Définition et physiopathologie
La cardiomyopathie ischĂ©mique est une dysfonction myocardique sĂ©vĂšre due Ă une maladie coronarienne (MC). Le syndrome clinique peut Ă©voquer une cardiomyopathie dilatĂ©e primitive, notamment en lâabsence dâangor ou dâantĂ©cĂ©dent dâinfarctus du myocarde (IM). Les symptĂŽmes dâinsuffisance cardiaque (IC) peuvent rĂ©sulter de plusieurs processus intriquĂ©s :
IM récidivants ou étendus avec nécrose et formation de cicatrice
Fibrose myocardique diffuse
Dysfonction ischémique réversible
Hypoperfusion chronique avec myocarde hibernant
Sidération post-ischémique
Remodelage défavorable du ventricule gauche (VG)
La cardiomyopathie ischĂ©mique est la principale cause dâinsuffisance cardiaque Ă fraction dâĂ©jection rĂ©duite (ICFER) dans les pays dĂ©veloppĂ©s. Les nouveaux Ă©vĂ©nements ischĂ©miques sont des dĂ©terminants majeurs de la dĂ©tĂ©rioration ultĂ©rieure du VG et de la survie Ă long terme.
Myocarde viable, sidéré et hibernant
Le myocarde dysfonctionnel viable est un tissu myocardique dont la fonction contractile sâamĂ©liore aprĂšs revascularisation coronaire. Cette dĂ©finition fonctionnelle englobe plusieurs Ă©tats physiologiques.
Une occlusion coronaire brĂšve ou une ischĂ©mie modĂ©rĂ©e relativement prolongĂ©e peuvent provoquer une sidĂ©ration post-ischĂ©mique. En lâabsence dâinfarctus, la rĂ©cupĂ©ration contractile peut survenir rapidement aprĂšs la reperfusion, gĂ©nĂ©ralement dans un dĂ©lai dâune semaine. Ă lâinverse, une hypoperfusion chronique peut entraĂźner un myocarde hibernant : un Ă©tat de dysfonction persistante mais potentiellement rĂ©cupĂ©rable.
Le myocarde chroniquement dysfonctionnel dans la cardiomyopathie ischĂ©mique est donc hĂ©tĂ©rogĂšne. Des rĂ©gions prĂ©sentant une cicatrice irrĂ©versible peuvent alterner avec des segments viables dysfonctionnels en raison dâĂ©pisodes ischĂ©miques rĂ©pĂ©tĂ©s ou dâune diminution chronique de la perfusion. La quantitĂ© et la distribution du myocarde viable et non viable, ainsi que lâanatomie coronaire et la faisabilitĂ© de la revascularisation, dĂ©terminent la portĂ©e clinique des rĂ©sultats de lâimagerie.
Historiquement, on considĂ©rait que la revascularisation pouvait amĂ©liorer la fonction systolique du VG et le pronostic en restaurant la perfusion du myocarde viable dysfonctionnel tout en prĂ©venant de nouveaux Ă©vĂ©nements ischĂ©miques. Toutefois, le lien prĂ©sumĂ© entre viabilitĂ©, rĂ©cupĂ©ration de la fraction dâĂ©jection et survie a Ă©tĂ© remis en question par des essais randomisĂ©s.
Relation entre viabilité et récupération du VG
Des Ă©tudes observationnelles et des Ă©tudes par tomographie par Ă©mission de positons (TEP) ont montrĂ© quâune amĂ©lioration significative de la fraction dâĂ©jection globale du VG (FEVG) aprĂšs revascularisation est plus probable lorsquâune quantitĂ© relativement importante de myocarde hibernant ou sidĂ©rĂ© est prĂ©sente, soit environ 20 % de la masse du VG. Ă lâinverse, une plus grande proportion de myocarde non viable ou cicatriciel est associĂ©e Ă une moindre amĂ©lioration de la FEVG.
