Définition et physiopathologie
Lâangor rĂ©fractaire est un syndrome chronique caractĂ©risĂ© par la persistance de symptĂŽmes ischĂ©miques malgrĂ© lâĂ©puisement des options thĂ©rapeutiques conventionnelles. Il se dĂ©finit par des symptĂŽmes durant plus de 3 mois et imputables Ă une ischĂ©mie myocardique rĂ©versible Ă©tablie, dans lâun des deux contextes suivants :
Maladie coronarienne obstructive qui ne peut ĂȘtre contrĂŽlĂ©e malgrĂ© lâintensification du traitement mĂ©dical anti-angineux, un pontage aortocoronarien (PAC) ou une intervention coronaire percutanĂ©e (ICP), y compris une tentative de recanalisation dâune occlusion coronaire totale chronique.
Angor ou ischĂ©mie avec artĂšres coronaires non obstructives (ANOCA/INOCA), aprĂšs un bilan appropriĂ© ayant identifiĂ© lâendotype pertinent et aprĂšs prise en compte de ses options thĂ©rapeutiques.
LâANOCA/INOCA ne doit pas ĂȘtre qualifiĂ© de rĂ©fractaire avant la rĂ©alisation dâune Ă©valuation diagnostique complĂ©mentaire. Lâendotype sous-jacent doit dâabord ĂȘtre dĂ©fini, car la prise en charge dĂ©pend du mĂ©canisme responsable des symptĂŽmes et de lâischĂ©mie.
La prĂ©valence croissante de lâangor rĂ©fractaire reflĂšte le vieillissement de la population et lâamĂ©lioration de la survie des patients atteints de maladie coronarienne grĂące aux progrĂšs du traitement anti-ischĂ©mique et de la revascularisation coronaire. En consĂ©quence, un plus grand nombre de patients survivent avec une maladie coronarienne sĂ©vĂšre et diffuse qui ne se prĂȘte plus Ă une revascularisation mĂ©canique supplĂ©mentaire. MalgrĂ© le traitement par mĂ©dicaments anti-angineux et par ICP ou PAC, un angor quotidien ou hebdomadaire persiste chez environ 2 %â24 % des patients atteints de maladie coronarienne.
La physiopathologie de lâangor rĂ©fractaire est hĂ©tĂ©rogĂšne. Dans la maladie coronarienne obstructive, les symptĂŽmes peuvent rĂ©sulter dâune atteinte Ă©picardique Ă©tendue ou diffuse, dâune occlusion totale chronique, dâune revascularisation incomplĂšte ou dâune anatomie coronaire ne permettant pas une nouvelle intervention. Dans lâANOCA/INOCA, lâathĂ©rosclĂ©rose coronaire, la dysfonction endothĂ©liale et des anomalies fonctionnelles coronaires distinctes peuvent provoquer une ischĂ©mie en lâabsence de lĂ©sion Ă©picardique obstructive.
Une fois les cibles anti-ischémiques conventionnelles épuisées, les approches thérapeutiques proposées agissent selon plusieurs grands mécanismes :
Favoriser le développement de la circulation collatérale coronaire.
Redistribuer le débit sanguin myocardique à travers la paroi ventriculaire.
Modifier lâhĂ©modynamique veineuse coronaire.
Neuromoduler la transmission de la douleur cardiaque.
Mettre en Ćuvre des stratĂ©gies angiogĂ©niques ou rĂ©gĂ©nĂ©ratives expĂ©rimentales.
Ce syndrome est cliniquement important non seulement en raison de la persistance des symptÎmes, mais aussi parce que la qualité de vie est souvent médiocre, les hospitalisations fréquentes et le recours aux ressources de santé important.
