đŸš« Angor rĂ©fractaire : options lorsque le traitement standard Ă©choue

Sommaire (22)

Définition et physiopathologie

L’angor rĂ©fractaire est un syndrome chronique caractĂ©risĂ© par la persistance de symptĂŽmes ischĂ©miques malgrĂ© l’épuisement des options thĂ©rapeutiques conventionnelles. Il se dĂ©finit par des symptĂŽmes durant plus de 3 mois et imputables Ă  une ischĂ©mie myocardique rĂ©versible Ă©tablie, dans l’un des deux contextes suivants :

  • Maladie coronarienne obstructive qui ne peut ĂȘtre contrĂŽlĂ©e malgrĂ© l’intensification du traitement mĂ©dical anti-angineux, un pontage aortocoronarien (PAC) ou une intervention coronaire percutanĂ©e (ICP), y compris une tentative de recanalisation d’une occlusion coronaire totale chronique.

  • Angor ou ischĂ©mie avec artĂšres coronaires non obstructives (ANOCA/INOCA), aprĂšs un bilan appropriĂ© ayant identifiĂ© l’endotype pertinent et aprĂšs prise en compte de ses options thĂ©rapeutiques.

L’ANOCA/INOCA ne doit pas ĂȘtre qualifiĂ© de rĂ©fractaire avant la rĂ©alisation d’une Ă©valuation diagnostique complĂ©mentaire. L’endotype sous-jacent doit d’abord ĂȘtre dĂ©fini, car la prise en charge dĂ©pend du mĂ©canisme responsable des symptĂŽmes et de l’ischĂ©mie.

La prĂ©valence croissante de l’angor rĂ©fractaire reflĂšte le vieillissement de la population et l’amĂ©lioration de la survie des patients atteints de maladie coronarienne grĂące aux progrĂšs du traitement anti-ischĂ©mique et de la revascularisation coronaire. En consĂ©quence, un plus grand nombre de patients survivent avec une maladie coronarienne sĂ©vĂšre et diffuse qui ne se prĂȘte plus Ă  une revascularisation mĂ©canique supplĂ©mentaire. MalgrĂ© le traitement par mĂ©dicaments anti-angineux et par ICP ou PAC, un angor quotidien ou hebdomadaire persiste chez environ 2 %–24 % des patients atteints de maladie coronarienne.

La physiopathologie de l’angor rĂ©fractaire est hĂ©tĂ©rogĂšne. Dans la maladie coronarienne obstructive, les symptĂŽmes peuvent rĂ©sulter d’une atteinte Ă©picardique Ă©tendue ou diffuse, d’une occlusion totale chronique, d’une revascularisation incomplĂšte ou d’une anatomie coronaire ne permettant pas une nouvelle intervention. Dans l’ANOCA/INOCA, l’athĂ©rosclĂ©rose coronaire, la dysfonction endothĂ©liale et des anomalies fonctionnelles coronaires distinctes peuvent provoquer une ischĂ©mie en l’absence de lĂ©sion Ă©picardique obstructive.

Une fois les cibles anti-ischémiques conventionnelles épuisées, les approches thérapeutiques proposées agissent selon plusieurs grands mécanismes :

  • Favoriser le dĂ©veloppement de la circulation collatĂ©rale coronaire.

  • Redistribuer le dĂ©bit sanguin myocardique Ă  travers la paroi ventriculaire.

  • Modifier l’hĂ©modynamique veineuse coronaire.

  • Neuromoduler la transmission de la douleur cardiaque.

  • Mettre en Ɠuvre des stratĂ©gies angiogĂ©niques ou rĂ©gĂ©nĂ©ratives expĂ©rimentales.

Ce syndrome est cliniquement important non seulement en raison de la persistance des symptÎmes, mais aussi parce que la qualité de vie est souvent médiocre, les hospitalisations fréquentes et le recours aux ressources de santé important.

