đŸš« DurĂ©e de la bithĂ©rapie antiplaquettaire aprĂšs un syndrome coronarien aigu et une intervention coronaire percutanĂ©e Ă©lective

Sommaire (27)

Définition et physiopathologie

La bithĂ©rapie antiplaquettaire (DAPT) consiste Ă  associer l’aspirine Ă  un inhibiteur oral du rĂ©cepteur P2Y12. Elle joue un rĂŽle central dans la prĂ©vention de la thrombose coronaire mĂ©diĂ©e par les plaquettes aprĂšs un syndrome coronarien aigu (SCA) et une intervention coronaire percutanĂ©e (ICP).

L’aspirine inhibe irrĂ©versiblement la cyclo-oxygĂ©nase et supprime ainsi la synthĂšse du thromboxane A2, rĂ©duisant l’activation et l’agrĂ©gation plaquettaires. Son effet antiplaquettaire dĂ©bute en environ 30–60 minutes et persiste jusqu’à 7 jours aprĂšs l’arrĂȘt, car l’inhibition plaquettaire est irrĂ©versible. L’aspirine n’agit que sur une seule voie d’activation plaquettaire ; l’inhibition de P2Y12 procure donc une inhibition plaquettaire complĂ©mentaire.

Le rationnel clinique de la DAPT est particuliĂšrement solide aprĂšs un SCA et l’implantation d’un stent coronaire. Le SCA est associĂ© Ă  un risque Ă©levĂ© d’athĂ©rothrombose mĂ©diĂ©e par les plaquettes, tandis que l’interruption du traitement antiplaquettaire aprĂšs une implantation rĂ©cente de stent est associĂ©e Ă  une augmentation du risque d’évĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs (MACE) et de thrombose de stent. L’interruption prĂ©maturĂ©e de la DAPT est dĂ©crite comme le facteur prĂ©dictif le plus puissant de thrombose de stent dans ce contexte.

La durĂ©e du traitement nĂ©cessite une Ă©valuation individualisĂ©e de l’équilibre entre :

  • Le risque ischĂ©mique, notamment la rĂ©cidive d’infarctus du myocarde et la thrombose de stent.

  • Le risque hĂ©morragique, en particulier d’hĂ©morragie majeure ou mettant en jeu le pronostic vital.

  • La prĂ©sentation clinique, qu’il s’agisse d’un SCA ou d’un syndrome coronarien chronique (SCC).

  • La rĂ©alisation ou non d’une ICP et ses modalitĂ©s.

  • La nĂ©cessitĂ© d’une chirurgie non cardiaque.

  • La prĂ©sence d’une indication d’anticoagulation orale (OAC).

Contexte clinique et objectifs thérapeutiques

La DAPT est utilisée dans deux contextes principaux :

  • AprĂšs un SCA, pris en charge mĂ©dicalement ou par revascularisation.

  • AprĂšs une ICP Ă©lective pour SCC, notamment aprĂšs implantation d’un stent.

Dans les deux situations, la DAPT est gĂ©nĂ©ralement une stratĂ©gie temporaire. À un moment appropriĂ©, elle est habituellement remplacĂ©e par une monothĂ©rapie antiplaquettaire (SAPT), le plus souvent par l’aspirine. Chez certains patients sĂ©lectionnĂ©s, une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 peut ĂȘtre utilisĂ©e comme stratĂ©gie de dĂ©sescalade aprĂšs une pĂ©riode de DAPT.

L’objectif thĂ©rapeutique est de rĂ©duire les Ă©vĂ©nements thrombotiques coronaires sans exposer le patient Ă  un risque hĂ©morragique disproportionnĂ©. La rĂ©duction de la durĂ©e du traitement peut diminuer les hĂ©morragies, mais augmenter les infarctus du myocarde ou les thromboses de stent dans certaines populations de patients ayant un SCA ; la prolongation du traitement peut rĂ©duire les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques, mais augmente les hĂ©morragies.

