ©s.

Le calendrier de la coronarographie dépend de la catégorie de risque :

  • Coronarographie immĂ©diate en cas de SCA sans sus-dĂ©calage du ST Ă  trĂšs haut risque

  • Coronarographie prĂ©coce dans les 24 heures en cas de SCA sans sus-dĂ©calage du ST Ă  haut risque

  • Prise en charge invasive pendant l’hospitalisation, avant la sortie, chez les patients ayant une forte suspicion clinique mais ne remplissant pas les critĂšres d’intervention immĂ©diate ou prĂ©coce

  • Évaluation invasive sĂ©lective chez les patients sans signe de haut risque et prĂ©sentant une faible suspicion clinique

CCTA et imagerie de stress

En cas de SCA suspectĂ© avec hs-cTn incertaine ou non Ă©levĂ©e, sans modification ECG ni douleur rĂ©cidivante, une CCTA ou une imagerie de stress non invasive doit ĂȘtre envisagĂ©e dans le bilan initial.

Une stratĂ©gie invasive sĂ©lective peut Ă©galement reposer sur la mise en Ă©vidence d’une coronaropathie obstructive Ă  la CCTA ou d’une ischĂ©mie inductible lors d’une Ă©preuve de stress. La coronarographie est alors rĂ©servĂ©e aux patients chez lesquels l’évaluation non invasive indique la nĂ©cessitĂ© d’une caractĂ©risation anatomique ou d’une revascularisation.

Catégories de prise en charge invasive

Trois grandes stratégies sont utilisées.

Stratégie invasive immédiate

Une stratĂ©gie invasive immĂ©diate consiste Ă  rĂ©aliser une coronarographie en urgence dĂšs que possible, suivie d’une ICP si elle est indiquĂ©e. Les recommandations dĂ©crites dans les sources fixent un objectif infĂ©rieur Ă  deux heures chaque fois que possible.

Elle est recommandĂ©e chez les patients ayant un diagnostic de travail de SCA sans sus-dĂ©calage du ST et prĂ©sentant au moins l’un des Ă©lĂ©ments suivants :

  • InstabilitĂ© hĂ©modynamique ou choc cardiogĂ©nique

  • Douleur thoracique rĂ©cidivante ou persistante rĂ©fractaire au traitement mĂ©dical

  • Insuffisance cardiaque aiguĂ« prĂ©sumĂ©e secondaire Ă  une ischĂ©mie myocardique persistante

  • Troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou arrĂȘt cardiaque aprĂšs la prĂ©sentation

  • Complications mĂ©caniques de l’infarctus du myocarde

  • Modifications ECG dynamiques rĂ©cidivantes Ă©vocatrices d’ischĂ©mie, notamment un sus-dĂ©calage intermittent du segment ST

Ces patients nĂ©cessitent une stabilisation clinique urgente et une coronarographie en urgence. Une revascularisation est rĂ©alisĂ©e si l’anatomie coronaire et le contexte clinique le permettent.

Stratégie invasive précoce

Une stratégie invasive précoce consiste à réaliser systématiquement une coronarographie, avec ICP si nécessaire, dans les 24 heures suivant la présentation.

Elle doit ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients prĂ©sentant au moins l’un des critĂšres de haut risque suivants :

  • NSTEMI confirmĂ© selon les algorithmes diagnostiques actuels de hs-cTn de l’ESC

  • Modifications dynamiques du segment ST ou de l’onde T

  • Sus-dĂ©calage transitoire du segment ST

  • Score de risque GRACE >140

La révision de 2023 décrite dans les sources a transformé la recommandation, auparavant formulée plus fortement, en une recommandation de classe IIa, tout en conservant un niveau de preuve élevé pour ce groupe.

StratĂ©gie invasive pendant l’hospitalisation avant la sortie

Les patients ne remplissant pas les critĂšres de trĂšs haut risque ou de haut risque peuvent nĂ©anmoins nĂ©cessiter une coronarographie pendant l’hospitalisation lorsqu’il existe une forte suspicion de SCA sans sus-dĂ©calage du ST, notamment d’angor instable.

La dĂ©cision doit ĂȘtre individualisĂ©e selon le degrĂ© de suspicion clinique, la rĂ©cidive des symptĂŽmes, l’évolution de l’ECG, les rĂ©sultats des biomarqueurs, les explorations non invasives, les comorbiditĂ©s et le risque procĂ©dural.

