Définition et contexte clinique
La prise en charge de la pression artĂ©rielle chez les personnes ĂągĂ©es doit tenir compte de lâĂąge chronologique, de lâĂąge biologique, de la fragilitĂ©, de la multimorbiditĂ©, de lâĂ©tat cognitif, des capacitĂ©s fonctionnelles, des symptĂŽmes orthostatiques et de la charge thĂ©rapeutique. Bien que les personnes ĂągĂ©es soient souvent dĂ©finies selon leur Ăąge chronologique, les seuils dâĂąge sont intrinsĂšquement arbitraires. Une personne de 75 ans en bonne forme peut ĂȘtre capable de suivre une stratĂ©gie thĂ©rapeutique utilisĂ©e chez des adultes plus jeunes, tandis quâune personne de 65 ans prĂ©sentant une fragilitĂ© marquĂ©e peut nĂ©cessiter lâapproche plus prudente gĂ©nĂ©ralement appliquĂ©e aux patients plus ĂągĂ©s.
La fragilitĂ© se caractĂ©rise par une rĂ©duction des rĂ©serves physiologiques et une vulnĂ©rabilitĂ© accrue aux Ă©vĂ©nements indĂ©sirables. Elle est dynamique et peut sâamĂ©liorer ou sâaggraver sous lâeffet dâune maladie, dâun traitement ou dâautres interventions. La fragilitĂ© se chevauche souvent avec la multimorbiditĂ© et est frĂ©quente chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires, notamment dâinsuffisance cardiaque et de cardiopathie ischĂ©mique.
Le vieillissement sâaccompagne dâune augmentation progressive de la pression artĂ©rielle systolique (PAS), tandis que la pression artĂ©rielle diastolique (PAD) augmente moins fortement et peut rester stable ou diminuer Ă un Ăąge plus avancĂ©. En consĂ©quence, lâhypertension systolique isolĂ©e et lâĂ©largissement de la pression pulsĂ©e sont frĂ©quents au cours de la vieillesse. Ces modifications compliquent la dĂ©finition dâune cible thĂ©rapeutique appropriĂ©e, en particulier lorsquâune PAD basse, une hypotension orthostatique ou une altĂ©ration de la compensation autonome limitent la tolĂ©rance.
Données probantes et limites
Peu dâadultes ĂągĂ©s de 85 ans ou plus ont Ă©tĂ© inclus dans les essais contrĂŽlĂ©s randomisĂ©s. En outre, les participants dĂ©crits comme fragiles dans les essais ne prĂ©sentaient gĂ©nĂ©ralement pas plus quâune fragilitĂ© lĂ©gĂšre, ce qui limite lâapplicabilitĂ© des rĂ©sultats aux personnes ayant une altĂ©ration fonctionnelle importante, une multimorbiditĂ© ou une espĂ©rance de vie limitĂ©e.
Les donnĂ©es randomisĂ©es disponibles nâont pas montrĂ© que la fragilitĂ© rĂ©duisait les bĂ©nĂ©fices cardiovasculaires de lâabaissement de la pression artĂ©rielle chez les participants les plus fragiles inclus dans les essais. En revanche, des Ă©tudes observationnelles ont parfois suggĂ©rĂ© quâune pression artĂ©rielle plus basse pourrait ĂȘtre dĂ©lĂ©tĂšre chez les patients prĂ©sentant une fragilitĂ© importante, en particulier lorsque la pression artĂ©rielle initiale nâest pas fortement Ă©levĂ©e. Ces associations apparentes en forme de J sont considĂ©rĂ©es comme peu fiables pour guider le traitement en raison de facteurs de confusion potentiels, de la causalitĂ© inverse et de lâassociation entre la rigiditĂ© artĂ©rielle, une PAD basse et une mortalitĂ© accrue.
Les personnes ĂągĂ©es prĂ©sentent un risque cardiovasculaire absolu plus Ă©levĂ© que les personnes plus jeunes. Ainsi, bien quâun nombre plus faible de patients ĂągĂ©s puisse nĂ©cessiter un traitement pour prĂ©venir un Ă©vĂ©nement cardiovasculaire indĂ©sirable, le bĂ©nĂ©fice potentiel pour un patient donnĂ© peut rester important. Dans le mĂȘme temps, les effets indĂ©sirables tels que lâhypotension, la syncope, les chutes et la dĂ©tĂ©rioration fonctionnelle peuvent avoir des consĂ©quences plus importantes chez les patients fragiles.
