đŸš« IntolĂ©rance aux statines et symptĂŽmes musculaires associĂ©s aux statines

Sommaire (26)

Définition et physiopathologie

Les statines inhibent la 3-hydroxy-3-mĂ©thylglutaryl-coenzyme A rĂ©ductase, enzyme limitante de la synthĂšse du cholestĂ©rol. La rĂ©duction de la production hĂ©patique de cholestĂ©rol augmente l’expression des rĂ©cepteurs hĂ©patiques des LDL, favorisant ainsi l’élimination des particules de LDL de la circulation. Les statines rĂ©duisent Ă©galement la production de lipoprotĂ©ines contenant l’apoB-100 et exercent des effets indĂ©pendants de la rĂ©duction du LDL-C, notamment sur l’inflammation, le stress oxydatif, la fonction endothĂ©liale, la stabilitĂ© de la plaque, les rĂ©ponses thrombotiques et l’activitĂ© immunitaire.

L’intolĂ©rance aux statines dĂ©signe les effets indĂ©sirables attribuĂ©s au traitement par statine qui s’amĂ©liorent ou disparaissent aprĂšs rĂ©duction de la dose ou arrĂȘt du traitement. Elle se divise cliniquement en :

  • IntolĂ©rance complĂšte : impossibilitĂ© de tolĂ©rer quelque dose que ce soit d’une quelconque statine.

  • IntolĂ©rance partielle : impossibilitĂ© de tolĂ©rer la dose nĂ©cessaire pour atteindre l’objectif de LDL-C du patient.

L’intolĂ©rance complĂšte est rare. La plupart des patients signalant une intolĂ©rance peuvent finalement recevoir une forme de traitement par statine aprĂšs une réévaluation systĂ©matique et une nouvelle tentative.

La principale manifestation est constituĂ©e par les symptĂŽmes musculaires associĂ©s aux statines (SAMS). Ils vont d’une myalgie diffuse avec CK normale et sans retentissement fonctionnel Ă  une myosite avec inflammation musculaire et Ă©lĂ©vation de la CK. La rhabdomyolyse est une forme rare et sĂ©vĂšre de lĂ©sion musculaire.

La base biologique de nombreux symptĂŽmes musculaires rapportĂ©s demeure incertaine. Les essais randomisĂ©s ont montrĂ© des taux d’évĂ©nements musculaires indĂ©sirables similaires Ă  ceux observĂ©s sous placebo, tandis qu’environ 10 % des patients des registres et de la pratique clinique courante signalent des symptĂŽmes musculaires. Cette discordance reflĂšte au moins en partie l’effet nocebo : attentes nĂ©gatives, Ă©lĂ©ments contextuels et attribution de symptĂŽmes prĂ©existants au mĂ©dicament. Aucun test diagnostique unique ne permet de distinguer un effet pharmacologique de type SAMS d’une rĂ©ponse nocebo.

Facteurs prédisposants

La probabilité de SAMS augmente avec des doses plus élevées de statines et avec plusieurs facteurs liés au patient ou au traitement :

  • Âge supĂ©rieur Ă  80 ans

  • Sexe fĂ©minin

  • Indice de masse corporelle faible

  • Ascendance asiatique

  • AntĂ©cĂ©dent personnel de maladie musculaire ou antĂ©cĂ©dents personnels ou familiaux de troubles musculaires

  • Infection aiguĂ«

  • Insuffisance rĂ©nale ou hĂ©patique

  • HypothyroĂŻdie

  • Carence en vitamine D

  • MĂ©dicaments concomitants susceptibles d’interagir

Le polymorphisme SLCO1B1 rs4149056 est associé à des concentrations plus élevées de statines et peut augmenter le risque de myopathie liée à la simvastatine. Certaines populations asiatiques, notamment les patients japonais, chinois et malais, peuvent présenter des concentrations sanguines de statines plus élevées ; des doses initiales plus faibles sont donc appropriées.

