đŸš« Cardiomyopathie ischĂ©mique : Ă©valuation de la viabilitĂ© myocardique et revascularisation

Sommaire (22)

Définition et physiopathologie

La cardiomyopathie ischĂ©mique est une dysfonction myocardique sĂ©vĂšre due Ă  une maladie coronarienne (MC). Le syndrome clinique peut Ă©voquer une cardiomyopathie dilatĂ©e primitive, notamment en l’absence d’angor ou d’antĂ©cĂ©dent d’infarctus du myocarde (IM). Les symptĂŽmes d’insuffisance cardiaque (IC) peuvent rĂ©sulter de plusieurs processus intriquĂ©s :

  • IM rĂ©cidivants ou Ă©tendus avec nĂ©crose et formation de cicatrice

  • Fibrose myocardique diffuse

  • Dysfonction ischĂ©mique rĂ©versible

  • Hypoperfusion chronique avec myocarde hibernant

  • SidĂ©ration post-ischĂ©mique

  • Remodelage dĂ©favorable du ventricule gauche (VG)

La cardiomyopathie ischĂ©mique est la principale cause d’insuffisance cardiaque Ă  fraction d’éjection rĂ©duite (ICFER) dans les pays dĂ©veloppĂ©s. Les nouveaux Ă©vĂ©nements ischĂ©miques sont des dĂ©terminants majeurs de la dĂ©tĂ©rioration ultĂ©rieure du VG et de la survie Ă  long terme.

Myocarde viable, sidéré et hibernant

Le myocarde dysfonctionnel viable est un tissu myocardique dont la fonction contractile s’amĂ©liore aprĂšs revascularisation coronaire. Cette dĂ©finition fonctionnelle englobe plusieurs Ă©tats physiologiques.

Une occlusion coronaire brĂšve ou une ischĂ©mie modĂ©rĂ©e relativement prolongĂ©e peuvent provoquer une sidĂ©ration post-ischĂ©mique. En l’absence d’infarctus, la rĂ©cupĂ©ration contractile peut survenir rapidement aprĂšs la reperfusion, gĂ©nĂ©ralement dans un dĂ©lai d’une semaine. À l’inverse, une hypoperfusion chronique peut entraĂźner un myocarde hibernant : un Ă©tat de dysfonction persistante mais potentiellement rĂ©cupĂ©rable.

Le myocarde chroniquement dysfonctionnel dans la cardiomyopathie ischĂ©mique est donc hĂ©tĂ©rogĂšne. Des rĂ©gions prĂ©sentant une cicatrice irrĂ©versible peuvent alterner avec des segments viables dysfonctionnels en raison d’épisodes ischĂ©miques rĂ©pĂ©tĂ©s ou d’une diminution chronique de la perfusion. La quantitĂ© et la distribution du myocarde viable et non viable, ainsi que l’anatomie coronaire et la faisabilitĂ© de la revascularisation, dĂ©terminent la portĂ©e clinique des rĂ©sultats de l’imagerie.

Historiquement, on considĂ©rait que la revascularisation pouvait amĂ©liorer la fonction systolique du VG et le pronostic en restaurant la perfusion du myocarde viable dysfonctionnel tout en prĂ©venant de nouveaux Ă©vĂ©nements ischĂ©miques. Toutefois, le lien prĂ©sumĂ© entre viabilitĂ©, rĂ©cupĂ©ration de la fraction d’éjection et survie a Ă©tĂ© remis en question par des essais randomisĂ©s.

Relation entre viabilité et récupération du VG

Des Ă©tudes observationnelles et des Ă©tudes par tomographie par Ă©mission de positons (TEP) ont montrĂ© qu’une amĂ©lioration significative de la fraction d’éjection globale du VG (FEVG) aprĂšs revascularisation est plus probable lorsqu’une quantitĂ© relativement importante de myocarde hibernant ou sidĂ©rĂ© est prĂ©sente, soit environ 20 % de la masse du VG. À l’inverse, une plus grande proportion de myocarde non viable ou cicatriciel est associĂ©e Ă  une moindre amĂ©lioration de la FEVG.

