Définition et justification thérapeutique
Lâaspirine, ou acide acĂ©tylsalicylique, est un antiagrĂ©gant plaquettaire qui inhibe irrĂ©versiblement la cyclo-oxygĂ©nase et supprime ainsi la synthĂšse du thromboxane A2. Le thromboxane A2 favorise la vasoconstriction et lâagrĂ©gation plaquettaire. Comme lâaspirine nâagit que sur une seule voie de lâactivation plaquettaire, son effet antiagrĂ©gant est relativement limitĂ© par rapport Ă celui des agents qui inhibent dâautres voies plaquettaires.
La distinction entre prévention primaire et prévention secondaire est fondamentale :
La prévention primaire concerne les personnes sans maladie cardiovasculaire athéroscléreuse (ASCVD), maladie coronarienne, maladie cérébrovasculaire ou artériopathie oblitérante des membres inférieurs établie.
La prĂ©vention secondaire concerne les patients prĂ©sentant une maladie vasculaire Ă©tablie, chez lesquels lâaspirine a un rapport bĂ©nĂ©ficeârisque nettement plus favorable.
Lâaspirine nâest pas un traitement prĂ©ventif cardiovasculaire Ă visĂ©e gĂ©nĂ©rale. Chez les personnes sans ASCVD Ă©tablie, la rĂ©duction potentielle de lâinfarctus du myocarde non fatal et de lâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral ischĂ©mique doit ĂȘtre mise en balance avec le risque dâhĂ©morragie gastro-intestinale et intracrĂąnienne cliniquement important.
Données probantes en prévention primaire
ĂvĂ©nements cardiovasculaires
Les Ă©tudes contemporaines de prĂ©vention primaire et les mĂ©ta-analyses montrent que lâaspirine peut rĂ©duire les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires non fatals, mais quâelle ne rĂ©duit ni la mortalitĂ© cardiovasculaire ni la mortalitĂ© toutes causes confondues.
Les effets relatifs rapportés comprennent :
Une rĂ©duction dâenviron 11 % des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires dans une mĂ©ta-analyse dâessais de prĂ©vention primaire incluant des personnes prĂ©sentant un risque cardiovasculaire estimĂ© Ă 10 ans de 10 %.
Une rĂ©duction dâenviron 12 % de lâinfarctus du myocarde non fatal avec lâaspirine Ă faible dose.
Une rĂ©duction dâenviron 12 % de lâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral ischĂ©mique non fatal dans les essais Ă©valuant spĂ©cifiquement ce critĂšre.
Aucune réduction démontrée de la mortalité cardiovasculaire ou de la mortalité toutes causes confondues.
Le bĂ©nĂ©fice absolu est modeste. Dans lâensemble de la revue systĂ©matique actualisĂ©e, les rĂ©ductions absolues des Ă©vĂ©nements ASCVD majeurs variaient de 0,8 % Ă 2,5 %. Chez les personnes ayant un risque cardiovasculaire Ă 10 ans dâenviron 10 %, le nombre dâĂ©vĂ©nements cardiovasculaires Ă©vitĂ©s Ă©tait similaire au nombre dâĂ©vĂ©nements hĂ©morragiques majeurs provoquĂ©s.
Dans les analyses globales des essais, les donnĂ©es ne diffĂšrent pas de maniĂšre substantielle selon lâĂąge ou le sexe. Certaines donnĂ©es issues dâune Ă©tude menĂ©e chez des femmes en bonne santĂ© suggĂ©raient une rĂ©duction de lâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral ischĂ©mique, en particulier chez les femmes prĂ©sentant des facteurs de risque dâAVC, mais ce bĂ©nĂ©fice sâaccompagnait dâune augmentation des hĂ©morragies gastro-intestinales graves et dâune augmentation non significative des hĂ©morragies cĂ©rĂ©brales.
ĂvĂ©nements hĂ©morragiques
Le principal effet indĂ©sirable de lâaspirine en prĂ©vention primaire est lâhĂ©morragie, qui peut survenir relativement peu de temps aprĂšs lâinstauration du traitement. Les augmentations rapportĂ©es comprennent :
Une augmentation dâenviron 43 % des hĂ©morragies majeures dans une mĂ©ta-analyse dâessais de prĂ©vention primaire.
Une augmentation dâenviron 58 % des hĂ©morragies gastro-intestinales majeures.
Une augmentation dâenviron 31 % des hĂ©morragies intracrĂąniennes.
