Définition et justification thérapeutique
Lâinclisiran est un petit ARN interfĂ©rent (siRNA) ciblant le foie, conçu pour rĂ©duire la production de la proprotĂ©ine convertase subtilisine/kexine de type 9 (PCSK9). Il agit par dĂ©gradation, dans les hĂ©patocytes, de lâARN messager codant la PCSK9. La diminution de la synthĂšse hĂ©patique de PCSK9 rĂ©duit la concentration circulante de PCSK9, augmente la disponibilitĂ© Ă la surface cellulaire des rĂ©cepteurs hĂ©patiques des lipoprotĂ©ines de basse densitĂ© (LDL-C) et favorise ainsi lâĂ©limination du LDL-C de la circulation.
Ce mĂ©canisme diffĂšre de celui des anticorps monoclonaux alirocumab et evolocumab, qui se lient Ă la PCSK9 circulante. Lâeffet intracellulaire prolongĂ© de lâinclisiran permet une administration sous-cutanĂ©e seulement deux fois par an, ce qui constitue une distinction pratique importante par rapport aux traitements nĂ©cessitant des injections mensuelles ou bimensuelles. Lâinclisiran est utilisĂ© en complĂ©ment des mesures diĂ©tĂ©tiques et dâun traitement par statine Ă la dose maximale tolĂ©rĂ©e, avec ou sans autres hypolipĂ©miants, lorsquâune rĂ©duction supplĂ©mentaire du LDL-C est nĂ©cessaire, notamment chez les patients prĂ©sentant une maladie cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reuse (ASCVD) ou une hypercholestĂ©rolĂ©mie familiale hĂ©tĂ©rozygote.
Le principe thĂ©rapeutique gĂ©nĂ©ral est que la rĂ©duction du LDL-C est associĂ©e Ă un bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire quelle que soit la voie pharmacologique utilisĂ©e. Chez les patients prĂ©sentant un syndrome coronarien aigu (SCA), la pĂ©riode prĂ©coce suivant lâĂ©vĂ©nement est particuliĂšrement vulnĂ©rable, et lâintensification retardĂ©e du traitement hypolipĂ©miant peut laisser les patients exposĂ©s Ă un risque Ă©vitable. Les recommandations actuelles prĂ©conisent donc une prise en charge prĂ©coce et intensive : le traitement doit ĂȘtre instaurĂ© immĂ©diatement et une bithĂ©rapie ou une polythĂ©rapie doit ĂȘtre ajoutĂ©e si nĂ©cessaire pour atteindre la cible recommandĂ©e de LDL-C.
Inclisiran : pharmacologie et effets lipidiques
Lâinclisiran entraĂźne une rĂ©duction dose-dĂ©pendante de la PCSK9 et du LDL-C. Dans les Ă©tudes cliniques, les rĂ©ductions du LDL-C ont gĂ©nĂ©ralement Ă©tĂ© dâenviron 50 %, avec des rĂ©ductions rapportĂ©es allant jusquâĂ 50â55 % dans les synthĂšses fondĂ©es sur les recommandations. Il rĂ©duit Ă©galement le non-HDL-C jusquâĂ environ 50 % et lâapolipoprotĂ©ine B dâenviron 20â40 %. Les effets sur les triglycĂ©rides et la lipoprotĂ©ine(a) sont variables ou modestes.
Dans les Ă©tudes de phase III portant sur des patients prĂ©sentant une ASCVD ou au moins un Ă©quivalent de risque dâASCVD et recevant des statines, lâinclisiran a produit une rĂ©duction supplĂ©mentaire du LDL-C dâenviron 50 %. Cet effet Ă©tait constant chez les patients diabĂ©tiques et non diabĂ©tiques. Une analyse groupĂ©e dâĂ©tudes incluant des patients atteints dâhypercholestĂ©rolĂ©mie familiale hĂ©tĂ©rozygote ou dâASCVD a montrĂ© une rĂ©duction du LDL-C dâenviron 50,5 % lorsque lâinclisiran Ă©tait ajoutĂ© Ă un traitement par statine Ă la dose maximale tolĂ©rĂ©e, avec ou sans autre traitement hypolipĂ©miant.
La durabilitĂ© de la rĂ©ponse est au cĆur de son utilisation clinique. AprĂšs la phase initiale du traitement, lâadministration nâest nĂ©cessaire que deux fois par an. Cela peut rĂ©duire les obstacles Ă lâobservance associĂ©s aux traitements injectables plus frĂ©quents, bien que lâimportance clinique dâune meilleure observance reste tributaire dâun suivi et dâune administration rĂ©guliers.
