đŸš« HyperaldostĂ©ronisme primaire : dĂ©pistage et prise en charge

Sommaire (21)

Définition et physiopathologie

L’hyperaldostĂ©ronisme primaire (HAP), Ă©galement appelĂ© hyperaldostĂ©ronisme primaire ou syndrome de Conn, regroupe des affections caractĂ©risĂ©es par une sĂ©crĂ©tion d’aldostĂ©rone inappropriĂ©ment Ă©levĂ©e, relativement autonome vis-Ă -vis de l’angiotensine II et de la kaliĂ©mie, et rĂ©sistante Ă  la suppression par une charge sodĂ©e. Il s’agit de la forme la plus frĂ©quente d’hypertension secondaire.

L’aldostĂ©rone agit principalement par l’intermĂ©diaire du rĂ©cepteur minĂ©ralocorticoĂŻde (MR). AprĂšs avoir pĂ©nĂ©trĂ© dans les cellules cibles, elle se lie au MR, qui est transloquĂ© vers le noyau et induit l’expression de gĂšnes sensibles Ă  l’aldostĂ©rone. Bien que le rein soit une cible majeure — l’activation du MR y favorisant le transport du sodium — les MR sont Ă©galement prĂ©sents dans les myocytes cardiaques, les cellules musculaires lisses vasculaires, les cellules endothĂ©liales, les macrophages, les neurones et d’autres tissus. Cette distribution contribue Ă  expliquer pourquoi l’HAP provoque des lĂ©sions cardiovasculaires dĂ©passant ses effets sur la pression artĂ©rielle et l’équilibre potassique.

Les principaux sous-types sporadiques sont les suivants :

  • AdĂ©nome surrĂ©nalien producteur d’aldostĂ©rone

  • Hyperplasie surrĂ©nalienne bilatĂ©rale

  • Hyperplasie surrĂ©nalienne primitive ou unilatĂ©rale

  • Rare carcinome surrĂ©nalien producteur d’aldostĂ©rone

  • Plus rarement, production ectopique d’aldostĂ©rone

Les formes familiales comprennent l’hyperaldostĂ©ronisme familial de type 1, anciennement appelĂ© hyperaldostĂ©ronisme sensible aux glucocorticoĂŻdes, ainsi que d’autres formes familiales associĂ©es Ă  un adĂ©nome surrĂ©nalien ou Ă  une hyperplasie surrĂ©nalienne bilatĂ©rale. Les antĂ©cĂ©dents familiaux sont donc importants, en particulier chez les patients prĂ©sentant une hypertension Ă  dĂ©but prĂ©coce ou une maladie cĂ©rĂ©brovasculaire prĂ©maturĂ©e.

L’HAP est associĂ© Ă  une hypertrophie cardiaque, une fibrose myocardique, une dysfonction diastolique et une insuffisance cardiaque. Par rapport aux patients prĂ©sentant une hypertension primaire appariĂ©s selon l’ñge, le sexe et la pression artĂ©rielle, les patients atteints prĂ©sentent plus frĂ©quemment un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral, un infarctus du myocarde non fatal et une fibrillation atriale, ainsi qu’une mortalitĂ© cardiovasculaire plus Ă©levĂ©e. Le syndrome mĂ©tabolique et le diabĂšte sont Ă©galement plus frĂ©quents.

ÉpidĂ©miologie et importance clinique

La prĂ©valence rapportĂ©e dĂ©pend de la population Ă©tudiĂ©e et de l’intensitĂ© du dĂ©pistage. L’HAP concerne environ 10 % des patients hypertendus et environ 20 % des patients prĂ©sentant une hypertension rĂ©sistante. Il est Ă©galement plus frĂ©quent lorsque la sĂ©vĂ©ritĂ© de l’hypertension augmente.

L’hypokaliĂ©mie est trĂšs Ă©vocatrice lorsqu’elle est prĂ©sente, en particulier si elle est spontanĂ©e ou induite par les diurĂ©tiques, mais elle est absente chez la plupart des patients diagnostiquĂ©s. Se fonder uniquement sur l’hypokaliĂ©mie conduit donc Ă  mĂ©connaĂźtre une proportion importante des cas.