Ăvaluation clinique
Fragilité et état fonctionnel
Les dĂ©cisions thĂ©rapeutiques ne doivent pas ĂȘtre fondĂ©es sur lâĂąge seul. LâĂ©valuation doit comprendre :
Le degrĂ© de fragilitĂ©, de prĂ©fĂ©rence Ă lâaide de tests cliniques validĂ©s
La capacité à réaliser les activités de la vie quotidienne
LâĂ©tat cognitif
Le risque de chute
Les symptĂŽmes ou les antĂ©cĂ©dents Ă©vocateurs dâune hypotension orthostatique
La multimorbidité
La polymédication et la charge thérapeutique globale
LâespĂ©rance de vie
Les priorités et les préférences du patient
Les patients en bonne forme et autonomes tirent gĂ©nĂ©ralement bĂ©nĂ©fice dâun traitement antihypertenseur conforme aux recommandations, similaire Ă celui utilisĂ© chez les adultes plus jeunes, Ă condition quâil soit bien tolĂ©rĂ©. Les patients prĂ©sentant une perte fonctionnelle mais conservant leur autonomie nĂ©cessitent une Ă©valuation gĂ©riatrique plus dĂ©taillĂ©e. Lorsque lâaltĂ©ration fonctionnelle sâaccompagne dâune incapacitĂ© Ă rĂ©aliser les activitĂ©s de la vie quotidienne, les objectifs thĂ©rapeutiques doivent ĂȘtre individualisĂ©s et lâarrĂȘt du traitement peut devenir appropriĂ©.
La fragilitĂ© est potentiellement rĂ©versible. La prise en charge doit donc inclure la recherche de facteurs contributifs accessibles au traitement, tels que les comorbiditĂ©s sous-jacentes, la kinĂ©sithĂ©rapie supervisĂ©e de renforcement musculaire, lâexercice physique et lâentraĂźnement Ă la coordination et Ă lâĂ©quilibre.
Mesure de la pression artérielle en orthostatisme
Avant dâinstaurer ou dâintensifier un traitement antihypertenseur, il convient dâĂ©valuer lâhypotension orthostatique. La procĂ©dure recommandĂ©e consiste Ă maintenir le patient en position assise ou allongĂ©e pendant 5 minutes, puis Ă mesurer la pression artĂ©rielle 1 et/ou 3 minutes aprĂšs le passage en position debout.
Les symptĂŽmes orthostatiques revĂȘtent une importance particuliĂšre chez les personnes ĂągĂ©es fragiles, car lâhypotension, la syncope et les chutes peuvent lâemporter sur le bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire attendu dâun traitement plus intensif. Chez les patients prĂ©sentant une hypertension en dĂ©cubitus et une hypotension orthostatique, les mesures non pharmacologiques doivent ĂȘtre mises en Ćuvre en premier lieu, et les mĂ©dicaments qui aggravent lâhypotension orthostatique doivent, si possible, ĂȘtre remplacĂ©s plutĂŽt que de simplement rĂ©duire lâintensitĂ© du traitement.
Cibles de pression artérielle
Cible générale sous traitement
Chez la plupart des adultes recevant un traitement antihypertenseur, la premiÚre étape consiste à réduire la PA à :
PAS <140 mmHg
PAD <80 mmHg
La cible finale de PAS visĂ©e chez la plupart des adultes est de 120â129 mmHg lorsque le traitement est bien tolĂ©rĂ©. Si ce niveau ne peut ĂȘtre atteint en raison dâeffets indĂ©sirables, il est recommandĂ© de viser la pression la plus basse raisonnablement atteignable et tolĂ©rĂ©e.
Le traitement doit gĂ©nĂ©ralement permettre dâatteindre la cible visĂ©e dans un dĂ©lai dâenviron 3 mois.
Patients ùgés de 70 ans ou plus
Chez les patients ùgés de 70 ans ou plus, la cible ultime de PAS est :
- <140 mmHg, avec une réduction vers 130 mmHg si elle est tolérée
Les donnĂ©es en faveur de cibles plus basses sont moins solides chez les personnes de plus de 80 ans et chez celles prĂ©sentant une fragilitĂ©. LâĂąge biologique, plutĂŽt que lâĂąge chronologique, doit guider lâinterprĂ©tation pratique de cette recommandation.