Indications cliniques et place dans la stratégie thérapeutique
Lâinclisiran a Ă©tĂ© approuvĂ© dans plusieurs pays europĂ©ens en complĂ©ment du rĂ©gime alimentaire et dâun traitement par statine Ă la dose maximale tolĂ©rĂ©e chez les patients prĂ©sentant une hypercholestĂ©rolĂ©mie familiale hĂ©tĂ©rozygote ou une ASCVD et nĂ©cessitant une rĂ©duction supplĂ©mentaire du LDL-C.
Il doit ĂȘtre envisagĂ© dans le cadre dâune stratĂ©gie hypolipĂ©miante progressive fondĂ©e sur des objectifs :
Les interventions diététiques et hygiéno-diététiques constituent le socle du traitement.
Les statines sont le traitement pharmacologique de premiĂšre intention privilĂ©giĂ© chez les patients prĂ©sentant un risque accru dâASCVD.
LâĂ©zĂ©timibe est indiquĂ© lorsque lâobjectif de LDL-C nâest pas atteint avec une statine ou lorsque les statines ne peuvent pas ĂȘtre prescrites.
Les traitements ciblant la PCSK9, notamment les anticorps monoclonaux ou lâinclisiran, permettent une rĂ©duction supplĂ©mentaire du LDL-C lorsquâune diminution additionnelle est nĂ©cessaire.
Le choix dâune association thĂ©rapeutique dĂ©pend de lâampleur de la rĂ©duction supplĂ©mentaire du LDL-C nĂ©cessaire et des traitements antĂ©rieurs du patient.
Lâinclisiran est particuliĂšrement intĂ©ressant lorsquâun effet thĂ©rapeutique durable et une administration peu frĂ©quente sont souhaitables sur le plan clinique. Son effet sur les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires reste toutefois en cours dâĂ©valuation dans une Ă©tude dĂ©diĂ©e de morbi-mortalitĂ©.
Données issues des études cliniques
Dans une Ă©tude de phase II menĂ©e chez des patients Ă haut risque dâASCVD, une dose unique dâinclisiran a entraĂźnĂ©, au 180e jour, des rĂ©ductions du LDL-C allant dâenviron 28 % Ă 42 %, selon la dose. AprĂšs deux doses, les rĂ©ductions allaient dâenviron 36 % Ă 53 %, toutes les comparaisons avec le placebo Ă©tant statistiquement significatives.
Les Ă©tudes de phase III ORION-10 et ORION-11 ont Ă©valuĂ© des patients prĂ©sentant un LDL-C Ă©levĂ© et une ASCVD ou au moins un facteur de risque dâASCVD, et recevant des statines. Lâinclisiran a produit une rĂ©duction supplĂ©mentaire du LDL-C dâenviron 50 %, y compris chez les patients diabĂ©tiques.
Une analyse groupĂ©e des donnĂ©es individuelles des patients des Ă©tudes ORION-9, ORION-10 et ORION-11 a inclus environ 3 600 patients prĂ©sentant une hypercholestĂ©rolĂ©mie familiale hĂ©tĂ©rozygote ou une ASCVD. Lâinclisiran a rĂ©duit le LDL-C dâenviron 50,5 % lorsquâil Ă©tait ajoutĂ© Ă un traitement par statine Ă la dose maximale tolĂ©rĂ©e, avec ou sans autres hypolipĂ©miants, et a Ă©tĂ© gĂ©nĂ©ralement bien tolĂ©rĂ©. Dans une analyse exploratoire, les Ă©vĂ©nements cardiaques indĂ©sirables majeurs composites Ă©taient rĂ©duits ; toutefois, ces rĂ©sultats doivent ĂȘtre confirmĂ©s dans une Ă©tude dĂ©diĂ©e de morbi-mortalitĂ© cardiovasculaire.
LâĂ©tude de morbi-mortalitĂ© ORION-4 Ă©value si lâinclisiran rĂ©duit les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires majeurs chez les patients prĂ©sentant une maladie cardiovasculaire Ă©tablie. Par consĂ©quent, lâefficacitĂ© biochimique de lâinclisiran est mieux Ă©tablie que son effet dĂ©finitif sur la morbiditĂ© et la mortalitĂ© cardiovasculaires.
Administration et considérations pratiques
Lâinclisiran est administrĂ© par voie sous-cutanĂ©e deux fois par an aprĂšs le schĂ©ma thĂ©rapeutique initial. Le schĂ©ma dâentretien semestriel constitue la principale caractĂ©ristique pratique du mĂ©dicament et peut rĂ©pondre aux difficultĂ©s dâobservance associĂ©es aux injections mensuelles ou bimensuelles dâanticorps monoclonaux.
