Définition et classification
Lâinsuffisance cardiaque (IC) est un syndrome clinique dans lequel le cĆur ne peut assurer un dĂ©bit sanguin adaptĂ© aux besoins tissulaires quâau prix dâune Ă©lĂ©vation des pressions de remplissage. Le syndrome est donc dĂ©fini par des symptĂŽmes et des signes de congestion ou dâaltĂ©ration de la performance cardiaque, plutĂŽt que par la seule fraction dâĂ©jection.
Lâinsuffisance cardiaque Ă fraction dâĂ©jection prĂ©servĂ©e (ICFEP) se caractĂ©rise par :
Des symptĂŽmes et/ou des signes dâIC.
Une fraction dâĂ©jection ventriculaire gauche (FEVG) â„50 %.
Des preuves objectives dâune anomalie structurelle ou fonctionnelle cardiaque compatible avec une dysfonction diastolique ventriculaire gauche ou une Ă©lĂ©vation des pressions de remplissage, notamment une augmentation des peptides natriurĂ©tiques.
Lâinsuffisance cardiaque Ă fraction dâĂ©jection lĂ©gĂšrement rĂ©duite (ICFElr) est dĂ©finie par des symptĂŽmes et/ou des signes dâIC avec une FEVG de 41â49 %. Dans ce groupe, des anomalies structurelles telles quâune dilatation de lâoreillette gauche ou une hypertrophie ventriculaire gauche, ou des signes Ă©chocardiographiques dâaltĂ©ration du remplissage, rendent le diagnostic plus probable. LâICFEP et lâICFElr reprĂ©sentent ensemble environ la moitiĂ© des patients prĂ©sentant une IC symptomatique.
Cette distinction est utile sur le plan clinique, mais elle nâest pas absolue. La fraction dâĂ©jection est une variable continue et sa mesure Ă©chocardiographique prĂ©sente une variabilitĂ© significative. Les patients ayant une FEVG >40 % prĂ©sentent une morbiditĂ© et une mortalitĂ© importantes, bien quâils aient souvent une charge plus Ă©levĂ©e de comorbiditĂ©s cardiovasculaires et non cardiovasculaires que les patients ayant une fraction dâĂ©jection rĂ©duite.
Physiopathologie
Anomalies de la relaxation ventriculaire et élévation des pressions de remplissage
Lâanomalie hĂ©modynamique centrale de lâICFEP est la dysfonction diastolique. Le ventricule gauche peut prĂ©senter une vidange systolique globale apparemment prĂ©servĂ©e tout en ayant une relaxation altĂ©rĂ©e, une rigiditĂ© passive accrue, ou les deux. Par consĂ©quent, des augmentations relativement faibles du retour veineux peuvent entraĂźner des Ă©lĂ©vations disproportionnĂ©es de la pression ventriculaire gauche et de la pression de lâoreillette gauche.
Au repos, les pressions de remplissage peuvent ĂȘtre normales ou seulement modĂ©rĂ©ment Ă©levĂ©es, notamment au dĂ©but de la maladie ou aprĂšs traitement. Ă lâeffort, toutefois, la rĂ©serve diastolique limitĂ©e devient manifeste, avec une Ă©lĂ©vation des pressions de lâoreillette gauche et des pressions pulmonaires, contribuant Ă la dyspnĂ©e dâeffort et Ă la diminution de la capacitĂ© dâexercice.
Maladie multiviscérale liée aux comorbidités
LâICFEP est hĂ©tĂ©rogĂšne et ne constitue pas une entitĂ© physiopathologique unique. Lâhypertension et le diabĂšte contribuent Ă son dĂ©veloppement, et lâobĂ©sitĂ© est de plus en plus reconnue comme un facteur important. LâĂąge avancĂ©, le sexe fĂ©minin, la fibrillation atriale (FA), la maladie rĂ©nale chronique (MRC) et de multiples affections non cardiovasculaires sont frĂ©quemment associĂ©s.