NĂ©anmoins, lâamĂ©lioration de la FEVG nâest pas le seul objectif possible de la revascularisation. Les donnĂ©es contemporaines suggĂšrent que la protection du myocarde menacĂ© contre de futurs Ă©vĂ©nements ischĂ©miques et la prĂ©vention de leurs consĂ©quences arythmiques potentiellement lĂ©tales pourraient ĂȘtre plus importantes que la restauration de la fonction globale du VG.
Présentation clinique et symptÎmes
La présentation est variable et peut évoluer au cours du temps.
Chez certains patients, lâangor constitue initialement la manifestation prĂ©dominante de la MC. Ă mesure que la dysfonction du VG et lâIC deviennent plus marquĂ©es, lâangor peut diminuer ou disparaĂźtre. Dâautres patients ne prĂ©sentent aucun antĂ©cĂ©dent reconnu dâangor ou dâIM, ce qui rend particuliĂšrement difficile la distinction avec une cardiomyopathie dilatĂ©e primitive.
Lorsquâils sont prĂ©sents, les Ă©lĂ©ments cliniques peuvent comprendre :
SymptĂŽmes attribuables Ă une dysfonction systolique chronique du VG et Ă lâIC
Angor, bien que son absence nâexclue pas une cardiomyopathie ischĂ©mique
SymptÎmes liés à une ischémie récidivante
SymptÎmes associés à des arythmies ventriculaires
Le pronostic est particuliĂšrement dĂ©favorable lorsque la cardiomyopathie ischĂ©mique sâaccompagne dâIM rĂ©cidivants, dâarythmies ventriculaires ou dâune quantitĂ© importante de myocarde hibernant.
Ăvaluation et examen clinique
LâĂ©valuation doit Ă©tablir trois Ă©lĂ©ments complĂ©mentaires :
La sévérité de la dysfonction du VG
LâĂ©tendue et la distribution anatomique de la MC
La quantité et la localisation du myocarde ischémique, viable et non viable
LâĂ©valuation clinique seule peut ne pas permettre de distinguer une cardiomyopathie ischĂ©mique dâune cardiomyopathie dilatĂ©e non ischĂ©mique, notamment chez les patients sans angor ni antĂ©cĂ©dent dâIM. Les symptĂŽmes, les Ă©vĂ©nements coronariens antĂ©rieurs, la MC connue et la prĂ©sence dâarythmies ventriculaires constituent des Ă©lĂ©ments importants de lâĂ©valuation du risque, mais doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©s aux donnĂ©es anatomiques et fonctionnelles.
Le document source ne fournit pas de description dĂ©taillĂ©e de lâexamen clinique ni de signes spĂ©cifiques permettant de distinguer de maniĂšre fiable le myocarde viable du myocarde non viable.
Ăvaluation diagnostique
Ălectrocardiographie
LâECG reste important dans lâĂ©valuation globale de la cardiopathie ischĂ©mique, mais les ondes Q ne peuvent pas ĂȘtre utilisĂ©es comme substitut direct dâun infarctus transmural. Les Ă©tudes avec rehaussement tardif aprĂšs gadolinium (RTG) ont montrĂ© que des ondes Q peuvent ĂȘtre observĂ©es en cas dâinfarctus sous-endocardique Ă©tendu, tandis quâun infarctus sans onde Q peut occasionnellement ĂȘtre transmural. La formation dâondes Q est davantage corrĂ©lĂ©e Ă la taille totale de lâinfarctus quâĂ sa transmuralitĂ©.
Le document source ne fournit pas de tracé ECG diagnostique spécifique de la cardiomyopathie ischémique ou de la viabilité myocardique.