NĂ©anmoins, l’amĂ©lioration de la FEVG n’est pas le seul objectif possible de la revascularisation. Les donnĂ©es contemporaines suggĂšrent que la protection du myocarde menacĂ© contre de futurs Ă©vĂ©nements ischĂ©miques et la prĂ©vention de leurs consĂ©quences arythmiques potentiellement lĂ©tales pourraient ĂȘtre plus importantes que la restauration de la fonction globale du VG.

Présentation clinique et symptÎmes

La présentation est variable et peut évoluer au cours du temps.

Chez certains patients, l’angor constitue initialement la manifestation prĂ©dominante de la MC. À mesure que la dysfonction du VG et l’IC deviennent plus marquĂ©es, l’angor peut diminuer ou disparaĂźtre. D’autres patients ne prĂ©sentent aucun antĂ©cĂ©dent reconnu d’angor ou d’IM, ce qui rend particuliĂšrement difficile la distinction avec une cardiomyopathie dilatĂ©e primitive.

Lorsqu’ils sont prĂ©sents, les Ă©lĂ©ments cliniques peuvent comprendre :

  • SymptĂŽmes attribuables Ă  une dysfonction systolique chronique du VG et Ă  l’IC

  • Angor, bien que son absence n’exclue pas une cardiomyopathie ischĂ©mique

  • SymptĂŽmes liĂ©s Ă  une ischĂ©mie rĂ©cidivante

  • SymptĂŽmes associĂ©s Ă  des arythmies ventriculaires

Le pronostic est particuliĂšrement dĂ©favorable lorsque la cardiomyopathie ischĂ©mique s’accompagne d’IM rĂ©cidivants, d’arythmies ventriculaires ou d’une quantitĂ© importante de myocarde hibernant.

Évaluation et examen clinique

L’évaluation doit Ă©tablir trois Ă©lĂ©ments complĂ©mentaires :

  • La sĂ©vĂ©ritĂ© de la dysfonction du VG

  • L’étendue et la distribution anatomique de la MC

  • La quantitĂ© et la localisation du myocarde ischĂ©mique, viable et non viable

L’évaluation clinique seule peut ne pas permettre de distinguer une cardiomyopathie ischĂ©mique d’une cardiomyopathie dilatĂ©e non ischĂ©mique, notamment chez les patients sans angor ni antĂ©cĂ©dent d’IM. Les symptĂŽmes, les Ă©vĂ©nements coronariens antĂ©rieurs, la MC connue et la prĂ©sence d’arythmies ventriculaires constituent des Ă©lĂ©ments importants de l’évaluation du risque, mais doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©s aux donnĂ©es anatomiques et fonctionnelles.

Le document source ne fournit pas de description dĂ©taillĂ©e de l’examen clinique ni de signes spĂ©cifiques permettant de distinguer de maniĂšre fiable le myocarde viable du myocarde non viable.

Évaluation diagnostique

Électrocardiographie

L’ECG reste important dans l’évaluation globale de la cardiopathie ischĂ©mique, mais les ondes Q ne peuvent pas ĂȘtre utilisĂ©es comme substitut direct d’un infarctus transmural. Les Ă©tudes avec rehaussement tardif aprĂšs gadolinium (RTG) ont montrĂ© que des ondes Q peuvent ĂȘtre observĂ©es en cas d’infarctus sous-endocardique Ă©tendu, tandis qu’un infarctus sans onde Q peut occasionnellement ĂȘtre transmural. La formation d’ondes Q est davantage corrĂ©lĂ©e Ă  la taille totale de l’infarctus qu’à sa transmuralitĂ©.

Le document source ne fournit pas de tracé ECG diagnostique spécifique de la cardiomyopathie ischémique ou de la viabilité myocardique.

