Définition et physiopathologie
La dissection coronaire spontanĂ©e (DCS) est une affection coronarienne aiguĂ« due Ă une sĂ©paration au sein de la paroi artĂ©rielle coronaire, gĂ©nĂ©ralement par formation dâun hĂ©matome intramural comprimant la vraie lumiĂšre. La rĂ©duction consĂ©cutive du dĂ©bit coronaire peut entraĂźner une ischĂ©mie myocardique, un syndrome coronarien aigu (SCA), un infarctus du myocarde (IM) ou, rarement, une mort subite dâorigine cardiaque.
La DCS diffĂšre sur le plan physiopathologique de lâIM athĂ©rosclĂ©reux de type 1. Elle constitue une cause peu frĂ©quente de SCA dans la population gĂ©nĂ©rale, mais reprĂ©sente une proportion importante des prĂ©sentations de SCA chez les femmes jeunes et dâĂąge moyen. Lâaffection est souvent mĂ©connue ou diagnostiquĂ©e Ă tort, ce qui rend particuliĂšrement importante lâinterprĂ©tation angiographique exacte.
Le mécanisme initiateur précis reste incomplÚtement défini. Plusieurs associations ont été décrites :
Sexe fĂ©minin, notamment chez les patientes ĂągĂ©es dâenviron 40â50 ans.
Influences hormonales, notamment les modifications structurelles de la mĂ©dia coronaire liĂ©es aux ĆstrogĂšnes et Ă la progestĂ©rone.
PĂ©riode post-partum prĂ©coce, caractĂ©risĂ©e par dâimportantes variations hormonales.
Hypertension artĂ©rielle et exposition aux ĆstrogĂšnes.
Stress émotionnel ou stress psychique chronique.
Dysplasie fibromusculaire (DFM), susceptible dâentraĂźner des anomalies de la paroi artĂ©rielle et des hĂ©matomes intramuraux.
Maladies hĂ©rĂ©ditaires du tissu conjonctif, notamment le syndrome de Marfan et le syndrome dâEhlersâDanlos.
La DFM peut ĂȘtre cliniquement occulte et toucher plusieurs territoires vasculaires, notamment les artĂšres rĂ©nales, carotides, vertĂ©brales et coronaires. Dans une Ă©tude citĂ©e dans la source, une DFM a Ă©tĂ© identifiĂ©e chez 86% des patients atteints de DCS. La DCS doit donc faire envisager une artĂ©riopathie systĂ©mique plutĂŽt que dâĂȘtre considĂ©rĂ©e uniquement comme un Ă©vĂ©nement coronaire isolĂ©.
La DCS touche principalement la circulation coronaire gauche et peut intĂ©resser plusieurs vaisseaux. La DCS associĂ©e Ă la grossesse peut survenir Ă nâimporte quel stade de la grossesse ou aprĂšs lâaccouchement, bien que plus de 70% des cas surviennent au dĂ©but du post-partum, le plus souvent au cours de la premiĂšre semaine. Elle constitue, dans les donnĂ©es citĂ©es, la cause la plus frĂ©quente de SCA pendant la grossesse et la pĂ©riode post-partum.
Classification angiographique
La DCS est classiquement subdivisée en trois aspects angiographiques :
| Type | Aspect angiographique | Considérations diagnostiques |
|---|---|---|
| Type 1 | Opacification de la paroi artérielle avec plusieurs lumiÚres ou chenaux radiotransparents | Aspect classique, généralement facilement reconnu |
| Type 2 | RĂ©trĂ©cissement luminal long, lisse et diffus, sâĂ©tendant habituellement sur plus de 20â30 mm | Aspect le plus frĂ©quent ; peut ĂȘtre pris Ă tort pour un vasospasme ou une maladie diffuse |
| Type 3 | Sténose focale ou tubulaire ressemblant à une lésion athéroscléreuse | Nécessite souvent une imagerie intravasculaire pour mettre en évidence un hématome intramural ou une double lumiÚre |
Le type 1 est observĂ© dans moins dâun tiers des cas dans la source consacrĂ©e aux formes associĂ©es Ă la grossesse. Les types 2 et 3 sont plus difficiles Ă diagnostiquer, car ils ne prĂ©sentent pas nĂ©cessairement lâaspect classique en double lumiĂšre.
