đŸš« Dissection coronaire spontanĂ©e

Sommaire (21)

Définition et physiopathologie

La dissection coronaire spontanĂ©e (DCS) est une affection coronarienne aiguĂ« due Ă  une sĂ©paration au sein de la paroi artĂ©rielle coronaire, gĂ©nĂ©ralement par formation d’un hĂ©matome intramural comprimant la vraie lumiĂšre. La rĂ©duction consĂ©cutive du dĂ©bit coronaire peut entraĂźner une ischĂ©mie myocardique, un syndrome coronarien aigu (SCA), un infarctus du myocarde (IM) ou, rarement, une mort subite d’origine cardiaque.

La DCS diffĂšre sur le plan physiopathologique de l’IM athĂ©rosclĂ©reux de type 1. Elle constitue une cause peu frĂ©quente de SCA dans la population gĂ©nĂ©rale, mais reprĂ©sente une proportion importante des prĂ©sentations de SCA chez les femmes jeunes et d’ñge moyen. L’affection est souvent mĂ©connue ou diagnostiquĂ©e Ă  tort, ce qui rend particuliĂšrement importante l’interprĂ©tation angiographique exacte.

Le mécanisme initiateur précis reste incomplÚtement défini. Plusieurs associations ont été décrites :

  • Sexe fĂ©minin, notamment chez les patientes ĂągĂ©es d’environ 40–50 ans.

  • Influences hormonales, notamment les modifications structurelles de la mĂ©dia coronaire liĂ©es aux ƓstrogĂšnes et Ă  la progestĂ©rone.

  • PĂ©riode post-partum prĂ©coce, caractĂ©risĂ©e par d’importantes variations hormonales.

  • Hypertension artĂ©rielle et exposition aux ƓstrogĂšnes.

  • Stress Ă©motionnel ou stress psychique chronique.

  • Dysplasie fibromusculaire (DFM), susceptible d’entraĂźner des anomalies de la paroi artĂ©rielle et des hĂ©matomes intramuraux.

  • Maladies hĂ©rĂ©ditaires du tissu conjonctif, notamment le syndrome de Marfan et le syndrome d’Ehlers–Danlos.

La DFM peut ĂȘtre cliniquement occulte et toucher plusieurs territoires vasculaires, notamment les artĂšres rĂ©nales, carotides, vertĂ©brales et coronaires. Dans une Ă©tude citĂ©e dans la source, une DFM a Ă©tĂ© identifiĂ©e chez 86% des patients atteints de DCS. La DCS doit donc faire envisager une artĂ©riopathie systĂ©mique plutĂŽt que d’ĂȘtre considĂ©rĂ©e uniquement comme un Ă©vĂ©nement coronaire isolĂ©.

La DCS touche principalement la circulation coronaire gauche et peut intĂ©resser plusieurs vaisseaux. La DCS associĂ©e Ă  la grossesse peut survenir Ă  n’importe quel stade de la grossesse ou aprĂšs l’accouchement, bien que plus de 70% des cas surviennent au dĂ©but du post-partum, le plus souvent au cours de la premiĂšre semaine. Elle constitue, dans les donnĂ©es citĂ©es, la cause la plus frĂ©quente de SCA pendant la grossesse et la pĂ©riode post-partum.

Classification angiographique

La DCS est classiquement subdivisée en trois aspects angiographiques :

Type Aspect angiographique Considérations diagnostiques
Type 1 Opacification de la paroi artérielle avec plusieurs lumiÚres ou chenaux radiotransparents Aspect classique, généralement facilement reconnu
Type 2 RĂ©trĂ©cissement luminal long, lisse et diffus, s’étendant habituellement sur plus de 20–30 mm Aspect le plus frĂ©quent ; peut ĂȘtre pris Ă  tort pour un vasospasme ou une maladie diffuse
Type 3 Sténose focale ou tubulaire ressemblant à une lésion athéroscléreuse Nécessite souvent une imagerie intravasculaire pour mettre en évidence un hématome intramural ou une double lumiÚre

Le type 1 est observĂ© dans moins d’un tiers des cas dans la source consacrĂ©e aux formes associĂ©es Ă  la grossesse. Les types 2 et 3 sont plus difficiles Ă  diagnostiquer, car ils ne prĂ©sentent pas nĂ©cessairement l’aspect classique en double lumiĂšre.

