Définition et physiopathologie
LâhyperaldostĂ©ronisme primaire (HAP), Ă©galement appelĂ© hyperaldostĂ©ronisme primaire ou syndrome de Conn, regroupe des affections caractĂ©risĂ©es par une sĂ©crĂ©tion dâaldostĂ©rone inappropriĂ©ment Ă©levĂ©e, relativement autonome vis-Ă -vis de lâangiotensine II et de la kaliĂ©mie, et rĂ©sistante Ă la suppression par une charge sodĂ©e. Il sâagit de la forme la plus frĂ©quente dâhypertension secondaire.
LâaldostĂ©rone agit principalement par lâintermĂ©diaire du rĂ©cepteur minĂ©ralocorticoĂŻde (MR). AprĂšs avoir pĂ©nĂ©trĂ© dans les cellules cibles, elle se lie au MR, qui est transloquĂ© vers le noyau et induit lâexpression de gĂšnes sensibles Ă lâaldostĂ©rone. Bien que le rein soit une cible majeure â lâactivation du MR y favorisant le transport du sodium â les MR sont Ă©galement prĂ©sents dans les myocytes cardiaques, les cellules musculaires lisses vasculaires, les cellules endothĂ©liales, les macrophages, les neurones et dâautres tissus. Cette distribution contribue Ă expliquer pourquoi lâHAP provoque des lĂ©sions cardiovasculaires dĂ©passant ses effets sur la pression artĂ©rielle et lâĂ©quilibre potassique.
Les principaux sous-types sporadiques sont les suivants :
AdĂ©nome surrĂ©nalien producteur dâaldostĂ©rone
Hyperplasie surrénalienne bilatérale
Hyperplasie surrénalienne primitive ou unilatérale
Rare carcinome surrĂ©nalien producteur dâaldostĂ©rone
Plus rarement, production ectopique dâaldostĂ©rone
Les formes familiales comprennent lâhyperaldostĂ©ronisme familial de type 1, anciennement appelĂ© hyperaldostĂ©ronisme sensible aux glucocorticoĂŻdes, ainsi que dâautres formes familiales associĂ©es Ă un adĂ©nome surrĂ©nalien ou Ă une hyperplasie surrĂ©nalienne bilatĂ©rale. Les antĂ©cĂ©dents familiaux sont donc importants, en particulier chez les patients prĂ©sentant une hypertension Ă dĂ©but prĂ©coce ou une maladie cĂ©rĂ©brovasculaire prĂ©maturĂ©e.
LâHAP est associĂ© Ă une hypertrophie cardiaque, une fibrose myocardique, une dysfonction diastolique et une insuffisance cardiaque. Par rapport aux patients prĂ©sentant une hypertension primaire appariĂ©s selon lâĂąge, le sexe et la pression artĂ©rielle, les patients atteints prĂ©sentent plus frĂ©quemment un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral, un infarctus du myocarde non fatal et une fibrillation atriale, ainsi quâune mortalitĂ© cardiovasculaire plus Ă©levĂ©e. Le syndrome mĂ©tabolique et le diabĂšte sont Ă©galement plus frĂ©quents.
ĂpidĂ©miologie et importance clinique
La prĂ©valence rapportĂ©e dĂ©pend de la population Ă©tudiĂ©e et de lâintensitĂ© du dĂ©pistage. LâHAP concerne environ 10 % des patients hypertendus et environ 20 % des patients prĂ©sentant une hypertension rĂ©sistante. Il est Ă©galement plus frĂ©quent lorsque la sĂ©vĂ©ritĂ© de lâhypertension augmente.
LâhypokaliĂ©mie est trĂšs Ă©vocatrice lorsquâelle est prĂ©sente, en particulier si elle est spontanĂ©e ou induite par les diurĂ©tiques, mais elle est absente chez la plupart des patients diagnostiquĂ©s. Se fonder uniquement sur lâhypokaliĂ©mie conduit donc Ă mĂ©connaĂźtre une proportion importante des cas.
