Définition et contexte physiopathologique
Lâinfarctus du myocarde sans sus-dĂ©calage persistant du segment ST (NSTEMI) sâinscrit dans le spectre des syndromes coronariens aigus sans sus-dĂ©calage du segment ST (SCA sans sus-dĂ©calage du ST). Ce spectre clinique comprend les patients prĂ©sentant un NSTEMI confirmĂ©, les patients ayant un diagnostic de travail de SCA sans sus-dĂ©calage du ST avec une forte probabilitĂ© dâangor instable (AI), ainsi que les patients dont les constatations initiales sont moins concluantes.
Le signe Ă©lectrocardiographique caractĂ©ristique est lâabsence de sus-dĂ©calage persistant du segment ST. Cela nâimplique pas un risque faible : les patients prĂ©sentant un SCA sans sus-dĂ©calage du ST peuvent avoir une ischĂ©mie myocardique importante, des anomalies ECG dynamiques, une nĂ©crose myocardique, une dĂ©tĂ©rioration hĂ©modynamique, une insuffisance cardiaque, des troubles du rythme malins ou des complications mĂ©caniques.
LâĂ©valuation du risque vise Ă identifier les patients les plus susceptibles de tirer bĂ©nĂ©fice dâune coronarographie prĂ©coce et dâune revascularisation, tout en Ă©vitant les complications procĂ©durales et les hĂ©morragies inutiles chez les patients Ă moindre risque ou chez ceux pour lesquels les risques de la revascularisation dĂ©passent ses bĂ©nĂ©fices potentiels. Une stratĂ©gie invasive systĂ©matique ne rĂ©duit pas la mortalitĂ© toutes causes confondues dans lâensemble de la population atteinte de SCA sans sus-dĂ©calage du ST, mais elle rĂ©duit les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques composites, particuliĂšrement chez les patients Ă haut risque. Cette stratĂ©gie peut toutefois augmenter les complications pĂ©riprocĂ©durales et les hĂ©morragies.
Présentation clinique
Les sources disponibles ne fournissent pas de description dĂ©taillĂ©e des symptĂŽmes initiaux du NSTEMI. Elles identifient toutefois plusieurs manifestations cliniques indiquant un risque particuliĂšrement Ă©levĂ© et devant influencer lâurgence de la prise en charge :
Douleur thoracique récidivante ou persistante malgré le traitement médical
Insuffisance cardiaque aiguë présumée secondaire à une ischémie myocardique persistante
Instabilité hémodynamique ou choc cardiogénique
Troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou arrĂȘt cardiaque aprĂšs la prĂ©sentation
Complications mĂ©caniques de lâinfarctus du myocarde
Modifications ECG dynamiques rĂ©cidivantes Ă©vocatrices dâischĂ©mie, notamment un sus-dĂ©calage intermittent du segment ST
Les patients peuvent initialement se stabiliser, puis dĂ©velopper un angor rĂ©cidivant, de nouvelles modifications ECG ischĂ©miques, des biomarqueurs tĂ©moignant dâune nĂ©crose myocardique ou une ischĂ©mie sĂ©vĂšre Ă lâĂ©preuve dâeffort. Ces Ă©volutions peuvent transformer une approche initialement sĂ©lective ou diffĂ©rĂ©e en indication de coronarographie et de revascularisation Ă©ventuelle.
Ăvaluation initiale et stratification du risque
Ăvaluation clinique
LâĂ©valuation dĂ©bute par lâanalyse du contexte clinique, de lâECG, de la stabilitĂ© hĂ©modynamique et des rĂ©sultats des biomarqueurs cardiaques. Les patients chez lesquels un SCA est suspectĂ© sont orientĂ©s vers une filiĂšre STEMI ou une filiĂšre SCA sans sus-dĂ©calage du ST selon lâECG initial et la prĂ©sentation clinique.
En cas de suspicion de SCA sans sus-décalage du ST, les questions cliniques immédiates sont les suivantes :
Existe-t-il un signe de trÚs haut risque nécessitant une coronarographie en urgence ?
Existe-t-il un signe de haut risque justifiant une coronarographie dans les 24 heures ?
Le patient est-il stable, sans caractéristique de haut risque, et donc potentiellement éligible à une approche invasive sélective ?
La probabilitĂ© clinique dâun vĂ©ritable SCA sans sus-dĂ©calage du ST est-elle suffisamment faible pour quâune Ă©valuation non invasive soit plus appropriĂ©e ?