Présentation clinique et symptÎmes

La DCS se manifeste gĂ©nĂ©ralement par un SCA. Les symptĂŽmes peuvent donc comprendre une douleur thoracique aiguĂ« ou une gĂȘne thoracique, accompagnĂ©e de manifestations d’ischĂ©mie myocardique. Pendant la grossesse, la prĂ©sentation clinique du SCA est gĂ©nĂ©ralement similaire Ă  celle observĂ©e chez les patientes non enceintes, bien que les symptĂŽmes puissent ĂȘtre atypiques. Les patientes enceintes atteintes de DCS peuvent prĂ©senter une forme plus sĂ©vĂšre que celles ayant un SCA sans DCS.

La DCS peut se manifester par :

  • Infarctus du myocarde avec sus-dĂ©calage du segment ST (STEMI).

  • Infarctus du myocarde sans sus-dĂ©calage du segment ST (NSTEMI).

  • IschĂ©mie myocardique instable.

  • Arythmie ventriculaire ou arrĂȘt cardiaque soudain.

  • Dissection coronaire chronique se prĂ©sentant comme une insuffisance cardiaque, bien que cette situation soit dĂ©crite comme peu frĂ©quente.

Dans le SCA associĂ© Ă  la grossesse, le STEMI est plus frĂ©quent que le NSTEMI, et jusqu’à deux tiers des infarctus sont antĂ©rieurs. Le risque de SCA est maximal au troisiĂšme trimestre et pendant la pĂ©riode post-partum, bien que la DCS puisse survenir Ă  tout moment de la grossesse ou aprĂšs l’accouchement.

Le contexte clinique revĂȘt une importance particuliĂšre. Une DCS doit ĂȘtre envisagĂ©e chez une femme jeune ou d’ñge moyen prĂ©sentant un SCA et peu de facteurs de risque cardiovasculaire conventionnels, en particulier lorsque l’évĂ©nement survient pendant la grossesse ou au dĂ©but de la pĂ©riode post-partum. Le stress Ă©motionnel et le stress psychique chronique sont des facteurs dĂ©clenchants rapportĂ©s ; la rĂ©adaptation doit donc prendre en compte la gestion du stress, l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, ainsi que les autres facteurs de stress identifiables.

Évaluation et examen clinique

L’évaluation initiale suit les principes habituels de prise en charge d’un SCA. Chez les patientes enceintes prĂ©sentant une douleur thoracique aiguĂ«, la dĂ©marche diagnostique comprend :

  • Examen clinique.

  • ECG Ă  12 dĂ©rivations.

  • Dosage des biomarqueurs cardiaques.

  • Échocardiographie.

La prĂ©sentation doit ĂȘtre interprĂ©tĂ©e dans le contexte de la grossesse, du statut post-partum, de l’hypertension artĂ©rielle, de la prĂ©-Ă©clampsie, de la thrombophilie, de l’infection, de l’hĂ©morragie et des autres affections prothrombotiques ou inflammatoires associĂ©es Ă  la grossesse.

L’examen clinique doit rechercher :

  • Une stabilitĂ© hĂ©modynamique.

  • Des signes d’ischĂ©mie myocardique persistante.

  • Des signes d’insuffisance cardiaque.

  • Une arythmie ou un collapsus cardiovasculaire.

  • La pression artĂ©rielle, notamment parce que l’hypertension peut contribuer au risque de rĂ©cidive.

  • Des signes Ă©vocateurs d’une DFM ou d’une maladie vasculaire associĂ©e, tels qu’une hypertension artĂ©rielle, un souffle Ă©pigastrique, un souffle cervical, des acouphĂšnes pulsatiles, des cĂ©phalĂ©es sĂ©vĂšres ou rĂ©cidivantes, un accident ischĂ©mique transitoire ou un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral.