Les consĂ©quences cardiorĂ©nales et cĂ©rĂ©brovasculaires d’un HAP non diagnostiquĂ© rendent le dĂ©pistage prĂ©coce cliniquement important. Les recommandations europĂ©ennes actuelles prĂ©conisent de dĂ©pister les adultes prĂ©sentant une hypertension confirmĂ©e en mesurant la rĂ©nine et l’aldostĂ©rone, bien que les indications les plus fortes concernent les patients prĂ©sentant une hypertension rĂ©sistante ou sĂ©vĂšre et des manifestations cliniques associĂ©es.

Présentation clinique et symptÎmes

La manifestation clinique habituelle est une hypertension, souvent sĂ©vĂšre ou rĂ©sistante au traitement. Chez certains patients, la pression artĂ©rielle n’est contrĂŽlĂ©e que sous quatre antihypertenseurs ou davantage.

Les situations cliniques pouvant évoquer un HAP comprennent :

  • Hypertension de grade 2 ou 3

  • Hypertension rĂ©sistante

  • Pression artĂ©rielle persistante supĂ©rieure Ă  150/100 mm Hg lors de mesures rĂ©pĂ©tĂ©es

  • Hypertension nĂ©cessitant au moins quatre antihypertenseurs malgrĂ© son contrĂŽle

  • Hypertension associĂ©e Ă  une hypokaliĂ©mie spontanĂ©e ou induite par les diurĂ©tiques

  • Hypertension associĂ©e Ă  une incidentalome surrĂ©nalien

  • Hypertension associĂ©e Ă  un syndrome d’apnĂ©es du sommeil

  • Hypertension avec fibrillation atriale en l’absence d’explication cardiaque structurelle sous-jacente

  • Hypertension Ă  dĂ©but prĂ©coce ou accident vasculaire cĂ©rĂ©bral Ă  un jeune Ăąge chez le patient ou dans sa famille

  • ApparentĂ©s du premier degrĂ© hypertendus de patients atteints d’HAP

Les patients prĂ©sentant une hypokaliĂ©mie peuvent dĂ©velopper une faiblesse, des crampes musculaires ou, dans les cas sĂ©vĂšres, une paralysie pĂ©riodique. NĂ©anmoins, de nombreux patients sont normokaliĂ©miques et ne prĂ©sentent aucun symptĂŽme caractĂ©ristique imputable Ă  l’excĂšs d’aldostĂ©rone.

Les complications cardiovasculaires peuvent dominer la prĂ©sentation clinique ou ĂȘtre mises en Ă©vidence au cours de l’évaluation. Elles comprennent l’hypertrophie cardiaque, la fibrose myocardique, la dysfonction diastolique, l’insuffisance cardiaque, la fibrillation atriale, l’accident vasculaire cĂ©rĂ©bral et l’infarctus du myocarde.

Évaluation et examen clinique

L’évaluation commence par la confirmation et la caractĂ©risation de l’hypertension, notamment par l’apprĂ©ciation du nombre de traitements et de l’efficacitĂ© du contrĂŽle tensionnel. L’interrogatoire mĂ©dicamenteux est essentiel, car de nombreux antihypertenseurs influencent la rĂ©nine, l’aldostĂ©rone ou le rapport aldostĂ©rone/rĂ©nine (ARR).

L’anamnĂšse doit rechercher spĂ©cifiquement :

  • AntĂ©cĂ©dent d’hypokaliĂ©mie spontanĂ©e ou induite par les diurĂ©tiques

  • Hypertension rĂ©sistante ou sĂ©vĂšre

  • Incidentalome surrĂ©nalien

  • Troubles respiratoires liĂ©s au sommeil ou syndrome d’apnĂ©es du sommeil

  • Fibrillation atriale

  • Hypertension Ă  dĂ©but prĂ©coce ou accident vasculaire cĂ©rĂ©bral chez des apparentĂ©s

  • HAP connu chez des apparentĂ©s du premier degrĂ©

  • Âge au dĂ©but de l’hypertension

  • Prise de mĂ©dicaments influençant l’interprĂ©tation de l’ARR

L’examen clinique doit documenter la pression artĂ©rielle et rechercher les consĂ©quences et les affections associĂ©es Ă  l’hypertension. Le document source ne dĂ©crit pas de phĂ©notype clinique spĂ©cifique ni d’ensemble dĂ©fini de signes physiques propres Ă  l’HAP.