Ăchocardiographie
LâĂ©chocardiographie transthoracique Ă©value :
La fonction systolique du VG
La cinétique segmentaire
LâĂ©paisseur pariĂ©tale
La fonction valvulaire
Les anomalies structurelles associées
Une Ă©paisseur pariĂ©tale diastolique au repos infĂ©rieure Ă 6 mm est fortement Ă©vocatrice dâune cicatrice non viable, bien quâun amincissement pariĂ©tal nâindique pas invariablement une atteinte irrĂ©versible. MĂȘme des segments dont lâĂ©paisseur pariĂ©tale est â€5,5 mm peuvent prĂ©senter une amĂ©lioration de leur Ă©paisseur rĂ©gionale et de leur contractilitĂ© aprĂšs revascularisation lorsque la charge cicatricielle est limitĂ©e Ă 50 % ou moins de lâĂ©paisseur pariĂ©tale.
Ăchocardiographie de stress Ă la dobutamine Ă faible dose
LâĂ©chocardiographie Ă la dobutamine Ă faible dose Ă©value la rĂ©serve contractile. LâamĂ©lioration de la cinĂ©tique pariĂ©tale rĂ©gionale suggĂšre la prĂ©sence dâun myocarde viable. Une rĂ©ponse biphasique â amĂ©lioration initiale Ă faible dose suivie dâune dĂ©tĂ©rioration Ă dose plus Ă©levĂ©e â est particuliĂšrement spĂ©cifique de la viabilitĂ©.
Une amĂ©lioration de la cinĂ©tique pariĂ©tale dâau moins un grade dans au moins deux segments pendant le stress est Ă©galement probablement un indicateur de viabilitĂ©, que le processus sous-jacent soit une sidĂ©ration ou une hibernation. Comparativement aux approches isotopiques et Ă lâIRM cardiaque, lâĂ©chocardiographie de stress Ă la dobutamine a une sensibilitĂ© lĂ©gĂšrement moindre, mais une plus grande spĂ©cificitĂ© pour prĂ©dire la rĂ©cupĂ©ration de la fonction systolique dans les segments viables.
Imagerie par résonance magnétique cardiaque
Lâimagerie par rĂ©sonance magnĂ©tique cardiaque (IRM cardiaque) permet une Ă©valuation Ă haute rĂ©solution de la structure et de la fonction du VG, de la perfusion et des caractĂ©ristiques tissulaires du myocarde. Elle est particuliĂšrement utile lorsque la qualitĂ© des images Ă©chocardiographiques est insuffisante et pour distinguer une atteinte myocardique ischĂ©mique dâune atteinte non ischĂ©mique.
Ăvaluation par RTG
Lors dâun IM aigu, les produits de contraste Ă base de gadolinium sâaccumulent dans les zones oĂč les cardiomyocytes sont rompus et oĂč lâespace extracellulaire est augmentĂ©. Dans lâinfarctus chronique, le remplacement des cardiomyocytes par une matrice extracellulaire riche en collagĂšne entraĂźne une augmentation similaire du volume extracellulaire et une accumulation retardĂ©e du produit de contraste.
Le RTG ischĂ©mique suit gĂ©nĂ©ralement une distribution coronaire et est sous-endocardique ou transmural. LâĂ©tendue du RTG transmural peut ĂȘtre utilisĂ©e pour estimer la probabilitĂ© de rĂ©cupĂ©ration fonctionnelle :
| Transmuralité du RTG | Interprétation |
|---|---|
| â€50% | GĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ© comme viable |
| 50â75% | Zone intermĂ©diaire ou « zone grise » |
| >75% | Généralement considéré comme non viable |
| Absent ou <25% | Forte probabilité de récupération |
| 76â100% | Faible probabilitĂ© de rĂ©cupĂ©ration |
Dans les segments prĂ©sentant une transmuralitĂ© de 50â75 %, lâimagerie de perfusion de stress peut contribuer Ă identifier une ischĂ©mie pĂ©ri-infarctus, tandis que lâIRM cardiaque Ă la dobutamine Ă faible dose peut Ă©valuer la rĂ©serve contractile.