Présentation clinique et symptÎmes

La manifestation prédominante est un angor chronique et récurrent, ou un équivalent angineux, causé par une ischémie réversible. Les symptÎmes peuvent persister quotidiennement ou chaque semaine malgré plusieurs agents anti-angineux et des procédures de revascularisation antérieures. Chez de nombreux patients, la charge symptomatique est suffisamment sévÚre pour limiter les activités habituelles et altérer considérablement la qualité de vie.

L’impact clinique doit ĂȘtre Ă©valuĂ© en fonction des Ă©lĂ©ments suivants :

  • FrĂ©quence et durĂ©e des symptĂŽmes.

  • Limitation fonctionnelle et retentissement sur les activitĂ©s de la vie quotidienne.

  • Niveau d’effort ou de charge nĂ©cessaire pour dĂ©clencher les symptĂŽmes.

  • RĂ©ponse au traitement anti-angineux actuel.

  • Effets indĂ©sirables limitant une nouvelle intensification mĂ©dicamenteuse.

  • AntĂ©cĂ©dents d’ICP, de PAC ou de tentative de recanalisation d’une occlusion totale chronique.

  • PrĂ©fĂ©rences du patient concernant un traitement mĂ©dicamenteux supplĂ©mentaire, un bilan invasif et un traitement par dispositif.

L’angor rĂ©fractaire doit ĂȘtre distinguĂ© des symptĂŽmes causĂ©s ou amplifiĂ©s par des facteurs dĂ©clenchants potentiellement rĂ©versibles. L’évaluation doit rechercher les facteurs qui augmentent la demande myocardique en oxygĂšne ou aggravent l’ischĂ©mie, notamment l’anĂ©mie, une hypertension non contrĂŽlĂ©e, la thyrotoxicose, les tachyarythmies, une insuffisance cardiaque non contrĂŽlĂ©e et une valvulopathie cardiaque associĂ©e.

Chez les patients prĂ©sentant une ANOCA/INOCA, les symptĂŽmes peuvent persister malgrĂ© une anatomie coronaire non obstructive. Ces patients nĂ©cessitent une Ă©valuation fondĂ©e sur le mĂ©canisme en cause, plutĂŽt qu’une simple rĂ©assurance reposant sur l’absence de maladie coronarienne obstructive.

Évaluation et examen clinique

Évaluation clinique

L’évaluation commence par la confirmation que les symptĂŽmes sont imputables Ă  une ischĂ©mie myocardique rĂ©versible et que les options conventionnelles ont rĂ©ellement Ă©tĂ© optimisĂ©es. Elle nĂ©cessite de rĂ©examiner :

  • La durĂ©e et le profil des symptĂŽmes.

  • La prĂ©sence et l’étendue de la maladie coronarienne obstructive.

  • Les procĂ©dures de revascularisation antĂ©rieures et leur caractĂšre complet.

  • Le traitement anti-angineux actuel, l’observance, la tolĂ©rance et les possibilitĂ©s d’intensification supplĂ©mentaire.

  • La question de savoir si une occlusion totale chronique a Ă©tĂ© prise en considĂ©ration pour une recanalisation.

  • Les facteurs potentiellement dĂ©clenchants ou aggravants.

  • Le degrĂ© de limitation fonctionnelle et l’altĂ©ration de la qualitĂ© de vie.

  • Les objectifs et les prĂ©fĂ©rences du patient.

La prise en charge doit ĂȘtre centrĂ©e sur le patient et multidisciplinaire. La dĂ©cision mĂ©dicale partagĂ©e revĂȘt une importance particuliĂšre, car la revascularisation et les traitements par dispositifs visent gĂ©nĂ©ralement Ă  soulager les symptĂŽmes et Ă  amĂ©liorer l’état de santĂ©, tandis que leurs effets sur la mortalitĂ© et l’infarctus du myocarde peuvent ĂȘtre limitĂ©s ou incertains dans la maladie ischĂ©mique stable.

Examen clinique

Le document source ne fournit pas de protocole dĂ©taillĂ© d’examen clinique spĂ©cifiquement consacrĂ© Ă  l’angor rĂ©fractaire. L’examen doit nĂ©anmoins rechercher les affections susceptibles d’intensifier l’angor ou d’influencer les dĂ©cisions thĂ©rapeutiques, en particulier l’insuffisance cardiaque, l’hypertension, les valvulopathies, les tachyarythmies et les signes cliniques d’anĂ©mie ou de maladie thyroĂŻdienne.

