Définition et terminologie
La lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« associĂ©e aux produits de contraste correspond Ă une dĂ©tĂ©rioration aiguĂ« de la fonction rĂ©nale survenant aprĂšs lâexposition Ă un produit de contraste iodĂ©, notamment lors dâune angiographie cardiovasculaire, dâune tomodensitomĂ©trie ou dâune intervention coronaire percutanĂ©e. Le terme Ă privilĂ©gier est lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« associĂ©e aux produits de contraste lorsquâil existe une association temporelle ; le terme lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« induite par les produits de contraste doit ĂȘtre rĂ©servĂ© au sous-groupe plus restreint dans lequel le produit de contraste iodĂ© est considĂ©rĂ© comme causal.
Cette distinction est importante, car la lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« aprĂšs un examen avec produit de contraste survient frĂ©quemment chez des patients prĂ©sentant plusieurs agressions rĂ©nales concomitantes. Une infection, une hypovolĂ©mie, une dysfonction cardiaque, une instabilitĂ© hĂ©modynamique, une anĂ©mie et dâautres expositions nĂ©phrotoxiques peuvent contribuer Ă une lĂ©sion tubulaire, rendant difficile lâattribution au seul produit de contraste.
Chez les patients ayant une fonction rĂ©nale normale, la survenue dâune lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« induite par les produits de contraste est nĂ©gligeable ou trĂšs faible. Le risque augmente nettement en prĂ©sence dâune maladie rĂ©nale chronique, en particulier dâune nĂ©phropathie diabĂ©tique et dâune maladie rĂ©nale chronique avancĂ©e. LâĂ©volution clinique est souvent plus rapidement rĂ©versible que celle des autres formes de nĂ©crose tubulaire aiguĂ«, bien que cette complication reste associĂ©e Ă une morbiditĂ© et une mortalitĂ© post-procĂ©durales.
Physiopathologie
Le mĂ©canisme prĂ©cis de la lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« induite par les produits de contraste nâest pas complĂštement Ă©lucidĂ©. Dans de nombreux cas, la lĂ©sion rĂ©nale correspond probablement Ă une nĂ©crose tubulaire aiguĂ« rĂ©sultant des effets combinĂ©s de lâexposition au produit de contraste et dâautres agressions ischĂ©miques ou nĂ©phrotoxiques.
Le rein est particuliĂšrement vulnĂ©rable aux lĂ©sions toxiques en raison de son dĂ©bit sanguin Ă©levĂ© et de la concentration des substances filtrĂ©es le long du nĂ©phron Ă mesure que lâeau est rĂ©absorbĂ©e. Les lĂ©sions nĂ©phrotoxiques peuvent toucher les tubules, lâinterstitium, la vascularisation rĂ©nale ou le systĂšme collecteur. Avec les produits de contraste iodĂ©s, la dysfonction rĂ©nale observĂ©e peut donc reflĂ©ter une combinaison de :
toxicité tubulaire directe ;
perturbation hémodynamique rénale et ischémie ;
hypovolémie préexistante ou concomitante ;
dysfonction cardiaque ou instabilité hémodynamique ; et
expositions néphrotoxiques supplémentaires.
Le profil biologique typique est caractĂ©risĂ© par une Ă©lĂ©vation de la crĂ©atininĂ©mie dĂ©butant 24â48 heures aprĂšs lâexposition, avec un pic vers 3â5 jours et une rĂ©solution en environ 1 semaine dans lâĂ©volution habituelle. Une lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« sĂ©vĂšre nĂ©cessitant une dialyse est rare, sauf en prĂ©sence dâune maladie rĂ©nale chronique prĂ©existante importante, notamment lorsquâune insuffisance cardiaque congestive ou dâautres causes de lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« ischĂ©mique sont associĂ©es.