Une voie physiopathologique proposĂ©e implique une inflammation endothĂ©liale systĂ©mique et de la microvascularisation coronaire associĂ©e aux comorbiditĂ©s. Celle-ci pourrait favoriser le remodelage myocardique, la fibrose, lâaltĂ©ration de la fonction microvasculaire coronaire et une modification de la relaxation des cardiomyocytes. Une rarĂ©faction de la microvascularisation coronaire et une fibrose myocardique ont Ă©tĂ© dĂ©crites dans lâICFEP, tandis quâun stress nitrosatif et des anomalies de la fonction myocardique cellulaire et molĂ©culaire pourraient altĂ©rer davantage la contraction et la relaxation.
Conséquences structurelles et vasculaires
Les consĂ©quences structurelles frĂ©quentes comprennent lâhypertrophie ventriculaire gauche, la dilatation de lâoreillette gauche et des anomalies du remplissage diastolique. Une insuffisance mitrale peut apparaĂźtre par dĂ©placement des muscles papillaires, dilatation annulaire, ou par ces deux mĂ©canismes ; un remodelage ventriculaire progressif peut Ă©galement survenir dans les valvulopathies primitives. Lâaggravation de lâinsuffisance mitrale est associĂ©e Ă un pronostic plus dĂ©favorable.
Une hypertension pulmonaire secondaire Ă une maladie du cĆur gauche peut survenir lorsque lâĂ©lĂ©vation des pressions de remplissage gauches se transmet Ă la circulation pulmonaire. Une maladie vasculaire pulmonaire persistante peut entraĂźner une contrainte et une dysfonction du ventricule droit, associĂ©es Ă un mauvais pronostic. La prĂ©servation de la fonction ventriculaire droite constitue donc un objectif thĂ©rapeutique important.
IntolĂ©rance Ă lâeffort
La limitation Ă lâeffort est multifactorielle. Outre lâĂ©lĂ©vation des pressions de remplissage induite par lâexercice, les patients peuvent prĂ©senter :
Une réponse chronotrope diminuée et une récupération anormale de la fréquence cardiaque.
Une réserve cardiaque limitée.
Des anomalies vasculaires pulmonaires et ventriculaires droites.
Une dysfonction microvasculaire coronaire.
Des anomalies des muscles squelettiques.
Une altĂ©ration de lâextraction pĂ©riphĂ©rique de lâoxygĂšne.
Des anomalies de la réserve de précharge et de la fonction autonome.
Une obĂ©sitĂ©, un dĂ©conditionnement, une maladie pulmonaire, une anĂ©mie ou dâautres facteurs non cardiaques.
Ces mĂ©canismes expliquent pourquoi les symptĂŽmes peuvent ĂȘtre sĂ©vĂšres alors que la FEVG au repos est normale.
Présentation clinique et symptÎmes
Les symptĂŽmes typiques comprennent :
Une dyspnĂ©e dâeffort.
Une fatigue et une diminution de la tolĂ©rance Ă lâeffort.
Des ĆdĂšmes pĂ©riphĂ©riques.
Une dyspnée liée à la congestion pulmonaire.
Des symptĂŽmes associĂ©s Ă la FA ou Ă dâautres comorbiditĂ©s.
Les signes de congestion peuvent ĂȘtre absents au dĂ©but de lâICFEP et chez les patients recevant un traitement efficace. Leur absence nâexclut pas le diagnostic.
LâICFEP survient frĂ©quemment chez des patients ĂągĂ©s et est plus frĂ©quente chez les femmes que lâIC Ă fraction dâĂ©jection rĂ©duite. La FA, la MRC et les comorbiditĂ©s non cardiovasculaires sont Ă©galement plus prĂ©valentes. LâĂ©valuation clinique doit donc distinguer lâICFEP des affections responsables de symptĂŽmes similaires, notamment les maladies pulmonaires, lâanĂ©mie, lâobĂ©sitĂ© et le dĂ©conditionnement. Ces affections peuvent coexister avec lâIC et aggraver le syndrome clinique, mais les symptĂŽmes seuls nâĂ©tablissent pas le diagnostic dâIC en lâabsence de dysfonction cardiaque.
Ăvaluation et examen clinique
LâĂ©valuation commence par la confirmation de lâexistence dâun syndrome clinique dâIC, puis dĂ©termine le phĂ©notype selon la fraction dâĂ©jection. Une Ă©valuation rigoureuse doit porter sur :
Le profil temporel de la dyspnĂ©e et de la limitation Ă lâeffort.