Les consĂ©quences cardiorĂ©nales et cĂ©rĂ©brovasculaires dâun HAP non diagnostiquĂ© rendent le dĂ©pistage prĂ©coce cliniquement important. Les recommandations europĂ©ennes actuelles prĂ©conisent de dĂ©pister les adultes prĂ©sentant une hypertension confirmĂ©e en mesurant la rĂ©nine et lâaldostĂ©rone, bien que les indications les plus fortes concernent les patients prĂ©sentant une hypertension rĂ©sistante ou sĂ©vĂšre et des manifestations cliniques associĂ©es.
Présentation clinique et symptÎmes
La manifestation clinique habituelle est une hypertension, souvent sĂ©vĂšre ou rĂ©sistante au traitement. Chez certains patients, la pression artĂ©rielle nâest contrĂŽlĂ©e que sous quatre antihypertenseurs ou davantage.
Les situations cliniques pouvant évoquer un HAP comprennent :
Hypertension de grade 2 ou 3
Hypertension résistante
Pression artérielle persistante supérieure à 150/100 mm Hg lors de mesures répétées
Hypertension nécessitant au moins quatre antihypertenseurs malgré son contrÎle
Hypertension associée à une hypokaliémie spontanée ou induite par les diurétiques
Hypertension associée à une incidentalome surrénalien
Hypertension associĂ©e Ă un syndrome dâapnĂ©es du sommeil
Hypertension avec fibrillation atriale en lâabsence dâexplication cardiaque structurelle sous-jacente
Hypertension à début précoce ou accident vasculaire cérébral à un jeune ùge chez le patient ou dans sa famille
ApparentĂ©s du premier degrĂ© hypertendus de patients atteints dâHAP
Les patients prĂ©sentant une hypokaliĂ©mie peuvent dĂ©velopper une faiblesse, des crampes musculaires ou, dans les cas sĂ©vĂšres, une paralysie pĂ©riodique. NĂ©anmoins, de nombreux patients sont normokaliĂ©miques et ne prĂ©sentent aucun symptĂŽme caractĂ©ristique imputable Ă lâexcĂšs dâaldostĂ©rone.
Les complications cardiovasculaires peuvent dominer la prĂ©sentation clinique ou ĂȘtre mises en Ă©vidence au cours de lâĂ©valuation. Elles comprennent lâhypertrophie cardiaque, la fibrose myocardique, la dysfonction diastolique, lâinsuffisance cardiaque, la fibrillation atriale, lâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral et lâinfarctus du myocarde.
Ăvaluation et examen clinique
LâĂ©valuation commence par la confirmation et la caractĂ©risation de lâhypertension, notamment par lâapprĂ©ciation du nombre de traitements et de lâefficacitĂ© du contrĂŽle tensionnel. Lâinterrogatoire mĂ©dicamenteux est essentiel, car de nombreux antihypertenseurs influencent la rĂ©nine, lâaldostĂ©rone ou le rapport aldostĂ©rone/rĂ©nine (ARR).
LâanamnĂšse doit rechercher spĂ©cifiquement :
AntĂ©cĂ©dent dâhypokaliĂ©mie spontanĂ©e ou induite par les diurĂ©tiques
Hypertension résistante ou sévÚre
Incidentalome surrénalien
Troubles respiratoires liĂ©s au sommeil ou syndrome dâapnĂ©es du sommeil
Fibrillation atriale
Hypertension à début précoce ou accident vasculaire cérébral chez des apparentés
HAP connu chez des apparentés du premier degré
Ăge au dĂ©but de lâhypertension
Prise de mĂ©dicaments influençant lâinterprĂ©tation de lâARR
Lâexamen clinique doit documenter la pression artĂ©rielle et rechercher les consĂ©quences et les affections associĂ©es Ă lâhypertension. Le document source ne dĂ©crit pas de phĂ©notype clinique spĂ©cifique ni dâensemble dĂ©fini de signes physiques propres Ă lâHAP.