Ăvaluation du risque
Facteurs de risque liés au patient
Le principal déterminant du risque est la fonction rénale initiale. Le risque est accru en présence de :
maladie rénale chronique, en particulier avancée ;
néphropathie diabétique ;
ùge avancé ;
diabĂšte ;
hypovolémie ou déplétion du compartiment extracellulaire ;
insuffisance cardiaque congestive ou autre dysfonction cardiaque ;
instabilité hémodynamique ;
anémie ;
myélome multiple ou autre maladie rénale ;
maladie hépatique ;
médicaments néphrotoxiques concomitants, notamment les AINS ; et
expositions répétées ou importantes aux produits de contraste.
Les patients atteints de myĂ©lome multiple et dâune maladie rĂ©nale sont particuliĂšrement vulnĂ©rables. Le risque est Ă©galement plus Ă©levĂ© lorsque plusieurs facteurs prĂ©disposants coexistent, plutĂŽt que dâĂȘtre dĂ©terminĂ© par la seule exposition au produit de contraste.
Débit de filtration glomérulaire estimé
Les estimations rapportĂ©es comprennent un taux dâenviron 0â2 % chez les patients ayant un DFGe de 30â44 mL/min/1,73 m2 et pouvant atteindre 17 % lorsque le DFGe est infĂ©rieur Ă 30 mL/min/1,73 m2. Chez les patients ayant une fonction rĂ©nale relativement normale, dĂ©finie dans le document source par un DFGe supĂ©rieur Ă 60 mL/min, le risque est faible.
Chez les patients bĂ©nĂ©ficiant dâune intervention coronaire percutanĂ©e, mĂȘme une dysfonction rĂ©nale initiale lĂ©gĂšre est associĂ©e Ă de moins bons rĂ©sultats. Le risque de dĂ©cĂšs Ă 1 an est accru par rapport aux patients ayant une fonction rĂ©nale prĂ©servĂ©e, bien que cette association ne soit pas nĂ©cessairement causale. La dysfonction rĂ©nale aprĂšs ICP peut reflĂ©ter une lĂ©sion associĂ©e aux produits de contraste, une instabilitĂ© hĂ©modynamique, une embolisation de cholestĂ©rol ou une combinaison de ces mĂ©canismes.
Volume de produit de contraste
La dose de produit de contraste est un dĂ©terminant modifiable du risque. En cas de maladie rĂ©nale chronique, les recommandations prĂ©conisent dâĂ©valuer le rapport entre le volume de produit de contraste en millilitres et le DFGe et dâĂ©viter un rapport supĂ©rieur Ă 3,7. Pour une angiographie Ă ultra-faible volume de produit de contraste, celui-ci doit ĂȘtre limitĂ© de sorte que le rapport volume de produit de contraste/DFGe soit infĂ©rieur Ă 1 ; un rapport supĂ©rieur Ă 1 a Ă©tĂ© associĂ© Ă une augmentation marquĂ©e de la lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« induite par les produits de contraste dans les formes avancĂ©es de maladie rĂ©nale chronique.
Présentation clinique
La lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« associĂ©e aux produits de contraste est gĂ©nĂ©ralement identifiĂ©e par une Ă©lĂ©vation post-exposition de la crĂ©atininĂ©mie plutĂŽt que par un tableau symptomatique caractĂ©ristique. Le dĂ©but est habituellement retardĂ©, avec une augmentation de la crĂ©atininĂ©mie dans les 24â48 heures, un maximum Ă 3â5 jours et une rĂ©cupĂ©ration en environ 1 semaine.
Des formes plus sĂ©vĂšres peuvent survenir chez les patients prĂ©sentant une maladie rĂ©nale chronique avancĂ©e et une insuffisance cardiaque congestive concomitante ou dâautres causes dâischĂ©mie rĂ©nale. Une lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« nĂ©cessitant une dialyse est rare dans les cas non compliquĂ©s. Le document source ne dĂ©crit pas de syndrome spĂ©cifique Ă lâexamen clinique propre Ă la lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« associĂ©e aux produits de contraste.