Les signes de surcharge volémique.
Les antécédents et le contrÎle de la pression artérielle.
La FA et les autres maladies cardiovasculaires.
Le diabĂšte, lâobĂ©sitĂ©, la MRC, les maladies pulmonaires, lâanĂ©mie et les maladies thyroĂŻdiennes ou hĂ©patiques.
La limitation fonctionnelle et la qualité de vie.
Les causes spĂ©cifiques potentielles ou les diagnostics diffĂ©rentiels de lâICFEP.
Lâexamen clinique peut mettre en Ă©vidence des signes de congestion pulmonaire ou systĂ©mique, bien que ceux-ci puissent ĂȘtre discrets ou absents. LâĂ©valuation de la pression artĂ©rielle et de lâĂ©tat volĂ©mique est particuliĂšrement importante, car lâhypertension comme lâexcĂšs de volume augmentent les pressions de remplissage.
Signes Ă©vocateurs dâune amylose cardiaque
Certains éléments doivent faire suspecter une amylose cardiaque, notamment :
Une pression artérielle basse ou basse-normale chez un patient précédemment décrit comme hypertendu.
Une intolĂ©rance aux bĂȘtabloquants ou aux inhibiteurs de lâenzyme de conversion de lâangiotensine.
Un antécédent de syndrome du canal carpien bilatéral.
Un ECG Ă bas voltage.
Un épaississement du septum interventriculaire, de la paroi postérieure ou de la paroi du ventricule droit.
Une dilatation des oreillettes.
Un petit épanchement péricardique.
Un épaississement valvulaire.
Ces signes ne sont pas diagnostiques Ă eux seuls, mais ils identifient les patients chez lesquels une cause infiltrative spĂ©cifique doit ĂȘtre envisagĂ©e.
Stratégie diagnostique
Le diagnostic dâICFEP ne repose pas uniquement sur une FEVG normale. Il nĂ©cessite une concordance entre le syndrome clinique et des preuves objectives dâune anomalie de la structure cardiaque, de la fonction cardiaque ou des pressions de remplissage.
Une séquence diagnostique pratique comprend :
Ătablir lâexistence de symptĂŽmes et/ou de signes compatibles avec une IC.
Mesurer la FEVG, habituellement par échocardiographie.
Ăvaluer la structure cardiaque et la fonction diastolique.
Mesurer les peptides natriurétiques lorsque cela est approprié.
Identifier les maladies cardiovasculaires et non cardiovasculaires associées.
Rechercher les diagnostics alternatifs et les causes spécifiques.
Recourir Ă une Ă©preuve dâeffort ou Ă une Ă©valuation hĂ©modynamique invasive lorsque lâĂ©valuation au repos nâest pas concluante.
Plusieurs approches structurĂ©es ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©es pour Ă©tayer le diagnostic, notamment des scores de dĂ©pistage et lâalgorithme diagnostique HFAâPEFF. Plus le nombre dâanomalies compatibles est Ă©levĂ©, plus la probabilitĂ© dâune ICFEP est importante.
Ăchocardiographie
LâĂ©chocardiographie occupe une place centrale dans le diagnostic et la prise en charge. Elle permet :
La mesure de la FEVG.
LâĂ©valuation de la structure et de lâhypertrophie du ventricule gauche.
LâĂ©valuation de la taille de lâoreillette gauche.
LâĂ©valuation de la fonction diastolique et du remplissage.
La dĂ©tection et la quantification de lâinsuffisance mitrale.
LâĂ©valuation de la structure et de la fonction du ventricule droit.
Lâidentification de signes Ă©vocateurs dâune maladie infiltrative.
Les anomalies de la fonction diastolique sont frĂ©quentes dans lâIC, que la fraction dâĂ©jection soit rĂ©duite ou prĂ©servĂ©e, et peuvent avoir une valeur pronostique. Une FEVG normale nâimplique pas une mĂ©canique myocardique normale ; lâimagerie de dĂ©formation peut mettre en Ă©vidence une altĂ©ration de la fonction systolique malgrĂ© une FEVG prĂ©servĂ©e, et le strain de lâoreillette gauche possĂšde une valeur pronostique.
