DĂ©finition et champ dâapplication
Le dĂ©pistage familial et gĂ©nĂ©tique en mĂ©decine cardiovasculaire consiste en lâĂ©valuation systĂ©matique des apparentĂ©s et des autres personnes susceptibles de porter une prĂ©disposition hĂ©rĂ©ditaire aux maladies cardiovasculaires. Il associe une anamnĂšse familiale structurĂ©e, une Ă©valuation clinique, des explorations cardiaques, un conseil gĂ©nĂ©tique et, lorsque cela est indiquĂ©, une analyse molĂ©culaire.
Cette approche est particuliĂšrement pertinente dans les cardiomyopathies, les canalopathies, les aortopathies hĂ©rĂ©ditaires, certaines cardiopathies congĂ©nitales, lâhypertension artĂ©rielle pulmonaire et les maladies thromboemboliques. La plupart des affections cardiovasculaires hĂ©rĂ©ditaires reconnues se transmettent selon un mode autosomique dominant, selon lequel une personne hĂ©tĂ©rozygote atteinte prĂ©sente un risque de 50 % de transmettre le variant concernĂ© Ă chacun de ses enfants. Toutefois, les autres modes de transmission, les variants de novo, la pĂ©nĂ©trance incomplĂšte et la variabilitĂ© de lâexpression phĂ©notypique compliquent la prĂ©diction du risque.
Le regroupement familial des cas peut Ă©galement reflĂ©ter des facteurs environnementaux ou comportementaux partagĂ©s plutĂŽt quâune maladie monogĂ©nique. Cette distinction est importante dans la maladie coronaire prĂ©coce, lâhypertension artĂ©rielle, le diabĂšte de type 2 et lâhyperlipidĂ©mie, qui sont habituellement des affections polygĂ©niques, bien que les antĂ©cĂ©dents familiaux restent utiles en pratique clinique pour estimer le risque.
Physiopathologie et principes génétiques
PĂ©nĂ©trance et variabilitĂ© de lâexpression
Un variant pathogĂšne nâentraĂźne pas nĂ©cessairement une maladie clinique. La pĂ©nĂ©trance est incomplĂšte et dĂ©pend de lâĂąge, et la gravitĂ© ainsi que les manifestations de la maladie peuvent diffĂ©rer considĂ©rablement dâun porteur Ă lâautre. Par consĂ©quent, un examen clinique ou une exploration cardiaque normaux Ă un moment donnĂ© nâexcluent pas de maniĂšre fiable la survenue ultĂ©rieure de la maladie chez un apparentĂ© Ă risque.
Dans les cardiomyopathies hĂ©rĂ©ditaires, lâexpression phĂ©notypique suit gĂ©nĂ©ralement une courbe sigmoĂŻde au cours de la vie. Elle est relativement rare au cours de la premiĂšre dĂ©cennie, augmente progressivement Ă lâĂąge adulte puis sa progression devient moins marquĂ©e aux Ăąges avancĂ©s, bien que le diagnostic puisse encore ĂȘtre posĂ© aprĂšs 65 ans. La pĂ©nĂ©trance globale dans les familles atteintes de cardiomyopathie peut atteindre 70â90 % Ă lâĂąge de 70 ans. Dans la cardiomyopathie hypertrophique (CMH), lâexpression peut survenir plus rapidement pendant lâenfance et au dĂ©but de lâĂąge adulte ; le sexe masculin, des anomalies Ă©lectrocardiographiques discrĂštes et certains gĂšnes peuvent prĂ©dire une expression plus prĂ©coce de la maladie. Dans de nombreuses cardiomyopathies, les femmes dĂ©veloppent la maladie plus tard que les hommes, avec un dĂ©calage dâenviron 10 ans dans certaines Ă©tudes.
Modes de transmission
La transmission autosomique dominante prédomine dans de nombreuses cardiomyopathies et canalopathies. Néanmoins, une maladie apparemment sporadique peut résulter :
Dâune pĂ©nĂ©trance incomplĂšte dâun variant hĂ©ritĂ© dâun parent.
Dâun variant de novo.
Plus rarement, dâune transmission autosomique rĂ©cessive.
De mĂ©canismes liĂ©s Ă lâX ou dâautres mĂ©canismes non autosomiques dominants.
Dâune architecture gĂ©nĂ©tique complexe ou multifactorielle.