Dépistage par le rapport aldostérone/rénine
Principes
Le test de dĂ©pistage recommandĂ© est lâARR, calculĂ© Ă partir de lâaldostĂ©ronĂ©mie et soit de lâactivitĂ© rĂ©nine plasmatique, soit de la concentration plasmatique directe de rĂ©nine. Les deux composantes doivent ĂȘtre examinĂ©es sĂ©parĂ©ment, car le rapport peut ĂȘtre trompeur lorsque la rĂ©nine est trĂšs supprimĂ©e ou modifiĂ©e par un traitement.
Le dĂ©pistage est plus fiable lorsque les patients sont normokaliĂ©miques et ont une consommation de sel non restreinte. LâhypokaliĂ©mie doit ĂȘtre corrigĂ©e avant le dosage, car elle peut rĂ©duire la sĂ©crĂ©tion dâaldostĂ©rone et masquer le diagnostic.
Les seuils dâARR varient selon les unitĂ©s utilisĂ©es et la mĂ©thode du laboratoire local. Un ARR supĂ©rieur Ă 20 est couramment utilisĂ© comme seuil de positivitĂ© dans certains contextes, tandis quâun seuil de 30 est Ă©galement frĂ©quemment utilisĂ© lorsque lâaldostĂ©rone est exprimĂ©e en nanogrammes par dĂ©cilitre et lâactivitĂ© rĂ©nine plasmatique en nanogrammes par millilitre par heure. Ces valeurs ne peuvent pas ĂȘtre transposĂ©es dâun laboratoire Ă lâautre sans tenir compte des unitĂ©s de mesure et des caractĂ©ristiques de la mĂ©thode analytique.
Effets médicamenteux
LâARR est influencĂ© par le traitement antihypertenseur, lâapport sodĂ©, la posture, lâheure du prĂ©lĂšvement et les conditions de conservation de lâĂ©chantillon. Les mĂ©dicaments interfĂ©rents importants comprennent :
BĂȘtabloquants
Médicaments à action centrale tels que la clonidine et la méthyldopa
Bloqueurs du systĂšme rĂ©nineâangiotensine
Diurétiques
Antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes
Anti-inflammatoires non stéroïdiens
Inhibiteurs de lâenzyme de conversion de lâangiotensine
Antagonistes des rĂ©cepteurs de lâangiotensine
Inhibiteurs calciques dihydropyridiniques
Deux stratégies pratiques sont acceptables lorsque le patient reçoit déjà un traitement antihypertenseur.
La premiĂšre consiste Ă rĂ©aliser le dosage de lâARR sans modifier le traitement habituel et Ă interprĂ©ter le rĂ©sultat en fonction des mĂ©dicaments pris. Cette stratĂ©gie Ă©vite une dĂ©tĂ©rioration du contrĂŽle tensionnel et rĂ©duit les obstacles au dĂ©pistage, mais lâinterprĂ©tation peut nĂ©cessiter lâavis dâun spĂ©cialiste.
La seconde consiste Ă interrompre les mĂ©dicaments interfĂ©rents avant le dosage lorsque cela est cliniquement possible. Une source recommande dâarrĂȘter les antagonistes des MR pendant au moins quatre semaines, en particulier chez les patients prĂ©sentant une hypertension lĂ©gĂšre, et dâinterrompre les autres mĂ©dicaments interfĂ©rents pendant environ deux semaines. Un autre tableau de recommandations prĂ©cise une interruption des antagonistes de lâaldostĂ©rone pendant quatre Ă six semaines. Ces dĂ©lais doivent donc ĂȘtre interprĂ©tĂ©s conformĂ©ment aux recommandations applicables et aux pratiques locales.
Les inhibiteurs calciques Ă longue durĂ©e dâaction et les antagonistes des rĂ©cepteurs alpha ont peu dâeffet sur lâARR et peuvent ĂȘtre utilisĂ©s comme traitements de remplacement. Les agents sympatholytiques Ă action centrale peuvent ĂȘtre utilisĂ©s si nĂ©cessaire, bien quâils puissent lĂ©gĂšrement augmenter les rĂ©sultats faussement positifs par suppression de la rĂ©nine.