Imagerie par résonance magnétique cardiaque
Lâimagerie par rĂ©sonance magnĂ©tique cardiaque (IRM cardiaque) peut contribuer au diagnostic et Ă la prise en charge lorsque les rĂ©sultats Ă©chocardiographiques sont insuffisants ou lorsquâune infiltration myocardique, une fibrose ou une autre cardiomyopathie spĂ©cifique est suspectĂ©e. Le document source ne prĂ©cise pas de protocole complet dâIRM cardiaque ni de seuils diagnostiques.
Ăpreuve dâeffort cardiopulmonaire
LâĂ©preuve dâeffort cardiopulmonaire peut aider Ă quantifier la limitation Ă lâeffort et Ă en rechercher le mĂ©canisme. Elle peut mettre en Ă©vidence une rĂ©serve hĂ©modynamique anormale et distinguer une limitation cardiaque de mĂ©canismes pulmonaires, musculaires squelettiques, liĂ©s Ă lâextraction pĂ©riphĂ©rique de lâoxygĂšne ou au dĂ©conditionnement.
Ăvaluation diastolique Ă lâeffort
LâĂ©chocardiographie dâeffort et lâĂ©valuation invasiveâĂ©chocardiographique simultanĂ©e peuvent rĂ©vĂ©ler une hypertension de lâoreillette gauche induite par lâexercice chez les patients dont les examens au repos ne sont pas diagnostiques. LâĂ©valuation hĂ©modynamique Ă lâeffort peut donc amĂ©liorer la dĂ©tection dâune ICFEP dĂ©butante.
Ăvaluation hĂ©modynamique invasive
Le cathĂ©tĂ©risme cardiaque droit peut Ă©tablir lâexistence de pressions de remplissage Ă©levĂ©es et caractĂ©riser lâhypertension pulmonaire. LâĂ©lĂ©vation passive des jambes pendant le cathĂ©tĂ©risme peut fournir des informations diagnostiques supplĂ©mentaires en augmentant le retour veineux et en rĂ©vĂ©lant une rĂ©serve de prĂ©charge anormale. LâĂ©valuation hĂ©modynamique invasive Ă lâeffort est particuliĂšrement utile lorsque les symptĂŽmes sont disproportionnĂ©s par rapport aux constatations au repos ou lorsque le diagnostic demeure incertain.
ECG, imagerie et électrophysiologie
Ălectrocardiographie
LâECG contribue au phĂ©notypage et Ă lâidentification des maladies associĂ©es. Un bas voltage constitue un signe dâalerte en faveur dâune amylose cardiaque, notamment lorsquâil sâaccompagne dâune augmentation de lâĂ©paisseur des parois ventriculaires Ă lâĂ©chocardiographie. La FA est frĂ©quente dans lâICFEP et peut contribuer aux symptĂŽmes, Ă lâĂ©lĂ©vation des pressions de remplissage et Ă la diminution de la capacitĂ© dâexercice.
Le document source ne fournit pas de description exhaustive des tracĂ©s ECG ni de schĂ©ma diagnostique Ă©lectrophysiologique spĂ©cifique de lâICFEP.
Ălectrophysiologie
Lâexploration Ă©lectrophysiologique nâest pas dĂ©crite comme un Ă©lĂ©ment diagnostique systĂ©matique de lâICFEP dans le document source. LâĂ©valuation des troubles du rythme doit nĂ©anmoins ĂȘtre intĂ©grĂ©e Ă lâĂ©valuation clinique, notamment pour la FA et lâincompĂ©tence chronotrope.
Biomarqueurs et résultats biologiques
Peptides natriurétiques
LâĂ©lĂ©vation des peptides natriurĂ©tiques Ă©taye le diagnostic en indiquant une augmentation de la contrainte pariĂ©tale cardiaque et des pressions de remplissage. Ils sont intĂ©grĂ©s Ă la dĂ©finition diagnostique et aux algorithmes diagnostiques.