La prĂ©sence de comorbiditĂ©s importantes peut modifier lâĂ©quilibre entre le risque procĂ©dural et le bĂ©nĂ©fice attendu. Une stratĂ©gie invasive prĂ©coce nâest pas recommandĂ©e lorsque les risques de la revascularisation dĂ©passent ses bĂ©nĂ©fices escomptĂ©s.
Ătat hĂ©modynamique et Ă©lectrique
LâinstabilitĂ© hĂ©modynamique, le choc cardiogĂ©nique, lâinsuffisance cardiaque aiguĂ« liĂ©e Ă une ischĂ©mie persistante, les troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital et lâarrĂȘt cardiaque aprĂšs la prĂ©sentation sont des marqueurs de trĂšs haut risque. Ils imposent une escalade immĂ©diate de la prise en charge, car la prioritĂ© est dâidentifier et de traiter sans dĂ©lai Ă©vitable une lĂ©sion coronaire obstructive.
En revanche, les patients hĂ©modynamiquement stables, sans sus-dĂ©calage du segment ST aprĂšs une rĂ©animation rĂ©ussie Ă la suite dâun arrĂȘt cardiaque extrahospitalier, ne doivent pas faire systĂ©matiquement lâobjet dâune coronarographie immĂ©diate. Dans ce contexte, une approche sĂ©lective ou diffĂ©rĂ©e est recommandĂ©e, sauf si dâautres constatations justifient une intervention urgente.
Scores de risque
Plusieurs scores de risque intĂšgrent des variables cliniques, ECG et biologiques.
| Score de risque | RÎle principal décrit dans les sources |
|---|---|
| GRACE | PrĂ©dit la mortalitĂ© aprĂšs un SCA sans sus-dĂ©calage du ST ; un score >140 constitue un critĂšre de haut risque en faveur dâune stratĂ©gie invasive prĂ©coce |
| TIMI | Fournit une Ă©valuation rapide fondĂ©e sur sept facteurs de risque indĂ©pendants et identifie les patients susceptibles de bĂ©nĂ©ficier dâune prise en charge invasive prĂ©coce et dâun traitement antithrombotique plus intensif |
| HEART | IntĂšgre lâanamnĂšse, lâECG, lâĂąge, les facteurs de risque et la troponine dans lâĂ©valuation du risque |
| Score TIMI de coronaropathie ischĂ©mique stable | UtilisĂ© pour le pronostic Ă plus long terme aprĂšs un SCA et pour identifier les patients susceptibles de tirer un bĂ©nĂ©fice absolu plus important dâun traitement antithrombotique et hypolipĂ©miant intensif |
| Score de Pocock | Utilise plusieurs variables cliniques et contextuelles pour estimer la mortalité à deux ans aprÚs une hospitalisation pour SCA et peut contribuer à adapter la prévention secondaire |
Le score GRACE possĂšde les meilleures performances discriminantes parmi les scores spĂ©cifiquement Ă©tudiĂ©s pour les dĂ©cisions thĂ©rapeutiques, et une valeur >140 est intĂ©grĂ©e aux recommandations actuelles en faveur dâune coronarographie prĂ©coce.
Le SCA sans sus-dĂ©calage du ST documentĂ© sâaccompagne dâun large Ă©ventail de risques prĂ©coces. Les sources dĂ©crivent une mortalitĂ© Ă 30 jours comprise entre 1â10 % et un risque de rĂ©cidive de SCA au cours de la premiĂšre annĂ©e compris entre 5â15 %. Le risque nâest pas homogĂšne : les patients prĂ©sentant une troponine Ă©levĂ©e, des modifications ECG dynamiques, un diabĂšte ou un score GRACE >140 font partie de ceux chez lesquels une stratĂ©gie invasive prĂ©coce peut apporter le plus grand bĂ©nĂ©fice.
Ăvaluation Ă©lectrocardiographique
LâECG est essentiel pour le triage et la dĂ©termination du calendrier de prise en charge.
ĂlĂ©ments en faveur dâune stratĂ©gie immĂ©diate
Les modifications ECG dynamiques rĂ©cidivantes Ă©vocatrices dâischĂ©mie, notamment un sus-dĂ©calage intermittent du segment ST, sont des signes de trĂšs haut risque. Elles justifient une coronarographie en urgence, dĂšs que possible.
ĂlĂ©ments en faveur dâune stratĂ©gie prĂ©coce
Les éléments ECG suivants sont des signes de haut risque :
Modifications dynamiques du segment ST
Modifications dynamiques de lâonde T
Sus-décalage transitoire du segment ST
Ces constatations justifient dâenvisager une coronarographie dans les 24 heures chez un patient par ailleurs appropriĂ©.