  • Des signes en faveur d’une maladie hĂ©rĂ©ditaire du tissu conjonctif ou d’une autre artĂ©riopathie systĂ©mique.

L’évaluation des territoires artĂ©riels rĂ©nal, cervical et cĂ©rĂ©bral est pertinente lorsqu’une DFM est suspectĂ©e. La prĂ©sence d’une DCS figure elle-mĂȘme parmi les situations cliniques devant faire envisager une DFM.

Examens diagnostiques

Électrocardiographie

L’ECG fait partie de l’évaluation initiale d’un SCA. La source ne dĂ©finit pas d’aspect ECG spĂ©cifique permettant de diagnostiquer une DCS. Les anomalies ECG doivent donc ĂȘtre interprĂ©tĂ©es comme les signes du syndrome coronarien aigu associĂ© et non comme un moyen de confirmer isolĂ©ment le diagnostic artĂ©riel.

Échocardiographie

L’échocardiographie fait partie de l’évaluation diagnostique d’une douleur thoracique aiguĂ« pendant la grossesse. La source ne prĂ©cise pas de rĂ©sultats Ă©chocardiographiques ni de critĂšres particuliers pour la DCS. Elle peut nĂ©anmoins contribuer Ă  Ă©valuer les consĂ©quences myocardiques et l’état hĂ©modynamique dans le cadre de l’évaluation globale du SCA.

Coronarographie

Une coronarographie urgente est recommandée en cas de DCS suspectée se présentant par un STEMI et constitue un examen diagnostique important de maniÚre générale en cas de DCS suspectée. La coronarographie peut mettre en évidence :

  • Une opacification de la paroi artĂ©rielle.

  • Plusieurs lumiĂšres ou chenaux radiotransparents.

  • Un rĂ©trĂ©cissement long, lisse et diffus.

  • Une stĂ©nose focale ou tubulaire simulant une lĂ©sion athĂ©rosclĂ©reuse.

Chez les patientes prĂ©sentant un NSTEMI ou un SCA pendant la grossesse, la coronarographie est considĂ©rĂ©e comme raisonnable, bien qu’elle ne doive pas nĂ©cessairement ĂȘtre rĂ©alisĂ©e en urgence dans tous les cas. Le cathĂ©tĂ©risme et les interventions coronaires pendant la grossesse doivent ĂȘtre effectuĂ©s par des opĂ©rateurs expĂ©rimentĂ©s dans un centre de cardio-obstĂ©trique.

Une angioscanner coronaire nĂ©gative n’exclut pas une DCS. La source ne confĂšre pas Ă  l’angioscanner coronaire de rĂŽle en tant qu’examen dĂ©finitif de la DCS.

Imagerie intravasculaire

La tomographie par cohĂ©rence optique (OCT) ou l’échographie intravasculaire (IVUS) peuvent contribuer Ă  Ă©tablir le diagnostic lorsque la coronarographie est non concluante, notamment dans les DCS de type 3 et certaines lĂ©sions de type 2. L’imagerie peut montrer un hĂ©matome intramural ou une double lumiĂšre.

La dĂ©cision de recourir Ă  l’imagerie intravasculaire doit ĂȘtre prudente. Aucun essai contrĂŽlĂ© randomisĂ© ne guide cette stratĂ©gie et l’instrumentation coronaire comporte des risques, notamment celui d’une extension de la dissection. La tortuositĂ© vasculaire, le faible diamĂštre du vaisseau et la localisation distale de la lĂ©sion peuvent accroĂźtre le risque procĂ©dural. Si une imagerie est rĂ©alisĂ©e, il faut d’abord confirmer que le guide est situĂ© dans la vraie lumiĂšre avant d’avancer le cathĂ©ter d’imagerie.

Lorsque la coronarographie a Ă©tabli le diagnostic de DCS et qu’un traitement conservateur est prĂ©vu, l’instrumentation coronaire supplĂ©mentaire ou l’imagerie intravasculaire n’est pas recommandĂ©e en raison des problĂšmes de sĂ©curitĂ©.