Présentation clinique et symptÎmes
La manifestation prédominante est un angor chronique et récurrent, ou un équivalent angineux, causé par une ischémie réversible. Les symptÎmes peuvent persister quotidiennement ou chaque semaine malgré plusieurs agents anti-angineux et des procédures de revascularisation antérieures. Chez de nombreux patients, la charge symptomatique est suffisamment sévÚre pour limiter les activités habituelles et altérer considérablement la qualité de vie.
Lâimpact clinique doit ĂȘtre Ă©valuĂ© en fonction des Ă©lĂ©ments suivants :
Fréquence et durée des symptÎmes.
Limitation fonctionnelle et retentissement sur les activités de la vie quotidienne.
Niveau dâeffort ou de charge nĂ©cessaire pour dĂ©clencher les symptĂŽmes.
Réponse au traitement anti-angineux actuel.
Effets indésirables limitant une nouvelle intensification médicamenteuse.
AntĂ©cĂ©dents dâICP, de PAC ou de tentative de recanalisation dâune occlusion totale chronique.
Préférences du patient concernant un traitement médicamenteux supplémentaire, un bilan invasif et un traitement par dispositif.
Lâangor rĂ©fractaire doit ĂȘtre distinguĂ© des symptĂŽmes causĂ©s ou amplifiĂ©s par des facteurs dĂ©clenchants potentiellement rĂ©versibles. LâĂ©valuation doit rechercher les facteurs qui augmentent la demande myocardique en oxygĂšne ou aggravent lâischĂ©mie, notamment lâanĂ©mie, une hypertension non contrĂŽlĂ©e, la thyrotoxicose, les tachyarythmies, une insuffisance cardiaque non contrĂŽlĂ©e et une valvulopathie cardiaque associĂ©e.
Chez les patients prĂ©sentant une ANOCA/INOCA, les symptĂŽmes peuvent persister malgrĂ© une anatomie coronaire non obstructive. Ces patients nĂ©cessitent une Ă©valuation fondĂ©e sur le mĂ©canisme en cause, plutĂŽt quâune simple rĂ©assurance reposant sur lâabsence de maladie coronarienne obstructive.
Ăvaluation et examen clinique
Ăvaluation clinique
LâĂ©valuation commence par la confirmation que les symptĂŽmes sont imputables Ă une ischĂ©mie myocardique rĂ©versible et que les options conventionnelles ont rĂ©ellement Ă©tĂ© optimisĂ©es. Elle nĂ©cessite de rĂ©examiner :
La durée et le profil des symptÎmes.
La prĂ©sence et lâĂ©tendue de la maladie coronarienne obstructive.
Les procédures de revascularisation antérieures et leur caractÚre complet.
Le traitement anti-angineux actuel, lâobservance, la tolĂ©rance et les possibilitĂ©s dâintensification supplĂ©mentaire.
La question de savoir si une occlusion totale chronique a été prise en considération pour une recanalisation.
Les facteurs potentiellement déclenchants ou aggravants.
Le degrĂ© de limitation fonctionnelle et lâaltĂ©ration de la qualitĂ© de vie.
Les objectifs et les préférences du patient.
La prise en charge doit ĂȘtre centrĂ©e sur le patient et multidisciplinaire. La dĂ©cision mĂ©dicale partagĂ©e revĂȘt une importance particuliĂšre, car la revascularisation et les traitements par dispositifs visent gĂ©nĂ©ralement Ă soulager les symptĂŽmes et Ă amĂ©liorer lâĂ©tat de santĂ©, tandis que leurs effets sur la mortalitĂ© et lâinfarctus du myocarde peuvent ĂȘtre limitĂ©s ou incertains dans la maladie ischĂ©mique stable.
Examen clinique
Le document source ne fournit pas de protocole dĂ©taillĂ© dâexamen clinique spĂ©cifiquement consacrĂ© Ă lâangor rĂ©fractaire. Lâexamen doit nĂ©anmoins rechercher les affections susceptibles dâintensifier lâangor ou dâinfluencer les dĂ©cisions thĂ©rapeutiques, en particulier lâinsuffisance cardiaque, lâhypertension, les valvulopathies, les tachyarythmies et les signes cliniques dâanĂ©mie ou de maladie thyroĂŻdienne.