Des concentrations normales de peptides natriurĂ©tiques nâexcluent pas invariablement une ICFEP. Des taux normaux ont Ă©tĂ© rapportĂ©s chez des patients prĂ©sentant une ICFEP cliniquement reconnue, et leur interprĂ©tation doit tenir compte du contexte clinique et Ă©chocardiographique global.
Les peptides natriurĂ©tiques peuvent Ă©galement ĂȘtre influencĂ©s par le phĂ©notype du patient. LâobĂ©sitĂ© fait partie des situations susceptibles de compliquer le diagnostic et peut rĂ©duire la valeur diagnostique des concentrations peptidiques.
Troponine
La troponine ultrasensible peut mettre en Ă©vidence une lĂ©sion myocardique dans lâICFEP. La lĂ©sion myocardique et lâaltĂ©ration de la rĂ©serve cardiaque sont des composantes importantes du phĂ©notype de lâICFEP, bien que le document source ne prĂ©cise ni seuils diagnostiques ni dĂ©cisions thĂ©rapeutiques fondĂ©es sur la concentration de troponine.
Autres examens biologiques
Le document source souligne lâimportance dâidentifier les comorbiditĂ©s et les diagnostics diffĂ©rentiels, notamment les maladies rĂ©nales, pulmonaires, thyroĂŻdiennes, hĂ©patiques et hĂ©matologiques. Il ne fournit pas de bilan biologique complet, de valeurs de rĂ©fĂ©rence spĂ©cifiques ni de seuils thĂ©rapeutiques.
La fonction rĂ©nale et la kaliĂ©mie sont particuliĂšrement importantes lorsque sont envisagĂ©s des traitements agissant sur le systĂšme rĂ©nineâangiotensineâaldostĂ©rone ou les voies minĂ©ralocorticoĂŻdes, mais les calendriers dĂ©taillĂ©s de surveillance ne sont pas prĂ©cisĂ©s.
Traitement et prise en charge
Principes généraux
La prise en charge vise Ă :
Soulager et prévenir la congestion.
Traiter la cause sous-jacente.
ContrÎler la pression artérielle et la surcharge volémique.
Prendre en charge les comorbidités cardiovasculaires et non cardiovasculaires.
Réduire les hospitalisations pour IC et les événements cardiovasculaires.
Améliorer la capacité fonctionnelle et la qualité de vie.
PrĂ©server la fonction ventriculaire droite en prĂ©sence dâune hypertension pulmonaire.
LâICFEP Ă©tant hĂ©tĂ©rogĂšne, le traitement doit ĂȘtre adaptĂ© au phĂ©notype prĂ©dominant et aux maladies associĂ©es, plutĂŽt quâappliquĂ© selon un schĂ©ma uniforme.
Diurétiques et décongestion
Les diurĂ©tiques sont recommandĂ©s chez les patients prĂ©sentant une congestion afin dâen soulager les symptĂŽmes et les signes. Ils restent le traitement principal de la dĂ©congestion et le pilier thĂ©rapeutique en prĂ©sence dâune rĂ©tention hydrosodĂ©e, notamment dans lâhypertension pulmonaire due Ă une maladie du cĆur gauche.
Le document source ne prĂ©cise ni les diurĂ©tiques Ă utiliser, ni les doses initiales, ni les protocoles dâaugmentation posologique, ni les objectifs de soustraction liquidienne. Le traitement nĂ©cessite une Ă©valuation clinique de lâĂ©tat volĂ©mique et une surveillance de la fonction rĂ©nale et des Ă©lectrolytes.
Inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2
Les inhibiteurs du SGLT2 sont devenus un Ă©lĂ©ment standard de la prise en charge contemporaine de lâICFEP. La dapagliflozine ou lâempagliflozine est recommandĂ©e chez les patients prĂ©sentant une ICFEP symptomatique afin de rĂ©duire le risque dâhospitalisation pour IC ou de dĂ©cĂšs cardiovasculaire. La mĂȘme recommandation sâapplique Ă lâICFElr.
La recommandation est de classe I, niveau A. Le bĂ©nĂ©fice observĂ© dans les donnĂ©es citĂ©es Ă©tait liĂ© Ă une rĂ©duction des hospitalisations pour IC ; aucune rĂ©duction de la mortalitĂ© cardiovasculaire nâa Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e.
