Définition et physiopathologie
Lâinfarctus du myocarde postĂ©rieur correspond Ă une nĂ©crose myocardique intĂ©ressant la rĂ©gion postĂ©rieure du ventricule gauche, gĂ©nĂ©ralement dans le cadre dâun infarctus infĂ©ro-postĂ©rieur ou postĂ©ro-latĂ©ral. Sa reconnaissance est cliniquement importante, car lâinfarctus postĂ©rieur peut ne pas entraĂźner de sus-dĂ©calage conventionnel du segment ST sur lâECG standard Ă 12 dĂ©rivations. Les modifications Ă©lectriques liĂ©es Ă lâinfarctus peuvent au contraire ĂȘtre enregistrĂ©es indirectement sous la forme dâanomalies en miroir dans les dĂ©rivations prĂ©cordiales antĂ©rieures.
LâischĂ©mie myocardique aiguĂ« modifie le potentiel membranaire de repos et la durĂ©e du potentiel dâaction des cellules myocardiques atteintes. Le gradient de voltage qui en rĂ©sulte entre le myocarde normal et le myocarde ischĂ©mique gĂ©nĂšre des courants de lĂ©sion, qui se traduisent Ă la surface par un dĂ©placement du segment ST. Lorsque le vecteur dâischĂ©mie est dirigĂ© Ă lâopposĂ© des dĂ©rivations antĂ©rieures standard, lâinfarctus postĂ©rieur peut se manifester par un sous-dĂ©calage rĂ©ciproque du segment ST plutĂŽt que par un sus-dĂ©calage apparent du segment ST.
Lâatteinte postĂ©rieure est frĂ©quemment associĂ©e Ă un infarctus du myocarde infĂ©rieur ou latĂ©ral. Par consĂ©quent, lâinfarctus postĂ©rieur ne doit pas ĂȘtre considĂ©rĂ© dans tous les cas comme un tracĂ© Ă©lectrocardiographique isolĂ© ; il peut constituer la composante postĂ©rieure dâun territoire infarci plus Ă©tendu.
Présentation clinique et symptÎmes
Le matĂ©riel source aborde principalement lâinfarctus postĂ©rieur dans le contexte dâun syndrome coronarien aigu suspectĂ© et dâune ischĂ©mie myocardique aiguĂ«. Les patients peuvent prĂ©senter une douleur thoracique aiguĂ« ou des symptĂŽmes Ă©quivalents Ă une douleur thoracique. LâĂ©valuation ECG reste nĂ©cessaire mĂȘme lorsque les symptĂŽmes se sont amendĂ©s au moment de lâĂ©valuation mĂ©dicale, car une ischĂ©mie transitoire ou Ă©volutive peut encore nĂ©cessiter une Ă©valuation urgente en vue dâune reperfusion.
Lâinfarctus du myocarde postĂ©rieur peut ĂȘtre Ă©lectriquement discret sur lâECG standard initial. Un tracĂ© non diagnostique nâexclut donc pas un infarctus aigu, en particulier lorsque la prĂ©sentation clinique est compatible avec un syndrome coronarien aigu. La persistance ou la rĂ©cidive des symptĂŽmes doit conduire Ă rĂ©pĂ©ter lâECG et Ă envisager lâenregistrement de dĂ©rivations supplĂ©mentaires.
Ăvaluation et examen clinique
Lors du premier contact mĂ©dical, lâĂ©valuation doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e simultanĂ©ment Ă lâenregistrement de lâECG initial. Elle comprend la mesure rapide des constantes vitales et un examen clinique ciblĂ©, Ă la recherche Ă la fois de diagnostics diffĂ©rentiels et de signes de gravitĂ© dâun syndrome coronarien aigu.
Lâexamen clinique doit comprendre :
Ăvaluation de tous les pouls pĂ©riphĂ©riques majeurs.
Mesure de la pression artérielle aux deux bras.
Auscultation cardiaque.
Auscultation pulmonaire.
Recherche de signes dâinsuffisance cardiaque.