Patients ùgés de 85 ans ou plus
Chez les patients ĂągĂ©s de 85 ans ou plus, une cible plus souple et individualisĂ©e doit ĂȘtre envisagĂ©e. Une PAS sous traitement infĂ©rieure Ă 140 mmHg peut ĂȘtre appropriĂ©e, mais la cible doit ĂȘtre ajustĂ©e en fonction de la tolĂ©rance, des symptĂŽmes orthostatiques, de la fragilitĂ©, des comorbiditĂ©s et des prioritĂ©s du patient.
Chez les patients prĂ©sentant une mauvaise tolĂ©rance au traitement, une fragilitĂ© cliniquement importante ou un Ăąge de 85 ans ou plus, une cible de <140 mmHg ou le niveau le plus bas raisonnablement atteignable peut ĂȘtre retenu plutĂŽt que dâimposer une cible de 120â129 mmHg.
Fragilité modérée à sévÚre
En cas de fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre, quel que soit lâĂąge, des cibles personnalisĂ©es et plus souples peuvent ĂȘtre appropriĂ©es. Une PA traitĂ©e infĂ©rieure Ă 140/90 mmHg peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsquâune cible de 120â129 mmHg nâest pas tolĂ©rĂ©e ou ne concorde pas avec les prioritĂ©s de santĂ© du patient.
Si la fragilitĂ© progresse et que la PAS diminue, une dĂ©prescription peut devenir nĂ©cessaire. Il nâest pas automatiquement nĂ©cessaire dâarrĂȘter le traitement antihypertenseur uniquement parce quâun patient est trĂšs ĂągĂ© ou fragile si le traitement reste bien tolĂ©rĂ©, mais celui-ci doit ĂȘtre réévaluĂ© rĂ©guliĂšrement.
Pression artérielle diastolique
La plage prĂ©fĂ©rentielle de PAD sous traitement est de 70â79 mmHg. Si la PAS est dĂ©jĂ de 120â129 mmHg mais que la PAD reste â„80 mmHg, une intensification du traitement pour atteindre une PAD de 70â79 mmHg peut ĂȘtre envisagĂ©e, bien quâil ne sâagisse pas dâune exigence universelle et que cette dĂ©cision doive ĂȘtre mise en balance avec la tolĂ©rance et le risque de symptĂŽmes orthostatiques.
Cibles en mesure ambulatoire et Ă domicile
Aucun essai fondĂ© sur des critĂšres cliniques nâa utilisĂ© la mesure ambulatoire de la pression artĂ©rielle (MAPA) ou lâautomesure tensionnelle Ă domicile (AMT) pour guider les cibles thĂ©rapeutiques. Les cibles correspondantes sont donc extrapolĂ©es Ă partir de donnĂ©es observationnelles.
Une PAS mesurĂ©e au cabinet dâenviron 130 mmHg est considĂ©rĂ©e comme correspondant probablement Ă :
Une PAS ambulatoire sur 24 heures dâenviron 125 mmHg
Une PAS à domicile inférieure à 130 mmHg
Stratégie thérapeutique
Décision médicale partagée
Les patients doivent ĂȘtre informĂ©s Ă la fois des bĂ©nĂ©fices et des risques potentiels de lâinstauration ou de lâintensification du traitement. Chez les patients ĂągĂ©s et fragiles, la dĂ©cision partagĂ©e doit intĂ©grer :
Le bénéfice cardiovasculaire attendu
Le risque dâhypotension, de syncope et de chute
LâĂ©tat fonctionnel et cognitif
Les comorbidités concurrentes
LâespĂ©rance de vie
La charge médicamenteuse
Les prioritĂ©s dĂ©finies par le patient, notamment lâautonomie et la qualitĂ© de vie
Lâobjectif nâest pas simplement de rĂ©duire numĂ©riquement la PA, mais dâĂ©tablir un Ă©quilibre entre la prĂ©vention des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires et la prĂ©servation de la fonction, de lâautonomie et de la tolĂ©rance.