Durée standard de la DAPT aprÚs un SCA

Stratégie par défaut

Le traitement standard aprĂšs un SCA consiste en une DAPT pendant 12 mois, quel que soit le type de stent. Le schĂ©ma privilĂ©giĂ© associe l’aspirine Ă  un inhibiteur puissant de P2Y12, habituellement le prasugrel ou le ticagrĂ©lor. Chez les patients bĂ©nĂ©ficiant d’une ICP pour un SCA, le prasugrel doit ĂȘtre envisagĂ© de prĂ©fĂ©rence au ticagrĂ©lor, bien que les donnĂ©es comparatives entre le prasugrel et le ticagrĂ©lor soient discordantes.

Un schĂ©ma de 12 mois reste la stratĂ©gie par dĂ©faut chez la plupart des patients prĂ©sentant un SCA, y compris ceux ayant un SCA sans sus-dĂ©calage du segment ST (SCA-SST). Il s’applique que le SCA soit pris en charge par ICP ou sans revascularisation, bien que la stratĂ©gie antithrombotique prĂ©cise puisse diffĂ©rer lorsqu’une OAC au long cours est Ă©galement indiquĂ©e.

Réduction possible de la durée de la DAPT

Une durĂ©e de 6 mois aprĂšs un SCA est gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ©e comme trop courte pour un usage systĂ©matique, mais elle peut ĂȘtre envisagĂ©e chez certains patients Ă  haut risque hĂ©morragique. Les stratĂ©gies plus courtes doivent donc ĂȘtre rĂ©servĂ©es aux situations dans lesquelles les prĂ©occupations hĂ©morragiques l’emportent sur la protection supplĂ©mentaire apportĂ©e par une DAPT prolongĂ©e.

Les essais Ă©valuant une DAPT abrĂ©gĂ©e ont gĂ©nĂ©ralement montrĂ© une rĂ©duction des hĂ©morragies, mais certains ont Ă©galement mis en Ă©vidence une augmentation des complications ischĂ©miques. Dans une vaste mĂ©ta-analyse en rĂ©seau, une DAPT de 3 mois, mais pas de 6 mois, Ă©tait associĂ©e Ă  des taux plus Ă©levĂ©s d’infarctus du myocarde ou de thrombose de stent chez les patients ayant un SCA.

Prolongation au-delĂ  de 12 mois

Une DAPT au-delĂ  de 12 mois peut ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients qui :

  • Ont tolĂ©rĂ© la DAPT sans hĂ©morragie significative.

  • PrĂ©sentent un risque ischĂ©mique Ă©levĂ©.

  • Ne prĂ©sentent pas de risque Ă©levĂ© d’hĂ©morragie majeure ou mettant en jeu le pronostic vital.

La prolongation du traitement peut Ă©galement ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique modĂ©rĂ© lorsque le risque hĂ©morragique n’est pas Ă©levĂ©, bien que le bĂ©nĂ©fice attendu soit moindre. L’équilibre entre bĂ©nĂ©fices et risques doit ĂȘtre réévaluĂ© plutĂŽt que de considĂ©rer que la DAPT doit ĂȘtre poursuivie indĂ©finiment.

Les donnĂ©es disponibles sur la prolongation du traitement reposent sur des pĂ©riodes de traitement d’environ 18 mois dans une Ă©tude majeure sur la DAPT, d’une moyenne de 23 mois dans une Ă©tude sur l’inhibition de deux voies, et d’une mĂ©diane de 33 mois dans une Ă©tude Ă  long terme sur le ticagrĂ©lor. L’équilibre entre bĂ©nĂ©fices et risques au-delĂ  de ces durĂ©es demeure incertain.

Durée de la DAPT aprÚs une ICP élective pour syndrome coronarien chronique

Stratégie standard

AprĂšs une ICP Ă©lective pour un SCC, la durĂ©e standard de la DAPT est de 6 mois. Le clopidogrel est l’inhibiteur de P2Y12 habituellement utilisĂ©. Le prasugrel ou le ticagrĂ©lor peuvent ĂȘtre envisagĂ©s aprĂšs des interventions complexes.

AprĂšs la pĂ©riode standard, la DAPT est gĂ©nĂ©ralement remplacĂ©e par une SAPT. L’aspirine est le traitement d’entretien habituel chez les patients ne prĂ©sentant ni allergie ni autre contre-indication.