Ăvaluation et examen clinique
LâĂ©valuation doit prĂ©ciser :
la fonction rénale initiale ;
la prĂ©sence et la sĂ©vĂ©ritĂ© dâune maladie rĂ©nale chronique ;
lâĂ©tat volĂ©mique et la possibilitĂ© dâune hypovolĂ©mie ;
la fonction cardiaque et la stabilité hémodynamique ;
la prĂ©sence dâun diabĂšte, dâune anĂ©mie, dâune maladie hĂ©patique et dâun myĂ©lome multiple ;
lâexposition aux AINS ou Ă dâautres nĂ©phrotoxiques ; et
le volume de produit de contraste prĂ©vu et la possibilitĂ© dâune stratĂ©gie utilisant moins de produit de contraste ou nâen utilisant pas.
LâĂ©valuation clinique doit Ă©galement prendre en compte les causes alternatives ou supplĂ©mentaires de lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« post-procĂ©durale, notamment lâinfection, la dĂ©faillance hĂ©modynamique, la dysfonction cardiaque, la lĂ©sion tubulaire ischĂ©mique et le syndrome dâembolisation de cholestĂ©rol. La manipulation dâun cathĂ©ter dans une aorte ascendante ou descendante athĂ©rosclĂ©reuse peut libĂ©rer des cristaux de cholestĂ©rol et entraĂźner une dysfonction rĂ©nale.
Une Ă©valuation rĂ©nale pĂ©ri-procĂ©durale systĂ©matique est particuliĂšrement importante chez les patients prĂ©sentant des facteurs de risque identifiĂ©s. Chez les patients devant subir une chirurgie non cardiaque Ă risque intermĂ©diaire ou Ă©levĂ©, les facteurs de risque justifiant un dĂ©pistage prĂ©opĂ©ratoire comprennent un Ăąge supĂ©rieur Ă 65 ans, un indice de masse corporelle supĂ©rieur Ă 30 kg/m2, le diabĂšte, lâhypertension, lâhyperlipidĂ©mie, une maladie cardiovasculaire et le tabagisme. Le dĂ©pistage comprend la mesure de la crĂ©atininĂ©mie et du DFG. Si elle est disponible, la cystatine C doit ĂȘtre envisagĂ©e lorsque le DFGe est diminuĂ©, notamment dans lâintervalle infĂ©rieur Ă 45â59 mL/min/1,73 m2, afin de confirmer la maladie rĂ©nale.
Examens diagnostiques et résultats biologiques
Créatininémie et DFGe
La crĂ©atininĂ©mie doit ĂȘtre mesurĂ©e avant lâexposition au produit de contraste chez les patients Ă risque et surveillĂ©e aprĂšs la procĂ©dure lorsque cela est cliniquement indiquĂ©. Le profil caractĂ©ristique est le suivant :
| DĂ©lai aprĂšs lâexposition au produit de contraste | RĂ©sultat habituel |
|---|---|
| 24â48 heures | DĂ©but de lâĂ©lĂ©vation de la crĂ©atininĂ©mie |
| 3â5 jours | La crĂ©atininĂ©mie atteint gĂ©nĂ©ralement son pic |
| Environ 1 semaine | La fonction rénale commence généralement à revenir vers sa valeur initiale |
Chez la plupart des patients, la fonction rĂ©nale revient Ă sa valeur initiale en 7â10 jours et nâĂ©volue pas vers une insuffisance rĂ©nale chronique. LâĂ©volution peut ĂȘtre plus sĂ©vĂšre en prĂ©sence dâune maladie rĂ©nale chronique avancĂ©e, dâune insuffisance cardiaque ou dâautres causes de lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ«.