Les sources soulignent Ă©galement que des signes ECG Ă©vocateurs dâune atteinte du tronc commun coronaire gauche doivent conduire Ă une orientation particuliĂšrement rapide vers la coronarographie.
Présentations avec ECG négatif
Un ECG normal nâexclut pas un SCA sans sus-dĂ©calage du ST. Chez les patients chez lesquels un SCA est suspectĂ©, sans modification ECG, sans douleur rĂ©cidivante et prĂ©sentant une troponine cardiaque ultrasensible non Ă©levĂ©e ou incertaine, il convient dâenvisager lâintĂ©gration dâune angio-TDM coronaire (CCTA) ou dâune imagerie de stress non invasive Ă lâĂ©valuation initiale.
Biomarqueurs et examens biologiques
Troponine cardiaque ultrasensible
La troponine cardiaque ultrasensible (hs-cTn) est utilisĂ©e dans les algorithmes diagnostiques du NSTEMI suspectĂ©. Les sources font rĂ©fĂ©rence aux algorithmes ESC 0 heure/1 heure et 0 heure/2 heures, dans lesquels la concentration initiale de hs-cTn et sa variation au cours du temps dĂ©terminent lâorientation du patient vers une stratĂ©gie dâexclusion, dâobservation ou de confirmation diagnostique.
Les patients prĂ©sentant un NSTEMI confirmĂ© selon les algorithmes recommandĂ©s de hs-cTn sont classĂ©s Ă haut risque et doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s pour une stratĂ©gie invasive prĂ©coce dans les 24 heures, Ă condition quâaucun signe de trĂšs haut risque nâimpose une coronarographie immĂ©diate.
Les sources ne fournissent pas de seuils spĂ©cifiques de hs-cTn ni de valeurs delta. Ceux-ci doivent donc ĂȘtre appliquĂ©s conformĂ©ment Ă lâalgorithme diagnostique validĂ© correspondant Ă la mĂ©thode de dosage utilisĂ©e, plutĂŽt que dĂ©duits dâune valeur gĂ©nĂ©rique.
Troponine et risque
Des valeurs positives ou croissantes de troponine identifient un groupe prĂ©sentant un risque accru dâĂ©vĂ©nements indĂ©sirables. Dans les Ă©tudes comparant une coronarographie prĂ©coce Ă une coronarographie diffĂ©rĂ©e, les patients ayant une troponine positive et ceux dont le score GRACE Ă©tait >140 semblaient tirer un bĂ©nĂ©fice plus important dâune approche prĂ©coce, bien que certains tests dâinteraction entre sous-groupes aient Ă©tĂ© non concluants.
Une Ă©lĂ©vation de la troponine nâest pas synonyme de NSTEMI de type 1. La situation clinique globale, lâECG, les symptĂŽmes et lâĂ©tat hĂ©modynamique restent essentiels pour dĂ©terminer si la prĂ©sentation correspond Ă un SCA sans sus-dĂ©calage du ST et si une prise en charge invasive est appropriĂ©e.
Chez les sujets ĂągĂ©s, la hs-cTn conserve dâexcellentes performances diagnostiques, mais sa spĂ©cificitĂ© est moindre que chez les patients plus jeunes, car les Ă©lĂ©vations sont plus frĂ©quemment associĂ©es Ă des affections autres quâun SCA.
Autres biomarqueurs
LâĂ©valuation multimarqueur intĂ©grant la hs-cTn et les peptides natriurĂ©tiques est dĂ©crite comme une approche en cours dâĂ©volution, susceptible de contribuer Ă caractĂ©riser la physiopathologie et Ă affiner la stratification du risque. Les sources ne fournissent pas de seuils spĂ©cifiques de peptides natriurĂ©tiques ni dâimplications thĂ©rapeutiques.
Imagerie et explorations non invasives
Coronarographie
La coronarographie est lâexamen diagnostique central chez les patients sĂ©lectionnĂ©s pour une stratĂ©gie invasive. Elle vise Ă dĂ©finir lâanatomie coronaire et Ă permettre une ICP lorsquâelle est appropriĂ©e. Selon lâanatomie, un pontage aortocoronarien (PAC) ou la poursuite du traitement mĂ©dical peuvent ĂȘtre privilĂ©giĂ©s.
