đŸš« DĂ©sescalade et raccourcissement de la bithĂ©rapie antiplaquettaire chez les patients Ă  haut risque hĂ©morragique

Sommaire (29)

Définition et justification physiopathologique

La bithĂ©rapie antiplaquettaire (DAPT) dĂ©signe un traitement associant l’aspirine Ă  un inhibiteur du rĂ©cepteur P2Y12. Dans le contexte d’un syndrome coronarien aigu (SCA), la DAPT est utilisĂ©e pour rĂ©duire le risque de rĂ©cidive d’infarctus du myocarde, de thrombose de stent et d’autres Ă©vĂ©nements ischĂ©miques aprĂšs une coronarographie, une intervention coronaire percutanĂ©e (ICP) ou une prise en charge mĂ©dicale.

Le schĂ©ma standard aprĂšs un SCA consiste en une DAPT pendant 12 mois, comprenant gĂ©nĂ©ralement de l’aspirine Ă  faible dose et un inhibiteur puissant de P2Y12, de prĂ©fĂ©rence le prasugrel ou le ticagrĂ©lor. Cette stratĂ©gie reflĂšte le risque thrombotique prĂ©coce important aprĂšs un SCA et une ICP. Toutefois, le traitement antiplaquettaire augmente Ă©galement le risque hĂ©morragique. Le schĂ©ma optimal nĂ©cessite donc une Ă©valuation individualisĂ©e des risques ischĂ©mique et hĂ©morragique.

Le haut risque hĂ©morragique (HBR) doit ĂȘtre Ă©valuĂ© de maniĂšre structurĂ©e. Dans le cadre ARC-HBR, le HBR est dĂ©fini par la prĂ©sence d’au moins un critĂšre majeur ou de deux critĂšres mineurs. Le document source ne fournit pas les critĂšres individuels de l’ARC-HBR.

La modification du traitement antiplaquettaire peut consister Ă  :

  • rĂ©duire la durĂ©e de la DAPT ;

  • arrĂȘter l’aspirine et poursuivre une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 ;

  • remplacer un inhibiteur puissant de P2Y12 par le clopidogrel ;

  • rĂ©duire la dose de prasugrel ;

  • prolonger la DAPT au-delĂ  de 12 mois chez des patients soigneusement sĂ©lectionnĂ©s prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ© et un faible risque hĂ©morragique.

Ces stratĂ©gies visent principalement Ă  rĂ©duire le risque hĂ©morragique plutĂŽt qu’à remplacer le schĂ©ma standard de 12 mois dans la population gĂ©nĂ©rale des patients ayant un SCA.

Contexte clinique et sélection des patients

Syndrome coronarien aigu

Les SCA comprennent l’infarctus du myocarde avec sus-dĂ©calage du segment ST (STEMI), l’infarctus du myocarde sans sus-dĂ©calage du segment ST (NSTEMI) et l’angor instable. La distinction clinique initiale repose sur les symptĂŽmes, les ECG successifs et les rĂ©sultats du dosage de la troponine cardiaque.

Le traitement standard aprĂšs un SCA, qu’une ICP ait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e ou non, consiste en 12 mois de DAPT, sauf contre-indication, indication d’une anticoagulation orale ou risque hĂ©morragique excessif. La durĂ©e et l’intensitĂ© du traitement peuvent ĂȘtre modifiĂ©es en fonction :

  • du risque hĂ©morragique ;

  • du risque ischĂ©mique ;

  • de la rĂ©alisation ou non d’une revascularisation ;

  • du type de revascularisation ;

  • du risque liĂ© au stent ;

  • de la nĂ©cessitĂ© d’une anticoagulation orale au long cours ;

  • de la tolĂ©rance du traitement au cours des premiers mois.

Les patients Ă  HBR sont les principaux candidats Ă  une DAPT abrĂ©gĂ©e. Toutefois, une grande partie des donnĂ©es en faveur de schĂ©mas raccourcis provient de populations sĂ©lectionnĂ©es, souvent exposĂ©es Ă  un risque ischĂ©mique faible ou intermĂ©diaire, les patients prĂ©sentant un STEMI ou d’autres caractĂ©ristiques de trĂšs haut risque Ă©tant sous-reprĂ©sentĂ©s. Les Ă©tudes de non-infĂ©rioritĂ© principalement conçues autour des Ă©vĂ©nements hĂ©morragiques peuvent ne pas exclure de maniĂšre fiable des diffĂ©rences cliniquement importantes concernant les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques ou la thrombose de stent.