Stratégie invasive sélective

Une stratĂ©gie invasive sĂ©lective, guidĂ©e par l’ischĂ©mie ou conservatrice, dĂ©bute par un traitement mĂ©dical et une surveillance Ă©troite. Une coronarographie est rĂ©alisĂ©e si l’un des Ă©lĂ©ments suivants apparaĂźt :

  • InstabilitĂ© hĂ©modynamique

  • Douleur rĂ©cidivante au repos ou rĂ©cidive de l’ischĂ©mie

  • RĂ©cidive de modifications du segment ST ou de l’onde T

  • Nouveaux Ă©lĂ©ments biologiques en faveur d’une nĂ©crose myocardique

  • Coronaropathie obstructive dĂ©tectĂ©e Ă  la CCTA

  • IschĂ©mie inductible sĂ©vĂšre lors d’une Ă©preuve de stress

Cette stratégie est recommandée chez les patients sans caractéristique de trÚs haut risque ou de haut risque, chez lesquels la suspicion de SCA sans sus-décalage du ST est faible. Elle convient également aux patients présentant un NSTEMI ou un AI qui ne sont pas considérés comme de bons candidats à la coronarographie.

Algorithme de détermination du calendrier

CatĂ©gorie clinique ÉlĂ©ments dĂ©finissants Approche recommandĂ©e
TrĂšs haut risque Choc ou instabilitĂ© hĂ©modynamique ; douleur thoracique rĂ©fractaire ou rĂ©cidivante ; insuffisance cardiaque aiguĂ« ischĂ©mique ; trouble du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou arrĂȘt cardiaque ; complication mĂ©canique ; modifications ECG dynamiques rĂ©cidivantes Ă©vocatrices d’ischĂ©mie, notamment un sus-dĂ©calage intermittent du ST Coronarographie immĂ©diate, idĂ©alement dĂšs que possible et gĂ©nĂ©ralement dans les 2 heures
Haut risque NSTEMI confirmĂ© par l’algorithme de hs-cTn ; modifications dynamiques du ST/de l’onde T ; sus-dĂ©calage transitoire du ST ; score GRACE >140 Une stratĂ©gie invasive prĂ©coce dans les 24 heures doit ĂȘtre envisagĂ©e
Forte suspicion clinique sans critĂšre de haut risque AI suspectĂ© ou persistance d’une suspicion de SCA sans sus-dĂ©calage du ST malgrĂ© l’absence de signe de haut risque dĂ©fini StratĂ©gie invasive pendant l’hospitalisation avant la sortie
Faible suspicion et absence de signe de haut risque hs-cTn non élevée ou incertaine, absence de modification ECG, absence de douleur récidivante et faible probabilité de SCA sans sus-décalage du ST Stratégie sélective avec CCTA ou imagerie de stress selon le contexte
Patient non éligible à la coronarographie Comorbidité ou contexte clinique global dans lequel le risque procédural dépasse le bénéfice probable Prise en charge médicale individualisée et explorations sélectives

Données étayant le calendrier de prise en charge

Une approche invasive systĂ©matique rĂ©duit les critĂšres d’évaluation ischĂ©miques composites, particuliĂšrement chez les patients Ă  haut risque, mais ne rĂ©duit pas de maniĂšre constante la mortalitĂ© toutes causes confondues dans l’ensemble de la population atteinte de SCA sans sus-dĂ©calage du ST. Elle peut augmenter les complications pĂ©riprocĂ©durales et les hĂ©morragies.

Les méta-analyses comparant une coronarographie précoce à une coronarographie différée ont montré :

  • Une rĂ©duction de l’ischĂ©mie rĂ©cidivante ou rĂ©fractaire avec la coronarographie prĂ©coce

  • Une diminution de la durĂ©e d’hospitalisation

  • Une rĂ©duction de l’infarctus du myocarde au cours du suivi Ă  long terme dans une analyse

  • L’absence de rĂ©duction globale constante de la mortalitĂ©

  • Un bĂ©nĂ©fice apparemment plus important chez les patients ayant un score GRACE >140 et, dans certaines analyses, chez ceux prĂ©sentant une troponine positive

La plus grande mĂ©ta-analyse dĂ©crite dans les sources a montrĂ© que la coronarographie prĂ©coce chez des patients non sĂ©lectionnĂ©s prĂ©sentant un SCA sans sus-dĂ©calage du ST rĂ©duisait l’ischĂ©mie rĂ©cidivante et la durĂ©e d’hospitalisation, mais ne rĂ©duisait pas significativement la mortalitĂ© toutes causes confondues, l’infarctus du myocarde, les hospitalisations pour insuffisance cardiaque ou la nĂ©cessitĂ© d’une nouvelle revascularisation. L’interprĂ©tation est limitĂ©e par la variabilitĂ© du calendrier de la coronarographie dans les groupes de traitement diffĂ©rĂ© et par le fait que plusieurs essais antĂ©rieurs n’utilisaient pas les algorithmes diagnostiques contemporains fondĂ©s sur la hs-cTn.

