Définition et physiopathologie
La bithĂ©rapie antiplaquettaire (DAPT) consiste Ă associer lâaspirine Ă un inhibiteur oral du rĂ©cepteur P2Y12. Elle joue un rĂŽle central dans la prĂ©vention de la thrombose coronaire mĂ©diĂ©e par les plaquettes aprĂšs un syndrome coronarien aigu (SCA) et une intervention coronaire percutanĂ©e (ICP).
Lâaspirine inhibe irrĂ©versiblement la cyclo-oxygĂ©nase et supprime ainsi la synthĂšse du thromboxane A2, rĂ©duisant lâactivation et lâagrĂ©gation plaquettaires. Son effet antiplaquettaire dĂ©bute en environ 30â60 minutes et persiste jusquâĂ 7 jours aprĂšs lâarrĂȘt, car lâinhibition plaquettaire est irrĂ©versible. Lâaspirine nâagit que sur une seule voie dâactivation plaquettaire ; lâinhibition de P2Y12 procure donc une inhibition plaquettaire complĂ©mentaire.
Le rationnel clinique de la DAPT est particuliĂšrement solide aprĂšs un SCA et lâimplantation dâun stent coronaire. Le SCA est associĂ© Ă un risque Ă©levĂ© dâathĂ©rothrombose mĂ©diĂ©e par les plaquettes, tandis que lâinterruption du traitement antiplaquettaire aprĂšs une implantation rĂ©cente de stent est associĂ©e Ă une augmentation du risque dâĂ©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs (MACE) et de thrombose de stent. Lâinterruption prĂ©maturĂ©e de la DAPT est dĂ©crite comme le facteur prĂ©dictif le plus puissant de thrombose de stent dans ce contexte.
La durĂ©e du traitement nĂ©cessite une Ă©valuation individualisĂ©e de lâĂ©quilibre entre :
Le risque ischĂ©mique, notamment la rĂ©cidive dâinfarctus du myocarde et la thrombose de stent.
Le risque hĂ©morragique, en particulier dâhĂ©morragie majeure ou mettant en jeu le pronostic vital.
La prĂ©sentation clinique, quâil sâagisse dâun SCA ou dâun syndrome coronarien chronique (SCC).
La rĂ©alisation ou non dâune ICP et ses modalitĂ©s.
La nĂ©cessitĂ© dâune chirurgie non cardiaque.
La prĂ©sence dâune indication dâanticoagulation orale (OAC).
Contexte clinique et objectifs thérapeutiques
La DAPT est utilisée dans deux contextes principaux :
AprÚs un SCA, pris en charge médicalement ou par revascularisation.
AprĂšs une ICP Ă©lective pour SCC, notamment aprĂšs implantation dâun stent.
Dans les deux situations, la DAPT est gĂ©nĂ©ralement une stratĂ©gie temporaire. Ă un moment appropriĂ©, elle est habituellement remplacĂ©e par une monothĂ©rapie antiplaquettaire (SAPT), le plus souvent par lâaspirine. Chez certains patients sĂ©lectionnĂ©s, une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 peut ĂȘtre utilisĂ©e comme stratĂ©gie de dĂ©sescalade aprĂšs une pĂ©riode de DAPT.
Lâobjectif thĂ©rapeutique est de rĂ©duire les Ă©vĂ©nements thrombotiques coronaires sans exposer le patient Ă un risque hĂ©morragique disproportionnĂ©. La rĂ©duction de la durĂ©e du traitement peut diminuer les hĂ©morragies, mais augmenter les infarctus du myocarde ou les thromboses de stent dans certaines populations de patients ayant un SCA ; la prolongation du traitement peut rĂ©duire les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques, mais augmente les hĂ©morragies.
Durée standard de la DAPT aprÚs un SCA
Stratégie par défaut
Le traitement standard aprĂšs un SCA consiste en une DAPT pendant 12 mois, quel que soit le type de stent. Le schĂ©ma privilĂ©giĂ© associe lâaspirine Ă un inhibiteur puissant de P2Y12, habituellement le prasugrel ou le ticagrĂ©lor. Chez les patients bĂ©nĂ©ficiant dâune ICP pour un SCA, le prasugrel doit ĂȘtre envisagĂ© de prĂ©fĂ©rence au ticagrĂ©lor, bien que les donnĂ©es comparatives entre le prasugrel et le ticagrĂ©lor soient discordantes.