Examens diagnostiques

Évaluation de l’anatomie coronaire et de la revascularisation

La coronarographie est indiquĂ©e lorsque les symptĂŽmes restent rĂ©fractaires aprĂšs titration du traitement anti-angineux et qu’une revascularisation est envisagĂ©e. Elle vise Ă  dĂ©finir l’anatomie coronaire et Ă  dĂ©terminer si une nouvelle ICP ou un PAC sont rĂ©alisables.

La décision de procéder à une revascularisation supplémentaire doit prendre en compte :

  • La complexitĂ© et le caractĂšre diffus de la maladie coronarienne.

  • La probabilitĂ© de succĂšs technique de l’ICP.

  • La possibilitĂ© d’obtenir une revascularisation complĂšte.

  • Le volume de myocarde vascularisĂ© par le vaisseau cible.

  • La sĂ©vĂ©ritĂ© et la rĂ©partition de l’ischĂ©mie.

  • Les facteurs propres Ă  la lĂ©sion, tels qu’un faible diamĂštre vasculaire, des lĂ©sions longues, une occlusion totale et une atteinte des greffons veineux saphĂšnes.

  • Le risque attendu de restĂ©nose ou d’échec aigu de la procĂ©dure.

  • Les symptĂŽmes du patient, son retentissement fonctionnel, ses comorbiditĂ©s et ses prĂ©fĂ©rences.

Lorsque l’anatomie est complexe ou que la charge de comorbiditĂ©s est importante, une Ă©valuation par une Ă©quipe cardiaque multidisciplinaire est appropriĂ©e. Cette Ă©quipe doit rĂ©unir des compĂ©tences en cardiologie non interventionnelle, en cardiologie interventionnelle et en chirurgie cardiaque.

Évaluation fonctionnelle dans l’ANOCA/INOCA

Chez les patients prĂ©sentant une mauvaise qualitĂ© de vie et une ANOCA/INOCA documentĂ©e ou suspectĂ©e, un test fonctionnel coronaire invasif est recommandĂ© afin de dĂ©finir l’endotype pertinent et d’orienter le traitement. Il s’agit d’une recommandation de classe I, niveau B, dans les recommandations citĂ©es.

L’évaluation fonctionnelle invasive est particuliĂšrement importante avant de poser le diagnostic d’angor rĂ©fractaire chez un patient dont les artĂšres coronaires ne sont pas obstructives. Elle permet de distinguer les diffĂ©rents mĂ©canismes de l’ANOCA/INOCA et favorise une prise en charge individualisĂ©e.

Évaluation non invasive

Le document source dĂ©crit la stratification non invasive du risque dans la maladie ischĂ©mique stable, notamment l’imagerie de perfusion sous stress, l’échocardiographie de stress, l’épreuve d’effort et l’évaluation de la fraction d’éjection ventriculaire gauche. Ces examens peuvent mettre en Ă©vidence une ischĂ©mie Ă©tendue ou une dysfonction ventriculaire pertinentes pour la dĂ©cision de revascularisation.

Les éléments de haut risque mentionnés dans le document source comprennent :

  • Une fraction d’éjection ventriculaire gauche au repos infĂ©rieure Ă  35 %.

  • Une fraction d’éjection ventriculaire gauche induite par l’effort infĂ©rieure Ă  35 %.

  • Un score de risque Ă©levĂ© au test sur tapis roulant de −11 ou moins.

  • Un dĂ©faut de perfusion Ă©tendu induit par le stress, particuliĂšrement dans le territoire antĂ©rieur.

  • Plusieurs dĂ©fauts de perfusion de taille modĂ©rĂ©e induits par le stress.

  • Un dĂ©faut de perfusion fixĂ© de grande taille associĂ© Ă  une dilatation ventriculaire gauche ou Ă  une augmentation de la fixation pulmonaire.