Les rĂ©actions au site dâinjection surviennent plus frĂ©quemment avec lâinclisiran quâavec le placebo. Hormis ce constat, les donnĂ©es dâextension Ă long terme dĂ©crivent le mĂ©dicament comme gĂ©nĂ©ralement bien tolĂ©rĂ©. Les sources disponibles ne fournissent pas de schĂ©ma spĂ©cifique de dose de charge, de volume dâinjection, de dose en milligrammes ni dâinstructions dĂ©taillĂ©es concernant lâadaptation posologique en cas dâinsuffisance rĂ©nale ou hĂ©patique.
Lâampleur de la rĂ©ponse du LDL-C variant selon les individus, une surveillance biologique reste nĂ©cessaire. Le LDL-C doit ĂȘtre Ă©valuĂ© environ 4â6 semaines aprĂšs lâinstauration ou toute modification du traitement. Une surveillance continue est Ă©galement nĂ©cessaire afin de sâassurer que les objectifs thĂ©rapeutiques restent atteints et quâun traitement supplĂ©mentaire nâest pas nĂ©cessaire.
Autres approches ciblant la PCSK9
Anticorps monoclonaux
Lâalirocumab et lâevolocumab sont des anticorps monoclonaux dirigĂ©s contre la PCSK9 circulante. Ils rĂ©duisent le LDL-C jusquâĂ environ 60 %, en monothĂ©rapie ou en association avec un traitement par statine Ă la dose maximale tolĂ©rĂ©e et/ou de lâĂ©zĂ©timibe. Lorsquâils sont ajoutĂ©s Ă des statines Ă forte intensitĂ© ou Ă la dose maximale tolĂ©rĂ©e, ils ont produit des rĂ©ductions du LDL-C dâenviron 46â73 % supĂ©rieures Ă celles du placebo et dâenviron 30 % supĂ©rieures Ă celles obtenues avec lâĂ©zĂ©timibe.
Leurs effets semblent largement indĂ©pendants du traitement de fond. Ils rĂ©duisent Ă©galement les triglycĂ©rides et la lipoprotĂ©ine(a), et augmentent le cholestĂ©rol des lipoprotĂ©ines de haute densitĂ© et lâapolipoprotĂ©ine A-I, bien que la contribution de ces modifications au bĂ©nĂ©fice clinique reste incertaine.
La principale limite pratique soulignĂ©e dans les sources est la frĂ©quence dâadministration : les injections mensuelles ou bimensuelles peuvent altĂ©rer lâobservance. Le coĂ»t, la sĂ©curitĂ© Ă long terme, le rapport coĂ»t-efficacitĂ© et la place de ces agents en prĂ©vention primaire restent des considĂ©rations importantes.
Inhibiteurs expérimentaux oraux et à base de protéines de la PCSK9
Un inhibiteur cyclique peptidique de la PCSK9 administrable par voie orale a produit, dans une Ă©tude de phase IIb, une rĂ©duction du LDL-C dâenviron 60 % par rapport Ă la valeur initiale. Le lerodalcibep, une petite protĂ©ine de liaison dirigĂ©e contre la PCSK9, a Ă©galement significativement rĂ©duit le LDL-C dans une Ă©tude rĂ©cente de phase III. Ces agents restent inscrits dans le paysage thĂ©rapeutique en Ă©volution dĂ©crit dans les sources.
Une stratĂ©gie dâĂ©dition des bases destinĂ©e Ă inhiber de maniĂšre permanente lâexpression du gĂšne de la PCSK9 est actuellement Ă©valuĂ©e dans des essais cliniques chez lâĂȘtre humain. Cette approche diffĂšre fondamentalement de lâinhibition mĂ©diĂ©e par les anticorps et de lâinterfĂ©rence transitoire par lâARN, car elle vise Ă induire une modification gĂ©nĂ©tique durable.
Traitements hypolipémiants conventionnels
Régime alimentaire et mode de vie
Les habitudes alimentaires associĂ©es Ă une plus faible incidence des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires comprennent une consommation accrue de fruits, de lĂ©gumes non fĂ©culents, de fruits Ă coque, de lĂ©gumineuses, de poisson, dâhuiles vĂ©gĂ©tales, de yaourt et de cĂ©rĂ©ales complĂštes, ainsi quâune consommation rĂ©duite de viande rouge et transformĂ©e, de glucides raffinĂ©s et de sel. Le remplacement des graisses animales, notamment les graisses laitiĂšres, par des graisses vĂ©gĂ©tales et des acides gras polyinsaturĂ©s peut rĂ©duire davantage le risque dâASCVD.