Ăvaluation dâun compromis circulatoire, dâune instabilitĂ© hĂ©modynamique ou dâune instabilitĂ© Ă©lectrique.
Lâinfarctus postĂ©rieur peut survenir chez des patients prĂ©sentant un syndrome coronarien aigu cliniquement instable, mais lâexamen clinique ne permet pas dâĂ©tablir ni dâexclure de maniĂšre fiable le diagnostic. LâECG et lâĂ©valuation sĂ©riĂ©e restent essentiels.
Stratégie diagnostique
ECG initial à 12 dérivations
LâECG de repos Ă 12 dĂ©rivations est lâexamen diagnostique de premiĂšre intention en cas de suspicion de syndrome coronarien aigu. Il doit ĂȘtre rĂ©alisĂ© immĂ©diatement lors du premier contact mĂ©dical et interprĂ©tĂ© dans un dĂ©lai cible de 10 minutes. La rĂ©alisation dâun ECG prĂ©hospitalier peut rĂ©duire le dĂ©lai diagnostique et faciliter lâorientation des patients prĂ©sentant un infarctus du myocarde avec sus-dĂ©calage du segment ST vers un Ă©tablissement capable de rĂ©aliser une intervention coronaire percutanĂ©e.
LâECG initial doit ĂȘtre interprĂ©tĂ© en association avec la prĂ©sentation clinique et, lorsquâils sont disponibles, avec les tracĂ©s antĂ©rieurs. Un ECG antĂ©rieur peut aider Ă distinguer les anomalies nouvelles des anomalies chroniques de base, mais la comparaison avec un tracĂ© antĂ©rieur ne doit pas retarder le traitement lorsquâune occlusion coronaire aiguĂ« est suspectĂ©e.
TracĂ© ECG standard Ă©vocateur dâun infarctus postĂ©rieur
LâischĂ©mie postĂ©rieure peut ĂȘtre identifiĂ©e indirectement par un sous-dĂ©calage rĂ©ciproque du segment ST dans les dĂ©rivations V1âV3. Dans le contexte clinique appropriĂ©, ce tracĂ© constitue un Ă©quivalent de sus-dĂ©calage du segment ST dans le cadre dâun syndrome coronarien aigu.
Les principales anomalies sur lâECG standard sont :
Sous-dĂ©calage du segment ST en V1âV3, en particulier lorsquâil est horizontal ou dynamique.
Ondes R amples en V1âV2, traduisant la perte des forces de dĂ©polarisation postĂ©rieures.
Ondes T positives ou relativement amples dans les dérivations antérieures à la phase aiguë.
Modifications réciproques associées à un infarctus inférieur ou latéral.
Le caractĂšre rĂ©ciproque du tracĂ© est important. Un sous-dĂ©calage antĂ©rieur du segment ST peut correspondre Ă un sus-dĂ©calage postĂ©rieur du segment ST observĂ© depuis le cĂŽtĂ© opposĂ© du cĆur. Ainsi, lâabsence de sus-dĂ©calage visible du segment ST dans les dĂ©rivations standard nâindique pas nĂ©cessairement un syndrome sans occlusion ou Ă faible risque.
Lâinfarctus postĂ©rieur peut ĂȘtre particuliĂšrement difficile Ă reconnaĂźtre lorsque les anomalies initiales sont minimes, transitoires ou masquĂ©es par des anomalies prĂ©existantes telles quâun bloc de branche gauche, une hypertrophie ventriculaire, une stimulation ventriculaire ou dâautres troubles de la conduction.
RĂ©alisation dâECG sĂ©riĂ©s
LâischĂ©mie myocardique aiguĂ« est dynamique et un ECG unique peut ĂȘtre non diagnostique. Des enregistrements sĂ©riĂ©s sont donc indispensables lorsque les symptĂŽmes persistent ou rĂ©cidivent, ou lorsque le tracĂ© initial nâexplique pas la prĂ©sentation clinique.