Examens diagnostiques
Ăvaluation de lâanatomie coronaire et de la revascularisation
La coronarographie est indiquĂ©e lorsque les symptĂŽmes restent rĂ©fractaires aprĂšs titration du traitement anti-angineux et quâune revascularisation est envisagĂ©e. Elle vise Ă dĂ©finir lâanatomie coronaire et Ă dĂ©terminer si une nouvelle ICP ou un PAC sont rĂ©alisables.
La décision de procéder à une revascularisation supplémentaire doit prendre en compte :
La complexité et le caractÚre diffus de la maladie coronarienne.
La probabilitĂ© de succĂšs technique de lâICP.
La possibilitĂ© dâobtenir une revascularisation complĂšte.
Le volume de myocarde vascularisé par le vaisseau cible.
La sĂ©vĂ©ritĂ© et la rĂ©partition de lâischĂ©mie.
Les facteurs propres Ă la lĂ©sion, tels quâun faible diamĂštre vasculaire, des lĂ©sions longues, une occlusion totale et une atteinte des greffons veineux saphĂšnes.
Le risque attendu de restĂ©nose ou dâĂ©chec aigu de la procĂ©dure.
Les symptÎmes du patient, son retentissement fonctionnel, ses comorbidités et ses préférences.
Lorsque lâanatomie est complexe ou que la charge de comorbiditĂ©s est importante, une Ă©valuation par une Ă©quipe cardiaque multidisciplinaire est appropriĂ©e. Cette Ă©quipe doit rĂ©unir des compĂ©tences en cardiologie non interventionnelle, en cardiologie interventionnelle et en chirurgie cardiaque.
Ăvaluation fonctionnelle dans lâANOCA/INOCA
Chez les patients prĂ©sentant une mauvaise qualitĂ© de vie et une ANOCA/INOCA documentĂ©e ou suspectĂ©e, un test fonctionnel coronaire invasif est recommandĂ© afin de dĂ©finir lâendotype pertinent et dâorienter le traitement. Il sâagit dâune recommandation de classe I, niveau B, dans les recommandations citĂ©es.
LâĂ©valuation fonctionnelle invasive est particuliĂšrement importante avant de poser le diagnostic dâangor rĂ©fractaire chez un patient dont les artĂšres coronaires ne sont pas obstructives. Elle permet de distinguer les diffĂ©rents mĂ©canismes de lâANOCA/INOCA et favorise une prise en charge individualisĂ©e.
Ăvaluation non invasive
Le document source dĂ©crit la stratification non invasive du risque dans la maladie ischĂ©mique stable, notamment lâimagerie de perfusion sous stress, lâĂ©chocardiographie de stress, lâĂ©preuve dâeffort et lâĂ©valuation de la fraction dâĂ©jection ventriculaire gauche. Ces examens peuvent mettre en Ă©vidence une ischĂ©mie Ă©tendue ou une dysfonction ventriculaire pertinentes pour la dĂ©cision de revascularisation.
Les éléments de haut risque mentionnés dans le document source comprennent :
Une fraction dâĂ©jection ventriculaire gauche au repos infĂ©rieure Ă 35 %.
Une fraction dâĂ©jection ventriculaire gauche induite par lâeffort infĂ©rieure Ă 35 %.
Un score de risque Ă©levĂ© au test sur tapis roulant de â11 ou moins.
Un défaut de perfusion étendu induit par le stress, particuliÚrement dans le territoire antérieur.
Plusieurs défauts de perfusion de taille modérée induits par le stress.
Un défaut de perfusion fixé de grande taille associé à une dilatation ventriculaire gauche ou à une augmentation de la fixation pulmonaire.