Les interactions mĂ©dicamenteuses sont particuliĂšrement importantes. L’inhibition du cytochrome P-450 3A4 ou 2C9 peut augmenter les concentrations de statines. Les agents concernĂ©s comprennent l’amiodarone, les antibiotiques macrolides tels que l’érythromycine et la clarithromycine, les antifongiques azolĂ©s, certains antiviraux, notamment le lopinavir, le ritonavir et le nirmatrelvir/ritonavir, certains inhibiteurs calciques, la colchicine, la ciclosporine, la warfarine et le jus de pamplemousse. Le gemfibrozil ne doit pas ĂȘtre associĂ© aux statines, car il modifie leur absorption, leur captation hĂ©patique et leur devenir pharmacocinĂ©tique.

Présentation clinique et symptÎmes

Les SAMS typiques comprennent :

  • Douleurs musculaires symĂ©triques

  • Courbatures ou sensibilitĂ© musculaire

  • Faiblesse, souvent ressentie ou fonctionnelle

  • Atteinte prĂ©dominante des grands groupes musculaires proximaux

Les symptĂŽmes dĂ©butent gĂ©nĂ©ralement dans les 4–6 semaines suivant l’instauration du traitement. Ils surviennent habituellement sans Ă©lĂ©vation importante de la CK. AprĂšs l’arrĂȘt de la statine, les symptĂŽmes s’amĂ©liorent gĂ©nĂ©ralement en quelques semaines et peuvent rĂ©apparaĂźtre lors de la rĂ©introduction de la statine.

La relation temporelle est informative sur le plan clinique :

  • Les symptĂŽmes apparaissent aprĂšs l’instauration du traitement ou l’augmentation de la dose.

  • Ils s’amĂ©liorent aprĂšs l’arrĂȘt du traitement.

  • Ils rĂ©apparaissent lors d’une nouvelle exposition.

  • Le tableau est reproductible lors de plus d’une exposition.

Ces éléments étayent une relation causale, sans toutefois la démontrer à eux seuls.

Les symptĂŽmes musculaires doivent ĂȘtre distinguĂ©s d’une lĂ©sion musculaire sĂ©vĂšre. La myopathie se caractĂ©rise par des symptĂŽmes musculaires associĂ©s Ă  une CK supĂ©rieure Ă  10 fois la limite supĂ©rieure de la normale. La rhabdomyolyse est beaucoup plus rare et est souvent associĂ©e Ă  un Ăąge avancĂ©, une fragilitĂ©, une insuffisance rĂ©nale, un Ă©tat de choc, une hypothyroĂŻdie, de fortes doses de statines ou des mĂ©dicaments en interaction, en particulier le gemfibrozil, les antifongiques et les antibiotiques.

Faiblesse persistante aprĂšs l’arrĂȘt de la statine

Une faiblesse proximale persistante ou progressive malgrĂ© l’arrĂȘt de la statine doit faire suspecter une myopathie nĂ©crosante auto-immune plutĂŽt qu’une SAMS toxique ou subjective habituelle. La myopathie anti-HMGCR peut survenir chez des patients traitĂ©s par statines, en particulier chez ceux ĂągĂ©s de plus de 50 ans, mais contrairement Ă  la myopathie habituelle liĂ©e aux statines, elle ne s’amĂ©liore pas aprĂšs l’arrĂȘt de la statine. Elle se caractĂ©rise par une faiblesse symĂ©trique Ă  prĂ©dominance proximale, parfois accompagnĂ©e de dysphagie, de dysarthrie ou de myalgies. La maladie anti-SRP peut Ă©voluer de maniĂšre subaiguĂ«, agressive et relativement rĂ©fractaire.

Évaluation et examen clinique

L’évaluation doit commencer par une anamnĂšse prĂ©cise portant sur :

  • La nature prĂ©cise des symptĂŽmes et leur rĂ©partition

  • Leur symĂ©trie et leur prĂ©dominance proximale ou distale

  • Le retentissement fonctionnel

  • Le dĂ©lai d’apparition par rapport Ă  l’instauration de la statine ou Ă  une modification de la dose

  • La rĂ©ponse Ă  l’arrĂȘt du traitement

  • La rĂ©cidive lors d’une nouvelle exposition

  • L’exposition antĂ©rieure Ă  d’autres statines

  • La dose et l’intensitĂ© du traitement par statine

  • Une infection rĂ©cente ou une maladie systĂ©mique

  • L’état thyroĂŻdien, rĂ©nal, hĂ©patique et nutritionnel

  • Les mĂ©dicaments concomitants et les interactions potentielles

  • Les antĂ©cĂ©dents personnels ou familiaux pertinents de maladie musculaire

L’examen clinique doit documenter la force musculaire proximale et distale, la limitation fonctionnelle ainsi que la prĂ©sence d’une atrophie musculaire ou d’une maladie inflammatoire. Une faiblesse objective persistante, en particulier lorsqu’elle est progressive ou accompagnĂ©e d’une Ă©lĂ©vation importante de la CK, justifie une Ă©valuation allant au-delĂ  de celle d’une SAMS habituelle.