  • Un dĂ©faut de perfusion de taille modĂ©rĂ©e induit par le stress, accompagnĂ© d’une dilatation ventriculaire gauche ou d’une augmentation de la fixation pulmonaire.

  • Des signes Ă©chocardiographiques de stress en faveur d’une ischĂ©mie Ă©tendue.

  • Des anomalies de la cinĂ©tique pariĂ©tale intĂ©ressant plus de deux segments lors d’un stress Ă  la dobutamine Ă  faible dose ou Ă  une frĂ©quence cardiaque basse.

Ces Ă©lĂ©ments peuvent influencer l’évaluation du myocarde Ă  risque et la place potentielle de la revascularisation, mais le document source souligne que la valeur pronostique d’une prise en charge invasive systĂ©matique chez les patients stables prĂ©sentant une ischĂ©mie inductible modĂ©rĂ©e ou sĂ©vĂšre est complexe.

Électrocardiographie et Ă©lectrophysiologie

Le document source ne fournit pas de signes Ă©lectrocardiographiques spĂ©cifiques permettant de diagnostiquer l’angor rĂ©fractaire. L’exploration Ă©lectrophysiologique n’est pas dĂ©crite comme un Ă©lĂ©ment diagnostique systĂ©matique de l’évaluation de l’angor rĂ©fractaire. Le traitement neuromodulateur, notamment la stimulation mĂ©dullaire, est prĂ©sentĂ© comme une option thĂ©rapeutique et non comme une procĂ©dure diagnostique Ă©lectrophysiologique.

Biomarqueurs et résultats biologiques

Le document source ne fournit aucun profil biologique ou de biomarqueurs spĂ©cifique de l’angor rĂ©fractaire.

L’évaluation biologique et clinique doit nĂ©anmoins rechercher les facteurs dĂ©clenchants potentiellement rĂ©versibles et les comorbiditĂ©s limitant le traitement. Le cadre de prise en charge citĂ© identifie spĂ©cifiquement l’anĂ©mie et la thyrotoxicose comme des affections susceptibles d’aggraver l’angor. La fonction rĂ©nale et les autres comorbiditĂ©s sont pertinentes lors de l’instauration d’un traitement mĂ©dical intensif, d’une coronarographie, d’une ICP ou d’un PAC, bien qu’aucun seuil biologique spĂ©cifique de l’angor rĂ©fractaire ne soit fourni.

Traitement et prise en charge

Principes généraux

La prise en charge poursuit simultanément deux objectifs :

  • Mettre en Ɠuvre un traitement modifiant l’évolution de la maladie afin de prolonger la vie et de rĂ©duire les Ă©vĂ©nements cardiovasculaires majeurs, notamment l’infarctus du myocarde, l’hospitalisation pour syndrome coronarien aigu et l’insuffisance cardiaque.

  • AmĂ©liorer l’état de santĂ©, la qualitĂ© de vie et la capacitĂ© fonctionnelle afin que l’angor ou l’ischĂ©mie n’altĂšre pas les activitĂ©s quotidiennes.

L’angor rĂ©fractaire ne doit ĂȘtre envisagĂ© qu’aprĂšs :

  • Identification et traitement des facteurs aggravants rĂ©versibles.

  • Prise en charge du mode de vie et des facteurs de risque cardiovasculaire.

  • Optimisation et intensification du traitement anti-angineux selon la tolĂ©rance.

  • DĂ©finition de l’anatomie coronaire lorsqu’une nouvelle revascularisation peut ĂȘtre rĂ©alisable.

  • Évaluation des options d’ICP ou de PAC, y compris la recanalisation d’une occlusion totale chronique lorsque cela est appropriĂ©.

Mode de vie et prise en charge des facteurs de risque

Tous les patients atteints de maladie ischĂ©mique stable doivent bĂ©nĂ©ficier d’une prise en charge du mode de vie et des facteurs de risque. L’approche intĂ©grĂ©e citĂ©e comprend :

  • ActivitĂ© physique et conseils relatifs au mode de vie.