Les antagonistes des MR ne doivent pas ĂȘtre interrompus lorsque cela serait dangereux, notamment en cas dâhypokaliĂ©mie sĂ©vĂšre ou dâhypertension sĂ©vĂšre associĂ©e Ă un hyperaldostĂ©ronisme marquĂ©. Les donnĂ©es disponibles indiquent que la prĂ©cision de lâARR nâest que marginalement altĂ©rĂ©e dans cette situation, en particulier lorsque lâHAP est manifeste.
Lâapport sodĂ© doit ĂȘtre Ă©valuĂ©, de prĂ©fĂ©rence par la mesure de la natriurĂšse des 24 heures ou du rapport sodium/crĂ©atinine urinaire matinal. Chez les femmes, la phase du cycle menstruel peut Ă©galement influencer lâinterprĂ©tation.
Interprétation en cas de rénine supprimée
Lorsque la rĂ©nine est infĂ©rieure Ă la limite de mesure de la mĂ©thode analytique, lâARR peut ne pas ĂȘtre calculable. La concentration sĂ©rique dâaldostĂ©rone devient alors particuliĂšrement importante :
Une aldostéronémie inférieure à 10 ng/dL rend un HAP manifeste peu probable.
Une aldostéronémie comprise entre 10 et 20 ng/dL justifie généralement un test de confirmation complémentaire.
Une rénine supprimée, une aldostéronémie supérieure à 20 ng/dL et une hypokaliémie peuvent suffire à établir le diagnostic dans le contexte clinique approprié.
Certaines recommandations autorisent lâomission du test de confirmation chez les patients prĂ©sentant une hypokaliĂ©mie, une rĂ©nine indĂ©tectable et une aldostĂ©ronĂ©mie supĂ©rieure Ă 20 ng/dL.
Tests de confirmation
La plupart des patients ayant un ARR positif rĂ©alisent un test de suppression afin de confirmer ou dâexclure une sĂ©crĂ©tion autonome dâaldostĂ©rone. Les tests disponibles comprennent la charge sodĂ©e intraveineuse, la charge sodĂ©e orale, le test de suppression Ă la fludrocortisone et le test au captopril.
Les tests de confirmation doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s avec prudence chez les patients prĂ©sentant une hypokaliĂ©mie, une insuffisance cardiaque, une maladie rĂ©nale chronique ou une hypertension non contrĂŽlĂ©e. La perfusion intraveineuse de sĂ©rum salĂ© est souvent inappropriĂ©e en cas dâinsuffisance cardiaque, de maladie rĂ©nale chronique ou dâhypertension non contrĂŽlĂ©e ; un test au captopril peut ĂȘtre utilisĂ© Ă la place lorsque la charge sodĂ©e est jugĂ©e Ă risque.
| Test | Méthode principale | Interprétation indiquée par la source |
|---|---|---|
| Charge sodĂ©e intraveineuse | Environ 2 L de sĂ©rum salĂ© perfusĂ©s en 4 heures | Une concentration plasmatique dâaldostĂ©rone post-perfusion supĂ©rieure Ă 10 ng/mL est confirmatrice ; une valeur de 5â10 ng/mL est indĂ©terminĂ©e et doit conduire Ă rĂ©pĂ©ter le test |
| Charge sodĂ©e orale | Apport sodĂ© libĂ©ralisĂ© pendant 3â5 jours, avec mesure de la natriurĂšse des 24 heures et de lâaldostĂ©ronurie | Une excrĂ©tion urinaire dâaldostĂ©rone supĂ©rieure Ă 12â14 mg/jour est considĂ©rĂ©e comme positive |
| Test de suppression Ă la fludrocortisone | Fludrocortisone 0,1 mg toutes les 6 heures pendant 4 jours, puis mesure de lâaldostĂ©ronĂ©mie en position debout | Une concentration supĂ©rieure Ă 6 ng/dL, associĂ©e Ă une faible activitĂ© rĂ©nine plasmatique et Ă un faible cortisol sĂ©rique, est en faveur dâun HAP |
| Test au captopril | AldostĂ©ronĂ©mie mesurĂ©e Ă lâĂ©tat basal, puis 1 et 2 heures aprĂšs lâadministration orale de captopril 25â50 mg | La persistance dâune aldostĂ©ronĂ©mie Ă©levĂ©e, sans diminution significative par rapport Ă la valeur initiale, est en faveur dâun HAP ; des rĂ©sultats faussement nĂ©gatifs et Ă©quivoques sont possibles |
Le choix du test de confirmation dĂ©pend des prĂ©fĂ©rences du patient, du coĂ»t, de lâexpertise locale, des procĂ©dures du laboratoire et des modalitĂ©s de remboursement.