LâĂ©valuation diagnostique ne doit pas partir du principe que toute Ă©lĂ©vation de la crĂ©atininĂ©mie aprĂšs lâadministration dâun produit de contraste est induite par celui-ci. Le contexte clinique doit ĂȘtre réévaluĂ© Ă la recherche dâune hypovolĂ©mie, dâune infection, dâune instabilitĂ© hĂ©modynamique, dâune dysfonction cardiaque, dâautres nĂ©phrotoxiques et dâune embolisation de cholestĂ©rol.
Autres résultats biologiques
Le document source ne fournit pas de panel spĂ©cifique de biomarqueurs de la lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« associĂ©e aux produits de contraste au-delĂ de la crĂ©atininĂ©mie et du dĂ©bit de filtration glomĂ©rulaire estimĂ©. Il nâĂ©tablit pas non plus le rĂŽle dâun biomarqueur rĂ©nal particulier de nouvelle gĂ©nĂ©ration.
Produits de contraste et sécurité rénale
Produits de contraste iodés
Les rĂ©actions indĂ©sirables aux produits de contraste iodĂ©s sont bien connues. Le taux global de rĂ©actions avec les formulations non ioniques est dâenviron 0,4â3 %, des taux plus Ă©levĂ©s Ă©tant rapportĂ©s avec les formulations ioniques. La plupart des rĂ©actions sont bĂ©nignes et spontanĂ©ment rĂ©solutives.
Le risque de néphropathie induite par les produits de contraste est faible chez les patients ayant un DFGe supérieur à 60 mL/min. Il augmente lorsque le DFGe passe sous 60 mL/min, en particulier chez les patients ùgés diabétiques, et il est maximal en cas de maladie rénale chronique avancée et chez les patients présentant plusieurs facteurs de risque supplémentaires.
Produits de contraste Ă base de gadolinium
Les produits de contraste Ă base de gadolinium amĂ©liorent la caractĂ©risation tissulaire en IRM cardiaque et la dĂ©limitation des structures cardiaques ou vasculaires. Des rĂ©actions bĂ©nignes, telles quâun prurit ou un Ă©rythĂšme, surviennent chez environ 1 % des patients, tandis que les rĂ©actions sĂ©vĂšres ou anaphylactiques sont trĂšs rares.
Les anciens produits linĂ©aires de groupe I ont Ă©tĂ© associĂ©s Ă la fibrose systĂ©mique nĂ©phrogĂ©nique, une affection inflammatoire fibrosante potentiellement sĂ©vĂšre pouvant toucher les tissus et les organes internes et ĂȘtre mortelle. Les facteurs de risque comprennent :
exposition Ă une dose Ă©levĂ©e dâun produit de groupe I ;
DFGe inférieur à 30 mL/min/1,73 m2 ;
hémodialyse ;
DFGe inférieur à 15 mL/min/1,73 m2 ;
détérioration rénale aiguë ; et
affection concomitante pro-inflammatoire ou systémique.
Les produits macrocycliques de groupe II ont un profil de sĂ©curitĂ© nettement meilleur en cas de dysfonction rĂ©nale chronique et sont dĂ©sormais les produits privilĂ©giĂ©s dans la plupart des centres dâIRM. LâAmerican College of Radiology considĂšre les produits de groupe II comme sĂ»rs en cas de dysfonction rĂ©nale sĂ©vĂšre et chez les patients dialysĂ©s. Avec les produits de groupe II, la posologie adaptĂ©e au poids et les pratiques actuelles ont Ă©tĂ© associĂ©es Ă une incidence quasi nulle de fibrose systĂ©mique nĂ©phrogĂ©nique au cours de la derniĂšre dĂ©cennie. Pour une IRM indiquĂ©e sur le plan clinique utilisant un produit de groupe II, le dĂ©pistage systĂ©matique du DFGe avant lâexamen nâest plus recommandĂ© dans le document source.
Produit de contraste échocardiographique
Le sĂ©rum salĂ© agitĂ© est couramment utilisĂ© pour rechercher les shunts intracardiaques. Les bulles Ă©tant trop volumineuses pour traverser la circulation pulmonaire, leur apparition dans les cavitĂ©s cardiaques gauches indique la prĂ©sence dâun shunt, bien que sa localisation prĂ©cise ne soit pas toujours claire.