Réduction de la durée de la DAPT

Chez les patients prĂ©sentant un risque hĂ©morragique trĂšs Ă©levĂ©, la DAPT aprĂšs une ICP Ă©lective peut ĂȘtre rĂ©duite Ă  1–3 mois. La dĂ©cision doit tenir compte du risque ischĂ©mique procĂ©dural et clinique individuel, du risque hĂ©morragique et des caractĂ©ristiques du stent et de l’intervention.

Les donnĂ©es rĂ©centes indiquent que, chez certains patients sĂ©lectionnĂ©s Ă  risque faible ou modĂ©rĂ© porteurs de stents actifs modernes, des durĂ©es de DAPT de 1–3 mois peuvent ĂȘtre associĂ©es Ă  des taux acceptables de MACE et de thrombose de stent. Ces donnĂ©es ne suppriment pas la nĂ©cessitĂ© d’une Ă©valuation individualisĂ©e, notamment chez les patients prĂ©sentant une anatomie coronaire Ă  haut risque ou un SCA.

Prolongation aprÚs une ICP élective

Une DAPT au-delĂ  de 12 mois est une option chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, qui tolĂšrent bien le traitement et ne prĂ©sentent pas de risque hĂ©morragique Ă©levĂ©. Dans la maladie coronaire stable, une autre option au long cours est l’inhibition de deux voies associant le rivaroxaban 2.5 mg deux fois par jour Ă  l’aspirine, bien que cette stratĂ©gie amĂ©liore les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires au prix d’une augmentation des hĂ©morragies majeures par rapport Ă  l’aspirine seule.

Agents antiplaquettaires

Aspirine

L’aspirine est l’agent antiplaquettaire de fond standard de la DAPT et le mĂ©dicament le plus couramment utilisĂ© en SAPT au long cours.

Pour l’ICP :

  • Les patients recevant dĂ©jĂ  de l’aspirine au long cours doivent recevoir 81–325 mg avant l’ICP.

  • Les patients ne prenant pas d’aspirine au long cours doivent recevoir 325 mg au moins 2 heures, et de prĂ©fĂ©rence 24 heures, avant l’ICP.

  • AprĂšs l’ICP, l’aspirine est gĂ©nĂ©ralement poursuivie indĂ©finiment en l’absence d’allergie ou de contre-indication.

  • Une dose d’entretien plus faible, telle que 81 mg par jour, peut ĂȘtre prĂ©fĂ©rable afin de rĂ©duire le risque d’hĂ©morragie gastro-intestinale.

Chez certains patients sĂ©lectionnĂ©s, l’aspirine peut ĂȘtre arrĂȘtĂ©e aprĂšs une courte pĂ©riode de DAPT, avec poursuite d’une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 pendant 1–3 mois aprĂšs l’ICP.

Clopidogrel

Le clopidogrel est l’inhibiteur de P2Y12 privilĂ©giĂ© aprĂšs une ICP Ă©lective pour SCC. Il est Ă©galement utilisĂ© lorsque l’aspirine est contre-indiquĂ©e ou lorsqu’un traitement antithrombotique combinĂ© est nĂ©cessaire chez les patients prĂ©sentant une FA.

Chez les patients prĂ©sentant une vĂ©ritable allergie Ă  l’aspirine, l’alternative indiquĂ©e est :

  • Clopidogrel 75 mg une fois par jour.

AprÚs un STEMI, le clopidogrel 75 mg par jour est utilisé chez les patients pris en charge par traitement médical seul, fibrinolyse ou ICP, lorsque cela est cliniquement approprié.

Prasugrel

Le prasugrel est un inhibiteur puissant de P2Y12 privilĂ©giĂ© aprĂšs un SCA traitĂ© par ICP et doit ĂȘtre envisagĂ© de prĂ©fĂ©rence au ticagrĂ©lor dans ce contexte. La dose indiquĂ©e pour le traitement post-STEMI est :

  • Prasugrel 10 mg une fois par jour chez les patients traitĂ©s par ICP.

Les donnĂ©es fournies ne prĂ©cisent pas d’autres restrictions posologiques ni de contre-indications.