Dépistage par le rapport aldostérone/rénine

Principes

Le test de dĂ©pistage recommandĂ© est l’ARR, calculĂ© Ă  partir de l’aldostĂ©ronĂ©mie et soit de l’activitĂ© rĂ©nine plasmatique, soit de la concentration plasmatique directe de rĂ©nine. Les deux composantes doivent ĂȘtre examinĂ©es sĂ©parĂ©ment, car le rapport peut ĂȘtre trompeur lorsque la rĂ©nine est trĂšs supprimĂ©e ou modifiĂ©e par un traitement.

Le dĂ©pistage est plus fiable lorsque les patients sont normokaliĂ©miques et ont une consommation de sel non restreinte. L’hypokaliĂ©mie doit ĂȘtre corrigĂ©e avant le dosage, car elle peut rĂ©duire la sĂ©crĂ©tion d’aldostĂ©rone et masquer le diagnostic.

Les seuils d’ARR varient selon les unitĂ©s utilisĂ©es et la mĂ©thode du laboratoire local. Un ARR supĂ©rieur Ă  20 est couramment utilisĂ© comme seuil de positivitĂ© dans certains contextes, tandis qu’un seuil de 30 est Ă©galement frĂ©quemment utilisĂ© lorsque l’aldostĂ©rone est exprimĂ©e en nanogrammes par dĂ©cilitre et l’activitĂ© rĂ©nine plasmatique en nanogrammes par millilitre par heure. Ces valeurs ne peuvent pas ĂȘtre transposĂ©es d’un laboratoire Ă  l’autre sans tenir compte des unitĂ©s de mesure et des caractĂ©ristiques de la mĂ©thode analytique.

Effets médicamenteux

L’ARR est influencĂ© par le traitement antihypertenseur, l’apport sodĂ©, la posture, l’heure du prĂ©lĂšvement et les conditions de conservation de l’échantillon. Les mĂ©dicaments interfĂ©rents importants comprennent :

  • BĂȘtabloquants

  • MĂ©dicaments Ă  action centrale tels que la clonidine et la mĂ©thyldopa

  • Bloqueurs du systĂšme rĂ©nine–angiotensine

  • DiurĂ©tiques

  • Antagonistes des rĂ©cepteurs minĂ©ralocorticoĂŻdes

  • Anti-inflammatoires non stĂ©roĂŻdiens

  • Inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine

  • Antagonistes des rĂ©cepteurs de l’angiotensine

  • Inhibiteurs calciques dihydropyridiniques

Deux stratégies pratiques sont acceptables lorsque le patient reçoit déjà un traitement antihypertenseur.

La premiĂšre consiste Ă  rĂ©aliser le dosage de l’ARR sans modifier le traitement habituel et Ă  interprĂ©ter le rĂ©sultat en fonction des mĂ©dicaments pris. Cette stratĂ©gie Ă©vite une dĂ©tĂ©rioration du contrĂŽle tensionnel et rĂ©duit les obstacles au dĂ©pistage, mais l’interprĂ©tation peut nĂ©cessiter l’avis d’un spĂ©cialiste.

La seconde consiste Ă  interrompre les mĂ©dicaments interfĂ©rents avant le dosage lorsque cela est cliniquement possible. Une source recommande d’arrĂȘter les antagonistes des MR pendant au moins quatre semaines, en particulier chez les patients prĂ©sentant une hypertension lĂ©gĂšre, et d’interrompre les autres mĂ©dicaments interfĂ©rents pendant environ deux semaines. Un autre tableau de recommandations prĂ©cise une interruption des antagonistes de l’aldostĂ©rone pendant quatre Ă  six semaines. Ces dĂ©lais doivent donc ĂȘtre interprĂ©tĂ©s conformĂ©ment aux recommandations applicables et aux pratiques locales.

Les inhibiteurs calciques Ă  longue durĂ©e d’action et les antagonistes des rĂ©cepteurs alpha ont peu d’effet sur l’ARR et peuvent ĂȘtre utilisĂ©s comme traitements de remplacement. Les agents sympatholytiques Ă  action centrale peuvent ĂȘtre utilisĂ©s si nĂ©cessaire, bien qu’ils puissent lĂ©gĂšrement augmenter les rĂ©sultats faussement positifs par suppression de la rĂ©nine.