Échocardiographie

L’échocardiographie transthoracique Ă©value :

  • La fonction systolique du VG

  • La cinĂ©tique segmentaire

  • L’épaisseur pariĂ©tale

  • La fonction valvulaire

  • Les anomalies structurelles associĂ©es

Une Ă©paisseur pariĂ©tale diastolique au repos infĂ©rieure Ă  6 mm est fortement Ă©vocatrice d’une cicatrice non viable, bien qu’un amincissement pariĂ©tal n’indique pas invariablement une atteinte irrĂ©versible. MĂȘme des segments dont l’épaisseur pariĂ©tale est ≀5,5 mm peuvent prĂ©senter une amĂ©lioration de leur Ă©paisseur rĂ©gionale et de leur contractilitĂ© aprĂšs revascularisation lorsque la charge cicatricielle est limitĂ©e Ă  50 % ou moins de l’épaisseur pariĂ©tale.

Échocardiographie de stress à la dobutamine à faible dose

L’échocardiographie Ă  la dobutamine Ă  faible dose Ă©value la rĂ©serve contractile. L’amĂ©lioration de la cinĂ©tique pariĂ©tale rĂ©gionale suggĂšre la prĂ©sence d’un myocarde viable. Une rĂ©ponse biphasique — amĂ©lioration initiale Ă  faible dose suivie d’une dĂ©tĂ©rioration Ă  dose plus Ă©levĂ©e — est particuliĂšrement spĂ©cifique de la viabilitĂ©.

Une amĂ©lioration de la cinĂ©tique pariĂ©tale d’au moins un grade dans au moins deux segments pendant le stress est Ă©galement probablement un indicateur de viabilitĂ©, que le processus sous-jacent soit une sidĂ©ration ou une hibernation. Comparativement aux approches isotopiques et Ă  l’IRM cardiaque, l’échocardiographie de stress Ă  la dobutamine a une sensibilitĂ© lĂ©gĂšrement moindre, mais une plus grande spĂ©cificitĂ© pour prĂ©dire la rĂ©cupĂ©ration de la fonction systolique dans les segments viables.

Imagerie par résonance magnétique cardiaque

L’imagerie par rĂ©sonance magnĂ©tique cardiaque (IRM cardiaque) permet une Ă©valuation Ă  haute rĂ©solution de la structure et de la fonction du VG, de la perfusion et des caractĂ©ristiques tissulaires du myocarde. Elle est particuliĂšrement utile lorsque la qualitĂ© des images Ă©chocardiographiques est insuffisante et pour distinguer une atteinte myocardique ischĂ©mique d’une atteinte non ischĂ©mique.

Évaluation par RTG

Lors d’un IM aigu, les produits de contraste Ă  base de gadolinium s’accumulent dans les zones oĂč les cardiomyocytes sont rompus et oĂč l’espace extracellulaire est augmentĂ©. Dans l’infarctus chronique, le remplacement des cardiomyocytes par une matrice extracellulaire riche en collagĂšne entraĂźne une augmentation similaire du volume extracellulaire et une accumulation retardĂ©e du produit de contraste.

Le RTG ischĂ©mique suit gĂ©nĂ©ralement une distribution coronaire et est sous-endocardique ou transmural. L’étendue du RTG transmural peut ĂȘtre utilisĂ©e pour estimer la probabilitĂ© de rĂ©cupĂ©ration fonctionnelle :

Transmuralité du RTG Interprétation
≀50% GĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ© comme viable
50–75% Zone intermĂ©diaire ou « zone grise »
>75% Généralement considéré comme non viable
Absent ou <25% Forte probabilité de récupération
76–100% Faible probabilitĂ© de rĂ©cupĂ©ration

Dans les segments prĂ©sentant une transmuralitĂ© de 50–75 %, l’imagerie de perfusion de stress peut contribuer Ă  identifier une ischĂ©mie pĂ©ri-infarctus, tandis que l’IRM cardiaque Ă  la dobutamine Ă  faible dose peut Ă©valuer la rĂ©serve contractile.