Dans une autre mĂ©ta-analyse, une augmentation dâenviron 50 % des hĂ©morragies majeures, de 32 % des hĂ©morragies intracrĂąniennes et de 52 % des hĂ©morragies gastro-intestinales majeures.
Aucune augmentation significative des hĂ©morragies fatales nâa Ă©tĂ© observĂ©e dans les analyses citĂ©es. NĂ©anmoins, lâimportance clinique des hĂ©morragies gastro-intestinales et intracrĂąniennes non fatales est considĂ©rable, notamment parce que le bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire absolu est faible dans de nombreuses populations de prĂ©vention primaire.
Le risque hĂ©morragique est particuliĂšrement pertinent chez les personnes ĂągĂ©es. Les facteurs associĂ©s Ă une augmentation du risque dâhĂ©morragie gastro-intestinale comprennent :
Ăge avancĂ©, avec une augmentation particuliĂšrement marquĂ©e du risque aprĂšs 70 ans
Sexe masculin
Antécédents de pathologie digestive haute
Maladie hépatique ou rénale
Multiples facteurs de risque cardiovasculaire
Prise concomitante dâanti-inflammatoires non stĂ©roĂŻdiens
Traitement par corticostéroïdes
Autres médicaments antiagrégants plaquettaires ou antithrombotiques
Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine
Sélection des patients
Lâaspirine ne doit pas ĂȘtre prescrite systĂ©matiquement aux personnes sans ASCVD Ă©tablie. La sĂ©lection nĂ©cessite de prendre simultanĂ©ment en compte :
Le risque cardiovasculaire estimé
Le risque hémorragique de base
LâĂąge
Le statut vis-Ă -vis du diabĂšte
Le traitement préventif en cours, notamment le traitement par statine
Les préférences du patient aprÚs discussion des bénéfices et des risques absolus probables
Le rapport bĂ©nĂ©ficeârisque est moins favorable dans le contexte actuel de la prĂ©vention, car le traitement par statine et les autres interventions sur les facteurs de risque rĂ©duisent le risque cardiovasculaire de base, tandis que le risque hĂ©morragique associĂ© Ă lâaspirine persiste.
Recommandations actuelles
Prévention primaire en général
Les recommandations europĂ©ennes ont traditionnellement dĂ©conseillĂ© lâaspirine en prĂ©vention primaire. Les recommandations europĂ©ennes plus rĂ©centes permettent dâenvisager lâaspirine Ă faible dose chez certaines personnes diabĂ©tiques prĂ©sentant un risque cardiovasculaire Ă©levĂ© ou trĂšs Ă©levĂ©, Ă condition que le risque hĂ©morragique ne soit pas Ă©levĂ©. Chez les adultes apparemment sains ĂągĂ©s de moins de 70 ans prĂ©sentant un risque cardiovasculaire Ă©levĂ© ou trĂšs Ă©levĂ©, la dĂ©cision doit ĂȘtre individualisĂ©e.
Le principe général est le suivant :
Lâaspirine ne peut ĂȘtre envisagĂ©e que lorsque le risque cardiovasculaire est suffisamment Ă©levĂ© et le risque hĂ©morragique suffisamment faible pour que le bĂ©nĂ©fice ischĂ©mique attendu soit jugĂ© supĂ©rieur au risque hĂ©morragique.
Lâutilisation systĂ©matique chez les personnes Ă risque faible ou modĂ©rĂ© nâest pas recommandĂ©e.
Recommandations américaines
Les recommandations AHA/ACC de 2019 indiquent que lâaspirine Ă faible dose peut ĂȘtre envisagĂ©e en prĂ©vention primaire chez les adultes ĂągĂ©s de 40 Ă 70 ans prĂ©sentant un risque cardiovasculaire accru et ne prĂ©sentant pas de risque hĂ©morragique accru. Lâaspirine nâest pas recommandĂ©e en prĂ©vention primaire chez les adultes prĂ©sentant un risque hĂ©morragique accru.
Les recommandations 2022 de lâUS Preventive Services Task Force sont plus restrictives :
Adultes ĂągĂ©s de 40 Ă 59 ans avec un risque prĂ©dit dâASCVD Ă 10 ans dâau moins 10 % : la dĂ©cision doit ĂȘtre individualisĂ©e ; le traitement correspond Ă une recommandation de grade C.
Adultes ĂągĂ©s de 60 ans ou plus : lâinstauration de lâaspirine en prĂ©vention primaire nâest pas recommandĂ©e ; cela correspond Ă une recommandation de grade D.