Le calendrier de la coronarographie dépend de la catégorie de risque :
Coronarographie immédiate en cas de SCA sans sus-décalage du ST à trÚs haut risque
Coronarographie précoce dans les 24 heures en cas de SCA sans sus-décalage du ST à haut risque
Prise en charge invasive pendant lâhospitalisation, avant la sortie, chez les patients ayant une forte suspicion clinique mais ne remplissant pas les critĂšres dâintervention immĂ©diate ou prĂ©coce
Ăvaluation invasive sĂ©lective chez les patients sans signe de haut risque et prĂ©sentant une faible suspicion clinique
CCTA et imagerie de stress
En cas de SCA suspectĂ© avec hs-cTn incertaine ou non Ă©levĂ©e, sans modification ECG ni douleur rĂ©cidivante, une CCTA ou une imagerie de stress non invasive doit ĂȘtre envisagĂ©e dans le bilan initial.
Une stratĂ©gie invasive sĂ©lective peut Ă©galement reposer sur la mise en Ă©vidence dâune coronaropathie obstructive Ă la CCTA ou dâune ischĂ©mie inductible lors dâune Ă©preuve de stress. La coronarographie est alors rĂ©servĂ©e aux patients chez lesquels lâĂ©valuation non invasive indique la nĂ©cessitĂ© dâune caractĂ©risation anatomique ou dâune revascularisation.
Catégories de prise en charge invasive
Trois grandes stratégies sont utilisées.
Stratégie invasive immédiate
Une stratĂ©gie invasive immĂ©diate consiste Ă rĂ©aliser une coronarographie en urgence dĂšs que possible, suivie dâune ICP si elle est indiquĂ©e. Les recommandations dĂ©crites dans les sources fixent un objectif infĂ©rieur Ă deux heures chaque fois que possible.
Elle est recommandĂ©e chez les patients ayant un diagnostic de travail de SCA sans sus-dĂ©calage du ST et prĂ©sentant au moins lâun des Ă©lĂ©ments suivants :
Instabilité hémodynamique ou choc cardiogénique
Douleur thoracique récidivante ou persistante réfractaire au traitement médical
Insuffisance cardiaque aiguë présumée secondaire à une ischémie myocardique persistante
Troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou arrĂȘt cardiaque aprĂšs la prĂ©sentation
Complications mĂ©caniques de lâinfarctus du myocarde
Modifications ECG dynamiques rĂ©cidivantes Ă©vocatrices dâischĂ©mie, notamment un sus-dĂ©calage intermittent du segment ST
Ces patients nĂ©cessitent une stabilisation clinique urgente et une coronarographie en urgence. Une revascularisation est rĂ©alisĂ©e si lâanatomie coronaire et le contexte clinique le permettent.
Stratégie invasive précoce
Une stratégie invasive précoce consiste à réaliser systématiquement une coronarographie, avec ICP si nécessaire, dans les 24 heures suivant la présentation.
Elle doit ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients prĂ©sentant au moins lâun des critĂšres de haut risque suivants :
NSTEMI confirmĂ© selon les algorithmes diagnostiques actuels de hs-cTn de lâESC
Modifications dynamiques du segment ST ou de lâonde T
Sus-décalage transitoire du segment ST
Score de risque GRACE >140
La révision de 2023 décrite dans les sources a transformé la recommandation, auparavant formulée plus fortement, en une recommandation de classe IIa, tout en conservant un niveau de preuve élevé pour ce groupe.
StratĂ©gie invasive pendant lâhospitalisation avant la sortie
Les patients ne remplissant pas les critĂšres de trĂšs haut risque ou de haut risque peuvent nĂ©anmoins nĂ©cessiter une coronarographie pendant lâhospitalisation lorsquâil existe une forte suspicion de SCA sans sus-dĂ©calage du ST, notamment dâangor instable.
La dĂ©cision doit ĂȘtre individualisĂ©e selon le degrĂ© de suspicion clinique, la rĂ©cidive des symptĂŽmes, lâĂ©volution de lâECG, les rĂ©sultats des biomarqueurs, les explorations non invasives, les comorbiditĂ©s et le risque procĂ©dural.