Recherche d’une artĂ©riopathie associĂ©e

La DCS pouvant ĂȘtre associĂ©e Ă  une DFM, la source recommande le dĂ©pistage d’autres territoires vasculaires. Les artĂšres rĂ©nales peuvent ĂȘtre Ă©valuĂ©es par angiographie ou angioscanner. Plus largement, l’évaluation d’une DFM peut comprendre :

  • Une angio-TDM ou une angio-IRM de l’abdomen, du pelvis et du cou.

  • Au moins un examen angio-TDM ou angio-IRM de la tĂȘte Ă  la recherche d’un anĂ©vrisme intracrĂąnien.

  • Une Ă©chographie Doppler rĂ©nale et carotidienne/vertĂ©brale dans les centres disposant d’une expertise appropriĂ©e.

  • Une angiographie par cathĂ©tĂ©risme lorsque la suspicion clinique reste Ă©levĂ©e et que l’imagerie non invasive n’est pas concluante, ou avant une intervention endovasculaire.

Biomarqueurs et résultats biologiques

Les biomarqueurs cardiaques font partie de l’évaluation standard d’une douleur thoracique aiguĂ« et d’un SCA pendant la grossesse. La source ne prĂ©cise pas de concentrations caractĂ©ristiques des biomarqueurs ni de profil biologique spĂ©cifique de la DCS.

L’interprĂ©tation diagnostique des biomarqueurs doit tenir compte du contexte clinique. La source prĂ©cise qu’une Ă©lĂ©vation de la troponine peut Ă©galement survenir aprĂšs un arrĂȘt cardiaque en raison d’une ischĂ©mie transitoire ou d’une perte de perfusion myocardique pendant l’arrĂȘt ; ainsi, une Ă©lĂ©vation isolĂ©e de la troponine ne permet pas d’établir le mĂ©canisme de la lĂ©sion coronaire.

Lorsqu’une DFM est envisagĂ©e, les examens inflammatoires peuvent aider Ă  la distinguer d’une vascularite. La DFM se caractĂ©rise par l’absence de signes cliniques, de symptĂŽmes ou de rĂ©sultats biologiques suggĂ©rant une inflammation, tels qu’une Ă©lĂ©vation de la vitesse de sĂ©dimentation ou de la protĂ©ine C-rĂ©active.

Traitement et prise en charge

Principes généraux

En attendant les rĂ©sultats des Ă©tudes prospectives en cours, les patients atteints de DCS doivent recevoir le mĂȘme traitement pharmacologique que les autres patients prĂ©sentant un SCA. Toutefois, la stratĂ©gie de revascularisation diffĂšre largement de celle utilisĂ©e dans les SCA athĂ©rosclĂ©reux typiques, car l’ICP expose Ă  un risque Ă©levĂ© de complications procĂ©durales et la cicatrisation spontanĂ©e peut rĂ©tablir le flux coronaire.

La prise en charge doit ĂȘtre individualisĂ©e en fonction :

  • De la stabilitĂ© hĂ©modynamique.

  • De la prĂ©sence ou de l’absence d’une ischĂ©mie persistante.

  • De l’anatomie coronaire et de la quantitĂ© de myocarde Ă  risque.

  • Du flux coronaire antĂ©rograde.

  • De l’atteinte du tronc commun gauche ou des vaisseaux proximaux.

  • De la grossesse ou du statut post-partum.

  • De la faisabilitĂ© d’une ICP ou d’un pontage aortocoronarien.

  • De l’expertise locale et de l’évaluation multidisciplinaire.

Prise en charge conservatrice

La prise en charge mĂ©dicale conservatrice est gĂ©nĂ©ralement privilĂ©giĂ©e, notamment chez les patients cliniquement stables sans ischĂ©mie active ou persistante. Elle repose sur la possibilitĂ© d’une cicatrisation spontanĂ©e de la DCS et sur le risque que l’ICP Ă©tende l’hĂ©matome intramural ou provoque une dissection iatrogĂšne.