Imagerie surrénalienne et diagnostic du sous-type
Tomodensitométrie et imagerie par résonance magnétique
AprĂšs confirmation biologique, une tomodensitomĂ©trie (TDM) surrĂ©nalienne est recommandĂ©e afin dâĂ©valuer les glandes surrĂ©nales et de rechercher une volumineuse masse pouvant Ă©voquer un carcinome surrĂ©nalien. La TDM peut montrer :
Un petit adĂ©nome unilatĂ©ral hypodense producteur dâaldostĂ©rone
Des glandes surrĂ©nales dâaspect normal en cas dâhyperaldostĂ©ronisme idiopathique ou bilatĂ©ral
Une nodularitĂ© ou une augmentation de volume dâune ou des deux glandes en cas dâatteinte bilatĂ©rale
Des signes évocateurs de carcinome, notamment une masse supérieure à 4 cm, une hétérogénéité, une hémorragie intratumorale, des calcifications, des contours irréguliers ou un rehaussement aprÚs injection
La TDM ne permet pas dâĂ©tablir de maniĂšre fiable lâorigine de lâexcĂšs dâaldostĂ©rone. Les microadĂ©nomes mesurant 10 mm ou moins peuvent ne pas ĂȘtre dĂ©tectĂ©s, tandis que les nodules non fonctionnels sont frĂ©quents, en particulier chez les patients ĂągĂ©s. LâIRM nâamĂ©liore pas la dĂ©tection de ces anomalies par rapport Ă la TDM.
Cathétérisme des veines surrénaliennes
Lâimagerie seule pouvant attribuer Ă tort le sous-type fonctionnel, un cathĂ©tĂ©risme des veines surrĂ©naliennes (AVS) est recommandĂ© avant la chirurgie chez la plupart des patients pouvant ĂȘtre opĂ©rĂ©s. LâAVS permet de distinguer une production unilatĂ©rale dâaldostĂ©rone, potentiellement curable par chirurgie, dâune atteinte bilatĂ©rale, qui nĂ©cessite un traitement mĂ©dical.
La procĂ©dure est invasive, techniquement exigeante et dĂ©pendante dâune Ă©quipe multidisciplinaire expĂ©rimentĂ©e. Elle est gĂ©nĂ©ralement rĂ©alisĂ©e le matin, avec administration continue de cosyntropine et mesure simultanĂ©e du cortisol dans des prĂ©lĂšvements veineux surrĂ©naliens et pĂ©riphĂ©riques. La latĂ©ralisation est gĂ©nĂ©ralement dĂ©finie Ă partir du rapport aldostĂ©rone/cortisol corrigĂ© entre les deux veines surrĂ©naliennes ; un rapport entre les deux cĂŽtĂ©s dâau moins 4:1 est couramment utilisĂ©.
Les recommandations permettent de ne pas rĂ©aliser lâAVS chez certains patients jeunes prĂ©sentant un HAP marquĂ© et une lĂ©sion surrĂ©nalienne unilatĂ©rale de plus de 10 mm Ă la TDM. Une source prĂ©cise un Ăąge infĂ©rieur Ă 35 ans, tandis quâune autre dĂ©crit une chirurgie directe chez des patients sĂ©lectionnĂ©s ĂągĂ©s de moins de 40 ans prĂ©sentant un nodule unilatĂ©ral hypodense, typique et unique. Cette stratĂ©gie est donc rĂ©servĂ©e Ă des patients soigneusement sĂ©lectionnĂ©s.