Cardiopathie coronaire stable et ICP élective

Pour les syndromes coronariens chroniques traitĂ©s par ICP Ă©lective, la durĂ©e standard de la DAPT est de six mois, habituellement avec de l’aspirine et du clopidogrel. Une rĂ©duction de la durĂ©e du traitement Ă  un Ă  trois mois est possible lorsque le risque hĂ©morragique est trĂšs Ă©levĂ©. Le prasugrel ou le ticagrĂ©lor peuvent ĂȘtre envisagĂ©s aprĂšs des interventions complexes.

Le prĂ©sent chapitre porte principalement sur les SCA, pour lesquels les donnĂ©es et les recommandations diffĂšrent de celles applicables Ă  l’ICP Ă©lective.

Présentation clinique et symptÎmes

Le document source ne dĂ©crit pas de tableau symptomatique distinct attribuable Ă  une DAPT raccourcie ou dĂ©sescaladĂ©e. La prĂ©sentation clinique justifiant le traitement est celle d’un SCA.

Les Ă©lĂ©ments en faveur d’un SCA plutĂŽt que d’un angor chronique stable comprennent :

  • l’apparition brutale de symptĂŽmes au repos ou pour un effort minime ;

  • des symptĂŽmes durant au moins 10 minutes, sauf traitement immĂ©diat ;

  • une douleur, une pression ou une gĂȘne thoracique intense ;

  • une Ă©volution crescendo, avec augmentation de la frĂ©quence ou de l’intensitĂ© ;

  • un angor rĂ©veillant le patient pendant son sommeil.

Les patients recevant un traitement antiplaquettaire modifiĂ© nĂ©cessitent une surveillance clinique Ă  la recherche d’une ischĂ©mie rĂ©cidivante et de manifestations hĂ©morragiques. Le document source ne prĂ©cise pas de protocole de surveillance fondĂ© sur les symptĂŽmes.

Évaluation et stratification du risque

Évaluation initiale d’un SCA suspectĂ©

Les patients chez lesquels un SCA est suspectĂ© doivent faire l’objet d’une Ă©valuation urgente comprenant :

  • une anamnĂšse ciblĂ©e ;

  • un examen clinique ;

  • un ECG Ă  12 dĂ©rivations ;

  • un prĂ©lĂšvement sanguin pour le dosage de la troponine ultrasensible dans les 10 minutes suivant l’arrivĂ©e ;

  • une surveillance cardiaque continue ;

  • des dosages sĂ©riĂ©s de la troponine ultrasensible ;

  • des examens d’imagerie ou des explorations diagnostiques complĂ©mentaires si nĂ©cessaire.

Le traitement symptomatique initial comprend de l’oxygĂšne supplĂ©mentaire chez les patients hypoxĂ©miques ou en insuffisance cardiaque, de la nitroglycĂ©rine sublinguale en cas d’angor persistant, une dose de charge d’aspirine, une anticoagulation parentĂ©rale, un bĂȘtabloquant en l’absence de contre-indication et de la morphine en cas de douleur rĂ©fractaire.

Évaluation du risque ischĂ©mique

Le risque ischĂ©mique revĂȘt une importance particuliĂšre lors de l’envisagement d’une DAPT abrĂ©gĂ©e ou d’une dĂ©sescalade. Les caractĂ©ristiques associĂ©es Ă  un risque ischĂ©mique Ă©levĂ© comprennent :

  • un Ăąge ≄65 ans ;

  • un diabĂšte ;

  • plus d’un infarctus du myocarde spontanĂ© antĂ©rieur ;

  • une coronaropathie pluritronculaire ;

  • une maladie rĂ©nale chronique ;

  • un antĂ©cĂ©dent d’infarctus du myocarde ;

  • un greffon veineux coronaire ;

  • une insuffisance cardiaque ;

  • une ICP complexe ;

  • d’autres caractĂ©ristiques associĂ©es Ă  un risque Ă©levĂ© d’évĂ©nements rĂ©cidivants liĂ©s au stent.

Le document source souligne que les risques hĂ©morragique et ischĂ©mique doivent ĂȘtre pris en compte conjointement. Un schĂ©ma raccourci ne doit pas ĂȘtre adoptĂ© automatiquement chez les patients prĂ©sentant un risque important d’ischĂ©mie rĂ©cidivante.