Les interventions hygiĂ©no-diĂ©tĂ©tiques influencent le risque cardiovasculaire Ă la fois directement et par leurs effets sur les lipides plasmatiques, la pression artĂ©rielle et la glycĂ©mie. Elles restent nĂ©cessaires mĂȘme lorsquâun traitement pharmacologique est prescrit.
Statines
Les statines inhibent la 3-hydroxy-3-mĂ©thylglutaryl-coenzyme A rĂ©ductase et rĂ©duisent le LDL-C, la morbiditĂ© et la mortalitĂ© liĂ©es Ă lâASCVD, ainsi que le recours aux interventions coronaires. Elles rĂ©duisent Ă©galement les triglycĂ©rides et peuvent diminuer le risque de pancrĂ©atite. Pour ces raisons, elles restent le traitement pharmacologique de premiĂšre intention privilĂ©giĂ© chez les patients prĂ©sentant un risque accru dâASCVD.
La myopathie est lâeffet indĂ©sirable le plus frĂ©quemment discutĂ©, bien que les atteintes musculaires sĂ©vĂšres soient rares et la rhabdomyolyse extrĂȘmement rare. Des myalgies sont rapportĂ©es par environ 5â10 % des patients, mais, dans la plupart des cas, les symptĂŽmes ne sont pas imputables Ă la statine. De lĂ©gĂšres augmentations de la glycĂ©mie et de lâhĂ©moglobine glyquĂ©e peuvent survenir, avec une augmentation dose-dĂ©pendante du risque de diabĂšte de type 2. Des Ă©lĂ©vations des enzymes hĂ©patiques peuvent Ă©galement se produire et sont habituellement rĂ©versibles ; une surveillance systĂ©matique des enzymes hĂ©patiques nâest pas indiquĂ©e.
La prise en charge des myalgies sans augmentation majeure de la crĂ©atine kinase consiste habituellement Ă remplacer la statine par une autre ou Ă utiliser une trĂšs faible dose plusieurs jours par semaine, puis Ă augmenter progressivement la frĂ©quence ou la dose. Les interactions mĂ©dicamenteuses doivent ĂȘtre réévaluĂ©es rĂ©guliĂšrement, car les statines sont frĂ©quemment associĂ©es Ă des traitements dâautres maladies chroniques.
ĂzĂ©timibe
LâĂ©zĂ©timibe inhibe lâabsorption intestinale du cholestĂ©rol. Il est considĂ©rĂ© comme un traitement de deuxiĂšme intention, ajoutĂ© Ă une statine lorsque lâobjectif de LDL-C nâest pas atteint ou utilisĂ© lorsque le traitement par statine ne peut pas ĂȘtre prescrit. Le bĂ©nĂ©fice supplĂ©mentaire de lâassociation de lâĂ©zĂ©timibe Ă une statine est conforme au principe selon lequel la rĂ©duction du LDL-C confĂšre un bĂ©nĂ©fice indĂ©pendamment de la modalitĂ© thĂ©rapeutique spĂ©cifique.
Acide bempédoïque
Lâacide bempĂ©doĂŻque est un inhibiteur oral de la synthĂšse du cholestĂ©rol. Son utilisation est principalement dĂ©crite en association avec lâĂ©zĂ©timibe chez les patients intolĂ©rants aux statines. Ă la pĂ©riode considĂ©rĂ©e dans les sources, les donnĂ©es de morbi-mortalitĂ© cardiovasculaire nâĂ©taient pas attendues avant la fin de 2022.
Syndromes coronariens aigus : traitement précoce par association
Les patients prĂ©sentant un SCA sont exposĂ©s Ă un risque particuliĂšrement Ă©levĂ© de rĂ©cidive, notamment au cours de la premiĂšre annĂ©e suivant la sortie de lâhĂŽpital. Les donnĂ©es observationnelles citĂ©es dans les sources dĂ©crivent une incidence cumulĂ©e de rĂ©cidive dâinfarctus du myocarde, dâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral ou de dĂ©cĂšs cardiovasculaire dâenviron 10 % au cours des 100 premiers jours suivant lâinfarctus du myocarde et dâenviron 33 % Ă 5 ans.