Le RTG peut dĂ©tecter de petits infarctus focaux susceptibles de ne pas ĂȘtre identifiĂ©s par dâautres mĂ©thodes. La prĂ©sence dâun RTG chez les patients ayant une MC connue ou suspectĂ©e est associĂ©e Ă une augmentation de la mortalitĂ© et des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs. La zone pĂ©ri-infarctus, qui correspond Ă un tissu hĂ©tĂ©rogĂšne Ă lâinterface entre la cicatrice et le myocarde normal, constitue un substrat arythmogĂšne. Sa quantification a Ă©tĂ© associĂ©e Ă la mortalitĂ© Ă long terme et Ă la dĂ©livrance appropriĂ©e dâun traitement par dĂ©fibrillateur automatique implantable chez les patients atteints de cardiomyopathie ischĂ©mique.
Imagerie isotopique
Les principales techniques isotopiques sont la tomographie dâĂ©mission monophotonique (TEMP) et la TEP. Les mĂ©thodes isotopiques Ă©valuent la perfusion et, dans le cas de la TEP, le mĂ©tabolisme myocardique.
TEMP
Lâimagerie de perfusion myocardique par TEMP peut dĂ©finir lâĂ©tendue et la sĂ©vĂ©ritĂ© de lâischĂ©mie lors dâun effort ou dâun stress pharmacologique. Pour lâĂ©valuation de la viabilitĂ©, la TEMP corrigĂ©e de lâattĂ©nuation est prĂ©fĂ©rable.
Des traceurs marquĂ©s au technĂ©tium et le thallium-201 peuvent ĂȘtre utilisĂ©s. Le thallium-201 peut ĂȘtre particuliĂšrement utile en cas dâhypoperfusion sĂ©vĂšre au repos, car il fournit une Ă©valuation plus prĂ©cise du myocarde viable. Des dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour amĂ©liorer la perfusion collatĂ©rale au repos et augmenter la fixation du traceur dans les rĂ©gions sĂ©vĂšrement hypoperfusĂ©es.
Une redistribution tardive ou une redistribution aprÚs une deuxiÚme injection de traceur suggÚre la viabilité.
TEP
La TEP permet une Ă©valuation quantitative de lâischĂ©mie et une imagerie mĂ©tabolique de la viabilitĂ© myocardique. Lâapproche mĂ©tabolique habituelle utilise le 18F-fluorodĂ©soxyglucose (18F-FDG). La viabilitĂ© est suggĂ©rĂ©e par un dĂ©faut de concordance perfusionâmĂ©tabolisme : perfusion rĂ©duite avec captation du glucose prĂ©servĂ©e.
Les protocoles de TEP nĂ©cessitent une prĂ©paration soigneuse du patient. La TEP peut Ă©galement quantifier la charge ischĂ©mique et la rĂ©serve de dĂ©bit sanguin myocardique, bien que le document source ne prĂ©cise ni les protocoles de prĂ©paration ni les seuils diagnostiques numĂ©riques au-delĂ dâenviron 20 % de la masse du VG de myocarde viable ou hibernant, quantitĂ© associĂ©e Ă une rĂ©cupĂ©ration globale cliniquement significative du VG.
Tomodensitométrie
La tomodensitomĂ©trie peut fournir une Ă©valuation complĂ©mentaire de lâĂ©paisseur pariĂ©tale, de la fonction rĂ©gionale, de la perfusion et de la fibrose myocardique, bien que le document source mette lâaccent sur lâIRM cardiaque, lâĂ©chocardiographie, la TEMP et la TEP pour lâĂ©valuation de la viabilitĂ©.
Lâangioscanner coronaire doit ĂȘtre envisagĂ© chez les patients ayant une probabilitĂ© prĂ©test faible Ă intermĂ©diaire de MC ou des rĂ©sultats Ă©quivoques aux tests de stress non invasifs, principalement afin dâexclure une stĂ©nose coronaire.