Dans la DCS associĂ©e Ă  la grossesse, une approche conservatrice est spĂ©cifiquement recommandĂ©e chez les femmes cliniquement stables sans ischĂ©mie active ou persistante. La surveillance hospitaliĂšre doit ĂȘtre prolongĂ©e, car une extension de la dissection peut survenir au cours des sept premiers jours ; la source rapporte une telle complication chez jusqu’à 10% des patients traitĂ©s de maniĂšre conservatrice.

Une coronarographie de contrĂŽle a mis en Ă©vidence une cicatrisation angiographique chez au moins 70% des patients dans une source consacrĂ©e aux formes associĂ©es Ă  la grossesse, tandis qu’une autre Ă©tude citĂ©e a rapportĂ© une cicatrisation chez 95% des patients ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une coronarographie rĂ©pĂ©tĂ©e plus de 30 jours aprĂšs la DCS. Ces observations soutiennent la prise en charge conservatrice lorsque les circonstances cliniques le permettent, bien que les donnĂ©es citĂ©es ne proviennent pas de populations consĂ©cutives ou exclusivement enceintes.

Intervention coronaire percutanée

L’ICP n’est pas recommandĂ©e systĂ©matiquement dans la DCS. Elle est rĂ©servĂ©e aux patients prĂ©sentant :

  • Des symptĂŽmes et des signes d’ischĂ©mie myocardique persistante.

  • Une large zone de myocarde Ă  risque.

  • Une rĂ©duction du flux coronaire antĂ©rograde.

  • Une instabilitĂ© hĂ©modynamique.

  • Une atteinte sĂ©lectionnĂ©e du tronc commun gauche ou une maladie proximale sĂ©vĂšre lorsqu’une revascularisation est nĂ©cessaire.

L’ICP a Ă©tĂ© associĂ©e Ă  des complications coronaires chez plus de 30% des patients dans une sĂ©rie internationale. Dans une analyse groupĂ©e de cohortes de patients traitĂ©s par ICP pour DCS, des complications sont survenues dans environ 40% des cas, dont des complications graves dans 13%.

Les stratégies procédurales possibles comprennent :

  • Une angioplastie au ballonnet simple, minimale, visant Ă  rĂ©tablir le flux, suivie d’une prise en charge conservatrice.

  • La mise en place ciblĂ©e d’un stent pour obturer les extrĂ©mitĂ©s proximale et distale de la dissection.

  • Une couverture par stent plus longue lorsque cela est nĂ©cessaire pour limiter la propagation de l’hĂ©matome intramural.

Pendant la grossesse, le risque de dissection coronaire induite par le cathĂ©ter est accru, estimĂ© Ă  environ 3% dans la source. La voie radiale Ă©tait associĂ©e Ă  un risque plus Ă©levĂ© de dissection iatrogĂšne dans la discussion consacrĂ©e Ă  la grossesse ; la voie fĂ©morale peut donc ĂȘtre privilĂ©giĂ©e. L’ICP doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e par des opĂ©rateurs expĂ©rimentĂ©s dans un centre de cardio-obstĂ©trique.

Pontage aortocoronarien

Un pontage aortocoronarien est recommandĂ© ou doit ĂȘtre envisagĂ© lorsque :

  • La dissection intĂ©resse le tronc commun de l’artĂšre coronaire gauche.

  • Deux vaisseaux coronaires proximaux sont atteints.

  • L’ICP n’est pas rĂ©alisable ou a Ă©chouĂ©.

  • L’ischĂ©mie myocardique persistante se poursuit.

  • Il existe une instabilitĂ© hĂ©modynamique.

  • Une maladie proximale sĂ©vĂšre expose un vaste territoire myocardique Ă  risque.

En cas de DCS associée à la grossesse impliquant le tronc commun gauche ou les vaisseaux proximaux, une équipe multidisciplinaire doit déterminer si une ICP ou un pontage est approprié.