Le mode de transmission influence lâĂ©tendue et la durĂ©e appropriĂ©es de la surveillance familiale. Par exemple, les porteurs hĂ©tĂ©rozygotes dâune cardiomyopathie clairement rĂ©cessive peuvent ne pas nĂ©cessiter le mĂȘme suivi que les personnes Ă risque dans une famille prĂ©sentant une maladie autosomique dominante, tandis que les porteurs hĂ©tĂ©rozygotes dâune affection liĂ©e Ă lâX peuvent dĂ©velopper un phĂ©notype plus tardivement et nĂ©cessiter une Ă©valuation diffĂ©rĂ©e ou individualisĂ©e.
Architecture génétique spécifique de la maladie
La CMH est principalement associĂ©e Ă des variants touchant les protĂ©ines sarcomĂ©riques, notamment MYH7 et MYBPC3. Environ 40â60 % des patients testĂ©s prĂ©sentent un variant unique identifiĂ© comme cause de la maladie, bien que le rendement varie selon les cohortes. Un variant causal est plus susceptible dâĂȘtre identifiĂ© chez un patient jeune prĂ©sentant des antĂ©cĂ©dents familiaux nets et moins susceptible de lâĂȘtre chez un patient plus ĂągĂ© prĂ©sentant des caractĂ©ristiques non classiques.
La cardiomyopathie dilatĂ©e (CMD) possĂšde une base gĂ©nĂ©tique beaucoup plus diverse. Des variants pathogĂšnes ou probablement pathogĂšnes dans des gĂšnes pertinents de la CMD ont Ă©tĂ© identifiĂ©s dans environ 22 % des cas dans une vaste Ă©tude, tandis que des variants de signification incertaine ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s dans 44 % des cas supplĂ©mentaires. Les variants tronquants de TTN figurent parmi les anomalies gĂ©nĂ©tiques reconnues les plus frĂ©quentes et reprĂ©sentent environ 10â20 % des cas, selon la population Ă©tudiĂ©e. Dâautres gĂšnes peuvent contribuer Ă des proportions beaucoup plus faibles de cas.
Certaines maladies gĂ©nĂ©tiques simulent un phĂ©notype conventionnel de cardiomyopathie. Ces « gĂ©nocopies » sont importantes en pratique clinique, car elles peuvent diffĂ©rer quant au risque de transmission, au pronostic et au traitement. Dans la CMH, moins de 5 % des adultes et jusquâĂ 25 % des enfants peuvent prĂ©senter un variant causal dans un gĂšne associĂ© Ă un phĂ©nocopie. La CMH de lâenfant possĂšde un spectre Ă©tiologique plus large, comprenant les erreurs innĂ©es du mĂ©tabolisme, les syndromes malformatifs et les maladies neuromusculaires ; la maladie sarcomĂ©rique reste la cause la plus frĂ©quente en dehors de la pĂ©riode nĂ©onatale.
Présentation clinique et symptÎmes
Les apparentĂ©s de patients atteints dâune maladie cardiovasculaire hĂ©rĂ©ditaire peuvent ĂȘtre :
Cliniquement atteints et symptomatiques.
Cliniquement atteints mais asymptomatiques.
Génétiquement atteints sans phénotype établi.
Temporairement dĂ©pourvus de phĂ©notype, mais restant Ă risque en raison de la pĂ©nĂ©trance liĂ©e Ă lâĂąge.
Réellement indemnes et non génétiquement prédisposés.
Cardiomyopathies
La CMD comporte souvent une phase cliniquement silencieuse prolongĂ©e. La premiĂšre manifestation patente peut ĂȘtre une insuffisance cardiaque symptomatique, une arythmie ou un Ă©vĂ©nement embolique. Une maladie cliniquement dĂ©tectable peut Ă©galement ĂȘtre dĂ©couverte fortuitement lors dâune Ă©valuation systĂ©matique ou prĂ©procĂ©durale, souvent aprĂšs que de discrĂštes anomalies ECG ont conduit Ă rĂ©aliser une Ă©chocardiographie.
La CMH peut rester cliniquement silencieuse jusquâĂ lâadolescence ou lâĂąge adulte, et des symptĂŽmes ou des signes peuvent apparaĂźtre au dĂ©but ou au milieu de lâĂąge adulte, voire plus tard. Le document source ne fournit pas de description dĂ©taillĂ©e des symptĂŽmes ni des signes dâexamen clinique de la CMH ; toutefois, sa pertinence clinique dans le dĂ©pistage familial tient Ă la possibilitĂ© dâune prĂ©sentation retardĂ©e et de complications graves, notamment la mort subite et lâinsuffisance cardiaque symptomatique.