Évaluation du risque hĂ©morragique

Le risque hĂ©morragique doit ĂȘtre Ă©valuĂ© de maniĂšre formelle et non dĂ©duit du seul Ăąge. L’ñge avancĂ©, la fragilitĂ© et les comorbiditĂ©s doivent ĂȘtre pris en compte en complĂ©ment des critĂšres structurĂ©s de HBR.

Chez les patients Ă  haut risque hĂ©morragique ayant subi une ICP, une DAPT d’un mois suivie d’une monothĂ©rapie antiplaquettaire peut ĂȘtre envisagĂ©e. Chez d’autres patients, notamment ceux qui sont indemnes d’évĂ©nement aprĂšs trois Ă  six mois et qui ne prĂ©sentent pas de risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, une monothĂ©rapie antiplaquettaire peut ĂȘtre envisagĂ©e.

Examens diagnostiques

Électrocardiographie et biomarqueurs cardiaques

L’ECG et la troponine cardiaque spĂ©cifique sont essentiels au diagnostic du SCA et Ă  la dĂ©termination du contexte de risque ischĂ©mique dans lequel le traitement antiplaquettaire est prescrit.

Le NSTEMI se caractérise par des symptÎmes ischémiques typiques sans sus-décalage persistant du segment ST dans au moins deux dérivations ECG contiguës, associés à une élévation puis à une diminution de la troponine cardiaque spécifique, avec au moins une valeur supérieure à la limite supérieure de référence du 99e percentile.

L’angor instable se manifeste par des symptĂŽmes ischĂ©miques typiques sans Ă©lĂ©vation de la troponine cardiaque spĂ©cifique au-dessus du 99e percentile. Son pronostic est gĂ©nĂ©ralement meilleur que celui du NSTEMI.

Une Ă©lĂ©vation persistante ou non ischĂ©mique de la troponine n’établit pas Ă  elle seule le diagnostic de SCA. Les autres affections cardiaques mentionnĂ©es dans le document source comprennent la myocardite, le syndrome de takotsubo et l’insuffisance cardiaque congestive.

Coronarographie et stratégie invasive

Chez les patients prĂ©sentant un SCA sans sus-dĂ©calage du segment ST (NSTE-ACS), la sĂ©lection d’une stratĂ©gie invasive repose sur le risque :

  • coronarographie dans les deux heures chez les patients Ă  trĂšs haut risque ;

  • coronarographie dans les 24 heures chez les autres patients sĂ©lectionnĂ©s pour une approche invasive prĂ©coce ;

  • coronarographie diffĂ©rĂ©e au-delĂ  de 24 heures aprĂšs la prĂ©sentation dans les cas appropriĂ©s ;

  • approche guidĂ©e par l’ischĂ©mie, avec prise en charge mĂ©dicale initiale et coronarographie sĂ©lective, en cas d’instabilitĂ© hĂ©modynamique, de symptĂŽmes rĂ©cidivants au repos ou d’ischĂ©mie lors d’une Ă©preuve d’effort.

Le prĂ©traitement systĂ©matique par un inhibiteur de P2Y12 n’est pas recommandĂ© dans les NSTE-ACS lorsque l’anatomie coronaire est inconnue et qu’une prise en charge invasive prĂ©coce dans les 24 heures est prĂ©vue. Un prĂ©traitement peut ĂȘtre envisagĂ© lorsqu’une prise en charge invasive prĂ©coce n’est pas attendue et que le risque hĂ©morragique n’est pas Ă©levĂ©.

Lorsque la coronarographie est rĂ©alisĂ©e dans les 24 heures, l’inhibiteur de P2Y12 est administrĂ© de prĂ©fĂ©rence aprĂšs la coronarographie, Ă  condition qu’un pontage coronaire ne soit pas prĂ©vu avant la sortie. Dans le cas contraire, il peut ĂȘtre administrĂ© dĂšs le premier jour.

Électrophysiologie

Le document source n’aborde pas les explorations Ă©lectrophysiologiques dans le contexte de la dĂ©sescalade ou du raccourcissement de la DAPT.

Biomarqueurs et résultats biologiques

La troponine cardiaque ultrasensible doit ĂȘtre dosĂ©e rapidement et interprĂ©tĂ©e conjointement avec des mesures sĂ©riĂ©es. La valeur de la concentration initiale et la variation absolue Ă  une, deux ou trois heures contribuent quantitativement Ă  la probabilitĂ© d’un infarctus du myocarde : des valeurs initiales plus Ă©levĂ©es ou des variations sĂ©riĂ©es plus importantes augmentent la probabilitĂ© d’un infarctus du myocarde.

