đŸš« Cibles de pression artĂ©rielle chez les personnes ĂągĂ©es et fragiles

Sommaire (24)

Définition et contexte clinique

La prise en charge de la pression artĂ©rielle chez les personnes ĂągĂ©es doit tenir compte de l’ñge chronologique, de l’ñge biologique, de la fragilitĂ©, de la multimorbiditĂ©, de l’état cognitif, des capacitĂ©s fonctionnelles, des symptĂŽmes orthostatiques et de la charge thĂ©rapeutique. Bien que les personnes ĂągĂ©es soient souvent dĂ©finies selon leur Ăąge chronologique, les seuils d’ñge sont intrinsĂšquement arbitraires. Une personne de 75 ans en bonne forme peut ĂȘtre capable de suivre une stratĂ©gie thĂ©rapeutique utilisĂ©e chez des adultes plus jeunes, tandis qu’une personne de 65 ans prĂ©sentant une fragilitĂ© marquĂ©e peut nĂ©cessiter l’approche plus prudente gĂ©nĂ©ralement appliquĂ©e aux patients plus ĂągĂ©s.

La fragilitĂ© se caractĂ©rise par une rĂ©duction des rĂ©serves physiologiques et une vulnĂ©rabilitĂ© accrue aux Ă©vĂ©nements indĂ©sirables. Elle est dynamique et peut s’amĂ©liorer ou s’aggraver sous l’effet d’une maladie, d’un traitement ou d’autres interventions. La fragilitĂ© se chevauche souvent avec la multimorbiditĂ© et est frĂ©quente chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires, notamment d’insuffisance cardiaque et de cardiopathie ischĂ©mique.

Le vieillissement s’accompagne d’une augmentation progressive de la pression artĂ©rielle systolique (PAS), tandis que la pression artĂ©rielle diastolique (PAD) augmente moins fortement et peut rester stable ou diminuer Ă  un Ăąge plus avancĂ©. En consĂ©quence, l’hypertension systolique isolĂ©e et l’élargissement de la pression pulsĂ©e sont frĂ©quents au cours de la vieillesse. Ces modifications compliquent la dĂ©finition d’une cible thĂ©rapeutique appropriĂ©e, en particulier lorsqu’une PAD basse, une hypotension orthostatique ou une altĂ©ration de la compensation autonome limitent la tolĂ©rance.

Données probantes et limites

Peu d’adultes ĂągĂ©s de 85 ans ou plus ont Ă©tĂ© inclus dans les essais contrĂŽlĂ©s randomisĂ©s. En outre, les participants dĂ©crits comme fragiles dans les essais ne prĂ©sentaient gĂ©nĂ©ralement pas plus qu’une fragilitĂ© lĂ©gĂšre, ce qui limite l’applicabilitĂ© des rĂ©sultats aux personnes ayant une altĂ©ration fonctionnelle importante, une multimorbiditĂ© ou une espĂ©rance de vie limitĂ©e.

Les donnĂ©es randomisĂ©es disponibles n’ont pas montrĂ© que la fragilitĂ© rĂ©duisait les bĂ©nĂ©fices cardiovasculaires de l’abaissement de la pression artĂ©rielle chez les participants les plus fragiles inclus dans les essais. En revanche, des Ă©tudes observationnelles ont parfois suggĂ©rĂ© qu’une pression artĂ©rielle plus basse pourrait ĂȘtre dĂ©lĂ©tĂšre chez les patients prĂ©sentant une fragilitĂ© importante, en particulier lorsque la pression artĂ©rielle initiale n’est pas fortement Ă©levĂ©e. Ces associations apparentes en forme de J sont considĂ©rĂ©es comme peu fiables pour guider le traitement en raison de facteurs de confusion potentiels, de la causalitĂ© inverse et de l’association entre la rigiditĂ© artĂ©rielle, une PAD basse et une mortalitĂ© accrue.

Les personnes ĂągĂ©es prĂ©sentent un risque cardiovasculaire absolu plus Ă©levĂ© que les personnes plus jeunes. Ainsi, bien qu’un nombre plus faible de patients ĂągĂ©s puisse nĂ©cessiter un traitement pour prĂ©venir un Ă©vĂ©nement cardiovasculaire indĂ©sirable, le bĂ©nĂ©fice potentiel pour un patient donnĂ© peut rester important. Dans le mĂȘme temps, les effets indĂ©sirables tels que l’hypotension, la syncope, les chutes et la dĂ©tĂ©rioration fonctionnelle peuvent avoir des consĂ©quences plus importantes chez les patients fragiles.