La cardiomyopathie arythmogĂšne peut ĂȘtre identifiĂ©e avant lâapparition des symptĂŽmes grĂące Ă lâĂ©valuation familiale et au test gĂ©nĂ©tique. Le dĂ©pistage familial peut Ă©galement contribuer Ă la stratification du risque rythmique.
Maladie cardiovasculaire athéroscléreuse précoce
La maladie cardiovasculaire prĂ©coce dĂ©signe gĂ©nĂ©ralement une maladie clinique survenant avant lâĂąge de 65 ans chez la femme ou avant lâĂąge de 55 ans chez lâhomme. Des antĂ©cĂ©dents familiaux de maladie cardiovasculaire prĂ©coce sont associĂ©s Ă une augmentation du risque chez la descendance et sont utilisĂ©s comme facteur aggravant du risque lors de lâĂ©valuation de lâindication dâun traitement prĂ©ventif chez les adultes prĂ©sentant un risque limite ou intermĂ©diaire.
Ăvaluation et examen clinique
Antécédents familiaux
Les antĂ©cĂ©dents familiaux multigĂ©nĂ©rationnels constituent le fondement de lâĂ©valuation. Ils doivent idĂ©alement ĂȘtre consignĂ©s sous forme dâarbre gĂ©nĂ©alogique et inclure :
La structure de la famille.
Les diagnostics cardiovasculaires.
Les morts subites.
Lâinsuffisance cardiaque.
Les arythmies.
Les événements emboliques.
LâĂąge de dĂ©but de la maladie.
LâĂąge et la cause du dĂ©cĂšs.
Les personnes ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© dâexplorations cardiaques ou dâun test gĂ©nĂ©tique.
Les facteurs ethniques ou gĂ©ographiques lorsquâils sont pertinents pour lâinterprĂ©tation.
Il est recommandĂ© de recueillir des antĂ©cĂ©dents familiaux couvrant au moins trois gĂ©nĂ©rations lors de lâĂ©valuation dâune cardiomyopathie gĂ©nĂ©tique. Cette dĂ©marche permet de dĂ©terminer si la maladie est familiale, de suggĂ©rer le mode de transmission probable et dâidentifier les apparentĂ©s nĂ©cessitant une Ă©valuation.
La prĂ©sence dâun seul individu atteint nâexclut pas une cause gĂ©nĂ©tique. Une CMH sporadique peut sâexpliquer par une pĂ©nĂ©trance incomplĂšte ou un variant de novo, et une CMD sporadique peut Ă©galement reposer sur une cause gĂ©nĂ©tique sous-jacente.
Ăvaluation clinique
Tous les apparentĂ©s du premier degrĂ© de patients atteints de cardiomyopathie doivent se voir proposer un dĂ©pistage clinique comprenant un ECG et une imagerie cardiaque, par Ă©chocardiographie et/ou imagerie par rĂ©sonance magnĂ©tique cardiovasculaire (CMR). Le programme prĂ©cis doit ĂȘtre individualisĂ© en fonction :
De lâĂąge.
Du sous-type de cardiomyopathie.
Des antécédents familiaux.
Du mode de transmission.
De lâĂąge de dĂ©but de la maladie chez les apparentĂ©s atteints.
De la gravité et des complications observées dans la famille.
Du génotype et de la pénétrance attendue.
De la prĂ©sence dâanomalies lors dâĂ©valuations antĂ©rieures.
Lâexamen clinique fait partie du dĂ©pistage clinique, en particulier lorsque le test gĂ©nĂ©tique nâest pas disponible ou nâest pas rĂ©alisĂ©, bien que le document source ne prĂ©cise ni les signes dâexamen ni un protocole dâexamen dĂ©taillĂ©.
Stratégie diagnostique
Ăvaluation initiale du cas index
Le patient atteint ou cas index doit bĂ©nĂ©ficier dâune Ă©valuation clinique complĂšte avant la rĂ©alisation des tests familiaux. Le bilan diagnostique doit Ă©tablir le phĂ©notype, rechercher des Ă©lĂ©ments secondaires et dĂ©terminer si la prĂ©sentation est compatible avec une maladie monogĂ©nique.
Dans la CMH, le test gĂ©nĂ©tique diagnostique est particuliĂšrement informatif lorsque le phĂ©notype est caractĂ©ristique, que le patient est jeune ou quâil existe de forts antĂ©cĂ©dents familiaux. Chez lâenfant, une Ă©valuation approfondie est particuliĂšrement importante, car le diagnostic diffĂ©rentiel phĂ©notypique est plus large et comprend les maladies mĂ©taboliques, malformatives et neuromusculaires.