Le pontage peut ĂȘtre associĂ© Ă  de bons rĂ©sultats cliniques prĂ©coces, mais l’occlusion tardive des greffons constitue une prĂ©occupation importante. La source rapporte un taux d’occlusion des greffons de 68% Ă  cinq ans dans une Ă©tude observationnelle. Cela pourrait s’expliquer par la difficultĂ© technique de l’anastomose sur des vaisseaux dissĂ©quĂ©s et par la cicatrisation spontanĂ©e de l’artĂšre native, crĂ©ant un flux compĂ©titif. Il convient donc d’envisager des greffons veineux afin de prĂ©server les conduits artĂ©riels pour une Ă©ventuelle utilisation ultĂ©rieure.

Le pontage ne protÚge pas contre une récidive de DCS et une occlusion du greffon peut survenir lors de la cicatrisation des artÚres coronaires natives.

Traitement pharmacologique

Le schĂ©ma pharmacologique optimal aprĂšs une DCS reste incertain et fait l’objet d’études. En attendant des donnĂ©es plus dĂ©finitives, le traitement suit gĂ©nĂ©ralement les pratiques du SCA, avec d’importantes distinctions entre les patients traitĂ©s de maniĂšre conservatrice, ceux ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une ICP et les patientes enceintes.

Traitement antiplaquettaire

Dans la DCS traitĂ©e de maniĂšre conservatrice, le rĂŽle du traitement antiplaquettaire reste controversĂ©. Des donnĂ©es limitĂ©es sont en faveur d’une monothĂ©rapie par aspirine.

Les patients ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une ICP doivent recevoir une bithĂ©rapie antiplaquettaire. Pendant la grossesse, le clopidogrel est considĂ©rĂ© dans la source comme le seul inhibiteur de P2Y12 rĂ©putĂ© sĂ»r. L’indication du clopidogrel chez les patients n’ayant pas bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une ICP est moins certaine en raison d’une augmentation potentielle du risque hĂ©morragique.

Le clopidogrel doit ĂȘtre arrĂȘtĂ© sept jours avant une anesthĂ©sie locorĂ©gionale.

BĂȘtabloquants

Les bĂȘtabloquants pourraient ĂȘtre associĂ©s Ă  un risque plus faible de rĂ©cidive de DCS dans les donnĂ©es observationnelles. Le labĂ©talol est citĂ© en exemple, notamment dans le contexte des formes associĂ©es Ă  la grossesse. Les patients ayant un IM doivent recevoir des bĂȘtabloquants sauf raison clinique de s’en abstenir.

La prĂ©vention de l’hypertension est soulignĂ©e comme un Ă©lĂ©ment de la prise en charge Ă  long terme.

Dérivés nitrés et inhibiteurs calciques

Les dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s et les inhibiteurs calciques peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour traiter l’angor. Pendant la grossesse, les doses de dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s doivent ĂȘtre ajustĂ©es avec prudence, car une hypotension maternelle excessive peut compromettre la perfusion placentaire ; le placenta ne peut pas autorĂ©guler la pression artĂ©rielle.

Anticoagulants

L’hĂ©parine de bas poids molĂ©culaire, telle que l’énoxaparine, ou l’hĂ©parine non fractionnĂ©e peuvent ĂȘtre utilisĂ©es en cas d’IM aigu pendant la grossesse. Le fondaparinux est une option en cas de thrombopĂ©nie induite par l’hĂ©parine ou d’allergie Ă  l’hĂ©parine.

Les anticoagulants oraux directs sont contre-indiqués pendant la grossesse.

Inhibiteurs du systĂšme rĂ©nine–angiotensine

Les inhibiteurs de l’ECA et les antagonistes des rĂ©cepteurs de l’angiotensine sont contre-indiquĂ©s pendant la grossesse. Les inhibiteurs de l’ECA peuvent ĂȘtre repris aprĂšs l’accouchement et certains sont compatibles avec l’allaitement.