Le document source ne fournit ni les doses des mĂ©dicaments ni les critĂšres dĂ©taillĂ©s dâinstauration.
ContrÎle de la pression artérielle
La pression artĂ©rielle doit ĂȘtre contrĂŽlĂ©e, car lâhypertension contribue au remodelage myocardique, augmente les pressions de remplissage et aggrave le syndrome dâICFEP. La prise en charge de la pression artĂ©rielle, de la surcharge volĂ©mique et des facteurs de risque peut rĂ©duire les pressions de remplissage et la pression artĂ©rielle pulmonaire.
Le document source ne prĂ©cise ni objectif universel de pression artĂ©rielle ni sĂ©quence prĂ©fĂ©rentielle des antihypertenseurs dans lâICFEP.
Traitements agissant sur le systĂšme rĂ©nineâangiotensineâaldostĂ©rone
Les donnĂ©es concernant les inhibiteurs de lâenzyme de conversion de lâangiotensine, les antagonistes des rĂ©cepteurs de lâangiotensine II, les antagonistes des rĂ©cepteurs minĂ©ralocorticoĂŻdes et le sacubitril/valsartan sont moins constantes dans lâICFEP que dans lâIC Ă fraction dâĂ©jection rĂ©duite. Ces traitements peuvent ĂȘtre envisagĂ©s chez des patients sĂ©lectionnĂ©s en fonction de la pression artĂ©rielle, de la fonction rĂ©nale, de la kaliĂ©mie, des comorbiditĂ©s et du phĂ©notype individuel de lâIC, mais le document source ne fournit pas de recommandation universelle, de posologie ni de protocole de surveillance pour ces mĂ©dicaments dans lâICFEP.
Les patients prĂ©sentant une ICFElr peuvent tirer bĂ©nĂ©fice des traitements Ă©tablis dans lâIC Ă fraction dâĂ©jection rĂ©duite, notamment du blocage du systĂšme rĂ©nineâangiotensine et du sacubitril/valsartan.
Sacubitril/valsartan
Le sacubitril/valsartan a Ă©tĂ© Ă©valuĂ© sur lâensemble du spectre de la fraction dâĂ©jection, notamment dans lâICFEP et lâICFElr. Le document source indique que les effets du traitement peuvent varier selon la FEVG et le phĂ©notype clinique, mais il ne fournit ni schĂ©ma posologique dĂ©finitif ni recommandation gĂ©nĂ©rale pour lâensemble des patients prĂ©sentant une ICFEP.
Antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes
La spironolactone a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e dans lâICFEP, notamment chez des patients atteints de MRC et dans diffĂ©rentes plages de FEVG. Le document source nâĂ©tablit ni recommandation universelle, ni dose, ni calendrier de surveillance pour la spironolactone dans lâICFEP.
BĂȘtabloquants
Les bĂȘtabloquants sont frĂ©quemment utilisĂ©s dans lâICFEP en raison dâune hypertension, dâune maladie coronaire, dâune FA ou dâautres indications concomitantes. Toutefois, leur rĂŽle en tant que traitement modifiant lâĂ©volution de lâICFEP nâest pas Ă©tabli dans le document source. Le bĂȘtablocage peut avoir un intĂ©rĂȘt sur la capacitĂ© dâexercice et lâincompĂ©tence chronotrope, et son interruption a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e en relation avec la capacitĂ© fonctionnelle.
Le traitement doit donc ĂȘtre guidĂ© par une indication spĂ©cifique plutĂŽt que par lâhypothĂšse que les bĂȘtabloquants procurent le mĂȘme bĂ©nĂ©fice que dans lâIC Ă fraction dâĂ©jection rĂ©duite.
Prise en charge de lâhypertension pulmonaire
Dans lâhypertension pulmonaire associĂ©e Ă une maladie du cĆur gauche, la stratĂ©gie principale consiste Ă optimiser la maladie cardiaque sous-jacente. Les diurĂ©tiques restent essentiels en prĂ©sence dâune rĂ©tention hydrosodĂ©e.