Dépistage clinique des apparentés
Le dépistage clinique repose principalement sur :
Lâexamen clinique.
LâECG Ă 12 dĂ©rivations.
LâĂ©chocardiographie.
La CMR lorsque cela est approprié.
La surveillance Holter ou dâautres explorations complĂ©mentaires orientĂ©es par lâĂąge, le gĂ©notype et le phĂ©notype familial.
Une Ă©valuation normale rĂ©alisĂ©e Ă un moment donnĂ© a une valeur dâexclusion limitĂ©e dans une maladie Ă pĂ©nĂ©trance liĂ©e Ă lâĂąge. Les apparentĂ©s initialement dĂ©pourvus de phĂ©notype peuvent donc nĂ©cessiter une surveillance longitudinale.
Tests génétiques
Les tests gĂ©nĂ©tiques doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s dans un cadre multidisciplinaire disposant dâune expertise en :
Conseil génétique.
Méthodes de test.
Interprétation des variants de séquence.
Application clinique des résultats.
Conseil pré- et post-test.
Les tests de premiĂšre intention doivent cibler les gĂšnes dont lâassociation avec le phĂ©notype prĂ©sentĂ© repose sur des donnĂ©es solides. Si aucune cause nâest identifiĂ©e mais que la suspicion dâune maladie monogĂ©nique reste Ă©levĂ©e, un sĂ©quençage ou une analyse plus Ă©tendue peut ĂȘtre envisagĂ© selon la structure familiale et le contexte clinique.
Le test génétique chez une personne atteinte peut apporter un bénéfice direct en :
Ătayant ou confirmant le diagnostic.
Contribuant Ă lâĂ©valuation pronostique.
Influençant le choix du traitement.
Clarifiant les options reproductives.
Identifiant les apparentés nécessitant une surveillance.
Ăvitant un dĂ©pistage Ă vie inutile chez les apparentĂ©s qui ne sont pas porteurs du variant familial.
Un test peut rester utile mĂȘme sâil est peu probable quâil modifie la prise en charge du cas index, car un diagnostic molĂ©culaire peut modifier considĂ©rablement lâĂ©valuation des apparentĂ©s.
Interprétation des variants
La classification du variant dĂ©termine si un test en cascade peut ĂȘtre proposĂ©. Si un variant pathogĂšne ou probablement pathogĂšne est identifiĂ© chez la personne atteinte, les apparentĂ©s peuvent bĂ©nĂ©ficier dâun test ciblĂ© sur ce variant spĂ©cifique.
Un variant de signification incertaine ne doit pas ĂȘtre utilisĂ© pour un test prĂ©dictif chez des apparentĂ©s sains. Une analyse de sĂ©grĂ©gation peut nĂ©anmoins ĂȘtre rĂ©alisĂ©e chez certains apparentĂ©s atteints ou chez les parents afin de contribuer Ă dĂ©terminer si le variant incertain est pathogĂšne. Les membres de la famille doivent ĂȘtre informĂ©s que ce test vise Ă clarifier lâinterprĂ©tation du variant plutĂŽt quâĂ Ă©tablir un diagnostic.
La classification des variants doit ĂȘtre réévaluĂ©e pĂ©riodiquement, car les modifications de lâinterprĂ©tation peuvent changer les recommandations de dĂ©pistage familial.
Biomarqueurs et résultats biologiques
Le document source ne fournit pas de recommandations spĂ©cifiques concernant les biomarqueurs ou les examens biologiques dans le cadre du dĂ©pistage familial et gĂ©nĂ©tique. Les principales explorations dĂ©crites sont lâĂ©valuation clinique, lâECG et lâimagerie cardiaque, complĂ©tĂ©s par une surveillance Holter ou dâautres examens lorsquâils sont indiquĂ©s.
Prise en charge des apparentés à risque génétique
Apparentés génotype positif, phénotype positif
Les apparentĂ©s porteurs du variant familial pathogĂšne et prĂ©sentant un phĂ©notype clinique doivent bĂ©nĂ©ficier dâune prise en charge fondĂ©e sur le phĂ©notype. Le document source prĂ©cise que le traitement doit ĂȘtre fondĂ© sur le phĂ©notype exprimĂ©, mais ne fournit pas de schĂ©mas thĂ©rapeutiques dĂ©taillĂ©s, de critĂšres dâimplantation de dispositifs ni dâalgorithmes thĂ©rapeutiques spĂ©cifiques de la maladie.