Les autres causes de myalgies doivent ĂȘtre exclues avant d’attribuer les symptĂŽmes au traitement par statine. Le document source identifie spĂ©cifiquement l’hypothyroĂŻdie, la carence en vitamine D, l’infection aiguĂ«, l’insuffisance rĂ©nale ou hĂ©patique, les maladies musculaires sous-jacentes et les mĂ©dicaments en interaction comme des facteurs contributifs ou de risque pertinents.

La communication avec le patient est un Ă©lĂ©ment essentiel de l’évaluation. Le clinicien doit expliquer le bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire de la rĂ©duction du LDL-C, le profil de sĂ©curitĂ© gĂ©nĂ©ralement favorable des statines, la frĂ©quence des symptĂŽmes musculaires bĂ©nins et la raretĂ© des lĂ©sions sĂ©vĂšres. Des attentes nĂ©gatives peuvent amplifier les symptĂŽmes et favoriser un arrĂȘt prĂ©maturĂ© du traitement.

Diagnostic

Créatine kinase

La mesure de la CK est au centre de l’évaluation d’une suspicion de SAMS. La plupart des patients prĂ©sentant des symptĂŽmes musculaires ont une CK normale ou seulement lĂ©gĂšrement Ă  modĂ©rĂ©ment Ă©levĂ©e. Une concentration de CK supĂ©rieure Ă  10 fois la limite supĂ©rieure de la normale en prĂ©sence de symptĂŽmes musculaires indique une myopathie et doit ĂȘtre distinguĂ©e d’une lĂ©sion musculaire plus sĂ©vĂšre.

L’évaluation initiale doit comprendre un dosage de la CK, associĂ© Ă  la recherche d’autres causes et Ă  l’analyse des interactions mĂ©dicamenteuses.

Évaluation de la causalitĂ©

Aucun test spĂ©cifique ne permet d’établir si les symptĂŽmes sont pharmacologiques ou principalement liĂ©s Ă  un effet nocebo. La causalitĂ© est donc Ă©valuĂ©e cliniquement Ă  partir des Ă©lĂ©ments suivants :

  • PhĂ©notype des symptĂŽmes

  • Association temporelle avec l’exposition Ă  la statine

  • AmĂ©lioration aprĂšs l’arrĂȘt du traitement

  • RĂ©cidive lors d’une nouvelle exposition

  • ReproductibilitĂ© avec diffĂ©rentes statines ou diffĂ©rents schĂ©mas posologiques

  • Exclusion des diagnostics concurrents

Une pĂ©riode pratique d’arrĂȘt diagnostique est de 3–4 semaines. Si les symptĂŽmes disparaissent, une dose plus faible, une autre statine ou un traitement non quotidien peuvent ĂȘtre tentĂ©s.

Électrophysiologie et imagerie musculaire

Les explorations Ă©lectrophysiologiques systĂ©matiques ne sont pas dĂ©crites pour les SAMS habituelles dans le document source. En cas de suspicion de myopathie nĂ©crosante auto-immune, l’électromyogramme peut montrer une augmentation de l’activitĂ© d’insertion et de l’activitĂ© spontanĂ©e, notamment des dĂ©charges myotoniques. L’imagerie des muscles squelettiques est souvent anormale mais non spĂ©cifique ; l’IRM en sĂ©quence STIR peut montrer un ƓdĂšme et une inflammation musculaires.