Un schĂ©ma de 12 mois reste la stratĂ©gie par dĂ©faut chez la plupart des patients prĂ©sentant un SCA, y compris ceux ayant un SCA sans sus-dĂ©calage du segment ST (SCA-SST). Il sâapplique que le SCA soit pris en charge par ICP ou sans revascularisation, bien que la stratĂ©gie antithrombotique prĂ©cise puisse diffĂ©rer lorsquâune OAC au long cours est Ă©galement indiquĂ©e.
Réduction possible de la durée de la DAPT
Une durĂ©e de 6 mois aprĂšs un SCA est gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ©e comme trop courte pour un usage systĂ©matique, mais elle peut ĂȘtre envisagĂ©e chez certains patients Ă haut risque hĂ©morragique. Les stratĂ©gies plus courtes doivent donc ĂȘtre rĂ©servĂ©es aux situations dans lesquelles les prĂ©occupations hĂ©morragiques lâemportent sur la protection supplĂ©mentaire apportĂ©e par une DAPT prolongĂ©e.
Les essais Ă©valuant une DAPT abrĂ©gĂ©e ont gĂ©nĂ©ralement montrĂ© une rĂ©duction des hĂ©morragies, mais certains ont Ă©galement mis en Ă©vidence une augmentation des complications ischĂ©miques. Dans une vaste mĂ©ta-analyse en rĂ©seau, une DAPT de 3 mois, mais pas de 6 mois, Ă©tait associĂ©e Ă des taux plus Ă©levĂ©s dâinfarctus du myocarde ou de thrombose de stent chez les patients ayant un SCA.
Prolongation au-delĂ de 12 mois
Une DAPT au-delĂ de 12 mois peut ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients qui :
Ont toléré la DAPT sans hémorragie significative.
Présentent un risque ischémique élevé.
Ne prĂ©sentent pas de risque Ă©levĂ© dâhĂ©morragie majeure ou mettant en jeu le pronostic vital.
La prolongation du traitement peut Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique modĂ©rĂ© lorsque le risque hĂ©morragique nâest pas Ă©levĂ©, bien que le bĂ©nĂ©fice attendu soit moindre. LâĂ©quilibre entre bĂ©nĂ©fices et risques doit ĂȘtre réévaluĂ© plutĂŽt que de considĂ©rer que la DAPT doit ĂȘtre poursuivie indĂ©finiment.
Les donnĂ©es disponibles sur la prolongation du traitement reposent sur des pĂ©riodes de traitement dâenviron 18 mois dans une Ă©tude majeure sur la DAPT, dâune moyenne de 23 mois dans une Ă©tude sur lâinhibition de deux voies, et dâune mĂ©diane de 33 mois dans une Ă©tude Ă long terme sur le ticagrĂ©lor. LâĂ©quilibre entre bĂ©nĂ©fices et risques au-delĂ de ces durĂ©es demeure incertain.
Durée de la DAPT aprÚs une ICP élective pour syndrome coronarien chronique
Stratégie standard
AprĂšs une ICP Ă©lective pour un SCC, la durĂ©e standard de la DAPT est de 6 mois. Le clopidogrel est lâinhibiteur de P2Y12 habituellement utilisĂ©. Le prasugrel ou le ticagrĂ©lor peuvent ĂȘtre envisagĂ©s aprĂšs des interventions complexes.
AprĂšs la pĂ©riode standard, la DAPT est gĂ©nĂ©ralement remplacĂ©e par une SAPT. Lâaspirine est le traitement dâentretien habituel chez les patients ne prĂ©sentant ni allergie ni autre contre-indication.