Les antagonistes des MR ne doivent pas ĂȘtre interrompus lorsque cela serait dangereux, notamment en cas d’hypokaliĂ©mie sĂ©vĂšre ou d’hypertension sĂ©vĂšre associĂ©e Ă  un hyperaldostĂ©ronisme marquĂ©. Les donnĂ©es disponibles indiquent que la prĂ©cision de l’ARR n’est que marginalement altĂ©rĂ©e dans cette situation, en particulier lorsque l’HAP est manifeste.

L’apport sodĂ© doit ĂȘtre Ă©valuĂ©, de prĂ©fĂ©rence par la mesure de la natriurĂšse des 24 heures ou du rapport sodium/crĂ©atinine urinaire matinal. Chez les femmes, la phase du cycle menstruel peut Ă©galement influencer l’interprĂ©tation.

Interprétation en cas de rénine supprimée

Lorsque la rĂ©nine est infĂ©rieure Ă  la limite de mesure de la mĂ©thode analytique, l’ARR peut ne pas ĂȘtre calculable. La concentration sĂ©rique d’aldostĂ©rone devient alors particuliĂšrement importante :

  • Une aldostĂ©ronĂ©mie infĂ©rieure Ă  10 ng/dL rend un HAP manifeste peu probable.

  • Une aldostĂ©ronĂ©mie comprise entre 10 et 20 ng/dL justifie gĂ©nĂ©ralement un test de confirmation complĂ©mentaire.

  • Une rĂ©nine supprimĂ©e, une aldostĂ©ronĂ©mie supĂ©rieure Ă  20 ng/dL et une hypokaliĂ©mie peuvent suffire Ă  Ă©tablir le diagnostic dans le contexte clinique appropriĂ©.

Certaines recommandations autorisent l’omission du test de confirmation chez les patients prĂ©sentant une hypokaliĂ©mie, une rĂ©nine indĂ©tectable et une aldostĂ©ronĂ©mie supĂ©rieure Ă  20 ng/dL.

Tests de confirmation

La plupart des patients ayant un ARR positif rĂ©alisent un test de suppression afin de confirmer ou d’exclure une sĂ©crĂ©tion autonome d’aldostĂ©rone. Les tests disponibles comprennent la charge sodĂ©e intraveineuse, la charge sodĂ©e orale, le test de suppression Ă  la fludrocortisone et le test au captopril.

Les tests de confirmation doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s avec prudence chez les patients prĂ©sentant une hypokaliĂ©mie, une insuffisance cardiaque, une maladie rĂ©nale chronique ou une hypertension non contrĂŽlĂ©e. La perfusion intraveineuse de sĂ©rum salĂ© est souvent inappropriĂ©e en cas d’insuffisance cardiaque, de maladie rĂ©nale chronique ou d’hypertension non contrĂŽlĂ©e ; un test au captopril peut ĂȘtre utilisĂ© Ă  la place lorsque la charge sodĂ©e est jugĂ©e Ă  risque.

Test Méthode principale Interprétation indiquée par la source
Charge sodĂ©e intraveineuse Environ 2 L de sĂ©rum salĂ© perfusĂ©s en 4 heures Une concentration plasmatique d’aldostĂ©rone post-perfusion supĂ©rieure Ă  10 ng/mL est confirmatrice ; une valeur de 5–10 ng/mL est indĂ©terminĂ©e et doit conduire Ă  rĂ©pĂ©ter le test
Charge sodĂ©e orale Apport sodĂ© libĂ©ralisĂ© pendant 3–5 jours, avec mesure de la natriurĂšse des 24 heures et de l’aldostĂ©ronurie Une excrĂ©tion urinaire d’aldostĂ©rone supĂ©rieure Ă  12–14 mg/jour est considĂ©rĂ©e comme positive
Test de suppression Ă  la fludrocortisone Fludrocortisone 0,1 mg toutes les 6 heures pendant 4 jours, puis mesure de l’aldostĂ©ronĂ©mie en position debout Une concentration supĂ©rieure Ă  6 ng/dL, associĂ©e Ă  une faible activitĂ© rĂ©nine plasmatique et Ă  un faible cortisol sĂ©rique, est en faveur d’un HAP
Test au captopril AldostĂ©ronĂ©mie mesurĂ©e Ă  l’état basal, puis 1 et 2 heures aprĂšs l’administration orale de captopril 25–50 mg La persistance d’une aldostĂ©ronĂ©mie Ă©levĂ©e, sans diminution significative par rapport Ă  la valeur initiale, est en faveur d’un HAP ; des rĂ©sultats faussement nĂ©gatifs et Ă©quivoques sont possibles