L’évaluation biologique pertinente pour la modification du traitement antiplaquettaire peut comprendre des tests de fonction plaquettaire ou un gĂ©notypage de CYP2C19 lorsqu’un remplacement guidĂ© du prasugrel ou du ticagrĂ©lor par le clopidogrel est envisagĂ©. Ces approches visent Ă  identifier une rĂ©ponse adĂ©quate au clopidogrel.

Le document source ne fournit pas de seuils biologiques spĂ©cifiques concernant le risque hĂ©morragique, la numĂ©ration plaquettaire, la fonction rĂ©nale ou l’hĂ©moglobine.

Antiagrégants plaquettaires et posologie pratique

Aspirine

Le schĂ©ma standard aprĂšs un SCA associe l’aspirine Ă  un inhibiteur de P2Y12. La posologie d’aspirine au long cours dĂ©crite dans le document source est une faible dose de 75–100 mg par jour.

L’aspirine est gĂ©nĂ©ralement poursuivie lorsqu’une intervention chirurgicale est nĂ©cessaire chez un patient ayant une indication de DAPT. Elle ne peut ĂȘtre arrĂȘtĂ©e qu’en dernier recours lorsque le risque hĂ©morragique chirurgical est trĂšs Ă©levĂ© et que le risque ischĂ©mique est comparativement faible.

Prasugrel

Pour une intensification chez un patient recevant de l’aspirine et du clopidogrel qui dĂ©veloppe un SCA, le prasugrel peut ĂȘtre administrĂ© selon le schĂ©ma suivant :

  • dose de charge : 60 mg ;

  • dose d’entretien : 10 mg par jour.

La rĂ©duction de la dose de 10 mg Ă  5 mg par jour aprĂšs un mois a diminuĂ© les hĂ©morragies sans augmenter les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques dans la population de l’essai citĂ©, notamment chez les patients ayant subi une ICP complexe.

Le prasugrel doit ĂȘtre interrompu sept jours avant une intervention chirurgicale si son arrĂȘt est nĂ©cessaire.

Ticagrélor

Pour le remplacement du clopidogrel aprĂšs un SCA, le ticagrĂ©lor peut ĂȘtre administrĂ© selon le schĂ©ma suivant :

  • dose de charge : 180 mg ;

  • dose d’entretien : 90 mg deux fois par jour.

Pour un traitement prolongĂ© au-delĂ  de la premiĂšre annĂ©e suivant un SCA, le ticagrĂ©lor Ă  60 mg deux fois par jour associĂ© Ă  l’aspirine peut ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ© chez des patients sĂ©lectionnĂ©s prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, ayant tolĂ©rĂ© les 12 premiers mois sans hĂ©morragie. La rĂ©duction de la dose de 90 mg deux fois par jour Ă  60 mg deux fois par jour aprĂšs un an est dĂ©crite comme diminuant les hĂ©morragies sans augmenter les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques.

Le ticagrĂ©lor doit ĂȘtre interrompu trois Ă  cinq jours avant une intervention chirurgicale lorsque son arrĂȘt est nĂ©cessaire.

Clopidogrel

Le clopidogrel est utilisĂ© lorsque le prasugrel ou le ticagrĂ©lor ne sont pas disponibles, sont contre-indiquĂ©s ou ne sont pas tolĂ©rĂ©s. Il peut Ă©galement ĂȘtre choisi chez les patients ĂągĂ©s prĂ©sentant un SCA.

Le remplacement du prasugrel ou du ticagrĂ©lor par le clopidogrel est une stratĂ©gie de dĂ©sescalade destinĂ©e Ă  rĂ©duire le risque hĂ©morragique. Ce remplacement peut ĂȘtre guidĂ© par un test de fonction plaquettaire ou un gĂ©notypage de CYP2C19. Un remplacement non guidĂ© aprĂšs un mois de DAPT a Ă©galement rĂ©duit les hĂ©morragies et les Ă©vĂ©nements indĂ©sirables nets dans des populations sĂ©lectionnĂ©es.

Le clopidogrel doit ĂȘtre interrompu cinq jours avant une intervention chirurgicale si son arrĂȘt est nĂ©cessaire.