Lâimagerie fonctionnelle avec des traceurs radiomarquĂ©s peut Ă©galement contribuer Ă lâĂ©valuation du sous-type. De nouvelles mĂ©thodes dâimagerie nuclĂ©aire, notamment la TEP-TDM au 11C-mĂ©tomidate et la TEP-TDM au gallium-68-pentixafor, sont Ă©tudiĂ©es comme alternatives non invasives potentielles Ă lâAVS.
Profilage stéroïdien
Le profilage stĂ©roĂŻdien des prĂ©lĂšvements surrĂ©naliens et pĂ©riphĂ©riques peut aider Ă distinguer un adĂ©nome dâune hyperplasie. Le 18-oxocortisol pĂ©riphĂ©rique est plus Ă©levĂ© en cas dâadĂ©nome quâen cas dâhyperplasie bilatĂ©rale, tandis que le cortisol, la corticostĂ©rone et la dĂ©hydroĂ©piandrostĂ©rone sont plus bas.
Hyperaldostéronisme primaire familial et évaluation génétique
Les antĂ©cĂ©dents familiaux doivent ĂȘtre recherchĂ©s chez tous les patients, en sâintĂ©ressant particuliĂšrement Ă lâhypertension Ă dĂ©but prĂ©coce et Ă lâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral prĂ©maturĂ©. Un test gĂ©nĂ©tique germinal est recommandĂ© lorsquâune forme familiale est suspectĂ©e, notamment chez les patients diagnostiquĂ©s Ă un jeune Ăąge ou ayant des antĂ©cĂ©dents familiaux Ă©vocateurs.
Le test gĂ©nĂ©tique est sensible et spĂ©cifique pour lâhyperaldostĂ©ronisme familial de type 1. LâhyperaldostĂ©ronisme familial de type 2 est gĂ©nĂ©tiquement hĂ©tĂ©rogĂšne et le test nâest pas encore disponible selon le document source ; le diagnostic est donc principalement clinique, fondĂ© sur les donnĂ©es biochimiques et lâarbre gĂ©nĂ©alogique familial.
Traitement et prise en charge
La prise en charge est principalement dĂ©terminĂ©e par le caractĂšre unilatĂ©ral ou bilatĂ©ral de lâexcĂšs dâaldostĂ©rone.
Une atteinte unilatĂ©rale peut ĂȘtre traitĂ©e par surrĂ©nalectomie.
Une atteinte bilatérale est traitée médicalement et nécessite un traitement à vie.
Les patients plus ùgés, présentant des comorbidités importantes ou ne souhaitant pas subir de chirurgie peuvent également recevoir un traitement médical malgré une atteinte unilatérale.
Le traitement vise Ă contrĂŽler la pression artĂ©rielle, corriger lâhypokaliĂ©mie et rĂ©duire les consĂ©quences cardiovasculaires de lâexcĂšs dâaldostĂ©rone.
Antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes
Les antagonistes des MR constituent le traitement mĂ©dical de rĂ©fĂ©rence. La spironolactone est la plus largement disponible et est gĂ©nĂ©ralement plus puissante que lâĂ©plĂ©rĂ©none.
La spironolactone est habituellement instaurĂ©e ou maintenue Ă une posologie de 50â100 mg une fois par jour et peut ĂȘtre augmentĂ©e, si nĂ©cessaire, jusquâĂ 300â400 mg une fois par jour.
LâĂ©plĂ©rĂ©none est moins puissante et doit ĂȘtre administrĂ©e deux fois par jour, mais entraĂźne moins de gynĂ©comastie et de dysfonction Ă©rectile chez lâhomme.
Une gynĂ©comastie et des troubles sexuels peuvent apparaĂźtre chez environ 30 % des hommes traitĂ©s. LâĂ©plĂ©rĂ©none constitue une alternative pratique lorsque ces effets indĂ©sirables surviennent.
Une surveillance Ă©troite des Ă©lectrolytes est nĂ©cessaire pendant le traitement par antagoniste des MR. Les patients atteints dâHAP et prĂ©sentant une hypokaliĂ©mie doivent recevoir du chlorure de potassium Ă libĂ©ration prolongĂ©e afin de maintenir la kaliĂ©mie, avec adaptation ultĂ©rieure lorsque le blocage de lâaldostĂ©rone devient efficace.