Ces personnes doivent faire lâobjet dâune Ă©valuation clinique continue, comprenant gĂ©nĂ©ralement un ECG, une imagerie multimodale et des examens complĂ©mentaires orientĂ©s par leur Ăąge, leur gĂ©notype et le phĂ©notype familial. Elles doivent Ă©galement recevoir un conseil concernant la possibilitĂ© de transmettre le variant Ă leur descendance.
Apparentés génotype positif, phénotype négatif
Un porteur dâun variant familial pathogĂšne reste Ă risque, car la pĂ©nĂ©trance ainsi que le moment et la gravitĂ© de lâexpression ne peuvent ĂȘtre prĂ©dits de maniĂšre fiable. Une Ă©valuation actuelle normale ne dispense donc pas dâune surveillance.
Le suivi sĂ©quentiel doit habituellement comprendre un ECG et une imagerie cardiaque. Des examens complĂ©mentaires, tels quâune surveillance Holter, doivent ĂȘtre sĂ©lectionnĂ©s en fonction de lâĂąge, du phĂ©notype familial et du gĂ©notype. Dans les familles porteuses de variants pathogĂšnes ou probablement pathogĂšnes associĂ©s Ă une cardiomyopathie, la surveillance sâĂ©tend de lâenfance au grand Ăąge.
Apparentés génotype négatif
Un apparentĂ© qui ne porte pas le variant familial pathogĂšne Ă©tabli et qui ne prĂ©sente aucun phĂ©notype clinique peut gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre rassurĂ© : ni lui ni ses enfants ne prĂ©sentent un risque accru de dĂ©velopper la cardiomyopathie familiale. Ces personnes peuvent habituellement sortir du dĂ©pistage longitudinal systĂ©matique, avec la recommandation de demander une nouvelle Ă©valuation en cas dâapparition de symptĂŽmes ou de nouvelles informations pertinentes dans la famille.
Cette rĂ©assurance ne sâapplique que lorsque le variant familial a Ă©tĂ© Ă©tabli avec un degrĂ© de certitude suffisant et que lâapparentĂ© a bĂ©nĂ©ficiĂ© dâun test ciblĂ© appropriĂ©. Elle ne sâapplique pas lorsque le cas index ne prĂ©sente quâun variant de signification incertaine ou lorsquâaucun variant causal nâa Ă©tĂ© identifiĂ©.
Apparentés de familles génotype négatif ou non testées
Lorsque aucun variant pathogĂšne ou probablement pathogĂšne nâa Ă©tĂ© identifiĂ© chez le cas index, ou lorsquâaucun test gĂ©nĂ©tique nâa Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©, le test gĂ©nĂ©tique prĂ©dictif nâest pas disponible. LâĂ©valuation clinique sĂ©quentielle constitue alors la seule stratĂ©gie pour les apparentĂ©s Ă risque.
Le dĂ©pistage clinique commence gĂ©nĂ©ralement par les apparentĂ©s du premier degrĂ© et sâĂ©tend Ă dâautres apparentĂ©s lorsque de nouveaux diagnostics sont posĂ©s. Dans les familles sans variant pathogĂšne connu, les enfants doivent bĂ©nĂ©ficier dâune surveillance continue en raison de la pĂ©nĂ©trance liĂ©e Ă lâĂąge. La surveillance des adultes doit ĂȘtre dĂ©terminĂ©e en fonction des antĂ©cĂ©dents familiaux et des autres facteurs de risque.
Lorsquâun seul individu atteint est identifiĂ© et quâaucun variant gĂ©nĂ©tique nâest retrouvĂ©, la frĂ©quence et la durĂ©e du suivi peuvent ĂȘtre rĂ©duites. Si une Ă©valuation complĂšte du cas index et un arbre gĂ©nĂ©alogique familial informatif indiquent que la cardiomyopathie est isolĂ©e, lâarrĂȘt de la surveillance pĂ©riodique peut ĂȘtre envisagĂ© chez les apparentĂ©s du premier degrĂ© ĂągĂ©s de 50 ans ou plus dont les explorations cardiaques sont restĂ©es constamment normales.