Stratégies de raccourcissement ou de désescalade de la DAPT

DAPT abrĂ©gĂ©e suivie d’une monothĂ©rapie antiplaquettaire

Une DAPT abrégée peut consister en :

  • un mois de DAPT suivi d’une monothĂ©rapie par aspirine ou inhibiteur de P2Y12 ;

  • trois mois de DAPT suivis d’une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 ;

  • trois Ă  six mois de DAPT suivis d’une monothĂ©rapie antiplaquettaire, notamment chez les patients indemnes d’évĂ©nement et ne prĂ©sentant pas de risque ischĂ©mique Ă©levĂ©.

Chez les patients Ă  HBR ayant subi une ICP avec implantation d’un stent actif, une DAPT d’un mois suivie d’une monothĂ©rapie antiplaquettaire s’est rĂ©vĂ©lĂ©e non infĂ©rieure au traitement standard concernant les Ă©vĂ©nements cardiaques ou cĂ©rĂ©braux indĂ©sirables majeurs et a rĂ©duit les hĂ©morragies. Des rĂ©sultats comparables ont Ă©tĂ© observĂ©s chez les patients ayant subi une ICP complexe dans la population Ă©tudiĂ©e.

Chez les patients sans HBR qui restent indemnes d’évĂ©nement aprĂšs trois Ă  six mois et qui ne prĂ©sentent pas de risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, une monothĂ©rapie antiplaquettaire — de prĂ©fĂ©rence une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 — doit ĂȘtre envisagĂ©e.

Chez les patients Ă  HBR, une monothĂ©rapie par aspirine ou inhibiteur de P2Y12 aprĂšs un mois de DAPT peut ĂȘtre envisagĂ©e.

Monothérapie par inhibiteur de P2Y12

L’arrĂȘt de l’aspirine avec poursuite d’un inhibiteur de P2Y12 constitue une mĂ©thode principale de raccourcissement de la DAPT. Dans les Ă©tudes citĂ©es, cette stratĂ©gie a rĂ©duit les hĂ©morragies cliniquement pertinentes ou majeures sans augmentation nette des Ă©vĂ©nements ischĂ©miques dans des populations sĂ©lectionnĂ©es.

Les données sont les plus solides chez les patients qui :

  • ont terminĂ© la pĂ©riode initiale de DAPT sans Ă©vĂ©nement hĂ©morragique ou ischĂ©mique majeur ;

  • prĂ©sentent un risque ischĂ©mique faible Ă  intermĂ©diaire ;

  • ne prĂ©sentent pas de caractĂ©ristiques les exposant Ă  un risque particuliĂšrement Ă©levĂ© de thrombose de stent ou d’infarctus du myocarde rĂ©cidivant.

Des durĂ©es de DAPT systĂ©matiquement infĂ©rieures Ă  trois mois suivies d’une monothĂ©rapie par clopidogrel n’ont pas Ă©tĂ© Ă©tablies comme utiles dans les SCA. Dans une Ă©tude, la non-infĂ©rioritĂ© concernant un critĂšre composite d’évĂ©nements cardiovasculaires ou hĂ©morragiques n’a pas Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e.

Remplacement d’un inhibiteur puissant de P2Y12 par le clopidogrel

La dĂ©sescalade du prasugrel ou du ticagrĂ©lor vers le clopidogrel peut rĂ©duire les hĂ©morragies. Elle peut ĂȘtre :

  • guidĂ©e par un test de fonction plaquettaire ;

  • guidĂ©e par un gĂ©notypage de CYP2C19 ;

  • non guidĂ©e aprĂšs un mois chez des patients sĂ©lectionnĂ©s.

La dĂ©sescalade guidĂ©e aprĂšs 48 heures ou deux semaines, selon les Ă©tudes citĂ©es, a rĂ©duit les hĂ©morragies sans augmenter les Ă©vĂ©nements thrombotiques. Une mĂ©ta-analyse en rĂ©seau a montrĂ© que la sĂ©lection guidĂ©e du traitement par inhibiteur de P2Y12 offrait un Ă©quilibre particuliĂšrement favorable entre Ă©vĂ©nements hĂ©morragiques et ischĂ©miques par rapport Ă  l’utilisation systĂ©matique d’inhibiteurs puissants de P2Y12.