Les produits de contraste Ă©chocardiographiques approuvĂ©s par la FDA sont utilisĂ©s pour opacifier les cavitĂ©s gauches et amĂ©liorer la dĂ©finition des contours endocardiques du ventricule gauche lorsque lâexamen Ă©chocardiographique est sous-optimal. Ces produits sont constituĂ©s de microsphĂšres Ă base dâalbumine ou de lipides contenant des gaz inertes, gĂ©nĂ©ralement des perfluorocarbures. Ils sont considĂ©rĂ©s comme extrĂȘmement sĂ»rs, bien que des Ă©vĂ©nements allergiques et neurologiques exceptionnellement rares aient Ă©tĂ© rapportĂ©s.
Prévention
Principes généraux
La prĂ©vention repose sur lâidentification des patients Ă haut risque, la rĂ©duction de lâexposition au produit de contraste, le maintien dâune volĂ©mie intravasculaire appropriĂ©e et lâĂ©vitement des agressions rĂ©nales supplĂ©mentaires. Les principales stratĂ©gies sont les suivantes :
évaluer la fonction rénale initiale ;
rechercher une maladie rénale chronique et les autres facteurs de risque ;
utiliser le plus petit volume de produit de contraste possible ;
utiliser, lorsque cela est approprié, des produits de contraste iodés hypo-osmolaires ou iso-osmolaires ;
administrer une hydratation intraveineuse par soluté isotonique chez certains patients à haut risque ;
éviter ou interrompre les néphrotoxiques évitables lorsque cela est cliniquement possible ; et
surveiller la fonction rĂ©nale aprĂšs lâexposition chez les patients Ă risque accru.
Hydratation
Lâhydratation constitue une stratĂ©gie prĂ©ventive centrale, mais son intensitĂ© et son calendrier doivent ĂȘtre individualisĂ©s, en particulier chez les patients insuffisants cardiaques. Chez les patients ayant un DFGe infĂ©rieur Ă 30 mL/min/1,73 m2 devant subir une angiographie ou une intervention, une hydratation intraveineuse prĂ©- et post-procĂ©dure par sĂ©rum physiologique doit ĂȘtre envisagĂ©e. Elle doit Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients Ă haut risque ayant un DFGe compris entre 30 et 44 mL/min/1,73 m2.
Chez les patients atteints de maladie rĂ©nale chronique devant bĂ©nĂ©ficier dâune angiographie coronaire ou dâune revascularisation, une hydratation adĂ©quate par sĂ©rum physiologique isotonique de 12 heures avant Ă 24 heures aprĂšs lâexposition au produit de contraste est dĂ©crite comme essentielle Ă la prĂ©vention. Dans certains contextes interventionnels, lâhydratation peut ĂȘtre guidĂ©e par la pression tĂ©lĂ©diastolique du ventricule gauche.
Un excĂšs de liquide pouvant ĂȘtre dangereux en cas de dysfonction cardiaque, lâhydratation doit tenir compte des circonstances cliniques, des pressions de remplissage cardiaque et du risque de congestion.
RĂ©duction de lâexposition au produit de contraste
Le volume de produit de contraste doit ĂȘtre dĂ©libĂ©rĂ©ment limitĂ©. En cas de maladie rĂ©nale chronique avancĂ©e, lâangiographie Ă ultra-faible volume de produit de contraste vise un rapport volume de produit de contraste/DFGe infĂ©rieur Ă 1. Lorsquâune ICP est nĂ©cessaire, une stratĂ©gie Ă©tagĂ©e sans produit de contraste peut ĂȘtre utilisĂ©e. Lâangiographie initiale Ă ultra-faible volume de produit de contraste sert de cartographie anatomique, tandis que lâimagerie intravasculaire guide le dĂ©ploiement du stent au niveau de la lĂ©sion cible. La rĂ©alisation en plusieurs temps permet un intervalle de rĂ©cupĂ©ration rĂ©nale entre les procĂ©dures.