Calendriers de dépistage
Aucun intervalle unique ne sâapplique Ă toutes les familles. Les calendriers suivants synthĂ©tisent les intervalles dĂ©crits pour les familles atteintes de cardiomyopathie.
| Contexte clinique | Ăvaluation proposĂ©e |
|---|---|
| Porteur dâun variant pathogĂšne ou probablement pathogĂšne associĂ© Ă une cardiomyopathie, ou cardiomyopathie familiale, avant lâĂąge de 60 ans | ECG et Ă©chocardiographie tous les 1â3 ans, avec examens complĂ©mentaires lorsque cela est appropriĂ© |
| MĂȘme population aprĂšs lâĂąge de 60 ans | ECG et Ă©chocardiographie tous les 3â5 ans |
| CMH familiale de lâenfance au dĂ©but de lâĂąge adulte | ECG et Ă©chocardiographie tous les 1â2 ans |
| CMH familiale Ă lâĂąge adulte | ECG et Ă©chocardiographie tous les 3â5 ans |
| ApparentĂ©s du premier degrĂ© adultes dans une cardiomyopathie arythmogĂšne sans mutation certaine identifiĂ©e | ECG et Ă©chocardiographie tous les 2â5 ans, ou plus frĂ©quemment en prĂ©sence dâanomalies non diagnostiques |
| Familles sans variant identifiĂ© | Surveillance clinique continue, particuliĂšrement chez les enfants ; chez lâadulte, la frĂ©quence dĂ©pend des antĂ©cĂ©dents familiaux et dâautres facteurs |
| Individu unique atteint, aucun variant identifiĂ©, explorations normales dans une famille informative | Une rĂ©duction de la frĂ©quence ou un Ă©ventuel arrĂȘt de la surveillance pĂ©riodique peut ĂȘtre envisagĂ© chez les apparentĂ©s ĂągĂ©s de â„50 ans |
Le dĂ©pistage peut commencer plus tĂŽt que ne le prĂ©voient les calendriers habituels en cas dâantĂ©cĂ©dents de CMH Ă dĂ©but prĂ©coce, notamment de complications familiales particuliĂšrement graves ou dâinquiĂ©tude parentale importante. Dans la CMH familiale, lâĂ©valuation des enfants peut commencer dĂšs le diagnostic du cas index et doit gĂ©nĂ©ralement dĂ©buter au plus tard Ă la pubertĂ©, bien quâune Ă©valuation plus prĂ©coce soit appropriĂ©e dans les situations Ă risque Ă©levĂ©.
Conseil en matiĂšre de reproduction
La confirmation dâun variant familial pathogĂšne a des implications pour la planification reproductive. Les options comprennent :
Le diagnostic prĂ©natal au cours dâune grossesse en cours par amniocentĂšse ou prĂ©lĂšvement de villositĂ©s choriales.
Le diagnostic gĂ©nĂ©tique prĂ©implantatoire aprĂšs fĂ©condation in vitro, avec implantation dâembryons dĂ©pourvus du variant familial pathogĂšne.
Un conseil gĂ©nĂ©tique prĂ©conceptionnel doit ĂȘtre rĂ©alisĂ© dans un centre spĂ©cialisĂ© de cardiogĂ©nĂ©tique ou au sein dâun rĂ©seau multidisciplinaire dĂ»ment coordonnĂ©. Le conseil doit aborder le risque de transmission, la variabilitĂ© de lâexpression, les limites de la prĂ©diction ainsi que les implications mĂ©dicales et psychologiques du test.
Conseil génétique et considérations pratiques
Un conseil génétique est nécessaire avant et aprÚs le test. Il doit expliquer :
La possibilitĂ© dâun rĂ©sultat positif, nĂ©gatif ou incertain.
La distinction entre un variant pathogĂšne et un variant de signification incertaine.
Les limites liées à la pénétrance incomplÚte.
LâimpossibilitĂ© de prĂ©dire de maniĂšre fiable le moment dâapparition de la maladie ou sa gravitĂ©.
Les implications pour les enfants et les autres apparentés.
Lâeffet des rĂ©sultats sur la surveillance.
Les options reproductives.
Les conséquences psychologiques potentielles.
Le test doit ĂȘtre proposĂ© selon une dĂ©marche tenant compte de la charge que reprĂ©sente une surveillance prolongĂ©e. Un diagnostic familial dĂ©finitif peut Ă©viter aux apparentĂ©s gĂ©notype nĂ©gatif et Ă leurs enfants un dĂ©pistage longitudinal inutile, tandis quâun risque gĂ©nĂ©tique non rĂ©solu impose la poursuite dâune Ă©valuation clinique.