Ticagrélor

Le ticagrélor est un inhibiteur de P2Y12 privilégié aprÚs un SCA. La dose indiquée aprÚs un STEMI est :

  • TicagrĂ©lor 90 mg deux fois par jour chez les patients traitĂ©s par traitement mĂ©dical seul ou par ICP.

Le ticagrĂ©lor peut Ă©galement ĂȘtre utilisĂ© dans le cadre d’un traitement antithrombotique prolongĂ© chez certains patients sĂ©lectionnĂ©s prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ© et un faible risque hĂ©morragique. AprĂšs la pose d’un stent carotidien, toutefois, le ticagrĂ©lor inclus dans une DAPT a Ă©tĂ© associĂ© Ă  un risque hĂ©morragique plus Ă©levĂ© que le clopidogrel.

Monothérapie par inhibiteur de P2Y12

Une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 peut ĂȘtre utilisĂ©e aprĂšs une pĂ©riode de DAPT dans le cadre d’une stratĂ©gie de dĂ©sescalade aprĂšs une ICP ou un SCA. Elle peut Ă©galement ĂȘtre pertinente chez les patients ayant rĂ©cemment prĂ©sentĂ© un AVC, une maladie artĂ©rielle pĂ©riphĂ©rique ou une intolĂ©rance Ă  l’aspirine.

Le choix entre la poursuite de l’aspirine et le passage Ă  une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 nĂ©cessite une Ă©valuation des risques ischĂ©miques et hĂ©morragiques. Les donnĂ©es de rĂ©fĂ©rence n’établissent pas une stratĂ©gie unique de monothĂ©rapie privilĂ©giĂ©e pour tous les patients.

Choix de la durée de la DAPT

La dĂ©cision peut ĂȘtre structurĂ©e autour des facteurs suivants.

Situation clinique Stratégie de DAPT par défaut ou habituelle
SCA, avec ou sans ICP 12 mois
SCA avec risque hĂ©morragique Ă©levĂ© Une rĂ©duction peut ĂȘtre envisagĂ©e ; 6 mois peuvent ĂȘtre appropriĂ©s chez certains patients sĂ©lectionnĂ©s
SCA avec risque ischémique élevé et faible risque hémorragique Envisager une prolongation au-delà de 12 mois
ICP élective pour SCC 6 mois
ICP Ă©lective avec risque hĂ©morragique trĂšs Ă©levĂ© Envisager 1–3 mois
ICP Ă©lective avec risque ischĂ©mique Ă©levĂ© et faible risque hĂ©morragique Une DAPT prolongĂ©e peut ĂȘtre envisagĂ©e
Maladie coronaire stable avec profil de risque appropriĂ© L’association aspirine–rivaroxaban 2.5 mg deux fois par jour peut ĂȘtre envisagĂ©e comme inhibition de deux voies

Le choix ne doit pas reposer uniquement sur l’indication thĂ©orique. Il doit intĂ©grer les antĂ©cĂ©dents et le risque hĂ©morragiques, la complexitĂ© de l’ICP, la prĂ©sence d’un SCA, la tolĂ©rance du traitement initial ainsi que la nĂ©cessitĂ© d’une chirurgie ou d’une OAC.

Prise en charge périopératoire

Délai avant une chirurgie non cardiaque

Une chirurgie non cardiaque Ă©lective doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre diffĂ©rĂ©e jusqu’à l’achĂšvement de la durĂ©e recommandĂ©e de DAPT :

  • 6 mois aprĂšs une ICP Ă©lective.

  • 12 mois aprĂšs un SCA.

Lorsque la chirurgie est nĂ©cessaire dans un dĂ©lai contraint aprĂšs une ICP Ă©lective, il est idĂ©al de terminer au moins 1 mois de DAPT au prĂ©alable. Chez les patients cardiovasculaires Ă  haut risque, tels que ceux prĂ©sentant un STEMI ou un SCA-SST Ă  haut risque, il convient d’envisager au moins 3 mois de DAPT avant une chirurgie dans un dĂ©lai contraint.

La dĂ©cision doit ĂȘtre prise aprĂšs discussion entre le chirurgien, l’anesthĂ©siste et le cardiologue.