Présentation clinique et symptÎmes
La DCS se manifeste gĂ©nĂ©ralement par un SCA. Les symptĂŽmes peuvent donc comprendre une douleur thoracique aiguĂ« ou une gĂȘne thoracique, accompagnĂ©e de manifestations dâischĂ©mie myocardique. Pendant la grossesse, la prĂ©sentation clinique du SCA est gĂ©nĂ©ralement similaire Ă celle observĂ©e chez les patientes non enceintes, bien que les symptĂŽmes puissent ĂȘtre atypiques. Les patientes enceintes atteintes de DCS peuvent prĂ©senter une forme plus sĂ©vĂšre que celles ayant un SCA sans DCS.
La DCS peut se manifester par :
Infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST (STEMI).
Infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST (NSTEMI).
Ischémie myocardique instable.
Arythmie ventriculaire ou arrĂȘt cardiaque soudain.
Dissection coronaire chronique se présentant comme une insuffisance cardiaque, bien que cette situation soit décrite comme peu fréquente.
Dans le SCA associĂ© Ă la grossesse, le STEMI est plus frĂ©quent que le NSTEMI, et jusquâĂ deux tiers des infarctus sont antĂ©rieurs. Le risque de SCA est maximal au troisiĂšme trimestre et pendant la pĂ©riode post-partum, bien que la DCS puisse survenir Ă tout moment de la grossesse ou aprĂšs lâaccouchement.
Le contexte clinique revĂȘt une importance particuliĂšre. Une DCS doit ĂȘtre envisagĂ©e chez une femme jeune ou dâĂąge moyen prĂ©sentant un SCA et peu de facteurs de risque cardiovasculaire conventionnels, en particulier lorsque lâĂ©vĂ©nement survient pendant la grossesse ou au dĂ©but de la pĂ©riode post-partum. Le stress Ă©motionnel et le stress psychique chronique sont des facteurs dĂ©clenchants rapportĂ©s ; la rĂ©adaptation doit donc prendre en compte la gestion du stress, lâĂ©quilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, ainsi que les autres facteurs de stress identifiables.
Ăvaluation et examen clinique
LâĂ©valuation initiale suit les principes habituels de prise en charge dâun SCA. Chez les patientes enceintes prĂ©sentant une douleur thoracique aiguĂ«, la dĂ©marche diagnostique comprend :
Examen clinique.
ECG à 12 dérivations.
Dosage des biomarqueurs cardiaques.
Ăchocardiographie.
La prĂ©sentation doit ĂȘtre interprĂ©tĂ©e dans le contexte de la grossesse, du statut post-partum, de lâhypertension artĂ©rielle, de la prĂ©-Ă©clampsie, de la thrombophilie, de lâinfection, de lâhĂ©morragie et des autres affections prothrombotiques ou inflammatoires associĂ©es Ă la grossesse.
Lâexamen clinique doit rechercher :
Une stabilité hémodynamique.
Des signes dâischĂ©mie myocardique persistante.
Des signes dâinsuffisance cardiaque.
Une arythmie ou un collapsus cardiovasculaire.
La pression artĂ©rielle, notamment parce que lâhypertension peut contribuer au risque de rĂ©cidive.
Des signes Ă©vocateurs dâune DFM ou dâune maladie vasculaire associĂ©e, tels quâune hypertension artĂ©rielle, un souffle Ă©pigastrique, un souffle cervical, des acouphĂšnes pulsatiles, des cĂ©phalĂ©es sĂ©vĂšres ou rĂ©cidivantes, un accident ischĂ©mique transitoire ou un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral.