Le choix du test de confirmation dĂ©pend des prĂ©fĂ©rences du patient, du coĂ»t, de l’expertise locale, des procĂ©dures du laboratoire et des modalitĂ©s de remboursement.

Imagerie surrénalienne et diagnostic du sous-type

Tomodensitométrie et imagerie par résonance magnétique

AprĂšs confirmation biologique, une tomodensitomĂ©trie (TDM) surrĂ©nalienne est recommandĂ©e afin d’évaluer les glandes surrĂ©nales et de rechercher une volumineuse masse pouvant Ă©voquer un carcinome surrĂ©nalien. La TDM peut montrer :

  • Un petit adĂ©nome unilatĂ©ral hypodense producteur d’aldostĂ©rone

  • Des glandes surrĂ©nales d’aspect normal en cas d’hyperaldostĂ©ronisme idiopathique ou bilatĂ©ral

  • Une nodularitĂ© ou une augmentation de volume d’une ou des deux glandes en cas d’atteinte bilatĂ©rale

  • Des signes Ă©vocateurs de carcinome, notamment une masse supĂ©rieure Ă  4 cm, une hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©, une hĂ©morragie intratumorale, des calcifications, des contours irrĂ©guliers ou un rehaussement aprĂšs injection

La TDM ne permet pas d’établir de maniĂšre fiable l’origine de l’excĂšs d’aldostĂ©rone. Les microadĂ©nomes mesurant 10 mm ou moins peuvent ne pas ĂȘtre dĂ©tectĂ©s, tandis que les nodules non fonctionnels sont frĂ©quents, en particulier chez les patients ĂągĂ©s. L’IRM n’amĂ©liore pas la dĂ©tection de ces anomalies par rapport Ă  la TDM.

Cathétérisme des veines surrénaliennes

L’imagerie seule pouvant attribuer Ă  tort le sous-type fonctionnel, un cathĂ©tĂ©risme des veines surrĂ©naliennes (AVS) est recommandĂ© avant la chirurgie chez la plupart des patients pouvant ĂȘtre opĂ©rĂ©s. L’AVS permet de distinguer une production unilatĂ©rale d’aldostĂ©rone, potentiellement curable par chirurgie, d’une atteinte bilatĂ©rale, qui nĂ©cessite un traitement mĂ©dical.

La procĂ©dure est invasive, techniquement exigeante et dĂ©pendante d’une Ă©quipe multidisciplinaire expĂ©rimentĂ©e. Elle est gĂ©nĂ©ralement rĂ©alisĂ©e le matin, avec administration continue de cosyntropine et mesure simultanĂ©e du cortisol dans des prĂ©lĂšvements veineux surrĂ©naliens et pĂ©riphĂ©riques. La latĂ©ralisation est gĂ©nĂ©ralement dĂ©finie Ă  partir du rapport aldostĂ©rone/cortisol corrigĂ© entre les deux veines surrĂ©naliennes ; un rapport entre les deux cĂŽtĂ©s d’au moins 4:1 est couramment utilisĂ©.

Les recommandations permettent de ne pas rĂ©aliser l’AVS chez certains patients jeunes prĂ©sentant un HAP marquĂ© et une lĂ©sion surrĂ©nalienne unilatĂ©rale de plus de 10 mm Ă  la TDM. Une source prĂ©cise un Ăąge infĂ©rieur Ă  35 ans, tandis qu’une autre dĂ©crit une chirurgie directe chez des patients sĂ©lectionnĂ©s ĂągĂ©s de moins de 40 ans prĂ©sentant un nodule unilatĂ©ral hypodense, typique et unique. Cette stratĂ©gie est donc rĂ©servĂ©e Ă  des patients soigneusement sĂ©lectionnĂ©s.