Une approche progressive conventionnelle peut nĂ©cessiter jusquâĂ 12 semaines pour obtenir un traitement hypolipĂ©miant optimal. Ce dĂ©lai est cliniquement important, car la pĂ©riode immĂ©diatement consĂ©cutive au SCA correspond Ă une phase de vulnĂ©rabilitĂ© accrue. Lâinertie dans la prescription, une intensitĂ© thĂ©rapeutique insuffisante, les effets indĂ©sirables, la rĂ©ticence Ă utiliser les statines et la perte de suivi peuvent tous contribuer Ă lâĂ©chec de lâatteinte des objectifs de LDL-C.
La stratégie privilégiée consiste donc à instaurer précocement une réduction intensive du LDL-C :
Commencer immĂ©diatement le traitement par statine au cours de lâĂ©pisode de SCA.
Ajouter un ou plusieurs agents non statiniques ayant démontré un bénéfice cardiovasculaire lorsque la réduction attendue du LDL-C avec la statine seule est insuffisante.
Choisir lâassociation thĂ©rapeutique en fonction de la rĂ©duction supplĂ©mentaire nĂ©cessaire et du traitement hypolipĂ©miant antĂ©rieur du patient.
Réévaluer le LDL-C 4â6 semaines aprĂšs lâinstauration ou lâintensification du traitement.
Poursuivre Ă vie le traitement visant Ă rĂ©duire le LDL-C afin dâatteindre la cible recommandĂ©e.
Lâajout dâĂ©zĂ©timibe au traitement par statine au cours de la pĂ©riode prĂ©coce suivant un SCA a Ă©tĂ© associĂ© Ă une rĂ©duction supplĂ©mentaire du LDL-C et Ă une diminution modeste mais significative des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables. Une rĂ©duction trĂšs intensive du LDL-C instaurĂ©e au cours de la phase aiguĂ« a Ă©tĂ© dĂ©crite comme rĂ©alisable et sĂ»re dans de petites Ă©tudes, et le traitement aigu par anticorps monoclonaux dirigĂ©s contre la PCSK9 a Ă©tĂ© associĂ© Ă une amĂ©lioration de la taille et de la composition des plaques coronaires dans les essais citĂ©s.
Les sources appuient le principe dâune stratĂ©gie « plus prĂ©coce, plus basse et meilleure » aprĂšs un SCA, mais ne fournissent pas de valeurs spĂ©cifiques de cibles de LDL-C ni de protocole posologique aigu complet, mĂ©dicament par mĂ©dicament, pour le SCA.
Stratégies de réduction des triglycérides
Les triglycĂ©rides sont associĂ©s au risque coronaire, bien que leur relation soit dĂ©crite comme moins Ă©troite que celle du LDL-C. Lâactivation gĂ©nĂ©tique de la lipoprotĂ©ine lipase rĂ©duit les triglycĂ©rides sĂ©riques et est associĂ©e Ă une moindre incidence de maladie coronarienne. Cependant, la rĂ©duction pharmacologique de triglycĂ©rides modĂ©rĂ©ment Ă©levĂ©s par le pemafibrate nâa pas diminuĂ© les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires dans un vaste essai clinique.
Ă lâinverse, lâicosapent Ă©thyl a Ă©tĂ© associĂ© Ă une rĂ©duction de 25 % des Ă©vĂ©nements ischĂ©miques indĂ©sirables, y compris des dĂ©cĂšs cardiovasculaires, chez des patients prĂ©sentant une hypertriglycĂ©ridĂ©mie modĂ©rĂ©e. Il reste incertain que le bĂ©nĂ©fice ait Ă©tĂ© mĂ©diĂ© par la rĂ©duction des triglycĂ©rides elle-mĂȘme.
Dâautres stratĂ©gies Ă©mergentes comprennent lâinhibition de la protĂ©ine 3 semblable Ă lâangiopoĂŻĂ©tine (ANGPTL3). Dans un petit essai de phase II menĂ© chez des patients prĂ©sentant une hypertriglycĂ©ridĂ©mie sĂ©vĂšre, la rĂ©ponse Ă lâevinacumab variait considĂ©rablement selon le gĂ©notype, allant de lâabsence de rĂ©duction Ă une rĂ©duction de 83 %. Un anticorps dirigĂ© contre le complexe ANGPTL3/8 est Ă©galement Ă©valuĂ© dans des Ă©tudes prĂ©coces pour son potentiel Ă rĂ©duire Ă la fois les triglycĂ©rides et le LDL-C.