Auto-anticorps et biopsie musculaire

Dans la myopathie nĂ©crosante auto-immune, la CK est habituellement trĂšs Ă©levĂ©e, souvent supĂ©rieure Ă  10 fois la normale, et peut ĂȘtre associĂ©e Ă  des anticorps anti-HMGCR ou anti-SRP. La biopsie musculaire montre typiquement des fibres nĂ©crotiques et en rĂ©gĂ©nĂ©ration multifocales avec relativement peu de cellules inflammatoires. Une surexpression du CMH-I et des molĂ©cules du complexe d’attaque membranaire peut ĂȘtre observĂ©e, et certains cas anti-HMGCR prĂ©sentent des infiltrats endomysiaux Ă  prĂ©dominance macrophagique.

Une recherche de cancer est appropriée chez les patients atteints de myopathie anti-HMGCR, car une incidence accrue de cancers a été décrite dans ce contexte.

Biomarqueurs et résultats biologiques

Créatine kinase

Situation clinique Profil de CK décrit dans le document source
SAMS/myalgie habituelles Normale ou légÚrement à modérément élevée ; habituellement sans augmentation importante
Myosite CK Ă©levĂ©e avec signes d’inflammation musculaire
Myopathie SymptÎmes musculaires avec CK >10 fois la limite supérieure de la normale
Myopathie nécrosante auto-immune Habituellement trÚs élevée, souvent >10 fois la normale

Enzymes hépatiques

Une Ă©lĂ©vation lĂ©gĂšre de l’ALT survient chez moins de 2 % des patients traitĂ©s par statines et n’est gĂ©nĂ©ralement pas le signe d’une hĂ©patotoxicitĂ©. Une Ă©lĂ©vation cliniquement significative est dĂ©finie par une valeur supĂ©rieure Ă  trois fois la limite supĂ©rieure de la normale Ă  deux reprises consĂ©cutives. L’évolution vers une insuffisance hĂ©patique est trĂšs rare, tout comme les lĂ©sions hĂ©patiques idiosyncrasiques sĂ©vĂšres.

Les enzymes hĂ©patiques doivent ĂȘtre dosĂ©es lorsque les symptĂŽmes Ă©voquent une hĂ©patotoxicitĂ©. Les statines ne doivent pas ĂȘtre prescrites en cas d’hĂ©patite active. Une Ă©lĂ©vation lĂ©gĂšre de l’ALT associĂ©e Ă  une stĂ©atose ou Ă  une maladie hĂ©patique stĂ©atosique non alcoolique ne justifie pas de supposer que le traitement par statine aggravera la maladie hĂ©patique.

Données rénales

Une protĂ©inurie lĂ©gĂšre, souvent transitoire, peut rarement survenir lors d’un traitement par statine Ă  forte dose et n’est pas associĂ©e Ă  une altĂ©ration de la fonction rĂ©nale. Une insuffisance rĂ©nale sĂ©vĂšre peut nĂ©cessiter une rĂ©duction de la dose pour certaines statines. L’atorvastatine et la fluvastatine dĂ©pendent moins de l’élimination rĂ©nale. La maladie rĂ©nale elle-mĂȘme augmente le risque de myopathie liĂ©e aux statines, en particulier Ă  fortes doses.

Métabolisme glucidique

Les statines entraĂźnent une faible augmentation dose-dĂ©pendante du risque de diabĂšte nouvellement apparu, d’environ 1 cas supplĂ©mentaire pour 1000 personnes-annĂ©es dans les donnĂ©es citĂ©es. Le risque est plus Ă©levĂ© avec un traitement intensif et chez les personnes ĂągĂ©es ou prĂ©sentant des caractĂ©ristiques du syndrome mĂ©tabolique ou d’autres facteurs de risque de diabĂšte. Le bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire l’emporte largement sur ce risque. Une surveillance de la glycĂ©mie est appropriĂ©e chez les patients traitĂ©s par statines qui prĂ©sentent des facteurs de risque de diabĂšte, en association avec des mesures diĂ©tĂ©tiques et d’exercice visant Ă  maintenir un poids sain.

Traitement et prise en charge

L’objectif n’est pas simplement d’arrĂȘter une statine, mais d’établir le schĂ©ma hypolipĂ©miant le plus efficace que le patient puisse tolĂ©rer tout en maintenant la protection cardiovasculaire.

Prise en charge initiale

En cas de suspicion de SAMS :

  • Exclure les autres causes de symptĂŽmes musculaires.