L’imagerie fonctionnelle avec des traceurs radiomarquĂ©s peut Ă©galement contribuer Ă  l’évaluation du sous-type. De nouvelles mĂ©thodes d’imagerie nuclĂ©aire, notamment la TEP-TDM au 11C-mĂ©tomidate et la TEP-TDM au gallium-68-pentixafor, sont Ă©tudiĂ©es comme alternatives non invasives potentielles Ă  l’AVS.

Profilage stéroïdien

Le profilage stĂ©roĂŻdien des prĂ©lĂšvements surrĂ©naliens et pĂ©riphĂ©riques peut aider Ă  distinguer un adĂ©nome d’une hyperplasie. Le 18-oxocortisol pĂ©riphĂ©rique est plus Ă©levĂ© en cas d’adĂ©nome qu’en cas d’hyperplasie bilatĂ©rale, tandis que le cortisol, la corticostĂ©rone et la dĂ©hydroĂ©piandrostĂ©rone sont plus bas.

Hyperaldostéronisme primaire familial et évaluation génétique

Les antĂ©cĂ©dents familiaux doivent ĂȘtre recherchĂ©s chez tous les patients, en s’intĂ©ressant particuliĂšrement Ă  l’hypertension Ă  dĂ©but prĂ©coce et Ă  l’accident vasculaire cĂ©rĂ©bral prĂ©maturĂ©. Un test gĂ©nĂ©tique germinal est recommandĂ© lorsqu’une forme familiale est suspectĂ©e, notamment chez les patients diagnostiquĂ©s Ă  un jeune Ăąge ou ayant des antĂ©cĂ©dents familiaux Ă©vocateurs.

Le test gĂ©nĂ©tique est sensible et spĂ©cifique pour l’hyperaldostĂ©ronisme familial de type 1. L’hyperaldostĂ©ronisme familial de type 2 est gĂ©nĂ©tiquement hĂ©tĂ©rogĂšne et le test n’est pas encore disponible selon le document source ; le diagnostic est donc principalement clinique, fondĂ© sur les donnĂ©es biochimiques et l’arbre gĂ©nĂ©alogique familial.

Traitement et prise en charge

La prise en charge est principalement dĂ©terminĂ©e par le caractĂšre unilatĂ©ral ou bilatĂ©ral de l’excĂšs d’aldostĂ©rone.

  • Une atteinte unilatĂ©rale peut ĂȘtre traitĂ©e par surrĂ©nalectomie.

  • Une atteinte bilatĂ©rale est traitĂ©e mĂ©dicalement et nĂ©cessite un traitement Ă  vie.

  • Les patients plus ĂągĂ©s, prĂ©sentant des comorbiditĂ©s importantes ou ne souhaitant pas subir de chirurgie peuvent Ă©galement recevoir un traitement mĂ©dical malgrĂ© une atteinte unilatĂ©rale.

Le traitement vise Ă  contrĂŽler la pression artĂ©rielle, corriger l’hypokaliĂ©mie et rĂ©duire les consĂ©quences cardiovasculaires de l’excĂšs d’aldostĂ©rone.

Antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes

Les antagonistes des MR constituent le traitement mĂ©dical de rĂ©fĂ©rence. La spironolactone est la plus largement disponible et est gĂ©nĂ©ralement plus puissante que l’éplĂ©rĂ©none.

  • La spironolactone est habituellement instaurĂ©e ou maintenue Ă  une posologie de 50–100 mg une fois par jour et peut ĂȘtre augmentĂ©e, si nĂ©cessaire, jusqu’à 300–400 mg une fois par jour.

  • L’éplĂ©rĂ©none est moins puissante et doit ĂȘtre administrĂ©e deux fois par jour, mais entraĂźne moins de gynĂ©comastie et de dysfonction Ă©rectile chez l’homme.

Une gynĂ©comastie et des troubles sexuels peuvent apparaĂźtre chez environ 30 % des hommes traitĂ©s. L’éplĂ©rĂ©none constitue une alternative pratique lorsque ces effets indĂ©sirables surviennent.