Évaluation clinique

Fragilité et état fonctionnel

Les dĂ©cisions thĂ©rapeutiques ne doivent pas ĂȘtre fondĂ©es sur l’ñge seul. L’évaluation doit comprendre :

  • Le degrĂ© de fragilitĂ©, de prĂ©fĂ©rence Ă  l’aide de tests cliniques validĂ©s

  • La capacitĂ© Ă  rĂ©aliser les activitĂ©s de la vie quotidienne

  • L’état cognitif

  • Le risque de chute

  • Les symptĂŽmes ou les antĂ©cĂ©dents Ă©vocateurs d’une hypotension orthostatique

  • La multimorbiditĂ©

  • La polymĂ©dication et la charge thĂ©rapeutique globale

  • L’espĂ©rance de vie

  • Les prioritĂ©s et les prĂ©fĂ©rences du patient

Les patients en bonne forme et autonomes tirent gĂ©nĂ©ralement bĂ©nĂ©fice d’un traitement antihypertenseur conforme aux recommandations, similaire Ă  celui utilisĂ© chez les adultes plus jeunes, Ă  condition qu’il soit bien tolĂ©rĂ©. Les patients prĂ©sentant une perte fonctionnelle mais conservant leur autonomie nĂ©cessitent une Ă©valuation gĂ©riatrique plus dĂ©taillĂ©e. Lorsque l’altĂ©ration fonctionnelle s’accompagne d’une incapacitĂ© Ă  rĂ©aliser les activitĂ©s de la vie quotidienne, les objectifs thĂ©rapeutiques doivent ĂȘtre individualisĂ©s et l’arrĂȘt du traitement peut devenir appropriĂ©.

La fragilitĂ© est potentiellement rĂ©versible. La prise en charge doit donc inclure la recherche de facteurs contributifs accessibles au traitement, tels que les comorbiditĂ©s sous-jacentes, la kinĂ©sithĂ©rapie supervisĂ©e de renforcement musculaire, l’exercice physique et l’entraĂźnement Ă  la coordination et Ă  l’équilibre.

Mesure de la pression artérielle en orthostatisme

Avant d’instaurer ou d’intensifier un traitement antihypertenseur, il convient d’évaluer l’hypotension orthostatique. La procĂ©dure recommandĂ©e consiste Ă  maintenir le patient en position assise ou allongĂ©e pendant 5 minutes, puis Ă  mesurer la pression artĂ©rielle 1 et/ou 3 minutes aprĂšs le passage en position debout.

Les symptĂŽmes orthostatiques revĂȘtent une importance particuliĂšre chez les personnes ĂągĂ©es fragiles, car l’hypotension, la syncope et les chutes peuvent l’emporter sur le bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire attendu d’un traitement plus intensif. Chez les patients prĂ©sentant une hypertension en dĂ©cubitus et une hypotension orthostatique, les mesures non pharmacologiques doivent ĂȘtre mises en Ɠuvre en premier lieu, et les mĂ©dicaments qui aggravent l’hypotension orthostatique doivent, si possible, ĂȘtre remplacĂ©s plutĂŽt que de simplement rĂ©duire l’intensitĂ© du traitement.

Cibles de pression artérielle

Cible générale sous traitement

Chez la plupart des adultes recevant un traitement antihypertenseur, la premiÚre étape consiste à réduire la PA à :

  • PAS <140 mmHg

  • PAD <80 mmHg

La cible finale de PAS visĂ©e chez la plupart des adultes est de 120–129 mmHg lorsque le traitement est bien tolĂ©rĂ©. Si ce niveau ne peut ĂȘtre atteint en raison d’effets indĂ©sirables, il est recommandĂ© de viser la pression la plus basse raisonnablement atteignable et tolĂ©rĂ©e.

Le traitement doit gĂ©nĂ©ralement permettre d’atteindre la cible visĂ©e dans un dĂ©lai d’environ 3 mois.