  • VĂ©rifier l’ensemble des mĂ©dicaments Ă  la recherche d’interactions pharmacocinĂ©tiques et pharmacodynamiques.

  • Doser la CK.

  • Discuter du rapport bĂ©nĂ©fice–risque et de la possibilitĂ© d’un effet nocebo.

  • ArrĂȘter temporairement la statine pendant environ 3–4 semaines lorsque cela est cliniquement appropriĂ©.

  • Réévaluer la disparition des symptĂŽmes.

  • ProcĂ©der systĂ©matiquement Ă  une nouvelle tentative.

Les patients prĂ©sentant des symptĂŽmes sĂ©vĂšres, une Ă©lĂ©vation importante de la CK ou une suspicion de rhabdomyolyse nĂ©cessitent une Ă©valuation rapide Ă  la recherche d’une lĂ©sion musculaire sĂ©vĂšre. Un patient qui dĂ©veloppe une rhabdomyolyse associĂ©e Ă  une statine doit recevoir un autre traitement hypolipĂ©miant.

Stratégies de nouvelle tentative

L’intolĂ©rance complĂšte Ă©tant inhabituelle, plusieurs approches doivent ĂȘtre essayĂ©es :

  • RĂ©duire la dose de statine.

  • Remplacer la statine par une autre.

  • Utiliser une administration intermittente ou un jour sur deux.

  • Choisir un schĂ©ma compatible avec les fonctions rĂ©nale et hĂ©patique.

  • Éviter les mĂ©dicaments en interaction, en particulier le gemfibrozil.

  • Réévaluer les symptĂŽmes et la rĂ©ponse lipidique aprĂšs chaque modification.

L’atorvastatine, la pitavastatine et la rosuvastatine ont de longues demi-vies et peuvent ĂȘtre administrĂ©es Ă  n’importe quel moment de la journĂ©e. Les autres statines doivent gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre administrĂ©es le soir afin de correspondre au rythme circadien de l’expression de la HMG-CoA rĂ©ductase.

Chez les patients signalant une intolĂ©rance, une nouvelle tentative est souvent couronnĂ©e de succĂšs. Les donnĂ©es citĂ©es dans le document source indiquent que 70–90 % de ces patients peuvent prendre une statine lors d’une nouvelle exposition.

Traitement non statinique

Chez les patients prĂ©sentant un risque Ă©levĂ© ou trĂšs Ă©levĂ© de maladie cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reuse qui ne peuvent atteindre l’objectif de LDL-C avec le schĂ©ma de statine maximalement tolĂ©rĂ©, un traitement non statinique doit ĂȘtre ajoutĂ© ou utilisĂ© comme alternative. Les options dĂ©crites comprennent :

  • ÉzĂ©timibe

  • Acide bempĂ©doĂŻque

  • Inhibiteurs de PCSK9

Chez les patients prĂ©sentant une dyslipidĂ©mie et des symptĂŽmes musculaires, un arrĂȘt temporaire suivi d’une nouvelle tentative avec une autre statine, avec ou sans administration un jour sur deux, ou l’introduction d’ézĂ©timibe ou d’un inhibiteur de PCSK9 doit ĂȘtre envisagĂ©.

Les patients présentant une intolérance persistante aux statines doivent néanmoins recevoir un traitement actif de réduction du LDL-C adapté à leur risque cardiovasculaire plutÎt que rester sans traitement.

Myopathie nécrosante auto-immune

Une myopathie anti-HMGCR doit ĂȘtre suspectĂ©e lorsque persistent, malgrĂ© l’arrĂȘt de la statine, une faiblesse proximale importante et une Ă©lĂ©vation marquĂ©e de la CK. La maladie anti-HMGCR peut rĂ©pondre Ă  une monothĂ©rapie par immunoglobulines intraveineuses. Les myopathies nĂ©crosantes auto-immunes anti-SRP et sĂ©ronĂ©gatives sont gĂ©nĂ©ralement plus difficiles Ă  traiter et nĂ©cessitent habituellement une immunothĂ©rapie intensive. Cette affection est distincte de la myopathie toxique habituelle liĂ©e aux statines et ne doit pas ĂȘtre prise en charge par le seul arrĂȘt de la statine.