Des signes en faveur dâune maladie hĂ©rĂ©ditaire du tissu conjonctif ou dâune autre artĂ©riopathie systĂ©mique.
LâĂ©valuation des territoires artĂ©riels rĂ©nal, cervical et cĂ©rĂ©bral est pertinente lorsquâune DFM est suspectĂ©e. La prĂ©sence dâune DCS figure elle-mĂȘme parmi les situations cliniques devant faire envisager une DFM.
Examens diagnostiques
Ălectrocardiographie
LâECG fait partie de lâĂ©valuation initiale dâun SCA. La source ne dĂ©finit pas dâaspect ECG spĂ©cifique permettant de diagnostiquer une DCS. Les anomalies ECG doivent donc ĂȘtre interprĂ©tĂ©es comme les signes du syndrome coronarien aigu associĂ© et non comme un moyen de confirmer isolĂ©ment le diagnostic artĂ©riel.
Ăchocardiographie
LâĂ©chocardiographie fait partie de lâĂ©valuation diagnostique dâune douleur thoracique aiguĂ« pendant la grossesse. La source ne prĂ©cise pas de rĂ©sultats Ă©chocardiographiques ni de critĂšres particuliers pour la DCS. Elle peut nĂ©anmoins contribuer Ă Ă©valuer les consĂ©quences myocardiques et lâĂ©tat hĂ©modynamique dans le cadre de lâĂ©valuation globale du SCA.
Coronarographie
Une coronarographie urgente est recommandée en cas de DCS suspectée se présentant par un STEMI et constitue un examen diagnostique important de maniÚre générale en cas de DCS suspectée. La coronarographie peut mettre en évidence :
Une opacification de la paroi artérielle.
Plusieurs lumiĂšres ou chenaux radiotransparents.
Un rétrécissement long, lisse et diffus.
Une sténose focale ou tubulaire simulant une lésion athéroscléreuse.
Chez les patientes prĂ©sentant un NSTEMI ou un SCA pendant la grossesse, la coronarographie est considĂ©rĂ©e comme raisonnable, bien quâelle ne doive pas nĂ©cessairement ĂȘtre rĂ©alisĂ©e en urgence dans tous les cas. Le cathĂ©tĂ©risme et les interventions coronaires pendant la grossesse doivent ĂȘtre effectuĂ©s par des opĂ©rateurs expĂ©rimentĂ©s dans un centre de cardio-obstĂ©trique.
Une angioscanner coronaire nĂ©gative nâexclut pas une DCS. La source ne confĂšre pas Ă lâangioscanner coronaire de rĂŽle en tant quâexamen dĂ©finitif de la DCS.
Imagerie intravasculaire
La tomographie par cohĂ©rence optique (OCT) ou lâĂ©chographie intravasculaire (IVUS) peuvent contribuer Ă Ă©tablir le diagnostic lorsque la coronarographie est non concluante, notamment dans les DCS de type 3 et certaines lĂ©sions de type 2. Lâimagerie peut montrer un hĂ©matome intramural ou une double lumiĂšre.
La dĂ©cision de recourir Ă lâimagerie intravasculaire doit ĂȘtre prudente. Aucun essai contrĂŽlĂ© randomisĂ© ne guide cette stratĂ©gie et lâinstrumentation coronaire comporte des risques, notamment celui dâune extension de la dissection. La tortuositĂ© vasculaire, le faible diamĂštre du vaisseau et la localisation distale de la lĂ©sion peuvent accroĂźtre le risque procĂ©dural. Si une imagerie est rĂ©alisĂ©e, il faut dâabord confirmer que le guide est situĂ© dans la vraie lumiĂšre avant dâavancer le cathĂ©ter dâimagerie.
Lorsque la coronarographie a Ă©tabli le diagnostic de DCS et quâun traitement conservateur est prĂ©vu, lâinstrumentation coronaire supplĂ©mentaire ou lâimagerie intravasculaire nâest pas recommandĂ©e en raison des problĂšmes de sĂ©curitĂ©.