Le dĂ©pistage de population Ă grande Ă©chelle des gĂšnes associĂ©s aux cardiomyopathies et lâanalyse opportuniste de gĂšnes cardiaques identifiĂ©s lors dâun test rĂ©alisĂ© pour une autre indication ne reposent actuellement pas sur des donnĂ©es suffisantes pour Ă©tablir un rapport bĂ©nĂ©fice-risque favorable. Ces approches doivent donc ĂȘtre limitĂ©es aux contextes de recherche, sauf si le contexte clinique et les recommandations locales justifient une autre conduite.
Dépistage familial dans les maladies cardiovasculaires athéroscléreuses précoces
Les antĂ©cĂ©dents familiaux constituent un Ă©lĂ©ment systĂ©matique de lâĂ©valuation cardiovasculaire prĂ©ventive. Des antĂ©cĂ©dents maternels ou paternels de maladie cardiovasculaire sont associĂ©s Ă une augmentation approximative de 1,5 Ă 2 fois du risque chez la descendance, le risque Ă©tant particuliĂšrement Ă©levĂ© lorsque la maladie est survenue chez la mĂšre avant lâĂąge de 50 ans ou chez le pĂšre avant lâĂąge de 55 ans.
Les antĂ©cĂ©dents familiaux de maladie cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reuse prĂ©coce constituent un facteur aggravant du risque pouvant appuyer lâinstauration ou lâintensification dâun traitement par statine chez les adultes prĂ©sentant un risque estimĂ© limite ou intermĂ©diaire. Les recommandations internationales considĂšrent Ă©galement la prĂ©sence dans la famille dâune maladie cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reuse prĂ©coce ou dâune dyslipidĂ©mie gĂ©nĂ©tique comme une indication Ă Ă©valuer les lipides et les autres facteurs de risque, ainsi que comme une indication relative au dosage de la lipoprotĂ©ine(a).
Les variants monogĂ©niques de risque peuvent entraĂźner une maladie sĂ©vĂšre selon des modes mendĂ©liens classiques. En pratique cardiovasculaire, les exemples pertinents comprennent les variants de LDLR, APOB et PCSK9 responsables dâune hypercholestĂ©rolĂ©mie familiale. Le dĂ©pistage en cascade dans les familles atteintes constitue un Ă©lĂ©ment important de lâĂ©valuation.
Les scores de risque polygĂ©nique agrĂšgent les effets de nombreux variants frĂ©quents. Ils ont Ă©tĂ© associĂ©s Ă une maladie infraclinique et Ă des Ă©vĂ©nements coronaires, avec une augmentation approximative de 1,5 fois du risque par augmentation dâun Ă©cart-type du score dans les donnĂ©es citĂ©es. Toutefois, leur valeur prĂ©dictive additionnelle au-delĂ des facteurs de risque usuels est gĂ©nĂ©ralement marginale, leur applicabilitĂ© est limitĂ©e par la reprĂ©sentation des diffĂ©rentes ascendances et leur rapport coĂ»t-efficacitĂ© reste incertain. Leur rĂŽle dans la prĂ©vention primaire courante demeure donc non rĂ©solu.
Recommandations des sociétés savantes
Les principales recommandations sont les suivantes :
Recueillir des antĂ©cĂ©dents familiaux dĂ©taillĂ©s, couvrant de prĂ©fĂ©rence au moins trois gĂ©nĂ©rations et documentant les Ă©vĂ©nements pathologiques ainsi que lâĂąge de dĂ©but de la maladie ou du dĂ©cĂšs.
Proposer un ECG et une imagerie cardiaque à tous les apparentés du premier degré de patients atteints de cardiomyopathie.
Proposer un test gĂ©nĂ©tique en cascade aux apparentĂ©s lorsquâun variant familial pathogĂšne ou probablement pathogĂšne dĂ©finitif a Ă©tĂ© identifiĂ©.
RĂ©aliser les tests gĂ©nĂ©tiques de cardiomyopathie dans un cadre multidisciplinaire disposant dâune expertise appropriĂ©e en conseil gĂ©nĂ©tique et en interprĂ©tation des variants.
Utiliser en premiÚre intention des tests génétiques ciblés sur le phénotype, avec une analyse plus large lorsque la suspicion clinique reste élevée malgré un test initial non contributif.
Ne pas utiliser un variant de signification incertaine pour un test prédictif chez des apparentés indemnes.
Poursuivre la surveillance clinique chez les apparentĂ©s dont le risque ne peut ĂȘtre rĂ©solu gĂ©nĂ©tiquement.