Le RTG peut dĂ©tecter de petits infarctus focaux susceptibles de ne pas ĂȘtre identifiĂ©s par d’autres mĂ©thodes. La prĂ©sence d’un RTG chez les patients ayant une MC connue ou suspectĂ©e est associĂ©e Ă  une augmentation de la mortalitĂ© et des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs. La zone pĂ©ri-infarctus, qui correspond Ă  un tissu hĂ©tĂ©rogĂšne Ă  l’interface entre la cicatrice et le myocarde normal, constitue un substrat arythmogĂšne. Sa quantification a Ă©tĂ© associĂ©e Ă  la mortalitĂ© Ă  long terme et Ă  la dĂ©livrance appropriĂ©e d’un traitement par dĂ©fibrillateur automatique implantable chez les patients atteints de cardiomyopathie ischĂ©mique.

Imagerie isotopique

Les principales techniques isotopiques sont la tomographie d’émission monophotonique (TEMP) et la TEP. Les mĂ©thodes isotopiques Ă©valuent la perfusion et, dans le cas de la TEP, le mĂ©tabolisme myocardique.

TEMP

L’imagerie de perfusion myocardique par TEMP peut dĂ©finir l’étendue et la sĂ©vĂ©ritĂ© de l’ischĂ©mie lors d’un effort ou d’un stress pharmacologique. Pour l’évaluation de la viabilitĂ©, la TEMP corrigĂ©e de l’attĂ©nuation est prĂ©fĂ©rable.

Des traceurs marquĂ©s au technĂ©tium et le thallium-201 peuvent ĂȘtre utilisĂ©s. Le thallium-201 peut ĂȘtre particuliĂšrement utile en cas d’hypoperfusion sĂ©vĂšre au repos, car il fournit une Ă©valuation plus prĂ©cise du myocarde viable. Des dĂ©rivĂ©s nitrĂ©s peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour amĂ©liorer la perfusion collatĂ©rale au repos et augmenter la fixation du traceur dans les rĂ©gions sĂ©vĂšrement hypoperfusĂ©es.

Une redistribution tardive ou une redistribution aprÚs une deuxiÚme injection de traceur suggÚre la viabilité.

TEP

La TEP permet une Ă©valuation quantitative de l’ischĂ©mie et une imagerie mĂ©tabolique de la viabilitĂ© myocardique. L’approche mĂ©tabolique habituelle utilise le 18F-fluorodĂ©soxyglucose (18F-FDG). La viabilitĂ© est suggĂ©rĂ©e par un dĂ©faut de concordance perfusion–mĂ©tabolisme : perfusion rĂ©duite avec captation du glucose prĂ©servĂ©e.

Les protocoles de TEP nĂ©cessitent une prĂ©paration soigneuse du patient. La TEP peut Ă©galement quantifier la charge ischĂ©mique et la rĂ©serve de dĂ©bit sanguin myocardique, bien que le document source ne prĂ©cise ni les protocoles de prĂ©paration ni les seuils diagnostiques numĂ©riques au-delĂ  d’environ 20 % de la masse du VG de myocarde viable ou hibernant, quantitĂ© associĂ©e Ă  une rĂ©cupĂ©ration globale cliniquement significative du VG.

Tomodensitométrie

La tomodensitomĂ©trie peut fournir une Ă©valuation complĂ©mentaire de l’épaisseur pariĂ©tale, de la fonction rĂ©gionale, de la perfusion et de la fibrose myocardique, bien que le document source mette l’accent sur l’IRM cardiaque, l’échocardiographie, la TEMP et la TEP pour l’évaluation de la viabilitĂ©.

L’angioscanner coronaire doit ĂȘtre envisagĂ© chez les patients ayant une probabilitĂ© prĂ©test faible Ă  intermĂ©diaire de MC ou des rĂ©sultats Ă©quivoques aux tests de stress non invasifs, principalement afin d’exclure une stĂ©nose coronaire.