Des ECG sĂ©riĂ©s peuvent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s Ă intervalles de 15â30 minutes au cours des 1â2 premiĂšres heures chez les patients prĂ©sentant des symptĂŽmes persistants ou rĂ©cidivants, ou dont lâECG initial est non diagnostique. Dâautres recommandations prĂ©conisent de rĂ©pĂ©ter les enregistrements toutes les 30â60 minutes lors de lâĂ©valuation initiale aux urgences. Une surveillance continue Ă 12 dĂ©rivations assistĂ©e par ordinateur peut ĂȘtre utilisĂ©e lorsquâelle est disponible afin dâidentifier les modifications Ă©volutives.
Les ECG sériés sont utiles pour :
Détecter un sous-décalage ou un sus-décalage dynamique du segment ST.
Montrer la progression dâun tracĂ© postĂ©rieur initialement discret.
Ăvaluer la rĂ©solution du sus-dĂ©calage du segment ST comme marqueur de reperfusion.
Identifier une rĂ©occlusion ou une rĂ©cidive de lâischĂ©mie.
Un ECG antĂ©rieur normal nâexclut pas un Ă©vĂ©nement aigu Ă©volutif, et un ECG initial normal ne doit pas interrompre lâĂ©valuation lorsque la suspicion clinique reste Ă©levĂ©e.
Dérivations postérieures supplémentaires
Les dĂ©rivations postĂ©rieures supplĂ©mentaires V7âV9 sont recommandĂ©es lorsque lâECG standard est non diagnostique et quâune ischĂ©mie postĂ©rieure est suspectĂ©e. Ces dĂ©rivations peuvent transformer le tracĂ© indirect en miroir antĂ©rieur en preuve directe dâun sus-dĂ©calage postĂ©rieur du segment ST.
La mise en place des dérivations postérieures est particuliÚrement pertinente en présence de :
Douleur thoracique ischémique persistante.
Sous-dĂ©calage du segment ST en V1âV3 sans autre explication Ă©vidente.
Modifications infĂ©rieures ou latĂ©rales du segment ST avec suspicion dâextension postĂ©rieure.
ECG standard non diagnostique malgré une présentation clinique compatible avec un syndrome coronarien aigu.
LâECG standard doit donc ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un point de dĂ©part plutĂŽt que comme une Ă©valuation complĂšte de la lĂ©sion myocardique postĂ©rieure.
Interprétation électrocardiographique détaillée
Sous-décalage réciproque du segment ST
Le principal indice ECG standard dâun infarctus postĂ©rieur est le sous-dĂ©calage du segment ST dans les dĂ©rivations prĂ©cordiales antĂ©rieures, en particulier V1âV3. Il peut sâaccompagner dâun sus-dĂ©calage du segment ST dans les dĂ©rivations infĂ©rieures ou latĂ©rales lorsque lâinfarctus est plus Ă©tendu.
Des dĂ©placements plus marquĂ©s du segment ST, des anomalies intĂ©ressant plusieurs dĂ©rivations ou territoires et une Ă©volution dynamique sont associĂ©s Ă une ischĂ©mie myocardique plus sĂ©vĂšre et Ă un pronostic plus dĂ©favorable. Un sous-dĂ©calage diffus du segment ST, en particulier lorsquâil sâaccompagne dâun sus-dĂ©calage du segment ST en aVR ou V1 et dâun compromis hĂ©modynamique, peut Ă©voquer une atteinte pluritronculaire ou du tronc commun coronaire gauche plutĂŽt quâun infarctus postĂ©rieur isolĂ©.
Ondes R antérieures amples
La nĂ©crose myocardique postĂ©rieure peut rĂ©duire ou supprimer les forces Ă©lectriques postĂ©rieures normales qui contribuent Ă la progression de lâonde R en prĂ©cordiales. Les dĂ©rivations antĂ©rieures peuvent alors montrer des ondes R amples, notamment en V1 et V2, manifestation rĂ©ciproque du dĂ©veloppement dâondes Q postĂ©rieures.
