Définition et physiopathologie
Les statines inhibent la 3-hydroxy-3-mĂ©thylglutaryl-coenzyme A rĂ©ductase, enzyme limitante de la synthĂšse du cholestĂ©rol. La rĂ©duction de la production hĂ©patique de cholestĂ©rol augmente lâexpression des rĂ©cepteurs hĂ©patiques des LDL, favorisant ainsi lâĂ©limination des particules de LDL de la circulation. Les statines rĂ©duisent Ă©galement la production de lipoprotĂ©ines contenant lâapoB-100 et exercent des effets indĂ©pendants de la rĂ©duction du LDL-C, notamment sur lâinflammation, le stress oxydatif, la fonction endothĂ©liale, la stabilitĂ© de la plaque, les rĂ©ponses thrombotiques et lâactivitĂ© immunitaire.
LâintolĂ©rance aux statines dĂ©signe les effets indĂ©sirables attribuĂ©s au traitement par statine qui sâamĂ©liorent ou disparaissent aprĂšs rĂ©duction de la dose ou arrĂȘt du traitement. Elle se divise cliniquement en :
IntolĂ©rance complĂšte : impossibilitĂ© de tolĂ©rer quelque dose que ce soit dâune quelconque statine.
IntolĂ©rance partielle : impossibilitĂ© de tolĂ©rer la dose nĂ©cessaire pour atteindre lâobjectif de LDL-C du patient.
LâintolĂ©rance complĂšte est rare. La plupart des patients signalant une intolĂ©rance peuvent finalement recevoir une forme de traitement par statine aprĂšs une réévaluation systĂ©matique et une nouvelle tentative.
La principale manifestation est constituĂ©e par les symptĂŽmes musculaires associĂ©s aux statines (SAMS). Ils vont dâune myalgie diffuse avec CK normale et sans retentissement fonctionnel Ă une myosite avec inflammation musculaire et Ă©lĂ©vation de la CK. La rhabdomyolyse est une forme rare et sĂ©vĂšre de lĂ©sion musculaire.
La base biologique de nombreux symptĂŽmes musculaires rapportĂ©s demeure incertaine. Les essais randomisĂ©s ont montrĂ© des taux dâĂ©vĂ©nements musculaires indĂ©sirables similaires Ă ceux observĂ©s sous placebo, tandis quâenviron 10 % des patients des registres et de la pratique clinique courante signalent des symptĂŽmes musculaires. Cette discordance reflĂšte au moins en partie lâeffet nocebo : attentes nĂ©gatives, Ă©lĂ©ments contextuels et attribution de symptĂŽmes prĂ©existants au mĂ©dicament. Aucun test diagnostique unique ne permet de distinguer un effet pharmacologique de type SAMS dâune rĂ©ponse nocebo.
Facteurs prédisposants
La probabilité de SAMS augmente avec des doses plus élevées de statines et avec plusieurs facteurs liés au patient ou au traitement :
Ăge supĂ©rieur Ă 80 ans
Sexe féminin
Indice de masse corporelle faible
Ascendance asiatique
Antécédent personnel de maladie musculaire ou antécédents personnels ou familiaux de troubles musculaires
Infection aiguë
Insuffisance rénale ou hépatique
HypothyroĂŻdie
Carence en vitamine D
MĂ©dicaments concomitants susceptibles dâinteragir
Le polymorphisme SLCO1B1 rs4149056 est associé à des concentrations plus élevées de statines et peut augmenter le risque de myopathie liée à la simvastatine. Certaines populations asiatiques, notamment les patients japonais, chinois et malais, peuvent présenter des concentrations sanguines de statines plus élevées ; des doses initiales plus faibles sont donc appropriées.
Les interactions mĂ©dicamenteuses sont particuliĂšrement importantes. Lâinhibition du cytochrome P-450 3A4 ou 2C9 peut augmenter les concentrations de statines. Les agents concernĂ©s comprennent lâamiodarone, les antibiotiques macrolides tels que lâĂ©rythromycine et la clarithromycine, les antifongiques azolĂ©s, certains antiviraux, notamment le lopinavir, le ritonavir et le nirmatrelvir/ritonavir, certains inhibiteurs calciques, la colchicine, la ciclosporine, la warfarine et le jus de pamplemousse. Le gemfibrozil ne doit pas ĂȘtre associĂ© aux statines, car il modifie leur absorption, leur captation hĂ©patique et leur devenir pharmacocinĂ©tique.