Réduction de la durée de la DAPT
Chez les patients prĂ©sentant un risque hĂ©morragique trĂšs Ă©levĂ©, la DAPT aprĂšs une ICP Ă©lective peut ĂȘtre rĂ©duite Ă 1â3 mois. La dĂ©cision doit tenir compte du risque ischĂ©mique procĂ©dural et clinique individuel, du risque hĂ©morragique et des caractĂ©ristiques du stent et de lâintervention.
Les donnĂ©es rĂ©centes indiquent que, chez certains patients sĂ©lectionnĂ©s Ă risque faible ou modĂ©rĂ© porteurs de stents actifs modernes, des durĂ©es de DAPT de 1â3 mois peuvent ĂȘtre associĂ©es Ă des taux acceptables de MACE et de thrombose de stent. Ces donnĂ©es ne suppriment pas la nĂ©cessitĂ© dâune Ă©valuation individualisĂ©e, notamment chez les patients prĂ©sentant une anatomie coronaire Ă haut risque ou un SCA.
Prolongation aprÚs une ICP élective
Une DAPT au-delĂ de 12 mois est une option chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, qui tolĂšrent bien le traitement et ne prĂ©sentent pas de risque hĂ©morragique Ă©levĂ©. Dans la maladie coronaire stable, une autre option au long cours est lâinhibition de deux voies associant le rivaroxaban 2.5 mg deux fois par jour Ă lâaspirine, bien que cette stratĂ©gie amĂ©liore les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires au prix dâune augmentation des hĂ©morragies majeures par rapport Ă lâaspirine seule.
Agents antiplaquettaires
Aspirine
Lâaspirine est lâagent antiplaquettaire de fond standard de la DAPT et le mĂ©dicament le plus couramment utilisĂ© en SAPT au long cours.
Pour lâICP :
Les patients recevant dĂ©jĂ de lâaspirine au long cours doivent recevoir 81â325 mg avant lâICP.
Les patients ne prenant pas dâaspirine au long cours doivent recevoir 325 mg au moins 2 heures, et de prĂ©fĂ©rence 24 heures, avant lâICP.
AprĂšs lâICP, lâaspirine est gĂ©nĂ©ralement poursuivie indĂ©finiment en lâabsence dâallergie ou de contre-indication.
Une dose dâentretien plus faible, telle que 81 mg par jour, peut ĂȘtre prĂ©fĂ©rable afin de rĂ©duire le risque dâhĂ©morragie gastro-intestinale.
Chez certains patients sĂ©lectionnĂ©s, lâaspirine peut ĂȘtre arrĂȘtĂ©e aprĂšs une courte pĂ©riode de DAPT, avec poursuite dâune monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 pendant 1â3 mois aprĂšs lâICP.
Clopidogrel
Le clopidogrel est lâinhibiteur de P2Y12 privilĂ©giĂ© aprĂšs une ICP Ă©lective pour SCC. Il est Ă©galement utilisĂ© lorsque lâaspirine est contre-indiquĂ©e ou lorsquâun traitement antithrombotique combinĂ© est nĂ©cessaire chez les patients prĂ©sentant une FA.
Chez les patients prĂ©sentant une vĂ©ritable allergie Ă lâaspirine, lâalternative indiquĂ©e est :
- Clopidogrel 75 mg une fois par jour.
AprÚs un STEMI, le clopidogrel 75 mg par jour est utilisé chez les patients pris en charge par traitement médical seul, fibrinolyse ou ICP, lorsque cela est cliniquement approprié.
Prasugrel
Le prasugrel est un inhibiteur puissant de P2Y12 privilĂ©giĂ© aprĂšs un SCA traitĂ© par ICP et doit ĂȘtre envisagĂ© de prĂ©fĂ©rence au ticagrĂ©lor dans ce contexte. La dose indiquĂ©e pour le traitement post-STEMI est :
- Prasugrel 10 mg une fois par jour chez les patients traités par ICP.
Les donnĂ©es fournies ne prĂ©cisent pas dâautres restrictions posologiques ni de contre-indications.
Ticagrélor
Le ticagrélor est un inhibiteur de P2Y12 privilégié aprÚs un SCA. La dose indiquée aprÚs un STEMI est :
- Ticagrélor 90 mg deux fois par jour chez les patients traités par traitement médical seul ou par ICP.