Poursuite de l’aspirine

Chez les patients ayant des antĂ©cĂ©dents d’ICP, l’aspirine doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre poursuivie en pĂ©riopĂ©ratoire si le risque hĂ©morragique le permet. Une fois l’inhibiteur de P2Y12 arrĂȘtĂ©, l’intervention doit habituellement ĂȘtre rĂ©alisĂ©e en maintenant l’aspirine.

Pour les interventions dont les consĂ©quences hĂ©morragiques seraient trĂšs importantes, notamment les interventions intracrĂąniennes, la neurochirurgie rachidienne ou les procĂ©dures vitrĂ©orĂ©tiniennes, l’interruption de l’aspirine pendant au moins 7 jours est recommandĂ©e.

Chez les patients sans antĂ©cĂ©dent d’ICP, l’arrĂȘt de l’aspirine au moins 3 jours avant l’intervention peut ĂȘtre envisagĂ© lorsque le risque hĂ©morragique l’emporte sur le risque ischĂ©mique.

DĂ©lais d’interruption des inhibiteurs de P2Y12

Lorsqu’une interruption est nĂ©cessaire avant une chirurgie non cardiaque, les dĂ©lais recommandĂ©s sont les suivants :

Inhibiteur de P2Y12 DĂ©lai d’interruption prĂ©opĂ©ratoire recommandĂ©
TicagrĂ©lor 3–5 jours
Clopidogrel 5 jours
Prasugrel 7 jours

AprĂšs l’intervention, le traitement antiplaquettaire interrompu doit ĂȘtre repris dĂšs que possible, de prĂ©fĂ©rence dans les 48 heures, sous rĂ©serve que l’évaluation interdisciplinaire permette sa reprise.

Chirurgie sous monothérapie par inhibiteur de P2Y12

Les patients recevant une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 aprĂšs une ICP ou un SCA peuvent nĂ©cessiter une planification pĂ©riopĂ©ratoire individualisĂ©e. Les options possibles comprennent la rĂ©alisation de l’intervention en poursuivant la monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12, le remplacement par l’aspirine, une interruption brĂšve du traitement ou un relais. Les donnĂ©es sont insuffisantes pour dĂ©finir une stratĂ©gie universellement applicable, et la dĂ©cision doit reposer sur l’évaluation comparative des risques hĂ©morragique et ischĂ©mique pĂ©riopĂ©ratoires.

Tests de fonction plaquettaire

Les tests de fonction plaquettaire ont Ă©tĂ© envisagĂ©s pour estimer le risque hĂ©morragique pĂ©riopĂ©ratoire, dĂ©terminer le moment de l’intervention aprĂšs l’arrĂȘt du traitement antiplaquettaire et guider le traitement des complications hĂ©morragiques. Cependant, aucun test universellement appropriĂ© ni aucun seuil validĂ© associĂ© au risque hĂ©morragique chirurgical n’a Ă©tĂ© Ă©tabli.

Patients nécessitant une anticoagulation orale

La fibrillation atriale est la cause la plus frĂ©quente d’OAC au long cours chez les patients prĂ©sentant un SCA ou bĂ©nĂ©ficiant d’une ICP. L’association d’une OAC Ă  un traitement antiplaquettaire augmente le risque hĂ©morragique et nĂ©cessite une stratĂ©gie distincte de la DAPT conventionnelle.

Chez la plupart des patients prĂ©sentant une FA et bĂ©nĂ©ficiant d’une ICP ou prĂ©sentant un SCA :

  • Une trithĂ©rapie pĂ©ri-interventionnelle par OAC, aspirine et inhibiteur de P2Y12 constitue la stratĂ©gie par dĂ©faut.

  • La trithĂ©rapie doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre limitĂ©e Ă  ≀1 semaine.

  • Elle est suivie d’une bithĂ©rapie associant un anticoagulant oral direct, Ă  la dose de prĂ©vention de l’AVC, Ă  un seul antiplaquettaire oral, de prĂ©fĂ©rence le clopidogrel.