Recherche dâune artĂ©riopathie associĂ©e
La DCS pouvant ĂȘtre associĂ©e Ă une DFM, la source recommande le dĂ©pistage dâautres territoires vasculaires. Les artĂšres rĂ©nales peuvent ĂȘtre Ă©valuĂ©es par angiographie ou angioscanner. Plus largement, lâĂ©valuation dâune DFM peut comprendre :
Une angio-TDM ou une angio-IRM de lâabdomen, du pelvis et du cou.
Au moins un examen angio-TDM ou angio-IRM de la tĂȘte Ă la recherche dâun anĂ©vrisme intracrĂąnien.
Une Ă©chographie Doppler rĂ©nale et carotidienne/vertĂ©brale dans les centres disposant dâune expertise appropriĂ©e.
Une angiographie par cathĂ©tĂ©risme lorsque la suspicion clinique reste Ă©levĂ©e et que lâimagerie non invasive nâest pas concluante, ou avant une intervention endovasculaire.
Biomarqueurs et résultats biologiques
Les biomarqueurs cardiaques font partie de lâĂ©valuation standard dâune douleur thoracique aiguĂ« et dâun SCA pendant la grossesse. La source ne prĂ©cise pas de concentrations caractĂ©ristiques des biomarqueurs ni de profil biologique spĂ©cifique de la DCS.
LâinterprĂ©tation diagnostique des biomarqueurs doit tenir compte du contexte clinique. La source prĂ©cise quâune Ă©lĂ©vation de la troponine peut Ă©galement survenir aprĂšs un arrĂȘt cardiaque en raison dâune ischĂ©mie transitoire ou dâune perte de perfusion myocardique pendant lâarrĂȘt ; ainsi, une Ă©lĂ©vation isolĂ©e de la troponine ne permet pas dâĂ©tablir le mĂ©canisme de la lĂ©sion coronaire.
Lorsquâune DFM est envisagĂ©e, les examens inflammatoires peuvent aider Ă la distinguer dâune vascularite. La DFM se caractĂ©rise par lâabsence de signes cliniques, de symptĂŽmes ou de rĂ©sultats biologiques suggĂ©rant une inflammation, tels quâune Ă©lĂ©vation de la vitesse de sĂ©dimentation ou de la protĂ©ine C-rĂ©active.
Traitement et prise en charge
Principes généraux
En attendant les rĂ©sultats des Ă©tudes prospectives en cours, les patients atteints de DCS doivent recevoir le mĂȘme traitement pharmacologique que les autres patients prĂ©sentant un SCA. Toutefois, la stratĂ©gie de revascularisation diffĂšre largement de celle utilisĂ©e dans les SCA athĂ©rosclĂ©reux typiques, car lâICP expose Ă un risque Ă©levĂ© de complications procĂ©durales et la cicatrisation spontanĂ©e peut rĂ©tablir le flux coronaire.
La prise en charge doit ĂȘtre individualisĂ©e en fonction :
De la stabilité hémodynamique.
De la prĂ©sence ou de lâabsence dâune ischĂ©mie persistante.
De lâanatomie coronaire et de la quantitĂ© de myocarde Ă risque.
Du flux coronaire antérograde.
De lâatteinte du tronc commun gauche ou des vaisseaux proximaux.
De la grossesse ou du statut post-partum.
De la faisabilitĂ© dâune ICP ou dâun pontage aortocoronarien.
De lâexpertise locale et de lâĂ©valuation multidisciplinaire.
Prise en charge conservatrice
La prise en charge mĂ©dicale conservatrice est gĂ©nĂ©ralement privilĂ©giĂ©e, notamment chez les patients cliniquement stables sans ischĂ©mie active ou persistante. Elle repose sur la possibilitĂ© dâune cicatrisation spontanĂ©e de la DCS et sur le risque que lâICP Ă©tende lâhĂ©matome intramural ou provoque une dissection iatrogĂšne.