Le ticagrĂ©lor peut Ă©galement ĂȘtre utilisĂ© dans le cadre dâun traitement antithrombotique prolongĂ© chez certains patients sĂ©lectionnĂ©s prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ© et un faible risque hĂ©morragique. AprĂšs la pose dâun stent carotidien, toutefois, le ticagrĂ©lor inclus dans une DAPT a Ă©tĂ© associĂ© Ă un risque hĂ©morragique plus Ă©levĂ© que le clopidogrel.
Monothérapie par inhibiteur de P2Y12
Une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 peut ĂȘtre utilisĂ©e aprĂšs une pĂ©riode de DAPT dans le cadre dâune stratĂ©gie de dĂ©sescalade aprĂšs une ICP ou un SCA. Elle peut Ă©galement ĂȘtre pertinente chez les patients ayant rĂ©cemment prĂ©sentĂ© un AVC, une maladie artĂ©rielle pĂ©riphĂ©rique ou une intolĂ©rance Ă lâaspirine.
Le choix entre la poursuite de lâaspirine et le passage Ă une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 nĂ©cessite une Ă©valuation des risques ischĂ©miques et hĂ©morragiques. Les donnĂ©es de rĂ©fĂ©rence nâĂ©tablissent pas une stratĂ©gie unique de monothĂ©rapie privilĂ©giĂ©e pour tous les patients.
Choix de la durée de la DAPT
La dĂ©cision peut ĂȘtre structurĂ©e autour des facteurs suivants.
| Situation clinique | Stratégie de DAPT par défaut ou habituelle |
|---|---|
| SCA, avec ou sans ICP | 12 mois |
| SCA avec risque hĂ©morragique Ă©levĂ© | Une rĂ©duction peut ĂȘtre envisagĂ©e ; 6 mois peuvent ĂȘtre appropriĂ©s chez certains patients sĂ©lectionnĂ©s |
| SCA avec risque ischémique élevé et faible risque hémorragique | Envisager une prolongation au-delà de 12 mois |
| ICP élective pour SCC | 6 mois |
| ICP Ă©lective avec risque hĂ©morragique trĂšs Ă©levĂ© | Envisager 1â3 mois |
| ICP Ă©lective avec risque ischĂ©mique Ă©levĂ© et faible risque hĂ©morragique | Une DAPT prolongĂ©e peut ĂȘtre envisagĂ©e |
| Maladie coronaire stable avec profil de risque appropriĂ© | Lâassociation aspirineârivaroxaban 2.5 mg deux fois par jour peut ĂȘtre envisagĂ©e comme inhibition de deux voies |
Le choix ne doit pas reposer uniquement sur lâindication thĂ©orique. Il doit intĂ©grer les antĂ©cĂ©dents et le risque hĂ©morragiques, la complexitĂ© de lâICP, la prĂ©sence dâun SCA, la tolĂ©rance du traitement initial ainsi que la nĂ©cessitĂ© dâune chirurgie ou dâune OAC.
Prise en charge périopératoire
Délai avant une chirurgie non cardiaque
Une chirurgie non cardiaque Ă©lective doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre diffĂ©rĂ©e jusquâĂ lâachĂšvement de la durĂ©e recommandĂ©e de DAPT :
6 mois aprÚs une ICP élective.
12 mois aprĂšs un SCA.
Lorsque la chirurgie est nĂ©cessaire dans un dĂ©lai contraint aprĂšs une ICP Ă©lective, il est idĂ©al de terminer au moins 1 mois de DAPT au prĂ©alable. Chez les patients cardiovasculaires Ă haut risque, tels que ceux prĂ©sentant un STEMI ou un SCA-SST Ă haut risque, il convient dâenvisager au moins 3 mois de DAPT avant une chirurgie dans un dĂ©lai contraint.
La dĂ©cision doit ĂȘtre prise aprĂšs discussion entre le chirurgien, lâanesthĂ©siste et le cardiologue.