Chez les adultes diabĂ©tiques, lâAmerican Diabetes Association, lâAHA et lâESC recommandent lâaspirine quotidienne en prĂ©vention secondaire, mais ne recommandent pas son utilisation systĂ©matique en prĂ©vention primaire. Lâaspirine Ă faible dose peut ĂȘtre envisagĂ©e chez certains patients diabĂ©tiques prĂ©sentant un risque dâASCVD Ă©levĂ© ou exceptionnellement Ă©levĂ©, en particulier lorsque le risque hĂ©morragique est faible et que la dĂ©cision rĂ©sulte dâune dĂ©cision mĂ©dicale partagĂ©e approfondie. Elle est gĂ©nĂ©ralement dĂ©conseillĂ©e chez les personnes ĂągĂ©es diabĂ©tiques.
PrĂ©vention de lâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral
Lâaspirine nâest plus recommandĂ©e pour la prĂ©vention primaire de lâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral ischĂ©mique chez les personnes prĂ©sentant un risque cardiovasculaire faible ou intermĂ©diaire. Bien que lâaspirine rĂ©duise les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires ischĂ©miques, ce bĂ©nĂ©fice est contrebalancĂ© par les Ă©vĂ©nements hĂ©morragiques, notamment lâAVC hĂ©morragique, et aucune amĂ©lioration nette de la mortalitĂ© toutes causes confondues nâest observĂ©e.
Chez les femmes, lâaspirine ne peut ĂȘtre envisagĂ©e que dans certaines situations, lorsque le risque individuel dâAVC est jugĂ© supĂ©rieur au risque hĂ©morragique. Les donnĂ©es ne justifient pas un traitement antiagrĂ©gant systĂ©matique du seul fait de la prĂ©sence dâun diabĂšte en lâabsence dâautres facteurs de risque cardiovasculaire majeurs.
DiabÚte sans ASCVD établie
Lâaspirine quotidienne nâest pas systĂ©matiquement indiquĂ©e en cas de diabĂšte sans ASCVD Ă©tablie. Elle peut ĂȘtre envisagĂ©e lorsque le risque dâASCVD est trĂšs Ă©levĂ© ou exceptionnellement Ă©levĂ© et que le risque hĂ©morragique est faible. La dĂ©cision doit ĂȘtre individualisĂ©e, car la rĂ©duction des Ă©vĂ©nements ischĂ©miques sâaccompagne dâune augmentation significative des hĂ©morragies majeures.
Les mesures hygiĂ©no-diĂ©tĂ©tiques et le contrĂŽle des facteurs de risque modifiables restent le fondement de la prĂ©vention chez les patients diabĂ©tiques. Ils comprennent lâabstinence tabagique, au moins 150 minutes dâactivitĂ© aĂ©robie par semaine, le contrĂŽle pondĂ©ral, une alimentation saine, le contrĂŽle de la pression artĂ©rielle et la rĂ©duction du LDL-cholestĂ©rol. Le traitement pharmacologique prĂ©ventif, notamment le traitement par statine lorsquâil est indiquĂ©, nâentraĂźne pas la complication hĂ©morragique associĂ©e Ă lâaspirine.
Artériopathie oblitérante des membres inférieurs
Lâaspirine nâest pas recommandĂ©e systĂ©matiquement en cas dâartĂ©riopathie oblitĂ©rante asymptomatique des membres infĂ©rieurs sans ASCVD cliniquement pertinente. En cas dâartĂ©riopathie oblitĂ©rante asymptomatique des membres infĂ©rieurs associĂ©e Ă un diabĂšte, lâaspirine Ă 75â100 mg peut ĂȘtre envisagĂ©e en lâabsence de contre-indications, bien quâil sâagisse dâune stratĂ©gie sĂ©lective et non systĂ©matique.
Posologie et prescription pratique
Lorsque lâaspirine est retenue en prĂ©vention primaire, le document source prĂ©conise lâutilisation dâaspirine Ă faible dose, gĂ©nĂ©ralement dans une fourchette de 75â100 mg une fois par jour. Dâautres recommandations indiquent une dose quotidienne de 75â162 mg, mais les donnĂ©es de prĂ©vention Ă long terme indiquent que des doses de 75â100 mg semblent aussi efficaces que des doses plus Ă©levĂ©es.
Les considérations pratiques comprennent :
Ăviter lâinstauration systĂ©matique chez les personnes ĂągĂ©es, en particulier chez celles ĂągĂ©es de 60 ans ou plus selon la recommandation 2022 de lâUS Preventive Services Task Force.
Ăviter le traitement chez les patients prĂ©sentant un risque hĂ©morragique accru.