  • Prise en charge diĂ©tĂ©tique.

  • Traitement par statine Ă  forte intensitĂ©.

  • Aspirine Ă  faible dose, ou clopidogrel comme alternative.

  • Traitement de l’hypertension, du diabĂšte et des autres comorbiditĂ©s.

  • Identification et correction des facteurs qui intensifient l’angor.

Dans l’ANOCA/INOCA, des conseils adaptĂ©s concernant les facteurs liĂ©s au mode de vie sont spĂ©cifiquement recommandĂ©s, car une athĂ©rosclĂ©rose coronaire et une dysfonction endothĂ©liale peuvent ĂȘtre prĂ©sentes mĂȘme en l’absence de maladie Ă©picardique obstructive.

Traitement pharmacologique anti-angineux

Le document source dĂ©crit une stratĂ©gie pharmacologique sĂ©quentielle dans l’angor stable :

  • Commencer par un bĂȘtabloquant ou un inhibiteur calcique chez la plupart des patients.

  • Utiliser de la nitroglycĂ©rine sublinguale pour le soulagement aigu et, si nĂ©cessaire, en prophylaxie.

  • Si l’angor persiste, ajouter un deuxiĂšme agent, choisi parmi un inhibiteur calcique, un bĂȘtabloquant ou un nitrate Ă  longue durĂ©e d’action.

  • Les nitrates Ă  longue durĂ©e d’action doivent ĂȘtre administrĂ©s selon des schĂ©mas destinĂ©s Ă  Ă©viter la tolĂ©rance aux nitrates.

  • Si les symptĂŽmes persistent malgrĂ© deux agents anti-angineux, ajouter un troisiĂšme agent, en orientant le choix selon les effets indĂ©sirables, la pression artĂ©rielle, la frĂ©quence cardiaque, les troubles de la conduction, les tachyarythmies, la dysfonction ventriculaire gauche et les prĂ©fĂ©rences du patient.

  • La ranolazine constitue une alternative ou un traitement additionnel lorsque la frĂ©quence cardiaque ou la pression artĂ©rielle basses limitent l’instauration ou la titration d’autres mĂ©dicaments.

Le document source ne fournit pas de posologies spĂ©cifiques pour ces agents anti-angineux. Il ne propose pas non plus de schĂ©ma mĂ©dicamenteux spĂ©cifique de l’angor rĂ©fractaire au-delĂ  de la sĂ©quence thĂ©rapeutique ci-dessus.

Le choix du traitement doit tenir compte des maladies associĂ©es. Par exemple, l’hypertension, la dysfonction ventriculaire gauche et les symptĂŽmes d’insuffisance cardiaque peuvent influencer le choix entre un bĂȘtabloquant, un inhibiteur calcique et un nitrate Ă  longue durĂ©e d’action. Toute nouvelle intensification doit ĂȘtre mise en balance avec le risque d’hypotension, de bradycardie, de troubles du systĂšme de conduction et d’autres effets indĂ©sirables liĂ©s au traitement.

Revascularisation

La revascularisation demeure un Ă©lĂ©ment important d’une stratĂ©gie globale de prise en charge, mais elle ne doit pas ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un substitut au traitement mĂ©dical conforme aux recommandations et Ă  la prise en charge du mode de vie.

Chez la plupart des patients présentant une maladie ischémique stable, un traitement médical initial est généralement privilégié. La revascularisation est principalement réservée aux situations suivantes :

  • SymptĂŽmes persistants limitant le mode de vie malgrĂ© un traitement mĂ©dical optimisĂ©.

  • Patients prĂ©sentant une dysfonction ventriculaire gauche.

  • Certains patients prĂ©sentant des caractĂ©ristiques anatomiques ou cliniques Ă  haut risque.

  • Patients qui prĂ©fĂšrent une revascularisation pour soulager leurs symptĂŽmes aprĂšs une discussion fondĂ©e sur la dĂ©cision mĂ©dicale partagĂ©e.