Poursuite de lâaspirine
Chez les patients ayant des antĂ©cĂ©dents dâICP, lâaspirine doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre poursuivie en pĂ©riopĂ©ratoire si le risque hĂ©morragique le permet. Une fois lâinhibiteur de P2Y12 arrĂȘtĂ©, lâintervention doit habituellement ĂȘtre rĂ©alisĂ©e en maintenant lâaspirine.
Pour les interventions dont les consĂ©quences hĂ©morragiques seraient trĂšs importantes, notamment les interventions intracrĂąniennes, la neurochirurgie rachidienne ou les procĂ©dures vitrĂ©orĂ©tiniennes, lâinterruption de lâaspirine pendant au moins 7 jours est recommandĂ©e.
Chez les patients sans antĂ©cĂ©dent dâICP, lâarrĂȘt de lâaspirine au moins 3 jours avant lâintervention peut ĂȘtre envisagĂ© lorsque le risque hĂ©morragique lâemporte sur le risque ischĂ©mique.
DĂ©lais dâinterruption des inhibiteurs de P2Y12
Lorsquâune interruption est nĂ©cessaire avant une chirurgie non cardiaque, les dĂ©lais recommandĂ©s sont les suivants :
| Inhibiteur de P2Y12 | DĂ©lai dâinterruption prĂ©opĂ©ratoire recommandĂ© |
|---|---|
| TicagrĂ©lor | 3â5 jours |
| Clopidogrel | 5 jours |
| Prasugrel | 7 jours |
AprĂšs lâintervention, le traitement antiplaquettaire interrompu doit ĂȘtre repris dĂšs que possible, de prĂ©fĂ©rence dans les 48 heures, sous rĂ©serve que lâĂ©valuation interdisciplinaire permette sa reprise.
Chirurgie sous monothérapie par inhibiteur de P2Y12
Les patients recevant une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 aprĂšs une ICP ou un SCA peuvent nĂ©cessiter une planification pĂ©riopĂ©ratoire individualisĂ©e. Les options possibles comprennent la rĂ©alisation de lâintervention en poursuivant la monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12, le remplacement par lâaspirine, une interruption brĂšve du traitement ou un relais. Les donnĂ©es sont insuffisantes pour dĂ©finir une stratĂ©gie universellement applicable, et la dĂ©cision doit reposer sur lâĂ©valuation comparative des risques hĂ©morragique et ischĂ©mique pĂ©riopĂ©ratoires.
Tests de fonction plaquettaire
Les tests de fonction plaquettaire ont Ă©tĂ© envisagĂ©s pour estimer le risque hĂ©morragique pĂ©riopĂ©ratoire, dĂ©terminer le moment de lâintervention aprĂšs lâarrĂȘt du traitement antiplaquettaire et guider le traitement des complications hĂ©morragiques. Cependant, aucun test universellement appropriĂ© ni aucun seuil validĂ© associĂ© au risque hĂ©morragique chirurgical nâa Ă©tĂ© Ă©tabli.
Patients nécessitant une anticoagulation orale
La fibrillation atriale est la cause la plus frĂ©quente dâOAC au long cours chez les patients prĂ©sentant un SCA ou bĂ©nĂ©ficiant dâune ICP. Lâassociation dâune OAC Ă un traitement antiplaquettaire augmente le risque hĂ©morragique et nĂ©cessite une stratĂ©gie distincte de la DAPT conventionnelle.
Chez la plupart des patients prĂ©sentant une FA et bĂ©nĂ©ficiant dâune ICP ou prĂ©sentant un SCA :
Une trithérapie péri-interventionnelle par OAC, aspirine et inhibiteur de P2Y12 constitue la stratégie par défaut.
La trithĂ©rapie doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre limitĂ©e Ă â€1 semaine.
Elle est suivie dâune bithĂ©rapie associant un anticoagulant oral direct, Ă la dose de prĂ©vention de lâAVC, Ă un seul antiplaquettaire oral, de prĂ©fĂ©rence le clopidogrel.