Cependant, des ondes R amples ne sont pas spĂ©cifiques. LâinterprĂ©tation doit prendre en compte les autres causes de modification de la dĂ©polarisation, notamment lâhypertrophie ventriculaire, les troubles de la conduction, la prĂ©-excitation, les facteurs positionnels et lâinfarctus postĂ©rieur ou latĂ©ral.
Anomalies de lâonde T
Des anomalies de lâonde T peuvent accompagner lâischĂ©mie postĂ©rieure. Ă la phase aiguĂ«, des ondes T positives amples peuvent apparaĂźtre dans les dĂ©rivations antĂ©rieures rĂ©ciproques ; une inversion de lâonde T peut ensuite se dĂ©velopper avec lâĂ©volution de lâinfarctus. Les anomalies de lâonde T sont moins spĂ©cifiques que les modifications du segment ST et ne doivent pas ĂȘtre interprĂ©tĂ©es isolĂ©ment.
Ondes Q et perte de lâonde R
Lâapparition dâondes Q indique gĂ©nĂ©ralement une nĂ©crose myocardique, mais la relation entre les ondes Q et la transmuralitĂ© est imparfaite. Un infarctus postĂ©rieur peut entraĂźner une augmentation rĂ©ciproque de lâamplitude de lâonde R en V1âV2 sans ondes Q diagnostiques dans les dĂ©rivations conventionnelles. Les dĂ©rivations postĂ©rieures supplĂ©mentaires peuvent mettre en Ă©vidence les anomalies correspondantes liĂ©es Ă lâinfarctus.
Des ondes Q peuvent Ă©galement survenir dans des affections non ischĂ©miques, notamment lâhypertrophie ventriculaire, les cardiomyopathies, les troubles de la conduction et dâautres formes de lĂ©sion myocardique. Leur valeur diagnostique augmente lorsquâelles surviennent dans un groupe de dĂ©rivations appropriĂ© et sâaccompagnent dâanomalies concordantes du segment ST ou de lâonde T.
Diagnostic différentiel du tracé ECG standard
Le sous-dĂ©calage antĂ©rieur du segment ST et les ondes R antĂ©rieures amples ne sont pas pathognomoniques dâun infarctus postĂ©rieur. Le diagnostic diffĂ©rentiel comprend dâautres causes dâanomalies de la repolarisation, de modification de la dĂ©polarisation ventriculaire et de lĂ©sion myocardique aiguĂ«.
Les principales possibilités à considérer sont :
Infarctus du myocarde inférieur ou latéral avec extension postérieure.
Hypertrophie ventriculaire gauche.
Hypertrophie ventriculaire droite.
Troubles de la conduction intraventriculaire, notamment bloc de branche gauche.
PrĂ©-excitation de WolffâParkinsonâWhite.
Péricardite aiguë.
Myocardite.
Embolie pulmonaire.
Troubles électrolytiques ou métaboliques.
Syndrome de Takotsubo.
Repolarisation précoce ou autres variantes normales.
Cardiomyopathie avec fibrose myocardique.
Lâembolie pulmonaire peut sâaccompagner dâune tachycardie sinusale, dâune dĂ©viation axiale droite, dâun bloc de branche droit, dâune inversion de lâonde T en V1âV4 et de lâassociation dâune onde S en dĂ©rivation I avec une onde Q et une inversion de lâonde T en dĂ©rivation III. La pĂ©ricardite entraĂźne plus typiquement un sus-dĂ©calage diffus du segment ST avec sous-dĂ©calage du segment PR plutĂŽt quâun tracĂ© rĂ©ciproque postĂ©rieur territorial.
Les modifications dynamiques, apparaissant dans un dĂ©lai concordant avec les symptĂŽmes, sont particuliĂšrement utiles pour diffĂ©rencier une ischĂ©mie myocardique aiguĂ« dâanomalies chroniques ou non ischĂ©miques.