Les mĂ©dicaments approuvĂ©s dans lâhypertension artĂ©rielle pulmonaire nâont pas dĂ©montrĂ© de bĂ©nĂ©fice constant dans lâhypertension pulmonaire associĂ©e Ă lâICFEP. Les antagonistes des rĂ©cepteurs de lâendothĂ©line, notamment le bosentan et le macitentan, ont Ă©tĂ© associĂ©s Ă des effets indĂ©sirables tels quâune rĂ©tention hydrosodĂ©e, sans efficacitĂ© dĂ©montrĂ©e dans les populations dĂ©crites. Le sildĂ©nafil nâa apportĂ© aucun bĂ©nĂ©fice chez les patients prĂ©sentant un profil principalement post-capillaire isolĂ©, tandis que des donnĂ©es limitĂ©es suggĂ©raient un bĂ©nĂ©fice potentiel dans un profil principalement combinĂ© post- et prĂ©capillaire. Ces observations ne justifient pas lâutilisation systĂ©matique des traitements de lâhypertension artĂ©rielle pulmonaire dans lâICFEP.
Nitrés, inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 et autres médicaments
Des Ă©tudes portant sur les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s Ă longue durĂ©e dâaction, le nitrite inorganique, lâinhibition de la phosphodiestĂ©rase de type 5, le vĂ©riciguat et lâivabradine ont Ă©tĂ© menĂ©es chez des patients prĂ©sentant une ICFEP. Le document source ne prĂ©conise pas lâutilisation systĂ©matique de ces traitements dans la prise en charge gĂ©nĂ©rale de lâICFEP.
Obésité et phénotype métabolique
LâobĂ©sitĂ© contribue potentiellement au dĂ©veloppement de lâICFEP et constitue un dĂ©terminant majeur de la limitation fonctionnelle. Le document source identifie des essais du sĂ©maglutide chez des patients prĂ©sentant une ICFEP liĂ©e Ă lâobĂ©sitĂ©, notamment des patients atteints de diabĂšte de type 2, ainsi que du tirzĂ©patide dans lâICFEP liĂ©e Ă lâobĂ©sitĂ©. Toutefois, les doses des mĂ©dicaments et la position complĂšte des recommandations ne sont pas fournies.
La prise en charge doit considĂ©rer lâobĂ©sitĂ© comme un phĂ©notype associĂ© Ă la maladie et distinguer la dyspnĂ©e liĂ©e Ă lâobĂ©sitĂ© de la congestion cardiaque, tout en reconnaissant que ces deux mĂ©canismes peuvent coexister.
Entraßnement physique et réadaptation
LâintolĂ©rance Ă lâeffort est un dĂ©terminant majeur de la qualitĂ© de vie. LâentraĂźnement physique a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ© sous diffĂ©rentes formes : exercice aĂ©robie, entraĂźnement continu dâintensitĂ© modĂ©rĂ©e, entraĂźnement fractionnĂ© de haute intensitĂ©, restriction calorique et conseils dâactivitĂ© physique fondĂ©s sur les recommandations. Le document source souligne lâimportance clinique de la rĂ©adaptation Ă lâeffort, mais ne prĂ©cise pas de prescription dâentraĂźnement unique privilĂ©giĂ©e.
LâĂ©valuation Ă lâeffort doit tenir compte des maladies pulmonaires, de la dysfonction des muscles squelettiques, de lâaltĂ©ration de lâextraction pĂ©riphĂ©rique de lâoxygĂšne, de la dysfonction autonome et du dĂ©conditionnement.
Dispositifs de shunt interatrial et surveillance hémodynamique
La surveillance sans fil de la pression artĂ©rielle pulmonaire et les dispositifs de shunt interatrial ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©s dans lâICFEP. Le document source ne considĂšre pas ces approches comme des traitements de routine. Leur rĂŽle demeure dĂ©pendant des donnĂ©es disponibles et du contexte clinique.