Présentation clinique et symptÎmes
Les SAMS typiques comprennent :
Douleurs musculaires symétriques
Courbatures ou sensibilité musculaire
Faiblesse, souvent ressentie ou fonctionnelle
Atteinte prédominante des grands groupes musculaires proximaux
Les symptĂŽmes dĂ©butent gĂ©nĂ©ralement dans les 4â6 semaines suivant lâinstauration du traitement. Ils surviennent habituellement sans Ă©lĂ©vation importante de la CK. AprĂšs lâarrĂȘt de la statine, les symptĂŽmes sâamĂ©liorent gĂ©nĂ©ralement en quelques semaines et peuvent rĂ©apparaĂźtre lors de la rĂ©introduction de la statine.
La relation temporelle est informative sur le plan clinique :
Les symptĂŽmes apparaissent aprĂšs lâinstauration du traitement ou lâaugmentation de la dose.
Ils sâamĂ©liorent aprĂšs lâarrĂȘt du traitement.
Ils rĂ©apparaissent lors dâune nouvelle exposition.
Le tableau est reproductible lors de plus dâune exposition.
Ces éléments étayent une relation causale, sans toutefois la démontrer à eux seuls.
Les symptĂŽmes musculaires doivent ĂȘtre distinguĂ©s dâune lĂ©sion musculaire sĂ©vĂšre. La myopathie se caractĂ©rise par des symptĂŽmes musculaires associĂ©s Ă une CK supĂ©rieure Ă 10 fois la limite supĂ©rieure de la normale. La rhabdomyolyse est beaucoup plus rare et est souvent associĂ©e Ă un Ăąge avancĂ©, une fragilitĂ©, une insuffisance rĂ©nale, un Ă©tat de choc, une hypothyroĂŻdie, de fortes doses de statines ou des mĂ©dicaments en interaction, en particulier le gemfibrozil, les antifongiques et les antibiotiques.
Faiblesse persistante aprĂšs lâarrĂȘt de la statine
Une faiblesse proximale persistante ou progressive malgrĂ© lâarrĂȘt de la statine doit faire suspecter une myopathie nĂ©crosante auto-immune plutĂŽt quâune SAMS toxique ou subjective habituelle. La myopathie anti-HMGCR peut survenir chez des patients traitĂ©s par statines, en particulier chez ceux ĂągĂ©s de plus de 50 ans, mais contrairement Ă la myopathie habituelle liĂ©e aux statines, elle ne sâamĂ©liore pas aprĂšs lâarrĂȘt de la statine. Elle se caractĂ©rise par une faiblesse symĂ©trique Ă prĂ©dominance proximale, parfois accompagnĂ©e de dysphagie, de dysarthrie ou de myalgies. La maladie anti-SRP peut Ă©voluer de maniĂšre subaiguĂ«, agressive et relativement rĂ©fractaire.
Ăvaluation et examen clinique
LâĂ©valuation doit commencer par une anamnĂšse prĂ©cise portant sur :
La nature précise des symptÎmes et leur répartition
Leur symétrie et leur prédominance proximale ou distale
Le retentissement fonctionnel
Le dĂ©lai dâapparition par rapport Ă lâinstauration de la statine ou Ă une modification de la dose
La rĂ©ponse Ă lâarrĂȘt du traitement
La rĂ©cidive lors dâune nouvelle exposition
Lâexposition antĂ©rieure Ă dâautres statines
La dose et lâintensitĂ© du traitement par statine
Une infection récente ou une maladie systémique
LâĂ©tat thyroĂŻdien, rĂ©nal, hĂ©patique et nutritionnel
Les médicaments concomitants et les interactions potentielles
Les antécédents personnels ou familiaux pertinents de maladie musculaire
Lâexamen clinique doit documenter la force musculaire proximale et distale, la limitation fonctionnelle ainsi que la prĂ©sence dâune atrophie musculaire ou dâune maladie inflammatoire. Une faiblesse objective persistante, en particulier lorsquâelle est progressive ou accompagnĂ©e dâune Ă©lĂ©vation importante de la CK, justifie une Ă©valuation allant au-delĂ de celle dâune SAMS habituelle.