Plusieurs mĂ©dicaments peuvent aggraver le profil lipidique. Les diurĂ©tiques thiazidiques peuvent augmenter les triglycĂ©rides ; les bĂȘtabloquants non sĂ©lectifs peuvent augmenter les triglycĂ©rides et rĂ©duire le cholestĂ©rol des lipoprotĂ©ines de haute densitĂ© ; lâacide rĂ©tinoĂŻque, les ĆstrogĂšnes, les corticostĂ©roĂŻdes et les immunosuppresseurs peuvent augmenter les triglycĂ©rides. Les stĂ©roĂŻdes anabolisants peuvent provoquer une hypertriglycĂ©ridĂ©mie et un taux trĂšs faible de cholestĂ©rol des lipoprotĂ©ines de haute densitĂ©. Les antipsychotiques atypiques, certains antidĂ©presseurs et les traitements antirĂ©troviraux hautement actifs peuvent entraĂźner des anomalies des lipoprotĂ©ines et des troubles mĂ©taboliques.
Traitements ciblant la lipoprotéine(a)
LâĂ©lĂ©vation de la lipoprotĂ©ine(a) est associĂ©e Ă plusieurs mĂ©canismes susceptibles dâaccroĂźtre le risque cardiovasculaire, notamment lâaccĂ©lĂ©ration de lâathĂ©rogenĂšse, lâaugmentation de lâinflammation vasculaire, lâaggravation de la stĂ©nose aortique calcifiĂ©e et la promotion dâun Ă©tat prothrombotique.
En lâabsence dâagents spĂ©cifiques Ă©tablis rĂ©duisant la lipoprotĂ©ine(a), la prise en charge repose sur un contrĂŽle intensif des autres facteurs de risque cardiovasculaire, adaptĂ© au risque cardiovasculaire global et Ă la concentration de lipoprotĂ©ine(a). Une aphĂ©rĂšse des lipoprotĂ©ines peut ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients prĂ©sentant une lipoprotĂ©ine(a) trĂšs Ă©levĂ©e et une maladie cardiovasculaire progressive.
La plupart des hypolipĂ©miants ont peu ou pas dâeffet sur la lipoprotĂ©ine(a), bien que les traitements ciblant la PCSK9 et lâobicĂ©trapib puissent produire des rĂ©ductions modestes. Les oligonuclĂ©otides antisens et les traitements par siRNA ciblant les hĂ©patocytes ont produit des rĂ©ductions biochimiques spectaculaires et sont Ă©valuĂ©s quant Ă leurs effets sur les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires.
Pelacarsen
Le pelacarsen est un oligonuclĂ©otide antisens dirigĂ© contre le gĂšne LPA. Dans une Ă©tude de recherche de dose menĂ©e chez des patients prĂ©sentant une maladie cardiovasculaire Ă©tablie et des concentrations de lipoprotĂ©ine(a) dâau moins 60 mg/dL, il a rĂ©duit la lipoprotĂ©ine(a) de maniĂšre dose-dĂ©pendante, jusquâĂ 80 %, indĂ©pendamment de la taille de lâisoforme ou du variant gĂ©nĂ©tique. Les rĂ©actions au site dâinjection Ă©taient les Ă©vĂ©nements indĂ©sirables les plus frĂ©quents. Une Ă©tude de phase III de morbi-mortalitĂ© Ă©value son effet sur les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires.
Olpasiran et agents apparentés
Lâolpasiran est un siRNA qui inhibe la synthĂšse hĂ©patique de la lipoprotĂ©ine(a). Chez les patients prĂ©sentant une ASCVD Ă©tablie et des concentrations de lipoprotĂ©ine(a) supĂ©rieures Ă 150 nmol/L, il a rĂ©duit la lipoprotĂ©ine(a) de maniĂšre dose-dĂ©pendante, jusquâĂ 100 % ; les rĂ©actions au site dâinjection Ă©taient les Ă©vĂ©nements indĂ©sirables les plus frĂ©quents.
Dâautres traitements par siRNA, notamment le zerlasiran et le lepodisiran, sont en cours de dĂ©veloppement clinique. Le muvalaplin est une petite molĂ©cule orale qui inhibe la formation de la lipoprotĂ©ine(a) en bloquant lâinteraction entre lâapolipoprotĂ©ine(a) et lâapolipoprotĂ©ine B100 ; il peut rĂ©duire la lipoprotĂ©ine(a) jusquâĂ environ 65 %.
La question de savoir si ces effets biochimiques se traduisent par une diminution des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires reste Ă lâĂ©tude.
Traitement anti-inflammatoire en complément de la réduction lipidique
Lâinflammation est un facteur modifiable contribuant Ă lâathĂ©rothrombose. Les statines et les agonistes du rĂ©cepteur du peptide-1 semblable au glucagon peuvent exercer des effets anti-inflammatoires en plus de leurs principales actions mĂ©taboliques, tandis que dâautres traitements ciblent directement lâinflammation.