Instauration du traitement
Chez les patients ĂągĂ©s de 85 ans ou plus ou prĂ©sentant une fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre, le traitement doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre instaurĂ© avec prudence, Ă faibles doses, avec une titration plus lente et une surveillance rapprochĂ©e. Une monothĂ©rapie est privilĂ©giĂ©e chez la plupart de ces patients, sauf en cas de PA trĂšs Ă©levĂ©e.
Un inhibiteur calcique dihydropyridinique Ă longue durĂ©e dâaction peut ĂȘtre utilisĂ© en premiĂšre intention. Un inhibiteur de lâenzyme de conversion de lâangiotensine peut Ă©galement ĂȘtre utilisĂ©, ou un antagoniste des rĂ©cepteurs de lâangiotensine II en cas de contre-indication Ă un IEC. Si un traitement supplĂ©mentaire est nĂ©cessaire, un diurĂ©tique thiazidique ou apparentĂ© aux thiazidiques Ă faible dose peut ĂȘtre ajoutĂ© sâil est tolĂ©rĂ©.
Un traitement diurĂ©tique Ă faible dose peut ĂȘtre inadaptĂ© en prĂ©sence de :
Goutte
Hypotension orthostatique
Troubles mictionnels
Syncope mictionnelle
Traitement combiné
Chez la plupart des patients trĂšs ĂągĂ©s ou fragiles, lâinstauration dâun traitement combinĂ© nâest pas recommandĂ©e sauf en cas dâĂ©lĂ©vation importante de la PA. Chez les autres patients, une stratĂ©gie reposant sur une bithĂ©rapie Ă faibles doses, suivie si nĂ©cessaire dâune trithĂ©rapie, peut ĂȘtre utilisĂ©e, avec une surveillance attentive de la tolĂ©rance avant toute augmentation des doses.
Une fois une association efficace Ă©tablie, une association en comprimĂ© unique peut amĂ©liorer lâobservance. Toutefois, sa composition et ses doses doivent rester appropriĂ©es Ă mesure que la fragilitĂ©, la fonction rĂ©nale, les comorbiditĂ©s et les prescriptions concomitantes Ă©voluent.
Classes médicamenteuses nécessitant une prudence particuliÚre
Les bĂȘtabloquants sont gĂ©nĂ©ralement moins souhaitables pour une instauration systĂ©matique chez les patients trĂšs ĂągĂ©s ou fragiles, car ils peuvent ralentir la frĂ©quence cardiaque, provoquer une fatigue et augmenter lâamplitude de lâonde de pouls systolique. Ils restent appropriĂ©s lorsquâune indication formelle existe.
Les bĂȘtabloquants vasodilatateurs et les vasodilatateurs directs tels que lâhydralazine et le minoxidil sont associĂ©s Ă un risque orthostatique accru. Les alpha-bloquants sont Ă©galement moins souhaitables en raison de leur association apparente Ă lâhypotension orthostatique et aux chutes chez les patients trĂšs ĂągĂ©s. Les alpha-1-bloquants, notamment la doxazosine, la prazosine et la tĂ©razosine, sont particuliĂšrement susceptibles de provoquer une hypotension orthostatique.
Chez les personnes ĂągĂ©es atteintes dâinsuffisance cardiaque, les principes thĂ©rapeutiques applicables Ă la fraction dâĂ©jection rĂ©duite sont gĂ©nĂ©ralement les mĂȘmes que chez les patients plus jeunes, mais les modifications pharmacocinĂ©tiques et pharmacodynamiques peuvent nĂ©cessiter des doses plus faibles et une titration plus prudente. LâaltĂ©ration de la fonction des barorĂ©cepteurs et la dysrĂ©gulation orthostatique peuvent empĂȘcher lâatteinte des doses cibles de certains antagonistes neurohormonaux.
Déprescription et réévaluation continue du traitement
Le traitement antihypertenseur doit ĂȘtre réévaluĂ© lorsque la fragilitĂ© progresse, que la PAS diminue, que des symptĂŽmes orthostatiques apparaissent ou que de nouvelles comorbiditĂ©s ou prescriptions modifient le rapport bĂ©nĂ©ficeârisque.