Dans la maladie stable, il n’a gĂ©nĂ©ralement pas Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que la revascularisation rĂ©duisait la mortalitĂ© ou l’infarctus du myocarde par rapport au traitement mĂ©dical, sauf dans certaines situations anatomiques oĂč le PAC peut apporter un bĂ©nĂ©fice pronostique. Les donnĂ©es des essais contemporains rĂ©sumĂ©es dans le document source indiquent qu’un traitement invasif initial systĂ©matique chez les patients prĂ©sentant une ischĂ©mie inductible modĂ©rĂ©e ou sĂ©vĂšre n’a pas rĂ©duit, Ă  cinq ans, le critĂšre composite principal associant dĂ©cĂšs, infarctus du myocarde, angor instable, insuffisance cardiaque ou arrĂȘt cardiaque rĂ©animĂ©, bien que le traitement invasif ait amĂ©liorĂ© l’état de santĂ© liĂ© Ă  l’angor et rĂ©duit les infarctus spontanĂ©s du myocarde au prix d’un nombre accru d’infarctus du myocarde liĂ©s Ă  la procĂ©dure.

En consĂ©quence, les bĂ©nĂ©fices potentiels de la revascularisation doivent principalement ĂȘtre prĂ©sentĂ©s en termes de soulagement des symptĂŽmes et d’amĂ©lioration de la qualitĂ© de vie, sauf si le patient prĂ©sente un profil anatomique ou une fonction ventriculaire associĂ©s Ă  une indication pronostique distincte.

Contrepulsion externe renforcée

La contrepulsion externe renforcĂ©e (CEER) est un traitement non invasif gĂ©nĂ©ralement envisagĂ© aprĂšs l’échec de plusieurs agents anti-angineux et des options de revascularisation.

Une cure habituelle comprend 35 sĂ©ances d’une heure administrĂ©es sur environ sept semaines. Les donnĂ©es observationnelles suggĂšrent une rĂ©duction de la frĂ©quence de l’angor, une amĂ©lioration de la tolĂ©rance Ă  l’effort et une meilleure qualitĂ© de vie, avec des effets rapportĂ©s comme persistants jusqu’à deux ans. Dans une Ă©tude randomisĂ©e, en double aveugle et contrĂŽlĂ©e par une procĂ©dure simulĂ©e, la contrepulsion active a augmentĂ© le temps d’effort jusqu’à l’apparition d’un sous-dĂ©calage du segment ST, rĂ©duit l’angor et amĂ©liorĂ© la qualitĂ© de vie liĂ©e Ă  la santĂ© pendant au moins un an.

Des limites importantes persistent :

  • Une grande partie des donnĂ©es favorables provient d’études non contrĂŽlĂ©es.

  • Les donnĂ©es contrĂŽlĂ©es par procĂ©dure simulĂ©e sont limitĂ©es.

  • Une rĂ©duction dĂ©finitive de l’étendue de l’ischĂ©mie Ă  l’imagerie de perfusion n’a pas Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e.

  • Les mĂ©canismes Ă  l’origine du bĂ©nĂ©fice restent incomplĂštement compris.

La CEER constitue donc une option pratique chez certains patients prĂ©sentant des symptĂŽmes persistants aprĂšs le traitement standard, mais les donnĂ©es disponibles ne dĂ©montrent pas d’effet clair sur les critĂšres cliniques majeurs.

Réducteur du sinus coronaire

Le rĂ©ducteur du sinus coronaire est un dispositif implantĂ© en acier inoxydable qui produit un rĂ©trĂ©cissement contrĂŽlĂ© du sinus coronaire. L’effet physiologique recherchĂ© est d’augmenter la pression dans le sinus coronaire et d’amĂ©liorer la perfusion du territoire de l’artĂšre interventriculaire antĂ©rieure.

Il est envisagĂ© aprĂšs Ă©puisement du traitement mĂ©dical et des options de revascularisation mĂ©canique. Le dispositif peut ĂȘtre envisagĂ© dans des centres expĂ©rimentĂ©s chez les patients prĂ©sentant un angor invalidant et une maladie coronarienne obstructive malgrĂ© un traitement mĂ©dical et une revascularisation optimaux. Il s’agit d’une recommandation de classe IIb, niveau B, dans les recommandations citĂ©es.