Recommandations des sociétés savantes
Les principales recommandations fournies sont résumées ci-dessous.
| Situation clinique | Recommandation | Classe | Niveau |
|---|---|---|---|
| ICFEP avec comorbidités cardiovasculaires ou non cardiovasculaires | Rechercher et traiter les étiologies et les comorbidités | I | C |
| ICFEP avec congestion | Utiliser des diurétiques pour soulager les symptÎmes et les signes | I | C |
| ICFEP symptomatique | Utiliser la dapagliflozine ou lâempagliflozine afin de rĂ©duire les hospitalisations pour IC ou le dĂ©cĂšs cardiovasculaire | I | A |
| ICFElr symptomatique | Utiliser la dapagliflozine ou lâempagliflozine afin de rĂ©duire les hospitalisations pour IC ou le dĂ©cĂšs cardiovasculaire | I | A |
La recommandation concernant les inhibiteurs du SGLT2 repose sur la rĂ©duction du critĂšre composite utilisĂ© dans les essais concernĂ©s et les analyses groupĂ©es, lâeffet principalement observĂ© Ă©tant attribuable Ă une diminution des hospitalisations pour IC plutĂŽt quâĂ une rĂ©duction de la mortalitĂ© cardiovasculaire.
Pronostic
LâICFEP nâest pas bĂ©nigne. Les patients prĂ©sentent une morbiditĂ© et une mortalitĂ© importantes ainsi quâun risque significativement plus Ă©levĂ© de dĂ©cĂšs et dâhospitalisation que la population gĂ©nĂ©rale. Le risque global est majorĂ© par la forte prĂ©valence de la FA, de la MRC, de lâobĂ©sitĂ©, du diabĂšte, de lâhypertension, de lâhypertension pulmonaire et dâautres comorbiditĂ©s.
Lâhospitalisation constitue un marqueur important du risque ultĂ©rieur. Les patients ayant dĂ©jĂ Ă©tĂ© hospitalisĂ©s pour IC prĂ©sentent une charge importante de rĂ©hospitalisations et de mortalitĂ© aprĂšs hospitalisation. Les modes de dĂ©cĂšs sont hĂ©tĂ©rogĂšnes et comprennent des causes cardiovasculaires et non cardiovasculaires.
Le pronostic est influencé par :
LâĂąge et le poids des comorbiditĂ©s.
Les antĂ©cĂ©dents dâhospitalisation pour IC.
Le degré de congestion.
Lâhypertension pulmonaire et la dysfonction ventriculaire droite.
La dysfonction rénale.
La FA.
La lésion myocardique.
La capacitĂ© dâexercice et la rĂ©serve cardiaque.
Les Ă©tiologies spĂ©cifiques telles que lâamylose.
Les anomalies structurelles, notamment la dilatation de lâoreillette gauche et une insuffisance mitrale significative.
Suivi
Le suivi doit ĂȘtre longitudinal et multidisciplinaire, avec une réévaluation rĂ©pĂ©tĂ©e des Ă©lĂ©ments suivants :
Les symptĂŽmes, la tolĂ©rance Ă lâeffort, les ĆdĂšmes et la congestion.
La pression artĂ©rielle et lâĂ©tat volĂ©mique.
La FA et les autres troubles du rythme cliniquement importants.
La fonction rénale et les électrolytes lorsque cela est cliniquement indiqué.
La réponse et la tolérance aux diurétiques et aux inhibiteurs du SGLT2.
Le contrĂŽle de lâhypertension, du diabĂšte, de lâobĂ©sitĂ©, de la MRC et des autres comorbiditĂ©s.
La capacité fonctionnelle et la qualité de vie liée à la santé.
La nécessité de réévaluer la FEVG, la fonction diastolique, la valvulopathie, les pressions pulmonaires ou la fonction ventriculaire droite.
Comme les signes au repos peuvent ĂȘtre absents et que les symptĂŽmes peuvent rĂ©sulter de plusieurs mĂ©canismes intriquĂ©s, une limitation persistante ou inexpliquĂ©e justifie de reconsidĂ©rer les diagnostics alternatifs et de rĂ©aliser, selon le contexte, une nouvelle Ă©chocardiographie, une Ă©preuve dâeffort cardiopulmonaire, une Ă©chocardiographie de stress, une IRM cardiaque ou une Ă©valuation hĂ©modynamique invasive. Les patients prĂ©sentant des signes dâalerte en faveur dâune cardiomyopathie infiltrative doivent faire lâobjet dâune Ă©valuation ciblĂ©e, plutĂŽt que de poursuivre uniquement un traitement empirique.