Réévaluer les mĂ©dicaments concomitants qui augmentent le risque dâhĂ©morragie gastro-intestinale ou intracrĂąnienne.
Réévaluer lâadĂ©quation du traitement lorsque lâĂąge, une maladie rĂ©nale ou hĂ©patique, le risque vasculaire ou les traitements concomitants Ă©voluent.
Recourir à une décision médicale partagée plutÎt que de considérer un seuil de risque numérique comme une indication automatique.
Envisager lâarrĂȘt dĂ©finitif aprĂšs réévaluation individualisĂ©e chez les patients dont le risque cardiovasculaire est faible ou modĂ©rĂ©, notamment lorsque le risque hĂ©morragique est Ă©levĂ©.
Le document ne fournit pas de stratĂ©gie spĂ©cifique de prĂ©vention primaire de la gastroprotection par inhibiteurs de la pompe Ă protons. Il prĂ©cise quâun recours plus large aux inhibiteurs de la pompe Ă protons pourrait potentiellement majorer le bĂ©nĂ©fice de lâaspirine chez les patients Ă risque plus Ă©levĂ© en prĂ©vention primaire, mais cela ne constitue pas une recommandation thĂ©rapeutique gĂ©nĂ©rale.
Aspirine autour dâune chirurgie non cardiaque
Chez les patients prenant de lâaspirine en prĂ©vention primaire, le risque dâĂ©vĂ©nements ischĂ©miques pĂ©riopĂ©ratoires est suffisamment faible pour permettre lâarrĂȘt de lâaspirine avant une chirurgie non cardiaque. LâarrĂȘt postopĂ©ratoire dĂ©finitif doit ĂȘtre envisagĂ© chez les patients prĂ©sentant un risque dâASCVD faible ou modĂ©rĂ© et/ou un risque hĂ©morragique Ă©levĂ©.
Si lâintervention comporte un risque hĂ©morragique particuliĂšrement Ă©levĂ©, comme la chirurgie rachidienne ou certaines interventions neurochirurgicales ou ophtalmologiques, lâaspirine doit ĂȘtre arrĂȘtĂ©e pendant au moins 7 jours.
Ces considĂ©rations diffĂšrent de celles de la prĂ©vention secondaire. Chez les patients prĂ©sentant une maladie cardiovasculaire Ă©tablie, lâaspirine a un rĂŽle Ă©tabli dans la prĂ©vention Ă long terme. Chez les patients ayant dĂ©jĂ bĂ©nĂ©ficiĂ© dâune intervention coronarienne percutanĂ©e, lâaspirine Ă faible dose doit gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre poursuivie en pĂ©riode pĂ©riopĂ©ratoire, sauf si le risque hĂ©morragique est trĂšs Ă©levĂ©.
Situations particuliĂšres
Fibrillation atriale
Lâaspirine nâest pas efficace pour prĂ©venir les complications thromboemboliques de la fibrillation atriale. La rĂ©duction du risque dâAVC est variable et modeste et ne dĂ©passe pas celle attendue dâune rĂ©duction gĂ©nĂ©rale du risque vasculaire dâAVC. Les recommandations actuelles sur la fibrillation atriale ne recommandent plus lâaspirine pour la prĂ©vention de lâAVC. Chez les patients ayant un score CHA2DS2-VASc faible, les options pertinentes sont un anticoagulant ou lâabsence de traitement antithrombotique, plutĂŽt que lâaspirine.
Syndromes post-lésion cardiaque et post-péricardiotomie
Lâaspirine possĂšde un rĂŽle thĂ©rapeutique distinct dans les syndromes post-lĂ©sion cardiaque et ne doit pas ĂȘtre assimilĂ©e Ă un traitement de prĂ©vention cardiovasculaire primaire. En cas de pĂ©ricardite prĂ©coce post-infarctus du myocarde, une cure dâaspirine de 5â7 jours, associĂ©e Ă la colchicine, est dĂ©crite comme une approche raisonnable. Cette indication correspond au traitement dâune complication inflammatoire et non Ă une prĂ©vention chez une personne par ailleurs exempte de maladie.
Comparaison avec la prévention secondaire
Le rapport bĂ©nĂ©ficeârisque est nettement plus favorable lorsquâune ASCVD est dĂ©jĂ Ă©tablie. Chez les patients ayant des antĂ©cĂ©dents dâinfarctus du myocarde, dâAVC, de chirurgie de pontage, dâangioplastie, dâartĂ©riopathie oblitĂ©rante des membres infĂ©rieurs ou dâangor, lâaspirine rĂ©duit les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires graves, lâinfarctus du myocarde non fatal, les Ă©vĂ©nements coronariens et lâensemble des AVC. La rĂ©duction des Ă©vĂ©nements ischĂ©miques dĂ©passe gĂ©nĂ©ralement lâaugmentation des hĂ©morragies graves.