Stratégie invasive sélective
Une stratĂ©gie invasive sĂ©lective, guidĂ©e par lâischĂ©mie ou conservatrice, dĂ©bute par un traitement mĂ©dical et une surveillance Ă©troite. Une coronarographie est rĂ©alisĂ©e si lâun des Ă©lĂ©ments suivants apparaĂźt :
Instabilité hémodynamique
Douleur rĂ©cidivante au repos ou rĂ©cidive de lâischĂ©mie
RĂ©cidive de modifications du segment ST ou de lâonde T
Nouveaux Ă©lĂ©ments biologiques en faveur dâune nĂ©crose myocardique
Coronaropathie obstructive détectée à la CCTA
IschĂ©mie inductible sĂ©vĂšre lors dâune Ă©preuve de stress
Cette stratégie est recommandée chez les patients sans caractéristique de trÚs haut risque ou de haut risque, chez lesquels la suspicion de SCA sans sus-décalage du ST est faible. Elle convient également aux patients présentant un NSTEMI ou un AI qui ne sont pas considérés comme de bons candidats à la coronarographie.
Algorithme de détermination du calendrier
| CatĂ©gorie clinique | ĂlĂ©ments dĂ©finissants | Approche recommandĂ©e |
|---|---|---|
| TrĂšs haut risque | Choc ou instabilitĂ© hĂ©modynamique ; douleur thoracique rĂ©fractaire ou rĂ©cidivante ; insuffisance cardiaque aiguĂ« ischĂ©mique ; trouble du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou arrĂȘt cardiaque ; complication mĂ©canique ; modifications ECG dynamiques rĂ©cidivantes Ă©vocatrices dâischĂ©mie, notamment un sus-dĂ©calage intermittent du ST | Coronarographie immĂ©diate, idĂ©alement dĂšs que possible et gĂ©nĂ©ralement dans les 2 heures |
| Haut risque | NSTEMI confirmĂ© par lâalgorithme de hs-cTn ; modifications dynamiques du ST/de lâonde T ; sus-dĂ©calage transitoire du ST ; score GRACE >140 | Une stratĂ©gie invasive prĂ©coce dans les 24 heures doit ĂȘtre envisagĂ©e |
| Forte suspicion clinique sans critĂšre de haut risque | AI suspectĂ© ou persistance dâune suspicion de SCA sans sus-dĂ©calage du ST malgrĂ© lâabsence de signe de haut risque dĂ©fini | StratĂ©gie invasive pendant lâhospitalisation avant la sortie |
| Faible suspicion et absence de signe de haut risque | hs-cTn non élevée ou incertaine, absence de modification ECG, absence de douleur récidivante et faible probabilité de SCA sans sus-décalage du ST | Stratégie sélective avec CCTA ou imagerie de stress selon le contexte |
| Patient non éligible à la coronarographie | Comorbidité ou contexte clinique global dans lequel le risque procédural dépasse le bénéfice probable | Prise en charge médicale individualisée et explorations sélectives |
Données étayant le calendrier de prise en charge
Une approche invasive systĂ©matique rĂ©duit les critĂšres dâĂ©valuation ischĂ©miques composites, particuliĂšrement chez les patients Ă haut risque, mais ne rĂ©duit pas de maniĂšre constante la mortalitĂ© toutes causes confondues dans lâensemble de la population atteinte de SCA sans sus-dĂ©calage du ST. Elle peut augmenter les complications pĂ©riprocĂ©durales et les hĂ©morragies.
Les méta-analyses comparant une coronarographie précoce à une coronarographie différée ont montré :
Une rĂ©duction de lâischĂ©mie rĂ©cidivante ou rĂ©fractaire avec la coronarographie prĂ©coce
Une diminution de la durĂ©e dâhospitalisation
Une rĂ©duction de lâinfarctus du myocarde au cours du suivi Ă long terme dans une analyse
Lâabsence de rĂ©duction globale constante de la mortalitĂ©
Un bénéfice apparemment plus important chez les patients ayant un score GRACE >140 et, dans certaines analyses, chez ceux présentant une troponine positive
La plus grande mĂ©ta-analyse dĂ©crite dans les sources a montrĂ© que la coronarographie prĂ©coce chez des patients non sĂ©lectionnĂ©s prĂ©sentant un SCA sans sus-dĂ©calage du ST rĂ©duisait lâischĂ©mie rĂ©cidivante et la durĂ©e dâhospitalisation, mais ne rĂ©duisait pas significativement la mortalitĂ© toutes causes confondues, lâinfarctus du myocarde, les hospitalisations pour insuffisance cardiaque ou la nĂ©cessitĂ© dâune nouvelle revascularisation. LâinterprĂ©tation est limitĂ©e par la variabilitĂ© du calendrier de la coronarographie dans les groupes de traitement diffĂ©rĂ© et par le fait que plusieurs essais antĂ©rieurs nâutilisaient pas les algorithmes diagnostiques contemporains fondĂ©s sur la hs-cTn.