Un dĂ©faut de perfusion de taille modĂ©rĂ©e induit par le stress, accompagnĂ© dâune dilatation ventriculaire gauche ou dâune augmentation de la fixation pulmonaire.
Des signes Ă©chocardiographiques de stress en faveur dâune ischĂ©mie Ă©tendue.
Des anomalies de la cinĂ©tique pariĂ©tale intĂ©ressant plus de deux segments lors dâun stress Ă la dobutamine Ă faible dose ou Ă une frĂ©quence cardiaque basse.
Ces Ă©lĂ©ments peuvent influencer lâĂ©valuation du myocarde Ă risque et la place potentielle de la revascularisation, mais le document source souligne que la valeur pronostique dâune prise en charge invasive systĂ©matique chez les patients stables prĂ©sentant une ischĂ©mie inductible modĂ©rĂ©e ou sĂ©vĂšre est complexe.
Ălectrocardiographie et Ă©lectrophysiologie
Le document source ne fournit pas de signes Ă©lectrocardiographiques spĂ©cifiques permettant de diagnostiquer lâangor rĂ©fractaire. Lâexploration Ă©lectrophysiologique nâest pas dĂ©crite comme un Ă©lĂ©ment diagnostique systĂ©matique de lâĂ©valuation de lâangor rĂ©fractaire. Le traitement neuromodulateur, notamment la stimulation mĂ©dullaire, est prĂ©sentĂ© comme une option thĂ©rapeutique et non comme une procĂ©dure diagnostique Ă©lectrophysiologique.
Biomarqueurs et résultats biologiques
Le document source ne fournit aucun profil biologique ou de biomarqueurs spĂ©cifique de lâangor rĂ©fractaire.
LâĂ©valuation biologique et clinique doit nĂ©anmoins rechercher les facteurs dĂ©clenchants potentiellement rĂ©versibles et les comorbiditĂ©s limitant le traitement. Le cadre de prise en charge citĂ© identifie spĂ©cifiquement lâanĂ©mie et la thyrotoxicose comme des affections susceptibles dâaggraver lâangor. La fonction rĂ©nale et les autres comorbiditĂ©s sont pertinentes lors de lâinstauration dâun traitement mĂ©dical intensif, dâune coronarographie, dâune ICP ou dâun PAC, bien quâaucun seuil biologique spĂ©cifique de lâangor rĂ©fractaire ne soit fourni.
Traitement et prise en charge
Principes généraux
La prise en charge poursuit simultanément deux objectifs :
Mettre en Ćuvre un traitement modifiant lâĂ©volution de la maladie afin de prolonger la vie et de rĂ©duire les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires majeurs, notamment lâinfarctus du myocarde, lâhospitalisation pour syndrome coronarien aigu et lâinsuffisance cardiaque.
AmĂ©liorer lâĂ©tat de santĂ©, la qualitĂ© de vie et la capacitĂ© fonctionnelle afin que lâangor ou lâischĂ©mie nâaltĂšre pas les activitĂ©s quotidiennes.
Lâangor rĂ©fractaire ne doit ĂȘtre envisagĂ© quâaprĂšs :
Identification et traitement des facteurs aggravants réversibles.
Prise en charge du mode de vie et des facteurs de risque cardiovasculaire.
Optimisation et intensification du traitement anti-angineux selon la tolérance.
DĂ©finition de lâanatomie coronaire lorsquâune nouvelle revascularisation peut ĂȘtre rĂ©alisable.
Ăvaluation des options dâICP ou de PAC, y compris la recanalisation dâune occlusion totale chronique lorsque cela est appropriĂ©.
Mode de vie et prise en charge des facteurs de risque
Tous les patients atteints de maladie ischĂ©mique stable doivent bĂ©nĂ©ficier dâune prise en charge du mode de vie et des facteurs de risque. Lâapproche intĂ©grĂ©e citĂ©e comprend :
Activité physique et conseils relatifs au mode de vie.
Prise en charge diététique.