La dĂ©sescalade au cours des 30 premiers jours suivant un SCA n’est pas recommandĂ©e, sauf si elle est guidĂ©e par un test confirmant une rĂ©ponse adĂ©quate au clopidogrel. Plus gĂ©nĂ©ralement, une dĂ©sescalade aprĂšs les 30 premiers jours peut ĂȘtre envisagĂ©e comme stratĂ©gie alternative lorsque l’objectif est de rĂ©duire les hĂ©morragies.

Situations particuliÚres nécessitant une intervention chirurgicale

Lorsqu’une intervention chirurgicale non cardiaque urgente ne peut ĂȘtre diffĂ©rĂ©e et que la DAPT recommandĂ©e ne peut ĂȘtre poursuivie, les stratĂ©gies possibles comprennent :

  • remplacer le prasugrel ou le ticagrĂ©lor par le clopidogrel ;

  • arrĂȘter l’aspirine et poursuivre le prasugrel ou le ticagrĂ©lor seuls ;

  • interrompre l’inhibiteur de P2Y12 lorsque les autres mesures sont insuffisantes.

La dĂ©cision doit ĂȘtre prise conjointement par le chirurgien et le cardiologue, car les risques d’hĂ©morragie chirurgicale majeure et de thrombose prĂ©maturĂ©e du stent doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s ensemble.

Un relais intraveineux par l’eptifibatide, le tirofiban ou le cangrĂ©lor n’est gĂ©nĂ©ralement pas recommandĂ©, mais peut exceptionnellement ĂȘtre envisagĂ© lorsque l’interruption de la DAPT est inacceptable, notamment chez les patients prĂ©sentant un trĂšs haut risque de thrombose de stent, un infarctus du myocarde rĂ©cidivant ou une ICP trĂšs rĂ©cente.

En cas d’hĂ©morragie pĂ©riopĂ©ratoire excessive ou menaçant le pronostic vital, la transfusion plaquettaire constitue une mesure de sauvetage. Toutefois, le ticagrĂ©lor et son mĂ©tabolite actif peuvent inhiber les plaquettes transfusĂ©es. Il a Ă©tĂ© rapportĂ© expĂ©rimentalement que l’albumine se lie au ticagrĂ©lor et attĂ©nue son effet antiplaquettaire, tandis qu’un fragment d’anticorps monoclonal neutralisant est encore en cours de dĂ©veloppement et n’est pas disponible en pratique clinique selon le document source.

Traitement antithrombotique lorsqu’une anticoagulation orale au long cours est nĂ©cessaire

Les patients ayant une indication d’anticoagulation orale au long cours, telle qu’une fibrillation atriale, nĂ©cessitent une stratĂ©gie diffĂ©rente, car l’association de plusieurs traitements antithrombotiques augmente considĂ©rablement le risque hĂ©morragique.

L’approche gĂ©nĂ©rale aprĂšs un SCA ou une ICP est la suivante :

  • une courte pĂ©riode de trithĂ©rapie associant un anticoagulant oral, le clopidogrel et l’aspirine ;

  • l’arrĂȘt de l’aspirine Ă  la sortie ou dans la semaine qui suit chez la plupart des patients ;

  • la poursuite d’un anticoagulant oral non antivitamine K associĂ© au clopidogrel jusqu’à 12 mois ;

  • la poursuite de l’anticoagulant oral seul par la suite.

Des durĂ©es plus courtes peuvent ĂȘtre envisagĂ©es chez les patients Ă  haut risque hĂ©morragique :

  • trithĂ©rapie pendant un jour ;

  • anticoagulant oral associĂ© au clopidogrel pendant trois Ă  six mois.

À l’inverse, la trithĂ©rapie peut ĂȘtre poursuivie jusqu’à 30 jours chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ©.

AprĂšs 12 mois, l’arrĂȘt du traitement antiplaquettaire chez les patients qui restent sous anticoagulation orale est recommandĂ©. Les contre-indications aux anticoagulants oraux non antivitamine K comprennent une prothĂšse valvulaire mĂ©canique, une stĂ©nose mitrale et une clairance de la crĂ©atinine infĂ©rieure au seuil approuvĂ© pour le mĂ©dicament concernĂ©.

Recommandations des sociétés savantes

Les principales recommandations concernant le raccourcissement et la désescalade de la DAPT aprÚs un SCA sont résumées ci-dessous.