Les donnĂ©es observationnelles sont globalement concordantes, sans signal universel fort indiquant que la coronarographie prĂ©coce serait supĂ©rieure Ă la coronarographie diffĂ©rĂ©e chez tous les patients. Le poids des donnĂ©es disponibles soutient donc une accĂ©lĂ©ration de la prise en charge invasive guidĂ©e par le risque plutĂŽt quâune accĂ©lĂ©ration indiscriminĂ©e.
Choc cardiogénique et instabilité hémodynamique
Le choc cardiogénique est une complication peu fréquente mais particuliÚrement grave du NSTEMI. Les sources rapportent une incidence inférieure à 3 % et une mortalité hospitaliÚre de 35 % dans une vaste base de données nationale américaine. Dans cette population, la mortalité ajustée sur le risque était réduite de plus de 50 % avec une stratégie invasive.
Le choc ou lâinstabilitĂ© hĂ©modynamique constitue donc une indication de coronarographie immĂ©diate et, lorsque cela est appropriĂ©, de revascularisation. Ces patients ont Ă©tĂ© exclus des principaux essais randomisĂ©s consacrĂ©s aux SCA ; les recommandations reposent donc sur le risque trĂšs Ă©levĂ© observĂ© et sur les donnĂ©es cliniques disponibles, plutĂŽt que sur le mĂȘme cadre dâessai que celui utilisĂ© pour les SCA sans sus-dĂ©calage du ST stables.
ArrĂȘt cardiaque et troubles du rythme
Les troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou lâarrĂȘt cardiaque survenant aprĂšs la prĂ©sentation sont des signes de trĂšs haut risque nĂ©cessitant une prise en charge invasive immĂ©diate dans le contexte dâun SCA sans sus-dĂ©calage du ST.
Une approche diffĂ©rente sâapplique aux patients rĂ©animĂ©s avec succĂšs aprĂšs un arrĂȘt cardiaque extrahospitalier, qui sont hĂ©modynamiquement stables et ne prĂ©sentent pas de sus-dĂ©calage persistant du segment ST ni dâĂ©quivalent. Une coronarographie immĂ©diate systĂ©matique nâest pas recommandĂ©e dans ce groupe. Une approche invasive diffĂ©rĂ©e ou sĂ©lective doit ĂȘtre utilisĂ©e, sauf si dâautres Ă©lĂ©ments cliniques ou diagnostiques indiquent la nĂ©cessitĂ© dâune intervention urgente.
Chez les adultes qui restent inconscients aprĂšs le retour dâune circulation spontanĂ©e Ă la suite dâun arrĂȘt cardiaque extrahospitalier ou intrahospitalier, un contrĂŽle de la tempĂ©rature avec surveillance continue de la tempĂ©rature centrale et prĂ©vention active de la fiĂšvre au-dessus de 37.7°C est recommandĂ©.
Revascularisation aprĂšs la coronarographie
La coronarographie est rĂ©alisĂ©e dans lâobjectif de procĂ©der Ă une revascularisation lorsque celle-ci est appropriĂ©e. Les options comprennent :
ICP
PAC
Poursuite du traitement mĂ©dical lorsque la revascularisation nâest pas indiquĂ©e ou nâest pas rĂ©alisable
Lâanatomie coronaire, les comorbiditĂ©s, la fonction rĂ©nale, lâĂ©tat hĂ©modynamique et la complexitĂ© de la procĂ©dure influencent le choix thĂ©rapeutique. Chez les patients prĂ©sentant une atteinte pluritronculaire, une ICP en un temps peut ĂȘtre envisagĂ©e en lâabsence de choc cardiogĂ©nique, de comorbiditĂ© sĂ©vĂšre telle quâune lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« et dâune anatomie dĂ©favorable ou Ă haut risque. Une anatomie complexe peut nĂ©cessiter une discussion au sein de la Heart Team pour choisir entre un PAC et une ICP complexe.
Traitement antithrombotique et traitement médical
Les sources indiquent quâun traitement anti-ischĂ©mique et antithrombotique doit ĂȘtre instaurĂ© avant ou parallĂšlement Ă la stratĂ©gie invasive, mais elles ne fournissent pas de schĂ©ma thĂ©rapeutique complet, de posologies spĂ©cifiques ni de tableaux dĂ©taillĂ©s de contre-indications pour le NSTEMI. En consĂ©quence, aucune posologie spĂ©cifique dâanticoagulants, dâantiagrĂ©gants plaquettaires, de dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s, de bĂȘtabloquants ou dâautres traitements anti-ischĂ©miques nâest indiquĂ©e ici.