Les donnĂ©es observationnelles sont globalement concordantes, sans signal universel fort indiquant que la coronarographie prĂ©coce serait supĂ©rieure Ă  la coronarographie diffĂ©rĂ©e chez tous les patients. Le poids des donnĂ©es disponibles soutient donc une accĂ©lĂ©ration de la prise en charge invasive guidĂ©e par le risque plutĂŽt qu’une accĂ©lĂ©ration indiscriminĂ©e.

Choc cardiogénique et instabilité hémodynamique

Le choc cardiogénique est une complication peu fréquente mais particuliÚrement grave du NSTEMI. Les sources rapportent une incidence inférieure à 3 % et une mortalité hospitaliÚre de 35 % dans une vaste base de données nationale américaine. Dans cette population, la mortalité ajustée sur le risque était réduite de plus de 50 % avec une stratégie invasive.

Le choc ou l’instabilitĂ© hĂ©modynamique constitue donc une indication de coronarographie immĂ©diate et, lorsque cela est appropriĂ©, de revascularisation. Ces patients ont Ă©tĂ© exclus des principaux essais randomisĂ©s consacrĂ©s aux SCA ; les recommandations reposent donc sur le risque trĂšs Ă©levĂ© observĂ© et sur les donnĂ©es cliniques disponibles, plutĂŽt que sur le mĂȘme cadre d’essai que celui utilisĂ© pour les SCA sans sus-dĂ©calage du ST stables.

ArrĂȘt cardiaque et troubles du rythme

Les troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou l’arrĂȘt cardiaque survenant aprĂšs la prĂ©sentation sont des signes de trĂšs haut risque nĂ©cessitant une prise en charge invasive immĂ©diate dans le contexte d’un SCA sans sus-dĂ©calage du ST.

Une approche diffĂ©rente s’applique aux patients rĂ©animĂ©s avec succĂšs aprĂšs un arrĂȘt cardiaque extrahospitalier, qui sont hĂ©modynamiquement stables et ne prĂ©sentent pas de sus-dĂ©calage persistant du segment ST ni d’équivalent. Une coronarographie immĂ©diate systĂ©matique n’est pas recommandĂ©e dans ce groupe. Une approche invasive diffĂ©rĂ©e ou sĂ©lective doit ĂȘtre utilisĂ©e, sauf si d’autres Ă©lĂ©ments cliniques ou diagnostiques indiquent la nĂ©cessitĂ© d’une intervention urgente.

Chez les adultes qui restent inconscients aprĂšs le retour d’une circulation spontanĂ©e Ă  la suite d’un arrĂȘt cardiaque extrahospitalier ou intrahospitalier, un contrĂŽle de la tempĂ©rature avec surveillance continue de la tempĂ©rature centrale et prĂ©vention active de la fiĂšvre au-dessus de 37.7°C est recommandĂ©.

Revascularisation aprĂšs la coronarographie

La coronarographie est rĂ©alisĂ©e dans l’objectif de procĂ©der Ă  une revascularisation lorsque celle-ci est appropriĂ©e. Les options comprennent :

  • ICP

  • PAC

  • Poursuite du traitement mĂ©dical lorsque la revascularisation n’est pas indiquĂ©e ou n’est pas rĂ©alisable

L’anatomie coronaire, les comorbiditĂ©s, la fonction rĂ©nale, l’état hĂ©modynamique et la complexitĂ© de la procĂ©dure influencent le choix thĂ©rapeutique. Chez les patients prĂ©sentant une atteinte pluritronculaire, une ICP en un temps peut ĂȘtre envisagĂ©e en l’absence de choc cardiogĂ©nique, de comorbiditĂ© sĂ©vĂšre telle qu’une lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« et d’une anatomie dĂ©favorable ou Ă  haut risque. Une anatomie complexe peut nĂ©cessiter une discussion au sein de la Heart Team pour choisir entre un PAC et une ICP complexe.

Traitement antithrombotique et traitement médical

Les sources indiquent qu’un traitement anti-ischĂ©mique et antithrombotique doit ĂȘtre instaurĂ© avant ou parallĂšlement Ă  la stratĂ©gie invasive, mais elles ne fournissent pas de schĂ©ma thĂ©rapeutique complet, de posologies spĂ©cifiques ni de tableaux dĂ©taillĂ©s de contre-indications pour le NSTEMI. En consĂ©quence, aucune posologie spĂ©cifique d’anticoagulants, d’antiagrĂ©gants plaquettaires, de dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s, de bĂȘtabloquants ou d’autres traitements anti-ischĂ©miques n’est indiquĂ©e ici.