Les premiĂšres donnĂ©es soutiennent lâutilisation de techniques Ă ultra-faible volume de produit de contraste et sans produit de contraste pour amĂ©liorer les rĂ©sultats rĂ©naux, bien que des Ă©tudes randomisĂ©es de plus grande ampleur soient nĂ©cessaires pour le confirmer.
Choix de la formulation du produit de contraste
Chez les patients atteints dâune maladie rĂ©nale nĂ©cessitant une radiographie avec injection de produit de contraste en pĂ©riode pĂ©riopĂ©ratoire, les recommandations prĂ©conisent dâenvisager :
une hydratation équilibrée par solutés intraveineux isotoniques ;
un volume minimal de produit de contraste ; et
des produits de contraste hypo-osmolaires ou iso-osmolaires.
Recommandations fondées sur les recommandations de pratique clinique
Les recommandations étayées par le document source sont résumées ci-dessous.
| Situation clinique | Recommandation | Niveau |
|---|---|---|
| Maladie rénale nécessitant une radiographie avec injection de produit de contraste en période périopératoire | Envisager une hydratation équilibrée par solutés intraveineux isotoniques, un volume minimal de produit de contraste et des produits de contraste hypo-osmolaires ou iso-osmolaires | Classe IIa, niveau B |
| Facteurs de risque rénaux ou cardiovasculaires identifiés avant une chirurgie non cardiaque à risque intermédiaire ou élevé | Rechercher une maladie rénale par la mesure de la créatininémie et du DFG | Classe I, niveau C |
| DFGe altĂ©rĂ©, infĂ©rieur Ă environ 45â59 mL/min/1,73 m2, si disponible | Envisager la cystatine C pour confirmer la maladie rĂ©nale | Classe IIa, niveau C |
| SCA avec DFGe bas devant bĂ©nĂ©ficier dâune prise en charge invasive | Envisager une hydratation intraveineuse pendant et aprĂšs la revascularisation afin de rĂ©duire la lĂ©sion rĂ©nale associĂ©e aux produits de contraste | Recommandation des recommandations de pratique clinique |
| SCA avec maladie rĂ©nale chronique | Adapter le choix et la posologie du traitement antithrombotique et limiter lâexposition au produit de contraste en fonction de la fonction rĂ©nale | Recommandation des recommandations de pratique clinique |
| ICP en cas de maladie rénale chronique | Réduire au minimum le volume de produit de contraste et assurer une hydratation adéquate comme principales stratégies préventives | Recommandation des recommandations de pratique clinique |
| Maladie rĂ©nale chronique ou lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« avec DFGe infĂ©rieur Ă 30 mL/min/1,73 m2 | Lâhydratation pendant et aprĂšs lâangiographie doit ĂȘtre fortement envisagĂ©e, en tenant compte de lâĂ©tat clinique | Recommandation des recommandations de pratique clinique |
Dans les SCA associĂ©s Ă une maladie rĂ©nale chronique, les donnĂ©es observationnelles et les donnĂ©es de registres indiquent de meilleurs rĂ©sultats avec une revascularisation prĂ©coce quâavec un traitement mĂ©dical seul, bien que le document source souligne que les donnĂ©es randomisĂ©es sont limitĂ©es. Une angiographie coronaire doit donc ĂȘtre envisagĂ©e lorsque cela est cliniquement appropriĂ©, en mettant en balance le bĂ©nĂ©fice attendu de la revascularisation avec les risques hĂ©morragiques et rĂ©naux associĂ©s aux produits de contraste.