SynthĂšse des indicateurs dâimagerie
| ĂlĂ©ment clinique ou dâimagerie | RĂ©sultat suggĂ©rant la viabilitĂ© ou la non-viabilitĂ© | Examen principal |
|---|---|---|
| Ăpaisseur pariĂ©tale diastolique | <6 mm fortement Ă©vocateur dâune cicatrice non viable | Ăchocardiographie |
| CinĂ©tique pariĂ©tale rĂ©gionale | Une amĂ©lioration sous dobutamine Ă faible dose indique une rĂ©serve contractile | Ăchocardiographie de stress Ă la dobutamine |
| Perfusion régionale | Une redistribution suggÚre la viabilité | TEMP |
| Métabolisme myocardique | Une diminution du débit avec métabolisme préservé indique la viabilité | TEP |
| Fibrose myocardique | Une cicatrice sous-endocardique suggÚre la viabilité ; une cicatrice transmurale ou quasi transmurale suggÚre la non-viabilité | IRM cardiaque |
Biomarqueurs et résultats biologiques
Le document source ne fournit pas de stratĂ©gie spĂ©cifique de recours aux biomarqueurs pour la cardiomyopathie ischĂ©mique chronique ou lâĂ©valuation de la viabilitĂ© myocardique.
Les peptides natriurĂ©tiques sont mentionnĂ©s comme biomarqueurs de la sĂ©vĂ©ritĂ© de lâIC dans le contexte plus gĂ©nĂ©ral de lâIC, mais aucun seuil spĂ©cifique ni rĂŽle dans la sĂ©lection des patients pour une revascularisation guidĂ©e par la viabilitĂ© nâest fourni. Dans les syndromes coronariens aigus, lâĂ©lĂ©vation de la troponine identifie une lĂ©sion myocardique et est associĂ©e Ă un risque accru, mais elle ne constitue pas un test de viabilitĂ© chronique.
Revascularisation et traitement médical
Principes directeurs
La prise en charge nĂ©cessite lâintĂ©gration des Ă©lĂ©ments suivants :
LâĂ©tat clinique et les symptĂŽmes
Lâanatomie coronaire
La sévérité de la dysfonction du VG
Les rĂ©sultats concernant lâischĂ©mie et la viabilitĂ©
La concordance anatomique entre le myocarde viable et une artĂšre nourriciĂšre revascularisable
Le risque procédural, notamment en cas de dysfonction sévÚre du VG
LâĂąge, la fragilitĂ©, lâinsuffisance rĂ©nale, les maladies respiratoires et les autres comorbiditĂ©s
Le bénéfice attendu de la prévention de futurs événements ischémiques et arythmiques
Tous les patients nĂ©cessitent un traitement mĂ©dical optimal conforme aux recommandations (TMOC) pour lâICFER et la MC. La revascularisation ne doit pas ĂȘtre fondĂ©e isolĂ©ment sur lâimagerie de viabilitĂ©.
Pontage aortocoronarien
Les donnĂ©es disponibles justifient dâenvisager un pontage aortocoronarien chez certains patients atteints de cardiomyopathie ischĂ©mique, en particulier ceux prĂ©sentant une MC pluritronculaire significative et une FEVG fortement rĂ©duite.
Lâessai STICH a inclus des patients prĂ©sentant une MC et une FEVG <35 %, Ă©ligibles Ă un pontage, qui ont Ă©tĂ© randomisĂ©s entre pontage associĂ© au TMOC et TMOC seul. Le pontage nâa pas rĂ©duit significativement la mortalitĂ© toutes causes Ă un suivi mĂ©dian de quatre ans. En revanche, Ă un suivi mĂ©dian de 9,8 ans, le pontage Ă©tait associĂ© Ă une mortalitĂ© toutes causes et Ă une mortalitĂ© cardiovasculaire plus faibles que le traitement mĂ©dical seul :
La mortalité toutes causes a diminué de 66.1% à 58.9%
La mortalité cardiovasculaire a diminué de 49.3% à 40.5%
Le bénéfice en termes de survie était plus marqué chez les patients présentant une atteinte tritronculaire, et la réduction de la mortalité toutes causes était plus importante chez les patients plus jeunes. Le risque précoce accru de mortalité reflÚte le risque opératoire du pontage chez les patients présentant une dysfonction sévÚre du VG.