Patients ùgés de 70 ans ou plus

Chez les patients ùgés de 70 ans ou plus, la cible ultime de PAS est :

  • <140 mmHg, avec une rĂ©duction vers 130 mmHg si elle est tolĂ©rĂ©e

Les donnĂ©es en faveur de cibles plus basses sont moins solides chez les personnes de plus de 80 ans et chez celles prĂ©sentant une fragilitĂ©. L’ñge biologique, plutĂŽt que l’ñge chronologique, doit guider l’interprĂ©tation pratique de cette recommandation.

Patients ùgés de 85 ans ou plus

Chez les patients ĂągĂ©s de 85 ans ou plus, une cible plus souple et individualisĂ©e doit ĂȘtre envisagĂ©e. Une PAS sous traitement infĂ©rieure Ă  140 mmHg peut ĂȘtre appropriĂ©e, mais la cible doit ĂȘtre ajustĂ©e en fonction de la tolĂ©rance, des symptĂŽmes orthostatiques, de la fragilitĂ©, des comorbiditĂ©s et des prioritĂ©s du patient.

Chez les patients prĂ©sentant une mauvaise tolĂ©rance au traitement, une fragilitĂ© cliniquement importante ou un Ăąge de 85 ans ou plus, une cible de <140 mmHg ou le niveau le plus bas raisonnablement atteignable peut ĂȘtre retenu plutĂŽt que d’imposer une cible de 120–129 mmHg.

Fragilité modérée à sévÚre

En cas de fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă  sĂ©vĂšre, quel que soit l’ñge, des cibles personnalisĂ©es et plus souples peuvent ĂȘtre appropriĂ©es. Une PA traitĂ©e infĂ©rieure Ă  140/90 mmHg peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsqu’une cible de 120–129 mmHg n’est pas tolĂ©rĂ©e ou ne concorde pas avec les prioritĂ©s de santĂ© du patient.

Si la fragilitĂ© progresse et que la PAS diminue, une dĂ©prescription peut devenir nĂ©cessaire. Il n’est pas automatiquement nĂ©cessaire d’arrĂȘter le traitement antihypertenseur uniquement parce qu’un patient est trĂšs ĂągĂ© ou fragile si le traitement reste bien tolĂ©rĂ©, mais celui-ci doit ĂȘtre réévaluĂ© rĂ©guliĂšrement.

Pression artérielle diastolique

La plage prĂ©fĂ©rentielle de PAD sous traitement est de 70–79 mmHg. Si la PAS est dĂ©jĂ  de 120–129 mmHg mais que la PAD reste ≄80 mmHg, une intensification du traitement pour atteindre une PAD de 70–79 mmHg peut ĂȘtre envisagĂ©e, bien qu’il ne s’agisse pas d’une exigence universelle et que cette dĂ©cision doive ĂȘtre mise en balance avec la tolĂ©rance et le risque de symptĂŽmes orthostatiques.

Cibles en mesure ambulatoire et Ă  domicile

Aucun essai fondĂ© sur des critĂšres cliniques n’a utilisĂ© la mesure ambulatoire de la pression artĂ©rielle (MAPA) ou l’automesure tensionnelle Ă  domicile (AMT) pour guider les cibles thĂ©rapeutiques. Les cibles correspondantes sont donc extrapolĂ©es Ă  partir de donnĂ©es observationnelles.

Une PAS mesurĂ©e au cabinet d’environ 130 mmHg est considĂ©rĂ©e comme correspondant probablement Ă  :

  • Une PAS ambulatoire sur 24 heures d’environ 125 mmHg

  • Une PAS Ă  domicile infĂ©rieure Ă  130 mmHg

Stratégie thérapeutique

Décision médicale partagée

Les patients doivent ĂȘtre informĂ©s Ă  la fois des bĂ©nĂ©fices et des risques potentiels de l’instauration ou de l’intensification du traitement. Chez les patients ĂągĂ©s et fragiles, la dĂ©cision partagĂ©e doit intĂ©grer :

  • Le bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire attendu

  • Le risque d’hypotension, de syncope et de chute

  • L’état fonctionnel et cognitif

  • Les comorbiditĂ©s concurrentes

  • L’espĂ©rance de vie

  • La charge mĂ©dicamenteuse

  • Les prioritĂ©s dĂ©finies par le patient, notamment l’autonomie et la qualitĂ© de vie

L’objectif n’est pas simplement de rĂ©duire numĂ©riquement la PA, mais d’établir un Ă©quilibre entre la prĂ©vention des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires et la prĂ©servation de la fonction, de l’autonomie et de la tolĂ©rance.