Doses et intensité des statines

L’intensitĂ© d’une statine est dĂ©finie par la rĂ©duction attendue du LDL-C :

Intensité Réduction attendue du LDL-C Schémas posologiques indiqués
Forte >50% Atorvastatine 40–80 mg ; rosuvastatine 20–40 mg
ModĂ©rĂ©e 30% Ă  <50% Atorvastatine 10–20 mg ; rosuvastatine 5–10 mg ; simvastatine 20–40 mg ; pravastatine 40–80 mg ; lovastatine 40 mg ; fluvastatine XL 80 mg ; fluvastatine 40 mg deux fois par jour ; pitavastatine 2–4 mg
Faible <30% Simvastatine 10 mg ; pravastatine 10–20 mg ; lovastatine 20 mg ; fluvastatine 20–40 mg ; pitavastatine 1 mg

À chaque doublement de la dose de statine, le LDL-C diminue d’environ 6 % supplĂ©mentaires. La dose initiale doit ĂȘtre choisie en fonction du risque cardiovasculaire, de l’ñge, de la fragilitĂ©, de la polymĂ©dication, des fonctions rĂ©nale et hĂ©patique, de l’hypothyroĂŻdie, d’antĂ©cĂ©dents de troubles musculaires ou d’intolĂ©rance aux statines, de l’ascendance asiatique et des interactions mĂ©dicamenteuses pertinentes.

Recommandations des sociétés savantes

Principes généraux

Les statines restent le traitement de premiĂšre intention de la rĂ©duction du LDL-C, car elles diminuent les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires athĂ©rosclĂ©reux et la mortalitĂ© cardiovasculaire. Leur bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire l’emporte largement sur les faibles risques de diabĂšte et sur le risque extrĂȘmement rare de lĂ©sion musculaire sĂ©vĂšre ou de toxicitĂ© hĂ©patique grave.

Une atorvastatine ou une rosuvastatine Ă  forte intensitĂ© est indiquĂ©e chez les patients diabĂ©tiques prĂ©sentant un risque cardiovasculaire Ă©levĂ© ou trĂšs Ă©levĂ©. Le document source rapporte des rĂ©ductions du LDL-C de 40–63 % avec ces schĂ©mas et souligne que le bĂ©nĂ©fice clinique l’emporte sur l’effet diabĂ©togĂšne potentiel.

Syndrome coronarien aigu

AprĂšs un syndrome coronarien aigu, le traitement hypolipĂ©miant doit ĂȘtre instaurĂ© le plus tĂŽt possible, de prĂ©fĂ©rence avant l’intervention coronaire percutanĂ©e prĂ©vue, par une statine Ă  forte intensitĂ© Ă  la dose maximale tolĂ©rĂ©e.

En prĂ©vention secondaire, l’objectif de LDL-C est :

  • LDL-C <1.4 mmol/L (<55 mg/dL), et

  • RĂ©duction d’au moins 50 % par rapport Ă  la valeur initiale.

Chez les patients présentant un deuxiÚme événement cardiovasculaire dans les deux ans, une cible de LDL-C inférieure à 1.0 mmol/L (<40 mg/dL) peut apporter un bénéfice supplémentaire.

Si la dose maximale tolĂ©rĂ©e de statine est insuffisante, l’ézĂ©timibe doit ĂȘtre ajoutĂ©. Un traitement par inhibiteur de PCSK9 est recommandĂ© lorsque l’objectif de LDL-C n’est pas atteint malgrĂ© un traitement par statine Ă  la dose maximale tolĂ©rĂ©e et par Ă©zĂ©timibe. Chez les patients prĂ©sentant un syndrome coronarien aigu dont le LDL-C n’est pas Ă  l’objectif malgrĂ© un traitement par statine et Ă©zĂ©timibe avant l’admission, le traitement par inhibiteur de PCSK9 doit ĂȘtre instaurĂ© pendant l’hospitalisation.

L’icosapent Ă©thyl 2 g deux fois par jour peut ĂȘtre utilisĂ© en association avec une statine chez les patients prĂ©sentant un syndrome coronarien aigu et des triglycĂ©rides Ă  1.5–5.6 mmol/L (135–499 mg/dL) malgrĂ© le traitement par statine.