Sortir du suivi systĂ©matique les apparentĂ©s gĂ©notype nĂ©gatif sans phĂ©notype dans les familles prĂ©sentant un variant causal confirmĂ©, tout en leur recommandant une nouvelle Ă©valuation en cas dâapparition de symptĂŽmes ou de nouvelles informations familiales.
Poursuivre lâĂ©valuation longitudinale des apparentĂ©s gĂ©notype positif, mĂȘme sâils sont actuellement dĂ©pourvus de phĂ©notype.
Individualiser les intervalles de dĂ©pistage en fonction de lâĂąge, du sous-type de maladie, du gĂ©notype, des antĂ©cĂ©dents familiaux, de la pĂ©nĂ©trance et des complications.
Proposer une surveillance continue de lâenfance au grand Ăąge chez les porteurs de variants pathogĂšnes ou probablement pathogĂšnes associĂ©s Ă une cardiomyopathie et chez les apparentĂ©s de familles prĂ©sentant une cardiomyopathie Ă©tablie.
Envisager les options de génétique reproductive, notamment le diagnostic prénatal et le diagnostic génétique préimplantatoire, aprÚs un conseil approprié.
Utiliser les antĂ©cĂ©dents familiaux de maladie cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reuse prĂ©coce comme facteur aggravant du risque lors de lâĂ©valuation prĂ©ventive et Ă©valuer les lipides ainsi que les autres facteurs de risque pertinents.
Envisager le dosage de la lipoprotĂ©ine(a) en prĂ©sence, dans la famille, dâune maladie cardiovasculaire athĂ©rosclĂ©reuse prĂ©coce ou dâune dyslipidĂ©mie gĂ©nĂ©tique.
Limiter le dĂ©pistage gĂ©nique large des cardiomyopathies en population gĂ©nĂ©rale ou rĂ©alisĂ© de maniĂšre opportuniste aux contextes de recherche tant que le rapport bĂ©nĂ©fice-risque nâest pas suffisamment dĂ©fini.
Pronostic et suivi
Le dĂ©pistage familial vise Ă identifier la maladie avant la survenue de complications majeures et Ă permettre la mise en Ćuvre rapide dâune prise en charge appropriĂ©e. Une reconnaissance prĂ©coce peut contribuer Ă rĂ©duire les Ă©vĂ©nements dĂ©favorables, notamment la mort subite et lâinsuffisance cardiaque symptomatique.
Le pronostic ne peut pas ĂȘtre dĂ©duit uniquement de la prĂ©sence ou de lâabsence dâun variant familial. MĂȘme chez les porteurs, la pĂ©nĂ©trance est variable et le moment ainsi que la gravitĂ© de lâexpression sont difficiles Ă prĂ©voir. Ă lâinverse, un phĂ©notype initialement normal nâindique pas nĂ©cessairement une absence de maladie pendant toute la vie, sauf sâil a Ă©tĂ© Ă©tabli que la personne ne porte pas le variant familial pathogĂšne connu.
Le suivi doit donc ĂȘtre fondĂ© sur le risque et rĂ©alisĂ© longitudinalement. Les apparentĂ©s gĂ©notype positif nĂ©cessitent un ECG et une imagerie pĂ©riodiques, complĂ©tĂ©s par une surveillance Holter ou dâautres examens lorsquâils sont indiquĂ©s. Les apparentĂ©s de familles chez lesquelles la cause gĂ©nĂ©tique nâest pas rĂ©solue nĂ©cessitent une Ă©valuation clinique continue, car une Ă©valuation initiale normale ne permet pas dâexclure de maniĂšre fiable une maladie ultĂ©rieure. Ă lâinverse, les apparentĂ©s gĂ©notype nĂ©gatif dâune famille gĂ©notype positif peuvent gĂ©nĂ©ralement sortir du suivi systĂ©matique, ce qui rĂ©duit la charge mĂ©dicale et psychologique inutile.
Le programme de dĂ©pistage doit ĂȘtre réévaluĂ© lorsque :
Un nouveau membre de la famille développe une cardiomyopathie.
Une mort subite, une arythmie, une insuffisance cardiaque ou un événement embolique survient.
La classification dâun variant est modifiĂ©e.
De nouvelles informations génétiques deviennent disponibles.
De nouvelles anomalies apparaissent Ă lâECG, Ă lâimagerie ou lors dâune surveillance ambulatoire.
Le mode de transmission familial devient plus clair.
Un service de cardiogénétique coordonné est donc essentiel à la prise en charge à long terme, en intégrant les antécédents familiaux, le phénotype, le génotype, le conseil génétique, la surveillance et la planification reproductive tout au long de la vie de la famille.