Une surveillance Ă©troite des Ă©lectrolytes est nĂ©cessaire pendant le traitement par antagoniste des MR. Les patients atteints d’HAP et prĂ©sentant une hypokaliĂ©mie doivent recevoir du chlorure de potassium Ă  libĂ©ration prolongĂ©e afin de maintenir la kaliĂ©mie, avec adaptation ultĂ©rieure lorsque le blocage de l’aldostĂ©rone devient efficace.

De nouveaux antagonistes non stĂ©roĂŻdiens des MR, notamment la finĂ©rĂ©none et l’exarĂ©none, ainsi que l’inhibiteur de la synthase de l’aldostĂ©rone baxdrostat, sont Ă©valuĂ©s dans l’HAP. Leur utilisation dans l’HAP reste Ă  l’étude selon le document source.

Surrénalectomie unilatérale

L’exĂ©rĂšse chirurgicale de la glande surrĂ©nale atteinte est gĂ©nĂ©ralement proposĂ©e en cas d’HAP unilatĂ©ral, en particulier lorsque le diagnostic d’une sĂ©crĂ©tion unilatĂ©rale a Ă©tĂ© Ă©tabli par AVS ou par une stratĂ©gie alternative reconnue.

La surrĂ©nalectomie laparoscopique est l’approche opĂ©ratoire habituelle dĂ©crite dans le document source. Chez les patients prĂ©sentant une maladie unilatĂ©rale dĂ©montrĂ©e par AVS, elle est associĂ©e Ă  une durĂ©e d’hospitalisation plus courte, Ă  moins de complications et Ă  des coĂ»ts infĂ©rieurs Ă  ceux de la chirurgie ouverte.

La chirurgie corrige gĂ©nĂ©ralement l’hypokaliĂ©mie et peut amĂ©liorer ou normaliser l’hypertension. Au cours du suivi Ă  long terme, la guĂ©rison tensionnelle — dĂ©finie par une pression artĂ©rielle infĂ©rieure Ă  140/90 mm Hg sans traitement antihypertenseur — survient chez environ la moitiĂ© des patients. La guĂ©rison est plus probable chez les patients jeunes, ceux dont l’hypertension Ă©volue depuis moins longtemps, ceux qui Ă©taient auparavant contrĂŽlĂ©s par un ou deux mĂ©dicaments seulement et ceux ayant moins d’apparentĂ©s du premier degrĂ© hypertendus.

AprĂšs la chirurgie, l’aldostĂ©ronĂ©mie et l’activitĂ© rĂ©nine plasmatique sont gĂ©nĂ©ralement réévaluĂ©es. La supplĂ©mentation potassique et les antagonistes de l’aldostĂ©rone peuvent ensuite ĂȘtre arrĂȘtĂ©s lorsque cela est appropriĂ©. Une perfusion intraveineuse de sĂ©rum salĂ© peut ĂȘtre nĂ©cessaire temporairement, car la rĂ©cupĂ©ration d’une fonction normale de la glande surrĂ©nale restante peut prendre plusieurs semaines.

Atteinte bilatérale et traitement non chirurgical

La chirurgie n’est pas appropriĂ©e en cas d’HAP bilatĂ©ral. Ces patients nĂ©cessitent un traitement Ă  vie par antagoniste des MR. La mĂȘme stratĂ©gie mĂ©dicale s’applique aux patients prĂ©sentant une atteinte unilatĂ©rale qui ne peuvent pas ĂȘtre opĂ©rĂ©s ou qui refusent l’intervention.

Hyperaldostéronisme familial de type 1

L’hyperaldostĂ©ronisme familial de type 1 est la forme familiale sensible aux glucocorticoĂŻdes. La dexamĂ©thasone Ă  faible dose supprime l’hormone adrĂ©nocorticotrope et peut normaliser la pression artĂ©rielle et la kaliĂ©mie, gĂ©nĂ©ralement sans effets glucocorticoĂŻdes cliniquement importants. De faibles doses peuvent ĂȘtre utilisĂ©es pendant la grossesse selon le document source.

Si la pression artĂ©rielle reste Ă©levĂ©e malgrĂ© le traitement par glucocorticoĂŻdes, un antagoniste des MR peut ĂȘtre ajoutĂ©. La dexamĂ©thasone ou la prednisone est souvent administrĂ©e au coucher, Ă  faible dose afin d’éviter un syndrome de Cushing iatrogĂšne.