Synthùse des indicateurs d’imagerie

ÉlĂ©ment clinique ou d’imagerie RĂ©sultat suggĂ©rant la viabilitĂ© ou la non-viabilitĂ© Examen principal
Épaisseur pariĂ©tale diastolique <6 mm fortement Ă©vocateur d’une cicatrice non viable Échocardiographie
CinĂ©tique pariĂ©tale rĂ©gionale Une amĂ©lioration sous dobutamine Ă  faible dose indique une rĂ©serve contractile Échocardiographie de stress Ă  la dobutamine
Perfusion régionale Une redistribution suggÚre la viabilité TEMP
Métabolisme myocardique Une diminution du débit avec métabolisme préservé indique la viabilité TEP
Fibrose myocardique Une cicatrice sous-endocardique suggÚre la viabilité ; une cicatrice transmurale ou quasi transmurale suggÚre la non-viabilité IRM cardiaque

Biomarqueurs et résultats biologiques

Le document source ne fournit pas de stratĂ©gie spĂ©cifique de recours aux biomarqueurs pour la cardiomyopathie ischĂ©mique chronique ou l’évaluation de la viabilitĂ© myocardique.

Les peptides natriurĂ©tiques sont mentionnĂ©s comme biomarqueurs de la sĂ©vĂ©ritĂ© de l’IC dans le contexte plus gĂ©nĂ©ral de l’IC, mais aucun seuil spĂ©cifique ni rĂŽle dans la sĂ©lection des patients pour une revascularisation guidĂ©e par la viabilitĂ© n’est fourni. Dans les syndromes coronariens aigus, l’élĂ©vation de la troponine identifie une lĂ©sion myocardique et est associĂ©e Ă  un risque accru, mais elle ne constitue pas un test de viabilitĂ© chronique.

Revascularisation et traitement médical

Principes directeurs

La prise en charge nĂ©cessite l’intĂ©gration des Ă©lĂ©ments suivants :

  • L’état clinique et les symptĂŽmes

  • L’anatomie coronaire

  • La sĂ©vĂ©ritĂ© de la dysfonction du VG

  • Les rĂ©sultats concernant l’ischĂ©mie et la viabilitĂ©

  • La concordance anatomique entre le myocarde viable et une artĂšre nourriciĂšre revascularisable

  • Le risque procĂ©dural, notamment en cas de dysfonction sĂ©vĂšre du VG

  • L’ñge, la fragilitĂ©, l’insuffisance rĂ©nale, les maladies respiratoires et les autres comorbiditĂ©s

  • Le bĂ©nĂ©fice attendu de la prĂ©vention de futurs Ă©vĂ©nements ischĂ©miques et arythmiques

Tous les patients nĂ©cessitent un traitement mĂ©dical optimal conforme aux recommandations (TMOC) pour l’ICFER et la MC. La revascularisation ne doit pas ĂȘtre fondĂ©e isolĂ©ment sur l’imagerie de viabilitĂ©.

Pontage aortocoronarien

Les donnĂ©es disponibles justifient d’envisager un pontage aortocoronarien chez certains patients atteints de cardiomyopathie ischĂ©mique, en particulier ceux prĂ©sentant une MC pluritronculaire significative et une FEVG fortement rĂ©duite.

L’essai STICH a inclus des patients prĂ©sentant une MC et une FEVG <35 %, Ă©ligibles Ă  un pontage, qui ont Ă©tĂ© randomisĂ©s entre pontage associĂ© au TMOC et TMOC seul. Le pontage n’a pas rĂ©duit significativement la mortalitĂ© toutes causes Ă  un suivi mĂ©dian de quatre ans. En revanche, Ă  un suivi mĂ©dian de 9,8 ans, le pontage Ă©tait associĂ© Ă  une mortalitĂ© toutes causes et Ă  une mortalitĂ© cardiovasculaire plus faibles que le traitement mĂ©dical seul :

  • La mortalitĂ© toutes causes a diminuĂ© de 66.1% Ă  58.9%

  • La mortalitĂ© cardiovasculaire a diminuĂ© de 49.3% Ă  40.5%

Le bénéfice en termes de survie était plus marqué chez les patients présentant une atteinte tritronculaire, et la réduction de la mortalité toutes causes était plus importante chez les patients plus jeunes. Le risque précoce accru de mortalité reflÚte le risque opératoire du pontage chez les patients présentant une dysfonction sévÚre du VG.