Traitement par statine à forte intensité.
Aspirine Ă faible dose, ou clopidogrel comme alternative.
Traitement de lâhypertension, du diabĂšte et des autres comorbiditĂ©s.
Identification et correction des facteurs qui intensifient lâangor.
Dans lâANOCA/INOCA, des conseils adaptĂ©s concernant les facteurs liĂ©s au mode de vie sont spĂ©cifiquement recommandĂ©s, car une athĂ©rosclĂ©rose coronaire et une dysfonction endothĂ©liale peuvent ĂȘtre prĂ©sentes mĂȘme en lâabsence de maladie Ă©picardique obstructive.
Traitement pharmacologique anti-angineux
Le document source dĂ©crit une stratĂ©gie pharmacologique sĂ©quentielle dans lâangor stable :
Commencer par un bĂȘtabloquant ou un inhibiteur calcique chez la plupart des patients.
Utiliser de la nitroglycérine sublinguale pour le soulagement aigu et, si nécessaire, en prophylaxie.
Si lâangor persiste, ajouter un deuxiĂšme agent, choisi parmi un inhibiteur calcique, un bĂȘtabloquant ou un nitrate Ă longue durĂ©e dâaction.
Les nitrates Ă longue durĂ©e dâaction doivent ĂȘtre administrĂ©s selon des schĂ©mas destinĂ©s Ă Ă©viter la tolĂ©rance aux nitrates.
Si les symptÎmes persistent malgré deux agents anti-angineux, ajouter un troisiÚme agent, en orientant le choix selon les effets indésirables, la pression artérielle, la fréquence cardiaque, les troubles de la conduction, les tachyarythmies, la dysfonction ventriculaire gauche et les préférences du patient.
La ranolazine constitue une alternative ou un traitement additionnel lorsque la frĂ©quence cardiaque ou la pression artĂ©rielle basses limitent lâinstauration ou la titration dâautres mĂ©dicaments.
Le document source ne fournit pas de posologies spĂ©cifiques pour ces agents anti-angineux. Il ne propose pas non plus de schĂ©ma mĂ©dicamenteux spĂ©cifique de lâangor rĂ©fractaire au-delĂ de la sĂ©quence thĂ©rapeutique ci-dessus.
Le choix du traitement doit tenir compte des maladies associĂ©es. Par exemple, lâhypertension, la dysfonction ventriculaire gauche et les symptĂŽmes dâinsuffisance cardiaque peuvent influencer le choix entre un bĂȘtabloquant, un inhibiteur calcique et un nitrate Ă longue durĂ©e dâaction. Toute nouvelle intensification doit ĂȘtre mise en balance avec le risque dâhypotension, de bradycardie, de troubles du systĂšme de conduction et dâautres effets indĂ©sirables liĂ©s au traitement.
Revascularisation
La revascularisation demeure un Ă©lĂ©ment important dâune stratĂ©gie globale de prise en charge, mais elle ne doit pas ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un substitut au traitement mĂ©dical conforme aux recommandations et Ă la prise en charge du mode de vie.
Chez la plupart des patients présentant une maladie ischémique stable, un traitement médical initial est généralement privilégié. La revascularisation est principalement réservée aux situations suivantes :
SymptÎmes persistants limitant le mode de vie malgré un traitement médical optimisé.
Patients présentant une dysfonction ventriculaire gauche.
Certains patients présentant des caractéristiques anatomiques ou cliniques à haut risque.
Patients qui préfÚrent une revascularisation pour soulager leurs symptÎmes aprÚs une discussion fondée sur la décision médicale partagée.