De nouveaux antagonistes non stĂ©roĂŻdiens des MR, notamment la finĂ©rĂ©none et lâexarĂ©none, ainsi que lâinhibiteur de la synthase de lâaldostĂ©rone baxdrostat, sont Ă©valuĂ©s dans lâHAP. Leur utilisation dans lâHAP reste Ă lâĂ©tude selon le document source.
Surrénalectomie unilatérale
LâexĂ©rĂšse chirurgicale de la glande surrĂ©nale atteinte est gĂ©nĂ©ralement proposĂ©e en cas dâHAP unilatĂ©ral, en particulier lorsque le diagnostic dâune sĂ©crĂ©tion unilatĂ©rale a Ă©tĂ© Ă©tabli par AVS ou par une stratĂ©gie alternative reconnue.
La surrĂ©nalectomie laparoscopique est lâapproche opĂ©ratoire habituelle dĂ©crite dans le document source. Chez les patients prĂ©sentant une maladie unilatĂ©rale dĂ©montrĂ©e par AVS, elle est associĂ©e Ă une durĂ©e dâhospitalisation plus courte, Ă moins de complications et Ă des coĂ»ts infĂ©rieurs Ă ceux de la chirurgie ouverte.
La chirurgie corrige gĂ©nĂ©ralement lâhypokaliĂ©mie et peut amĂ©liorer ou normaliser lâhypertension. Au cours du suivi Ă long terme, la guĂ©rison tensionnelle â dĂ©finie par une pression artĂ©rielle infĂ©rieure Ă 140/90 mm Hg sans traitement antihypertenseur â survient chez environ la moitiĂ© des patients. La guĂ©rison est plus probable chez les patients jeunes, ceux dont lâhypertension Ă©volue depuis moins longtemps, ceux qui Ă©taient auparavant contrĂŽlĂ©s par un ou deux mĂ©dicaments seulement et ceux ayant moins dâapparentĂ©s du premier degrĂ© hypertendus.
AprĂšs la chirurgie, lâaldostĂ©ronĂ©mie et lâactivitĂ© rĂ©nine plasmatique sont gĂ©nĂ©ralement réévaluĂ©es. La supplĂ©mentation potassique et les antagonistes de lâaldostĂ©rone peuvent ensuite ĂȘtre arrĂȘtĂ©s lorsque cela est appropriĂ©. Une perfusion intraveineuse de sĂ©rum salĂ© peut ĂȘtre nĂ©cessaire temporairement, car la rĂ©cupĂ©ration dâune fonction normale de la glande surrĂ©nale restante peut prendre plusieurs semaines.
Atteinte bilatérale et traitement non chirurgical
La chirurgie nâest pas appropriĂ©e en cas dâHAP bilatĂ©ral. Ces patients nĂ©cessitent un traitement Ă vie par antagoniste des MR. La mĂȘme stratĂ©gie mĂ©dicale sâapplique aux patients prĂ©sentant une atteinte unilatĂ©rale qui ne peuvent pas ĂȘtre opĂ©rĂ©s ou qui refusent lâintervention.
Hyperaldostéronisme familial de type 1
LâhyperaldostĂ©ronisme familial de type 1 est la forme familiale sensible aux glucocorticoĂŻdes. La dexamĂ©thasone Ă faible dose supprime lâhormone adrĂ©nocorticotrope et peut normaliser la pression artĂ©rielle et la kaliĂ©mie, gĂ©nĂ©ralement sans effets glucocorticoĂŻdes cliniquement importants. De faibles doses peuvent ĂȘtre utilisĂ©es pendant la grossesse selon le document source.
Si la pression artĂ©rielle reste Ă©levĂ©e malgrĂ© le traitement par glucocorticoĂŻdes, un antagoniste des MR peut ĂȘtre ajoutĂ©. La dexamĂ©thasone ou la prednisone est souvent administrĂ©e au coucher, Ă faible dose afin dâĂ©viter un syndrome de Cushing iatrogĂšne.