Dans des données observationnelles portant sur des patients ayant une dysfonction sévÚre du VG, le pontage était associé à une mortalité opératoire de 5.4 % et à une survie actuarielle à cinq ans de 75 %, bien que ces résultats ne soient pas équivalents à des données randomisées.

Intervention coronaire percutanée

L’étude REVIVED-BCIS2 a randomisĂ© 700 patients prĂ©sentant une FEVG ≀35 %, une MC Ă©tendue accessible Ă  une ICP et un myocarde viable dans au moins quatre segments dysfonctionnels, entre une ICP associĂ©e au TMOC et le TMOC seul. AprĂšs un suivi mĂ©dian de 3.4 ans, l’ICP n’a pas rĂ©duit le critĂšre composite associant dĂ©cĂšs toutes causes et hospitalisation pour IC. Elle n’a pas non plus entraĂźnĂ© d’amĂ©lioration globale de la fonction du VG par rapport au TMOC.

Les symptĂŽmes se sont lĂ©gĂšrement et temporairement amĂ©liorĂ©s aprĂšs l’ICP, mais aucune amĂ©lioration supplĂ©mentaire de la fonction globale du VG n’a Ă©tĂ© observĂ©e.

Dans une analyse prĂ©spĂ©cifiĂ©e, l’étendue du myocarde viable ne prĂ©disait pas le bĂ©nĂ©fice de l’ICP. En revanche, une plus grande quantitĂ© de myocarde non viable Ă©tait associĂ©e Ă  un risque accru de dĂ©cĂšs ou d’hospitalisation pour IC, que l’ICP ait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e ou non.

Il n’existe pas d’essai randomisĂ© comparant directement le pontage et l’ICP chez les patients atteints d’IC ischĂ©mique. Les comparaisons observationnelles ont gĂ©nĂ©ralement suggĂ©rĂ© une mortalitĂ© Ă  long terme plus faible et moins d’infarctus du myocarde ou de nouvelles revascularisations avec le pontage qu’avec l’ICP, au prix d’un risque d’AVC lĂ©gĂšrement plus Ă©levĂ©. Ces rĂ©sultats sont influencĂ©s par des diffĂ©rences d’ñge des patients, d’antĂ©cĂ©dents d’IM, de sĂ©vĂ©ritĂ© de la MC et de complĂ©tude de la revascularisation.

Revascularisation dans les situations cliniques Ă  haut risque

La revascularisation comporte un risque pĂ©riprocĂ©dural accru lorsque la FEVG est fortement diminuĂ©e, notamment lorsqu’elle est infĂ©rieure ou Ă©gale Ă  35 %. Chez les patients prĂ©sentant une ischĂ©mie Ă©tendue et une dysfonction systolique sĂ©vĂšre du VG, un support mĂ©canique temporaire du VG peut ĂȘtre nĂ©cessaire au cours de l’ICP afin d’assurer un soutien hĂ©modynamique.

En cas de choc cardiogĂ©nique compliquant un syndrome coronarien aigu, une ICP immĂ©diate est recommandĂ©e lorsqu’elle est rĂ©alisable. Un pontage en urgence peut ĂȘtre nĂ©cessaire lorsque l’anatomie coronaire ne permet pas une ICP.

RÎle des tests de viabilité

Les tests de viabilitĂ© sont intuitivement sĂ©duisants, car ils peuvent identifier un myocarde dysfonctionnel susceptible de rĂ©cupĂ©rer aprĂšs restauration de la perfusion. Toutefois, les donnĂ©es randomisĂ©es n’établissent pas que les tests de viabilitĂ© amĂ©liorent la survie en sĂ©lectionnant les patients destinĂ©s Ă  une revascularisation.

L’essai PARR-2 a randomisĂ© 430 patients prĂ©sentant une cardiomyopathie ischĂ©mique suspectĂ©e entre une prise en charge guidĂ©e par la TEP et une prise en charge standard. La stratĂ©gie TEP n’a pas entraĂźnĂ© de rĂ©duction globale des Ă©vĂ©nements cardiaques. Des analyses post hoc ont suggĂ©rĂ© un bĂ©nĂ©fice lorsque les dĂ©cisions cliniques respectaient les recommandations de la TEP, mais ces analyses excluaient les violations du protocole et ne conservaient pas la puissance d’une comparaison en intention de traiter.