Dans la maladie stable, il nâa gĂ©nĂ©ralement pas Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que la revascularisation rĂ©duisait la mortalitĂ© ou lâinfarctus du myocarde par rapport au traitement mĂ©dical, sauf dans certaines situations anatomiques oĂč le PAC peut apporter un bĂ©nĂ©fice pronostique. Les donnĂ©es des essais contemporains rĂ©sumĂ©es dans le document source indiquent quâun traitement invasif initial systĂ©matique chez les patients prĂ©sentant une ischĂ©mie inductible modĂ©rĂ©e ou sĂ©vĂšre nâa pas rĂ©duit, Ă cinq ans, le critĂšre composite principal associant dĂ©cĂšs, infarctus du myocarde, angor instable, insuffisance cardiaque ou arrĂȘt cardiaque rĂ©animĂ©, bien que le traitement invasif ait amĂ©liorĂ© lâĂ©tat de santĂ© liĂ© Ă lâangor et rĂ©duit les infarctus spontanĂ©s du myocarde au prix dâun nombre accru dâinfarctus du myocarde liĂ©s Ă la procĂ©dure.
En consĂ©quence, les bĂ©nĂ©fices potentiels de la revascularisation doivent principalement ĂȘtre prĂ©sentĂ©s en termes de soulagement des symptĂŽmes et dâamĂ©lioration de la qualitĂ© de vie, sauf si le patient prĂ©sente un profil anatomique ou une fonction ventriculaire associĂ©s Ă une indication pronostique distincte.
Contrepulsion externe renforcée
La contrepulsion externe renforcĂ©e (CEER) est un traitement non invasif gĂ©nĂ©ralement envisagĂ© aprĂšs lâĂ©chec de plusieurs agents anti-angineux et des options de revascularisation.
Une cure habituelle comprend 35 sĂ©ances dâune heure administrĂ©es sur environ sept semaines. Les donnĂ©es observationnelles suggĂšrent une rĂ©duction de la frĂ©quence de lâangor, une amĂ©lioration de la tolĂ©rance Ă lâeffort et une meilleure qualitĂ© de vie, avec des effets rapportĂ©s comme persistants jusquâĂ deux ans. Dans une Ă©tude randomisĂ©e, en double aveugle et contrĂŽlĂ©e par une procĂ©dure simulĂ©e, la contrepulsion active a augmentĂ© le temps dâeffort jusquâĂ lâapparition dâun sous-dĂ©calage du segment ST, rĂ©duit lâangor et amĂ©liorĂ© la qualitĂ© de vie liĂ©e Ă la santĂ© pendant au moins un an.
Des limites importantes persistent :
Une grande partie des donnĂ©es favorables provient dâĂ©tudes non contrĂŽlĂ©es.
Les données contrÎlées par procédure simulée sont limitées.
Une rĂ©duction dĂ©finitive de lâĂ©tendue de lâischĂ©mie Ă lâimagerie de perfusion nâa pas Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e.
Les mĂ©canismes Ă lâorigine du bĂ©nĂ©fice restent incomplĂštement compris.
La CEER constitue donc une option pratique chez certains patients prĂ©sentant des symptĂŽmes persistants aprĂšs le traitement standard, mais les donnĂ©es disponibles ne dĂ©montrent pas dâeffet clair sur les critĂšres cliniques majeurs.
Réducteur du sinus coronaire
Le rĂ©ducteur du sinus coronaire est un dispositif implantĂ© en acier inoxydable qui produit un rĂ©trĂ©cissement contrĂŽlĂ© du sinus coronaire. Lâeffet physiologique recherchĂ© est dâaugmenter la pression dans le sinus coronaire et dâamĂ©liorer la perfusion du territoire de lâartĂšre interventriculaire antĂ©rieure.
Il est envisagĂ© aprĂšs Ă©puisement du traitement mĂ©dical et des options de revascularisation mĂ©canique. Le dispositif peut ĂȘtre envisagĂ© dans des centres expĂ©rimentĂ©s chez les patients prĂ©sentant un angor invalidant et une maladie coronarienne obstructive malgrĂ© un traitement mĂ©dical et une revascularisation optimaux. Il sâagit dâune recommandation de classe IIb, niveau B, dans les recommandations citĂ©es.