Traitement hypolipémiant

Les statines ne sont plus dĂ©crites comme Ă©tant systĂ©matiquement contre-indiquĂ©es pendant la grossesse et peuvent ĂȘtre envisagĂ©es chez les patientes Ă  trĂšs haut risque prĂ©sentant une coronaropathie Ă©tablie. La source ne fournit pas de statine, de dose ni de seuil thĂ©rapeutique spĂ©cifique Ă  la grossesse.

Prise en charge de la dysplasie fibromusculaire associée

Les patients prĂ©sentant une DCS et une DFM associĂ©e doivent bĂ©nĂ©ficier d’une Ă©valuation des autres territoires artĂ©riels. L’aspirine est recommandĂ©e dans la DFM, bien qu’aucune des Ă©tudes citĂ©es dans la source n’ait dĂ©montrĂ© de rĂ©duction des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs.

Les inhibiteurs de l’ECA ou les antagonistes des rĂ©cepteurs de l’angiotensine sont recommandĂ©s dans l’hypertension rĂ©novasculaire due Ă  une DFM. Le sevrage tabagique est important, car le tabagisme est associĂ© Ă  de moins bons rĂ©sultats.

Les patients prĂ©sentant une DFM cervicale, notamment ceux ayant une dissection ou un anĂ©vrisme de l’artĂšre cervicale, doivent Ă©viter les activitĂ©s susceptibles de provoquer une nouvelle lĂ©sion vasculaire, notamment :

  • HaltĂ©rophilie lourde.

  • Saut en parachute.

  • PlongĂ©e sous-marine.

  • ManĂšges de type montagnes russes.

  • Manipulations chiropratiques du cou.

  • Massage cervical profond.

Prise en charge pendant la grossesse et le post-partum

La DCS associĂ©e Ă  la grossesse doit ĂȘtre prise en charge par une Ă©quipe multidisciplinaire spĂ©cialisĂ©e dans les cardiopathies maternelles. La grossesse et l’accouchement doivent avoir lieu dans un centre de rĂ©fĂ©rence capable d’assurer une revascularisation coronaire et des traitements cardiaques avancĂ©s si nĂ©cessaire.

La source dĂ©crit l’accouchement par voie vaginale avec anesthĂ©sie pĂ©ridurale et la rĂ©duction des efforts maternels pendant l’accouchement vaginal comme la recommandation actuelle chez les patientes ayant un IM pendant la grossesse. Les dĂ©cisions doivent rester individualisĂ©es selon l’état cardiovasculaire et le contexte obstĂ©trical.

Une grossesse ultĂ©rieure nĂ©cessite une information et un conseil approfondis. La grossesse constitue en elle-mĂȘme un facteur de risque de DCS et, selon la source, les grossesses ultĂ©rieures doivent ĂȘtre dĂ©conseillĂ©es, car le risque Ă  trois ans d’évĂ©nements cardiaques majeurs aprĂšs une DCS peut atteindre 30%. Les femmes ayant des antĂ©cĂ©dents de DCS doivent recevoir une information explicite sur le risque de rĂ©cidive avant d’envisager une nouvelle grossesse.

Recommandations des sociétés savantes

Les principales recommandations étayées par la source sont résumées ci-dessous.

Situation clinique Approche recommandée
DCS stable sans ischémie persistante La prise en charge médicale conservatrice est généralement privilégiée
DCS avec ischĂ©mie persistante, rĂ©duction du flux antĂ©rograde ou vaste territoire myocardique Ă  risque Une ICP doit ĂȘtre envisagĂ©e
Dissection du tronc commun gauche ou de deux vaisseaux proximaux Un pontage doit ĂȘtre envisagĂ© ou recommandĂ©, notamment lorsque l’ICP n’est pas rĂ©alisable ou a Ă©chouĂ©
DCS associée à la grossesse, cliniquement stable et sans ischémie persistante Prise en charge conservatrice avec surveillance hospitaliÚre rapprochée
DCS associée à la grossesse impliquant le tronc commun gauche ou les vaisseaux proximaux Décision multidisciplinaire concernant une ICP ou un pontage
Incertitude diagnostique aprĂšs la coronarographie Une OCT ou une IVUS peut ĂȘtre envisagĂ©e avec prudence
DCS Ă©tablie angiographiquement et traitĂ©e mĂ©dicalement L’instrumentation coronaire supplĂ©mentaire et l’imagerie intravasculaire ne sont pas recommandĂ©es
DCS traitée de maniÚre conservatrice Une monothérapie par aspirine est privilégiée sur la base de données observationnelles limitées, bien que la stratégie antiplaquettaire globale reste controversée
DCS avec DFM associĂ©e Une imagerie vasculaire, comprenant l’évaluation des territoires rĂ©nal, cervical et intracrĂąnien, doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e selon les indications cliniques
Grossesse avec SCA ou DCS suspectĂ©e L’évaluation comprend l’examen clinique, l’ECG, les biomarqueurs et l’échocardiographie ; une coronarographie doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e par des opĂ©rateurs expĂ©rimentĂ©s lorsqu’elle est indiquĂ©e