Le bilan lipidique doit ĂȘtre réévaluĂ© 4–6 semaines aprĂšs chaque instauration de traitement ou modification de dose, Ă  la fois pour vĂ©rifier l’atteinte de l’objectif de LDL-C et pour identifier d’éventuels problĂšmes de sĂ©curitĂ©.

Patients ùgés

En prĂ©vention primaire chez les patients ĂągĂ©s de 70 ans ou plus, l’instauration d’une statine peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque le risque cardiovasculaire est Ă©levĂ© ou trĂšs Ă©levĂ©. Les dĂ©cisions doivent intĂ©grer la fragilitĂ©, la polymĂ©dication, les comorbiditĂ©s, le bĂ©nĂ©fice potentiel au cours de la vie, les modificateurs du risque et les prĂ©fĂ©rences du patient. L’augmentation de la dose doit ĂȘtre prudente en cas d’insuffisance rĂ©nale ou d’interactions mĂ©dicamenteuses possibles. Les symptĂŽmes musculaires restent particuliĂšrement pertinents dans cette population.

Pronostic et suivi

Le pronostic Ă  long terme dĂ©pend principalement de la rĂ©duction durable du risque cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reux. Les statines rĂ©duisent les Ă©vĂ©nements vasculaires majeurs d’environ 20–25 % pour chaque rĂ©duction de 1 mmol/L, soit environ 40 mg/dL, du LDL-C par an aprĂšs la premiĂšre annĂ©e de traitement. Les bĂ©nĂ©fices sont cumulatifs et augmentent avec la poursuite du traitement. Les statines rĂ©duisent Ă©galement la mortalitĂ© toutes causes, principalement grĂące Ă  la diminution de la mortalitĂ© vasculaire.

Le traitement par statine rĂ©duit Ă  la fois les Ă©vĂ©nements coronaires et les accidents vasculaires cĂ©rĂ©braux ischĂ©miques. Bien qu’une Ă©tude ait soulevĂ© la possibilitĂ© d’un nombre numĂ©riquement plus Ă©levĂ© d’accidents vasculaires cĂ©rĂ©braux hĂ©morragiques avec un traitement Ă  forte dose aprĂšs un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral ou un accident ischĂ©mique transitoire, les donnĂ©es ultĂ©rieures n’ont pas confirmĂ© une augmentation du risque d’hĂ©morragie intracrĂąnienne avec des objectifs de LDL-C plus bas. Le bĂ©nĂ©fice global sur les accidents vasculaires cĂ©rĂ©braux l’emporte donc sur cette faible inquiĂ©tude potentielle et, d’aprĂšs les donnĂ©es prĂ©sentĂ©es, les antĂ©cĂ©dents de maladie cĂ©rĂ©brovasculaire ne nĂ©cessitent pas de modifier le schĂ©ma de traitement par statine.

Le suivi doit comprendre :

  • Réévaluation des symptĂŽmes musculaires et de l’état fonctionnel

  • Dosage de la CK lorsque les symptĂŽmes sont prĂ©sents ou rĂ©cidivent

  • VĂ©rification de l’observance et des attentes vis-Ă -vis du traitement

  • Nouvelle Ă©valuation des mĂ©dicaments en interaction et des facteurs rĂ©versibles contributifs

  • Bilan lipidique 4–6 semaines aprĂšs l’instauration ou la modification du traitement

  • Dosage des enzymes hĂ©patiques lorsque les symptĂŽmes Ă©voquent une hĂ©patotoxicitĂ©

  • Surveillance de la glycĂ©mie chez les patients prĂ©sentant des facteurs de risque de diabĂšte

  • Évaluation continue de la fonction rĂ©nale et de l’adĂ©quation de la dose en cas de maladie rĂ©nale

Les patients prĂ©sentant une dyslipidĂ©mie doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s au moins tous les 2–5 ans en prĂ©vention primaire et chaque annĂ©e en prĂ©vention secondaire. Les patients prĂ©sentant une suspicion de myopathie nĂ©crosante auto-immune nĂ©cessitent un suivi neuromusculaire spĂ©cialisĂ©, une Ă©valuation de la rĂ©ponse au traitement et, en cas de maladie anti-HMGCR, une recherche de cancer sous-jacent.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 6 août 2026