Situation clinique Approche recommandée Classification de la recommandation
Traitement standard d’un SCA sans indication d’anticoagulation orale Aspirine associĂ©e Ă  un inhibiteur puissant de P2Y12 pendant 12 mois StratĂ©gie standard
Absence d’évĂ©nement aprĂšs trois Ă  six mois, sans risque ischĂ©mique Ă©levĂ© Envisager une monothĂ©rapie antiplaquettaire, de prĂ©fĂ©rence une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 Classe IIa, niveau A
HBR aprÚs un mois de DAPT Envisager une monothérapie par aspirine ou inhibiteur de P2Y12 Classe IIb, niveau B
Nécessité de réduire les hémorragies aprÚs les 30 premiers jours Envisager le remplacement du prasugrel ou du ticagrélor par le clopidogrel Classe IIb, niveau A
Désescalade au cours des 30 premiers jours suivant un SCA Non recommandée Classe III, niveau B
Risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, faible risque hĂ©morragique, bonne tolĂ©rance de la DAPT pendant 12 mois Envisager une DAPT prolongĂ©e ou l’ajout d’un second agent antithrombotique Classe IIa, niveau A dans les situations appropriĂ©es
Risque ischĂ©mique modĂ©rĂ©, absence de HBR Un second agent antithrombotique peut ĂȘtre envisagĂ© pour une prĂ©vention secondaire prolongĂ©e Classe IIb, niveau A
Anticoagulation orale au long cours aprĂšs un SCA ou une ICP ArrĂȘter le traitement antiplaquettaire aprĂšs 12 mois Classe I, niveau B
Traitement d’entretien au long cours lorsque l’aspirine ne convient pas ou qu’une alternative est souhaitĂ©e Une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 peut ĂȘtre envisagĂ©e Ă  la place de l’aspirine Classe IIb, niveau A

La stratégie standard de 12 mois reste privilégiée chez la plupart des patients présentant un SCA. Un traitement raccourci ou désescaladé doit généralement répondre à un objectif spécifique, en particulier la réduction du risque hémorragique.

Prévention secondaire à long terme

AprĂšs les 12 premiers mois, une monothĂ©rapie antiplaquettaire est gĂ©nĂ©ralement poursuivie chez les patients ne nĂ©cessitant pas une anticoagulation Ă  pleine dose au long cours. Une DAPT prolongĂ©e peut ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients prĂ©sentant un risque ischĂ©mique Ă©levĂ©, ayant tolĂ©rĂ© le traitement sans hĂ©morragie et ne prĂ©sentant pas de HBR.

Les Ă©lĂ©ments en faveur d’un traitement prolongĂ© comprennent le diabĂšte, un infarctus du myocarde antĂ©rieur, une maladie pluritronculaire, une maladie rĂ©nale chronique, une insuffisance cardiaque et une maladie des greffons veineux coronaires. Si le ticagrĂ©lor est poursuivi au-delĂ  d’un an, la dose doit ĂȘtre rĂ©duite Ă  60 mg deux fois par jour.

La prise en charge préventive au long cours doit également comporter :

  • l’arrĂȘt du tabac ;

  • une alimentation adaptĂ©e ;

  • un poids optimal ;

  • une activitĂ© physique quotidienne ;

  • un LDL-C infĂ©rieur Ă  55 mg/dL ;

  • le contrĂŽle de la pression artĂ©rielle ;

  • le contrĂŽle glycĂ©mique.

Un traitement par statine Ă  forte intensitĂ© doit ĂȘtre instaurĂ© dĂšs la prĂ©sentation. Les options indiquĂ©es sont l’atorvastatine Ă  40–80 mg ou la rosuvastatine Ă  20–40 mg, avec pour objectif une rĂ©duction du LDL-C d’au moins 50 % et un LDL-C infĂ©rieur Ă  55 mg/dL. L’ézĂ©timibe doit ĂȘtre ajoutĂ© lorsqu’il est peu probable que ces objectifs soient atteints avec une statine Ă  forte intensitĂ© seule, et un inhibiteur de PCSK9 peut ĂȘtre ajoutĂ© si la cible n’est toujours pas atteinte.

Le traitement au long cours peut Ă©galement comprendre des bĂȘtabloquants, des inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine ou des antagonistes des rĂ©cepteurs de l’angiotensine, ainsi que, chez certains patients atteints de diabĂšte de type 2, des inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2 ou des agonistes du rĂ©cepteur du glucagon-like peptide 1.