La réévaluation médicamenteuse doit rechercher :
Les médicaments hypotenseurs devenus contre-indiqués
Les mĂ©dicaments qui aggravent lâhypotension orthostatique
Les sĂ©datifs et les alpha-bloquants Ă visĂ©e urologique susceptibles dâabaisser la PA ou dâaugmenter le risque de chute
Les traitements redondants ou mal tolérés
Les traitements contribuant au déclin fonctionnel
La MAPA peut aider Ă identifier une hypotension orthostatique ou une PA trĂšs variable, en particulier lorsque les mĂ©canismes tampons autonomes sont altĂ©rĂ©s. Une dĂ©prescription peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque la PA diminue avec la progression de la fragilitĂ©, mais elle doit ĂȘtre individualisĂ©e et surveillĂ©e.
Contextes cardiovasculaires particuliers
Fibrillation atriale
Lâhypertension chez les patients prĂ©sentant une fibrillation atriale est associĂ©e Ă des risques plus Ă©levĂ©s dâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral, dâinsuffisance cardiaque, dâhĂ©morragie majeure et de mortalitĂ© cardiovasculaire. Le contrĂŽle de la PA doit donc faire partie intĂ©grante de la prise en charge globale des facteurs de risque de la fibrillation atriale.
Chez la plupart des adultes prĂ©sentant une fibrillation atriale, la cible de PAS sous traitement est de 120â129 mmHg si elle est tolĂ©rĂ©e, avec une PAD idĂ©ale sous traitement comprise entre 70 et 79 mmHg. Lorsque le traitement est mal tolĂ©rĂ©, quâune fragilitĂ© cliniquement significative est prĂ©sente ou que lâĂąge est de 85 ans ou plus, une cible infĂ©rieure Ă 140 mmHg ou le niveau le plus bas raisonnablement atteignable peut ĂȘtre retenu.
Les IEC ou les antagonistes des rĂ©cepteurs de lâangiotensine II peuvent ĂȘtre plus efficaces que certaines autres options pour prĂ©venir les rĂ©cidives de fibrillation atriale, bien que les donnĂ©es comparatives disponibles soient limitĂ©es.
Cardiopathie coronaire et personnes ùgées
Les patients ĂągĂ©s atteints de maladie coronaire prĂ©sentent frĂ©quemment des symptĂŽmes atypiques plutĂŽt quâun angor classique, ce qui peut retarder le diagnostic. Les dĂ©cisions thĂ©rapeutiques sont compliquĂ©es par la fragilitĂ©, les comorbiditĂ©s, lâĂ©tat cognitif et une vulnĂ©rabilitĂ© accrue aux hĂ©morragies, Ă lâinsuffisance rĂ©nale et aux complications neurologiques. Ces facteurs doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©s Ă la stratĂ©gie globale de prise en charge de la PA et ne doivent pas ĂȘtre considĂ©rĂ©s sĂ©parĂ©ment de la prise en charge cardiovasculaire plus gĂ©nĂ©rale du patient.
Recommandations fondées sur les recommandations de pratique clinique
| Situation clinique | Approche recommandée | Classe de recommandation |
|---|---|---|
| Patients ĂągĂ©s de <85 ans sans fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre | Traiter selon les mĂȘmes principes que les patients plus jeunes si lâabaissement de la PA est bien tolĂ©rĂ© | Classe I, niveau A |
| Ăge â„85 ans ou fragilitĂ© modĂ©rĂ©e Ă sĂ©vĂšre | Envisager un inhibiteur calcique dihydropyridinique Ă longue durĂ©e dâaction ou un inhibiteur du systĂšme rĂ©nineâangiotensine ; ajouter un diurĂ©tique Ă faible dose sâil est tolĂ©rĂ© | Classe IIa, niveau B |
| Ăge â„85 ans ou hypotension orthostatique symptomatique | Envisager une cible de PAS personnalisĂ©e et plus souple, par exemple <140 mmHg | Classe IIa, niveau C |
| Fragilité modérée à sévÚre ou espérance de vie prévisible limitée | Envisager une cible personnalisée, potentiellement <140/90 mmHg | Classe IIb, niveau C |
| Fragilité progressive avec baisse de la PA | Envisager une déprescription du traitement hypotenseur | Classe IIb, niveau C |