Biomarqueurs et résultats biologiques
LâECG ne permet pas Ă lui seul dâĂ©tablir une nĂ©crose myocardique. Le diagnostic dâinfarctus aigu du myocarde repose sur lâensemble des symptĂŽmes, des anomalies ECG, des biomarqueurs cardiaques et, si nĂ©cessaire, de lâimagerie.
Chez un patient prĂ©sentant des symptĂŽmes ischĂ©miques sans sus-dĂ©calage initial du segment ST, la dĂ©tection dâun biomarqueur cardiaque de nĂ©crose myocardique Ă©taye le diagnostic dâinfarctus du myocarde sans sus-dĂ©calage du segment ST. Inversement, les patients chez lesquels le diagnostic de travail repose sur un sus-dĂ©calage du segment ST ou un Ă©quivalent de sus-dĂ©calage du segment ST peuvent finalement prĂ©senter un autre diagnostic, et les rĂ©sultats des biomarqueurs contribuent Ă la confirmation.
La troponine cardiaque hypersensible occupe une place centrale dans lâĂ©valuation contemporaine. Des mesures sĂ©riĂ©es peuvent ĂȘtre associĂ©es Ă des ECG sĂ©riĂ©s afin dâidentifier une lĂ©sion myocardique Ă©volutive et de distinguer les anomalies aiguĂ«s des anomalies chroniques. LâĂ©lĂ©vation de la troponine nâest toutefois pas spĂ©cifique dâune occlusion coronaire ; une lĂ©sion myocardique peut Ă©galement survenir en cas de myocardite, de syndrome de Takotsubo et dans dâautres affections.
Le matĂ©riel source ne prĂ©cise pas de seuil spĂ©cifique de biomarqueur pour lâinfarctus postĂ©rieur ni de protocole biologique liĂ© Ă la posologie.
Imagerie et évaluation coronaire
Une coronarographie diagnostique urgente avec revascularisation, lorsque celle-ci est rĂ©alisable, est indiquĂ©e dans les prĂ©sentations sans sus-dĂ©calage du segment ST en cas dâangor rĂ©fractaire ou dâinstabilitĂ© hĂ©modynamique ou Ă©lectrique. Un tracĂ© dâinfarctus postĂ©rieur constituant un Ă©quivalent de sus-dĂ©calage du segment ST doit conduire Ă envisager une stratĂ©gie invasive immĂ©diate de reperfusion, comme pour les autres tableaux dâocclusion coronaire aiguĂ«, sauf contre-indication.
LâĂ©chocardiographie peut fournir des Ă©lĂ©ments en faveur dâune anomalie rĂ©gionale de la cinĂ©tique pariĂ©tale et aider Ă Ă©valuer la fonction ventriculaire gauche. En cas de douleur thoracique rĂ©cidivante avec compromis hĂ©modynamique aprĂšs lâinfarctus, lâĂ©chocardiographie transthoracique peut contribuer Ă rechercher des complications mĂ©caniques.
Lâimagerie par rĂ©sonance magnĂ©tique cardiaque permet de caractĂ©riser avec une haute rĂ©solution la lĂ©sion myocardique et la distribution de lâinfarctus. Le rehaussement tardif au gadolinium identifie le tissu infarci en montrant un signal dans la rĂ©gion lĂ©sĂ©e, contrairement au myocarde normal. La mise en Ă©vidence Ă lâimagerie dâun amincissement myocardique rĂ©gional, dâune cicatrice ou dâune diminution de la cinĂ©tique pariĂ©tale selon une distribution ischĂ©mique Ă©taye le diagnostic dâinfarctus du myocarde antĂ©rieur lorsque les anomalies ECG sont Ă©quivoques.
Lâangioscanner coronaire est prĂ©sentĂ© dans le matĂ©riel source comme une option dâimagerie chez certains patients consultant pour une douleur thoracique aiguĂ«, mais ce matĂ©riel ne fournit pas de critĂšres de sĂ©lection ni de seuils thĂ©rapeutiques spĂ©cifiques de lâinfarctus postĂ©rieur.