La sous-Ă©tude de viabilitĂ© de STICH n’a pas non plus mis en Ă©vidence d’interaction significative entre la prĂ©sence ou l’absence de viabilitĂ© et les effets du pontage sur la rĂ©cupĂ©ration du VG ou la survie Ă  long terme. Dans REVIVED-BCIS2, l’étendue du myocarde viable n’a pas permis d’identifier les patients bĂ©nĂ©ficiant d’une ICP.

En consĂ©quence, l’imagerie de viabilitĂ© doit ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un Ă©lĂ©ment d’une Ă©valuation intĂ©grĂ©e et non comme un filtre autonome conditionnant la revascularisation. Elle peut ĂȘtre particuliĂšrement utile lorsque l’équilibre entre le risque procĂ©dural et le bĂ©nĂ©fice potentiel est incertain, notamment chez les patients fragiles, prĂ©sentant une insuffisance rĂ©nale chronique ou une maladie respiratoire sĂ©vĂšre. Sa valeur pourrait davantage rĂ©sider dans la stratification du risque, la caractĂ©risation de la cicatrice et l’évaluation de la plausibilitĂ© anatomique d’une rĂ©cupĂ©ration que dans la prĂ©diction d’un avantage de survie liĂ© Ă  la revascularisation.

Recommandations des sociétés savantes

Les recommandations suivantes sont étayées par le document source :

  • La revascularisation coronaire est recommandĂ©e en classe I chez les patients ayant une FEVG ≀35 % et une atteinte bitronculaire ou tritronculaire significative afin d’amĂ©liorer le pronostic, conformĂ©ment aux recommandations ACC/AHA 2023 citĂ©es sur la maladie coronaire chronique.

  • Une imagerie de stress non invasive par IRM cardiaque, Ă©chocardiographie de stress, TEMP ou TEP peut ĂȘtre envisagĂ©e pour Ă©valuer l’ischĂ©mie et la viabilitĂ© chez les patients atteints de MC considĂ©rĂ©s comme Ă©ligibles Ă  une revascularisation : classe IIb, niveau B.

  • Une coronarographie invasive est recommandĂ©e chez les patients prĂ©sentant un angor malgrĂ© le traitement pharmacologique ou des arythmies ventriculaires symptomatiques : classe I, niveau B.

  • Une coronarographie invasive peut ĂȘtre envisagĂ©e en cas d’ICFER lorsque la probabilitĂ© prĂ©test de MC est intermĂ©diaire Ă  Ă©levĂ©e et qu’une ischĂ©mie est prĂ©sente au test de stress non invasif : classe IIb, niveau B.

  • Une angio-TDM coronaire doit ĂȘtre envisagĂ©e chez les patients ayant une probabilitĂ© prĂ©test faible Ă  intermĂ©diaire de MC ou des tests de stress non invasifs Ă©quivoques afin d’exclure une stĂ©nose coronaire : classe IIa, niveau C.

  • Une IRM cardiaque est recommandĂ©e pour Ă©valuer la structure et la fonction cardiaques lorsque les fenĂȘtres acoustiques Ă©chocardiographiques sont mĂ©diocres : classe I, niveau C.

  • Une IRM cardiaque avec RTG doit ĂȘtre envisagĂ©e en cas de cardiomyopathie dilatĂ©e afin de distinguer une atteinte myocardique ischĂ©mique d’une atteinte non ischĂ©mique : classe IIa, niveau C.

  • Chez les patients prĂ©sentant une IC sĂ©vĂšre Ă©valuĂ©s en vue d’une transplantation ou d’un support circulatoire mĂ©canique, une Ă©preuve d’effort cardiopulmonaire et un cathĂ©tĂ©risme cardiaque droit sont recommandĂ©s dans le cadre de l’évaluation.