Les autres causes de myalgies doivent ĂȘtre exclues avant dâattribuer les symptĂŽmes au traitement par statine. Le document source identifie spĂ©cifiquement lâhypothyroĂŻdie, la carence en vitamine D, lâinfection aiguĂ«, lâinsuffisance rĂ©nale ou hĂ©patique, les maladies musculaires sous-jacentes et les mĂ©dicaments en interaction comme des facteurs contributifs ou de risque pertinents.
La communication avec le patient est un Ă©lĂ©ment essentiel de lâĂ©valuation. Le clinicien doit expliquer le bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire de la rĂ©duction du LDL-C, le profil de sĂ©curitĂ© gĂ©nĂ©ralement favorable des statines, la frĂ©quence des symptĂŽmes musculaires bĂ©nins et la raretĂ© des lĂ©sions sĂ©vĂšres. Des attentes nĂ©gatives peuvent amplifier les symptĂŽmes et favoriser un arrĂȘt prĂ©maturĂ© du traitement.
Diagnostic
Créatine kinase
La mesure de la CK est au centre de lâĂ©valuation dâune suspicion de SAMS. La plupart des patients prĂ©sentant des symptĂŽmes musculaires ont une CK normale ou seulement lĂ©gĂšrement Ă modĂ©rĂ©ment Ă©levĂ©e. Une concentration de CK supĂ©rieure Ă 10 fois la limite supĂ©rieure de la normale en prĂ©sence de symptĂŽmes musculaires indique une myopathie et doit ĂȘtre distinguĂ©e dâune lĂ©sion musculaire plus sĂ©vĂšre.
LâĂ©valuation initiale doit comprendre un dosage de la CK, associĂ© Ă la recherche dâautres causes et Ă lâanalyse des interactions mĂ©dicamenteuses.
Ăvaluation de la causalitĂ©
Aucun test spĂ©cifique ne permet dâĂ©tablir si les symptĂŽmes sont pharmacologiques ou principalement liĂ©s Ă un effet nocebo. La causalitĂ© est donc Ă©valuĂ©e cliniquement Ă partir des Ă©lĂ©ments suivants :
Phénotype des symptÎmes
Association temporelle avec lâexposition Ă la statine
AmĂ©lioration aprĂšs lâarrĂȘt du traitement
RĂ©cidive lors dâune nouvelle exposition
Reproductibilité avec différentes statines ou différents schémas posologiques
Exclusion des diagnostics concurrents
Une pĂ©riode pratique dâarrĂȘt diagnostique est de 3â4 semaines. Si les symptĂŽmes disparaissent, une dose plus faible, une autre statine ou un traitement non quotidien peuvent ĂȘtre tentĂ©s.
Ălectrophysiologie et imagerie musculaire
Les explorations Ă©lectrophysiologiques systĂ©matiques ne sont pas dĂ©crites pour les SAMS habituelles dans le document source. En cas de suspicion de myopathie nĂ©crosante auto-immune, lâĂ©lectromyogramme peut montrer une augmentation de lâactivitĂ© dâinsertion et de lâactivitĂ© spontanĂ©e, notamment des dĂ©charges myotoniques. Lâimagerie des muscles squelettiques est souvent anormale mais non spĂ©cifique ; lâIRM en sĂ©quence STIR peut montrer un ĆdĂšme et une inflammation musculaires.
Auto-anticorps et biopsie musculaire
Dans la myopathie nĂ©crosante auto-immune, la CK est habituellement trĂšs Ă©levĂ©e, souvent supĂ©rieure Ă 10 fois la normale, et peut ĂȘtre associĂ©e Ă des anticorps anti-HMGCR ou anti-SRP. La biopsie musculaire montre typiquement des fibres nĂ©crotiques et en rĂ©gĂ©nĂ©ration multifocales avec relativement peu de cellules inflammatoires. Une surexpression du CMH-I et des molĂ©cules du complexe dâattaque membranaire peut ĂȘtre observĂ©e, et certains cas anti-HMGCR prĂ©sentent des infiltrats endomysiaux Ă prĂ©dominance macrophagique.