Dans une mĂ©ta-analyse de huit registres et dâun essai randomisĂ© incluant 846 patients prĂ©sentant un angor rĂ©fractaire :
76 % ont prĂ©sentĂ© une amĂ©lioration dâau moins une classe dâangor selon la SociĂ©tĂ© canadienne de cardiologie.
40 % ont prĂ©sentĂ© une amĂ©lioration dâau moins deux classes dâangor selon la SociĂ©tĂ© canadienne de cardiologie.
Un petit essai randomisĂ© exploratoire nâa montrĂ© aucun argument en faveur dâune amĂ©lioration de la perfusion myocardique transmurale par le dispositif, mais celui-ci Ă©tait associĂ© Ă une amĂ©lioration des symptĂŽmes angineux par rapport au placebo.
Le rĂŽle clinique principal du dispositif est donc lâamĂ©lioration des symptĂŽmes plutĂŽt quâune rĂ©duction Ă©tablie de lâischĂ©mie myocardique ou des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires.
Stimulation médullaire
La stimulation mĂ©dullaire constitue une option neuromodulatrice chez les patients prĂ©sentant un angor rĂ©fractaire qui ne sont pas candidats Ă une nouvelle revascularisation coronaire. Une Ă©lectrode spĂ©cialement conçue est introduite dans lâespace Ă©pidural.
Le mĂ©canisme analgĂ©sique proposĂ© repose sur la modulation des voies spinales : la stimulation des axones ne transmettant pas la douleur vise Ă rĂ©duire la transmission des signaux provenant des axones transmettant la douleur vers le cerveau. Des Ă©tudes observationnelles ont rapportĂ© une rĂ©duction de la frĂ©quence et de la sĂ©vĂ©ritĂ© de lâangor chez jusquâĂ 80 % des patients, tandis que de petites Ă©tudes randomisĂ©es, dont une Ă©tude contrĂŽlĂ©e par procĂ©dure simulĂ©e, ont suggĂ©rĂ© une amĂ©lioration des symptĂŽmes et de lâĂ©tat fonctionnel.
Un effet anti-ischĂ©mique apparent a Ă©galement Ă©tĂ© rapportĂ©, bien que son mĂ©canisme ne soit pas aisĂ©ment explicable. Cette technique doit ĂȘtre rĂ©servĂ©e aux patients chez lesquels les autres options thĂ©rapeutiques ont Ă©tĂ© Ă©puisĂ©es.
Traitements expérimentaux
Plusieurs approches expĂ©rimentales sont en cours dâĂ©valuation :
Traitement angiogĂ©nique utilisant des facteurs de croissance de lâendothĂ©lium vasculaire.
Facteurs de croissance des fibroblastes.
Administration intramyocardique de cellules souches CD34+.
Ces approches restent expĂ©rimentales. Dâautres essais contrĂŽlĂ©s randomisĂ©s sont nĂ©cessaires pour Ă©tablir leur faisabilitĂ©, leur efficacitĂ©, leur sĂ©curitĂ© et les sous-groupes de patients susceptibles dâen tirer le plus grand bĂ©nĂ©fice.
Recommandations des sociétés savantes
Les recommandations citĂ©es peuvent ĂȘtre rĂ©sumĂ©es comme suit :
| Situation clinique | Recommandation | Classe | Niveau |
|---|---|---|---|
| Angor rĂ©fractaire avec mauvaise qualitĂ© de vie et ANOCA/INOCA documentĂ©e ou suspectĂ©e | RĂ©aliser un test fonctionnel coronaire invasif afin de dĂ©finir lâendotype de lâANOCA/INOCA et dâorienter le traitement, en intĂ©grant les prĂ©fĂ©rences du patient | I | B |
| Angor invalidant avec maladie coronarienne obstructive malgrĂ© un traitement mĂ©dical optimal et les stratĂ©gies de revascularisation | Envisager un rĂ©ducteur du sinus coronaire dans des centres expĂ©rimentĂ©s afin dâamĂ©liorer les symptĂŽmes | IIb | B |
Le cadre plus large des recommandations soutient les principes suivants :
Commencer par la prise en charge du mode de vie, la modification des facteurs de risque et un traitement médical conforme aux recommandations.