Dans des données observationnelles portant sur des patients ayant une dysfonction sévÚre du VG, le pontage était associé à une mortalité opératoire de 5.4 % et à une survie actuarielle à cinq ans de 75 %, bien que ces résultats ne soient pas équivalents à des données randomisées.
Intervention coronaire percutanée
LâĂ©tude REVIVED-BCIS2 a randomisĂ© 700 patients prĂ©sentant une FEVG â€35 %, une MC Ă©tendue accessible Ă une ICP et un myocarde viable dans au moins quatre segments dysfonctionnels, entre une ICP associĂ©e au TMOC et le TMOC seul. AprĂšs un suivi mĂ©dian de 3.4 ans, lâICP nâa pas rĂ©duit le critĂšre composite associant dĂ©cĂšs toutes causes et hospitalisation pour IC. Elle nâa pas non plus entraĂźnĂ© dâamĂ©lioration globale de la fonction du VG par rapport au TMOC.
Les symptĂŽmes se sont lĂ©gĂšrement et temporairement amĂ©liorĂ©s aprĂšs lâICP, mais aucune amĂ©lioration supplĂ©mentaire de la fonction globale du VG nâa Ă©tĂ© observĂ©e.
Dans une analyse prĂ©spĂ©cifiĂ©e, lâĂ©tendue du myocarde viable ne prĂ©disait pas le bĂ©nĂ©fice de lâICP. En revanche, une plus grande quantitĂ© de myocarde non viable Ă©tait associĂ©e Ă un risque accru de dĂ©cĂšs ou dâhospitalisation pour IC, que lâICP ait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e ou non.
Il nâexiste pas dâessai randomisĂ© comparant directement le pontage et lâICP chez les patients atteints dâIC ischĂ©mique. Les comparaisons observationnelles ont gĂ©nĂ©ralement suggĂ©rĂ© une mortalitĂ© Ă long terme plus faible et moins dâinfarctus du myocarde ou de nouvelles revascularisations avec le pontage quâavec lâICP, au prix dâun risque dâAVC lĂ©gĂšrement plus Ă©levĂ©. Ces rĂ©sultats sont influencĂ©s par des diffĂ©rences dâĂąge des patients, dâantĂ©cĂ©dents dâIM, de sĂ©vĂ©ritĂ© de la MC et de complĂ©tude de la revascularisation.
Revascularisation dans les situations cliniques Ă haut risque
La revascularisation comporte un risque pĂ©riprocĂ©dural accru lorsque la FEVG est fortement diminuĂ©e, notamment lorsquâelle est infĂ©rieure ou Ă©gale Ă 35 %. Chez les patients prĂ©sentant une ischĂ©mie Ă©tendue et une dysfonction systolique sĂ©vĂšre du VG, un support mĂ©canique temporaire du VG peut ĂȘtre nĂ©cessaire au cours de lâICP afin dâassurer un soutien hĂ©modynamique.
En cas de choc cardiogĂ©nique compliquant un syndrome coronarien aigu, une ICP immĂ©diate est recommandĂ©e lorsquâelle est rĂ©alisable. Un pontage en urgence peut ĂȘtre nĂ©cessaire lorsque lâanatomie coronaire ne permet pas une ICP.
RÎle des tests de viabilité
Les tests de viabilitĂ© sont intuitivement sĂ©duisants, car ils peuvent identifier un myocarde dysfonctionnel susceptible de rĂ©cupĂ©rer aprĂšs restauration de la perfusion. Toutefois, les donnĂ©es randomisĂ©es nâĂ©tablissent pas que les tests de viabilitĂ© amĂ©liorent la survie en sĂ©lectionnant les patients destinĂ©s Ă une revascularisation.
Lâessai PARR-2 a randomisĂ© 430 patients prĂ©sentant une cardiomyopathie ischĂ©mique suspectĂ©e entre une prise en charge guidĂ©e par la TEP et une prise en charge standard. La stratĂ©gie TEP nâa pas entraĂźnĂ© de rĂ©duction globale des Ă©vĂ©nements cardiaques. Des analyses post hoc ont suggĂ©rĂ© un bĂ©nĂ©fice lorsque les dĂ©cisions cliniques respectaient les recommandations de la TEP, mais ces analyses excluaient les violations du protocole et ne conservaient pas la puissance dâune comparaison en intention de traiter.