Dans la DCS associĂ©e Ă la grossesse, une approche conservatrice est spĂ©cifiquement recommandĂ©e chez les femmes cliniquement stables sans ischĂ©mie active ou persistante. La surveillance hospitaliĂšre doit ĂȘtre prolongĂ©e, car une extension de la dissection peut survenir au cours des sept premiers jours ; la source rapporte une telle complication chez jusquâĂ 10% des patients traitĂ©s de maniĂšre conservatrice.
Une coronarographie de contrĂŽle a mis en Ă©vidence une cicatrisation angiographique chez au moins 70% des patients dans une source consacrĂ©e aux formes associĂ©es Ă la grossesse, tandis quâune autre Ă©tude citĂ©e a rapportĂ© une cicatrisation chez 95% des patients ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© dâune coronarographie rĂ©pĂ©tĂ©e plus de 30 jours aprĂšs la DCS. Ces observations soutiennent la prise en charge conservatrice lorsque les circonstances cliniques le permettent, bien que les donnĂ©es citĂ©es ne proviennent pas de populations consĂ©cutives ou exclusivement enceintes.
Intervention coronaire percutanée
LâICP nâest pas recommandĂ©e systĂ©matiquement dans la DCS. Elle est rĂ©servĂ©e aux patients prĂ©sentant :
Des symptĂŽmes et des signes dâischĂ©mie myocardique persistante.
Une large zone de myocarde Ă risque.
Une réduction du flux coronaire antérograde.
Une instabilité hémodynamique.
Une atteinte sĂ©lectionnĂ©e du tronc commun gauche ou une maladie proximale sĂ©vĂšre lorsquâune revascularisation est nĂ©cessaire.
LâICP a Ă©tĂ© associĂ©e Ă des complications coronaires chez plus de 30% des patients dans une sĂ©rie internationale. Dans une analyse groupĂ©e de cohortes de patients traitĂ©s par ICP pour DCS, des complications sont survenues dans environ 40% des cas, dont des complications graves dans 13%.
Les stratégies procédurales possibles comprennent :
Une angioplastie au ballonnet simple, minimale, visant Ă rĂ©tablir le flux, suivie dâune prise en charge conservatrice.
La mise en place ciblĂ©e dâun stent pour obturer les extrĂ©mitĂ©s proximale et distale de la dissection.
Une couverture par stent plus longue lorsque cela est nĂ©cessaire pour limiter la propagation de lâhĂ©matome intramural.
Pendant la grossesse, le risque de dissection coronaire induite par le cathĂ©ter est accru, estimĂ© Ă environ 3% dans la source. La voie radiale Ă©tait associĂ©e Ă un risque plus Ă©levĂ© de dissection iatrogĂšne dans la discussion consacrĂ©e Ă la grossesse ; la voie fĂ©morale peut donc ĂȘtre privilĂ©giĂ©e. LâICP doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e par des opĂ©rateurs expĂ©rimentĂ©s dans un centre de cardio-obstĂ©trique.
Pontage aortocoronarien
Un pontage aortocoronarien est recommandĂ© ou doit ĂȘtre envisagĂ© lorsque :
La dissection intĂ©resse le tronc commun de lâartĂšre coronaire gauche.
Deux vaisseaux coronaires proximaux sont atteints.
LâICP nâest pas rĂ©alisable ou a Ă©chouĂ©.
LâischĂ©mie myocardique persistante se poursuit.
Il existe une instabilité hémodynamique.
Une maladie proximale sévÚre expose un vaste territoire myocardique à risque.
En cas de DCS associée à la grossesse impliquant le tronc commun gauche ou les vaisseaux proximaux, une équipe multidisciplinaire doit déterminer si une ICP ou un pontage est approprié.