Les recommandations fournissent toutefois les éléments suivants concernant les antiagrégants plaquettaires dans le tableau révisé des recommandations :
Dans une stratĂ©gie dâICP primaire, un prĂ©traitement par un inhibiteur des rĂ©cepteurs P2Y12 peut ĂȘtre envisagĂ©.
AprĂšs implantation dâun stent chez les patients traitĂ©s par bithĂ©rapie antiagrĂ©gante plaquettaire (DAPT), lâarrĂȘt de lâaspirine aprĂšs 3â6 mois doit ĂȘtre envisagĂ© en fonction de lâĂ©quilibre entre le risque ischĂ©mique et le risque hĂ©morragique.
Chez les patients restĂ©s indemnes dâĂ©vĂ©nement aprĂšs 3â6 mois de DAPT et ne prĂ©sentant pas de risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, une monothĂ©rapie antiagrĂ©gante plaquettaire, de prĂ©fĂ©rence par un inhibiteur des rĂ©cepteurs P2Y12, doit ĂȘtre envisagĂ©e.
La durĂ©e et la composition du traitement antithrombotique doivent donc ĂȘtre individualisĂ©es en fonction du risque ischĂ©mique, du risque hĂ©morragique, des considĂ©rations liĂ©es au stent et des comorbiditĂ©s.
Une hyperglycĂ©mie persistante au cours dâun SCA doit conduire Ă envisager un traitement hypoglycĂ©miant, tandis que lâhypoglycĂ©mie doit ĂȘtre Ă©vitĂ©e. Les sources ne prĂ©cisent ni mĂ©dicament, ni schĂ©ma posologique, ni objectif glycĂ©mique universel ; la cible doit ĂȘtre adaptĂ©e aux comorbiditĂ©s.
Populations particuliĂšres
Sujets ùgés
LâĂąge est un prĂ©dicteur majeur dâĂ©volution dĂ©favorable aprĂšs un SCA. Les adultes ĂągĂ©s de â„75 ans sont frĂ©quemment sous-reprĂ©sentĂ©s dans les essais cliniques et prĂ©sentent une prĂ©valence plus Ă©levĂ©e de fragilitĂ©, de multimorbiditĂ©, ainsi que de risques ischĂ©miques et hĂ©morragiques.
Chez les patients ùgés, les décisions concernant la prise en charge invasive doivent intégrer :
Le risque ischémique
Le risque hémorragique
LâespĂ©rance de vie
Les comorbidités
La fragilité
LâĂ©tat cognitif et fonctionnel
La qualité de vie
La nĂ©cessitĂ© potentielle dâune chirurgie non cardiaque
Les valeurs et préférences du patient
Le bénéfice et le risque procéduraux estimés
Une petite Ă©tude randomisĂ©e menĂ©e chez des patients ĂągĂ©s de â„80 ans prĂ©sentant un SCA sans sus-dĂ©calage du ST a montrĂ© quâune stratĂ©gie invasive rĂ©duisait un critĂšre composite associant infarctus du myocarde, revascularisation urgente, accident vasculaire cĂ©rĂ©bral et dĂ©cĂšs, mais ne rĂ©duisait pas la mortalitĂ© toutes causes confondues. Le bĂ©nĂ©fice devenait moins marquĂ© avec lâaugmentation de lâĂąge.
La hs-cTn demeure utile sur le plan diagnostique chez les sujets ĂągĂ©s, bien que sa spĂ©cificitĂ© rĂ©duite impose une intĂ©gration prudente avec la prĂ©sentation clinique et lâECG.
DiabĂšte
Les indications et le calendrier de la revascularisation chez les patients diabĂ©tiques prĂ©sentant un SCA sans sus-dĂ©calage du ST ne devraient pas diffĂ©rer de ceux des patients non diabĂ©tiques. Le diabĂšte est toutefois associĂ© Ă un pronostic plus dĂ©favorable, et certaines analyses suggĂšrent que les patients diabĂ©tiques pourraient tirer un bĂ©nĂ©fice plus important dâune approche invasive prĂ©coce.