Dans une mĂ©ta-analyse de huit registres et d’un essai randomisĂ© incluant 846 patients prĂ©sentant un angor rĂ©fractaire :

  • 76 % ont prĂ©sentĂ© une amĂ©lioration d’au moins une classe d’angor selon la SociĂ©tĂ© canadienne de cardiologie.

  • 40 % ont prĂ©sentĂ© une amĂ©lioration d’au moins deux classes d’angor selon la SociĂ©tĂ© canadienne de cardiologie.

Un petit essai randomisĂ© exploratoire n’a montrĂ© aucun argument en faveur d’une amĂ©lioration de la perfusion myocardique transmurale par le dispositif, mais celui-ci Ă©tait associĂ© Ă  une amĂ©lioration des symptĂŽmes angineux par rapport au placebo.

Le rĂŽle clinique principal du dispositif est donc l’amĂ©lioration des symptĂŽmes plutĂŽt qu’une rĂ©duction Ă©tablie de l’ischĂ©mie myocardique ou des Ă©vĂ©nements cardiovasculaires.

Stimulation médullaire

La stimulation mĂ©dullaire constitue une option neuromodulatrice chez les patients prĂ©sentant un angor rĂ©fractaire qui ne sont pas candidats Ă  une nouvelle revascularisation coronaire. Une Ă©lectrode spĂ©cialement conçue est introduite dans l’espace Ă©pidural.

Le mĂ©canisme analgĂ©sique proposĂ© repose sur la modulation des voies spinales : la stimulation des axones ne transmettant pas la douleur vise Ă  rĂ©duire la transmission des signaux provenant des axones transmettant la douleur vers le cerveau. Des Ă©tudes observationnelles ont rapportĂ© une rĂ©duction de la frĂ©quence et de la sĂ©vĂ©ritĂ© de l’angor chez jusqu’à 80 % des patients, tandis que de petites Ă©tudes randomisĂ©es, dont une Ă©tude contrĂŽlĂ©e par procĂ©dure simulĂ©e, ont suggĂ©rĂ© une amĂ©lioration des symptĂŽmes et de l’état fonctionnel.

Un effet anti-ischĂ©mique apparent a Ă©galement Ă©tĂ© rapportĂ©, bien que son mĂ©canisme ne soit pas aisĂ©ment explicable. Cette technique doit ĂȘtre rĂ©servĂ©e aux patients chez lesquels les autres options thĂ©rapeutiques ont Ă©tĂ© Ă©puisĂ©es.

Traitements expérimentaux

Plusieurs approches expĂ©rimentales sont en cours d’évaluation :

  • Traitement angiogĂ©nique utilisant des facteurs de croissance de l’endothĂ©lium vasculaire.

  • Facteurs de croissance des fibroblastes.

  • Administration intramyocardique de cellules souches CD34+.

Ces approches restent expĂ©rimentales. D’autres essais contrĂŽlĂ©s randomisĂ©s sont nĂ©cessaires pour Ă©tablir leur faisabilitĂ©, leur efficacitĂ©, leur sĂ©curitĂ© et les sous-groupes de patients susceptibles d’en tirer le plus grand bĂ©nĂ©fice.

Recommandations des sociétés savantes

Les recommandations citĂ©es peuvent ĂȘtre rĂ©sumĂ©es comme suit :

Situation clinique Recommandation Classe Niveau
Angor rĂ©fractaire avec mauvaise qualitĂ© de vie et ANOCA/INOCA documentĂ©e ou suspectĂ©e RĂ©aliser un test fonctionnel coronaire invasif afin de dĂ©finir l’endotype de l’ANOCA/INOCA et d’orienter le traitement, en intĂ©grant les prĂ©fĂ©rences du patient I B
Angor invalidant avec maladie coronarienne obstructive malgrĂ© un traitement mĂ©dical optimal et les stratĂ©gies de revascularisation Envisager un rĂ©ducteur du sinus coronaire dans des centres expĂ©rimentĂ©s afin d’amĂ©liorer les symptĂŽmes IIb B

Le cadre plus large des recommandations soutient les principes suivants :

  • Commencer par la prise en charge du mode de vie, la modification des facteurs de risque et un traitement mĂ©dical conforme aux recommandations.