Pronostic et suivi

La DCS peut cicatriser spontanĂ©ment et la cicatrisation angiographique est frĂ©quente au suivi. La source rapporte une cicatrisation chez au moins 70% des patients dans une sĂ©rie consacrĂ©e aux formes associĂ©es Ă  la grossesse et chez 95% des patients ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une coronarographie rĂ©pĂ©tĂ©e plus de 30 jours aprĂšs la DCS dans une autre Ă©tude.

Malgré ce potentiel de cicatrisation, la DCS est associée à des risques précoces et tardifs cliniquement importants :

  • Extension de la dissection, notamment au cours des sept premiers jours suivant un traitement conservateur.

  • RĂ©cidive de DCS.

  • RĂ©cidive d’un SCA ou d’un IM.

  • Insuffisance cardiaque lorsqu’une dissection chronique a entraĂźnĂ© une lĂ©sion myocardique persistante.

  • Arythmie et mort subite d’origine cardiaque dans les formes sĂ©vĂšres.

  • Occlusion des greffons aprĂšs pontage.

  • Complications procĂ©durales lors d’une ICP.

Chez les survivants d’une DCS, les donnĂ©es Ă  long terme citĂ©es rapportent une mortalitĂ© ultĂ©rieure d’environ 20% Ă  trois ans et une rĂ©cidive de dissection chez 10–15% des patients. Une autre source rapporte un risque Ă  trois ans d’évĂ©nements cardiaques majeurs pouvant atteindre 30% chez les patients atteints de DCS en gĂ©nĂ©ral.

Le suivi doit donc comprendre :

  • Une surveillance clinique Ă  la recherche d’une rĂ©cidive de douleur thoracique ou d’ischĂ©mie.

  • Une Ă©valuation et un contrĂŽle de la pression artĂ©rielle.

  • Une vĂ©rification de la tolĂ©rance et de l’observance du traitement.

  • Une recherche de rĂ©cidive de dissection ou de maladie vasculaire associĂ©e.

  • Un dĂ©pistage et une Ă©valuation sĂ©riĂ©e de la DFM lorsque cela est indiquĂ©.

  • Une Ă©valuation psychologique et un soutien Ă  la gestion du stress.

  • Une information et un conseil concernant une grossesse ultĂ©rieure.

  • La possibilitĂ© d’une imagerie coronaire de suivi lorsque cela est cliniquement appropriĂ©, en tenant compte du fait qu’une imagerie invasive systĂ©matique n’est pas recommandĂ©e lorsque le diagnostic est Ă©tabli et que le patient est traitĂ© mĂ©dicalement.

La rĂ©adaptation cardiaque doit intĂ©grer la prise en charge du stress Ă©motionnel et du stress psychique chronique, une attention portĂ©e Ă  l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, ainsi qu’un accompagnement psychologique si nĂ©cessaire. La stratĂ©gie Ă  long terme doit concilier la possibilitĂ© favorable d’une cicatrisation coronaire spontanĂ©e avec les risques persistants de rĂ©cidive, de comorbiditĂ© vasculaire et d’évĂ©nements cardiaques majeurs.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 7 août 2026