La sous-Ă©tude de viabilitĂ© de STICH nâa pas non plus mis en Ă©vidence dâinteraction significative entre la prĂ©sence ou lâabsence de viabilitĂ© et les effets du pontage sur la rĂ©cupĂ©ration du VG ou la survie Ă long terme. Dans REVIVED-BCIS2, lâĂ©tendue du myocarde viable nâa pas permis dâidentifier les patients bĂ©nĂ©ficiant dâune ICP.
En consĂ©quence, lâimagerie de viabilitĂ© doit ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un Ă©lĂ©ment dâune Ă©valuation intĂ©grĂ©e et non comme un filtre autonome conditionnant la revascularisation. Elle peut ĂȘtre particuliĂšrement utile lorsque lâĂ©quilibre entre le risque procĂ©dural et le bĂ©nĂ©fice potentiel est incertain, notamment chez les patients fragiles, prĂ©sentant une insuffisance rĂ©nale chronique ou une maladie respiratoire sĂ©vĂšre. Sa valeur pourrait davantage rĂ©sider dans la stratification du risque, la caractĂ©risation de la cicatrice et lâĂ©valuation de la plausibilitĂ© anatomique dâune rĂ©cupĂ©ration que dans la prĂ©diction dâun avantage de survie liĂ© Ă la revascularisation.
Recommandations des sociétés savantes
Les recommandations suivantes sont étayées par le document source :
La revascularisation coronaire est recommandĂ©e en classe I chez les patients ayant une FEVG â€35 % et une atteinte bitronculaire ou tritronculaire significative afin dâamĂ©liorer le pronostic, conformĂ©ment aux recommandations ACC/AHA 2023 citĂ©es sur la maladie coronaire chronique.
Une imagerie de stress non invasive par IRM cardiaque, Ă©chocardiographie de stress, TEMP ou TEP peut ĂȘtre envisagĂ©e pour Ă©valuer lâischĂ©mie et la viabilitĂ© chez les patients atteints de MC considĂ©rĂ©s comme Ă©ligibles Ă une revascularisation : classe IIb, niveau B.
Une coronarographie invasive est recommandée chez les patients présentant un angor malgré le traitement pharmacologique ou des arythmies ventriculaires symptomatiques : classe I, niveau B.
Une coronarographie invasive peut ĂȘtre envisagĂ©e en cas dâICFER lorsque la probabilitĂ© prĂ©test de MC est intermĂ©diaire Ă Ă©levĂ©e et quâune ischĂ©mie est prĂ©sente au test de stress non invasif : classe IIb, niveau B.
Une angio-TDM coronaire doit ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients ayant une probabilitĂ© prĂ©test faible Ă intermĂ©diaire de MC ou des tests de stress non invasifs Ă©quivoques afin dâexclure une stĂ©nose coronaire : classe IIa, niveau C.
Une IRM cardiaque est recommandĂ©e pour Ă©valuer la structure et la fonction cardiaques lorsque les fenĂȘtres acoustiques Ă©chocardiographiques sont mĂ©diocres : classe I, niveau C.
Une IRM cardiaque avec RTG doit ĂȘtre envisagĂ©e en cas de cardiomyopathie dilatĂ©e afin de distinguer une atteinte myocardique ischĂ©mique dâune atteinte non ischĂ©mique : classe IIa, niveau C.
Chez les patients prĂ©sentant une IC sĂ©vĂšre Ă©valuĂ©s en vue dâune transplantation ou dâun support circulatoire mĂ©canique, une Ă©preuve dâeffort cardiopulmonaire et un cathĂ©tĂ©risme cardiaque droit sont recommandĂ©s dans le cadre de lâĂ©valuation.