Traitement et prise en charge
Prise en charge aiguë
La principale implication thĂ©rapeutique de la reconnaissance dâun infarctus postĂ©rieur sur lâECG standard est dâĂ©viter de classer Ă tort le patient dans une catĂ©gorie Ă faible risque ou sans occlusion. Les modifications postĂ©rieures rĂ©ciproques peuvent traduire une occlusion coronaire aiguĂ« nĂ©cessitant une Ă©valuation urgente en vue dâune reperfusion.
Lorsque la prĂ©sentation clinique et lâECG indiquent un Ă©quivalent de sus-dĂ©calage du segment ST, lâobjectif thĂ©rapeutique est une approche invasive visant une reperfusion immĂ©diate par intervention coronaire percutanĂ©e, sauf contre-indication. Le tracĂ© ECG standard doit ĂȘtre confirmĂ© et prĂ©cisĂ© par les dĂ©rivations postĂ©rieures lorsque cela peut ĂȘtre rĂ©alisĂ© sans retarder la prise en charge dĂ©finitive.
Les patients prĂ©sentant un syndrome coronarien aigu suspectĂ© avec anomalies ECG ou douleur thoracique persistante doivent bĂ©nĂ©ficier dĂšs que possible dâune surveillance ECG continue, avec un dĂ©fibrillateur disponible. La surveillance est Ă©galement recommandĂ©e dĂšs que lâinfarctus du myocarde a Ă©tĂ© diagnostiquĂ©.
Les présentations sans sus-décalage du segment ST nécessitent une prise en charge orientée par le risque. Une coronarographie urgente et une revascularisation, si elles sont réalisables, sont indiquées en présence de :
Angor réfractaire.
Instabilité hémodynamique.
Instabilité électrique.
Le matĂ©riel source ne fournit pas de schĂ©mas thĂ©rapeutiques mĂ©dicamenteux, de doses dâantiagrĂ©gants plaquettaires ou dâanticoagulants, de dĂ©lais cibles de reperfusion au-delĂ du contexte dâorientation vers une intervention coronaire percutanĂ©e indiquĂ©, ni de protocoles procĂ©duraux dĂ©taillĂ©s.
Ăvaluation de la reperfusion
Les enregistrements ECG sĂ©riĂ©s ou continus peuvent contribuer Ă Ă©valuer la reperfusion. Une reperfusion efficace sâaccompagne gĂ©nĂ©ralement dâune rĂ©duction importante et rapide du sus-dĂ©calage du segment ST. La rĂ©apparition ou la rĂ©cidive dynamique dâun sus-dĂ©calage du segment ST doit faire suspecter une rĂ©cidive dâinfarctus ou une rĂ©occlusion.
Recommandations fondées sur les recommandations de pratique clinique
Les principales recommandations pertinentes pour lâinfarctus du myocarde postĂ©rieur sont rĂ©sumĂ©es ci-dessous.
| Situation clinique | Conduite recommandée |
|---|---|
| Syndrome coronarien aigu suspecté | Réaliser et interpréter immédiatement un ECG à 12 dérivations, avec un objectif de réalisation dans les 10 minutes suivant le premier contact médical |
| ECG initial non diagnostique mais symptĂŽmes persistants ou rĂ©cidivants | RĂ©pĂ©ter les ECG de maniĂšre sĂ©riĂ©e ; des enregistrements toutes les 15â30 minutes pendant les 1â2 premiĂšres heures sont raisonnables |
| IschĂ©mie postĂ©rieure suspectĂ©e avec dĂ©rivations standard non diagnostiques | Enregistrer les dĂ©rivations postĂ©rieures supplĂ©mentaires V7âV9 |
| TracĂ© rĂ©ciproque postĂ©rieur avec prĂ©sentation clinique compatible | ConsidĂ©rer la situation comme un Ă©quivalent potentiel de sus-dĂ©calage du segment ST et accĂ©lĂ©rer lâĂ©valuation en vue dâune reperfusion |