Recourir à la décision médicale partagée lors du choix entre une intensification médicamenteuse et une revascularisation.
RĂ©server les traitements non pharmacologiques tels que la CEER et la stimulation mĂ©dullaire aux patients prĂ©sentant des symptĂŽmes ischĂ©miques rĂ©fractaires aprĂšs lâĂ©chec du traitement mĂ©dical et de la revascularisation.
Envisager une approche par Ă©quipe cardiaque multidisciplinaire lorsque lâanatomie coronaire est complexe ou que la charge de comorbiditĂ©s est importante.
Traiter lâANOCA/INOCA en fonction de lâendotype fonctionnel coronaire dĂ©fini, plutĂŽt que de considĂ©rer que lâabsence dâobstruction exclut une ischĂ©mie cliniquement significative.
Pronostic et suivi
Lâangor rĂ©fractaire est associĂ© Ă une mauvaise qualitĂ© de vie, Ă des hospitalisations frĂ©quentes et Ă un recours important aux ressources de santĂ©. Son Ă©volution est chronique et le traitement vise souvent Ă rĂ©duire les symptĂŽmes et Ă amĂ©liorer la capacitĂ© fonctionnelle plutĂŽt quâĂ obtenir la disparition complĂšte de lâischĂ©mie.
Le pronostic dépend du substrat sous-jacent, notamment :
LâĂ©tendue et la complexitĂ© de la maladie coronarienne.
La fonction ventriculaire gauche.
La quantité de myocarde viable menacé.
La sĂ©vĂ©ritĂ© et la rĂ©partition de lâischĂ©mie inductible.
La prĂ©sence dâune ANOCA/INOCA et son endotype spĂ©cifique.
Les comorbidités et leur contrÎle.
La faisabilitĂ© dâune revascularisation complĂšte.
La réponse au traitement anti-angineux et aux traitements non pharmacologiques.
Le suivi doit réévaluer la charge symptomatique, la capacitĂ© fonctionnelle, la qualitĂ© de vie, les hospitalisations, la tolĂ©rance mĂ©dicamenteuse et lâapparition de nouveaux Ă©lĂ©ments cliniques Ă©vocateurs dâun syndrome coronarien aigu ou dâune insuffisance cardiaque. Les facteurs aggravants rĂ©versibles doivent ĂȘtre rĂ©examinĂ©s, et le traitement anti-angineux ajustĂ© en fonction de la frĂ©quence cardiaque, de la pression artĂ©rielle, de lâĂ©tat de la conduction, de la fonction ventriculaire et des prĂ©fĂ©rences du patient.
Les patients traitĂ©s par CEER, stimulation mĂ©dullaire ou rĂ©ducteur du sinus coronaire nĂ©cessitent une Ă©valuation de la rĂ©ponse symptomatique et de lâĂ©tat fonctionnel. Les donnĂ©es disponibles sur ces interventions sont limitĂ©es par le faible nombre de patients et la durĂ©e relativement courte du suivi. Des essais randomisĂ©s contrĂŽlĂ©s par procĂ©dure simulĂ©e, de plus grande ampleur, sont nĂ©cessaires pour dĂ©terminer leur rĂŽle clinique Ă long terme et identifier les sous-groupes Ă©tiologiques qui en tirent le plus grand bĂ©nĂ©fice.
La prise en charge future devrait reposer sur une meilleure stratification selon le mĂ©canisme et lâendotype, suivie dâune intensification individualisĂ©e associant traitements mĂ©dicaux, revascularisation, dispositifs et stratĂ©gies neuromodulatrices.