Pronostic

Le principal bĂ©nĂ©fice d’une DAPT raccourcie ou dĂ©sescaladĂ©e est la rĂ©duction des hĂ©morragies. Dans les Ă©tudes citĂ©es, un traitement abrĂ©gĂ© a gĂ©nĂ©ralement rĂ©duit les hĂ©morragies majeures ou cliniquement pertinentes, tandis que les Ă©vĂ©nements ischĂ©miques Ă©taient souvent similaires Ă  ceux observĂ©s avec un traitement plus long dans des populations sĂ©lectionnĂ©es.

Plusieurs limites importantes influencent l’interprĂ©tation des rĂ©sultats :

  • de nombreuses Ă©tudes Ă©taient des essais de non-infĂ©rioritĂ© ;

  • la plupart Ă©taient principalement conçues pour Ă©valuer les hĂ©morragies ;

  • la puissance statistique pour dĂ©tecter des diffĂ©rences ischĂ©miques Ă©tait limitĂ©e ;

  • la thrombose de stent n’a pas Ă©tĂ© Ă©valuĂ©e de maniĂšre adĂ©quate dans certaines Ă©tudes ;

  • les patients prĂ©sentant le risque ischĂ©mique le plus Ă©levĂ© Ă©taient souvent exclus ou sous-reprĂ©sentĂ©s ;

  • les patients prĂ©sentant un STEMI Ă©taient frĂ©quemment exclus ou peu nombreux ;

  • les populations des essais peuvent ne pas reflĂ©ter l’ensemble du spectre clinique des SCA.

Chez les patients prĂ©sentant un SCA, une DAPT de trois mois suivie d’une monothĂ©rapie par aspirine a Ă©tĂ© associĂ©e Ă  une augmentation des infarctus du myocarde ou des thromboses de stent par rapport Ă  une DAPT de 12 mois, bien que les hĂ©morragies majeures aient Ă©tĂ© rĂ©duites. Ce rĂ©sultat incite Ă  la prudence vis-Ă -vis des stratĂ©gies trĂšs prĂ©coces de monothĂ©rapie par aspirine dans les SCA, notamment lorsque le risque ischĂ©mique est important.

À l’inverse, une DAPT plus courte suivie d’une monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 a rĂ©duit les hĂ©morragies majeures sans augmentation dĂ©montrĂ©e de la thrombose de stent, de l’infarctus du myocarde, de l’AVC ou du dĂ©cĂšs dans les populations regroupĂ©es comprenant des patients prĂ©sentant un SCA, bien que l’applicabilitĂ© de ces rĂ©sultats aux patients Ă  trĂšs haut risque reste limitĂ©e.

Suivi et surveillance

Le suivi doit réévaluer l’équilibre entre les risques ischĂ©mique et hĂ©morragique, notamment aux moments oĂč une modification du traitement est envisagĂ©e :

  • Ă  la sortie de l’hĂŽpital ;

  • aprĂšs le premier mois ;

  • aprĂšs trois Ă  six mois ;

  • Ă  12 mois ;

  • pĂ©riodiquement pendant un traitement antithrombotique prolongĂ©.

Les 30 premiers jours suivant un SCA constituent une pĂ©riode particuliĂšrement vulnĂ©rable, et la dĂ©sescalade systĂ©matique n’est pas recommandĂ©e durant cet intervalle. Chez les patients pour lesquels un remplacement par le clopidogrel est envisagĂ©, un test de fonction plaquettaire ou un gĂ©notypage de CYP2C19 peut ĂȘtre utilisĂ© pour confirmer une rĂ©ponse adĂ©quate.

À chaque réévaluation, les dĂ©cisions thĂ©rapeutiques doivent intĂ©grer :

  • la prĂ©sence de symptĂŽmes ou d’évĂ©nements ischĂ©miques rĂ©cidivants ;

  • les Ă©vĂ©nements hĂ©morragiques ;

  • la tolĂ©rance et l’observance ;

  • l’apparition de nouvelles indications d’anticoagulation orale ;

  • une intervention chirurgicale programmĂ©e ;

  • les modifications de la fonction rĂ©nale ou des comorbiditĂ©s ;

  • le maintien ou non d’un risque ischĂ©mique Ă©levĂ© ;

  • la prĂ©sence ou non de critĂšres de HBR.

La consultation de sortie constitue une occasion importante d’optimiser le traitement antithrombotique, de renforcer la modification des facteurs de risque et de prĂ©ciser la durĂ©e prĂ©vue de chaque traitement antiplaquettaire.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 6 août 2026