L'axe électrique du cœur : définition, implications cliniques et déviations
Définition et mécanisme de l'axe électrique
L'axe électrique du cœur représente la somme vectorielle nette de toutes les ondes d'activation électrique à un instant donné, approximée par un vecteur cardiaque unique [3]. L'orientation et l'intensité de ce vecteur fluctuent tout au long du cycle cardiaque au fur et à mesure de la progression de la dépolarisation et de la repolarisation [3].
L'axe électrique moyen est généralement calculé pour l'activation ventriculaire dans le plan frontal à l'aide du système de référence hexaxial. Ce système est construit en superposant les axes des six dérivations des membres dans le plan frontal, divisant le plan en 12 segments, chacun sous-tendant un angle de 30 degrés [3]. L'amplitude de l'onde enregistrée dans une dérivée donnée est directement corrélée à la projection du vecteur cardiaque sur le vecteur de cette dérivée spécifique [3]. Lorsque la direction de l'activation cardiaque est parallèle à l'axe de la dérivée, la tension enregistrée est maximale ; à l'inverse, lorsque le front d'activation est perpendiculaire à l'axe de la dérivée, le potentiel enregistré est égal à zéro [3].
Pour calculer l'axe QRS moyen, l'aire sous l'onde QRS est mesurée dans au moins deux dérivations. Les aires situées au-dessus de la ligne isoélectrique (généralement le segment TP) se voient attribuer une polarité positive, tandis que les aires situées en dessous de la ligne isoélectrique se voient attribuer une polarité négative [3]. Ces mesures sont ensuite reportées sous forme de vecteurs le long de leurs axes de dérivation respectifs, et la somme vectorielle résultante détermine l'axe électrique moyen [3]. Un axe dans le plan frontal dirigé vers le pôle positif de la dérivée I est désigné comme étant de 0 degré. Les axes orientés dans le sens horaire à partir de ce niveau zéro se voient attribuer des valeurs positives, tandis que les orientations dans le sens antihoraire se voient attribuer des valeurs négatives [3]. Un axe dans le plan horizontal peut être calculé de manière similaire en utilisant les six dérivations précordiales, une valeur de 0 degré étant attribuée le long de l'axe de la dérivée V6 [3].
Implications cliniques des déviations axiales
Les déviations de l'axe électrique servent de marqueurs diagnostiques critiques des anomalies cardiaques structurelles et hémodynamiques.
Déviation axiale droite (DAD) La DAD a un poids diagnostique significatif dans l'évaluation de la pathologie vasculaire pulmonaire et du cœur droit. Chez les adultes présentant une suspicion clinique d'hypertension pulmonaire (HTP), telle qu'une dyspnée d'effort inexpliquée, la DAD présente une haute valeur prédictive pour cette pathologie [9]. De plus, la DAD est fréquemment observée chez les patients adultes présentant une sténose pulmonaire sévère, aux côtés d'une hypertrophie ventriculaire droite (HVD) et d'une dilatation auriculaire droite [8]. La DAD est présente dans la plupart des cas de HVD significative, bien qu'elle ne soit généralement pas classée comme un critère diagnostique formel pour cette pathologie [17].
Déviation axiale gauche (DAG) La DAG est une composante diagnostique reconnue de l'hypertrophie ventriculaire gauche (HVG). Plus précisément, le système de score de Romhilt-Estes pour le diagnostic de l'HVG attribue 2 points pour une déviation axiale gauche supérieure ou égale à -30 degrés [11]. De plus, la DAG peut suggérer une cardiopathie gauche sous-jacente chez les patients évalués pour une hypertension pulmonaire [16].
Causes des déviations axiales gauches et droites
Sur la base du contexte fourni, les principales étiologies des déviations axiales incluent :
- Causes de déviation axiale droite :
Sténose pulmonaire sévère [8]
Hypertrophie ventriculaire droite [8, 17]
Embolie pulmonaire, qui peut se manifester par un déplacement de l'axe de l'ECG vers la droite [2]
- Causes de déviation axiale gauche :
- Cardiopathie gauche, qui peut être suspectée dans le diagnostic différentiel de l'hypertension pulmonaire [16]
Utilité clinique de l'évaluation de l'axe électrique
L'évaluation de l'axe électrique est très utile dans plusieurs scénarios cliniques distincts :
Suspicion d'hypertension pulmonaire : Chez les patients présentant des symptômes tels qu'une dyspnée d'effort inexpliquée, l'évaluation de l'axe est une étape diagnostique précieuse. Bien qu'un ECG normal n'exclue pas définitivement l'HTP, la présence d'une DAD augmente considérablement la suspicion clinique [9]. De plus, l'identification d'une DAG ou de signes de dilatation auriculaire gauche peut orienter vers une cardiopathie gauche comme étiologie de l'HTP plutôt que vers une hypertension artérielle pulmonaire [16].
Diagnostic de l'hypertrophie ventriculaire : Le calcul de l'axe fait partie intégrante des critères diagnostiques formels de l'HVG, tels que le système de score de Romhilt-Estes [11]. De plus, la reconnaissance d'une DAD étaye le diagnostic de HVD, en particulier dans les cardiopathies congénitales et l'hypertension pulmonaire, où les critères standards font autrement preuve d'une faible sensibilité [17].
Évaluation des valvulopathies et des cardiopathies structurelles : Dans l'évaluation d'une sténose pulmonaire sévère, l'ECG montre fréquemment une DAD associée à des profils d'hypertrophie des cavités droites, guidant la réalisation d'imagerie diagnostique de confirmation par échocardiographie transthoracique [8]. De même, des voltages QRS augmentés avec des profils de repolarisation anormaux peuvent suggérer une cardiomyopathie hypertrophique ou une valvulopathie chez les patients sans antécédent d'hypertension [7].
Différenciation des syndromes de douleur thoracique aiguë : Chez les patients se présentant avec une douleur thoracique non traumatique, l'identification d'un déplacement de l'axe électrique vers la droite, en particulier lorsqu'il s'accompagne d'une onde S dans la dérivée I et d'une onde Q et d'une onde T dans la dérivée III, aide à distinguer l'embolie pulmonaire de l'infarctus du myocarde aigu [2].