Lâassociation dâune OAC et dâun inhibiteur de P2Y12 entraĂźne moins dâhĂ©morragies majeures quâune trithĂ©rapie comprenant lâaspirine. Les donnĂ©es concernant lâassociation du ticagrĂ©lor ou du prasugrel Ă une OAC sont moins claires et le risque hĂ©morragique est plus Ă©levĂ© ; le clopidogrel est donc privilĂ©giĂ©.
La trithĂ©rapie peut ĂȘtre prolongĂ©e jusquâĂ 1 mois chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, notamment en cas de STEMI, dâantĂ©cĂ©dent de thrombose de stent, de procĂ©dures coronaires complexes ou dâinstabilitĂ© cardiaque prolongĂ©e. Chez les patients prĂ©sentant un SCA ou bĂ©nĂ©ficiant dâune ICP et ayant un diabĂšte, une prolongation Ă 3 mois peut ĂȘtre bĂ©nĂ©fique lorsque le risque thrombotique est clairement supĂ©rieur au risque hĂ©morragique.
En cas de SCA pris en charge sans revascularisation, 6â12 mois dâun seul antiplaquettaire, habituellement le clopidogrel, associĂ©s Ă un traitement au long cours par AOD sont gĂ©nĂ©ralement suffisants. En cas de SCC stable plus de 12 mois aprĂšs lâĂ©vĂ©nement ou lâintervention coronaire, une monothĂ©rapie par AOD est considĂ©rĂ©e comme suffisante et aucun traitement antiplaquettaire supplĂ©mentaire nâest nĂ©cessaire.
Lorsquâun antagoniste de la vitamine K est associĂ© Ă un traitement antiplaquettaire, un INR compris entre 2.0â2.5 est recommandĂ© par consensus afin de limiter lâexcĂšs dâhĂ©morragies. Un traitement par inhibiteur de la pompe Ă protons est raisonnable lorsquâil existe un risque dâhĂ©morragie gastro-intestinale pendant un traitement antithrombotique combinĂ©.
Prise en charge du SCA au-delà de la durée de la DAPT
Un traitement antithrombotique est indiqué chez tous les patients présentant un SCA et comprend un traitement antiplaquettaire et anticoagulant pendant la phase aiguë.
La stratégie aiguë comprend :
Une dose de charge dâaspirine, puis un traitement dâentretien.
Lâajout dâun inhibiteur de P2Y12, gĂ©nĂ©ralement poursuivi pendant 12 mois sauf si le risque hĂ©morragique est excessif.
La préférence pour le prasugrel ou le ticagrélor plutÎt que le clopidogrel dans le SCA, lorsque cela est approprié.
La prĂ©fĂ©rence Ă envisager pour le prasugrel plutĂŽt que le ticagrĂ©lor chez les patients prĂ©sentant un SCA et bĂ©nĂ©ficiant dâune ICP.
Une anticoagulation parentĂ©rale au moment du diagnostic, avec arrĂȘt Ă envisager immĂ©diatement aprĂšs la procĂ©dure invasive.
Lâabsence de prĂ©traitement systĂ©matique par inhibiteur de P2Y12 avant la coronarographie dans le SCA-SST, bien quâun prĂ©traitement puisse ĂȘtre envisagĂ© chez les patients prĂ©sentant un STEMI et bĂ©nĂ©ficiant dâune ICP primaire.
Le plan de traitement dâentretien ultĂ©rieur doit ĂȘtre réévaluĂ© Ă mesure que les risques ischĂ©miques et hĂ©morragiques Ă©voluent.