Le pontage peut ĂȘtre associĂ© Ă de bons rĂ©sultats cliniques prĂ©coces, mais lâocclusion tardive des greffons constitue une prĂ©occupation importante. La source rapporte un taux dâocclusion des greffons de 68% Ă cinq ans dans une Ă©tude observationnelle. Cela pourrait sâexpliquer par la difficultĂ© technique de lâanastomose sur des vaisseaux dissĂ©quĂ©s et par la cicatrisation spontanĂ©e de lâartĂšre native, crĂ©ant un flux compĂ©titif. Il convient donc dâenvisager des greffons veineux afin de prĂ©server les conduits artĂ©riels pour une Ă©ventuelle utilisation ultĂ©rieure.
Le pontage ne protÚge pas contre une récidive de DCS et une occlusion du greffon peut survenir lors de la cicatrisation des artÚres coronaires natives.
Traitement pharmacologique
Le schĂ©ma pharmacologique optimal aprĂšs une DCS reste incertain et fait lâobjet dâĂ©tudes. En attendant des donnĂ©es plus dĂ©finitives, le traitement suit gĂ©nĂ©ralement les pratiques du SCA, avec dâimportantes distinctions entre les patients traitĂ©s de maniĂšre conservatrice, ceux ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© dâune ICP et les patientes enceintes.
Traitement antiplaquettaire
Dans la DCS traitĂ©e de maniĂšre conservatrice, le rĂŽle du traitement antiplaquettaire reste controversĂ©. Des donnĂ©es limitĂ©es sont en faveur dâune monothĂ©rapie par aspirine.
Les patients ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© dâune ICP doivent recevoir une bithĂ©rapie antiplaquettaire. Pendant la grossesse, le clopidogrel est considĂ©rĂ© dans la source comme le seul inhibiteur de P2Y12 rĂ©putĂ© sĂ»r. Lâindication du clopidogrel chez les patients nâayant pas bĂ©nĂ©ficiĂ© dâune ICP est moins certaine en raison dâune augmentation potentielle du risque hĂ©morragique.
Le clopidogrel doit ĂȘtre arrĂȘtĂ© sept jours avant une anesthĂ©sie locorĂ©gionale.
BĂȘtabloquants
Les bĂȘtabloquants pourraient ĂȘtre associĂ©s Ă un risque plus faible de rĂ©cidive de DCS dans les donnĂ©es observationnelles. Le labĂ©talol est citĂ© en exemple, notamment dans le contexte des formes associĂ©es Ă la grossesse. Les patients ayant un IM doivent recevoir des bĂȘtabloquants sauf raison clinique de sâen abstenir.
La prĂ©vention de lâhypertension est soulignĂ©e comme un Ă©lĂ©ment de la prise en charge Ă long terme.
Dérivés nitrés et inhibiteurs calciques
Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s et les inhibiteurs calciques peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour traiter lâangor. Pendant la grossesse, les doses de dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s doivent ĂȘtre ajustĂ©es avec prudence, car une hypotension maternelle excessive peut compromettre la perfusion placentaire ; le placenta ne peut pas autorĂ©guler la pression artĂ©rielle.
Anticoagulants
LâhĂ©parine de bas poids molĂ©culaire, telle que lâĂ©noxaparine, ou lâhĂ©parine non fractionnĂ©e peuvent ĂȘtre utilisĂ©es en cas dâIM aigu pendant la grossesse. Le fondaparinux est une option en cas de thrombopĂ©nie induite par lâhĂ©parine ou dâallergie Ă lâhĂ©parine.
Les anticoagulants oraux directs sont contre-indiqués pendant la grossesse.
Inhibiteurs du systĂšme rĂ©nineâangiotensine
Les inhibiteurs de lâECA et les antagonistes des rĂ©cepteurs de lâangiotensine sont contre-indiquĂ©s pendant la grossesse. Les inhibiteurs de lâECA peuvent ĂȘtre repris aprĂšs lâaccouchement et certains sont compatibles avec lâallaitement.