En prĂ©sence dâune maladie coronaire pluritronculaire, le pontage aortocoronarien est prĂ©fĂ©rĂ© Ă lâICP chez les patients prĂ©sentant un risque chirurgical acceptable et une espĂ©rance de vie supĂ©rieure Ă 1 an. LâICP est recommandĂ©e lorsque le risque chirurgical est Ă©levĂ© ou que lâespĂ©rance de vie est plus courte. Chez les patients atteints de maladie rĂ©nale chronique bĂ©nĂ©ficiant dâune ICP, les stents actifs de nouvelle gĂ©nĂ©ration sont prĂ©fĂ©rĂ©s aux stents nus.
Prise en charge dâune lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« associĂ©e aux produits de contraste constituĂ©e
La prise en charge dâune lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« associĂ©e aux produits de contraste constituĂ©e consiste gĂ©nĂ©ralement Ă rechercher et corriger les facteurs rĂ©versibles tout en surveillant la fonction rĂ©nale. Le document source ne prĂ©cise aucun traitement pharmacologique spĂ©cifique ni schĂ©ma thĂ©rapeutique pour la maladie constituĂ©e.
La prise en charge doit comprendre la recherche de :
hypovolémie persistante ;
instabilité hémodynamique ;
insuffisance cardiaque congestive ;
infection ;
exposition persistante à des néphrotoxiques ;
embolisation de cholestérol ; et
autres causes de lésion tubulaire aiguë.
La fonction rĂ©nale rĂ©cupĂšre gĂ©nĂ©ralement en environ 7â10 jours dans les cas non compliquĂ©s. Une lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« nĂ©cessitant une dialyse est rare, sauf en prĂ©sence dâune maladie rĂ©nale chronique prĂ©existante importante ou dâagressions majeures supplĂ©mentaires. Le document source ne fournit pas de critĂšres spĂ©cifiques dâinitiation de la dialyse pour la lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« associĂ©e aux produits de contraste.
Pronostic et suivi
Le pronostic est gĂ©nĂ©ralement favorable lorsque la fonction rĂ©nale initiale est prĂ©servĂ©e et quâil nâexiste pas dâagression rĂ©nale concomitante majeure. Dans de nombreux cas, lâĂ©lĂ©vation de la crĂ©atininĂ©mie se rĂ©sout en environ 1 semaine, avec un retour vers la valeur initiale en 7â10 jours et sans Ă©volution vers une insuffisance rĂ©nale chronique.
Le pronostic est moins favorable en présence de :
maladie rénale chronique avancée ;
néphropathie liée au diabÚte ;
insuffisance cardiaque congestive ;
instabilité hémodynamique ;
expositions multiples à des néphrotoxiques ;
anémie sévÚre ; et
lésion rénale aiguë nécessitant une dialyse.
La dysfonction rĂ©nale constitue Ă©galement un marqueur important du risque cardiovasculaire global. Les patients prĂ©sentant une maladie rĂ©nale chronique et un SCA ont des taux plus Ă©levĂ©s de rĂ©cidive dâĂ©vĂ©nements ischĂ©miques, de complications ischĂ©miques aprĂšs ICP, de thrombose de stent, dâhĂ©morragies et de complications liĂ©es au traitement. Dans les populations bĂ©nĂ©ficiant dâune ICP, la dysfonction rĂ©nale est associĂ©e Ă une augmentation de la mortalitĂ© Ă 1 an, et le risque augmente avec la sĂ©vĂ©ritĂ© de lâatteinte initiale.
Le suivi doit comprendre une réévaluation de la fonction rĂ©nale aprĂšs lâexposition au produit de contraste chez les patients Ă risque, en portant une attention particuliĂšre au dĂ©but attendu de lâĂ©lĂ©vation de la crĂ©atininĂ©mie Ă 24â48 heures et Ă son pic Ă 3â5 jours. Une dysfonction persistante ou progressive doit conduire Ă rechercher des causes alternatives ou supplĂ©mentaires de lĂ©sion rĂ©nale aiguĂ« plutĂŽt quâĂ lâattribuer automatiquement au produit de contraste.