Dysfonction rénale et comorbidités
Les patients atteints dâinsuffisance rĂ©nale chronique faisaient partie des groupes chez lesquels un bĂ©nĂ©fice dâune stratĂ©gie invasive prĂ©coce a Ă©tĂ© observĂ© dans certaines analyses. NĂ©anmoins, une comorbiditĂ© sĂ©vĂšre, une lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« et une anatomie dĂ©favorable peuvent augmenter considĂ©rablement le risque procĂ©dural et influencer le choix entre ICP, PAC, Ă©valuation diffĂ©rĂ©e ou traitement mĂ©dical.
Recommandations des sociétés savantes
Les principales recommandations peuvent ĂȘtre rĂ©sumĂ©es comme suit :
Une stratégie invasive est recommandée chez les patients présentant un SCA, le calendrier étant déterminé par le risque clinique.
Une coronarographie immĂ©diate est recommandĂ©e en cas de SCA sans sus-dĂ©calage du ST Ă trĂšs haut risque, notamment en prĂ©sence de choc ou dâinstabilitĂ© hĂ©modynamique, de douleur thoracique rĂ©fractaire, dâinsuffisance cardiaque aiguĂ« ischĂ©mique, de troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou dâarrĂȘt cardiaque, de complications mĂ©caniques et de modifications ECG dynamiques rĂ©cidivantes Ă©vocatrices dâischĂ©mie.
Une stratĂ©gie invasive prĂ©coce dans les 24 heures doit ĂȘtre envisagĂ©e en cas de NSTEMI confirmĂ©, de modifications dynamiques du ST/de lâonde T, de sus-dĂ©calage transitoire du ST ou de score GRACE >140.
Les patients ne remplissant pas les critĂšres de trĂšs haut risque ou de haut risque mais prĂ©sentant une forte suspicion dâAI doivent bĂ©nĂ©ficier dâune Ă©valuation invasive pendant lâhospitalisation.
Les patients chez lesquels la suspicion est faible et qui ne prĂ©sentent pas de signe de haut risque doivent bĂ©nĂ©ficier dâune Ă©valuation sĂ©lective, intĂ©grant une CCTA ou une imagerie de stress non invasive lorsque cela est appropriĂ©.
Une coronarographie immĂ©diate systĂ©matique nâest pas recommandĂ©e chez les patients hĂ©modynamiquement stables, sans sus-dĂ©calage persistant du segment ST, aprĂšs un arrĂȘt cardiaque extrahospitalier rĂ©animĂ©.
Les scores de risque sont utiles pour la prise en charge ; le score GRACE est spécifiquement intégré à la décision de réaliser une coronarographie précoce.
Chez les sujets ĂągĂ©s, le traitement invasif doit ĂȘtre individualisĂ© selon la fragilitĂ©, les comorbiditĂ©s, lâespĂ©rance de vie, la qualitĂ© de vie et lâĂ©quilibre entre les risques ischĂ©miques et hĂ©morragiques.
Pronostic et suivi
Le pronostic des SCA sans sus-décalage du ST est trÚs variable. La mortalité précoce et le risque de récidive de SCA sont importants, particuliÚrement chez les patients présentant une maladie avec biomarqueurs positifs, des modifications ECG dynamiques, une altération hémodynamique, une insuffisance cardiaque, des troubles du rythme, un diabÚte ou un score GRACE élevé.
Une stratĂ©gie invasive peut rĂ©duire lâischĂ©mie rĂ©cidivante, lâinfarctus du myocarde, les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques composites et la durĂ©e dâhospitalisation, le bĂ©nĂ©fice maximal Ă©tant concentrĂ© chez les patients Ă plus haut risque. Elle ne rĂ©duit pas de maniĂšre constante la mortalitĂ© dans les populations non sĂ©lectionnĂ©es atteintes de SCA sans sus-dĂ©calage du ST et comporte des risques pĂ©riprocĂ©duraux et hĂ©morragiques potentiels.
LâĂ©valuation du risque doit se poursuivre aprĂšs la sortie de lâhĂŽpital. Les scores de risque peuvent contribuer Ă identifier les patients nĂ©cessitant une prĂ©vention secondaire plus intensive, notamment ceux prĂ©sentant un risque accru dâĂ©vĂ©nements athĂ©rothrombotiques rĂ©cidivants. Les sources ne fournissent pas de calendrier dĂ©taillĂ© pour le suivi ambulatoire, la rĂ©adaptation, les cibles lipidiques, les objectifs tensionnels ou les posologies spĂ©cifiques des traitements pharmacologiques au long cours. Ces Ă©lĂ©ments nĂ©cessitent donc lâapplication des recommandations gĂ©nĂ©rales relatives aux SCA et Ă la prĂ©vention secondaire, adaptĂ©es Ă chaque patient.