Traitement hypolipémiant
Les statines ne sont plus dĂ©crites comme Ă©tant systĂ©matiquement contre-indiquĂ©es pendant la grossesse et peuvent ĂȘtre envisagĂ©es chez les patientes Ă trĂšs haut risque prĂ©sentant une coronaropathie Ă©tablie. La source ne fournit pas de statine, de dose ni de seuil thĂ©rapeutique spĂ©cifique Ă la grossesse.
Prise en charge de la dysplasie fibromusculaire associée
Les patients prĂ©sentant une DCS et une DFM associĂ©e doivent bĂ©nĂ©ficier dâune Ă©valuation des autres territoires artĂ©riels. Lâaspirine est recommandĂ©e dans la DFM, bien quâaucune des Ă©tudes citĂ©es dans la source nâait dĂ©montrĂ© de rĂ©duction des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs.
Les inhibiteurs de lâECA ou les antagonistes des rĂ©cepteurs de lâangiotensine sont recommandĂ©s dans lâhypertension rĂ©novasculaire due Ă une DFM. Le sevrage tabagique est important, car le tabagisme est associĂ© Ă de moins bons rĂ©sultats.
Les patients prĂ©sentant une DFM cervicale, notamment ceux ayant une dissection ou un anĂ©vrisme de lâartĂšre cervicale, doivent Ă©viter les activitĂ©s susceptibles de provoquer une nouvelle lĂ©sion vasculaire, notamment :
Haltérophilie lourde.
Saut en parachute.
Plongée sous-marine.
ManĂšges de type montagnes russes.
Manipulations chiropratiques du cou.
Massage cervical profond.
Prise en charge pendant la grossesse et le post-partum
La DCS associĂ©e Ă la grossesse doit ĂȘtre prise en charge par une Ă©quipe multidisciplinaire spĂ©cialisĂ©e dans les cardiopathies maternelles. La grossesse et lâaccouchement doivent avoir lieu dans un centre de rĂ©fĂ©rence capable dâassurer une revascularisation coronaire et des traitements cardiaques avancĂ©s si nĂ©cessaire.
La source dĂ©crit lâaccouchement par voie vaginale avec anesthĂ©sie pĂ©ridurale et la rĂ©duction des efforts maternels pendant lâaccouchement vaginal comme la recommandation actuelle chez les patientes ayant un IM pendant la grossesse. Les dĂ©cisions doivent rester individualisĂ©es selon lâĂ©tat cardiovasculaire et le contexte obstĂ©trical.
Une grossesse ultĂ©rieure nĂ©cessite une information et un conseil approfondis. La grossesse constitue en elle-mĂȘme un facteur de risque de DCS et, selon la source, les grossesses ultĂ©rieures doivent ĂȘtre dĂ©conseillĂ©es, car le risque Ă trois ans dâĂ©vĂ©nements cardiaques majeurs aprĂšs une DCS peut atteindre 30%. Les femmes ayant des antĂ©cĂ©dents de DCS doivent recevoir une information explicite sur le risque de rĂ©cidive avant dâenvisager une nouvelle grossesse.
Recommandations des sociétés savantes
Les principales recommandations étayées par la source sont résumées ci-dessous.