Une recherche de cancer est appropriée chez les patients atteints de myopathie anti-HMGCR, car une incidence accrue de cancers a été décrite dans ce contexte.
Biomarqueurs et résultats biologiques
Créatine kinase
| Situation clinique | Profil de CK décrit dans le document source |
|---|---|
| SAMS/myalgie habituelles | Normale ou légÚrement à modérément élevée ; habituellement sans augmentation importante |
| Myosite | CK Ă©levĂ©e avec signes dâinflammation musculaire |
| Myopathie | SymptÎmes musculaires avec CK >10 fois la limite supérieure de la normale |
| Myopathie nécrosante auto-immune | Habituellement trÚs élevée, souvent >10 fois la normale |
Enzymes hépatiques
Une Ă©lĂ©vation lĂ©gĂšre de lâALT survient chez moins de 2 % des patients traitĂ©s par statines et nâest gĂ©nĂ©ralement pas le signe dâune hĂ©patotoxicitĂ©. Une Ă©lĂ©vation cliniquement significative est dĂ©finie par une valeur supĂ©rieure Ă trois fois la limite supĂ©rieure de la normale Ă deux reprises consĂ©cutives. LâĂ©volution vers une insuffisance hĂ©patique est trĂšs rare, tout comme les lĂ©sions hĂ©patiques idiosyncrasiques sĂ©vĂšres.
Les enzymes hĂ©patiques doivent ĂȘtre dosĂ©es lorsque les symptĂŽmes Ă©voquent une hĂ©patotoxicitĂ©. Les statines ne doivent pas ĂȘtre prescrites en cas dâhĂ©patite active. Une Ă©lĂ©vation lĂ©gĂšre de lâALT associĂ©e Ă une stĂ©atose ou Ă une maladie hĂ©patique stĂ©atosique non alcoolique ne justifie pas de supposer que le traitement par statine aggravera la maladie hĂ©patique.
Données rénales
Une protĂ©inurie lĂ©gĂšre, souvent transitoire, peut rarement survenir lors dâun traitement par statine Ă forte dose et nâest pas associĂ©e Ă une altĂ©ration de la fonction rĂ©nale. Une insuffisance rĂ©nale sĂ©vĂšre peut nĂ©cessiter une rĂ©duction de la dose pour certaines statines. Lâatorvastatine et la fluvastatine dĂ©pendent moins de lâĂ©limination rĂ©nale. La maladie rĂ©nale elle-mĂȘme augmente le risque de myopathie liĂ©e aux statines, en particulier Ă fortes doses.
Métabolisme glucidique
Les statines entraĂźnent une faible augmentation dose-dĂ©pendante du risque de diabĂšte nouvellement apparu, dâenviron 1 cas supplĂ©mentaire pour 1000 personnes-annĂ©es dans les donnĂ©es citĂ©es. Le risque est plus Ă©levĂ© avec un traitement intensif et chez les personnes ĂągĂ©es ou prĂ©sentant des caractĂ©ristiques du syndrome mĂ©tabolique ou dâautres facteurs de risque de diabĂšte. Le bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire lâemporte largement sur ce risque. Une surveillance de la glycĂ©mie est appropriĂ©e chez les patients traitĂ©s par statines qui prĂ©sentent des facteurs de risque de diabĂšte, en association avec des mesures diĂ©tĂ©tiques et dâexercice visant Ă maintenir un poids sain.
Traitement et prise en charge
Lâobjectif nâest pas simplement dâarrĂȘter une statine, mais dâĂ©tablir le schĂ©ma hypolipĂ©miant le plus efficace que le patient puisse tolĂ©rer tout en maintenant la protection cardiovasculaire.
Prise en charge initiale
En cas de suspicion de SAMS :
Exclure les autres causes de symptĂŽmes musculaires.