Instauration du traitement

Chez les patients ĂągĂ©s de 85 ans ou plus ou prĂ©sentant une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă  sĂ©vĂšre, le traitement doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre instaurĂ© avec prudence, Ă  faibles doses, avec une titration plus lente et une surveillance rapprochĂ©e. Une monothĂ©rapie est privilĂ©giĂ©e chez la plupart de ces patients, sauf en cas de PA trĂšs Ă©levĂ©e.

Un inhibiteur calcique dihydropyridinique Ă  longue durĂ©e d’action peut ĂȘtre utilisĂ© en premiĂšre intention. Un inhibiteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine peut Ă©galement ĂȘtre utilisĂ©, ou un antagoniste des rĂ©cepteurs de l’angiotensine II en cas de contre-indication Ă  un IEC. Si un traitement supplĂ©mentaire est nĂ©cessaire, un diurĂ©tique thiazidique ou apparentĂ© aux thiazidiques Ă  faible dose peut ĂȘtre ajoutĂ© s’il est tolĂ©rĂ©.

Un traitement diurĂ©tique Ă  faible dose peut ĂȘtre inadaptĂ© en prĂ©sence de :

  • Goutte

  • Hypotension orthostatique

  • Troubles mictionnels

  • Syncope mictionnelle

Traitement combiné

Chez la plupart des patients trĂšs ĂągĂ©s ou fragiles, l’instauration d’un traitement combinĂ© n’est pas recommandĂ©e sauf en cas d’élĂ©vation importante de la PA. Chez les autres patients, une stratĂ©gie reposant sur une bithĂ©rapie Ă  faibles doses, suivie si nĂ©cessaire d’une trithĂ©rapie, peut ĂȘtre utilisĂ©e, avec une surveillance attentive de la tolĂ©rance avant toute augmentation des doses.

Une fois une association efficace Ă©tablie, une association en comprimĂ© unique peut amĂ©liorer l’observance. Toutefois, sa composition et ses doses doivent rester appropriĂ©es Ă  mesure que la fragilitĂ©, la fonction rĂ©nale, les comorbiditĂ©s et les prescriptions concomitantes Ă©voluent.

Classes médicamenteuses nécessitant une prudence particuliÚre

Les bĂȘtabloquants sont gĂ©nĂ©ralement moins souhaitables pour une instauration systĂ©matique chez les patients trĂšs ĂągĂ©s ou fragiles, car ils peuvent ralentir la frĂ©quence cardiaque, provoquer une fatigue et augmenter l’amplitude de l’onde de pouls systolique. Ils restent appropriĂ©s lorsqu’une indication formelle existe.

Les bĂȘtabloquants vasodilatateurs et les vasodilatateurs directs tels que l’hydralazine et le minoxidil sont associĂ©s Ă  un risque orthostatique accru. Les alpha-bloquants sont Ă©galement moins souhaitables en raison de leur association apparente Ă  l’hypotension orthostatique et aux chutes chez les patients trĂšs ĂągĂ©s. Les alpha-1-bloquants, notamment la doxazosine, la prazosine et la tĂ©razosine, sont particuliĂšrement susceptibles de provoquer une hypotension orthostatique.

Chez les personnes ĂągĂ©es atteintes d’insuffisance cardiaque, les principes thĂ©rapeutiques applicables Ă  la fraction d’éjection rĂ©duite sont gĂ©nĂ©ralement les mĂȘmes que chez les patients plus jeunes, mais les modifications pharmacocinĂ©tiques et pharmacodynamiques peuvent nĂ©cessiter des doses plus faibles et une titration plus prudente. L’altĂ©ration de la fonction des barorĂ©cepteurs et la dysrĂ©gulation orthostatique peuvent empĂȘcher l’atteinte des doses cibles de certains antagonistes neurohormonaux.

Déprescription et réévaluation continue du traitement

Le traitement antihypertenseur doit ĂȘtre réévaluĂ© lorsque la fragilitĂ© progresse, que la PAS diminue, que des symptĂŽmes orthostatiques apparaissent ou que de nouvelles comorbiditĂ©s ou prescriptions modifient le rapport bĂ©nĂ©fice–risque.