Les recommandations fournissent toutefois les éléments suivants concernant les antiagrégants plaquettaires dans le tableau révisé des recommandations :

  • Dans une stratĂ©gie d’ICP primaire, un prĂ©traitement par un inhibiteur des rĂ©cepteurs P2Y12 peut ĂȘtre envisagĂ©.

  • AprĂšs implantation d’un stent chez les patients traitĂ©s par bithĂ©rapie antiagrĂ©gante plaquettaire (DAPT), l’arrĂȘt de l’aspirine aprĂšs 3–6 mois doit ĂȘtre envisagĂ© en fonction de l’équilibre entre le risque ischĂ©mique et le risque hĂ©morragique.

  • Chez les patients restĂ©s indemnes d’évĂ©nement aprĂšs 3–6 mois de DAPT et ne prĂ©sentant pas de risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, une monothĂ©rapie antiagrĂ©gante plaquettaire, de prĂ©fĂ©rence par un inhibiteur des rĂ©cepteurs P2Y12, doit ĂȘtre envisagĂ©e.

La durĂ©e et la composition du traitement antithrombotique doivent donc ĂȘtre individualisĂ©es en fonction du risque ischĂ©mique, du risque hĂ©morragique, des considĂ©rations liĂ©es au stent et des comorbiditĂ©s.

Une hyperglycĂ©mie persistante au cours d’un SCA doit conduire Ă  envisager un traitement hypoglycĂ©miant, tandis que l’hypoglycĂ©mie doit ĂȘtre Ă©vitĂ©e. Les sources ne prĂ©cisent ni mĂ©dicament, ni schĂ©ma posologique, ni objectif glycĂ©mique universel ; la cible doit ĂȘtre adaptĂ©e aux comorbiditĂ©s.

Populations particuliĂšres

Sujets ùgés

L’ñge est un prĂ©dicteur majeur d’évolution dĂ©favorable aprĂšs un SCA. Les adultes ĂągĂ©s de ≄75 ans sont frĂ©quemment sous-reprĂ©sentĂ©s dans les essais cliniques et prĂ©sentent une prĂ©valence plus Ă©levĂ©e de fragilitĂ©, de multimorbiditĂ©, ainsi que de risques ischĂ©miques et hĂ©morragiques.

Chez les patients ùgés, les décisions concernant la prise en charge invasive doivent intégrer :

  • Le risque ischĂ©mique

  • Le risque hĂ©morragique

  • L’espĂ©rance de vie

  • Les comorbiditĂ©s

  • La fragilitĂ©

  • L’état cognitif et fonctionnel

  • La qualitĂ© de vie

  • La nĂ©cessitĂ© potentielle d’une chirurgie non cardiaque

  • Les valeurs et prĂ©fĂ©rences du patient

  • Le bĂ©nĂ©fice et le risque procĂ©duraux estimĂ©s

Une petite Ă©tude randomisĂ©e menĂ©e chez des patients ĂągĂ©s de ≄80 ans prĂ©sentant un SCA sans sus-dĂ©calage du ST a montrĂ© qu’une stratĂ©gie invasive rĂ©duisait un critĂšre composite associant infarctus du myocarde, revascularisation urgente, accident vasculaire cĂ©rĂ©bral et dĂ©cĂšs, mais ne rĂ©duisait pas la mortalitĂ© toutes causes confondues. Le bĂ©nĂ©fice devenait moins marquĂ© avec l’augmentation de l’ñge.

La hs-cTn demeure utile sur le plan diagnostique chez les sujets ĂągĂ©s, bien que sa spĂ©cificitĂ© rĂ©duite impose une intĂ©gration prudente avec la prĂ©sentation clinique et l’ECG.

DiabĂšte

Les indications et le calendrier de la revascularisation chez les patients diabĂ©tiques prĂ©sentant un SCA sans sus-dĂ©calage du ST ne devraient pas diffĂ©rer de ceux des patients non diabĂ©tiques. Le diabĂšte est toutefois associĂ© Ă  un pronostic plus dĂ©favorable, et certaines analyses suggĂšrent que les patients diabĂ©tiques pourraient tirer un bĂ©nĂ©fice plus important d’une approche invasive prĂ©coce.

Dysfonction rénale et comorbidités

Les patients atteints d’insuffisance rĂ©nale chronique faisaient partie des groupes chez lesquels un bĂ©nĂ©fice d’une stratĂ©gie invasive prĂ©coce a Ă©tĂ© observĂ© dans certaines analyses. NĂ©anmoins, une comorbiditĂ© sĂ©vĂšre, une lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« et une anatomie dĂ©favorable peuvent augmenter considĂ©rablement le risque procĂ©dural et influencer le choix entre ICP, PAC, Ă©valuation diffĂ©rĂ©e ou traitement mĂ©dical.