| Situation clinique | Approche recommandée |
|---|---|
| DCS stable sans ischémie persistante | La prise en charge médicale conservatrice est généralement privilégiée |
| DCS avec ischĂ©mie persistante, rĂ©duction du flux antĂ©rograde ou vaste territoire myocardique Ă risque | Une ICP doit ĂȘtre envisagĂ©e |
| Dissection du tronc commun gauche ou de deux vaisseaux proximaux | Un pontage doit ĂȘtre envisagĂ© ou recommandĂ©, notamment lorsque lâICP nâest pas rĂ©alisable ou a Ă©chouĂ© |
| DCS associée à la grossesse, cliniquement stable et sans ischémie persistante | Prise en charge conservatrice avec surveillance hospitaliÚre rapprochée |
| DCS associée à la grossesse impliquant le tronc commun gauche ou les vaisseaux proximaux | Décision multidisciplinaire concernant une ICP ou un pontage |
| Incertitude diagnostique aprĂšs la coronarographie | Une OCT ou une IVUS peut ĂȘtre envisagĂ©e avec prudence |
| DCS Ă©tablie angiographiquement et traitĂ©e mĂ©dicalement | Lâinstrumentation coronaire supplĂ©mentaire et lâimagerie intravasculaire ne sont pas recommandĂ©es |
| DCS traitée de maniÚre conservatrice | Une monothérapie par aspirine est privilégiée sur la base de données observationnelles limitées, bien que la stratégie antiplaquettaire globale reste controversée |
| DCS avec DFM associĂ©e | Une imagerie vasculaire, comprenant lâĂ©valuation des territoires rĂ©nal, cervical et intracrĂąnien, doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e selon les indications cliniques |
| Grossesse avec SCA ou DCS suspectĂ©e | LâĂ©valuation comprend lâexamen clinique, lâECG, les biomarqueurs et lâĂ©chocardiographie ; une coronarographie doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e par des opĂ©rateurs expĂ©rimentĂ©s lorsquâelle est indiquĂ©e |
Pronostic et suivi
La DCS peut cicatriser spontanĂ©ment et la cicatrisation angiographique est frĂ©quente au suivi. La source rapporte une cicatrisation chez au moins 70% des patients dans une sĂ©rie consacrĂ©e aux formes associĂ©es Ă la grossesse et chez 95% des patients ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© dâune coronarographie rĂ©pĂ©tĂ©e plus de 30 jours aprĂšs la DCS dans une autre Ă©tude.
Malgré ce potentiel de cicatrisation, la DCS est associée à des risques précoces et tardifs cliniquement importants :
Extension de la dissection, notamment au cours des sept premiers jours suivant un traitement conservateur.
Récidive de DCS.
RĂ©cidive dâun SCA ou dâun IM.
Insuffisance cardiaque lorsquâune dissection chronique a entraĂźnĂ© une lĂ©sion myocardique persistante.
Arythmie et mort subite dâorigine cardiaque dans les formes sĂ©vĂšres.
Occlusion des greffons aprĂšs pontage.
Complications procĂ©durales lors dâune ICP.
Chez les survivants dâune DCS, les donnĂ©es Ă long terme citĂ©es rapportent une mortalitĂ© ultĂ©rieure dâenviron 20% Ă trois ans et une rĂ©cidive de dissection chez 10â15% des patients. Une autre source rapporte un risque Ă trois ans dâĂ©vĂ©nements cardiaques majeurs pouvant atteindre 30% chez les patients atteints de DCS en gĂ©nĂ©ral.
Le suivi doit donc comprendre :
Une surveillance clinique Ă la recherche dâune rĂ©cidive de douleur thoracique ou dâischĂ©mie.
Une évaluation et un contrÎle de la pression artérielle.
Une vĂ©rification de la tolĂ©rance et de lâobservance du traitement.
Une recherche de récidive de dissection ou de maladie vasculaire associée.
Un dépistage et une évaluation sériée de la DFM lorsque cela est indiqué.
Une évaluation psychologique et un soutien à la gestion du stress.
Une information et un conseil concernant une grossesse ultérieure.
La possibilitĂ© dâune imagerie coronaire de suivi lorsque cela est cliniquement appropriĂ©, en tenant compte du fait quâune imagerie invasive systĂ©matique nâest pas recommandĂ©e lorsque le diagnostic est Ă©tabli et que le patient est traitĂ© mĂ©dicalement.
La rĂ©adaptation cardiaque doit intĂ©grer la prise en charge du stress Ă©motionnel et du stress psychique chronique, une attention portĂ©e Ă lâĂ©quilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, ainsi quâun accompagnement psychologique si nĂ©cessaire. La stratĂ©gie Ă long terme doit concilier la possibilitĂ© favorable dâune cicatrisation coronaire spontanĂ©e avec les risques persistants de rĂ©cidive, de comorbiditĂ© vasculaire et dâĂ©vĂ©nements cardiaques majeurs.