La réévaluation médicamenteuse doit rechercher :

  • Les mĂ©dicaments hypotenseurs devenus contre-indiquĂ©s

  • Les mĂ©dicaments qui aggravent l’hypotension orthostatique

  • Les sĂ©datifs et les alpha-bloquants Ă  visĂ©e urologique susceptibles d’abaisser la PA ou d’augmenter le risque de chute

  • Les traitements redondants ou mal tolĂ©rĂ©s

  • Les traitements contribuant au dĂ©clin fonctionnel

La MAPA peut aider Ă  identifier une hypotension orthostatique ou une PA trĂšs variable, en particulier lorsque les mĂ©canismes tampons autonomes sont altĂ©rĂ©s. Une dĂ©prescription peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque la PA diminue avec la progression de la fragilitĂ©, mais elle doit ĂȘtre individualisĂ©e et surveillĂ©e.

Contextes cardiovasculaires particuliers

Fibrillation atriale

L’hypertension chez les patients prĂ©sentant une fibrillation atriale est associĂ©e Ă  des risques plus Ă©levĂ©s d’accident vasculaire cĂ©rĂ©bral, d’insuffisance cardiaque, d’hĂ©morragie majeure et de mortalitĂ© cardiovasculaire. Le contrĂŽle de la PA doit donc faire partie intĂ©grante de la prise en charge globale des facteurs de risque de la fibrillation atriale.

Chez la plupart des adultes prĂ©sentant une fibrillation atriale, la cible de PAS sous traitement est de 120–129 mmHg si elle est tolĂ©rĂ©e, avec une PAD idĂ©ale sous traitement comprise entre 70 et 79 mmHg. Lorsque le traitement est mal tolĂ©rĂ©, qu’une fragilitĂ© cliniquement significative est prĂ©sente ou que l’ñge est de 85 ans ou plus, une cible infĂ©rieure Ă  140 mmHg ou le niveau le plus bas raisonnablement atteignable peut ĂȘtre retenu.

Les IEC ou les antagonistes des rĂ©cepteurs de l’angiotensine II peuvent ĂȘtre plus efficaces que certaines autres options pour prĂ©venir les rĂ©cidives de fibrillation atriale, bien que les donnĂ©es comparatives disponibles soient limitĂ©es.

Cardiopathie coronaire et personnes ùgées

Les patients ĂągĂ©s atteints de maladie coronaire prĂ©sentent frĂ©quemment des symptĂŽmes atypiques plutĂŽt qu’un angor classique, ce qui peut retarder le diagnostic. Les dĂ©cisions thĂ©rapeutiques sont compliquĂ©es par la fragilitĂ©, les comorbiditĂ©s, l’état cognitif et une vulnĂ©rabilitĂ© accrue aux hĂ©morragies, Ă  l’insuffisance rĂ©nale et aux complications neurologiques. Ces facteurs doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©s Ă  la stratĂ©gie globale de prise en charge de la PA et ne doivent pas ĂȘtre considĂ©rĂ©s sĂ©parĂ©ment de la prise en charge cardiovasculaire plus gĂ©nĂ©rale du patient.

Recommandations fondées sur les recommandations de pratique clinique

Situation clinique Approche recommandée Classe de recommandation
Patients ĂągĂ©s de <85 ans sans fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă  sĂ©vĂšre Traiter selon les mĂȘmes principes que les patients plus jeunes si l’abaissement de la PA est bien tolĂ©rĂ© Classe I, niveau A
Âge ≄85 ans ou fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă  sĂ©vĂšre Envisager un inhibiteur calcique dihydropyridinique Ă  longue durĂ©e d’action ou un inhibiteur du systĂšme rĂ©nine–angiotensine ; ajouter un diurĂ©tique Ă  faible dose s’il est tolĂ©rĂ© Classe IIa, niveau B
Âge ≄85 ans ou hypotension orthostatique symptomatique Envisager une cible de PAS personnalisĂ©e et plus souple, par exemple <140 mmHg Classe IIa, niveau C
Fragilité modérée à sévÚre ou espérance de vie prévisible limitée Envisager une cible personnalisée, potentiellement <140/90 mmHg Classe IIb, niveau C
Fragilité progressive avec baisse de la PA Envisager une déprescription du traitement hypotenseur Classe IIb, niveau C
Avant l’instauration ou l’intensification du traitement Rechercher une hypotension orthostatique par une mesure en position assise ou allongĂ©e suivie de mesures en position debout Ă  1 et/ou 3 minutes Classe I, niveau B
Évaluation de la fragilitĂ© Utiliser des tests cliniques validĂ©s et intĂ©grer les prioritĂ©s de santĂ© ainsi que la dĂ©cision partagĂ©e Classe IIa, niveau C
Utilisation d’un bĂȘtabloquant chez les patients trĂšs ĂągĂ©s ou fragiles À Ă©viter de prĂ©fĂ©rence comme traitement initial systĂ©matique, sauf indication formelle PrĂ©fĂ©rence des recommandations
Utilisation d’un alpha-bloquant chez les patients trĂšs ĂągĂ©s À Ă©viter de prĂ©fĂ©rence en raison du risque d’hypotension orthostatique et de chute PrĂ©fĂ©rence des recommandations