  • Recourir Ă  la dĂ©cision mĂ©dicale partagĂ©e lors du choix entre une intensification mĂ©dicamenteuse et une revascularisation.

  • RĂ©server les traitements non pharmacologiques tels que la CEER et la stimulation mĂ©dullaire aux patients prĂ©sentant des symptĂŽmes ischĂ©miques rĂ©fractaires aprĂšs l’échec du traitement mĂ©dical et de la revascularisation.

  • Envisager une approche par Ă©quipe cardiaque multidisciplinaire lorsque l’anatomie coronaire est complexe ou que la charge de comorbiditĂ©s est importante.

  • Traiter l’ANOCA/INOCA en fonction de l’endotype fonctionnel coronaire dĂ©fini, plutĂŽt que de considĂ©rer que l’absence d’obstruction exclut une ischĂ©mie cliniquement significative.

Pronostic et suivi

L’angor rĂ©fractaire est associĂ© Ă  une mauvaise qualitĂ© de vie, Ă  des hospitalisations frĂ©quentes et Ă  un recours important aux ressources de santĂ©. Son Ă©volution est chronique et le traitement vise souvent Ă  rĂ©duire les symptĂŽmes et Ă  amĂ©liorer la capacitĂ© fonctionnelle plutĂŽt qu’à obtenir la disparition complĂšte de l’ischĂ©mie.

Le pronostic dépend du substrat sous-jacent, notamment :

  • L’étendue et la complexitĂ© de la maladie coronarienne.

  • La fonction ventriculaire gauche.

  • La quantitĂ© de myocarde viable menacĂ©.

  • La sĂ©vĂ©ritĂ© et la rĂ©partition de l’ischĂ©mie inductible.

  • La prĂ©sence d’une ANOCA/INOCA et son endotype spĂ©cifique.

  • Les comorbiditĂ©s et leur contrĂŽle.

  • La faisabilitĂ© d’une revascularisation complĂšte.

  • La rĂ©ponse au traitement anti-angineux et aux traitements non pharmacologiques.

Le suivi doit réévaluer la charge symptomatique, la capacitĂ© fonctionnelle, la qualitĂ© de vie, les hospitalisations, la tolĂ©rance mĂ©dicamenteuse et l’apparition de nouveaux Ă©lĂ©ments cliniques Ă©vocateurs d’un syndrome coronarien aigu ou d’une insuffisance cardiaque. Les facteurs aggravants rĂ©versibles doivent ĂȘtre rĂ©examinĂ©s, et le traitement anti-angineux ajustĂ© en fonction de la frĂ©quence cardiaque, de la pression artĂ©rielle, de l’état de la conduction, de la fonction ventriculaire et des prĂ©fĂ©rences du patient.

Les patients traitĂ©s par CEER, stimulation mĂ©dullaire ou rĂ©ducteur du sinus coronaire nĂ©cessitent une Ă©valuation de la rĂ©ponse symptomatique et de l’état fonctionnel. Les donnĂ©es disponibles sur ces interventions sont limitĂ©es par le faible nombre de patients et la durĂ©e relativement courte du suivi. Des essais randomisĂ©s contrĂŽlĂ©s par procĂ©dure simulĂ©e, de plus grande ampleur, sont nĂ©cessaires pour dĂ©terminer leur rĂŽle clinique Ă  long terme et identifier les sous-groupes Ă©tiologiques qui en tirent le plus grand bĂ©nĂ©fice.

La prise en charge future devrait reposer sur une meilleure stratification selon le mĂ©canisme et l’endotype, suivie d’une intensification individualisĂ©e associant traitements mĂ©dicaux, revascularisation, dispositifs et stratĂ©gies neuromodulatrices.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 7 août 2026