Le canakinumab, un anticorps monoclonal dirigĂ© contre lâinterleukine-1ÎČ, a rĂ©duit la protĂ©ine C-rĂ©active ultrasensible et lâinterleukine-6 sans modifier les taux lipidiques, et a modestement rĂ©duit un critĂšre composite associant dĂ©cĂšs cardiovasculaire, infarctus du myocarde et accident vasculaire cĂ©rĂ©bral chez des patients ayant des antĂ©cĂ©dents dâinfarctus du myocarde et une protĂ©ine C-rĂ©active ultrasensible â„2 mg/L. Il nâa pas rĂ©duit la mortalitĂ© toutes causes et a Ă©tĂ© associĂ© Ă un excĂšs dâinfections mortelles. Il ne fera donc pas lâobjet dâun dĂ©veloppement clinique pour cette indication.
Le mĂ©thotrexate Ă faible dose nâa pas rĂ©duit les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires et nâa pas non plus modifiĂ© les biomarqueurs inflammatoires Ă la dose Ă©tudiĂ©e.
La colchicine est lâoption anti-inflammatoire actuellement disponible la plus prometteuse dĂ©crite dans les sources. Elle interfĂšre avec la chimiotaxie et la phagocytose des cellules inflammatoires, rĂ©duit lâexpression des molĂ©cules dâadhĂ©sion et modifie la production de cytokines. Chez les patients traitĂ©s dans les 30 jours suivant un infarctus du myocarde, la colchicine Ă la dose de 0,5 mg par voie orale une fois par jour a rĂ©duit le critĂšre ischĂ©mique principal sur environ 2 ans, bien que les pneumonies aient Ă©tĂ© plus frĂ©quentes et que la mortalitĂ© toutes causes nâait pas Ă©tĂ© rĂ©duite. Chez les patients prĂ©sentant une cardiopathie ischĂ©mique stable, la colchicine Ă la dose de 0,5 mg une fois par jour a rĂ©duit le critĂšre composite principal sur environ 3 ans, mais un excĂšs de dĂ©cĂšs non cardiovasculaires a Ă©tĂ© observĂ© et la mortalitĂ© cardiovasculaire nâa pas Ă©tĂ© amĂ©liorĂ©e.
La colchicine Ă faible dose peut ĂȘtre envisagĂ©e en complĂ©ment du traitement prĂ©ventif recommandĂ© par les recommandations chez les patients prĂ©sentant une cardiopathie ischĂ©mique stable qui restent Ă haut risque malgrĂ© un traitement Ă la dose maximale tolĂ©rĂ©e. Sa marge thĂ©rapeutique Ă©troite impose la prudence. Le mĂ©dicament possĂšde une longue demi-vie et son Ă©limination dĂ©pend de la fonction rĂ©nale ; il est mĂ©tabolisĂ© par le CYP3A4 et constitue un substrat de la glycoprotĂ©ine P. Ces propriĂ©tĂ©s crĂ©ent des risques dâinteractions cliniquement importants et nĂ©cessitent une surveillance supplĂ©mentaire.
Autres traitements cardiovasculaires pertinents pour la prise en charge lipidique
Les inhibiteurs de lâenzyme de conversion de lâangiotensine et les antagonistes des rĂ©cepteurs de lâangiotensine sont largement utilisĂ©s aprĂšs un infarctus du myocarde, dans lâhypertension, la cardiopathie ischĂ©mique chronique et les maladies vasculaires Ă haut risque telles que le diabĂšte. Leurs bĂ©nĂ©fices sont surtout manifestes chez les patients prĂ©sentant un risque accru, notamment ceux atteints de diabĂšte ou dâune dysfonction ventriculaire gauche, ainsi que chez ceux dont la pression artĂ©rielle et le LDL-C restent insuffisamment contrĂŽlĂ©s malgrĂ© les autres traitements. Leur utilisation systĂ©matique chez les patients ayant une fonction ventriculaire gauche normale et ayant dĂ©jĂ atteint les objectifs de pression artĂ©rielle et de LDL-C ne rĂ©duit pas les Ă©vĂ©nements et nâest pas coĂ»t-efficace.
Les inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2 exercent des effets protecteurs cardiovasculaires et rĂ©naux chez les patients diabĂ©tiques ou non diabĂ©tiques prĂ©sentant une fraction dâĂ©jection ventriculaire gauche rĂ©duite. Ils favorisent la perte pondĂ©rale, abaissent la pression artĂ©rielle et rĂ©duisent le volume plasmatique.