Recommandations des sociétés savantes

Recommandation Classe Niveau
DĂ©pister les patients hypertendus prĂ©sentant des signes, des symptĂŽmes ou des antĂ©cĂ©dents mĂ©dicaux Ă©vocateurs d’une hypertension secondaire I B
Envisager le dĂ©pistage de tous les adultes prĂ©sentant une hypertension confirmĂ©e, dĂ©finie dans la recommandation citĂ©e par une PA ≄140/90 mm Hg, au moyen du dosage de la rĂ©nine et de l’aldostĂ©rone IIa B

Les groupes justifiant un dĂ©pistage selon les recommandations comprennent les patients prĂ©sentant une hypertension sĂ©vĂšre ou rĂ©sistante, une hypokaliĂ©mie, un incidentalome surrĂ©nalien, un syndrome d’apnĂ©es du sommeil, une fibrillation atriale sans cause cardiaque structurelle explicative et une suspicion de maladie familiale.

La séquence diagnostique principale est la suivante :

  • Doser l’aldostĂ©rone et la rĂ©nine, puis calculer l’ARR.

  • Corriger l’hypokaliĂ©mie et tenir compte de l’apport sodĂ© et des effets mĂ©dicamenteux.

  • RĂ©aliser un test de suppression confirmatoire lorsqu’il est indiquĂ©.

  • RĂ©aliser une TDM surrĂ©nalienne aprĂšs confirmation biologique.

  • Effectuer une AVS chez la plupart des patients pouvant ĂȘtre opĂ©rĂ©s afin d’établir le caractĂšre unilatĂ©ral ou bilatĂ©ral de la sĂ©crĂ©tion.

  • Proposer une surrĂ©nalectomie en cas d’atteinte unilatĂ©rale appropriĂ©e et un traitement Ă  vie par antagoniste des MR en cas d’atteinte bilatĂ©rale ou chez les patients non opĂ©rables.

Pronostic et suivi

L’HAP non traitĂ© comporte un risque cardiovasculaire plus Ă©levĂ© que l’hypertension primaire, avec notamment une augmentation de la frĂ©quence de l’hypertrophie cardiaque, de la fibrose myocardique, de la dysfonction diastolique, de l’insuffisance cardiaque, de l’accident vasculaire cĂ©rĂ©bral, de l’infarctus du myocarde et de la fibrillation atriale. La mortalitĂ© cardiovasculaire est Ă©galement plus Ă©levĂ©e.

Le suivi doit évaluer :

  • Le contrĂŽle de la pression artĂ©rielle

  • La kaliĂ©mie et les autres Ă©lectrolytes pendant le traitement par antagoniste des MR

  • Le statut rĂ©nine-aldostĂ©rone lorsque cela est cliniquement appropriĂ©

  • La rĂ©solution ou la persistance de l’hypokaliĂ©mie

  • La nĂ©cessitĂ© d’une supplĂ©mentation potassique

  • Les effets indĂ©sirables des antagonistes des MR, en particulier la gynĂ©comastie et les troubles sexuels

  • Les complications cardiovasculaires, notamment la fibrillation atriale et l’insuffisance cardiaque

  • La rĂ©ponse biologique postopĂ©ratoire et la nĂ©cessitĂ© persistante d’un traitement antihypertenseur

AprĂšs une surrĂ©nalectomie rĂ©ussie, une réévaluation biologique est rĂ©alisĂ©e peu aprĂšs l’intervention, avec arrĂȘt de la supplĂ©mentation potassique et du traitement par antagoniste des MR lorsque cela est sans danger. La pression artĂ©rielle peut s’amĂ©liorer progressivement, et la glande surrĂ©nale restante peut nĂ©cessiter plusieurs semaines pour retrouver une fonction normale.

En cas d’atteinte bilatĂ©rale, le traitement est Ă  vie et nĂ©cessite une surveillance continue des Ă©lectrolytes et de la pression artĂ©rielle. Le document source ne prĂ©cise pas d’intervalle standardisĂ© de suivi ni de protocole dĂ©taillĂ© de surveillance cardiovasculaire Ă  long terme.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 6 août 2026