En cas de syndrome coronarien chronique, lâaspirine Ă faible dose Ă 75â100 mg une fois par jour constitue le traitement traditionnel de la prĂ©vention secondaire Ă long terme, le clopidogrel Ă 75 mg une fois par jour Ă©tant une alternative chez les patients appropriĂ©s.
AprĂšs une intervention coronarienne percutanĂ©e, lâaspirine est habituellement poursuivie indĂ©finiment chez les patients ne prĂ©sentant pas dâallergie, bien quâune dose plus faible, telle que 81 mg, puisse rĂ©duire le risque dâhĂ©morragie gastro-intestinale. Chez certains patients, lâaspirine peut ĂȘtre arrĂȘtĂ©e aprĂšs une courte pĂ©riode de bithĂ©rapie antiagrĂ©gante plaquettaire, avec poursuite dâune monothĂ©rapie par inhibiteur de P2Y12 pendant 1â3 mois aprĂšs lâICP dans certaines situations appropriĂ©es.
Ces recommandations de prĂ©vention secondaire ne doivent pas ĂȘtre extrapolĂ©es aux patients sans ASCVD Ă©tablie.
Suivi et réévaluation
Aucun calendrier prĂ©cis de suivi nâest indiquĂ© dans le document source. Cependant, en raison de la marge thĂ©rapeutique Ă©troite et fortement individualisĂ©e de lâaspirine en prĂ©vention primaire, une réévaluation rĂ©guliĂšre est essentielle. Elle doit notamment porter sur :
Le maintien du profil de risque cardiovasculaire justifiant initialement le traitement
La survenue dâune nouvelle maladie gastro-intestinale, rĂ©nale, hĂ©patique ou cĂ©rĂ©brovasculaire
Lâapparition de facteurs augmentant le risque hĂ©morragique
Lâintroduction dâanti-inflammatoires non stĂ©roĂŻdiens, de corticostĂ©roĂŻdes, dâantiagrĂ©gants plaquettaires, dâantithrombotiques ou dâinhibiteurs sĂ©lectifs de la recapture de la sĂ©rotonine
LâavancĂ©e en Ăąge, notamment au-delĂ de 60â70 ans
La diminution Ă©ventuelle du bĂ©nĂ©fice cardiovasculaire rĂ©siduel attendu de lâaspirine sous lâeffet dâun traitement efficace des facteurs de risque
La comprĂ©hension par le patient de lâĂ©quilibre entre la prĂ©vention des Ă©vĂ©nements ischĂ©miques non fatals et les hĂ©morragies majeures
Le document ne dĂ©finit pas dâexigences particuliĂšres de surveillance biologique du traitement par aspirine. La surveillance clinique des saignements et la réévaluation pĂ©riodique du risque cardiovasculaire et hĂ©morragique sont donc essentielles Ă une utilisation sĂ»re.
Pronostic
Lâaspirine en prĂ©vention primaire entraĂźne une rĂ©duction modeste de lâinfarctus du myocarde non fatal et de lâaccident vasculaire cĂ©rĂ©bral ischĂ©mique, sans bĂ©nĂ©fice dĂ©montrĂ© sur la mortalitĂ©. Ce bĂ©nĂ©fice est contrebalancĂ© par une augmentation des hĂ©morragies gastro-intestinales et intracrĂąniennes majeures, le nombre dâĂ©vĂ©nements cardiovasculaires Ă©vitĂ©s Ă©tant souvent similaire au nombre dâhĂ©morragies majeures provoquĂ©es chez les patients prĂ©sentant un risque cardiovasculaire Ă 10 ans dâenviron 10 %.
En consĂ©quence, le pronostic dĂ©pend moins de lâexposition Ă lâaspirine elle-mĂȘme que du risque sous-jacent dâASCVD du patient, de sa susceptibilitĂ© hĂ©morragique et de la mise en Ćuvre de mesures prĂ©ventives plus efficaces telles que lâabstinence tabagique, lâactivitĂ© physique, le contrĂŽle pondĂ©ral, une alimentation saine, le traitement de lâhypertension artĂ©rielle et la rĂ©duction du LDL-cholestĂ©rol. Dans la pratique contemporaine, lâaspirine a un rĂŽle limitĂ© et sĂ©lectif en prĂ©vention primaire et un rĂŽle beaucoup plus important en prĂ©vention secondaire.