Recommandations des sociétés savantes

Les principales recommandations peuvent ĂȘtre rĂ©sumĂ©es comme suit :

  • Une stratĂ©gie invasive est recommandĂ©e chez les patients prĂ©sentant un SCA, le calendrier Ă©tant dĂ©terminĂ© par le risque clinique.

  • Une coronarographie immĂ©diate est recommandĂ©e en cas de SCA sans sus-dĂ©calage du ST Ă  trĂšs haut risque, notamment en prĂ©sence de choc ou d’instabilitĂ© hĂ©modynamique, de douleur thoracique rĂ©fractaire, d’insuffisance cardiaque aiguĂ« ischĂ©mique, de troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou d’arrĂȘt cardiaque, de complications mĂ©caniques et de modifications ECG dynamiques rĂ©cidivantes Ă©vocatrices d’ischĂ©mie.

  • Une stratĂ©gie invasive prĂ©coce dans les 24 heures doit ĂȘtre envisagĂ©e en cas de NSTEMI confirmĂ©, de modifications dynamiques du ST/de l’onde T, de sus-dĂ©calage transitoire du ST ou de score GRACE >140.

  • Les patients ne remplissant pas les critĂšres de trĂšs haut risque ou de haut risque mais prĂ©sentant une forte suspicion d’AI doivent bĂ©nĂ©ficier d’une Ă©valuation invasive pendant l’hospitalisation.

  • Les patients chez lesquels la suspicion est faible et qui ne prĂ©sentent pas de signe de haut risque doivent bĂ©nĂ©ficier d’une Ă©valuation sĂ©lective, intĂ©grant une CCTA ou une imagerie de stress non invasive lorsque cela est appropriĂ©.

  • Une coronarographie immĂ©diate systĂ©matique n’est pas recommandĂ©e chez les patients hĂ©modynamiquement stables, sans sus-dĂ©calage persistant du segment ST, aprĂšs un arrĂȘt cardiaque extrahospitalier rĂ©animĂ©.

  • Les scores de risque sont utiles pour la prise en charge ; le score GRACE est spĂ©cifiquement intĂ©grĂ© Ă  la dĂ©cision de rĂ©aliser une coronarographie prĂ©coce.

  • Chez les sujets ĂągĂ©s, le traitement invasif doit ĂȘtre individualisĂ© selon la fragilitĂ©, les comorbiditĂ©s, l’espĂ©rance de vie, la qualitĂ© de vie et l’équilibre entre les risques ischĂ©miques et hĂ©morragiques.

Pronostic et suivi

Le pronostic des SCA sans sus-décalage du ST est trÚs variable. La mortalité précoce et le risque de récidive de SCA sont importants, particuliÚrement chez les patients présentant une maladie avec biomarqueurs positifs, des modifications ECG dynamiques, une altération hémodynamique, une insuffisance cardiaque, des troubles du rythme, un diabÚte ou un score GRACE élevé.

Une stratĂ©gie invasive peut rĂ©duire l’ischĂ©mie rĂ©cidivante, l’infarctus du myocarde, les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques composites et la durĂ©e d’hospitalisation, le bĂ©nĂ©fice maximal Ă©tant concentrĂ© chez les patients Ă  plus haut risque. Elle ne rĂ©duit pas de maniĂšre constante la mortalitĂ© dans les populations non sĂ©lectionnĂ©es atteintes de SCA sans sus-dĂ©calage du ST et comporte des risques pĂ©riprocĂ©duraux et hĂ©morragiques potentiels.

L’évaluation du risque doit se poursuivre aprĂšs la sortie de l’hĂŽpital. Les scores de risque peuvent contribuer Ă  identifier les patients nĂ©cessitant une prĂ©vention secondaire plus intensive, notamment ceux prĂ©sentant un risque accru d’évĂ©nements athĂ©rothrombotiques rĂ©cidivants. Les sources ne fournissent pas de calendrier dĂ©taillĂ© pour le suivi ambulatoire, la rĂ©adaptation, les cibles lipidiques, les objectifs tensionnels ou les posologies spĂ©cifiques des traitements pharmacologiques au long cours. Ces Ă©lĂ©ments nĂ©cessitent donc l’application des recommandations gĂ©nĂ©rales relatives aux SCA et Ă  la prĂ©vention secondaire, adaptĂ©es Ă  chaque patient.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 7 août 2026