Recommandations des sociétés savantes
| Recommandation | Classe | Niveau |
|---|---|---|
| DĂ©pister les patients hypertendus prĂ©sentant des signes, des symptĂŽmes ou des antĂ©cĂ©dents mĂ©dicaux Ă©vocateurs dâune hypertension secondaire | I | B |
| Envisager le dĂ©pistage de tous les adultes prĂ©sentant une hypertension confirmĂ©e, dĂ©finie dans la recommandation citĂ©e par une PA â„140/90 mm Hg, au moyen du dosage de la rĂ©nine et de lâaldostĂ©rone | IIa | B |
Les groupes justifiant un dĂ©pistage selon les recommandations comprennent les patients prĂ©sentant une hypertension sĂ©vĂšre ou rĂ©sistante, une hypokaliĂ©mie, un incidentalome surrĂ©nalien, un syndrome dâapnĂ©es du sommeil, une fibrillation atriale sans cause cardiaque structurelle explicative et une suspicion de maladie familiale.
La séquence diagnostique principale est la suivante :
Doser lâaldostĂ©rone et la rĂ©nine, puis calculer lâARR.
Corriger lâhypokaliĂ©mie et tenir compte de lâapport sodĂ© et des effets mĂ©dicamenteux.
RĂ©aliser un test de suppression confirmatoire lorsquâil est indiquĂ©.
Réaliser une TDM surrénalienne aprÚs confirmation biologique.
Effectuer une AVS chez la plupart des patients pouvant ĂȘtre opĂ©rĂ©s afin dâĂ©tablir le caractĂšre unilatĂ©ral ou bilatĂ©ral de la sĂ©crĂ©tion.
Proposer une surrĂ©nalectomie en cas dâatteinte unilatĂ©rale appropriĂ©e et un traitement Ă vie par antagoniste des MR en cas dâatteinte bilatĂ©rale ou chez les patients non opĂ©rables.
Pronostic et suivi
LâHAP non traitĂ© comporte un risque cardiovasculaire plus Ă©levĂ© que lâhypertension primaire, avec notamment une augmentation de la frĂ©quence de lâhypertrophie cardiaque, de la fibrose myocardique, de la dysfonction diastolique, de lâinsuffisance cardiaque, de lâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral, de lâinfarctus du myocarde et de la fibrillation atriale. La mortalitĂ© cardiovasculaire est Ă©galement plus Ă©levĂ©e.
Le suivi doit évaluer :
Le contrÎle de la pression artérielle
La kaliémie et les autres électrolytes pendant le traitement par antagoniste des MR
Le statut rénine-aldostérone lorsque cela est cliniquement approprié
La rĂ©solution ou la persistance de lâhypokaliĂ©mie
La nĂ©cessitĂ© dâune supplĂ©mentation potassique
Les effets indésirables des antagonistes des MR, en particulier la gynécomastie et les troubles sexuels
Les complications cardiovasculaires, notamment la fibrillation atriale et lâinsuffisance cardiaque
La rĂ©ponse biologique postopĂ©ratoire et la nĂ©cessitĂ© persistante dâun traitement antihypertenseur
AprĂšs une surrĂ©nalectomie rĂ©ussie, une réévaluation biologique est rĂ©alisĂ©e peu aprĂšs lâintervention, avec arrĂȘt de la supplĂ©mentation potassique et du traitement par antagoniste des MR lorsque cela est sans danger. La pression artĂ©rielle peut sâamĂ©liorer progressivement, et la glande surrĂ©nale restante peut nĂ©cessiter plusieurs semaines pour retrouver une fonction normale.
En cas dâatteinte bilatĂ©rale, le traitement est Ă vie et nĂ©cessite une surveillance continue des Ă©lectrolytes et de la pression artĂ©rielle. Le document source ne prĂ©cise pas dâintervalle standardisĂ© de suivi ni de protocole dĂ©taillĂ© de surveillance cardiovasculaire Ă long terme.