Suivi et surveillance

La surveillance doit porter à la fois sur les valeurs de PA et sur la tolérance clinique. Les éléments importants à réévaluer comprennent :

  • Les symptĂŽmes orthostatiques

  • La syncope ou la lipothymie

  • Les chutes

  • La fatigue

  • Les capacitĂ©s fonctionnelles

  • L’état cognitif et mental

  • La capacitĂ© Ă  rĂ©aliser les activitĂ©s de la vie quotidienne

  • L’observance mĂ©dicamenteuse

  • La polymĂ©dication

  • Les modifications de la fragilitĂ© ou de l’espĂ©rance de vie

La mesure de la PA doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e avec une grande rigueur, en particulier chez les patients trĂšs ĂągĂ©s et fragiles. La MAPA ou l’AMT peuvent aider Ă  Ă©valuer la variabilitĂ© tensionnelle, l’hypotension orthostatique et la relation entre les mesures au cabinet et hors cabinet, bien que leurs cibles thĂ©rapeutiques soient extrapolĂ©es et non dĂ©rivĂ©es d’essais fondĂ©s sur des critĂšres cliniques.

Le traitement doit habituellement ĂȘtre ajustĂ© afin d’atteindre la cible visĂ©e dans un dĂ©lai de 3 mois, tout en Ă©vitant une intensification rapide ou mal tolĂ©rĂ©e. Si le traitement est bien tolĂ©rĂ©, un traitement efficace ne doit pas ĂȘtre automatiquement interrompu chez les patients trĂšs ĂągĂ©s ou fragiles. À l’inverse, une fragilitĂ© progressive, une diminution de la PAS, une hypotension orthostatique, des chutes rĂ©cidivantes ou une charge thĂ©rapeutique croissante doivent conduire Ă  une nouvelle Ă©valuation et Ă  une Ă©ventuelle dĂ©prescription.

Pronostic et principes généraux

L’abaissement de la pression artĂ©rielle chez les personnes ĂągĂ©es peut rĂ©duire le risque d’accident vasculaire cĂ©rĂ©bral majeur, d’insuffisance cardiaque et de dĂ©cĂšs cardiovasculaire, et les donnĂ©es randomisĂ©es actuelles n’ont pas montrĂ© de perte nette du bĂ©nĂ©fice chez les participants des essais prĂ©sentant une fragilitĂ© lĂ©gĂšre. NĂ©anmoins, les donnĂ©es sont moins certaines chez les personnes de plus de 80 ans et chez celles prĂ©sentant une fragilitĂ© importante, car ces groupes sont sous-reprĂ©sentĂ©s dans les essais.

Le principe thĂ©rapeutique central est une intensification individualisĂ©e. Les personnes ĂągĂ©es en bonne forme et autonomes doivent gĂ©nĂ©ralement recevoir un traitement fondĂ© sur les donnĂ©es probantes lorsqu’il est tolĂ©rĂ©. Chez les patients trĂšs ĂągĂ©s, fragiles, prĂ©sentant des troubles cognitifs, dĂ©pendants sur le plan fonctionnel ou sujets Ă  l’hypotension orthostatique, les cibles thĂ©rapeutiques doivent reflĂ©ter l’équilibre entre la prĂ©vention cardiovasculaire et les risques d’hypotension, de syncope, de chute, de perte fonctionnelle et de charge thĂ©rapeutique. La qualitĂ© de vie, l’autonomie et les prioritĂ©s du patient sont des objectifs essentiels au mĂȘme titre que le contrĂŽle de la PA.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 6 août 2026