| Avant lâinstauration ou lâintensification du traitement | Rechercher une hypotension orthostatique par une mesure en position assise ou allongĂ©e suivie de mesures en position debout Ă 1 et/ou 3 minutes | Classe I, niveau B |
| Ăvaluation de la fragilitĂ© | Utiliser des tests cliniques validĂ©s et intĂ©grer les prioritĂ©s de santĂ© ainsi que la dĂ©cision partagĂ©e | Classe IIa, niveau C |
| Utilisation dâun bĂȘtabloquant chez les patients trĂšs ĂągĂ©s ou fragiles | Ă Ă©viter de prĂ©fĂ©rence comme traitement initial systĂ©matique, sauf indication formelle | PrĂ©fĂ©rence des recommandations |
| Utilisation dâun alpha-bloquant chez les patients trĂšs ĂągĂ©s | Ă Ă©viter de prĂ©fĂ©rence en raison du risque dâhypotension orthostatique et de chute | PrĂ©fĂ©rence des recommandations |
Suivi et surveillance
La surveillance doit porter à la fois sur les valeurs de PA et sur la tolérance clinique. Les éléments importants à réévaluer comprennent :
Les symptĂŽmes orthostatiques
La syncope ou la lipothymie
Les chutes
La fatigue
Les capacités fonctionnelles
LâĂ©tat cognitif et mental
La capacité à réaliser les activités de la vie quotidienne
Lâobservance mĂ©dicamenteuse
La polymédication
Les modifications de la fragilitĂ© ou de lâespĂ©rance de vie
La mesure de la PA doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e avec une grande rigueur, en particulier chez les patients trĂšs ĂągĂ©s et fragiles. La MAPA ou lâAMT peuvent aider Ă Ă©valuer la variabilitĂ© tensionnelle, lâhypotension orthostatique et la relation entre les mesures au cabinet et hors cabinet, bien que leurs cibles thĂ©rapeutiques soient extrapolĂ©es et non dĂ©rivĂ©es dâessais fondĂ©s sur des critĂšres cliniques.
Le traitement doit habituellement ĂȘtre ajustĂ© afin dâatteindre la cible visĂ©e dans un dĂ©lai de 3 mois, tout en Ă©vitant une intensification rapide ou mal tolĂ©rĂ©e. Si le traitement est bien tolĂ©rĂ©, un traitement efficace ne doit pas ĂȘtre automatiquement interrompu chez les patients trĂšs ĂągĂ©s ou fragiles. Ă lâinverse, une fragilitĂ© progressive, une diminution de la PAS, une hypotension orthostatique, des chutes rĂ©cidivantes ou une charge thĂ©rapeutique croissante doivent conduire Ă une nouvelle Ă©valuation et Ă une Ă©ventuelle dĂ©prescription.
Pronostic et principes généraux
Lâabaissement de la pression artĂ©rielle chez les personnes ĂągĂ©es peut rĂ©duire le risque dâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral majeur, dâinsuffisance cardiaque et de dĂ©cĂšs cardiovasculaire, et les donnĂ©es randomisĂ©es actuelles nâont pas montrĂ© de perte nette du bĂ©nĂ©fice chez les participants des essais prĂ©sentant une fragilitĂ© lĂ©gĂšre. NĂ©anmoins, les donnĂ©es sont moins certaines chez les personnes de plus de 80 ans et chez celles prĂ©sentant une fragilitĂ© importante, car ces groupes sont sous-reprĂ©sentĂ©s dans les essais.
Le principe thĂ©rapeutique central est une intensification individualisĂ©e. Les personnes ĂągĂ©es en bonne forme et autonomes doivent gĂ©nĂ©ralement recevoir un traitement fondĂ© sur les donnĂ©es probantes lorsquâil est tolĂ©rĂ©. Chez les patients trĂšs ĂągĂ©s, fragiles, prĂ©sentant des troubles cognitifs, dĂ©pendants sur le plan fonctionnel ou sujets Ă lâhypotension orthostatique, les cibles thĂ©rapeutiques doivent reflĂ©ter lâĂ©quilibre entre la prĂ©vention cardiovasculaire et les risques dâhypotension, de syncope, de chute, de perte fonctionnelle et de charge thĂ©rapeutique. La qualitĂ© de vie, lâautonomie et les prioritĂ©s du patient sont des objectifs essentiels au mĂȘme titre que le contrĂŽle de la PA.