Ces recommandations nâimpliquent pas que lâimagerie de viabilitĂ© seule doive dĂ©terminer la rĂ©alisation dâun pontage ou dâune ICP. Les dĂ©cisions doivent intĂ©grer lâanatomie, lâischĂ©mie, la charge cicatricielle, les comorbiditĂ©s, le risque procĂ©dural et la capacitĂ© attendue Ă revasculariser le territoire myocardique concernĂ©.
Pronostic
Le pronostic de la cardiomyopathie ischémique traitée médicalement est défavorable. Les résultats sont particuliÚrement mauvais en présence de :
IM récidivants
Arythmies ventriculaires
Myocarde hibernant étendu
Myocarde non viable ou cicatriciel étendu
Dysfonction sévÚre du VG
La quantitĂ© de cicatrice a une importance pronostique indĂ©pendante de la probabilitĂ© de rĂ©cupĂ©ration fonctionnelle. Dans REVIVED-BCIS2, une plus grande quantitĂ© de myocarde non viable prĂ©disait une Ă©volution plus dĂ©favorable, indĂ©pendamment de la rĂ©alisation dâune ICP. Le RTG dĂ©tectĂ© par IRM cardiaque est associĂ© Ă une augmentation de la mortalitĂ© toutes causes, de la mortalitĂ© cardiovasculaire et des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs. La zone pĂ©ri-infarctus est associĂ©e Ă la mortalitĂ© Ă long terme et Ă la dĂ©livrance appropriĂ©e dâun traitement par DAI, ce qui reflĂšte son rĂŽle de substrat arythmogĂšne.
La revascularisation peut amĂ©liorer la survie Ă long terme chez certains patients, notamment aprĂšs un pontage, mais le bĂ©nĂ©fice pourrait ĂȘtre principalement liĂ© Ă la prĂ©vention de futurs Ă©vĂ©nements ischĂ©miques plutĂŽt quâĂ lâamĂ©lioration de la FEVG. Le pontage comporte Ă©galement un risque prĂ©coce accru de mortalitĂ© procĂ©durale, particuliĂšrement chez les patients prĂ©sentant une dysfonction sĂ©vĂšre du VG.
Suivi et réévaluation
Le suivi doit comprendre une évaluation continue des éléments suivants :
SymptĂŽmes dâIC et capacitĂ© fonctionnelle
Angor ou symptÎmes ischémiques récidivants
Arythmies ventriculaires
Fonction systolique du VG
Réponse au TMOC
Survenue de nouveaux événements ischémiques
ComplĂ©tude et durabilitĂ© de la revascularisation lorsquâune intervention a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e
Chez les patients prĂ©sentant une FEVG avant la sortie <40 % aprĂšs un syndrome coronarien aigu, une nouvelle Ă©valuation de la FEVG est recommandĂ©e 6â12 semaines aprĂšs une revascularisation complĂšte et la mise en place dâun traitement mĂ©dical optimal, afin de dĂ©terminer si lâimplantation dâun DAI en prĂ©vention primaire doit ĂȘtre envisagĂ©e.
AprĂšs un IM aigu, une Ă©chocardiographie est recommandĂ©e pour Ă©valuer la fonction du VG et du ventricule droit au repos, la fonction valvulaire, les complications mĂ©caniques et la prĂ©sence dâun thrombus du VG. LâIRM cardiaque constitue une alternative utile lorsque lâĂ©chocardiographie est sous-optimale ou non concluante.
LâhĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des donnĂ©es disponibles, les diffĂ©rentes dĂ©finitions de la viabilitĂ©, la variabilitĂ© des mĂ©thodes dâimagerie et la relation incertaine entre viabilitĂ© et Ă©volution clinique imposent un suivi individualisĂ©. Les situations complexes sont mieux prises en charge dans le cadre dâune Ă©valuation coordonnĂ©e par des spĂ©cialistes de lâinsuffisance cardiaque, de lâimagerie, des troubles du rythme et de la revascularisation.