L’association d’une OAC et d’un inhibiteur de P2Y12 entraĂźne moins d’hĂ©morragies majeures qu’une trithĂ©rapie comprenant l’aspirine. Les donnĂ©es concernant l’association du ticagrĂ©lor ou du prasugrel Ă  une OAC sont moins claires et le risque hĂ©morragique est plus Ă©levĂ© ; le clopidogrel est donc privilĂ©giĂ©.

La trithĂ©rapie peut ĂȘtre prolongĂ©e jusqu’à 1 mois chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, notamment en cas de STEMI, d’antĂ©cĂ©dent de thrombose de stent, de procĂ©dures coronaires complexes ou d’instabilitĂ© cardiaque prolongĂ©e. Chez les patients prĂ©sentant un SCA ou bĂ©nĂ©ficiant d’une ICP et ayant un diabĂšte, une prolongation Ă  3 mois peut ĂȘtre bĂ©nĂ©fique lorsque le risque thrombotique est clairement supĂ©rieur au risque hĂ©morragique.

En cas de SCA pris en charge sans revascularisation, 6–12 mois d’un seul antiplaquettaire, habituellement le clopidogrel, associĂ©s Ă  un traitement au long cours par AOD sont gĂ©nĂ©ralement suffisants. En cas de SCC stable plus de 12 mois aprĂšs l’évĂ©nement ou l’intervention coronaire, une monothĂ©rapie par AOD est considĂ©rĂ©e comme suffisante et aucun traitement antiplaquettaire supplĂ©mentaire n’est nĂ©cessaire.

Lorsqu’un antagoniste de la vitamine K est associĂ© Ă  un traitement antiplaquettaire, un INR compris entre 2.0–2.5 est recommandĂ© par consensus afin de limiter l’excĂšs d’hĂ©morragies. Un traitement par inhibiteur de la pompe Ă  protons est raisonnable lorsqu’il existe un risque d’hĂ©morragie gastro-intestinale pendant un traitement antithrombotique combinĂ©.

Prise en charge du SCA au-delà de la durée de la DAPT

Un traitement antithrombotique est indiqué chez tous les patients présentant un SCA et comprend un traitement antiplaquettaire et anticoagulant pendant la phase aiguë.

La stratégie aiguë comprend :

  • Une dose de charge d’aspirine, puis un traitement d’entretien.

  • L’ajout d’un inhibiteur de P2Y12, gĂ©nĂ©ralement poursuivi pendant 12 mois sauf si le risque hĂ©morragique est excessif.

  • La prĂ©fĂ©rence pour le prasugrel ou le ticagrĂ©lor plutĂŽt que le clopidogrel dans le SCA, lorsque cela est appropriĂ©.

  • La prĂ©fĂ©rence Ă  envisager pour le prasugrel plutĂŽt que le ticagrĂ©lor chez les patients prĂ©sentant un SCA et bĂ©nĂ©ficiant d’une ICP.

  • Une anticoagulation parentĂ©rale au moment du diagnostic, avec arrĂȘt Ă  envisager immĂ©diatement aprĂšs la procĂ©dure invasive.

  • L’absence de prĂ©traitement systĂ©matique par inhibiteur de P2Y12 avant la coronarographie dans le SCA-SST, bien qu’un prĂ©traitement puisse ĂȘtre envisagĂ© chez les patients prĂ©sentant un STEMI et bĂ©nĂ©ficiant d’une ICP primaire.

Le plan de traitement d’entretien ultĂ©rieur doit ĂȘtre réévaluĂ© Ă  mesure que les risques ischĂ©miques et hĂ©morragiques Ă©voluent.

Recommandations des lignes directrices

Les recommandations résumées dans les données de référence sont les suivantes :