Ces recommandations n’impliquent pas que l’imagerie de viabilitĂ© seule doive dĂ©terminer la rĂ©alisation d’un pontage ou d’une ICP. Les dĂ©cisions doivent intĂ©grer l’anatomie, l’ischĂ©mie, la charge cicatricielle, les comorbiditĂ©s, le risque procĂ©dural et la capacitĂ© attendue Ă  revasculariser le territoire myocardique concernĂ©.

Pronostic

Le pronostic de la cardiomyopathie ischémique traitée médicalement est défavorable. Les résultats sont particuliÚrement mauvais en présence de :

  • IM rĂ©cidivants

  • Arythmies ventriculaires

  • Myocarde hibernant Ă©tendu

  • Myocarde non viable ou cicatriciel Ă©tendu

  • Dysfonction sĂ©vĂšre du VG

La quantitĂ© de cicatrice a une importance pronostique indĂ©pendante de la probabilitĂ© de rĂ©cupĂ©ration fonctionnelle. Dans REVIVED-BCIS2, une plus grande quantitĂ© de myocarde non viable prĂ©disait une Ă©volution plus dĂ©favorable, indĂ©pendamment de la rĂ©alisation d’une ICP. Le RTG dĂ©tectĂ© par IRM cardiaque est associĂ© Ă  une augmentation de la mortalitĂ© toutes causes, de la mortalitĂ© cardiovasculaire et des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires indĂ©sirables majeurs. La zone pĂ©ri-infarctus est associĂ©e Ă  la mortalitĂ© Ă  long terme et Ă  la dĂ©livrance appropriĂ©e d’un traitement par DAI, ce qui reflĂšte son rĂŽle de substrat arythmogĂšne.

La revascularisation peut amĂ©liorer la survie Ă  long terme chez certains patients, notamment aprĂšs un pontage, mais le bĂ©nĂ©fice pourrait ĂȘtre principalement liĂ© Ă  la prĂ©vention de futurs Ă©vĂ©nements ischĂ©miques plutĂŽt qu’à l’amĂ©lioration de la FEVG. Le pontage comporte Ă©galement un risque prĂ©coce accru de mortalitĂ© procĂ©durale, particuliĂšrement chez les patients prĂ©sentant une dysfonction sĂ©vĂšre du VG.

Suivi et réévaluation

Le suivi doit comprendre une évaluation continue des éléments suivants :

  • SymptĂŽmes d’IC et capacitĂ© fonctionnelle

  • Angor ou symptĂŽmes ischĂ©miques rĂ©cidivants

  • Arythmies ventriculaires

  • Fonction systolique du VG

  • RĂ©ponse au TMOC

  • Survenue de nouveaux Ă©vĂ©nements ischĂ©miques

  • ComplĂ©tude et durabilitĂ© de la revascularisation lorsqu’une intervention a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e

Chez les patients prĂ©sentant une FEVG avant la sortie <40 % aprĂšs un syndrome coronarien aigu, une nouvelle Ă©valuation de la FEVG est recommandĂ©e 6–12 semaines aprĂšs une revascularisation complĂšte et la mise en place d’un traitement mĂ©dical optimal, afin de dĂ©terminer si l’implantation d’un DAI en prĂ©vention primaire doit ĂȘtre envisagĂ©e.

AprĂšs un IM aigu, une Ă©chocardiographie est recommandĂ©e pour Ă©valuer la fonction du VG et du ventricule droit au repos, la fonction valvulaire, les complications mĂ©caniques et la prĂ©sence d’un thrombus du VG. L’IRM cardiaque constitue une alternative utile lorsque l’échocardiographie est sous-optimale ou non concluante.

L’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des donnĂ©es disponibles, les diffĂ©rentes dĂ©finitions de la viabilitĂ©, la variabilitĂ© des mĂ©thodes d’imagerie et la relation incertaine entre viabilitĂ© et Ă©volution clinique imposent un suivi individualisĂ©. Les situations complexes sont mieux prises en charge dans le cadre d’une Ă©valuation coordonnĂ©e par des spĂ©cialistes de l’insuffisance cardiaque, de l’imagerie, des troubles du rythme et de la revascularisation.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 7 août 2026