Recommandations des lignes directrices
Les recommandations résumées dans les données de référence sont les suivantes :
| Recommandation | Classe | Niveau |
|---|---|---|
| DiffĂ©rer la chirurgie non cardiaque Ă©lective jusquâĂ 6 mois aprĂšs une ICP Ă©lective et 12 mois aprĂšs un SCA | I | A |
| AprĂšs une ICP Ă©lective, diffĂ©rer une chirurgie dans un dĂ©lai contraint jusquâĂ lâachĂšvement dâau moins 1 mois de DAPT | I | B |
| Discuter de la prise en charge antiplaquettaire pĂ©riopĂ©ratoire entre le chirurgien, lâanesthĂ©siste et le cardiologue | I | C |
| Envisager au moins 3 mois de DAPT avant une chirurgie dans un délai contraint chez les patients à haut risque ayant une ICP récente | IIa | C |
| Poursuivre lâaspirine en pĂ©riopĂ©ratoire aprĂšs une ICP antĂ©rieure lorsque le risque hĂ©morragique le permet | I | B |
| Interrompre le ticagrĂ©lor pendant 3â5 jours, le clopidogrel pendant 5 jours et le prasugrel pendant 7 jours avant lâintervention lorsquâune interruption est nĂ©cessaire | I | B |
| Interrompre lâaspirine pendant au moins 7 jours avant une chirurgie Ă trĂšs haut risque hĂ©morragique | I | C |
| Chez les patients sans ICP antĂ©rieure, envisager une interruption de lâaspirine pendant au moins 3 jours lorsque le risque hĂ©morragique lâemporte sur le risque ischĂ©mique | IIb | B |
| Reprendre le traitement antiplaquettaire interrompu dĂšs que possible, dans les 48 heures lorsque cela est possible | I | C |
Dans le SCA, la stratĂ©gie par dĂ©faut consiste en une DAPT de 12 mois associant lâaspirine Ă un inhibiteur puissant de P2Y12. Pour lâICP dans le SCC, la durĂ©e standard est de 6 mois, avec une rĂ©duction Ă 1â3 mois chez les patients prĂ©sentant un risque hĂ©morragique trĂšs Ă©levĂ©. Une DAPT prolongĂ©e est une option chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, ayant tolĂ©rĂ© le traitement et ne prĂ©sentant pas de risque accru dâhĂ©morragie majeure ou mettant en jeu le pronostic vital.
Pronostic et suivi
Le pronostic aprĂšs un SCA ou une ICP dĂ©pend largement du maintien dâun Ă©quilibre appropriĂ© entre la prĂ©vention de la thrombose rĂ©cidivante et lâĂ©vitement des hĂ©morragies. Les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques et hĂ©morragiques diminuent tous deux nettement au fil du temps aprĂšs une ICP pour SCA ; le bĂ©nĂ©fice net de la poursuite de la DAPT doit donc ĂȘtre réévaluĂ© lorsque le patient passe de la phase aiguĂ« Ă la prĂ©vention secondaire au long cours.
Une prudence particuliĂšre est nĂ©cessaire lors des interventions non cardiaques. Des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs aprĂšs une ICP chez des patients opĂ©rĂ©s ont Ă©tĂ© rapportĂ©s dans une fourchette de 2â8%, avec un risque plus de deux fois supĂ©rieur Ă celui observĂ© chez les patients sans stent coronaire. Le risque est maximal durant le premier mois suivant lâICP. Les autres facteurs dĂ©favorables comprennent lâICP primaire pour STEMI, lâinterruption ou lâarrĂȘt de la DAPT, les lĂ©sions ostiales ou distales et la chirurgie urgente.
Le suivi doit donc comporter :
Une réévaluation du risque ischémique récidivant.
La recherche dâĂ©vĂ©nements hĂ©morragiques et lâĂ©valuation des facteurs hĂ©morragiques modifiables.
La confirmation que la durée prévue de la DAPT reste appropriée.
LâĂ©valuation de lâobservance et de la tolĂ©rance.
Une réévaluation avant toute procédure invasive ou intervention chirurgicale.
Le passage à une SAPT ou à une autre stratégie antithrombotique au long cours lorsque cela est indiqué.
Chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ© persistant et un faible risque hĂ©morragique, un traitement antithrombotique intensifiĂ© prolongĂ© peut ĂȘtre appropriĂ©. Chez les patients dont le risque hĂ©morragique augmente, une dĂ©sescalade, une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 ou un passage Ă une SAPT doivent ĂȘtre envisagĂ©s. La durĂ©e prĂ©cise du traitement au-delĂ des pĂ©riodes Ă©tudiĂ©es dans les essais cliniques demeure incertaine, ce qui renforce la nĂ©cessitĂ© dâune réévaluation pĂ©riodique et individualisĂ©e.