VĂ©rifier lâensemble des mĂ©dicaments Ă la recherche dâinteractions pharmacocinĂ©tiques et pharmacodynamiques.
Doser la CK.
Discuter du rapport bĂ©nĂ©ficeârisque et de la possibilitĂ© dâun effet nocebo.
ArrĂȘter temporairement la statine pendant environ 3â4 semaines lorsque cela est cliniquement appropriĂ©.
Réévaluer la disparition des symptÎmes.
Procéder systématiquement à une nouvelle tentative.
Les patients prĂ©sentant des symptĂŽmes sĂ©vĂšres, une Ă©lĂ©vation importante de la CK ou une suspicion de rhabdomyolyse nĂ©cessitent une Ă©valuation rapide Ă la recherche dâune lĂ©sion musculaire sĂ©vĂšre. Un patient qui dĂ©veloppe une rhabdomyolyse associĂ©e Ă une statine doit recevoir un autre traitement hypolipĂ©miant.
Stratégies de nouvelle tentative
LâintolĂ©rance complĂšte Ă©tant inhabituelle, plusieurs approches doivent ĂȘtre essayĂ©es :
Réduire la dose de statine.
Remplacer la statine par une autre.
Utiliser une administration intermittente ou un jour sur deux.
Choisir un schéma compatible avec les fonctions rénale et hépatique.
Ăviter les mĂ©dicaments en interaction, en particulier le gemfibrozil.
Réévaluer les symptÎmes et la réponse lipidique aprÚs chaque modification.
Lâatorvastatine, la pitavastatine et la rosuvastatine ont de longues demi-vies et peuvent ĂȘtre administrĂ©es Ă nâimporte quel moment de la journĂ©e. Les autres statines doivent gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre administrĂ©es le soir afin de correspondre au rythme circadien de lâexpression de la HMG-CoA rĂ©ductase.
Chez les patients signalant une intolĂ©rance, une nouvelle tentative est souvent couronnĂ©e de succĂšs. Les donnĂ©es citĂ©es dans le document source indiquent que 70â90 % de ces patients peuvent prendre une statine lors dâune nouvelle exposition.
Traitement non statinique
Chez les patients prĂ©sentant un risque Ă©levĂ© ou trĂšs Ă©levĂ© de maladie cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reuse qui ne peuvent atteindre lâobjectif de LDL-C avec le schĂ©ma de statine maximalement tolĂ©rĂ©, un traitement non statinique doit ĂȘtre ajoutĂ© ou utilisĂ© comme alternative. Les options dĂ©crites comprennent :
ĂzĂ©timibe
Acide bempédoïque
Inhibiteurs de PCSK9
Chez les patients prĂ©sentant une dyslipidĂ©mie et des symptĂŽmes musculaires, un arrĂȘt temporaire suivi dâune nouvelle tentative avec une autre statine, avec ou sans administration un jour sur deux, ou lâintroduction dâĂ©zĂ©timibe ou dâun inhibiteur de PCSK9 doit ĂȘtre envisagĂ©.
Les patients présentant une intolérance persistante aux statines doivent néanmoins recevoir un traitement actif de réduction du LDL-C adapté à leur risque cardiovasculaire plutÎt que rester sans traitement.
Myopathie nécrosante auto-immune
Une myopathie anti-HMGCR doit ĂȘtre suspectĂ©e lorsque persistent, malgrĂ© lâarrĂȘt de la statine, une faiblesse proximale importante et une Ă©lĂ©vation marquĂ©e de la CK. La maladie anti-HMGCR peut rĂ©pondre Ă une monothĂ©rapie par immunoglobulines intraveineuses. Les myopathies nĂ©crosantes auto-immunes anti-SRP et sĂ©ronĂ©gatives sont gĂ©nĂ©ralement plus difficiles Ă traiter et nĂ©cessitent habituellement une immunothĂ©rapie intensive. Cette affection est distincte de la myopathie toxique habituelle liĂ©e aux statines et ne doit pas ĂȘtre prise en charge par le seul arrĂȘt de la statine.