Les anti-inflammatoires non stĂ©roĂŻdiens doivent gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre Ă©vitĂ©s chez les patients prĂ©sentant une cardiopathie ischĂ©mique, car ils peuvent ĂȘtre associĂ©s Ă une augmentation faible mais rĂ©elle du risque dâinfarctus du myocarde et de mortalitĂ©. Lorsquâils sont nĂ©cessaires, lâagent prĂ©sentant le risque le plus faible doit ĂȘtre utilisĂ© Ă la dose efficace la plus faible pendant la durĂ©e la plus courte possible ; la coadministration dâaspirine est recommandĂ©e dans les sources.
Surveillance et suivi fondés sur les recommandations
Les principales exigences de surveillance sont lâĂ©valuation clinique de la tolĂ©rance, lâattention portĂ©e Ă lâobservance, la recherche dâinteractions mĂ©dicamenteuses et la mesure sĂ©riĂ©e du LDL-C.
Le LDL-C doit ĂȘtre contrĂŽlĂ© 4â6 semaines aprĂšs :
lâinstauration dâun traitement hypolipĂ©miant ;
la modification de la dose ou de lâassociation thĂ©rapeutique ;
lâintensification du traitement pendant ou aprĂšs un SCA.
La rĂ©ponse au traitement variant selon les individus, une confirmation biologique est nĂ©cessaire plutĂŽt que de se fonder uniquement sur la rĂ©duction moyenne attendue. AprĂšs un SCA, le traitement hypolipĂ©miant doit ĂȘtre poursuivi Ă vie, avec des efforts continus pour maintenir le LDL-C Ă la cible recommandĂ©e.
Le suivi doit Ă©galement porter sur les symptĂŽmes associĂ©s aux statines, les Ă©ventuelles anomalies des enzymes hĂ©patiques, les effets glycĂ©miques et les interactions mĂ©dicamenteuses. Chez les patients recevant de la colchicine, lâĂ©limination rĂ©nale, le mĂ©tabolisme par le CYP3A4 et le statut de substrat de la glycoprotĂ©ine P imposent une attention particuliĂšre aux traitements concomitants et Ă la surveillance de la toxicitĂ©.
Pronostic et questions non résolues
La rĂ©duction intensive du LDL-C est associĂ©e Ă de meilleurs rĂ©sultats aprĂšs un SCA, et les donnĂ©es disponibles soutiennent lâinstauration prĂ©coce et lâintensification rapide du traitement. Lâinclisiran offre une rĂ©duction durable du LDL-C dâenviron 50 % grĂące Ă une administration deux fois par an et est gĂ©nĂ©ralement bien tolĂ©rĂ©, bien que les rĂ©actions au site dâinjection soient plus frĂ©quentes quâavec le placebo.
Lâeffet dĂ©finitif de lâinclisiran sur la morbiditĂ© et la mortalitĂ© cardiovasculaires doit encore ĂȘtre Ă©tabli par une Ă©tude dĂ©diĂ©e de morbi-mortalitĂ©. De mĂȘme, le bĂ©nĂ©fice clinique des traitements ciblant principalement la lipoprotĂ©ine(a), lâANGPTL3 ou les nouvelles voies de la PCSK9 reste incertain. Le traitement anti-inflammatoire a montrĂ© que lâinflammation pouvait ĂȘtre modifiĂ©e Ă des fins thĂ©rapeutiques, mais lâabsence de rĂ©duction constante de la mortalitĂ© toutes causes et la prĂ©sence de signaux de sĂ©curitĂ© infectieux ou autres, non cardiovasculaires, limitent actuellement son utilisation.
Lâavenir de la prise en charge lipidique devrait impliquer des traitements de plus en plus durables, des associations thĂ©rapeutiques adaptĂ©es Ă la rĂ©duction de LDL-C nĂ©cessaire et des agents ciblant les risques rĂ©siduels tels que la lipoprotĂ©ine(a), les lipoprotĂ©ines riches en triglycĂ©rides et lâinflammation vasculaire. Les siRNA, les oligonuclĂ©otides antisens, les inhibiteurs administrables par voie orale et les stratĂ©gies dâĂ©dition gĂ©nomique sont tous Ă©tudiĂ©s, mais leur place dĂ©finitive dans la prĂ©vention cardiovasculaire courante dĂ©pendra de la confirmation de leur bĂ©nĂ©fice clinique et de leur sĂ©curitĂ© Ă long terme.