Recommandation Classe Niveau
DiffĂ©rer la chirurgie non cardiaque Ă©lective jusqu’à 6 mois aprĂšs une ICP Ă©lective et 12 mois aprĂšs un SCA I A
AprĂšs une ICP Ă©lective, diffĂ©rer une chirurgie dans un dĂ©lai contraint jusqu’à l’achĂšvement d’au moins 1 mois de DAPT I B
Discuter de la prise en charge antiplaquettaire pĂ©riopĂ©ratoire entre le chirurgien, l’anesthĂ©siste et le cardiologue I C
Envisager au moins 3 mois de DAPT avant une chirurgie dans un délai contraint chez les patients à haut risque ayant une ICP récente IIa C
Poursuivre l’aspirine en pĂ©riopĂ©ratoire aprĂšs une ICP antĂ©rieure lorsque le risque hĂ©morragique le permet I B
Interrompre le ticagrĂ©lor pendant 3–5 jours, le clopidogrel pendant 5 jours et le prasugrel pendant 7 jours avant l’intervention lorsqu’une interruption est nĂ©cessaire I B
Interrompre l’aspirine pendant au moins 7 jours avant une chirurgie Ă  trĂšs haut risque hĂ©morragique I C
Chez les patients sans ICP antĂ©rieure, envisager une interruption de l’aspirine pendant au moins 3 jours lorsque le risque hĂ©morragique l’emporte sur le risque ischĂ©mique IIb B
Reprendre le traitement antiplaquettaire interrompu dĂšs que possible, dans les 48 heures lorsque cela est possible I C

Dans le SCA, la stratĂ©gie par dĂ©faut consiste en une DAPT de 12 mois associant l’aspirine Ă  un inhibiteur puissant de P2Y12. Pour l’ICP dans le SCC, la durĂ©e standard est de 6 mois, avec une rĂ©duction Ă  1–3 mois chez les patients prĂ©sentant un risque hĂ©morragique trĂšs Ă©levĂ©. Une DAPT prolongĂ©e est une option chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, ayant tolĂ©rĂ© le traitement et ne prĂ©sentant pas de risque accru d’hĂ©morragie majeure ou mettant en jeu le pronostic vital.

Pronostic et suivi

Le pronostic aprĂšs un SCA ou une ICP dĂ©pend largement du maintien d’un Ă©quilibre appropriĂ© entre la prĂ©vention de la thrombose rĂ©cidivante et l’évitement des hĂ©morragies. Les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques et hĂ©morragiques diminuent tous deux nettement au fil du temps aprĂšs une ICP pour SCA ; le bĂ©nĂ©fice net de la poursuite de la DAPT doit donc ĂȘtre réévaluĂ© lorsque le patient passe de la phase aiguĂ« Ă  la prĂ©vention secondaire au long cours.

Une prudence particuliĂšre est nĂ©cessaire lors des interventions non cardiaques. Des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs aprĂšs une ICP chez des patients opĂ©rĂ©s ont Ă©tĂ© rapportĂ©s dans une fourchette de 2–8%, avec un risque plus de deux fois supĂ©rieur Ă  celui observĂ© chez les patients sans stent coronaire. Le risque est maximal durant le premier mois suivant l’ICP. Les autres facteurs dĂ©favorables comprennent l’ICP primaire pour STEMI, l’interruption ou l’arrĂȘt de la DAPT, les lĂ©sions ostiales ou distales et la chirurgie urgente.

Le suivi doit donc comporter :

  • Une réévaluation du risque ischĂ©mique rĂ©cidivant.

  • La recherche d’évĂ©nements hĂ©morragiques et l’évaluation des facteurs hĂ©morragiques modifiables.

  • La confirmation que la durĂ©e prĂ©vue de la DAPT reste appropriĂ©e.

  • L’évaluation de l’observance et de la tolĂ©rance.

  • Une réévaluation avant toute procĂ©dure invasive ou intervention chirurgicale.

  • Le passage Ă  une SAPT ou Ă  une autre stratĂ©gie antithrombotique au long cours lorsque cela est indiquĂ©.

Chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ© persistant et un faible risque hĂ©morragique, un traitement antithrombotique intensifiĂ© prolongĂ© peut ĂȘtre appropriĂ©. Chez les patients dont le risque hĂ©morragique augmente, une dĂ©sescalade, une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 ou un passage Ă  une SAPT doivent ĂȘtre envisagĂ©s. La durĂ©e prĂ©cise du traitement au-delĂ  des pĂ©riodes Ă©tudiĂ©es dans les essais cliniques demeure incertaine, ce qui renforce la nĂ©cessitĂ© d’une réévaluation pĂ©riodique et individualisĂ©e.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 6 août 2026