Doses et intensité des statines
LâintensitĂ© dâune statine est dĂ©finie par la rĂ©duction attendue du LDL-C :
| Intensité | Réduction attendue du LDL-C | Schémas posologiques indiqués |
|---|---|---|
| Forte | >50% | Atorvastatine 40â80 mg ; rosuvastatine 20â40 mg |
| ModĂ©rĂ©e | 30% Ă <50% | Atorvastatine 10â20 mg ; rosuvastatine 5â10 mg ; simvastatine 20â40 mg ; pravastatine 40â80 mg ; lovastatine 40 mg ; fluvastatine XL 80 mg ; fluvastatine 40 mg deux fois par jour ; pitavastatine 2â4 mg |
| Faible | <30% | Simvastatine 10 mg ; pravastatine 10â20 mg ; lovastatine 20 mg ; fluvastatine 20â40 mg ; pitavastatine 1 mg |
Ă chaque doublement de la dose de statine, le LDL-C diminue dâenviron 6 % supplĂ©mentaires. La dose initiale doit ĂȘtre choisie en fonction du risque cardiovasculaire, de lâĂąge, de la fragilitĂ©, de la polymĂ©dication, des fonctions rĂ©nale et hĂ©patique, de lâhypothyroĂŻdie, dâantĂ©cĂ©dents de troubles musculaires ou dâintolĂ©rance aux statines, de lâascendance asiatique et des interactions mĂ©dicamenteuses pertinentes.
Recommandations des sociétés savantes
Principes généraux
Les statines restent le traitement de premiĂšre intention de la rĂ©duction du LDL-C, car elles diminuent les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires athĂ©rosclĂ©reux et la mortalitĂ© cardiovasculaire. Leur bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire lâemporte largement sur les faibles risques de diabĂšte et sur le risque extrĂȘmement rare de lĂ©sion musculaire sĂ©vĂšre ou de toxicitĂ© hĂ©patique grave.
Une atorvastatine ou une rosuvastatine Ă forte intensitĂ© est indiquĂ©e chez les patients diabĂ©tiques prĂ©sentant un risque cardiovasculaire Ă©levĂ© ou trĂšs Ă©levĂ©. Le document source rapporte des rĂ©ductions du LDL-C de 40â63 % avec ces schĂ©mas et souligne que le bĂ©nĂ©fice clinique lâemporte sur lâeffet diabĂ©togĂšne potentiel.
Syndrome coronarien aigu
AprĂšs un syndrome coronarien aigu, le traitement hypolipĂ©miant doit ĂȘtre instaurĂ© le plus tĂŽt possible, de prĂ©fĂ©rence avant lâintervention coronaire percutanĂ©e prĂ©vue, par une statine Ă forte intensitĂ© Ă la dose maximale tolĂ©rĂ©e.
En prĂ©vention secondaire, lâobjectif de LDL-C est :
LDL-C <1.4 mmol/L (<55 mg/dL), et
RĂ©duction dâau moins 50 % par rapport Ă la valeur initiale.
Chez les patients présentant un deuxiÚme événement cardiovasculaire dans les deux ans, une cible de LDL-C inférieure à 1.0 mmol/L (<40 mg/dL) peut apporter un bénéfice supplémentaire.
Si la dose maximale tolĂ©rĂ©e de statine est insuffisante, lâĂ©zĂ©timibe doit ĂȘtre ajoutĂ©. Un traitement par inhibiteur de PCSK9 est recommandĂ© lorsque lâobjectif de LDL-C nâest pas atteint malgrĂ© un traitement par statine Ă la dose maximale tolĂ©rĂ©e et par Ă©zĂ©timibe. Chez les patients prĂ©sentant un syndrome coronarien aigu dont le LDL-C nâest pas Ă lâobjectif malgrĂ© un traitement par statine et Ă©zĂ©timibe avant lâadmission, le traitement par inhibiteur de PCSK9 doit ĂȘtre instaurĂ© pendant lâhospitalisation.
Lâicosapent Ă©thyl 2 g deux fois par jour peut ĂȘtre utilisĂ© en association avec une statine chez les patients prĂ©sentant un syndrome coronarien aigu et des triglycĂ©rides Ă 1.5â5.6 mmol/L (135â499 mg/dL) malgrĂ© le traitement par statine.