| SCA suspectĂ© avec anomalies ECG ou douleur thoracique persistante | Assurer une surveillance ECG continue et veiller Ă la disponibilitĂ© dâun dĂ©fibrillateur |
| Présentation sans sus-décalage du segment ST avec angor réfractaire ou instabilité hémodynamique/électrique | Réaliser une coronarographie diagnostique urgente et une revascularisation lorsque cela est possible |
| ECG initial apparemment normal mais suspicion clinique persistante | Poursuivre lâĂ©valuation par des ECG sĂ©riĂ©s et des biomarqueurs cardiaques ; un ECG normal unique nâexclut ni lâischĂ©mie ni lâinfarctus |
Pronostic
Le pronostic dĂ©pend de lâĂ©tendue de lâischĂ©mie et de la nĂ©crose myocardiques, du territoire coronaire associĂ©, de la fonction ventriculaire et de la prĂ©sence de complications hĂ©modynamiques ou Ă©lectriques. Des dĂ©placements plus Ă©tendus ou plus marquĂ©s du segment ST et des anomalies de lâonde T intĂ©ressant plusieurs territoires sont associĂ©s Ă une ischĂ©mie plus sĂ©vĂšre et Ă un pronostic plus dĂ©favorable. Les ondes Q pathologiques, lâischĂ©mie persistante, les arythmies ventriculaires, un bloc auriculo-ventriculaire avancĂ©, de nouvelles anomalies de la conduction intraventriculaire, lâinsuffisance cardiaque et la diminution de la fraction dâĂ©jection ventriculaire gauche sont des Ă©lĂ©ments de mauvais pronostic aprĂšs un infarctus.
Un ECG initial normal ou peu anormal est gĂ©nĂ©ralement associĂ© Ă un meilleur pronostic quâun tracĂ© nettement anormal, mais nâexclut pas un infarctus postĂ©rieur Ă©volutif. La valeur pronostique de lâECG est donc maximale lorsquâil est interprĂ©tĂ© de maniĂšre sĂ©riĂ©e et intĂ©grĂ© aux symptĂŽmes, aux rĂ©sultats de la troponine, Ă lâimagerie et Ă lâanatomie coronaire.
Suivi aprĂšs lâinfarctus
LâĂ©valuation post-infarctus doit comprendre une apprĂ©ciation de la fonction ventriculaire gauche. LâĂ©chocardiographie, lâimagerie par rĂ©sonance magnĂ©tique cardiaque ou la scintigraphie de perfusion myocardique peuvent mettre en Ă©vidence une diminution de la fraction dâĂ©jection et une lĂ©sion myocardique rĂ©siduelle. Une rĂ©adaptation cardiaque comportant un exercice progressif et un volet Ă©ducatif est gĂ©nĂ©ralement dĂ©butĂ©e pendant lâhospitalisation et poursuivie aprĂšs la sortie. Une Ă©preuve dâeffort rĂ©alisĂ©e au dĂ©but de la rĂ©adaptation peut aider Ă individualiser la prescription dâexercice.
Chez certains patients, une Ă©preuve dâeffort rĂ©alisĂ©e aprĂšs la phase aiguĂ« peut mettre en Ă©vidence une ischĂ©mie rĂ©siduelle, des anomalies de perfusion rĂ©versibles, des extrasystoles ventriculaires induites par lâeffort ou des arythmies ventriculaires symptomatiques. Des rĂ©sultats Ă haut risque peuvent justifier une coronarographie et/ou une Ă©valuation Ă©lectrophysiologique invasive.
Pour un infarctus non compliquĂ©, la durĂ©e dâhospitalisation est gĂ©nĂ©ralement dĂ©crite comme Ă©tant dâenviron 3â5 jours. La convalescence initiale peut se poursuivre Ă domicile, avec une augmentation progressive de la marche au cours des 1â2 premiĂšres semaines, puis une adaptation de lâactivitĂ© en fonction de la tolĂ©rance Ă lâeffort. Le matĂ©riel source ne fournit pas dâintervalles de suivi ni de doses mĂ©dicamenteuses spĂ©cifiques de lâinfarctus postĂ©rieur.