Le bilan lipidique doit ĂȘtre réévaluĂ© 4â6 semaines aprĂšs chaque instauration de traitement ou modification de dose, Ă la fois pour vĂ©rifier lâatteinte de lâobjectif de LDL-C et pour identifier dâĂ©ventuels problĂšmes de sĂ©curitĂ©.
Patients ùgés
En prĂ©vention primaire chez les patients ĂągĂ©s de 70 ans ou plus, lâinstauration dâune statine peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque le risque cardiovasculaire est Ă©levĂ© ou trĂšs Ă©levĂ©. Les dĂ©cisions doivent intĂ©grer la fragilitĂ©, la polymĂ©dication, les comorbiditĂ©s, le bĂ©nĂ©fice potentiel au cours de la vie, les modificateurs du risque et les prĂ©fĂ©rences du patient. Lâaugmentation de la dose doit ĂȘtre prudente en cas dâinsuffisance rĂ©nale ou dâinteractions mĂ©dicamenteuses possibles. Les symptĂŽmes musculaires restent particuliĂšrement pertinents dans cette population.
Pronostic et suivi
Le pronostic Ă long terme dĂ©pend principalement de la rĂ©duction durable du risque cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reux. Les statines rĂ©duisent les Ă©vĂ©nements vasculaires majeurs dâenviron 20â25 % pour chaque rĂ©duction de 1 mmol/L, soit environ 40 mg/dL, du LDL-C par an aprĂšs la premiĂšre annĂ©e de traitement. Les bĂ©nĂ©fices sont cumulatifs et augmentent avec la poursuite du traitement. Les statines rĂ©duisent Ă©galement la mortalitĂ© toutes causes, principalement grĂące Ă la diminution de la mortalitĂ© vasculaire.
Le traitement par statine rĂ©duit Ă la fois les Ă©vĂ©nements coronaires et les accidents vasculaires cĂ©rĂ©braux ischĂ©miques. Bien quâune Ă©tude ait soulevĂ© la possibilitĂ© dâun nombre numĂ©riquement plus Ă©levĂ© dâaccidents vasculaires cĂ©rĂ©braux hĂ©morragiques avec un traitement Ă forte dose aprĂšs un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral ou un accident ischĂ©mique transitoire, les donnĂ©es ultĂ©rieures nâont pas confirmĂ© une augmentation du risque dâhĂ©morragie intracrĂąnienne avec des objectifs de LDL-C plus bas. Le bĂ©nĂ©fice global sur les accidents vasculaires cĂ©rĂ©braux lâemporte donc sur cette faible inquiĂ©tude potentielle et, dâaprĂšs les donnĂ©es prĂ©sentĂ©es, les antĂ©cĂ©dents de maladie cĂ©rĂ©brovasculaire ne nĂ©cessitent pas de modifier le schĂ©ma de traitement par statine.
Le suivi doit comprendre :
Réévaluation des symptĂŽmes musculaires et de lâĂ©tat fonctionnel
Dosage de la CK lorsque les symptÎmes sont présents ou récidivent
VĂ©rification de lâobservance et des attentes vis-Ă -vis du traitement
Nouvelle évaluation des médicaments en interaction et des facteurs réversibles contributifs
Bilan lipidique 4â6 semaines aprĂšs lâinstauration ou la modification du traitement
Dosage des enzymes hépatiques lorsque les symptÎmes évoquent une hépatotoxicité
Surveillance de la glycémie chez les patients présentant des facteurs de risque de diabÚte
Ăvaluation continue de la fonction rĂ©nale et de lâadĂ©quation de la dose en cas de maladie rĂ©nale
Les patients prĂ©sentant une dyslipidĂ©mie doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s au moins tous les 2â5 ans en prĂ©vention primaire et chaque annĂ©e en prĂ©vention secondaire. Les patients prĂ©sentant une suspicion de myopathie nĂ©crosante auto-immune nĂ©cessitent un suivi neuromusculaire spĂ©cialisĂ©, une Ă©valuation de la rĂ©ponse au traitement et, en cas de maladie anti-HMGCR, une recherche de cancer sous-jacent.